Anonyme, en Février 2012

27 Fév

Il y a un mois, tu voyais le jour. Mais ton histoire a démarré bien avant. Je dirai même que ton histoire est très ancienne puisque du plus loin que je m’en souvienne, j’ai toujours rêvé d’avoir 4 enfants.

Après la naissance de ta soeur, j’ai tenté de faire mon deuil de ce 4è enfant. Et puis finalement tu t’es invitée dans mon bidon pour agrandir notre jolie famille et faire de moi la plus heureuse des mamans. Tout comme tes frères et soeur, tu m’a permis de vivre une grossesse assez active: gestion de la maisonnée, piscine, couture, tricot….Tu seras même le seul bébé pour lequel j’ai travaillé jusqu’au début du congé maternité. Seul hic, les insomnies qui ne me laisseront pas de répit durant 8 mois.

Cette grossesse a par contre psychologiquement été assez difficile. Comme si je ne te méritais pas, j’ai eu la désagréable sensation tout le long, que tu ne verrais pas le jour, que je ne pourrais jamais te serrer dans mes bras…..

Le 5 février, je me sens bien. L’avant veille M a eu 8 ans, je ne voulais pas que tu naisses le même jour que lui, préférant que vous ayez chacun votre date anniversaire. La veille il a fêté ses 8 ans avec ses copains, il aurait été très déçu de ne pouvoir le faire et nous aurions été bien embêté de devoir renvoyer tout ce petit monde pour partir à la maternité.

Alors le 5 février, je suis bien, plus rien ne peut empêcher ta venue maintenant. Le matin nous nous réveillons avec un jardin tout blanc, nous en profitons avec M et El pour aller faire une grande promenade, les pieds dans la neige. Dans la journée je perds le bouchon muqueux et je me dis donc que tu resteras encore 2 semaines au chaud si tout se passe comme pour tes frères et soeurs…

Dans l’après midi, je fais une sieste, pas habituel chez moi mais avec toutes ses insomnies et l’anniversaire de la veille, rien d’étonnant. Je suis bien, mais je suis aussi fatiguée de ses nuits d’insomnies et de ces contractions qui se font plus fréquentes et intenses depuis une quinzaine de jours, me laissent souvent espérer que…mais non….

Le soir je prends un bain avec tes frères et soeur. J’aime ce moment où tous les 3 sont penchés sur toi, t’arrosent et te murmurent des « je t’aime », des « dis tu viens bientôt maintenant »… Tes 2 frères viendront aussi me faire un câlin lorsque j’irai me coucher, Es s’endormant même collé tout contre moi.

Dans la nuit je suis réveillée (comme d’habitude depuis 2 semaines) par des contractions. Je ne regarde pas l’heure, je n’ai pas mal, elles ne sont pas différentes des jours précédents. J’allume et lis un peu, me rendors plusieurs fois…

Vers 5h30 une contraction plus intense, suivie d’une autre 5 minutes plus tard…..A 6h je réveille papa et lui propose d’aller faire un petit tour. Il ne comprend pas ce que je raconte et me demande où je veux aller me promener….. Pendant qu’il prend sa douche, je prépare les dernières affaires, me demandant si tout ça n’est pas une « fausse alerte », j’ai tellement « peur » de déranger tout le monde pour rien…Je fais part de mes doutes à papa qui se marre en me voyant me tenir fort au sèche serviettes toute en soufflant…. »Si c’est une fausse alerte, tu fais bien semblant « . La voisine vient garder tes frères et soeur. Après lui avoir expliqué où se trouvent les vêtements, cartables et petit déj, nous pouvons partir. Je suis triste de partir sans faire un bisou à mes 3 petits mais je me raisonne, me disant qu’ils savent depuis plusieurs jours que peut être un matin, ce sera I qui sera là pour s’occuper d’eux et que surtout si je les réveille et qu’ils pleurent de nous voir partir, je serai encore plus mal. La pluie verglaçante annoncée, n’est pas là, heureusement. Les 20 minutes de route me semblent longues et courtes à la fois. Courtes parce que ponctuées de contractions toutes les 2 minutes. Et longues parce que je fais le point sur beaucoup de choses tout en écoutant Zebda, ce dernier cd que j’aime beaucoup. Je me dis que le 06/02/12 est une date qui va plaire à ton papa, l’amoureux des chiffres, que c’est Valou qui a gagné pour la date, que je ne pourrais pas coudre comme prévu avec les filles vendredi….

Ton papa se demande comment nous allons faire si tu es une fille puisque nous n’avons pas arrêté de prénom. Moi je suis sereine, le travail a commencé au petit matin et par des contractions comme pour tes frères, tu dois donc être un garçon comme j’en ai eu la sensation toute la grossesse….

Nous arrivons à la maternité un peu avant 7h, nous sommes accueillis par Tiffanie une sage femme que nous ne verrons pas longtemps puisque c’est l’heure du changement d’équipe. Je suis dilatée à 6. J’affirme mon envie de ne pas avoir de péridurale. Je gère plutôt bien les contractions, un bon moment allongée sur le côté droit puis assise sur le ballon ou debout en ondulant du bassin. Papa me fait remarquer qu’il faut attendre un accouchement pour me voir danser. Les contractions sont toujours très rapprochées et très intenses. A chacune d’elle, je souffle fort, visualisant mon col qui s’ouvre pour te laisser le passage, je t’invite aussi à nous rejoindre, te dis que je suis pressée de te rencontrer. Je pense aussi au collier composé des perles de toutes mes amies, elles sont toutes un peu avec moi à travers lui.

Chloé la nouvelle sage femme, qui ne nous quittera plus, vient se présenter. Je la reconnais, je l’ai eu en consult pendant la grossesse d’Es et je l’avais vraiment appréciée, je suis heureuse que ce soit elle qui nous accompagne. Tu es positionnée dos contre le mien et je n’ai aucun répit, entre les contractions la douleur que je ressens dans le dos est aussi forte que pendant. Aucune position ne me soulage, ni le massage proposé par Chloé, ni le chaud qu’elle est allée me chercher. Chacune des ses paroles est douce et pleine de compréhension. Je suis maintenant dilatée à 9. La poche des eaux n’est toujours pas percée et elle semble gêner ta progression. Chloé me propose de la percer, mais ne m’impose rien. Après plusieurs contractions vraiment douloureuses, j’accepte.

A partir de là tout ira très vite m’a dit papa asperge mais pour moi le temps m’a semblé très long. Je suis toujours sur le côté droit, j’ai envie de pousser, ce que je fais, mais tu ne progresses pas très vite et surtout ton coeur ralentit à chacune des contractions. Chloé m’explique qu’il faut que tu sortes vite et que ce sera plus simple pour elle de nous aider si je me mets sur le dos. Étant donné l’accompagnement bienveillant qu’elle effectue depuis son arrivée, je lui fais entièrement confiance. Mais je suis en même temps prise de panique, beaucoup d’images de la naissance de M me reviennent en mémoire, j’ai très peur et je le crie plusieurs fois.

Ton papa et Chloé me rassurent. Tu es ensuite arrivée très vite après que Chloé t’ait aidée à fléchir ta tête comme il fallait. Te voilà sur moi, il est 8h40. Tu vas parfaitement bien. Je ne peux m’empêcher d’aller sentir du bout des doigts si tu es une fille ou un garçon….oups mon intuition était foireuse…. Tu pleures un peu puis me regardes très sereine avec tes grands yeux si semblables à ceux de tes frères et soeur….Je te souhaite la bienvenue, te dis que je t’aime.

Le placenta sort très vite sans efforts et surtout sans ocytocine de synthèse, mon souhait a été respecté. Je peux maintenant me consacrer entièrement à toi. Tu ne ressembles pas à un de tes frères et soeur en particulier mais on voit bien que tu as poussé dans le potager. Et tu as la même fossette au menton que ton papa. Tu es calme, trouves assez vite le sein et pousses des petits pleurs si je t’éloigne de moi de plus d’1cm alors je te garde bien collée à moi. Même si tu étais là en moi depuis un peu plus de 8 mois, je crois qu’une part de moi n’a réalisé (ou plutôt n’a osé réaliser) que ce matin là que vraiment tu allais faire partie de notre vie…..Tu as 1 mois aujourd’hui et pourtant c’est comme si tu avais toujours étais là. Notre famille est au complet. MERCI

Pour cette naissance comme pour les autres, je n’ai pas fait de projets de naissance. Je m’étais vraiment sentie écoutée et respectée les 3 premières fois alors j’ai fait confiance une fois de plus et j’ai eu raison. J’avais juste préciser que je ne souhaitais pas d’ocytocine en systématique pour la délivrance et çà a été entendu et respecté. Il est donc possible d’accoucher de manière respectée et physiologique en structure hospitalière 😉

Quelques mois après la naissance de ma fille j’ai eu besoin de parler avec la sage femme présente ce jour là. De mettre des mots sur cette douleur qui m’a semblé beaucoup plus intense que lors des mes précédents accouchements. De savoir aussi si on aurait pu éviter le rupture des membranes, la position sur le dos. Aussitôt demandé, aussitôt un rendez vous était programmé et nous avons pu échanger en toute simplicité pendant près d’une heure

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