Un accouchement inopiné à domicile

27 Fév

Lundi 11 octobre. La soirée se passe comme d’habitude. J’ai quelques contractions ; toutes les 20 minutes comme depuis quelques jours. C’est tout à fait gérable.

Je vais me coucher vers 23H30 mais n’arrive pas à trouver le sommeil … comme d’habitude.

Mardi 12 octobre à 2h21, je ressens une contraction plus forte que les autres et là, j’ai vraiment mal. Ca passe. A 2h29, une autre contraction douloureuse associée à un grand coup dans le ventre, comme une implosion. Je suis pliée en deux et je me retiens de ne pas hurler ma douleur.

J’essaie tant bien que mal de sortir du lit, à moitié à genoux tellement j’ai mal. Je me dirige vers la salle de bain pour m’isoler.

Le bouchon muqueux est en train de partir et je perds beaucoup de sang.

Les contractions reviennent toutes les deux minutes pour rester une interminable minute de souffrance intense … j’hurle ma douleur.

Je vais fermer la porte du couloir pour atténuer mes cris et qu’Evan les entende moins. Puis, je vais dans la chambre pour prendre une culotte propre et je dis à Ioan « c’est parti » et qu’il doit appeler sa mère pour venir garder Evan.

Je retourne « en courant » dans la salle de bain pour m’isoler à cause d’une énième contraction qui me clou au sol.

Je crie, j’hurle, j’essaie de respirer correctement car je sais que bébé à besoin de beaucoup d’oxygène, je me penche en avant en me tenant au lavabo, je me mets à quatre pattes mais rien ne me soulage. Je piétine, tout mon corps tremble …

Je vais voir Ioan entre deux contractions (une minute de répits) et lui dit qu’il va devoir appeler les pompiers car je ne me vois pas aller à la maternité dans cet état là. Il n’a pas le temps de me demander quoique ce soit … je retourne m’isoler dans la salle de bain …

Ma BM arrive mais je ne l’entends pas. Je crois qu’Evan est réveillé … en même temps, ça ne m’étonne pas avec le bruit que je fais. J’alterne en criant les « je veux pas avoir mal », « j’ai trop mal », « j’en peux plus », « j’y arriverai pas », « aidez-moi » … la douleur est d’une violence incroyable !

Il doit être environ 2h45 et je perds les eaux dans la salle bain. C’est à ce moment que les pompiers arrivent : trois jeunes hommes de moins de 30 ans.

L’un deux me dit que je ne dois pas rester là (dans la salle de bain) et que je dois aller m’allonger sur le lit. Sauf que ça me dit pas du tout ça … Je sais qu’il faut que je sois debout pour que la douleur soit moins forte et que le travail ne soit pas bloqué … Un peu naïve là fille sur le coup car le travail est quasi fini !

Je sens que je n’ai pas le choix et je le suis en lui broyant la main au passage … polie, je m’excuse.

Je marche pliée en deux et je sens que je continue à perdre du liquide amniotique.

On pose une serviette sur le lit (elle ne servira pas à grand-chose car je n’ai pas remis l’alèse après un pipi au lit d’Evan) et on me demande de m’allonger. Je refuse et dis que je ne veux pas accoucher sur le dos … j’ai de la suite dans les idées.

Les pompiers ne voient la situation d’urgence. Ils sont perdus, désorientés. Je vois bien qu’ils ont peur eux aussi d’un accouchement imminent.

Je suis allongée sur le côté, la tête reposant sur la table de chevet. Un pompier me demande de me mettre sur le dos et de poser ma tête sur les oreillers. Il a peur que je tombe. Sauf que moi, je me sens mieux comme ça donc je lui dis et le pauvre est déconcerté.

Les contractions s’enchaînent, je tremble de tout mon corps, je sers la serviette sur laquelle je suis installée. Puis je me remémore qu’il faut que je respire en soufflant longtemps, que je détende mes mains, ma mâchoire … je m’applique à faire en sorte que bébé soit le moins en souffrance possible et que je ne lui barre pas le passage en me crispant.

Un pompier a le médecin du Samu au téléphone ; il lui préconise qu’on me transporte à la maternité. Le pompier me dit que ça ne prendra que 30/45 minutes. Je le regarde étonnée : ne voit-il pas que c’est juste impossible pour moi ?! J’ai à peine 30 secondes de répit entre deux contractions. Il me dit qu’ils vont me descendre sur une chaise. Une contraction arrive et j’hurle. J’essaie de bien respirer tant bien que mal. Le médecin au téléphone comprend l’urgence et dit qu’il arrive … brave homme !

Les contractions continuent à s’enchaîner et je sens bébé près de la sortie. J’ai envie de pousser. Sauf que voilà, suis-je à dilatation complète ????? Personne n’est là pour me le dire !!

Le pompier me dit ensuite que si j’ai envie de pousser, je ne dois pas retenir le bébé. Ok ! Sauf que je ne sais pas s’il va assurer derrière si je pousse !

A la prochaine contraction, je pousse ! La douleur, la souffrance est à son paroxysme ! C’est terrible et je sens (physiquement et avec ma main) la tête de bébé en partie dehors. La contraction cesse et la tête retourne à l’intérieur.

Contraction suivante ; je pousse encore et la tête sort un peu plus … sauf que je sens qu’il faut que j’arrête de pousser pour ne pas déchirer mon périnée. Le pompier me dit de pousser, que la tête est presque sortie. Toute la différence est là ! Je sens que je dois faire une pause …

Le pompier appelle Ioan pour qu’il puisse assister à la naissance de bébé.

La douleur ne s’estompe pas entre les contractions et une autre arrive. Je pousse en essayant de respirer correctement. Les pompiers m’encouragent et la tête sort entièrement ! Quel soulagement ! La douleur s’arrête net !

Je fais une pause.

Une contraction arrive et le pompier me dit de pousser. L’affreuse douleur est de retour. Je sens le pompier diriger bébé vers l’arrière ce qui accentue la douleur grrrr il a tout faux lui ! En demandant à Ioan par la suite, le pompier croyait que bébé avait le cordon autour du coup … ce qui n’était pas le cas !

Bébé sort complètement !

Je demande de suite l’heure qu’il est au pompier à côté de moi : 3h15.

On me pose bébé contre moi. La douleur, l’horrible douleur est partie ! J’en reviens pas de l’intensité de la souffrance et que j’ai accouché quasiment toute seule, à la maison !

Quasi de suite, le pompier qui m’encourageait à pousser me dit qu’il va clamper le cordon. Je le regarde et lui dis « déjà ?! ». Je suis déçue mais je prends en compte la situation d’urgence et le laisse faire. Il propose à Ioan de couper le cordon. Ce qu’il fait.

On recouvre bébé d’une serviette et d’une couverture de survie.

Les pompiers me demandent le prénom : Vaitea. Oui oui je sais, personne n’a compris le prénom.

Le médecin arrive et constate que bébé est déjà là.

La délivrance prendra beaucoup de temps ; le placenta ne sortira qu’à 3h55 dans d’horribles souffrances une fois encore. Le médecin appuiera plusieurs fois sur mon ventre pour faire sortir d’éventuels caillots de sang.

On change la serviette de bébé. Je demande à Ioan comment va Evan. Apparemment, il va bien et il aimerait venir me voir. Mon petit cœur ❤

Le pompier qui était à côté de moi me dit que c’était son premier accouchement et il m’en remercie. Celui qui m’encourageait à pousser me dit que c’était son deuxième. Mon intuition était donc bonne : ils étaient perdus et désemparés devant la situation !

Le troisième pompier … je ne l’ai quasiment pas vu ; il était dans le salon.

Les pompiers arrivent dans la chambre avec un brancard. Ils ont prévenu la maternité que j’allais arriver. On m’installe sur le brancard avec bébé en peau à peau. On me fixe dessus comme un gigot ; je ne peux plus bouger. Les pompiers et Ioan me soulèvent et descendent les deux étages de l’immeuble puis m’installent dans le camion du Samu.

Je savoure le moment présent dans le Samu : je n’ai plus mal !!

Je réalise à peine ce qui vient de se passer. J’ai eu l’impression que ça avait duré une éternité alors qu’au final entre la première contraction et la naissance, il ne s’est écoulé que 50 minutes !

Il est 4h25. A la maternité, on me félicite. Une sage-femme (enfin une !!) expérimentée me dit que si bb3 il y aura, il faudra envisager un AAD avec une sage-femme.

Une autre sage-femme m’examine et me dit que je n’ai qu’une micro déchirure à l’endroit de mon ancienne épisiotomie. On endort la zone au pshitt et hop un point de couture mais vraiment trois fois rien. Je suis ravie !

Pendant ce temps, bébé est examinée dans la même pièce que moi : 3,440 kg ! Le placenta est entier apparemment.

Par contre, elle appuiera à plusieurs reprises sur mon ventre pour vider l’utérus de caillots. C’est très douloureux.

Ioan arrive peu après avec la valise.

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