# 195 Anonyme – Rhone Alpes 2012

28 Fév

Samedi 7 octobre 2012, nous sommes de sortie. Nous nous couchons tard… 2h30 du matin ! C’est à 3h30 que la première « pause pipi » se fait sentir, heureusement que je me rendors aussitôt. Vingt minutes plus tard, je me réveille brutalement, sentant quelque chose de chaud couler entre mes jambes. J’ai à peine le temps de réagir et de me lever d’un bond. Je perds les eaux. Je réveille ton père, un peu brutalement, car on a beau dire qu’on s’y attend à un moment donné, le moment où ça arrive fait paniquer. Il se lève, moi je ne peux bouger, car ça ne s’arrête pas de couler ! Il m’aide à aller dans la salle de bain pour que je me douche. Ce moment est d’autant plus inquiétant parce que nous avons dormi à peine plus d’une heure, mais voilà, il va falloir garder la forme car c’est aujourd’hui que tu as décidé d’arriver.

Les contractions sont d’abord presque indolores, et très espacées. Ton père finit de préparer ma valise, et cela prend plus de temps qu’on avait prévu. J’essaie de manger un peu mais je crois que le stress me coupe un peu l’appétit. J’appréhende ce qui arrive, les contractions, l’arrivée à la maternité, où en serai-je ? Nous avons beaucoup réfléchis à ton arrivée, et j’espérai ne pas démarrer le travail par la perte des eaux. Cela implique que nous devions être à la maternité dans les deux heures, et j’aurai aimé rester à la maison pour avancer un maximum le travail. Mais on ne choisit pas ! Je m’active comme je peux, je fais un peu de ballon, je m’assois, je me lève, je marche, j’aide ton père comme je peux à finir cette valise.

Vers 5h, ton père va se reposer un peu, espérant emmagasiner un peu de sommeil. Mais il n’y parviendra pas. Moi, je m’installe sur le canapé, et j’essaie de gérer les contractions qui s’installent. Ce n’est qu’à 7h30 que nous partirons finalement, pour arriver à 8h à la maternité.

A notre arrivée, nous sommes pris en charge par une sage-femme. Prise de tension, test pour voir si c’est bien du liquide amniotique que j’ai perdu, examen du col. Elle me fait mal, et ne me prévient pas quand elle essaie de décoller les membranes. Je la repousse en criant. Je n’ai pas apprécié ce geste, elle ne m’a pas demandé la permission. Je me suis sentie comme « envahie » à ce moment-là, je l’ai vécu comme une intrusion. Elle m’annonce que mon col est court, ouvert à deux doigts. Je me dis que ça aurait pu être mieux mais bon, ce n’est pas trop mal. Elle pose ensuite les capteurs du monitoring et pendant près d’une demi-heure, nous sommes à l’écoute de ton cœur. Les contractions commencent à faire mal et rester allonger sur cette table est insupportable. Ton père m’aide à respirer correctement. Nous sommes épuisés et inquiets.
La sage-femme revient, étudie le monitoring et nous dit qu’elle m’hospitalise. Elle nous conduit dans une chambre de « pré-travail », nous prête un énorme ballon. On peut investir la chambre comme on souhaite. On ferme donc les rideaux, et on s’installe aussi confortablement que possible.
C’est une autre sage-femme qui nous prend alors en charge. Elle me pose une voie veineuse, et me fait une prise de sang. Cette voie va plus me gêner qu’autre chose car elle me fait mal, et je ne peux pas utiliser ma main comme je veux. Je gère les contractions comme je peux. A 12h, elle vient m’examiner à nouveau. Le col n’a pas bouger, il est toujours ouvert à 2 doigts. Je suis déçue, mais je sais que les premiers centimètres sont les plus difficiles. Je tiens donc bon. La sage-femme m’encourage. Elle me pose un monitoring à nouveau. Je suis immobilisée sur le lit et c’est difficile. Les contractions ne sont pas si régulières et efficaces que ça. Il faut donc encore patienter.
Vers 15h ou 16h, je ne sais plus car je perds totalement la notion du temps, je l’appelle pour qu’elle me réexamine. Mon col a légèrement bougé, ouvert à 2 doigts larges. Elle m’encourage mais commence à me parler de péridurale (qu’on pourrait me poser quand j’en serai à 3 cm) quand je demande une aide médicamenteuse. Car me donner du nubin si finalement je demande la péridurale n’est pas très indiqué car le nubin contrecarre les effets de la péridurale. Je décide de réfléchir. Finalement, elle viendra avec une perfusion de spasfon et d’atarax pour voir si le col lâche un peu, et que je puisse me détendre. L’atarax me donne l’impression d’être ivre et je n’arrive pas très bien à garder les yeux ouverts. Malheureusement, ça ne me soulage en rien, les contractions sont toujours douloureuses. Je suis épuisée, je ne tiens plus, mon projet de naissance est en train de foutre le camp à mon plus grand désespoir. Le travail n’avance pas et je me décourage.
Vers 17h30, la sage-femme me donne du nubin car rien a bougé. Le nubin peut aussi avoir un effet sur le col, et aider à la dilatation. Je me détends, et arrive même à m’endormir quelques minutes. Certaines contractions me réveillent, mais je me rendors dès qu’elles sont passées. Vers 20h, c’est une nouvelle sage-femme qui prend la relève, franchement moins sympathique et empathique. Elle me reproche d’avoir mangé un peu avec ton père, me dit que ce n’est pas conseillé. Dans la mesure où j’en suis presque au même point, il faut quand même bien que je prenne des forces !! Elle ne peut pas me redonner du nubin, il faut attendre 4h et puis ça t’endort aussi donc il faut faire attention. J’ai droit à un nouveau monitoring. Tu vas bien, mais les contractions ne sont pas assez régulières encore.
Vers 23h30, elle vient me réexaminer à ma demande car je n’en peux plus, je craque et je veux la péridurale. Mon col est ouvert à 4 cm, elle peut enfin me transférer en salle d’accouchement où l’anesthésiste me soulagera enfin. On range nos affaires, et on nous emmène en salle d’accouchement. Ton père doit patienter dans la salle d’attente. Ce moment lui a paru très long. C’est un sage-femme qui prend la relève, avec un externe sous son aile. Je n’apprécie pas trop la présence de l’externe mais bon, j’encaisse et ne dit rien. On m’installe pour la péridurale, l’équipe anesthésiste arrive rapidement. Je n’ai pas peur de la pose de la péridurale, je sais comment ça se passe. J’ai hâte d’être soulagée mais j’ai quand même un pincement au cœur de ne pas avoir été capable de tenir sans analgésie. J’apprécie l’anesthésiste qui m’explique chaque geste, et son infirmière qui plaisante pour détendre l’atmosphère.
Au premier abord je trouve aussi le sage-femme très sympa. A 00h15, je sens de moins en moins la douleur. On m’a aussi posé un monitoring que je garderai jusqu’à ta naissance. Tu vas toujours bien et tu supportes avec autant d’aise le travail qui dure déjà depuis plus de 19h.

Commence alors la très longue attente. Le col évolue très très très lentement. La présence de l’externe me dérange de plus en plus car à chaque examen, l’externe s’entraine sur moi… J’ai l’impression d’être une bête de foire qu’on observe et étudie. Mais il est sympa, à l’air plus gêné que moi, ce qui fait que je le tolère. Concernant le sage-femme je le trouve moins sympathique qu’au départ. Nous lui avons parlé de notre projet de naissance et il refuse tout en bloc. Pas moyen de négocier. Nous sommes très déçus. C’est un soignant très protocolaire voire scolaire. Il fait ce qu’on lui a appris sans se poser de questions, sans chercher à comprendre qu’il y a des alternatives.

Pour ton père la nuit est longue aussi, il est très inconfortablement installé sur un fauteuil, a mal au dos, est épuisé. On arrive à dormir un peu tout de même. Dans la salle d’accouchement, nous avons aussi la possibilité de régler les lumières, et nous choisissons un éclairage dans les tons rose/violet. C’est agréable !

Pour la péridurale, j’ai une pompe. C’est moi qui décide quand je m’injecte du produit. Je ne ressens plus les contractions, j’ai les jambes un peu engourdies mais je peux les bouger. Ton père me masse un peu, comme on l’a vu en haptonomie.

A 7h30, c’est le changement d’équipe. Je ne regrette pas de voir partir le sage-femme et son externe. Nous sommes pris en charge par une très jeune sage-femme et son élève. Les élèves, aussi gentils soient-ils, je commence à en avoir un peu marre ! Je veux juste qu’on me laisse tranquille. Nous reparlons de notre projet, et cette sage-femme est plus tolérante. Elle accepte d’attendre 2 minutes avant de clamper le cordon (ce n’est pas totalement ce qu’on voulait mais 2 minutes c’est déjà bien), elle accepte aussi que ton papa finisse de te faire sortir une fois la tête et les épaules dégagées, et que ce soit bien ton père qui t’amène aux soignants pour la pesée, et les premiers soins. Nous sommes très contents ! Mon col n’est toujours pas complètement dilaté, il doit en être à 8 ou 9. Un peu plus tard, la grande question est de savoir comment tu es positionnée. Elles ont fait une écho, m’ont auscultées, ont finalement appelé l’interne de gynécologie pour une autre écho. Finalement tu seras parfaitement positionnée pour la sortie. A 9h30, mon col est complètement dilaté mais tu es encore haute dans mon bassin. Donc la sage-femme te laisse 2 heures pour que tu descendes toute seule. Elle essaie de me faire un peu pousser, mais c’est trop tôt et tu ne descends pas encore. La péridurale commence à ne plus être efficace. L’infirmière anesthésiste me réinjecte une dose. Mais je sens moins mes jambes, je n’arrive plus à les lever seule. Je la rappelle, et on décide ensemble d’arrêter le produit en continu. Dès que j’ai mal, je n’ai qu’à rappuyer sur la pompe pour réinjecter une dose et ça fera effet dans les 10 minutes. Avec ton père, on se repose encore un peu. Dans 2h maximum, tu entameras ton dernier voyage. Elle essaie de nouveau de me faire pousser à 10h30, mais tu ne descends toujours pas. Tu supportes toujours les contractions donc c’est parfait. On te laisse encore une heure.

A 11h30, je n’ai toujours pas le réflexe de poussée. Donc on s’installe tranquillement. Je demande à nouveau à pousser sur le côté. Ça n’a pas l’air de lui plaire, elles ont déjà essayé de me faire changer d’avis quand on a abordé le sujet un peu plus tôt mais j’y tiens. Elle me dit qu’elle veut bien essayer 10 minutes et si rien ne bouge, ce sera la position gynécologique. Je sens bien qu’elle accepte pour me faire plaisir. Elle n’y croit pas… Une autre sage-femme entre dans la salle pour nous parler du don de sang de cordon. Elle voit notre sage-femme se préparer pour un accouchement sur le côté. Elle lui demande ce qu’elle fait et quand notre sage-femme lui répond, elle lui lance un regard étonné. Ca m’a énervée ! C’est moi qui accouche, j’ai encore le droit de choisir comment ! Notre sage-femme me rappelle aussi que si au bout d’une demi-heure tu n’es pas sortie, elle appellera le médecin pour qu’il m’aide. Ca m’énerve encore plus mais je ne veux pas risquer les forceps donc j’accepte la position gynécologique à contre-cœur, j’en ai marre de devoir me battre pour accoucher comme je souhaite, je suis épuisée, je veux en finir.

Je ne sens pas bien les contractions, pas toutes du moins. Donc je regarde souvent l’écran du monitoring pour savoir à quel moment pousser. J’arrive bien à pousser 2 fois mais la 3è je fatigue et je ne pousse pas efficacement. Et tu commences à fatiguer. Ton petit cœur ne supporte plus très bien le travail, et les contractions. J’entends les sage-femme chuchoter, je ne perçois que quelques mots, mais je sens que quelque chose se passe. Je sens le stress monter, j’ai très peur. On me parle déjà du médecin qu’on va appeler, juste au cas où. La demi-heure s’écoule et tu n’es toujours pas là.
Le verdict tombe, le médecin arrive et la décision est prise : on va utiliser des forceps pour te sortir. Je m’effondre… Je ne veux pas des forceps, je ne veux pas que tu aies mal, je ne veux pas être abîmée non plus. On essaie de me rassurer, de me dire que ce n’est pas grave, que ce ne sont que des petites cuillères… Mais je sais bien ce que sont des forceps, et ce n’est pas aussi anodins qu’on veut bien me le faire croire. Je n’arrête pas de pleurer. Et la salle d’accouchement est envahie ! Une dizaine de personnes présentes, sages-femmes, internes, gynéco, infirmières, auxiliaires et leurs étudiantes respectives. Pour l’intimité on repassera. J’ai l’impression de vivre un cauchemar. Je veux que ça s’arrête. Et pourquoi tant de monde pour assister à cela ? Mais je n’ai pas la force de me faire entendre, de dire ce que je veux. On reprend la poussée. C’est difficile, et très long. Pourquoi tu ne sors pas ? Ce ne devrait pas être si long ! J’entends le bruit des ciseaux qui me coupent, une fois, puis deux. Je ne voulais pas d’épisiotomie non plus… Les effets de la péridurale commencent à s’estomper, et je commence à avoir vraiment mal. Je sens qu’on force, qu’on tire, j’ai du mal à entendre ce qui se dit autour, mais je sens la pesanteur, la tension dans la pièce. J’ai cru que ça n’allait jamais finir. Une sage-femme de chaque côté qui me remontent les cuisses sur le ventre et qui appuie sur le ventre. J’ai mal, je crie, je pousse de toutes mes forces car je commence vraiment à avoir peur de te perdre. Je ne sais pas combien de minutes se sont écoulées avant que la gynécologue parviennent à te sortir. Une soignante tend les bras avec un champs, on te pose a l’intérieur et on me dit qu’elle t’emmène à côté pour te montrer au pédiatre. Je n’ai pas vu ton visage avant qu’elle t’emmène, je ne t’ai pas entendue non plus, je n’ai pas pu sentir l’odeur si particulière des nouveau-nés, ton odeur. Je pleure toujours. J’ai peur. Je demande à ce que ton père soit présent pour les soins, je ne veux pas que tu sois seule mais on refuse. Commence l’attente. Je regarde l’heure : 12h57. Je demande à qu’elle heure tu es née. On commence à me dire « Je ne sais pas ». Je me dis que personne n’a pris la peine de regardé à quelle heure tu es née et je commence à paniquer puis quelqu’un répond 12h54. Je suis toujours en larmes, je n’arrive pas à m’arrêter. J’ai les yeux fixés sur l’horloge. 5 minutes… 10 minutes… on vient nous donner des nouvelles : tu vas bien mais la pédiatre veut te garder en observation encore un peu… pendant ce temps, on s’occupe de moi, du placenta. On m’appuie encore sur le ventre. C’est douloureux mais j’ai l’impression de ne plus habiter mon corps. J’ai l’impression que ce corps n’est plus mien. Je suis épuisée et meurtrie. J’ai l’impression d’avoir été battue… 15 minutes… Je dis à ton père que c’est long. Il me rassure, me dit que tu vas bien. Ce n’est qu’au bout d’une vingtaine de minutes qu’on te ramène, emmitouflée dans un lange, déjà séchée. On me dit que tu es belle, on te met dans les bras de ton père. J’ai eu une demi-seconde d’hésitation. Je me suis demandé : « Alors, c’est elle ? » Je pleure toujours. La gynéco ou l’interne termine de me recoudre et puis la gynéco commence à m’expliquer ce qui s’est passé : dystocie des épaules. Elle me dit que c’est plus qu’une difficulté aux épaules mais je n’entends qu’à moitié ce qu’elle tente de m’expliquer. J’ai l’impression de ne plus être là, que je vais me réveiller bientôt… Elle me décrit la complication, j’ai du mal à assimiler et j’arrive à entendre qu’elle me prépare pour mon deuxième accouchement : un suivi plus précis de la grossesse surtout en fin de grossesse, et elle me parle de césarienne… Le coup de massue ! Comme si tout ce qui venait de se passer n’était pas suffisant. La salle se vide peu à peu, on nous laisse un peu seuls, et ton père me mets dans mes bras. Je fonds en larme. Mi-bonheur, mi-détresse.

J’ai mis des jours à me remettre de cet accouchement. Parce qu’il n’était pas celui dont je rêvais, celui auquel je m’étais préparée. Il m’a fallu faire le deuil de cet accouchement, de ce projet de naissance.

Ce qui a été le plus difficile, c’est le fait de ne pas t’avoir vue sortir de moi, de ne pas avoir pu te voir, voir ton visage, ni te toucher dans tes premières minutes de vie. De ne pas avoir pu te sentir. J’ai eu la sensation dans les jours qui ont suivis que quelqu’un était mort. Je n’ai pas arrêté de pleurer en y repensant et c’est encore aujourd’hui douloureux d’y repenser.

Ce n’est que le lendemain que j’ai compris que la dystocie des épaules étaient une complication grave et rare de l’accouchement. On aurait pu y rester toutes les deux.

– Anonyme

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