Maud, un accouchement dans le respect après un premier accouchement « catastrophe »

28 Fév

Respect

Respect, c’est vraiment le mot qui me vient à l’esprit quand je repense à mon accouchement. C’est ainsi que j’ai voulu intituler mon récit que j’offre au collectif. Il y a presque un an à présent, je relis mon premier écrit et je suis toujours aussi émerveillée et émue de ce que j’ai vécu.

Il faut savoir que ma maternité a commencé cinq ans auparavant, avec l’arrivée d’un premier petit bonhomme, arrivée catastrophique, éprouvante, traumatisante. On estime qu’une femme sur vingt développe une pré-éclampsie, selon notre ami Wiki. J’étais cette femme-là. Je rêvais d’une grossesse de rêve, je rêvais déjà d’un accouchement merveilleux, j’ai eu une grossesse stressante, écourtée, la mort au-dessus de ma tête en l’espace d’un seul jour et une césarienne en urgence. Un mois et 6 jours de néo-nat, un allaitement très très foiré, une dépression post-partum longue, très longue et des pots cassés qu’on paye encore…

Quand enfin, nous avons été prêts à entamer une nouvelle grossesse, je n’avais qu’un seul mot à la bouche, AVAC. Accouchement vaginal après césarienne. Impossible pour moi d’imaginer quoi que ce soit d’autre. Je devais déjà dire au-revoir à mon rêve d’accoucher chez moi à cause de mes antécédents, je ne pouvais simplement pas concevoir d’être « couturée » à nouveau. Dans ma recherche du plus naturel possible, je suis devenue active sur un forum maternant, et j’ai découvert « l’envers du décor ». Pour ma part, ayant eu une césarienne justifiée, étant un cas pathologique, j’ai été très bien entourée, limite cajolée par les équipes médicales. Mais à la lecture de nombreux récits, je découvrais tout l’enfer que peut être parfois l’accouchement en structure, le non respect, la violence faite aux parents et aux bébés. A partir de cet instant, la maternité respectée devint un de mes chevaux de bataille. Comment peut-on ainsi voler ce que je considère (hors situation comme j’ai eue) comme le jour le plus grandiose de la vie d’une femme ?

Ma sage-femme, celle qui, la première, me fut secourable durant ma dépression, me suivit pour cette seconde grossesse. Elle effectua avec moi un travail merveilleux afin de m’aider à voir d’autres portes possibles et à accepter d’autres chemins. Face à ma désespérance de vivre un accouchement à domicile, elle m’aiguilla vers une maternité qu’elle affectionnait particulièrement, dans le Hainaut. A défaut d’accoucher chez moi avec elle, c’est là qu’elle m’envoyait, où elle savait que je serais entendue dans mes demandes, dans mes choix.

Lorsque nous sommes venus visiter cette maternité, nous étions prêts, nous étions sur les charbons ardents, nous avions les crocs, prêt pour la grande négociation de nos choix. Un projet de naissance bien ficelé, des demandes tantôt « gentilles », tantôt non négociables. Une sage-femme d’une grande sympathie, d’une grande douceur nous accueilli et fit la visite des lieux. Ce fut assez drôle quelque part, car chemin faisant, nous avons mentalement commencé à rayer les demandes de notre projet. Chacune d’entre elles étant déjà dans les « protocoles » de la maternité. Pas de monitoring continu, pas de touchers constants, une sage-femme attitrée, pas de séparation à la naissance, peau-à-peau sans compter, pas de médicalisation à outrance, positions diverses, encouragées par le personnel. Les salles sont d’ailleurs tout simplement belles. On n’y aperçoit rien de vraiment très médical au premier abord, mais plutôt un lit rond, ou une petite piscine, on découvre des lianes accrochées par-ci, par-là, un vieux tabouret d’accouchement à l’ancienne, ou une « galette ». Dans un recoin de la pièce, le médical se cache là, on aperçoit dans la pénombre le set de réanimation, la table chauffante, dans les armoires/tiroirs le matériel nécessaire, mais rien de très visible. Le maître-mot ici, le respect de la physiologie. La sage-femme nous apporte tout un tas d’informations intéressantes, ainsi par exemple si une césarienne se profile, le père sera toujours de la partie.

Nous sommes ébahis, enchantés, à la limite impatients d’y être !

Le jour J arriva le soir du 19 mars 2012. Et là, je me permets de reposer mon récit de l’époque, car je ne pourrais jamais le ré-écrire, il représente tellement bien ce que j’ai vécu.

Vas-tu me laisser le temps d’écrire ta naissance ? Ou encore une fois m’accaparer comme si tu voulais que cela reste entre nous ? Les jours passent, mes souvenirs s’effritent un peu et j’ai si peur de perdre des détails, ce que tu m’as fait vivre est encore tellement intense que quand j’y repense, je pleure et je tremble fortement, mon corps aussi se souvient.

Si je devais te dire une chose, une seule, ça serait merci. Merci pour tout ce que tu m’as offert. C’est d’ailleurs à ce moment-là, quand je t’ai remercié, que tout s’est doucement mis en place, jour après jour, une petite chose entraînant l’autre, notre chemin de rencontre avait commencé. Je t’ai remercié et te remercie encore chaque jour, merci mon fils, merci pour cette grossesse merveilleuse, sans faille, merci pour cet accouchement fort, violent, aux sensations si présentes.

Malgré mon attente, mon guet, je n’aurais jamais pensé que tu viendrais ce jour-là. Nous ne voulions pas que tu naisses ce lundi, blague privée avec ton papy. Je rêvais de te donner la vie le jour du printemps, mais je pensais au 21 mars. Pourtant, le premier qui l’a su, ce fut ton frère, car ce fut lui qui annonça ta venue en préparant symboliquement ton parc, en le rangeant, en installant les doudous.

Lors de mon blessingway, j’avais émis l’envie de perdre les eaux en premier pour savoir tout de suite que tout avait commencé et ne pas être trop dans l’expectative. Et même ça, tu me l’as offert. A 21h, j’ai eu cette sensation bizarre qu’on ouvre une valve et que l’eau coule. A ce moment, je tremble comme une feuille, je suis tellement excitée, tellement heureuse, je sais que ça y est, la rencontre va commencer, dans quelques temps, nous serons face à face, nous nous découvrirons, même si nous nous connaissons déjà… J’appelle I. directement qui me donne quelques infos et me demande de la rappeler dès la première activité utérine. Ce que je fais 15 minutes plus tard je crois. Je viens de découvrir ma première contraction, la vraie, et ça n’a rien à voir avec tout ce que j’ai senti à présent. Je la surnomme gentiment « la piquante ». Je rappelle I. qui me parle à présent de régularité. On se met donc à compter, mais après la 3e je ressens l’envie forte de l’avoir à mes côtés. Mon homme la rappelle et elle est déjà quasi prête, elle arrivera dans la demi-heure. De fait, sa présence me rend d’un coup plus sûre de moi, je me sens en sécurité tout simplement. On fait un petit monito, et elle m’examine, et là, en effet, je suis à 3 cm. On laisse passer un peu de temps pour qu’elle m’observe, voit comment je gère, la force de mes contractions. Elle finit par me conseiller d’aller doucement à la maternité qui n’est pas tout près, histoire de pas stresser sur le temps. Ca tombe bien, je suis dans la même optique, je ressens l’envie d’y aller aussi. Ma maman arrive également, ainsi que notre ami « chauffeur », et c’est un doux moment d’émotions. Ta grand mère n’a pu me voir le jour de la naissance de ton frère, je sais que je lui offre là un moment intense où elle peut me voir, en plein travail, en plein en train de donner la vie, et où elle peut m’embrasser et me souhaiter le meilleur. Je serre fort I. dans mes bras et la remercie de tout ce qu’elle a pu m’apporter durant cette grossesse, ça me fait tout drôle, je reviendrai ici, avec mon bébé à bras. On prépare tout, et puis d’un coup, je ressors de la voiture, je cours (tant bien que mal) dans ma maison. Je veux embrasser mon fils, mon premier fils, celui qui m’a fait mère, je veux le regarder dormir et me souvenir de lui comme mon petit bébé, car je sais que quand je le reverrai, rien ne sera plus pareil.

Le trajet commence et malgré le conseil d’I. d’aller à l’arrière pour mieux gérer, je reste à l’avant, je ne veux pas accentuer mon mal du transport. Mon corps est d’accord avec moi et m’offrira une belle accalmie dans la douleur durant tout le trajet. Les contractions vont s’accentuer, se précipiter, nous écoutons Classic 21 à la radio, et nous avons droit à du blues, mes contractions montent durant le speech du présentateur, et la descente et les endorphines arrivent au lancement de la musique, je passe un moment magique, et savoure comme jamais cette musique, shootée par ce que mon corps m’offre. Nous arrivons à la maternité vers minuit, et je me sens vraiment bien, détendue, heureuse.

Nous rencontrons G. qui sera notre SF, elle est haptonome et va se révéler d’une efficacité exemplaire. Elle est douce et vraiment très respectueuse. Elle se tait dès qu’elle aperçoit le début d’une contraction, me met une main apaisante, ou une parole douce, je sais qu’on a bien choisi notre lieu. Très vite, je vais prendre place sur mon lit et chercher ma place comme un animal. Observatrice, G. va vite comprendre comment mes contractions me touchent (bassin et jambes ici, jamais eu mal dans le ventre ou les reins), et va me donner les clés pour les gérer, couchée sur le côté, un drap attaché en liane pour m’accrocher, et elle montre à Jérôme une façon de me prendre le bassin pour me soulager. En effet, quel soulagement, à tel point que la danse va commencer, et que tout va s’enchaîner. On fera le monito dans cette position là, et G. va patiemment attendre une accalmie pour me faire son toucher et voir vers où on va. Cela va prendre un certain temps, je ne peux dire combien de temps va passer, je suis à présent dans ma bulle, mon mantra sera « les contractions sont mes amies, je les accompagne, elles ouvrent mon col, les contractions sont mes amies, je les accompagne, elles ouvrent mon col, … ». Au bout d’un moment, elle me demande pour faire ce toucher, on arrive enfin à gérer le truc vite fait et là, toute déboussolée, elle me sort « Ah bin bravo ! Tu es à 8cm, on arrive à la fin, on va filer en salle d’accouchement ». Je n’en reviens pas, je suis sur le cul là !!! J’arrive à peine à comprendre que j’arrive au bout de la première phase.

Le temps d’arriver à la Salle Terre, je passe en phase de désespérance et refuse de quitter mon lit, persuadée que je vais mourir si je quitte ma place tant adorée ! Je comprends de moi-même très vite cette phase et à peine le temps de dire « ouf » que ma première contraction de poussée arrive. Et là, je chute. Là je plonge dans la violence, l’horreur et la douleur, et pourtant à la fois, je me sens prise d’une force immense, j’ai l’impression d’irradier de partout, et je découvre avec stupéfaction toute la magnificence et la force de mon propre corps. A ce moment là, le temps aussi me fait défaut, je ne sais combien de temps passera, je pense qu’il va se passer 1h30 à peu près de poussées. C’est ce temps et cette douleur inouïe qui vont me déconcerter, me faire perdre pieds, et mes jambes et mon bassin qui vont me trahir. J’étais persuadée du côté soulageant de la poussée, je pensais crever de douleurs aux contractions, et en fin de compte c’est plutôt l’inverse qui va se produire. Nous avons de la chance, nous sommes seuls en travail à l’arrivée et serons accompagnés de deux sages-femmes haptonomes, G. et I. ainsi que d’une adorable étudiante. Ensemble, elles vont nous guider, nous insuffler la force, nous proposer différentes choses, tout en respectant nos projets, nos choix, nos envies. Je suis heureuse de les avoir eues, elles m’ont souvent empêché de perdre pied, m’ont tendu les mains qu’il fallait pour me raccrocher quand il fallait et ont aussi laissé Jérôme prendre sa place ou le guider pour la trouver selon mes besoins. Au final, nous aurons quasiment tout testé durant cette poussée, le lit rond dans toutes ses formes, la galette, le petit tabouret, différentes positions naturelles et/ou selon les principes haptonomes (avec des noms à coucher dehors hahaha, du genre la grande ouverture, ou un truc comme ça). Tu gères comme un chef mon tout petit, tu descends doucement mais super bien, ton coeur ne faillit pas, tu fais ton chemin et je t’accompagne du mieux que je peux. De mon côté, je n’en mène pas large, et très vite, je vais commencer à m’épuiser. Mon sucre va chuter, je viderai une petite bouteille de coca en un rien de temps, mais ça ne me fait rien, toute cette énergie bue s’en va à la poussée suivante ! Je suis vraiment contrôlée par les poussées, je ne gère rien, et je perds beaucoup d’énergie à pas grand chose.

Et puis je perds courage. Je sens que j’arrive clairement au bout de mes forces, pour le peu qu’il m’en reste. Et ma supplication va commencer. Pourtant tu es à 5 cm de la sortie, mais je n’ai plus la force pour ces 5 derniers centimètres. Les SF ne perdent pas espoir, elles, et puis toi, tu gères toujours bien, donc elles vont tout tenter pour m’insuffler la force nécessaire pour terminer le travail. Mais rien n’y fait, mes contractions sont devenues très courtes, ne me permettant que peu de poussées efficaces avant de s’estomper en 1 seconde, me laissant quasi tomber dans les pommes. Le gynécologue finit par arriver. Lui aussi va encore attendre, me motiver, m’insuffler la force, il va tenter de me faire sortir de mes gonds, même de me fâcher pour que je trouve cette volonté. Mais tout aussi vainement. Nous changeons alors de salle, passons à la salle Eau où il y a un lit d’accouchement avec étriers. Je supplie le gyné de prendre la ventouse, de m’aider pour les 5 derniers cm. C’est alors qu’il me lâche sa dernière carte. S’il utilise la ventouse, j’aurai une épisio, c’est son protocole à lui, c’est ainsi qu’il le fait, si je n’en veux pas, je pousse et je sors ce bébé. Si je veux cette ventouse, j’accepte cette coupure. Il attendra ensuite patiemment, laissant l’information faire son chemin en moi. Je tente encore mais je ne puis plus, je suis à bout, et je finis par accepter la situation. J’ai apprécié qu’il me dise clairement les choses et qu’il me laisse choisir, nous aurions pu encore tenter, encore et encore, loulou tenant très bien le coup, mais je ne pouvais plus, je ne voulais plus. Cette situation, cette façon de faire m’a permis d’accepter un peu mieux cette blessure, même si bien sûr je la regrette amèrement. Je la regrette et en même temps je l’accepte comme la preuve que j’ai été au plus loin de ce qu’il m’était possible de vivre ce jour-là, avec les forces que j’avais, avec mon énergie du moment. Le fait aussi d’avoir eu ce choix, de l’avoir pris et non pas de l’avoir subi change énormément la donne.

Il n’aura fallu qu’une poussée, une toute petite ventouse et ces quelques points, et ta tête sort enfin. Je ferme les yeux et je peux revoir ce moment, il est gravé à jamais dans mon esprit, je te vois encore, entre mes jambes, petite tête toute ronde, aux joues rondes et pleines, cette tête toute calme, toute grise, toute dans l’attente de la sortie prochaine. C’est comme un moment de grâce cet instant. Je suis touchée par la grâce. Une nouvelle poussée arrive, je ferme les yeux mais les rouvre très vite sous les injonctions des SF car tu es en train de sortir et qu’elles m’incitent à te prendre, ce que je fais immédiatement. Que tu es lourd mon fils ! Je suis étonnée de ton poids et je me rappelle immédiatement celui de ton frère. Forcément tu me sembles lourd hahaha.

Et je suis redevenue maman. Je me rappelle ton pleur qui me touche en plein coeur et cette force en toi quand directement tu vas chercher mon sein.

Merci mon fils. Merci de m’avoir démontré que la vie peut aussi être belle durant cette période, sans ombre, sans encombre. Il aura fallu arriver à la toute fin pour que je le comprenne enfin.

Voilà bientôt un an que cela s’est passé et je garde un souvenir très fort de ce lieu de naissance. D’ailleurs, fait marquant à mes yeux, je n’ai aucune douleur concernant mon épisiotomie et selon mes croyances, cela résulte du fait que je n’ai jamais eu cette impression de l’avoir subie, cette cicatrice je l’ai pleinement acceptée, elle fait à présent partie de moi et de cet accouchement. Quand je pense à elle, je pense surtout au fait que j’ai été au plus loin de ce qu’il m’a été possible d’aller ce jour là, avec les forces que j’avais, avec les cartes que j’avais. Je n’ai jamais ressenti la moindre tristesse, la moindre colère face à elle. Elle n’est pour autant pas plus justifiée que cela (s’il fallait y mettre le bémol qu’on attend peut-être), mais le contexte autour m’a permis de l’accepter complètement.

Il y a encore une chose qui m’a frappée dans ce lieu respectueux, c’est l’après. Le respect de la physiologie de l’accouchement, c’est aussi savoir respecter les instants d’après. On nous a foutu la paix royalement durant les heures qui ont suivi l’accouchement. Alors que nous dormions tous les trois, la sage-femme est passé de nombreuses fois, juste entrouvrir la porte, juste vérifier que nous dormions et nous laissait tranquille. Elle n’est venue réellement qu’une fois qu’elle nous a trouvé réveillé. Je crois que ça doit être souligné. Je suis restée tranquillement en peau-à-peau complet de 4h30 du matin à 11h du matin, sans interruption. Le respect, c’est aussi venir féliciter pour tout ce qu’on a donné durant ce grand moment, c’est aussi être à l’écoute pour l’allaitement et être judicieuse dans les conseils, c’est ne pas avoir un mot plus haut que l’autre, et faire preuve d’une grande confiance envers la maman et ses ressentis. Bien qu’ayant ressenti le besoin de retrouver mon chez-moi après 2 jours complets, j’ai eu le cœur gros de quitter ce lieu, tellement je m’y suis sentie bien.

Je pense que c’est important de savoir qu’il existe des lieux comme ceux-ci, où l’on peut être entendue dans ses demandes, dans ses choix.

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