Naissance de Damien, Québec – 2011

28 Fév

Naissance de Damien, Québec, Canada
Le lundi le 24 octobre 2011, à 5h52, est né notre fils.
Bébé pesait 7 livres 4 onces pour 20,5 pouces.
Le travail a duré environ 8 heures dont 2 heures de poussées.

L’accouchement comme tel fut respecté et très beau. Suite au transfert à l’hôpital, les choses se sont corsées toutefois.

*     *     *
Le lendemain de la fête de ton papa, je faisais pipi sur un petit bout de plastique qui allait m’annoncer le plus grand changement de toute ma vie… j’allais devenir maman! À partir de ce moment, j’ai su que les jours et les nuits ne seraient plus jamais les mêmes, ma tête et mon cœur allaient d’instinct vers toi, je voulais – et je veux toujours – ce qu’il y a de mieux pour toi! Les semaines ont passées, mon ventre gonflait et je te sentais de plus en plus présent. À vrai dire, tu étais dans mon ventre un petit bébé très vigoureux! Tu adorais communiquer avec nous et faire sentir ta présence. Quels beaux moments nous avons passé ensemble quand tu n’étais encore qu’un fœtus dans mon bedon! Nous avions nos façons de communiquer, nos petits moments privilégiés. Et toi, tu te faisais remarquer, en général en me donnant des coups de pieds dans le côté droit, juste sous les côtes ou en faisant ce que j’appelais « la baleine »…des belles grosses vagues de bedaine! Et plus le temps passait, plus nous étions prêts à t’accueillir. Ta chambre, tes vêtements, ton prénom…tout cela était planifié avec amour. Même avec toute notre bonne volonté et les livres lus, jamais nous n’aurions pu imaginer le raz-de-marée que tu allais causer petit bébé!
Dès les premières semaines de grossesse, je me doutais bien que j’attendais un petit garçon et je me doutais aussi que tu allais être un petit pressé… Et bien oui, après la moitié de la grossesse avec de fausses contractions, le travail préparatoire s’était fait petit à petit et c’est le jour des 37 semaines – le moment où tu étais considéré « à terme » dans le jargon, que le vrai travail a débuté. Ma nuit du samedi au dimanche avait été la plus belle depuis des lunes. Un sommeil profond et réparateur m’a fait filer jusqu’à tard dans l’avant-midi. Puis, nous sommes partis, ton papa et moi, déjeuner avec la famille. Aux dires de tous, ma bedaine était bien basse. Et moi, j’avais disons un peu trop d’énergie pour une fille aussi ronde! Ton papa se doutait bien de quelque chose… je vivais le fameux phénomène de la couvade! Je voulais que tout soit parfait pour ton arrivée… Rien de trop beau pour mon bébé! Alors donc, nous avons marché longtemps, une heure, tous les restos étaient pleins. J’étais fatiguée, mais je me disais que c’était bien normal, je n’avais pas mangé! Après le repas, tour aux toilettes et encore une fois, je perdais un peu de sang. Depuis jeudi, le moment où j’avais perdu les premiers petits bouts de bouchon muqueux, je saignotais un peu. Ça commençait à m’inquiéter. Et si tu n’allais pas bien?
En revenant à la maison après notre petit déjeuner familial, vers 15 heures, les contractions habituelles se faisaient plus insistantes, mais rien de dramatique. Rien pour nous empêcher, ton papa et moi, d’écouter quelques épisodes collés sur le divan! Mais après le souper, elles devenaient plus inconfortables, assez pour aller m’installer sur le gros ballon et penser à bien respirer. Un peu avant 21h, je me suis dirigée vers la douche pour tenter de me relaxer un peu avant d’aller me coucher. Alors que les saignements du col m’inquiétaient malgré les dires rassurants de notre stagiaire sage-femme, l’instant où j’ai perdu mes eaux m’a semblé tout à fait normal. J’ai entendu et senti un gros CRAC dans le bas de mon ventre et, dans la douche, un torrent d’eau chaude s’est mis à couler le long de mes jambes. Tu t’es mis à bouger, j’ai l’impression que ça t’a surpris mon amour! Je sentais encore mieux tes coups de pieds et tes mouvements, mais j’ai tranquillement terminé ma douche. J’allais être belle pour le grand jour de ta naissance! Après m’être essuyée tranquillement en sortant de la douche, j’ai dit à ton papa par la porte de la salle de bain ce qui venait d’arriver et lui a fait signe à notre sage-femme par téléphone que le moment était venu. Et oui, déjà! À 37 semaines tout juste… Les choses se sont mises à débouler très vite. Les contractions se sont intensifiées beaucoup après avoir parlé à une autre sage-femme. Elle ne croyait pas ton papa que mes contractions duraient 1 minute et qu’elles se succédaient aux minutes. C’était très intense! J’étais dans ma bulle, couchée sur le côté gauche, dans mon grand lit. Je pensais à toi.
Ton papa a alors pris les choses en main. Il a récupéré les choses qui manquaient dans nos bagages qui n’étaient pas complètement terminés (je croyais avoir encore du temps dans les semaines à venir). Nous avions un tas de choses inutiles! Il a téléphoné un taxi qui est arrivé rapido presto et dans lequel je suis embarquée un peu à contre cœur, je m’y sentais coincée… Je n’avais aucune envie de sentir les nids de poule des routes de Québec à ce moment si crucial pour nous!
Alors nous voilà, filant à travers la ville endormie pour nous rendre vers la maison de naissance. On nous accueille et m’invite à prendre l’ascenseur pendant que ton papa et le chauffeur de taxi déchargent nos milles et une choses. Notre première sage-femme et sa stagiaire que nous aimons beaucoup sont là, mais pour le moment, elles sont occupées, une autre naissance est en cours. En fait, nous sommes quatre femmes en travail dans la nuit du 23 au 24 octobre. Ça bouge, ça crie, mais l’atmosphère demeure paisible sur l’étage. On nous conduit à notre chambre. Elle est petite, mais je m’en fiche, je m’y sens bien. Il fait chaud, les lumières sont tamisées et déjà, je rêve du bain tiède qu’on propose rapidement de me faire couler. On dirait que les déplacements ont accentué mes contractions. Je m’appuie sur le bord du lit, je me laisse aller dans la douleur. Décidément, le quatre-pattes sera ma position fétiche lors de ta naissance. Je dois donc être examinée, mais c’est plus difficile que prévu. Mon col est dur à atteindre, mais on m’apprend éventuellement que je suis environ à 5 cm de dilatation, si mon souvenir est bon. Les sages-femmes écoutent ton petit cœur régulièrement. Il bat bien. Bravo mon champion!
Les minutes filent, je suis dans le bain chaud, ton papa est près de moi. Mais ces contractions sont si vives et si rapprochées! Ouf…on me propose de l’homéopathie pour aider à les espacer et me permettre d’atteindre la béatitude des endorphines. Ça marche! Je plane littéralement entre chaque contraction. C’est formidable!  Assise en indien dans le bain, les yeux fermés, je me balance. Et hop, dès qu’une contraction arrive, à genou sur le bord du bain! Je dois me rappeler de bien respirer et de chanter mes contractions le moins aiguës possible, car comme dit ma sage-femme, Bébé ne sortira pas par la bouche!
Au fil des heures, j’essaie de sortir du bain à quelques reprises, mais c’est un échec, je me sens mieux dans l’eau, j’ai moins froid. Je vois ton papa qui commence à être fatigué de toutes ces émotions, mais qui demeure près de moi, toujours présent. Et les sages-femmes rôdent autour, mais toujours de façon subtile et dans le respect du moment que nous sommes en train de vivre. Quelle intensité, quelle beauté que de mettre un enfant – son enfant – au monde! J’ai de la difficulté à placer les évènements dans le temps. Je sais simplement que j’ai soudainement eu envie de pousser, mais on m’apprend qu’il est beaucoup trop tôt. J’en suis à 7 cm. La route est longue encore à parcourir. Je dois donc faire des sons graves pour t’aider à frayer ton chemin et moi je ne dois pas tenter de te pousser à l’extérieur trop tôt, car mon col pourrait enfler et te barrer la route. Quel calvaire que d’essayer de retenir cette envie impérieuse. Mon corps veut trop! On se rend donc compte que tu t’es tourné petit tannant. En postérieur. C’est cela qui me donne envie de pousser, nous sommes dos à dos! On me propose donc différentes positions pour t’aider à mieux te placer. Ouf… Et voilà, on me propose une manœuvre avec ta tête pour te donner un coup de pouce dans ta rotation. Et c’est un succès! Notre sage-femme est surprise de constater que je suis soudainement complète et que je peux commencer à pousser. Des émotions, il y en a dans l’air pendant ta naissance!
Alors voilà, nous sommes 5-6 personnes dans le grand lit et je dois tenter d’apprivoiser l’idée de la poussée. C’est étrange, libérateur en même temps, mais étrange. Et je travaille fort! J’ai besoin de soutien. De la main de ton papa et de celle de toutes les femmes présentes autour de moi. J’ai si mal que j’en vomis. On doit m’installer un soluté pour m’aider à garder mon énergie, car la route est longue. Deux heures de poussée pour arriver à te faire sortir mon amour! Et toi, tu devais travailler bien fort aussi, mais de l’intérieur…quel courage mon bébé! Ton papa m’a épongé le front avec amour, il m’a donné des gorgées d’eau, il m’a réconfortée. Et il m’a encouragée! On voyait ta petite tête avancer, tes petits cheveux. Et je t’ai touché. Tu étais encore dans mon ventre à ce moment. Puis, les choses ont déboulé. Dans ma tête, c’était un point de non-retour. Je voulais tellement te voir! Alors, j’ai poussé. Fort. Et ça brûlait horriblement, mais je voulais te tenir dans mes bras… Ta tête est sortie. Puis j’ai senti tes petites épaules se glisser et enfin tout ton corps, comme un petit poisson. Tu étais là mon amour! Je t’ai pris sur mon ventre, Tu étais tout chaud, tu sentais bon. Ta tête était sur mon cœur et je te trouvais magnifique! Te voilà enfin mon amour! Et ton papa m’apprend que tu es un petit garçon. Mon Damien d’amour!Naissance Damien 008
Ton papa a dû couper rapidement ton cordon, car les choses se sont mises à aller très vite. Tu n’avais pas l’air de bien aller. Ta respiration était difficile et tu ne prenais pas assez de couleur. Et moi j’avais peur, je voulais te tenir sur mon sein, mais tu as du aller sur la table de réanimation. Tu étais minuscule, loin de moi. Mais les sages-femmes ont fait tout ce qu’il fallait. Elles ont été formidables. Elles étaient comme des abeilles autour de toi, mon tout-petit. De mon côté, j’espérais que ce n’était qu’un mauvais moment à passer et que tu serais sur moi dans peu de temps. Mais les minutes passaient. Ton placenta est sorti. La délivrance qui a mis un peu de baume sur mes brûlures. Mais toi, tu as du partir en ambulance. Mon bébé. Et ton papa t’a suivi. Je pleurais, je voulais vous avoir près de moi. Mais je savais que ta vie était en jeu. Notre sage-femme nous a permis quelques instants ensemble avant ton départ. J’ai pu te serrer contre mon cœur, te sentir, te dire que je t’aime. Puis tu es allé dans la grande civière… À plus tard mon amour! Maman va rester forte et je viendrai te voir dès que possible…
C’est ma maman à moi qui est venue me rejoindre pour me réconforter pendant les suites de ta naissance. Trois heures après ta grande sortie qui avait eu lieu à 5h52 – tu es né avec le levé du jour mon amour – j’étais sur mes jamNaissance Damien 002bes et je partais te rejoindre. C’était un peu irréel tout ça. Ton papa était si fatigué, mais il avait veillé au grain pendant mon absence pour ne pas qu’on te donne un de ces milles biberons de PCN (préparation commerciale pour nourrissons) proposés et s’assurer que les infirmières soient douces avec toi. Je demeurais confiante, même si je te voyais dans ce grand incubateur, relié à tant de fils à-côté de tous ces minuscules bébés malades du service de néonatalogie. Ma première nuit sans ma belle bedaine et bien je la passais loin de toi, mais malgré l’inquiétude quant à tes petits poumons, je savais que les choses allaient s’arranger. À toutes les trois heures, j’ai tiré à la main mon colostrum, c’était ma façon de te dire que j’étais avec toi malgré la distance qui nous séparait.
Et la vie nous a souri mon amour…
Le jeudi 27 octobre, je t’habillais dans ton petit habit d’hiver, je t’installais dans ton siège d’auto… Et nous sommes partis de l’hôpital, où tu avais été transféré le mardiNaissance Damien 012 précédent, pour nous rendre à la maison après un arrêt à la maison de naissance pour s’assurer que ton siège d’auto te protégeait bien.
En route vers la maison, j’ai eu l’impression que l’ordre des choses se replaçait après ces dures journées à l’hôpital, à recevoir milles conseils contradictoires sur la façon de te nourrir et de prendre soin de toi. Après ces nuits sans ton papa qui n’avait pas le droit de rester avec nous, ces nuits où tu devais rester à la pouponnière, loin de moi… Nous allions enfin être réunis. Nous avons fait confiance à notre instinct de parents. Nous nous sommes battus pour que tu n’aies que le bon lait de maman et qu’on diminue progressivement le soluté qu’on te donnait. Nous avons fait tout en notre pouvoir pour que tu prennes du mieux et que tu sois respecté dans ton unicité, mais ces quelques jours à l’hôpital resteront gravés dans nos cœurs et nos corps pour toujours. Trop de larmes et d’aiguilles, pas assez d’écoute et d’empathie. Une chance que nos sages-femmes restaient présentes et pleines de compassion au bout du fil pour nous soutenir. Une chance que nous étions informés. Une chance que nous avons eu le cran de nous battre pour nos convictions et nos droits de parents.
Quel bonheur que de t’avoir près de mon cœur… Mon fiston sans fils ni soluté. Que de la belle petite peau rose, une petite bouche en cœur et des yeux plein de magie! Bienvenue Damien…
Ta maman, Anne-Marie

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