Marine, à Paris en 2010

1 Mar

Pour la naissance de mon premier enfant en juin 2010, je savais dès le début de ce que je voulais, ou tout au moins de ce que je ne voulais pas !
C’était une insémination et vu le temps des protocoles de PMA et la déshumanisation de ces procédures, j’ai eu le temps de m’informer, de lire, d’avoir des témoignages, de voir des amies à moi avoir des enfants.

Je savais donc que je ne voulais pas d’un suivi « classique » mais d’un suivi global, y compris pour l’accouchement. Je savais aussi à quel point la plupart du temps le père n’est pas impliqué dans la grossesse alors que c’est quelque chose d’encore plus abstrait pour lui que pour nous. Il me fallait donc trouver où j’allais pouvoir trouver la perle rare qui nous accompagnerait mon mari et moi dans ce projet et donc trouver un plateau technique qui accueille les sage-femmes libérales .

Nous avons pris contact avec le CALM à Paris, mais nous ne rentrions pas dans les critères pour une raison de distance. Puis j’ai entendu parler du Groupe Naissance : ça tombait très bien l’une des sage-femmes (un homme) était en plus haptothérapeute : exactement ce qui nous tentait pour que le papa soit aussi impliqué que moi ou presque dans cette grossesse. Nous l’avons rencontré et ça c’est très bien passé. C’est donc avec lui que nous avons fait tout notre suivi dès le 3è mois et jusqu’au un an de notre fils. Le courant passait plutôt bien, il était doux, expliquait, il y avait de la discussion quoi qu’un peu directif, rien de méchant et ça rassurait mon mari. L’haptonomie est quelque chose de magique. Que mon mari puisse sentir et entrer en contact avec notre fils dès le début du 4è mois est simplement magique. Cela nous a beaucoup apporté pendant cette grossesse. Par contre je n’ai pas vraiment le sentiment que cela m’ait particulièrement aidé pour l’accouchement, ni mon mari d’ailleurs.

Ma grossesse se passe merveilleusement bien : je suis en forme, un peu fatiguée par moment, mais c’est tout. 10 jours avant je fais encore des marches de 2h sans problème. Tout va bien et je sens que je vais aller jusqu’au terme, rien n’a l’air de bouger, je n’ai jamais senti la moindre contraction.
Un samedi matin, avant veille du terme, je me réveille en me sentant bizarre, j’ai l’impression que c’est pour aujourd’hui, je le sens… Je sens quelques contractions non douloureuse qui viennent. Mon angoissé de mari veut appeler immédiatement la sage-femme, je le calme et le rassure en lui disant qu’il n’est pas encore temps. Les contractions sont régulières mais non douloureuse. Je vis ma vie dans le courant de la journée au rythme des contractions : lit, ballon, lit, repas pour manger un peu quand même malgré la chaleur, le rythme des contractions s’accélère progressivement. Je décide de prendre un bain, j’ai souvent lu que ça soulageait et que ça aidait à se débarrasser des « fausses contractions ». Ca ne fait ni l’un ni l’autre sur moi, mais vu que les contractions sont intenses mais peu douloureuses, ça ne me gène pas. A ce moment je me dis que si c’est comme ça tout le temps, c’est cool… On appelle notre sage-femme dans le milieu de l’après-midi qui nous dit de le rappeler quand les contractions ne seront plus espacées que de « x » temps, je ne me souviens plus combien. On le rappelle assez rapidement et on se donne rendez-vous à la maternité 1h30 plus tard.

Il fait chaud aujourd’hui dans les 30° début juin, la fenêtre de la voiture est ouverte et les gens me regardent un peu bizarrement faire des têtes et bruits étranges pendant les contractions. La positions imposée par les voiture ne me convient pas, j’espère qu’on va arriver vite. Ouf pas trop de bouchon, c’était pas gagné un samedi à une heure de pointe en région parisienne ! Évidemment pas de place pour se garer à proximité, mon mari me lâche devant la mater et va se garer plus loin.

Je suis prise en charge par une femme du personnel de la mater qui me dit que ma sage-femme n’est pas encore arrivée. Elle m’installe dans une salle de pré travail avec un ballon et me branche le monito, juste le cœur du bébé, pas les contractions pour l’instant. Je reste sur mon ballon ou debout. Mon mari et notre sage-femme arrivent en même temps dans la salle. Je m’allonge le temps qu’il m’examine et me dit que je suis à 1. Bon…

Il me branche le monito « contractions » pour voir comment ça évolue. Allongée sur le dos, elles sont moins fréquentes et peu actives. Je suis un peu déçue, mais ça va. Il nous transfère dans une des salle du Groupe naissance avec 2 spasfons : une grande chambre avec un lit double, un canapé, 2 fauteuils, une table basse et une grande baignoire. Il est environ 19h. Il repassera vers 22h pour voir comment ça évolue.

Mon mari part nous chercher à manger, en l’attendant je décide de profiter de cette baignoire, les contractions sont là, intenses et douloureuses, mais ça va, c’est surtout la chaleur qui m’épuise. Le bain, comme le 1er à la maison, ne me soulage pas particulièrement, je n’y reste pas longtemps je suis mieux dans d’autres positions. Sur le lit je tente de me reposer un peu, je me sens vraiment fatiguée par cette chaleur et la proximité des contractions. Sur le lit je passe de 4 pattes pendant la contraction à allongée entre 2 pour tenter de me reposer un peu. On mange, moi un peu, lui beaucoup. Finalement, là ou je me sens le mieux c’est sur un ballon qui me permet de faire « rouler » mon bassin, la tête appuyée sur les bras de mon mari pour me reposer un peu en même temps. Notre sage-femme revient, il doit être dans les 23h. Il m’examine et là c’est la déception, je suis toujours à 1 sauf que moi les contractions je les sens, bien rapprochées, et la chaleur et la fatigue aussi. Il nous renvoie chez nous avec du spasfon et nous rappelle bien de faire attention : en cas de rupture de la poche des eaux, il faut vérifier si le liquide est teinté ou pas : je suis positive au strepto B. Donc si c’est le cas, retour immédiat à la mater en l’appelant rapidement. Je suis déçue de rentrer chez moi, mais je ne dis rien, je suis fatiguée.

Il doit être minuit quand on arrive. Mon mari se met au lit et s’endort presque instantanément. Il fait meilleur à cette heure-ci, même s’il fait encore chaud et que je maudis mes voisins de faire de la friture à cette heure. J’arrive presque à m’endormir à coté de lui entre 2 contractions. J’ai repris ma danse 4 pattes/allongée. Et un moment je suis réveillée dans l’instant par une « ploc » que je sens en moi. Je file aux toilettes et voit que c’est la rupture de la poche des eaux. Je réveille mon mari en criant et la, LA je la vois la différence des contractions avant et après la rupture ! Bon sang c’est plus pareil, plus la même douleur, ni la même intensité. Le temps de vérifier : les eaux sont teintées : on rappelle en vitesse notre sage-femme et RDV le plus vite possible à la mater.

Pendant que mon mari récupère les affaires, ferme la maison… je bouge en essayant d’accueillir les contractions comme elles viennent. Des sons gutturaux comme des mantras sortent de ma bouche sans que ce soit moi qui les maitrise, enfin c’est moi, mais c’est mon corps qui gère pas mon esprit. C’est douloureux, très, mais en bougeant c’est encore possible. Là ou ça se corse c’est la voiture : plus de possibilité de bouger librement : je me met à 4 pattes à l’arrière, mais c’est trop tard, mon corps perd le contrôle et ça devient insoutenable, je hurle et j’ai peur que ça ne progresse toujours pas en plus. Les fenêtres sont ouvertes et il parait que mon mari s’est pris des regards plutôt inquiets et étranges des conducteurs voisins. On arrive à la mater, il est 1h, moins d’une heure à la maison.

A cette heure-ci il y a de la place en face, ça tombe bien j’aurais été incapable de marcher seule. Mon mari a du mal à me soutenir, notre sage-femme vient l’aider et on me porte presque jusqu’à la salle d’accouchement. Il n’est plus question de se poser la question de la péri ou non maintenant : je la veux ! Depuis que je n’ai plus été libre de mes mouvements, la douleur est insoutenable. L’anesthésiste est là rapidement, elle me pose la péri en m’expliquant tout ce qu’elle fait et ma sage-femme me demande si j’accepte qu’une stagiaire soit présente pour l’accouchement. J’accepte. La péri en route ça va mieux, j’arrive à me reposer.

Ma sage-femme m’a dit en arrivant que j’étais à 3 et que ça avançait vite maintenant. Lui et mon mari font des pronostics sur l’heure d’arrivée de bébé : selon eux à 5/6h il sera là. L’atmosphère est détendue, je me repose, ma sage-femme s’endort sur une chaise, la péri est bien dosée, tout va bien. Puis il ça vient, il va falloir pousser, je le sens, il me le confirme. Les 1ères poussées se passent bien et sont efficaces, à ce rythme ce sera rapide… Sauf que, peu de temps avant il a baissé la dose de la péri et que une fois que je le sens, je n’arrive plus du tout à pousse, ça me fait tellement mal que ça me bloque je n’y arrive pas. Il me prévient : on peut remettre une dose de péri mais il faudra appeler l’obstétricien (du groupe naissance aussi, donc sensibilité et pro naissance physio, je l’avais rencontré pendant la grossesse).

Je n’arrive pas à me décider, à me résigner à remettre une dose de péri. je sens mon sage-femme plus pressant, je prends ça pour une agression : « bon alors faut se décider, qu’est-ce qu’on fait ». Je comprends plus tard qu’il attendait que ce soit MOI qui prenne cette décision. Je finis par choisir une autre dose de péri, à regret. En pleurant, en disant à mon bébé que je suis désolée, que je n’y arrive pas. la sage-femme stagiaire est là et me rassure, me caresse, me console, elle est douce est gentille, je ne regrette pas du tout sa présence. Mon mari pendant tout ce temps est serein, se fait broyer la main en silence et m’accompagne, il est aussi très curieux donc reste près de la sage-femme pour voir ce qu’il se passe. Autant il panique et angoisse vite avant, autant une fois dans l’action il est stable, posé et résistant à tout !

La dose de péri agit et l’obstétricien est arrivé. Les poussées sont de nouveau efficaces et il est venu presque pour rien car tout va bien de nouveau. Il me masse le ventre entre les poussées et maintien le bébé pour qu’il ne remonte pas. Ma sage-femme me fait sentir sa tête, toute molle, ça y est il est là, il sort. Quelques minutes plus tard il est sur moi posé, calme et les yeux grands ouverts.

On l’emmène avec mon mari pour lui mettre du collyre à cause des eaux teintées et du strepto B, puis, mon mari l’habille, sans bain et on nous laisse un moment, il cherche le sein comme un fou et j’essaye de l’aider mais je ne peux pas bouger et remonter mon dossier… Mon mari angoissé est de retour : non non je fais rien on attends que la sage-femme revienne. Mais mon bébé il cherche là!!!! bon heureusement il revient vite et rigole… Il commence à le connaître mon homme ! Il nous présente Louis de manière haptonomique (assis en bouddha dans sa main). J’ai toute confiance en lui, mais… rendez-moi mon bébé !!!! Il est né vers 7h.

Il est l’heure de monter dans la chambre, j’ai une terrible envie d’uriner, mais tout le personnel refuse que je me lève, pourtant je me sens en forme et me sens capable de marcher. Mon fils est dans le berceau moche et impersonnel de la mater, c’est le seul passage qu’il y fera. Dans la chambre, on me dit qu’une infirmière va venir m’aider à aller aux toilettes, mais j’en peux plus c’est pas possible, j’y vais, sous l’œil angoissé de mon mari « t’es sure que tu arrives à marcher ? tu devrais attendre ». Tout va bien, retour sur mon lit dans la petite chambre surchauffée. Mon mari s’endort dans un fauteuil et moi je contemple notre petit miracle qui dort paisiblement.

Le séjour à la mater aura duré 3 jours avec un personnel génial. Mon fils a passé tout son séjour, hormis le transfert de la salle de travail à la chambre, dans mon lit avec moi, contre moi. L’allaitement a bien démarré, les quelques conseils des puer ont été bons sur les débuts de crevasses que j’ai pu avoir. Notre choix d’attendre pour le bain a été respecté, la proximité de mon bébé et moi et le portage encouragé. Bref je n’ai pas été déçue du tout de la prise en charge de la mater, bien au contraire. Malheureusement, elle a aujourd’hui fermé et c’est une autre maternité qui accueille désormais le Groupe Naissance.

Après cette expérience, il est impossible pour moi d’envisager à nouveau un circuit « classique » et quand je lis le témoignage de beaucoup de mamans je me dis que j’ai eu vraiment beaucoup de chance. Bien sur j’ai choisi et je me suis informée, mais je ne suis pas la seule et malgré tout, j’ai vraiment eu beaucoup de chance que nos envies aient été respectées, et que le personnel de la mater soit aussi ouvert et agréable.

Depuis cet accouchement, nous avons fait un peu de chemin et lors d’une grossesse qui s’est finalement finie par une fausse couche, nous avons choisi de nous tourner vers l’AAD. Je suis aujourd’hui de nouveau enceinte et ce projet d’AAD est de nouveau présent. C’est un très beau cadeau que me fait mon mari car je sais à quel point il lui est difficile de sortir du chemin traditionnel et de ses angoisses liées à la non médicalisation. Malgré tout c’est lui qui a pris cette décision, pour mon plus grand bonheur. Peut être un nouveau témoignage d’ici quelques mois ?

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