#212 Printemps 2010, césarienne en urgence – Paris

2 Mar

Je m’apprête à devenir maman pour la première fois,
je suis si heureuse d’avoir cette petite vie qui pousse en moi.
La grossesse se passe à merveille, je suis suivie dans une maternité qui a bonne réputation à Paris.  Je suis des cours de préparation à la naissance qui sont en lien avec l’accouchement que j’envisages.
Plus ou moins médicalisé, un accouchement classique avec péridurale.
Durant cette grossesse, je travaille beaucoup et je ne prends pas vraiment le temps de m’intéresser à tout ce qui concerne la naissance.
Mon ignorance de primipare ne fera qu’accentuer les erreurs concernant certains choix….

J-7 je perds le bouchon muqueux

J-5 j’ai des contractions dans la nuit, j’appelle la maternité qui me dit que tant qu’elles ne sont pas toutes les 5 min, ce n’est pas la peine de venir. Au petit matin, elles finissent par s’arrêter.

J-4 dans la nuit, toujours ces contractions, nous décidons de partir à la maternité. En chemin, elles s’arrêtent. Je suis inquiète car on risque de ne pas me croire. On me pose un monito, il n ‘y a pas grand chose et je suis à 2.
On me renvoie chez moi à ma grande déception.
La journée se passe, je suis fatiguée mais je ne pense pas à me reposer.
Et pourtant, je suis loin d’imaginer la suite des événements…

J-3 dans la nuit, les contractions reviennent, je file dans mon bain où je reste trois bonnes heures à me tordre.
Finalement, nous partons à 5 h à la maternité.
En chemin, les contractions s’arrêtent au moment d’arriver.
Je suis en colère, je ne comprends plus rien.
Finalement, elles reprennent mais je suis épuisée à bout de force après ces trois nuits blanches ponctuées de douleur.

Je suis toujours à 2, je ne comprends toujours pas à quoi ça correspond. On décide de me garder. Puis, on me propose à 7h, la péridurale que j’accepte avec grand plaisir sans me douter du piège qui se referme sur moi.
Toute la journée, on va m’injecter du syntho, de la péri, du syntho… Mais le col s’ouvre trop doucement.
On me perce la poche des eaux, le liquide est très teinté.
L’apres-midi se poursuit, la sage-femme est quasiment absente, je ne la vois que 5min, le temps d’un toucher et de reinjecter du produit.

Puis, on commence à me mettre la pression, « ça ne va pas, ça n’avance pas »
« Il faut que votre col s’ouvre plus vite sinon, on va devoir intervenir… »
Ces mots résonnent et je prends peur mais je me sens impuissante face à cette situation. 15h, on me passe en salle de naissance, je reprends espoir, on me fait assoir pour aider bebe à descendre.
Nous sommes toujours aussi seuls dans cette salle.

Puis, je commence à avoir mal d’un côté, on me replace pour mieux diffuser le produit mais j’ai toujours mal et de plus en plus mal.
17h, je finis par les supplier tellement j’ai mal, l’anesthésiste m’écoute enfin et se rend compte que le cathéter est parti et que je ne suis plus sous péridurale.
La douleur devient insupportable, les contractions ne s’arrêtent plus, j’ai si mal!

18h, la gynécologue me dit qu’il faut partir en césarienne, que le col n’a pas finit de s’ouvrir, qu’on ne peut plus injecter de syntho car on m’a mis les doses maxi et que bebe a quelques décélérations.
Je comprendrais plus tard que c’était la fin de sa garde et qu’elle était en week-end une heure après.
Je n’entends rien, je suis ailleurs, complètement submergée par la douleur.
J’assiste à la tonte et au départ pour le bloc. À cet instant, je ne suis plus dans mon corps, je ne réagis plus, je n’entends plus, je suis ailleurs, dans une bulle.

Tout le monde s’agite et on me pose la rachi. Je commence à souffler, la douleur s’atténue. Je suis bouleversée par cette décision de césarienne, je ne m’y était pas préparée. Le monde s’écroule.
J ‘imaginais et espérant tant cette voie basse.
Je n’aurais jamais pensé que « moi », j’aurais une césarienne.
Je pleure de tristesse et personne ne s’en préoccupe.
Mon mari est exclut du bloc, pas de papa ici!
Je l’aperçois regarder par le hublot, ça me réconforte mais l ‘anesthésiste dira « mais quel voyeur! » Et il finira par être repoussé et installé derrière la porte à attendre.

L’opération commence, je suis tellement sous le choc que je n’entends pas les 1ers cris de mon enfant, c’est la sf qui me préviendra. On me montre ma petite, si belle, si rose.
Je n’arrive pas à être heureuse, on insiste pour que je l’embrasse mais je n’y arrives pas tellement la déception est immense.
Je me retourne et voit mon mari en larmes derrière la porte entrouverte.
Je n’aurais imaginé une si terrible rencontre. Je rêvais de partager ce moment si merveilleux dans la joie avec mon mari.
Cet échange de regard rempli d’amour me fend le coeur, je m’en veux de ne pas lui avoir offert cet instant magique qui à été un des pires de ma vie.

On me recoud et personne ne me prête attention, pourtant, je sanglote sans pouvoir m’arrêter, chacun évoque ses projets du week-end et moi, je ne suis rien.
Je suis engloutie par ce mal-être qui m’envahi et tout le monde s’en fiche.

Bebe sera pesé, mesuré, habillé sans oublier la vitamine k et le collyre.
On ne m’a pas demandé mon avis mais seulement si je voulais allaiter.
Je retrouve mon bebe mais je n’arrive pas à croire que c’est le mien.
On me l’a présenté comme un magicien sort un lapin de son chapeau.
On me le pose pour la mise au sein et la femme s’en va aussitôt. Je n’y arrive pas, je n’ai pas envie. Je suis sur une autre planète et je crois que je ne reviendrais sur terre que plusieurs moi après.

Les suites de couches sont très difficiles psychologiquement.
Je suis en chambre double sans pouvoir vraiment me reposer et avoir une intimité. Je n’arrive pas à allaiter mon enfant, j’ai des crevasses et un bebe qui ne cesse de pleurer. Je suis totalement désemparée face aux discours différents de chaque soignant.
Je craque, je pleure chaque jour. Personne n’a d’empathie pour moi, je me sens inexistante. J’ai cette impression d’être morte, je suis d’ailleurs un zombie qui erre sans pudeur dans sa chambre. La blouse d ‘hôpital laissant apparaître ce bon gros filet de maternite mais je m’en fout.
Je suis complètement déconnectée et ne réagit plus. Je suis dépendante, ne pouvant bouger qu’avec douleur.

Mon bebe ne tête toujours pas malgré tous les essais.
Je suis effarée de voir avec quelle violence on enfonce la petite tête si fragile de mon bebe dans mon sein pour qu’elle tête. Ce ne sont que des hurlements et je commence à ne plus supporter de voir mon nouveau- né dans cet état.
On me donne un tire-lait trois jours après la naissance. Elle passe donc au biberon de lait maternel.
Mais je veux allaiter et c’est la seule solution qu’on me propose.
Au bout de ces interminables journées au fond du gouffre, la sortie approche.
Je tire et remplis plusieurs biberons pour en avoir d’avance.
Car à la maison, je n ‘ai pas tout ce matériel.
À tel point que la montée sera si impressionnante que mes seins deviennent vite énormes, durs et tellement douloureux.
Il est impossible de mettre bebe au sein et je ne sais plus quoi faire.
Des que je tire, le sein devient de plus en plus dur. Je ne vois plus d’issue mais je ne veux pas laisser tomber.

Le lendemain, à j+6, j’ai la visite d’une sf à la maison.
Elle me donne de précieux conseils et tout son temps pour que ma petite puisse enfin téter. Au bout d’une bonne demi-heure à la stimuler tout en douceur, elle finit à ma plus grande joie par prendre le sein et ne le lâchera qu’après plusieurs mois.

De cette naissance, je me suis sentie abandonnée, pas écoutée, pas respectée.
J’ai eu une dépression qui a été très difficile à gérer.
Je pensais être épanouie mais j ‘ai été brisée par cette expérience.
À ce jour, je n ‘ai plus confiance dans le corps médical et c’est ce qui m’a poussé à vouloir une naissance naturelle pour mon second.
Malheureusement, les choses ne se passeront pas comme espéré….

– M.

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