#225 Marie – Lyon 2012

3 Mar

Je n’ai jamais été plus sereine que pendant ma grossesse. Enfin mon début de grossesse.
A 26SA, des contractions violentes, très violentes, au point que mon compagnon m’emmène aux urgences. Au départ, on ne me croit qu’à moitié puis le monitoring confirme mes dires. La SF me dit qu’elle me fait un arrêt de 3 jours parce que là j’ai mon RDV de suivi mais qu’elle doute que je serais arrêtée plus longtemps. J’ai beau lui dire que je travaille debout toute la journée et un week-end sur deux, elle me fait une fleur avec cet arrêt. Et en même temps elle me dit que si je ne me repose pas je risque d’accoucher prématurément. Ce double discours de la maternité, je l’aurai toute ma fin de grossesse, que j’ai passée allongée sur mon canapé avec ordre de bouger le moins possible. Mais quand je me renseigne sur la préparation à l’accouchement, le discours change: « Oui, vous avez des contractions et il faut vous reposer mais ça ne vous empêche pas de suivre la prépa à l’hôpital ». Ah mais le médecin m’interdit de me lever sauf pour aller aux toilettes et a demandé un suivi avec monitoring une fois par semaine par une SF libérale (et venir le voir à l’hôpital bien sûr). Et là on me répond que mon médecin dramatise. Je ne comprends pas mais c’est ma première grossesse et je n’ose pas trop remettre en cause ce qui m’est dit par le personnel médical. Finalement, j’accoucherai à 37SA, donc presque à terme.

La veille de l’accouchement, je me présente aux urgences avec des pertes de sang et des contractions. Là on m’accueille plutôt bien avant de me dire que ce n’est pas le jour, que la maternité est bondée et que si je ne perdais pas du sang on m’aurait déroutée dans un autre hôpital. Et là je me dis: « à quoi ça sert de s’inscrire dans une maternité qu’on a choisi avec soin alors? » Toute la nuit, je vais souffrir de contractions intermittentes, sans pouvoir dormir, qui s’accélèrent quand je marche et ralentissent dès que je m’assois. Je marche dans les couloirs une grande partie de la nuit tandis que mon compagnon dort un peu sur un fauteuil. Je croiserai beaucoup de SF inoccupées dont aucune ne me demandera comment je me sens. Je tiens en me disant qu’on m’a promis un déclenchement pour le lendemain matin si le travail ne se lance pas vraiment. Après une nuit sans sommeil, avec toujours des contractions, je suis à bout. On me reparle de déclenchement mais pas avant le soir. Je demande en pleurant à être soulagée. La SF me répond que je ne suis pas assez dilatée mais qu’elle revient avec une perf’. Je ne l’ai jamais revue. A 13h, je calcule que cela fait 15h que je suis là, à marcher malgré la fatigue, la douleur et je n’en peux plus. Mon compagnon va faire le forcing auprès des SF. Et cela paie, on me passe en salle de naissance et l’anesthésiste arrive 15 minutes plus tard. L’infirmière anesthésiste me dit qu’il faudra un quart d’heure pour sentir l’effet de la péridurale. Je lui réponds qu’au bout de 15h de douleur, je peux même patienter une demi-heure de plus s’il faut. Je lis la surprise dans ses yeux mais elle ne dit rien.

Enfin je peux me reposer et envisager plus sereinement ce qui m’attend. Je discute avec mon compagnon et je lui rappelle que ce sera à lui d’énoncer nos choix si je suis dans le coltard. Il me tranquillise. La SF qui s’occupe de nous est bien plus humaine que celles que j’ai rencontrées avant. Elle me soutient dans mon choix d’accoucher sur le côté et nous explique tout ce qu’elle fait. A 18h, au moment du changement d’équipe, elle nous présente sa remplaçante. A 18h30, je sens que ça pousse. La SF me dit qu’il y en a encore pour plusieurs heures mais que, pour nous tranquilliser, on « révisera » la poussée vers 20h. A l’heure dite, elle se présente avec l’équipe qui l’assistera pendant l’accouchement. Elle me ré-explique comment pousser puis me dit d’essayer. Tout à coup elle me dit « Arrêtez tout. Il faut qu’on se prépare, le bébé arrive ». Je pousserai en tout et pour tout 3 séries de 3 fois. Puis elle me dit que la tête est sortie. Dans ma tête, tout se bouscule: le père qui demande à voir, le « ouf, je peux me reposer quelques instants » et surtout, surtout une pensée « Oh p*****, je ne l’entends pas pleurer! ». Les 10 secondes les plus longues de ma vie s’écouleront avant que j’entende un petit miaulement et que je me dise « Tout va bien, elle respire ». Je repousse une fois et ma fille est dehors. Tout de suite on me la présente et me la met dans les bras. La puéricultrice m’explique comment va se passer la première tétée et moi je flotte, les yeux dans ceux de ma fille, tout en vérifiant qu’elle a bien deux bras et deux jambes.
Nous passerons deux heures tous les trois à faire connaissance après que le père a pu donner les premiers soins à sa fille dans la salle de naissance.

Puis on me conduit dans ma chambre. Et c’est là que le pire a commencé: d’abord les entrées dans la chambre à toute heure de la nuit, en allumant la lumière; les réflexions limites désobligeantes quand je demande à attendre le père qui arrive dans cinq minutes pour le premier bain, et surtout un abandon total en ce qui concerne l’allaitement. Ah j’ai amèrement ri en repensant à l’après-midi consacrée à ‘allaitement dans la préparation où il nous a été dit et répété que les puéricultrices et SF étaient bien formées et qu’elles étaient là pour nous épauler, que l’allaitement ne faisait pas mal et qu’en cas de douleur, on serait aidée. Dès la première tétée, j’ai signalé ma douleur et on m’a répondu que c’était normal, qu’il fallait que mes seins se fassent. Quand j’ai montré mes crevasses le lendemain, on m’a dit: « Aïe c’est douloureux, vous avez de la crème à mettre dessus? » Mais rien en ce qui concerne la position de tétée, le fait que ma fille semblait avoir du mal à gérer ma quantité de lait. Tout ce qu’on me répétait, c’était que si elle perdait trop de poids, elle serait complétée au biberon, malgré mon opposition farouche.
Le summum a été atteint la seconde nuit. Une puéricultrice passe en pleine nuit pour me demander comment ça va. Bêtement, je lui réponds que je suis fatiguée parce que ma fille pleure beaucoup et qu’en plus les tétées se passent mal. Et là, elle prend mon enfant et en la secouant presque, elle lui dit: « Bon maintenant, ça suffit! Tu vas laisser maman dormir! Maman a besoin de sommeil et toi aussi. Alors arrête de pleurer c’est inutile! » Le reste de son discours s’est effacé de ma mémoire, horrifiée que j’étais par la façon dont elle s’est adressée à ma fille. J’avais besoin d’être rassurée et elle s’est attaquée à un petit bébé de deux jours à peine en lui disant qu’il dérangeait. Autant de violence m’a sidérée. J’ai passé le reste de mon séjour à me taire concernant l’allaitement.

Heureusement ma SF libérale ne m’a pas lâchée. Elle est venue au moins dix fois à la maison, me conseiller et me rassurer, m’aider pour l’allaitement et les soins. Sans sa présence et ses conseils, j’aurais sombré malgré la présence constante de mon compagnon et toute l’aide qu’il m’a apporté durant ces premiers jours à la maison. Aujourd’hui ma fille est toujours allaitée. Mes crevasses ont mis plus de deux mois à cicatriser et le site de la Leche League a été une ressource vitale pour m’aider à tenir le coup, à comprendre pourquoi les tétées étaient compliquées et pourquoi ma fille préférait téter assise. En fait j’avais tout simplement trop de lait, et elle n’arrivait pas à gérer le flux. Donc elle fermait sa bouche avant de prendre le sein et pinçait pour diminuer le flux. Avec la bonne position et beaucoup de patience, nous y sommes arrivées ensemble, tous les trois. Mon compagnon installait ma fille au sein quand je n’y arrivais plus, quand j’étais à bout de nerf et de douleur.

Aujourd’hui je me rends compte, avec un an de recul, que mon accouchement s’est plutôt bien passé mais qu’avec un peu d’écoute supplémentaire, ça aurait été mieux. J’en veux en revanche aux puéricultrices de cette maternité qui encourage l’allaitement car j’ai été abandonnée et qu’on m’a laissée me débrouiller seule. Je ne regrette pas d’y avoir accouché mais d’y avoir séjourné.
Une chose est sûre pour moi: pour une deuxième grossesse, je me ferai suivre par une SF libérale (la même que pour ma première grossesse) et, si j’accouche à l’hôpital, je demanderai à sortir le plus tôt possible.

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