Naissance de Lissandre – 2010

6 Mar

lundi aprèm, j’avais franchement des idées noires. Le tumulte ds lequel nous évoluons depuis des semaines était encore monté d’un cran, dans le ridicule et l’ubuesque.
Mais cela a été l’occasion d’une saine réaction de colère, décidant d’envoyer tous ces gens et leurs exigences balader:
« Qu’ils me foutent tous la paix, j’ai un bébé à mettre au monde moi!! »

Et il s’agissait qu’il s’accroche, ce petit, qu’il veuille vivre, qu’il sente qu’il avait sa place!

Le soir, nous avons passé un certain temps à perler d’un éventuel départ, de nous installer ds les îles, à Mayotte pourquoi pas? nous avons surfé sur le net avec les enfants, imaginé…

Minuit, j’ai éteint la lumière, sur qq petites contractions…

à 3h, j’étais réveillée depuis un moment déjà, et j’ai décidé de me lever, car les contractions devenaient plus fortes, moins faciles à gérer allongée. J’ai opté pour une tisane de feuilles de framboisier (;-)), en me disant que soit ça calmait le jeu (cf la fausse alerte de jeudi), soit on était partis.
pendant ces minutes de solitude, j’ai posé mon souffle comme lorsque nous travaillions avec Clotilde (du chant prénatal), dans un mouvement d’avancée sur une jambe, pour souffler, et de recul, pour laisser entrer l’air, comme un flux et reflux, une vague lente.
En allant faire pipi, j’ai senti que je perdais un peu de liquide, une cuillère à soupe…

J’ai bu ma tisane, puis il me semble que je suis remontée me coucher, vers 4h
quelques mots échangés avec mon chéri, pour l’informer que « ça » travaillait beaucoup, mais qu’on allait attendre un peu
à 4h45, réveil cette fois pour lui demander de nous installer avec le matelas ds la petite pièce où je souhaitais accoucher, avec la possibilité d’être à l’abri des bruits de la maison, avec une porte qui ferme, et accès direct à la salle de bains

Fab a donc tout installé, pendant que moi je faisais…??? j’ai sans doute poursuivi en bas mon souffle sur mes vagues, et mis qq sons sur mes contractions, pour rentrer ds ma bulle de naissance..; J’ai, c’est sûr, parlé à mon bébé dans mon ventre pour lui dire que nous avions commencé le voyage, que nous étions ensemble, que nous allions effectué cette traversée tous les deux…je l’ai longuement caressé ds mon ventre, et lui ai montré le chemin, en dessinant avec mes mains la descente ds mon bassin, caressant à la fois mon ventre et mon bébé pour accompagner la force de vie qui s’était mise en mouvement.

Il était plus de 5h 20 lorsque je me suis installée dans la salle de jeux transformée en chambre intime et accueillante, la lumière très tamisée installée au coin de la salle de bains attenante, une bougie aussi, que je ne voyais pas mais qui m’a accompagnée de sa présence chaleureuse et intime
Mon petit ballon orange de GR au dos, je m’appuyais au mur derrière moi, entre les contractions, faisant rouler le ballon ds mes reins, ou à hauteur de mon diaphragme, puis le reposant sur le radiateur à côté lorsque je sentais poindre le nouvel assaut des vagues, reprenant mon mouvement d’avancée et de reflux sur mes pieds enfoncés ds le « sable » , accompagnant la montée de la puissance et de la douleur d’abord du souffle, puis de sons graves, puis de ce fameux OUI offert par Herrade, petit mot au pouvoir sans égal, tant ds le soulagement de la douleur, la vibration en harmonie de mon diaphragme et du périnée, et l’ouverture qui se jouait à l’intérieur de moi…

J’avais décidé que ce serait Fab qui appellerait tout le monde, je ne voulais pas « reprendre conscience » pour avoir à discuter…
Sauf que je ne le lui avais pas trop dit… lui attendait que je sois prête… nous avions l’habitude de travail de plus de 15h
à presque 6h, je lui ai dit qu’il était temps d’appeler
lorsque je l’ai entendu mentionner à la SF des contractions ttes les 10 minutes avec des plus faibles entre, je me suis dit avec un sourire plein d’humour et de tendresse qu’il n’avait pas tout à fait pris l’ampleur des choses…

La SF se préparait… 1h 15 de route incompressible, de toute façon

J’ai dit à Fab que c’était un peu plus près que ça, de rappeler…
au cours de ces minutes, il était là, présence discrète et rassurante, confiant en moi

A ce moment là, je me sentais fatiguée, mais fatiguée… le gros ballon de grossesse m’a accueillie avec bonheur pour m’asseoir, entre les contractions, car c’était intenable dessus.
Fab m’a offert un massage, mais je n’ai pas pu rester longtemps sur mon ballon

  Lorsque les vagues, trèèès longues, arrivaient, debout,  je prenais appui sur mes mains, au mur, pensant à mes appuis, mes mains, mes bras tendus, mes pieds au sol, en bougeant mon bassin, ouuuiiii
la douleur était très intense, le rythme très  soutenu, je me rappelle avoir pensé que cela ne pourrait durer très longtemps comme ça tellement c’était fort

J’ai ressenti le besoin impérieux de m’allonger, des papillonnements dans la nuque, il FALLAIT que je m’allonge
cela m’a rappelé quelque chose, mais j’en ai pris note comme ça, au passage, sans en faire cas.
Simplement, je me suis dit que quoi qu’il arrive, il allait me falloir arriver à gérer les prochaines contractions allongée, sur le côté gauche, en respirant au mieux, le temps de reprendre qq forces
je ne pouvais plus faire des sons, juste un souffle chaud de oohh et de aahh, ininterrompu, tout comme les contractions qui se sont succédées à ce moment là ds mon corps, deux, trois, quatre minutes…???
Fab ne me touchait pas mais je le sentais tout proche

Tout à coup, comme on appuie sur un bouton, la nature du travail a changé: j’ai ressenti le besoin de pousser !
Un instant, je me suis dit que je ne savais pas si j’étais à dilatation complète… puis j’ai pensé que mon corps, lui, visiblement le savait… et que je le sentirai si ça me brûlait au passage du col, s’il restait une lèvre…
de toute façon, c’était parfaitement irrépressible!

J’ai dit à Fab « il est là, il arrive! » puis « rappelle-les, dis-leur de se grouiller! » mais je savais parfaitement que la SF ne pouvait tout simplement pas arriver avant ce bébé, et que de toute façon, ça n’avait pas d’importance, que j’allais y arriver

Entre deux contractions d’expulsion (quel calme!! quel repos!! quel temps pour reprendre souffle et esprit!), j’ai indiqué à Fabrice où et comment je voulais qu’il se place pour qoutenir ma jambe droite, à son épaule, mon genou infléchi vers le matelas, pour libérer au mieux le passage à mon petit, tout petit…
Je ne saurais dire le temps… nous étions dans un temps d’éternité, une bulle temporelle, immense et calme, et très rapide en même temps.
Tout près de moi, mon homme était là, en contact physique avec moi
toute la maison dormait, sauf nous ds notre petite pièce à l’abri.

J’ai senti la progression de mon bébé en moi à chaque poussée, 4 ou 5 en tout
quand sa tête est arrivée au bord de moi, j’ai « dérivé » l’énergie de la poussée pour ralentir, pour ne pas me déchirer, puis à la poussée suivante, la tête est née…
« je ne l’entends pas, je ne l’entends pas!! »
« il est là, il respire, ne t’inquiète pas, il est fort, il est fort, il va bien »
petit vagissement…
Fab accueille sa tête, puis son corps, en douceur

Pendant ce temps, Fab vérifiait que le cordon qu’il apercevait passé autour du cou était lâche, sans me dire, pour ne pas me troubler.
Encore une poussée, les épaules, dans un flux de liquide amniotique.
Puis la taille, le corps tout entier, si long !

Fab l’a posé sur moi, j’ai dit « le cordon », mais je n’avais pas conscience qu’il l’avait autour du cou, pour moi c’était juste la longueur, pour ne pas tirer sur le placenta. A ce moment, j’ai vu le cordon et nous l’avons désenroulé à 4 mains, en douceur, ds un même mouvement souple

Fab a couru cherché une serviette préparée pour l’accueillir, brancher le chauffage, puis s’est allongé près de nous, et nous avons simplement contemplé NOTRE bébé, en attendant l’arrivéd de la SF et de la doula… il était 6h30, le jour était là, Lissandre, que nous nommions pour la première fois en le regardant dans les yeux, nous avait rejoints.

Dans les 3/4 d’heure suivants,nous avons savouré pleinement ce calme, cette paix, cet acte essentiel que nous venions d’accomplir ENSEMBLE, sans crainte, cet accomplissement. Nous avons vécu cela ensemble, et rien ni personne ne pourra jamais nous l’ôter. Cela fait à présent partie de nous.

Je ressentais des contractions pour la délivrance, mais rien ne venait. J’ai demandé régulièrement à Fabrice de vérifier que je ne saignais pas, c’était pénible ce moment, j’aurais voulu en avoir fini, et en même temps je préférais que la SF soit là pour ça…
elle est arrivée à 7h15, juste après la doula, et quelques minutes après, la délivrance était là aussi, sans aucune intervention
C’est une bonne chose je pense qu’elle soit arrivée à ce moment-là: pour elle, au bout d’1/2h, il fallait aller chercher le placenta. Là, j’ai eu 1h pour laisser à mon corps son temps de faire les choses.

Jean, notre grand, s’est levé, avec Illia, notre grande, et c’est lui qui a coupé le cordon, qui avait donc eu tout le temps de passer le relai et de cesser de battre…;-))

J’ai ensuite passé la journée très entourée par ces femmes, mon homme, mes enfants, j’ai pu dormir et manger, prendre une douche en fin de journée, et dormir dans mon propre lit le soir, au calme, dans mon intimité, dans la chaleur de mon foyer.
Toute la semaine, j’ai ressent puissamment ces présences bienveillantes et accompagnantes, les soins et les attentions dont j’ai bénéficié, pour faire la transition en douceur vers la vie et son rythme.
Je ne suis pas encore sortie en dehors de mon jardin, je suis bien, à l’abri, et je redescends doucement, en accompagnant moi-même l’atterrissage de mon bébé, mon petit garçon, notre Lissandre.

Premier accouchement:
https://moncorpsmonbebemonaccouchement.wordpress.com/2013/03/06/230-naissance-de-jean-janvier-2000/

Deuxième accouchement:
https://moncorpsmonbebemonaccouchement.wordpress.com/2013/03/06/232-naissance-dillia-2001/

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2 Réponses to “Naissance de Lissandre – 2010”

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