#242 Pascaline, en 2012 en Ile de France

14 Mar
9 mois. J’aurai fait mes 9 mois réglementaires.
A 2 jours du terme, je perds le bouchon muqueux. 2h plus tard, ma culotte se teinte de rose. La poche est percée. Je ne ressens rien. Je n’ai pas le sentiment que c’est pour maintenant, je ne veux pas aller à la maternité, souffrir des cahots sur la route, porter ce gros ventre, avec cette crainte qu’on me garde pour la nuit, pour rien, juste pour surveiller ou pire, m’entendre dire de rentrer chez moi. En fait je veux rester chez moi et sentir que Bébé arrive. Ressentir ces douleurs dont on me parle depuis 9 mois, appliquer les conseils des cours à l’accouchement, être actrice pour au moins une partie de cet évènement. Car je sais que je veux la péridurale et je sais qu’avec, notre accouchement nous échappe souvent. Alors je voudrais encore un peu me recroqueviller sur moi, mon corps, mes sensations avant d’être livrée au corps médical, toutes cuisses ouvertes, ma hantise…
Mais avec la poche percée, même en n’ayant aucune douleur, je dois y aller.
Nous sommes de bonne humeur dans la voiture, pas de stress, on rigole. Arrivés à 21h, tests d’usage, examen : col à 2, on me garde. Enfin, on ne me le spécifie pas, mais on m’enjoint de me déshabiller et passer cette affreuse blouse qui sera mienne pour un moment. Laisser ses vêtements, c’est laisser comme une peau, là, par terre. Un peu de dignité. Etre nue sous cette blouse d’hôpital, comme une malade, alors que je ne me sens pas malade justement. Je vais super bien ! J’ai trop connu les hôpitaux et les opérations, je déteste cette blouse, même si là elle signifie autre chose qu’un charcutage. Enfin j’espère !
Blouse et perfusion. Pourquoi une perf’ ? Je ne sais pas. Et dedans ? Je ne sais pas.
Cela renforce ma sensation d’être une patiente malade et non une future maman.
Monitoring. Bébé va bien. On va entendre son coeur pendant 2h. 2h à rester là, dans une salle de consultation où s’enchaînent les autres couples à côté, juste séparés de nous par un rideau. On entend tout de leur vie, des conversations médicales, des pleurs, des craintes. Et nous, on est là, à attendre. Attendre quoi déjà ? Ah oui, un bébé. Je vais tellement bien, aucune douleur, que des fois je me demande ce que je fais là, alitée, en blouse impudique. J’aimerai être chez moi et manger !
D’ailleurs, mon homme crie famine. Il va se chercher à manger et lorsqu’il revient avec une pizza pour moi (adorable !) c’est trop tard : ils viennent de me passer un produit dans la perf’ qui interdit toute nourriture. Lequel et pourquoi ? Je ne sais pas.
Il est 23h. On me dit d’aller marcher 1h pour accélérer le travail. Je suppose donc qu’ils m’ont injecté un produit type ocytocine… Je suppose….
En 1h de temps, je suis pliée en 2 par des douleurs jamais ressenties. Voilà les fameuses contractions. Sauf que c’est à peine si je peux revenir dans la chambre de consultation. La douleur est fantastique, surprenante, envahissante. Et ne va pas aller en diminuant. On me propose du Doliprane. Je ricane mais je prends. On me propose un suppo. Je ricane encore mais je prends. Une différence dans les douleurs ? Non.
Heu… Madame, je pourrai avoir une péridurale peut-être ? Non car on ne peut pas monter en salle de naissance, elles sont toutes prises.
Donc je reste là, en salle d’examen, et cette fois, c’est moi que les autres entendent souffrir et souffler. Mon homme est le seul qui me soulage en me prêtant son bras. Les contractions ne me laissent pas respirer, c’est atroce.
Quand une -infirmière ? sage-femme ? auxiliaire ? brancardière ? plombière ?- (elle ne s’est jamais présentée) vient m’examiner, elle me déchire les entrailles. Son toucher me fait plus de mal encore que le reste ! Elle m’annonce que ça n’a pas bougé, toujours col à 2 et là j’ai envie de hurler. Tout ça pour RIEN ? Ça n’avance pas ? C’est une blague ? Je ne tiendrai pas longtemps dans cet état !
2h de plus comme ça, j’en oublie tous mes cours de respiration… Je n’arrive même pas à pleurer car je n’ai pas de répit. Mon homme a le bras « décédé » comme il dit ^_^. La femme revient et veut me réexaminer, je dis non. Hors de question qu’elle me re-farfouille, je ne le supporterai pas. Elle m’annonce que je monte en salle de naissance, il y a une place. Chouette alors, un ticket enfin gagnant !
Il est 2h du matin. Bébé sera donc du 18 septembre. L’anesthésiste est là de suite. J’ai très mal et elle a des mots durs pour me faire me calmer. Ça ne me plait pas, mais curieusement ça me remet les idées en ordre. Je subis la pose et en 10 minutes, je suis détendue. Examen. Je ne sens rien et c’est agréable de ne pas avoir mal lors d’un toucher vaginal ! Surtout qu’elles y vont fort, ces dames ! Col à 3. Y’a plus qu’à attendre. Je demande à baisser la lumière, sinon elles m’auraient laissé là comme en plein été !
Moi, je plane. Ça va bien mieux. Mais je sens mes contractions : la péridurale ne fonctionne pas sur la gauche. Pose latérale de rigueur. Je parviens même à m’assoupir de temps en temps. Mon homme s’est écroulé sur une paillasse. Je suis réveillée par le monito qui s’affole régulièrement et le débarquement de 2 sages-femme qui viennent contrôler de suite : Bébé a du mal à supporter mes contractions, qui sont réellement très fortes. Parfois, elles sont 3 et repartent dès que Bébé reprend un rythme cardiaque normal. Je me fais examiner par l’interne gynéco de garde (qui se présente) et m’annonce qu’elle va faire un examen sur mon bébé en prélevant un peu de matière sur son crâne. Je n’ai rien compris aux explications réclamées, au pourquoi du comment. Au bout d’une heure, je demande où ça en est cet examen et on m’annonce qu’il ne sera pas fait car la machine est en panne. « Tant mieux », me dis-je. Gratouiller mon bébé même pas encore né… Tssss… Laissez-le tranquille !
Je sens une ambiance plus tendue lorsqu’on me fait mettre sur le dos pour m’examiner de nouveau. Bébé s’affole, il faut faire vite. Col dilaté, allez, c’est parti. En 3h, les contractions auront été très efficaces. On me place dans les étriers, à moi de bosser ! Apparemment, je pousse très bien, mais Bébé souffre et reste trop haut. Je suis remise en position latérale : Bébé reprend un rythme cardiaque normal. Et ça sera ainsi à chaque fois qu’on a essayé de me faire pousser. A aucun moment quelqu’un n’ a pensé à me faire accoucher de côté, puisque Bébé supportait bien cette position… Et moi, je n’y ai pas pensé non plus, entièrement remise au corps médical, docile.
La gynéco revient une 2ème fois et là, c’est tendu. Il y a bien 4 personnes autour de moi, pas un mot, des mines graves. Je demande des explications. Elle m’annonce qu’on va aller au bloc pour essayer les forceps, bébé ne descend pas et son coeur flanche trop régulièrement. « Et pourquoi pas ici ? » Pas de réponse.
Arrivés là-bas, on me fait réessayer une poussée. Je pousse, bonne élève. Et là… « STOP ! On ouvre ! »
Mon homme blanchit, on me dit de l’embrasser, il doit sortir, je suis très vite préparée pour une césarienne d’urgence. Je ne veux pas être attachée ! Je ne le serai pas.
Jusque là, je n’ai pas de réel grief envers l’équipe et le déroulement de mon accouchement. Mais en 10min je bascule dans l’horreur.
L’anesthésiste me dit que je sentirai tout mais n’aurai pas mal. Rassurant ? Je ne sais pas… Mais pas le choix. En plus je suis zen, j’ai confiance, ils savent ce qu’ils font, non ? Si mon bébé a besoin d’être aidé, je suis pour !
Sauf que.
Ils avaient oublié que ma péridurale ne fonctionnait pas à gauche et l’incision a commencé là. J’ai hurlé, on m’a fait taire. Ensuite, j’ai senti qu’on m’appuyait très très fort sur le ventre, une pression effroyable, j’ai hurlé. Oh oui je sentais bien tout, pas de souci là-dessus ! Et le pompon ? Au-dessus de moi, le plafonnier en aluminium qui reflétait du rouge écarlate. Mon sang. Partout. Et moi qui voyait ça. Comment ne pas hurler ? Peur, souffrance, terreur…
J’entends un cri. Mon bébé ! ! Puis je ne l’entends plus. « Je ne l’entends pas, je ne l’entends pas ! » criais-je affolée. Et de m’entendre répondre : « Si vous arrêtiez de crier vous l’entendriez ! ».
Je ne l’ai même pas vu, ils l’ont emporté de suite et moi, ils m’ont fait une anesthésie générale, sans me prévenir. Résultat, quand j’ai ouvert les yeux j’étais dans un état de panique et de terreur inimaginable car je m’étais endormie en plein bloc, du sang, des cris, de la douleur et réveillée d’un coup juste au moment où on me ramenait en salle d’accouchement.
Je tourne la tête et découvre mon homme et notre bébé en tendre peau à peau au milieu de la pièce. Mes larmes ont redoublé. Je n’ai pensé qu’à une chose : je voulais ma maman, là, avec moi. J’avais eu si peur, si mal, que seule une maman pouvait calmer tout ça. Paradoxe, c’était moi la maman maintenant =)
Amaury est donc littéralement sorti de mon ventre, comme le disent les petits. Il était 6h18, ce 18 sept.2012. La vie allait changer. Mais il me faudra du temps pour avoir envie de repasser par là.
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