#248 En Ile de France en 2007

21 Mar

En août 2007, je suis admise à la maternité pour un déclenchement en raison du dépassement du terme. Je suis confiante, j’ai déjà connu la même chose pour mon deuxième, ça va très bien se passer.

Au début, tout est normal : la sage-femme me pose le gel, puis quelques heures plus tard, la perfusion et la péri. Mon mari me rejoint en salle de travail, tout va bien.

En début de soirée, je commence à me dire que quelque chose ne va pas. Le travail n’avance pas, et le bébé ne supporte pas très bien les contractions. Fatiguée, je me prépare déjà à l’idée d’une césarienne. Plus tard dans la soirée, le gynéco de garde arrive. Il m’examine sans rien me demander, puis revient me refaire un tv à quelques minutes d’intervalle. Je me sens humiliée, j’ai envie que cela se termine. Le monito montre une souffrance foetale, il me faut une césarienne. Je suis épuisée, et soulagée de partir au bloc, même si je dois laisser mon mari.

C’est au bloc que les choses se gâtent : je me retrouve entièrement nue, devant une équipe de trois hommes âgés : le gynéco, l’anesthésiste, et un infirmier. Il y a aussi une jeune sage-femme présente au début, mais elle s’en va avec le bébé. Je n’ai ni de chemise chirurgicale, ni aucun drap ou champ couvrants ; seulement un petit « rideau » qui sépare le haut et le bas. J’entends les plaisanteries salaces de l’équipe, je n’entends pas tout, mais ils rigolent bien. Je demande qu’on me couvre le haut, ils refusent. A la fin, je tremble de plus en plus, j’ai déjà du mal à respirer. C’est là que l’anesthésiste me pose allégrement les mains sur la poitrine, me pince et me masse les seins, pendant que les deux autres plaisantent de la situation. Après l’opération, je reste encore nue sur un brancard, et je subis les commentaires débiles. Ce n’est qu’à la fin qu’ils me couvrent enfin d’un drap, l’instant avant l’arrivée des brancardiers.

Dans un premier temps, je suis tellement fatiguée et dans un état second que je décide de tout oublier et de faire comme si rien ne s’était passé. Ce n’est que deux ans plus tard, lors d’une nouvelle grossesse, que les souvenirs me reviennent, et je développe les symptômes d’un vrai stress post-traumatique. Là je décide de consulter un avocat, et je commence une procédure judiciaire. La suite est trop longue à raconter : audition, expertises, audiences… Tout cela est moralement épuisant et m’a bien sûr coûté beaucoup d’argent, et je ne crois pas que j’aurai gain de cause, car il est pratiquement impossible de prouver de tels faits. J’ai même dû faire face à un faux témoignage, de la part d’une infirmière ! C’est presque pire que l’agression elle-même. L’aventure judiciaire suit son cours, et maintenant j’en sais beaucoup plus sur la réalité du système judiciaire, très différente des idées reçues de l’opinion publique. Même si c’est perdu d’avance, je suis contente de l’avoir fait, je suis soulagée d’un poids, et je retrouve petit à petit une vie normale.

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2 Réponses to “#248 En Ile de France en 2007”

  1. Madi 21 mars 2013 à 23 h 55 min #

    je lis ce témoignage après avoir lu ce matin un article sur la culture du viol et vu ce soir un reportage sur les agressions verbales envers les femmes dans la rue…..tout fait sens, tout montre que finalement il ne fait pas toujours bon être une femme dans cette société. ça me désespère

  2. Jenn 2 avril 2013 à 18 h 46 min #

    Quelle horreur !! Une bande de pervers en salle de césa??!! Je n’aurai jamais pu imaginer ça…………… 😥

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