Marie à domicile en 2011

3 Avr

Avoir un enfant, c’était mon grand rêve. Et quand il a commencé à se réaliser, en janvier 2011, j’étais ravie depuis le début. Mon mari aime me taquiner disant que je ne suis vraiment pas passée à côté de ma grossesse. J’étais complétement absorbée par ce qui se préparait. Je n’arrêtais pas de penser et parler à ce petit être. Finie mon impatience, soudain, tout était parfait, tout avait un sens et un but. J’étais pleine d’énergie et d’euphorie.

Mais pour être vraiment bien, je ne voulais rien négliger et il fallait régler un sujet important : l’accouchement. Plus je lisais, plus je devenais sceptique vis-à-vis des pratiques “classiques”, très médicalisées de l’hôpital, en lesquelles je n’avais pas confiance. J’étais persuadée que je suis capable de faire venir au monde mon enfant sans problème mais comme je ne savais pas ce qui m’attendait exactement, j’avais peur d’être à la merci des professionnels. Je ne voulais pas subir d’interventions inutiles, être encouragée à prendre la péridurale, être obligée à rester allongée pendant le travail, être séparée de mon enfant. Et en aucun cas, je ne voulais vivre ce moment précieux dans une ambiance tendue. Il était très important pour moi de vivre les premiers moments avec mon enfant en harmonie, entourée par des proches.

Aucune maison de naissance à proximité, il restait une dernière solution : l’accouchement à domicile. Les conseils de certains proches de garder l’AAD pour un deuxième pesaient bien moins lourd que les décisions de tant de mamans d’accoucher chez elles après une mauvaise première expérience. Je sentais que mon trésor tant voulu n’était pas une souris de laboratoire et qu’il avait le même droit au meilleur que ses futurs frères et sœurs potentiels.

J’ai donc continué mes recherches et j’ai trouvé le contact de Laurence, sage-femme libérale qui assiste les AAD. Je pouvais me faire suivre par elle donc pendant toute la grossesse et l’accouchement, je n’ai vu et n’ai été vue par aucun gynécologue. La plupart du temps, les visites avaient lieu chez moi, elles duraient au moins 1 heure et demie, pas d’examen interne, pas de distance froide, c’étaient des moments chaleureux qui me rendaient plus confiante et courageuse.

Parallèlement, pour être bien préparée, je continuais à chercher d’autres informations. Les auteurs qui m’ont vraiment marquée étaient surtout Michel Odent, Henci Goer, Ingeborg Stadelmann et Ina May Gaskin. Leurs livres étaient compréhensibles, logiques et reflétaient ce que je ressentais, que la grossesse est un évènement naturel, joyeux et privilégié.

Je sentais qu’accoucher à la maison était la bonne solution. Laurence, sagement comme son métier le prédit, me rappelait qu’il faut également se préparer à la deuxième variante, l’hôpital, et prendre des choses telles qu’elles viendront. Je savais qu’elle avait raison mais au fond de moi, j’espérais que tout se passerait comme je le souhaitais.

Pour cela, il fallait au moins finir les 37 semaines, car avant, c’est l’hôpital sans débat. Le petit bonhomme était pressé, donc j’ai passé les deux dernières semaines à le convaincre de patienter encore un peu. Ce qu’il a fait, mais sans un jour de plus.

Et pourtant, le jour de l’accouchement, il a bien pris son temps. Les contractions duraient toute la journée, toute la nuit, tout se préparait doucement et sans hâte. C’était comme un jeu, un effort avec un objectif précis. J’étais chez moi, je pouvais bouger comme je voulais, personne me dérangeait, je me sentais vraiment en sécurité. C’était presque incroyable que ça pourrait être si facile et normal. Mais la nuit partant embarquait mon énergie avec elle et les contractions se faisaient plus rares. Pendant un moment, j’ai commencé à paniquer que tout va s’arrêter, que je vais devoir aller à l’hôpital, rien que l’idée de me déplacer semblait folle. De plus, je suis sûre qu’on ne me laisserait pas tant de temps et me pousserait à accélérer le travail. Je ne serais jamais assez reconnaissante à Laurence d’avoir eu de la patience et de m’avoir redonné le courage. Enfin, vers 14 heures, notre petit trésor est venu au monde et toute douleur et peur ont disparu.

C’était le jour ensoleillé de équinoxe, le premier jour de l’automne. L’été s’apprêtait à partir mais le bonheur venait d’arriver parmi nous. Il était là, dans mes bras, tout calme et tellement beau !! Je pense que c’était le moment le plus intense que j’aie vécu. Tout était tellement naturel et intime. Je l’ai gardé en peau à peau pendant plusieurs jours, mon mari s’est occupé de nous à merveille et on est restés dans notre petite bulle comme si le monde extérieur n’existait plus. C’était le début d’une belle histoire de notre vie à trois. Notre fils se porte bien, à ses 18 mois je l’allaite encore, il est très doux, tranquille et sociable.

Je ne pourrais jamais assez remercier Laurence de nous avoir accompagnés sur ce chemin de la rencontre avec notre fils. Et mon mari, d’avoir eu confiance en moi et de m’avoir soutenue dans mes souhaits. Sans eux, mon rêve n’aurait pas pu se réaliser.

Mon autre grand rêve est qu’il soit possible pour toutes les mamans d’accoucher comme elles le souhaitent. Je suis consciente que chaque femme a d’autres besoins et d’autres souhaits. Je suis aussi contente que dans notre société, on ait un système médical développé qui peut intervenir en cas de besoin. En même temps, je suis avec inquiétude les conditions à l’hôpital et le manque de volonté réelle d’améliorer les choses. Mon expérience a réveillé en moi une envie de me battre. Je suis aussi infiniment reconnaissante à toutes les femmes qui ont partagé leur expérience ce qui m’a aidée à éviter certains problèmes. Donc je veux contribuer à mon tour. Il faut rester exigeant, écouter son intuition, trouver le courage de défendre nos souhaits, nos besoins et notre droit de choisir. Ce qu’on gagne en retour n’a pas de prix.

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