Pauline, dans le territoire de Belfort, Franche-Comté

5 Avr

J’ai accouché de mes jumeaux en 2007, j’étais jeune, c’était mes premiers, mais je savais déjà que je voulais essayer d’accoucher sans péridurale. Malheureusement, pour une grossesse gémellaire on ne nous laisse pas vraiment le choix. Le risque de césarienne est très important. Mais quand je suis arrivée en salle d’accouchement vers 14h après avoir eu un décollement des membranes la veille, et la perte du bouchon muqueux deux jours avant, suivie de contractions de plus en plus douloureuses, je voulais quand même résister aux personnels de l’hôpital. Je me sentais plutôt bien pourtant, j’avais mal mais la douleur était encore supportable. Mais la sage-femme, l’anesthésiste et le médecin m’ont fortement incitée à prendre la péridurale.

J’ai donc cédé, on m’a emmenée faire une radio pour voir comment les bébés étaient placés, et on m’a dit qu’à mon retour j’aurais la péridurale. Je suis partie avec une boule dans la gorge et les larmes aux yeux. Lorsque je suis revenue, l’anesthésiste m’a posé la péri avec bien du mal car j’avais le dos « plein d’eau ». J’ai commencé à ressentir les effets mais que du côté droit. Je dois avouer que ça m’a soulagée bien-sûr de mes contractions mais surtout des touchers vaginaux qui sont finalement le plus douloureux (enfin pour moi, et on ne s’y attend pas). Sans oublier que je suis restée au moins 20 minutes les jambes en l’air pendant qu’un interne cherchait à prélever du sang sur la tête du premier bébé pour mesurer son taux d’oxygène dans le sang. Je ne pense pas que j’aurais pu supporter ça sans anesthésie. Mais finalement le prélèvement n’était pas assez important pour être utilisé.

Les heures ont passé (assez vite d’ailleurs) et vers 18h/19h, on a commencé à me parler de la césarienne car mon fils commençait à avoir des soucis de rythme cardiaque. Les contractions ne faisaient pas effet, le travail n’avançait pas. L’anesthésiste est venu me voir à plusieurs reprises pour comprendre pourquoi la péri ne marchait qu’à droite, et moi qui lui faisais remarquer que de toute façon je savais que c’était pas toujours fiable (d’après d’autres témoignages), et que ça ne m’étonnait pas. Bref, c’est finalement le chef du service qui est venu, mais il n’a pas réussi à débloquer la situation. J’avais un peu l’impression que c’était de ma faute, à la façon dont il m’expliquait les choses…

A 19h30 environ on m’emmène au bloc pour la césarienne, je dis « à tout à l’heure » à mon homme, et je pars pour l’inconnu, mais j’avoue avec une pointe de soulagement car j’avais quand même une grosse appréhension d’accoucher de deux bébés… normal je pense. L’anesthésiste m’enlève alors le cathéter de la péri, et me pose une rachi-anesthésie puisque la péri ne fonctionne qu’à moitié. J’ai envie de faire remarquer que la péridurale n’est pas si indispensable que ça vu qu’on peut faire une rachis-anesthésie en peu de temps et qui fonctionne suffisamment longtemps pour la césarienne. Mais évidement je ne dis rien ce n’est pas le moment. On me perfuse les bras en croix. J’ai envie de vomir, j’appelle faiblement les infirmières ou autres qui papotent derrière moi et elles arrivent juste à temps pour me passer un haricot. Ensuite tout va très vite, je sens qu’on me badigeonne le ventre, je ne sens que des picotements. Mes bébés sont « sortis » l’un après l’autre, à 20h10 et 20h11. On me les montre vite-fait, et on les emmène pour s’occuper d’eux. On me dit que mon fils a des difficultés respiratoires et qu’il va passer la nuit en néo-nat, mais rien de grave. Une fois en salle de réveil, on m’amène ma fille, que je peux allaiter. Et mon mari est là, alors qu’il n’a pas le droit normalement. On me dit qu’on m’apportera une photo de mon fils dans la soirée. Je trouve que c’est une bonne idée, mon mari va de toute façon vers lui, alors je suis rassurée.

Quand je fais le bilan de cet accouchement, j’ai le sentiment de ne pas avoir fait grand-chose, je me suis laissée convaincre, conduire et accoucher, et je suis devenue mère sans vraiment réaliser.

La première nuit, on m’a laissée tranquille, je voulais allaiter, mais j’ai accepté les compléments, pour la première nuit car j’étais épuisée. On m’a emmené ma fille vers 5 heures du matin, et j’ai été voir mon fils à midi. Je l’ai vite récupéré après. La deuxième nuit, j’ai voulu qu’on m’apporte mes enfants au moment des tétées. Une auxiliaire de puériculture m’aide à mettre mes deux bébés aux seins en même temps, et me plante là, toute seule avec eux… Je précise que je suis en service gynécologie et que mes bébés sont en pouponnière en maternité, et que le personnel n’a pas le temps, la nuit, de rester ou revenir toutes les 5 minutes pour m’aider. Je le comprends maintenant, mais je leur en voulais beaucoup de me laisser seule, comme ça.

Je pensais que ça irait mieux arrivée en maternité, mais le baby-blues s’en est mêlé, et la difficulté d’allaiter deux bébés, ainsi que les douleurs dues à la césarienne ne m’ont pas aidée.

Il y a des puéricultrices qui m’aident et celles qui me proposent le biberon. Je cède en me disant que je vais continuer à tirer mon lait à côté, et qu’une fois à la maison je reprendrai l’allaitement. Mais je dois avouer que je me sens mieux psychologiquement. Mes bébés mangent enfin normalement, ils reprennent du poids, et je revis. Mais je suis quand même très fatiguée, et je demande tous les soirs à ce qu’on me les prenne pour la nuit. Les puéricultrices me font quand même la leçon, comment est-ce que je vais faire à la maison, je serai obligée de m’occuper d’eux la nuit. Je le sais bien, tout ce que je veux c’est me reposer, pour justement être en forme à la maison. Je reste à l’hôpital sept jours, et jusqu’au bout les puéricultrices ne me lâchent pas pour la nuit. Heureusement qu’une sage-femme me soutient, si bien que je ne garde mes bébés vers moi qu’une nuit, la dernière. Je vais quand même réussir à dormir trois heures…

Le retour à la maison s’est très bien passé, et j’ai pu m’épanouir en tant que maman de merveilleux jumeaux. J’avais abandonné l’allaitement, mais je savais que j’essaierais à nouveau pour mon troisième enfant.

Je dois avouer que malgré quelques fausses notes, j’ai été respectée, mais je garde tout de même un sentiment d’isolement, d’incompréhension.. Ma mère me disait que lorsqu’elle a accouché de moi, il y a une vingtaine d’années, elle avait adoré son séjour à la maternité. Elle y avait été en avance, il l’avaient gardé, elle n’avait pas eu de péridurale, elle avait réussi son allaitement. Et elle n’avait même pas envie de rentrer tant on s’occupait bien d’elle et de moi. La différence de témoignages est tout de même saisissante !

Je ne vais pas raconter dans les moindres détails mon deuxième accouchement, 4 ans plus tard. Mais je vais tout de même dire qu’il m’a réconciliée avec ce moment important de la vie d’une femme. Cette fois-ci j’attendais un seul bébé, une fille, et du coup tout était plus détendu. Je savais que je voulais « encore » essayer sans la péridurale mais que je la prendrais si c’était trop dur, je ne voulais pas vivre encore une déception. Je l’ai finalement prise car le travail avait eu beaucoup de mal à commencer, et j’avais déjà beaucoup souffert. Ensuite tout est allé très vite, et ma puce est arrivée sans problème, j’ai pu la sortir moi-même, et la poser sur mon ventre. J’ai allaité sans problème, et j’ai continué pendant 13 mois. Le séjour à la maternité a été beaucoup plus « cool » que le premier, je m’en sortais très bien, je dormais avec ma puce sur moi, mais j’avais quand même hâte de sortir.

Je pense un jour avoir un quatrième enfant, et cette fois j’espère réussir à ne pas prendre la péri, pour savoir réellement ce qu’est un accouchement, pouvoir sentir le bébé passer.

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