#261 Aline – Loiret – Mars 2009

21 Avr

On est en 2008, je suis heureuse car je viens d’épouser l’homme que j’aime, et que nous attendons notre premier enfant.
Nous nous rendons à la maternité d’O. dans le Loiret pour faire la deuxième échographie. Nous sommes joyeux, impatients de découvrir le sexe de notre bébé. Le radiologue nous accueille, il est froid et distant, mais qu’importe, rien ne gâchera ce moment tant attendu. L’examen commence, très vite je vois le médecin froncer les sourcils, grommeler, puis il nous pose cette question qui nous alerte : « il y a des problèmes de reins dans la famille ? » Je commence à m’inquiéter, je lui dis que non, je lui demande si tout va bien. Le médecin ne répond pas, il continue l’examen dans un silence interminable, je commence à pleurer d’angoisse, mon mari est décomposé. A un moment, il nous annonce, « c’est un garçon », cette découverte tellement attendue une heure avant nous laisse froids, nous ne sommes plus qu’inquiétude.
A la fin de l’examen, le radiologue nous explique que notre bébé a une importante dilatation aux reins, qu’il n’a pas d’élément concernant la fonction rénale. Il utilise des termes techniques sans vulgariser, nous ne comprenons pas tout. Le dossier va être présenté au STAF de l’hôpital pour avis.
Nous rentrons à la maison abattus. Mon père étant prématurément décédé deux ans plus tôt d’une maladie orpheline, cette échographie ravive de mauvais souvenirs. Je suis tout de même confiante dans la prise en charge par l’hôpital, c’est une maternité de niveau 3, ce qui tombe bien comme il faudra une surveillance plus poussée de ma grossesse.
De fait, je vais bénéficier d’une grossesse médicalisée, avec des échographies régulières, une amniocentèse à Paris pour prélever du liquide amniotique et de l’urine dans le rein du bébé, la présentation régulière de mon dossier à la réunion multidisciplinaire de l’hôpital, le fameux STAF. Lors d’une de ces réunions, les médecins décident que mon suivi mensuel par une gynécologue obstétricienne libérale n’est pas suffisant (gynécologue qui est pourtant également attachée au sein de ce même hôpital..). Je dois en parallèle me faire suivre par un obstétricien de l’hôpital, le docteur X. Soit. Pourtant, en dehors de la dilatation des reins de mon bébé, ma grossesse se déroule parfaitement bien, tous mes examens sont strictement normaux. J’accepte, de toute façon l’équipe a déjà « distribué » mon dossier médical à ce médecin, je n’ai pas le choix.
A chaque visite avec ce fameux obstétricien, j’ai mal au ventre dès la veille, le rendez-vous me stresse. Aucune empathie, je ne suis qu’un utérus parmi d’autres pour ce médecin qui me fait mal lors des touchers vaginaux en me demandant sèchement de me « décontracter » et en s’exclamant : « mais comment vous allez faire le jour de l’accouchement ! ». Il me traite comme une enfant en utilisant le « je » toutes les fois qu’il s’adresse à moi. Par exemple, il me demande : « lorsque j’ai des saignements, je ? je ? je ? ». Je dois répondre « je vais à l’hôpital ». Il me dit aussi : « est-ce que je peux continuer à avoir des rapports avec mon mec ? ». Estomaquée qu’il traite mon mari de « mec », je ne réponds pas, mais il insiste. Je me déteste de ne pas oser demander plus de respect, je me sens à la merci de cet hôpital, de ce médecin. Il ne se souvient pas de mon nom et m’appelle « la maman aux problèmes de reins ». Une fois, il me dit dans un grand sourire qu’en trente ans de carrière, il n’a jamais vu des reins aussi dilatés. Je vois bien que mon bébé – ou plutôt mon fœtus (il me reprend en me disant que je porte un fœtus, et que ce n’est pas encore un bébé) – est un cas intéressant pour lui.
Un mois avant mon accouchement, je suis envoyée au service de néphrologie pédiatrique d’un hôpital parisien par la pédiatre de l’hôpital d’O. qui veut un avis. J’y vais seule, mon mari travaille et ne peut pas se libérer. Lors du rendez-vous, le médecin m’explique qu’il y aura différents examens pratiqués à la naissance, et que ce n’est qu’à ce moment-là qu’une prise en charge sera décidée selon la fonction rénale : surveillance, traitement, dialyse, transplantation. Elle me dit ne pas pouvoir exclure une insuffisance rénale. Le mot tombe, c’est un choc pour moi. Je m’effondre en larmes, je suis seule face à cette nouvelle. Le trajet du retour me semble irréel.
Je passe mon dernier mois de grossesse entre l’impatience de découvrir enfin mon enfant et la crainte du résultat des examens.
Le 3 mars 2009, je me réveille avec des contractions. C’est une belle date pour venir au monde, le 03/03/09. Vers 14H, mon mari m’emmène aux urgences gynécologiques me faire examiner. Effectivement, le travail a commencé. Je pars en salle de travail, mais je ne réalise pas que dans quelques heures mon fils sera là, je suis dans un état second. Je ne tiens pas en place, j’ai besoin de marcher pour supporter la douleur des contractions. Je marche, je déambule clopin-clopant dans les couloirs de l’hôpital. Rien ne m’est proposé : ni ballon, ni bain, ni accompagnement. Je suis seule avec mon mari, une étudiante sage-femme me fait régulièrement un toucher vaginal pour vérifier où en est le travail. Puis, je suis « harnachée » au monitoring, c’est difficile pour moi de rester allongée, je sens que la station debout me soulagerait plus.
Finalement, je marche jusqu’à la salle de naissance vers 18H30, je peine à me déshabiller et à enfiler la blouse réglementaire et je me hisse tant bien que mal sur la table. Les salles sont mal isolées, j’entends une femme hurler, ce qui me stresse. Mon col est dilaté à 7. Je demande à plusieurs reprises la péridurale car la douleur commence à devenir difficilement gérable, mais il faut attendre que l’anesthésiste soit disponible. Vers 19H15, il arrive enfin, c’est difficile de ne pas bouger car les contractions me déchirent les entrailles, elles sont violentes, puissantes, j’ai envie de me plier en deux et non de respecter la position demandée.
Il est 19H35, la péridurale vient d’être posée, l’anesthésiste est parti, lorsque la poche des eaux se perce, et que je ressens un besoin impérieux de pousser. La péridurale a été faite trop tard, elle n’a pas le temps de fonctionner. Mon mari sonne pour appeler la sage-femme, celle-ci arrive et m’examine, elle me dit qu’elle voit la tête du bébé ! Elle me dit d’attendre qu’elle installe les étriers, elle doit enfiler sa tenue, ses gants. Se retenir est trop douloureux, je ne peux pas, il faut que je pousse ! La sage-femme porte un masque car elle a une gastro-entérite. Pendant toute la phase d’expulsion, ses collègues sages-femmes passeront régulièrement la voir pour lui demander comment elle se sent, si elle a besoin d’une pause ou si elle souhaite qu’elles prennent le relais, ce qui ne me rassurera pas du tout. Une autre femme l’assiste, elle ne se présente pas et ne me dit pas bonjour, je ne sais pas si elle est sage-femme, infirmière, auxiliaire de puériculture… Pendant que je pousse, différents professionnels entrent dans la pièce chercher du matériel pour leurs propres patientes. J’ai l’impression de n’avoir aucune intimité et cela me gêne.
La sage-femme et sa collègue discutent entre elles de leurs vacances pendant qu’elles se préparent, et moi je leur dis de se dépêcher, que j’ai mal, je les supplie de m’aider. Je perds pied, j’ai peur, je dis que c’est trop dur, que je ne vais pas y arriver, c’est au-dessus de mes forces. J’ai mal au point que je me dis que je voudrais mourir, que je ne veux plus jamais avoir d’enfant, je regrette d’avoir mis en route ce bébé, je veux que tout s’arrête. De façon irrationnelle, j’en veux à mon mari de m’avoir mise dans cet état, c’est de sa faute si j’ai mal. C’est la phase de désespérance, mais je l’ignore à ce moment-là. Personne ne m’a préparée à une telle douleur, et je ne sais pas ce que cette phase est normale au moment de l’expulsion. Je crois avoir pris la mesure de ce que peut être la douleur à ce moment-là, une sorte de désintéressement total, trop aveuglée par la souffrance. A partir d’un moment, la souffrance est telle que c’est comme si elle empêche le lien de se faire correctement avec mon bébé. On dit qu’on oublie tout, mais je me souviens très précisément de ce que j’ai ressenti pendant ces moments de désespoir, de douleur.
J’aurais besoin d’être rassurée, accompagnée, encouragée, mais la collègue de la sage-femme me réprimande, elle dit que je pousse n’importe comment, que ce n’est pas comme ça qu’il faut faire, que je fais n’importe quoi. Je crie car je sens mon vagin se déchirer, la sage-femme me dit de me taire car je « fais peur à mon mari » ! Le pauvre essaie de m’encourager, de me rassurer, mais il a du mal à trouver sa place, il a peur de déranger la sage-femme, de la gêner. Surtout, il est terrifié de me voir souffrir comme ça.
Je perds de l’énergie à me concentrer pour m’empêcher de crier, pourtant crier me soulagerait. J’essaie de toucher la tête de mon bébé pour voir où en est son avancée, la sage-femme m’en empêche. Je me sens écartelée, comme si on m’arrachait un membre. Une intense sensation de brûlure, et mon fils sort de moi à 19H46, il est magnifique, mais j’ai tellement mal que je reste comme indifférente. On le pose sur moi le temps que mon mari coupe le cordon, puis il est emmené dans une autre pièce pour être examiné. Pendant ce temps, c’est la délivrance, puis la sage-femme me recoud à vif en me disant d’arrêter de bouger et que je ne dois rien sentir, puisque j’ai eu la péridurale. Sauf que la péridurale n’a pas eu le temps de fonctionner, elle a été faite trop tard. Je reste seule pendant deux longues heures car mon mari et mon fils attendent dans une autre pièce que le pédiatre arrive. Pas de peau à peau, je n’ai vu mon bébé que quelques minutes. Lorsqu’il revient, il est lavé, tout habillé, j’ai du mal à faire le lien avec le bébé que je viens de mettre au monde.
Le pédiatre vient m’expliquer qu’on me monte en néonatalogie à l’unité kangourou, ma place est réservée depuis plusieurs mois mais personne ne m’avait avertie avant. Je lui demande si mon bébé va rester avec moi, il me dit oui. Première déconvenue : je suis en chambre double alors que j’avais demandé une chambre simple, mais il n’y a pas de place. Les puéricultrices emmènent sans explications mon fils dans la nurserie pour la nuit, je me dis naïvement que ce doit être la procédure pour laisser les mamans se reposer après l’accouchement. Mon mari ne peut pas rester trop longtemps car la maman avec laquelle je partage la chambre doit se reposer. Je passe une mauvaise nuit sans mon bébé, réveillée à plusieurs reprises par les pleurs du bébé de ma voisine qui a le sien avec elle.
Le lendemain matin, toujours très naïve, j’attends qu’on m’amène mon bébé. Je sonne, une sage-femme arrive, elle m’explique que mon bébé est à la nurserie, que c’est au bout du couloir pour s’y rendre. J’y vais, seule, je suis déboussolée. J’entre dans une salle où se trouvent des couveuses, des incubateurs, des berceaux. Je cherche mon fils du regard, et j’ai un choc en le voyant, je ne peux pas retenir mes larmes : il est nu sous l’incubateur, il a son sexe dans une poche en plastique (pour analyser son urine), des tuyaux dans les narines, dans la bouche (jusqu’à l’estomac), une perfusion dans le front. On m’explique alors qu’il doit régulièrement prendre du doliprane car il est « douloureux », que le tuyau dans la bouche sert à évacuer des mucosités restées dans l’estomac. Je ne comprends rien, l’accouchement s’est bien passé, le pédiatre à la naissance m’a dit que mon bébé était en forme. Surtout, on m’annonce que son premier biberon lui a été donné par une auxiliaire de puériculture, alors que je tenais à le lui donner moi-même et que j’étais tout à fait en état de le faire ! Encore aujourd’hui, quatre ans après, y penser me rend triste.
En tout, mon fils reste cinq jours dans la nurserie, sous incubateur. Durant ces cinq jours, je ne dors pas, j’ai des cernes noirs sous les yeux, une tête de déterrée. Je passe mes nuits à regarder mon bébé dormir, et je me fais rabrouer par certaines puéricultrices qui me disent que je ferais mieux d’aller me coucher, que je vais réveiller mon bébé et l’empêcher de dormir ! Je n’arrive pas à me reposer, et ma voisine de chambre reçoit une dizaine de visites par jour et je ne peux pas non plus faire de sieste.
Une puéricultrice rate la perfusion dans la jambe de mon fils au point de lui provoquer une vénite, sa jambe est toute bleue et double de volume, nous restons donc 16 jours en tout à l’hôpital. Durant ces 16 jours, je reste en chambre double, sans intimité : le mari de ma voisine entre même par inadvertance au moment où la sage-femme regarde mes points. La sage-femme m’examine et me pose des questions d’ordre intime « allez-vous à la selle ? avez-vous de grosses pertes de sang ? » systématiquement en présence de ma voisine de chambre.
Que dire de plus, si ce n’est que je me sens complètement dépossédée de mon enfant et de mon rôle de maman, que je dois demander la permission pour tout, pour prendre mon bébé dans mes bras lorsqu’il est sous incubateur, pour qu’on me donne un biberon « non, Madame, ce n’est pas l’heure, revenez plus tard, il doit manger toutes les quatre heures, c’est le pédiatre qui l’a dit ». Je ne peux pas donner un biberon seule, une puéricultrice doit être présente pour « regarder comment je m’y prends ». Mon fils, stressé dans cet environnement, refuse de manger et perd du poids, on me demande de le forcer à boire en lui enfournant un biberon dans la bouche jusqu’à ce qu’il finisse tout. C’est violent, j’ai l’impression de faire du gavage. Une puéricultrice donne d’office une tétine à mon fils sans mon accord. Mon mari n’est pas le bienvenu, je dois insister pour qu’ils l’attendent pour donner le bain. Le service fonctionne avec une rigidité toute militaire, il n’est pas possible par exemple de faire de sieste le matin car c’est l’heure à laquelle les aides-soignantes font les lits.
Ce qui me fatigue, c’est que mes moindres faits et gestes sont repris, je dois faire à la façon des auxiliaires de puériculture, elles seules savent s’occuper d’un bébé. Je me sens incompétente, pas reconnue en tant que maman, surveillée sans arrêt. Je n’en peux plus, je veux rentrer chez moi et m’occuper de mon bébé moi-même.
Une anecdote : quelques jours après mon accouchement, le docteur X, l’obstétricien de l’hôpital qui m’a suivie pendant la grossesse, entre dans ma chambre, se dirige vers ma voisine et la félicite en l’appelant par mon nom ! Il m’a confondue avec elle, alors qu’elle ne me ressemble pas, et qu’il ne l’a jamais vue puisqu’elle vient d’un autre département. Je suis médusée, c’est la preuve flagrante qu’il ne m’a jamais considérée autrement que comme un utérus.
Finalement, nous rentrons avec soulagement à la maison. Mon mari est démoralisé car il a passé son congé paternité à l’hôpital et il reprend le travail le lendemain. Pendant des semaines, je garde mon fils toute la journée contre moi, dans un porte-bébé, et il dort avec nous la nuit. Je refuse toutes les propositions d’aide, je veux m’occuper seule de mon fils, je n’effectue pas non plus la rééducation du périnée, je ne veux plus voir de personnel médical.
J’ai mis trois ans à me remettre de cet accouchement, de ce séjour à la maternité, trois ans avant de pouvoir regarder des photos de mon fils nouveau-né sans pleurer. La naissance respectée de mon second fils a servi de thérapie. Mon fils a des séquelles lui aussi, c’est un enfant facilement angoissé, réservé, qui peut entrer dans de violentes colères. Il est toujours sous surveillance sur le plan rénal, mais une simple intervention chirurgicale devrait régler le problème.

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5 Réponses to “#261 Aline – Loiret – Mars 2009”

  1. Julie 21 avril 2013 à 11 h 26 min #

    Je suis horrifiée de lire votre témoignage. Avez-vous demandé des explications à cette maternité ? ça fait vraiment peur !

  2. Aline 21 avril 2013 à 19 h 09 min #

    Merci pour votre commentaire.
    Oui, j’ai demandé des explications à différents professionnels de la maternité, chacun se renvoyait la balle et aucun n’admettait ses erreurs. Mais au moins, j’ai pu verbaliser mon ressenti.

  3. Héloïse 5 janvier 2014 à 19 h 50 min #

    Merci de votre témoignage, il m’a beaucoup touchée, j’ai très mal vécu mon accouchement et mon séjour (9 jours en tout) pour les mêmes raisons, dans un autre département et en 2004. Des progrès sont en faire en matière de respect, d’empathie et d’écoute. On ne nous fait pas confiance et on nous reprend, on nous infantilise alors que nous sommes des personnes tout-à-fait capables et responsables !!!

  4. Lina 4 avril 2014 à 18 h 20 min #

    Bonjour,
    J’ai été tres touchée par votre temoignage. J’espère qu’à ce jour votre petite famille va bien.
    Connaissez vous aujourd’hui des alternatives dans le Loiret ? Je recherche une sage femme capable d’accompagner un accouchement à domicile dans le Loiret mais il semblerait qu’il n’y en ai pas. J’aimerai eviter les structures trop « anonymes » …

    • Aline 7 juin 2014 à 8 h 48 min #

      Bonjour, merci pour vos commentaires. Oui, certains professionnels ont encore des progrès à faire…
      Aujourd’hui, notre famille va bien, mon fils s’épanouit doucement. Il est toujours suivi sur le plan rénal. Lorsqu’il me parle de sa naissance, il me dit qu’il était sans moi à l’hôpital et qu’il « était triste ».
      Je ne connais pas de sage-femme pratiquant d’AAD dans le Loiret, je ne pense pas qu’il y en ait. Je sais que la maternité de Pithiviers est réputée en terme d’accompagnement respecté de la naissance. Cette maternité propose aussi chant prénatal, Shiatsu, yoga, préparation par l’hypnose.

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