#274 – Caroline en Belgique – « J’ai failli accoucher seule »

7 Mai

C’était en avril 2011… Mon premier accouchement avait du être médicalement « assisté » car un bébé en siège, né après terme qui menacait d’être trop gros pour mon petit bassin. Très bel accouchement par voie basse, sous péridurale mais parfait quand même.

Le jour du terme pour le second, 23 avril, le contrôle se passe bien, « col postérieur, fermé et long » selon les termes de la sage-femme. « Ne vous inquietez pas, ce bébé n’arrivera pas avant le retour de votre gynécologue (3jours plus tard). »
Un peu paniquée à l’idée de ne pas arriver à l’hopital à temps, ou de venir « pour rien », je redemande les procédures… quand doit-on se décider à se rendre à la maternité?
La sage-femme me répond que si on perd les eaux, il faut venir directement. Sinon, lorsque les contractions sont douloureuses et régulières, il faut calculer les minutes… si elles sont très espacées, prendre un bain. Si c’est un faux travail, ça calme les contractions, si c’est un vrai travail, ça les accélère et dès qu’on arrive à 10 mintues d’intervalle de manière régulière, il faut se mettre en route. Je prends note.

Ce jour-là, c’est l’anniversaire de la future marraine. Tout allait bien. Nous sommes donc allés faire un barbecue chez elle en fin de journée. Quelques contractions douloureuses sont venues ponctuer la soirée (4 peut-être), ni régulière, ni rapprochées.
Vers 1h du matin, je décide de rentrer, car ces contractions me font mal. On rembale notre fils ainé qui dormait à l’étage et nos affaires et on rentre à la maison, située à quelques km de là. Durant le trajet, une contractions très douloureuse se fait sentir.
Arrivée là, je décide de prendre un bain, afin de calmer les contractions. Je rentre dans mon bain, et là, une nouvelle contraction. Je sors de mon bain, et HOP une nouvelle contraction, la précédente avait eu lieu 2 minutes plus tôt… et mon bain avait duré 4 minutes.
J’appelle ma belle-mère pour qu’elle vienne garder mon « grand garçon ». Les 20 minutes qu’elle a mis pour arriver m’ont semblé les plus longues de ma vie. Contractions toutes les deux minutes, hyper douloureuses, je sens que bébé veut sortir et je dois me retenir de pousser.
Dès que j’apercois la voiture de ma belle-mère, je monte dans la mienne, mon mari démarre en trombe. Il a brulé un ou deux feux (à 2h du matin, il n’y avait personne), nous nous sommes fait flashé sur l’autoroute (2h18) je hurle à chaque contraction, je veux retirer ma ceinture mais mon mari m’en empèche.
J’appelle la maternité pour leur dire que nous arrivons, et que le bébé est « presque » là.
Nous arrivons aux urgences (2h25). Le brigadier dit à mon mari qu’il ne peut pas rester stationné là ou il est, et qu’il doit bouger la voiture. Moi, je suis entre deux contractions et je parviens à marcher. Il me dit « si c’est pour un accouchement c’est au fond du couloir, ascenceur, premier étage ».
Je me dirige donc seule vers cet ascenceur. Ce couloir fait 40 mètres de long. Au milieu du couloir, une nouvelle contraction. Mes jambes ne me supportent plus, je tombe par terre. J’ai relaché ma vigilance et je sens que le bébé veut vraiment sortir. Je suis toute habillée, seule dans ce couloir, couchée par terre, je hurle « NE ME LAISSEZ PAS ACCOUCHER TOUTE SEULE DANS CE COULOIR », mais personne ne vient.
Je m’accroche à une main-courante et me fait glisser jusqu’à l’ascenceur. Là, la douleur diminue et je parviens péniblement à me lever pour appuyer sur le bouton du permier étage.
L’ascenceur arrive donne sur le couloir de la maternité. Dès que j’en sors, une nouvelle contraction et je m’écroule à nouveau par terre en hurlant.
Un sage-femme arrive en courant, et me demande où j’en suis, je parviens à articuler « le bébé est là, il va sortir ». Elle me déshabille en me (sup)portant vers la salle d’accouchement.
Dans la salle, elle me dit qu’en effet, il est là et qu’il menace de sortir, mais que la poche des eaux ne s’est pas percées, que c’est probablement la raison pour laquelle j’ai tellement mal. J’ai l’impression que  je ne survivrai pas à la prochaine contraction.

Elle décide de percer la poche, mon mari rentre dans la salle d’accouchement. Elle me dit de tirer sur mes genoux pendant qu’elle perce la poche… et Jules est sorti avec l’eau… à 2h31. 6 minutes après mon admission aux urgences. Je ne l’ai pas senti passer, elle doit le déposer dans mes bras pour que j’y croie. Il est là, tout beau, tout gluant, parfait.
Le temps ralenti… nous sommes là tous les 3, les quelques contractions me rappellent que je viens d’accoucher. La sage-femme me montre (je n’avais pas eu l’occasion de le voir) qu’elle portait un nouveau-né en écharpe. Celui d’une autre maman qui avait besoin de repos. A 4 jours, il avait eu l’occasion d’assister à un accouchement.
Je n’ai eu ni péridurale, ni baxter, ni gynécologue, juste une sage-femme avec un bébé dans les bras.
J’ai envie de dire que ça aurait pu être un accouchement parfait, puisque quelques minutes apres l’accouchement, j’étais déjà debout pour « habiller » mon enfant, qu’on a eu tout le loisir d’en profiter tous les deux, et que les suites de l’accouchement ont été parfaites.
Mais j’en voudrai toujours au brigadier des urgences. J’ai cru mourir dans cet interminable couloir, j’ai cru que j’allais accouché dans mes vêtements, seule, dans un couloir mal éclairé. Ce fut pour moi une expérience traumatisante.
Il m’a fallu plus d’un an pour pouvoir en reparler sans pleurer. Aujourd’hui encore j’en frissonne.

Je déclare donc aujourd’hui, 2 ans plus tard, qu’accoucher sans péridurale, c’est l’idéal si on est dans un environement confortable qui nous permet de gérer la douleur. Qu’accoucher rapidement, c’est assez chouette finalement, car nous gardons la force que profiter de ce bébé qui s’éveille à la vie.
Mais qu’il faut être entourée, au moins de son mari, d’une sage femme, de son médecin ou une mère ou une soeur, qui que ce soit, mais quelqu’un.

Caroline L

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