Evie, une naissance à domicile envolée….‏

7 Mai
Voilà le récit de naissance d’Evie, naissance naturelle d’une prématurée (écrit la nuit de sa naissance).
Le 16 Août, je n’ai encore rien préparé… je ne suis pas prête dans ma vie de tous les jours : il me faut encore du temps, je veux être complètement sereine pour l’arrivée du bébé et je comptais bien sur mon congés maternité pour m’y préparer.  Je me commande sur Internet un livre de 423 pages : en me projetant dans sa lecture je me dis qu’à la fin du livre, je serais prête… prête à accueillir bébé. Il doit être livré  le 19 Août, je l’aurais pour mon début de congés maternité et je pourrais enfin me consacrer pleinement à ce temps intime entre moi et mon bidou.
Il est 22h30, je tricote devant la télé, je me sens maman pour la première fois ce soir et j’ai une barre dans le dos… Quelques contractions « bénignes » me gênent et me rappellent qu’il faut que j’aille me coucher. Je vais sur mon lit, et je prends mon ordi où je lirai quelques récits d’accouchement comme depuis une bonne quinzaine de jour. La seule chose que je retiens par dessus tout : la douleur nécessaire lors de l’accouchement et le dépassement de soi.
 
Le 17 Août, il est 5h,  un de nos chats réclame à sortir. J’émerge péniblement, je me lève, fais pipi,  et ça continue à couler, un bon gros verre   : M**** c’est la poche des eaux… je suis à 34 semaines et 2 jours… c’est pas trop le moment. Je ne suis pas stressée, je n’ai pas de contractions et le liquide est clair.  Moi je pense à mon ADD qui tombe à l’eau .
Colin aimerait qu’on aille à l’hôpital, j’en ai pas du tout envie.  Je suis d’accord pour aller vérifier que c’est bien la poche des eaux et que le bébé va bien.
On arrive aux urgences, on nous monte en maternité et je me fais ausculter. C’est bien la poche des eaux… et   ils me gardent, et de plus m’annoncent que je vais être transférée. Oui j’ai bien entendu,  ils n’ont pas de services adéquats pour les prématurés de 34 semaines.
On se résigne, on n’a pas le choix : fini l’AAD, bonjour maternité et le kit « médical » imposé : corticoïdes (pour maturer les bronches de bébé et lui éviter d’être anesthésier à la naissance pour pouvoir l’intuber), antibiotiques car s’il y eu rupture des eaux il y a forte chance que j’ai une infection et il faut protéger bébé, piqûre dans les fesses, cathéter, monitoring, TV, perfusion, prise de sang, échographie, prélèvement vaginal, analyse d’urine, commande d’un VSL pour mon transfert, : la totale…   Mais je ne suis pas prête.
Il est 13h, je pars pour Gap en ambulance. Colin et maman descendront en voiture. Je continue à perdre beaucoup d’eau, toujours pas de contractions douloureuses…
A 23h, on se couche avec Colin (il reste avec moi ce soir au cas où), on est naze, debout depuis 6h ce matin. Je suis claquée et je n’arrive pas à dormir, il y a du bruit dehors en pagaille et comme on est en été il fait trop chaud pour fermer les fenêtres. Des bébés pleurent dans les couloirs.
Le 18 Août,  1h du matin, quelques contractions viennent me chatouiller…Rien de très méchant pour commencer, j’essaye de me rendormir entre chacune d’elles. Je regarde mon téléphone pour voir l’heure de temps en temps. Elles sont espacées de 15 minutes à peu  prés. Pratiquement 24 h après rupture des eaux, je rentre enfin en travail. Je laisse Colin dormir. Je prends les contractions allongée sur le côté, je respire profondément et j’essaye de visualiser l’ouverture du col. Que c’est facile de faire ça quand la douleur n’est pas insurmontable !
Il est prés de 3h, Colin se fait réveiller par mes respirations devenues très soutenues car je commence à avoir bien mal. Je n’ai encore rien vu. Il est un peu angoissé et crevé à la fois. Du coup il me regarde faire des allées et venues dans la chambre sans se lever et me conseille d’appeler les sages-femmes. Hors de question ! Je ne risque pas de sauter sur une table d’auscultation dès ma première contraction. On est à l’hôpital, sur place donc je resterai dans ma chambre le plus longtemps possible.
Je commence à avoir très mal  donc je demande à Colin de m’aider à prendre une douche. L’eau chaude qui coule sur mon dos et mon bassin pendant les contractions me fait du bien. Je me suspends de temps à autre pour m’étirer le bassin, ça me fait du bien.  
4h30 Colin appuie sur la sonnette, je serais bien restée plus longtemps dans la chambre mais bon. La sage-femme arrive et me dit qu’on va commencer par un TV et un monitoring… Elle ajoute qu’il faut quand même vérifier que les contractions soient assez efficaces sur l’ouverture du col car en fait, la douleur est plus intense quand la poche des eaux est fissurée et parfois on douille et le col ne s’ouvre pas : comme pour les déclenchements !  De toute façon, je n’ai pas le choix. Elle m’examine tant bien que mal, mais j’ai des contractions sans arrêt et refuse de sortir entre deux, je suis horrifiée.
Je suis dilatée à 3cm, j’aurais vraiment du rester dans ma chambre ! Elle me propose de prendre quelque chose pour calmer les contractions, pas question. Pourtant j’ai si mal. Colin me masse le bas du dos à chaque contractions, je hurle comme une folle et essayant de faire des sons graves : ouvre, ouvre….. je parle à mon col… Je suis enchaînée au monitoring car on ne capte pas bébé très bien et elle veut être sûre qu’il n’y a pas de souffrance fœtale, moi je veux bouger, je prétexte d’avoir envie de me lever pour aller aux toilettes. Elle accepte au bout d’un long instant. 
Puis la sage femme me dit, on va aller prendre un bain après, je pensais que c’était pas bon mais elle essaye de m’accompagner pour que je ne flanche pas à réclamer la péridurale et prend le risque de m’en donner un.   Avant le bain, je redemande à retourner aux toilettes, j’ai besoin de rester mobile. Je suis projetée en avant dès que je marche et je prends deux contractions par-terre avant d’atteindre les toilettes.   Et nous voilà partis au bain. C’est une baignoire mal fichue, j’y suis pas bien et  l’eau me semble pas très chaude. La sage femme comme depuis le début nous installe mais nous fiche la paix avec Colin, on reste que tous les deux.
J’ai envie de lâcher prise et de me noyer tellement la position n’est pas agréable et que j’ai mal. Je bois la tasse à plusieurs reprises car je n’ai pas la force de soutenir ma tête hors de l’eau pendant les contractions. J’essaye de me mettre sur le côté car Colin peut me masser le dos pour m’aider à prendre les contractions…  Il me rassure et me dit que je fais du bon travail et m’indique de respirer pour qu le bébé respire aussi. Je me laisse accompagner par sa voix. 30 minutes après je sors du bain.
Je remonte sur le lit de la salle de pré-travail et j’essaye de prendre d’autres positions, à quatre pattes, enchaînée au monitoring, accroupie mais chaque mouvement m’apporte une nouvelle contraction et je me cambre. Mais je ne trouverai pas une position qui me va à la fin ?
J’ai maintenant l’impression que les contractions se chevauchent, je n’ai plus de répit entre deux et c’est horrible. Colin doit donc masser en permanence mon dos et s’il ne le fait pas, je lui hurle dessus. Grâce à lui je n’ai pas flancher et dieu sait que j’aurais réclamer la péridurale s’il n’avait pas été là. J’aurais donné n’importe quoi pour que la douleur s’arrête. J’ai même pensé à une césarienne…  Je continue à m’agripper à la voix de Colin qui m’encourage et me dit de me reposer dès qu’il voit que le pic de la contraction est passé, et me prépare pour la prochaine…
En deux heures, j’ai à la fois des contractions brèves très rapprochées voire imbriquées les unes aux autres (celles-ci sont moins douloureuses mais on ne peut pas se reposer entre deux) et celles qui durent très longtemps et qui sont insupportables, par contre elles sont espacées et me laissent le temps de les préparer. La sage femme m’examine, je suis à 5, je suis un peu déçue. Une autre contraction me submerge mais je tiens le bon bout, j’en suis à la moitié.
Au lieu de hurler à la fin de chaque respiration : ouvvvvvvvvvvvvre, la sage femme me conseille de souffler tout doucement et de prendre mes inspiration par le nez. Horrible mais ça marche, du moins au bout de trois quatre respiration, je suis moins crispée dans la contractions et du coup j’accepte mieux la douleur. Mais c’est difficile de se concentrer sur sa respiration tant on aurait envie de hurler tout ce qu’on peut.  Il est 7h30 et on me propose de passer en salle d’accouchement.
L’équipe de nuit s’en va et je fais connaissance avec l’équipe de jour. En commençant par l’anesthésiste, mon tentateur… Juste une visite de routine, il n’a pas de chance, avant même qu’il me pose des questions, je lui arrache la main et je lui serre de toute mes forces en prenant une contraction corsée, c’est une forte celle là, elle me fait très mal. Il me demande si je souhaite la péridurale, je dis non mais mon corps tout entier crie ouiiiiiiii… ouf, il s’en va… la tentation est finie, comme je comprends ces femmes qui acceptent.
Puis c’est au tour de la sage femme de faire son entrée :  Elle est douce et me tient la main à chaque contraction… Je commence à avoir envie de pousser à la fin de chacune d’entre elle. Il faut que je laisse faire, c’est mon bébé qui descend. Les sensations sont différentes et la douleur aussi. On continue à écouter le cœur du bébé et le monitoring me gêne franchement, il m’appuie sur le bas ventre et me fait mal… J’en ai marre, ils n’arrivent pas à capter le cœur du bébé depuis un moment et tant qu’il n’ont pas des mesures dans la moyenne ils me le laisseront.
Je prends toutes les contractions en me concentrant sur ma respiration mais je crois que mon cerveau est livide, je suis ailleurs, je ne parle plus, je réponds à peine à Colin qui m’encourage, j’en peux plus. Je suis exténuée.
Puis la sage femme m’examine pour savoir où j’en suis. Le col s’est effacé, je suis à dilatation complète, le bébé va arriver. C’est pour ça que j’avais commencé à avoir envie de pousser. Dès lors, mes contractions ne sont plus du tout pareilles, ce n’est plus une douleur qui prend le bas du dos et des reins mais une sensation d’avoir envie de pousser. Ça fait mal mais c’est tellement différent. A chaque contraction, j’effectue quatre à cinq poussées dans une rage féroce. Je me surprends avec ma voix, d’où vient-elle cette voix bestiale ? J’ai un peu honte et je me demande si Colin n’est pas trop effrayé de m’entendre hurler comme ça. Je parle au bébé, je lui dis : viens bébé, viens nous voir… Colin me dit d’arrêter de parler et de pousser… garde tes forces, pousse !
 Je commence à sentir la tête du bébé très proche mais à chaque fin de contraction elle repart en arrière…  Ça y est la tête est là, je pousse fort mais elle a le cordon autour du cou, faut que j’arrête de pousser. Puis deux poussées après le bébé est là…Il sort dans un grand ahhhhhh car il sort comme un boulet de canon et me déchire un peu.
J’ai accouché allongée sur le côté, j’écarte la jambe du dessus et j’attrape mon bébé qui pleure. Je sais pas ce que c’est, je m’y prends à deux fois mais j’ai le cordon qui m’empêche de voir. Puis c’est la sage femme qui nous annonce que c’est une fille, Colin pleure, il me regarde, il me dit c’est Evie, je lui réponds oui mon amour c’est Evie.
Elle m’est enlevée très rapidement car elle ne peut pas rester avec moi mais Colin la suit.
Moi je reste en surveillance pendant 2 heures.
J’apprends très rapidement qu’Evie respire seule, c’est une petite battante, pas besoin de la mettre sous respiration artificielle et puis c’est un beau bébé, elle pèse déjà 2kg120 et mesure 42cm. Je suis fière mais je ne réalise pas encore que c’est ma fille, je suis complètement dans le brouillard… J’ai hâte d’aller la voir, de faire connaissance en néo-natalité.
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Une Réponse to “Evie, une naissance à domicile envolée….‏”

  1. Jenn 8 mai 2013 à 14 h 34 min #

    SUPERBE accouchement !! BRAVO! Longue vie à Evie! (très joli prénom) 🙂

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