Naissance de Lilian – mai 2013, Région Centre

25 Août

Le 28 mai au soir, j’ai pris un bain. Depuis plusieurs jours, tous les soirs, il me fallait mon bain, car je faisais beaucoup de « faux travail » comme on dit, et un bain chaud est très efficace pour calmer les contractions utérines. J’étais très attirée par l’eau ces derniers temps, et je ne pouvais malheureusement pas aller à la piscine.
Alors j’appréciais énormément ce moment en tête à tête avec mon bébé et mon corps.
Me voici donc dans mon bain. Et je reparle au bébé, à travers mon ventre. En lui disant qu’il est libre. Libre d’arriver quand il le pourra, et quand il le décidera. Et que je suis prête à l’accueillir, au bout du chemin qu’il devra trouver dans les méandres de mon bassin. Je vais l’aider, au maximum de mes possibilités, pour souffrir avec lui. Je lui promets que je ne le laisserai pas seul dans la tourmente. Et après ce sera super, on se fera un câlin !
Je reste environ 2 h dans ce bain, je fais de la relaxation. Et en sortant de l’eau, tiens donc une contraction ! Mais une contractounette comme je les appelle. C’est-à-dire peu douloureuse, mais je suis surprise qu’elle se manifeste alors que je viens de me relaxer complètement.
On regarde un film avec mon chéri, puis on en entame un autre, car je n’ai vraiment pas envie de dormir. D’habitude à cette heure je dors déjà depuis longtemps. Au bout de 15 min du deuxième film, une contraction, de celles que j’attendais depuis des jours, celle qui te dis : « c’est pour cette nuit », une bien longue et puissante. Il est minuit et demi. Alors je demande à V. de minuter jusqu’à la suivante. : 5 minutes. Mais sur le coup je ne veux pas savoir le rythme. Je cherche à rentrer dans ma bulle avec mon bébé. Je commence à onduler du ventre et à faire des exercices de respiration. Tout en visualisant mon bébé, tête en bas, prêt à sortir. Je dis à V que je sens qu’il faut aller à la maternité tout de suite, le bébé pousse bien sur mon col !
Je gère bien les contractions qui s’enchainent. Mais elles me semblent très rapides. Vincent, finalise déjà le départ à la maternité, avec les dernières affaires à charger. Il appelle les urgences de la maternité pour leur dire qu’on arrive dans une demi-heure. J’entends qu’il dit « contractions espacées de moins de 5 minutes ». Wouahou, ça démarre sur les chapeaux de roue. Je sais déjà que cette délivrance sera très rapide et très intense.
Nous sommes dans la voiture. Il est 1h45. Je mets un cd de musique trip hop, un peu planante. Et je commence à faire du chant prénatal. Des sons bien graves, bien longs, bien forts. Et j’entends Vincent qui chante avec moi. Sa voix très grave me raccroche au sol. Car les vibrations de la voiture en position assise ont tendance à me stresser et à me faire couiner. Non, je reviens à mon bébé, j’imagine que nos deux voix grave sont un flux d’oxygène pour notre bébé, qui m’appuie déjà beaucoup tout en bas.
Nous traversons des bois interminables, avec des risques de croiser du gibier. V. klaxonne pour éloigner les éventuelles biches ou sangliers. Le bois se termine juste avant la maternité… Quand j’y repense maintenant, ils ont du nous entendre arriver : tut tut tut on arrive, tut tut tut on va avoir un bébé !!! C’était comme si Vincent annonçait au monde entier que son bébé allait naître ! tut tut tut !
Nous arrivons à la maternité. V. se présente seul à la sonnette, car je suis terrassée par une contraction et je me sens assez mal. Je reprends mes esprits, et je vois l’auxiliaire arriver à la portière en courant avec un fauteuil, « ca va madame ? le bébé est là ? » « Non, non, il va pas tarder mais je peux marcher » « ouf, vous m’avez fait peur ». Elle me plait cette auxiliaire, elle est rigolote et bienveillante.
Je m’engouffre dans la maternité, et là, la sage-femme de garde arrive avec un grand sourire : eh oui on se connait déjà, elle s’était occupée de moi pour une fausse alerte la semaine passée ! C’est Lydie. Elle me propose comme test : ascenseur ou escalier ? Je choisis les escaliers, car j’ai vraiment besoin de bouger après ce voyage de 30 minutes assise ! Ça fait du bien mais je sens que le bébé est très bas quand même…
On s’installe pour le monitoring, impossible pour moi de rester sur le dos. Je me connecte à cet instant aux millions de femmes à qui on a imposé cette position, eh bien, je ne peux pas rester sur le dos, je les admire toutes ces « anciennes », car la douleur est pour moi intenable. Heureusement on peut faire le monitoring sur le côté. Tout se passe bien pour bébé. On palpe le col : dilaté à 7 cm !!! Il ne me reste que 3 cm à ouvrir avant de pouvoir toucher et embrasser mon bébé !!! La sage-femme me félicite d’avoir pris les escaliers ! Et me dit « on va passer en salle de naissance directement » « ah bon ? le bébé arrive vraiment ? » « oui vous avez déjà bien avancé sans nous ! Voulez-vous un bain ? » Mais bien sûr ! Le bain c’est un cadeau pour mon corps à cet instant ! Alors on se met en marche pour la salle de naissance. J’ai choisi la salle nature. Un endroit pas trop grand, avec des lumières bleues (on peut choisir la couleur rouge vert jaune bleu…) , des gros ballons, deux écharpes pendues au plafond, et un lit immense, de 3 mètres sur 3 je crois. Au milieu trône la baignoire ronde et profonde. L’eau y coule déjà. Je me dépêche d’y entrer dans ce paradis d’eau ! Car je n’ai jamais été autant attirée par l’eau qu’en cette fin de grossesse et cette nuit d’accouchement. Après une heure, la sage-femme me propose de regarder ou en est la dilatation. Le col est ouvert à 9, et nous sommes arrivés depuis à peine une heure trente. C’est très rapide ! Je dis à mon bébé que le passage est ouvert, je me concentre sur sa descente. Les contractions défilent et sont très atténuées grâce à l’eau, et à mon mari qui est là, toujours là; Il me brumise, il me parle un peu, il met de la musique, je continue à chanter, dans mon monde avec le bébé. Et bam une énorme contraction qui me fait hurler « ça pousse ça pousse !!! » La sage-femme arrive et je viens juste de rompre la poche des eaux dans l’eau, ça a fait comme un nuage en forme de champignon… Et moi qui croyais que le bébé arrivait, eh bien non, pas encore… Et mauvaise nouvelle pour moi, il faut sortir de l’eau. C’est très difficile, je me souviens que ce moment a été un tournant dans l’intensité de cet accouchement… Je suis tombée à genou et j’ai fait la majorité du travail à genou ou à quatre pattes. Position idéale pour que mon chéri me masse. Il ne m’a jamais massé aussi fort, ni aussi bien, c’était exactement ce dont j’avais besoin : des grandes mains puissantes qui s’enfoncent dans mon dos, et qui répondent à ces contractions si intenses dans mes reins !
Je sens à un moment que je suis comme écartelée et la sage-femme m’encourage à pousser, mais je n’y arrive pas !!! Je fais des « ho hissss » en chant prénatal, mais ça ne me soulage plus. Alors j’arrête de chanter les deux contractions suivantes… Grosse erreur, la douleur est insupportable, je pense immédiatement à la péridurale (d’ailleurs impossible à ce stade de l’accouchement)!!! Je reprends donc mes sons graves au prochain spasme, et la douleur redescend très vite. Par contre je n’arrive toujours pas à sortir mon bébé. Je sens le monitoring permanent. Je me dis que mon bébé est là tout près, mais rien n’y fait. La sage-femme me dit « allez, il faut vraiment aider ton bébé » « oui je veux l’aider, de tout mon cœur, de tout mon corps », la sage-femme me propose de l’aide, que j’accepte. Alors il va falloir passer de la position à genoux parterre à la position allongée sur le lit, avec mon mari derrière moi, pour que la sage-femme ait accès à la délivrance. Cette position je la tiens deux secondes montre en main ; je me plains et roule sur le côté. Beaucoup plus confortable si je puis dire, alors que ce sont là les contractions les plus fortes. Je sens mon bébé faire le yoyo, car mes poussées ne sont pas assez fortes ! Et ça m’énerve vraiment, je deviens vulgaire et très en colère contre moi-même de ne pas être capable d’aider mon bébé !!! J’entends que la sage femme me parle, mais je ne comprends pas ce qu’elle me dit : la musique est trop forte !!! C’est Amy Whinehouse, choisi dans l’urgence par mon petit mari. Génial, mais là, ça ne m’aide plus ! Vincent baisse le poste… Ah ça va mieux, et je peux faire équipe avec Lydie ! Puis je parle à mon bébé je me souviens lui dire, enfin lui hurler plutôt « allez mon bébé sort !! » Le fait d’extérioriser cette colère permet finalement la sortie de la tête. Puis le corps sort comme sur un toboggan… A ce moment mon mari m’a dit par la suite qu’il a eu besoin de ses deux bras pour pousser contre ma main. C’est inimaginable, la force de cette poussée. Simplement, les corps parlent… Avec en fond le Cd d’Amy Whinehouse…
On me tend mon petit, avec ses grands yeux, je me souviens de son regard et de son cri rauque. C’est un petit garçon ! Je le savais ! On l’appelle Lilian ! Il est grand ! Le papa coupe le cordon puis prends notre fils sur lui car je dois maintenant repousser pour le placenta. Je trouve ça difficile, alors que c’est rien du tout comparé à ce qu’il vient de se passer ! L’auxiliaire note l’heure de naissance : 5h20, le 29 mai. Les filles me disent que mon mari a même poussé avec moi de toutes ses forces ! En fait, il a réussi à se faire sa place dans la bulle, et il a suivi jusqu’au bout !
Lilian crie toujours avec sa voix rauque, et je m’inquiète (déjà !). La puéricultrice m’explique qu’il a dû boire la tasse en sortant et que du coup quelques mucosités le gênent. Elle l’aspire un peu, et Lilian se calme par la suite. Elle me dit aussi qu’il s’est engagé avec une main sous le menton, à la façon d’un penseur ! Je comprends alors pourquoi on doit me recoudre un peu (2 points, ça va) ! Je grelotte, cet instant me parait très long. Je veux juste être au chaud avec mon bébé sur moi… Le papa discute déjà avec lui et avec humour… et je les vois tous les deux, c’est très émouvant, ce sont mes deux hommes à moi.
Les deux heures de peau à peau passent trop vite, je pense à chanter une belle chanson à Lilian pour l’accueillir. Celle que j’ai chantée depuis quelques semaines quand il était encore dans mon ventre. Le papa sort fumer une cigarette, il l’a bien méritée sa pause, car il s’est beaucoup donné dans cet accouchement. Il a pris son rôle au sérieux et m’a accompagnée de la meilleure manière qui soit ! Je le félicite et mon bébé aussi. Je leur dis que je suis très fière d’eux : on l’a fait ! Cet accouchement sans violence, on l’a fait !!! Puis, après la mise au sein très timide de la part de mon bébé, il finit par s’endormir. Contre moi. Bien au chaud, car depuis la sage-femme m’a ramené des couvertures. On remonte ensuite dans la chambre, avec mon bébé contre moi… Je ne le quitte pas, et je n’en reviens pas de le voir enfin. Je t’ai tellement imaginé, et tu es là, tout chaud, tout blotti contre moi. Tu dors paisiblement, et je t’admire sous toutes les coutures. Je n’en reviens pas que tu sois là. Je n’en reviens pas de tout cet amour qui vient de se déverser sur nous trois. Je me sens très forte ; Aucune envie de dormir, de me reposer. Juste envie d’être là, de t’écouter respirer.

Merci à Lilian pour la belle descente qu’il a réalisée en 5h! Merci à V., mon chéri, qui a été ma béquille inestimable pendant cet accouchement. Merci à L la sage-femme passionnée par son métier, M l’auxiliaire puéricultrice, toutes deux pour leur douceur et leur professionnalisme. Merci à Anne, qui m’a appris et guidée dans le chant prénatal en quelques séances magiques. Merci à l’eau et au chant prénatal d’avoir pu m’aider à accompagner Lilian dans cette spirale de sensations fortes.

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