#284 Une naissance presque respectée

16 Sep

Pendant ma grossesse, nous avons émis l’idée, avec mon conjoint, de donner naissance à notre enfant à la maison, afin de nous protéger au maximum des intrusions de la médicalisation à outrance de cet acte, qui pour nous, avait quelques rapports avec notre sexualité : le besoin d’intimité, de grande humanité, de la libre expression de notre amour pour ce bébé à naître.

Malheureusement, dans notre coin perdu entre la Gironde et la Charente-Maritime, aucune sage-femme ne se déplacerait jusqu’à nous et nous avons décidé, pour ce premier enfant, de nous tourner vers l’établissement le plus proche qui se trouvait également être le plus simple : peu d’accouchement (400 par ans environ), une petite équipe et des gynéco plutôt sympas et explicatifs.

 

Je voulais absolument accoucher naturellement, laisser mon corps libre de lui même, ne pas l’entraver de médicaments et autres sangles et fils, absolument allaiter mon enfant et j’avais un malaise terrible à l’idée de l’épisiotomie : une lame sur mon vagin, l’image me donnait la nausée, je faisais des cauchemars de cette vision, mon corps lui même, par un eczéma exprima cette angoisse profonde, qu’aucun médecin n’a su ni comprendre, ni écouter (j’avais beau leur donner l’idée de leur entailler l’urètre pour laisser mieux passer le flux de leur urine, aucun ne comprenait pourquoi j’angoissais d’un « acte médical si bénin »).

 

Nous n’avons rien écrit au delà de ce qu’on nous a proposé, une fiche sur laquelle nous pouvions inscrire nos attentes et appréhensions, nous n’avons pas fait de projet de naissance au delà du dossier complété séance après rendez vous avec les gynéco, SF et cours de prépa.

Tout fut oralisé en amont et le jour J, et certaines de nos attentes et demandes figuraient dans le dossier.

 Nous avons bataillé un peu, mais avons vite été entendus et soutenus lorsqu’on a parlé de déclenchement, et finalement (acupuncture ou psychologie…) le zouave dans mon ventre s’est mit en mouvement 5 jours après la « date de péremption »…

A 5h du mat, je sens bien que c’est bizarre cette nouvelle façon de contracter. A 11h, je mets le couvert en 1h30, me suspendant à ma chère cuisinière. A 12h, j’appelle la maternité qui me conseille de prendre un spasfon et d’attendre deux heures pour les rappeler. Mouais, j’oublie le spasfon, je prends un bain et à 15h, nous partons faire 20 mns de bagnole pour rejoindre les murs blancs et aseptisés.

 Nous y voilà, paperasse, installation dans ma chambre perso qui donne côté jardin (et cimetière et malheureusement à ce moment là, travaux…), et premiers touchers vaginaux. A l’époque docile, j’accepte tout ce que le corps médical juge comme « nécessaire » (à qui ? ben à lui en fait.)

On fait des écoutes de monito, et me voilà, bien sage, assise, alors que je le savais, je devrais marcher.

On prend un bain ? Allez zou c’est parti, petite musique Sigur Ros pour me sentir bien, mon homme tout près de moi me murmure des mots doux malgré son sentiment d’impuissance et de dépossession (second point que nous comprendrons bien plus tard).

De retour, c’est chouette, il est 20h je suis dilatée à 7 (nouveau TV, forcément) et je me porte bien, blaguant avec les SF et mon homme, excité comme une puce.

Le cadran tourne et je fatigue. On me propose un gaz, je ne sais pas quoi, entre deux contractions qui deviennent plus lancinantes, j’ai tellement faim (je n’ai rien mangé à midi…), je suis fatiguée, de plus en plus, et finalement, la SF « m’aide » et me fait aspirer un peu de son truc (en fait j’aspire moyen…).

 

Changement d’équipe. Un truc génial : elles font les transmission devant nous, on peut donner notre mot : « pas de péri, veut allaiter et peau à peau à la sortie. Elle veut sortir elle même l’enfant, ou le père. Elle s’en sort très bien, a pris un peu de gaz machin, j’ai prévenu l’anesthésiste, mais elle en aura sans doute pas besoin ». Et là, la nouvelle SF qui me dit « j’ai accouché deux fois : le premier avec péri, le second sans, l’attachement n’a vraiment pas été le même, on va tout faire pour que vous accouchiez sans » MERCI MERCI!!

Bon sauf que… Elle me propose d’accélérer le mouvement, « vous êtes très fatiguée, faudrait pas que ca complique l’expulsion » (j’ai FAIM!!!) si on perce, dans une heure, une heure trente vous êtes débarassée, sinon ca peut durer encore jusqu’à demain matin. Vu comme ca… J’ai les boules, j’ai pas envie de forcer les choses, mais je suis crevée, et mon homme est de l’avis de la SF (il bosse le lendemain à 6h, et puis c’est vrai, je semble exténuée… Mais il me soutiendra quelque soit ma décision.)

Quand je vous dis que je ne voulais pas aller à l’hopital. C’est ce genre de petite pression « pour votre bien »… Elle me laisse un quart d’heure pour réfléchir…

Bref, aller, on perce. J’ai 20 mns de répit, durant lesquelles je dors.

Bon ben après c’est pas pareil, hein, qu’on se le dise. Jusqu’à présent c’était pas agréable, là ca devient carrément flippant. Cette intensité! Cette force cette puissance en moi, qui pousse! Oh my god!!!

Ma SF prend le masque à gaz et me le colle sur le nez « allez inspirez à fond trois fois, ca va vous aider à vous détendre ! c’est pas du produit, ca va juste vous aider à mieux vous ouvrir » J’inspire trois fois et tout se met à tourner. Je n’ai plus aucune force dans mes jambes, dans mes bras… Comme si j’étais saoule, comme si j’avais sniffé de la colle…

C’est parti et soudain tout va très vite, tout s’agite autour de moi, la lumière est beaucoup trop forte, j’étais calme, me voilà stressée, de plus en plus, ca parle trop fort, la SF me parle et couvre mes cris, tout ca c’est trop !!! Entre deux contractions, je me jette dans les bras de mon homme, qui est tout habillé, tente de le sentir, je cherche son odeur, ses bras se referment sur moi, m’embrassent et me soutiennent.

La SF se lève et revient avec un petit chariot couvert d’un linge verdâtre ; dessous : des scalpels, seringues et ciseaux. D’une seule voix, nous nous opposons « on ne veut pas d’épisio !!! » « ah oui, mais si ca déchire, moi désolée, je coupe ! » 

Deux temps plus tard, comme par hasard je suis « raide à gauche ». La SF dit « j’interviens localement » et attrape une seringue. Mon homme s’interpose « hophophop, qu’est ce que vous faites ?! » « J’applique du spasfon en local, ne vous inquiétez pas, c’est juste du liquide, ca va détendre à gauche, là où ca se raidit », il me regarde, je crois que je fais un truc qui dit « j’abandonne » et je sens un truc glacé entre mes jambes. « Ah ca détend pas, hein » Elle intervient à nouveau. Puis ca bloque aussi à droite. Ce n’est pas du spasfon dont j’ai besoin, mais d’une main de femme, d’une voix douce, apaisante, qui me remette dans ma bulle, de solitude, d’intimité, je veux accoucher comme je jouis ! Seule avec mon homme ! Pas au regard et en pleine lumière, dans le bruit et à l’hôpital. Mais je n’ai pas eu le choix. Je n’ai pas fait celui d’accoucher parfaitement seule.

 Je me donne du courage en criant, en parlant à mon bébé. L’aide-soignante me propose un miroir et je l’envoie balader avec tact (j’arrive encore à ca ?!). On me tourne, on me met en sellette (et j’accoucherai ainsi, les jambes repliées, les mains sur mes genoux, le cul sur la chaise. La vulve bien en face des yeux de la SF) Ca déchire. Elle coupe. Je me souviens avoir demandé l’autorisation de toucher la tête à la sortie… Pff quand j’y repense, il faut vraiment que je me sois sentie infantilisée pour attendre qu’on m’autorise à toucher mon propre corps !!

Il est minuit zéro trois quand nous attrapons ensemble notre enfant, mon homme et moi. Mon visage se transforme, selon le souvenir ému de ce nouveau père : detendu et crispé, il s’ouvre et s’illumine soudain. J’ai mon bébé nu, sur ma peau, j’arrache ma chemise dégueu de l’hôpital, je le glisse sur ma peau, sur mon ventre, au dehors… « Mon dieu, regarde ce qu’on a fait !!! C’est nous ca, c’est nous qui avons fait ca ! Mon dieu !!! » On lui parle, on lui dit son nom, mille fois, on le lui répète, on lui dit qu’on l’aime, oh mon dieu, qu’on l’aime tellement !

 On essaie de le faire téter, mais il ne fait rien (il n’est pas très tonique, ce loulou, tout de suite à la sortie, il a l’air un peu sonné)… Puis la SF l’emmène, mon homme les suit. Il ne dit rien, observe tout… Elle vient le faire marcher devant moi. Je n’aime pas trop ça, je voudrais être tranquille, qu’on nous laisse tranquille, nous les guerriers.

Puis elle me le rapporte, je le prends, j’ai tant envie de le lécher, de le boire des yeux et pour la première fois, il prend mon sein dans sa bouche et tète, tète longuement. C’est là, semble-t-il que le placenta est sorti. Je ne m’en souviens absolument pas. Je me souviens juste de mon homme qui trouve que ça ressemble à de la sauce de pire (cf cuisine du terroir… à base de sang de porc, toujours glamour, mon mâle !). Je me souviens qu’on me recoud, que ça me fait mal. Mais je m’en fous. Mon bébé est là, avec nous, et il a tété. Mon homme l’a contre lui, ils vont dans ma chambre, puis on m’y amène en fauteuil, je me sens humiliée de ça, je suis sûre que je pourrais marcher. Je mange enfin ! Dans cette chambre moche transcendée par l’image de mon homme et de son fils endormis sur le fauteuil à mes côtés.

 Les quatre jours suivant, je me languis chaque nuit de mon homme, si loin de nous. Je rêve de lui, il me manque tant. Qu’on soit séparés à cet instant m’est insupportable. L’allaitement commence mal, mais grâce à une tante se continuera glorieusement bien. En tous cas, ma monté de lait se fait à l’hôpital, et zoulou a dépassé son poids de naissance à la sortie. Les SF n’ont pas été d’excellent conseil tout le temps, mais je sais comment elles sont formées. Je déplore seulement en savoir bien plus qu’elles à ce moment là déjà.

Elles me demandent de ne pas dormir avec lui, il pourrait tomber du lit. J’ai repris du poil de la bête, et comme elles refusent de mettre le matelas au sol, je fais ouioui et continue à le garder sur moi, tout le temps, tout le temps, tout le temps.

 Heureusement que je m’étais moi même préparée à tout cela. Que j’avais lu, échangé, appris sur l’allaitement. Lu, échangé et appris sur l’accouchement, sur sa physiologie. Heureusement que je savais ce que je voulais. Ç’aurait pu être bien pire. Et hôpital mis à part (et bien que je sois tombée sur une super équipe, je pense), j’ai adoré ça, c’est un merveilleux souvenir.

 Il me tarde le prochain, qui, cette fois, sera à la maison!

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