#288 Anonyme – Ile de France – février 2013

24 Sep

Mon petit garçon, C., je l’ai aimé dès que j’ai appris son existence. Il faut dire qu’il était désiré et qu’il s’est fait attendre 10 mois. C’était ma première grossesse. J’ai eu de la chance, elle s’est bien déroulée, je n’ai eu aucun problème particulier, hormis un placenta bas inséré qui m’a valu une frayeur et une visite aux urgences pour pertes de sang en début de grossesse. Heureusement, je n’ai aucun problème par la suite.
J’avais décidé d’accoucher à l’hôpital, probablement pour me rassurer et me dire qu’il y aurait tout ce qu’il faut en cas de problème pendant la naissance. Je savais donc à l’avance que ce n’était pas l’endroit le plus chaleureux du monde, mais je ne pensais pas que ça serait aussi médicalisé que cela. Je précise également que je vis en Ile de France et que les maternités sont débordées : deux établissements ont refusé que j’accouche chez eux car ils étaient déjà complets… pour l’hôpital où j’ai accouché, j’ai été en liste d’attente (!) avant d’être acceptée quelques semaines plus tard.

Mon fils a décidé de pointer le bout de son nez 2 semaines avant le terme. Je me suis réveillée à 5h30 avec une douleur dans le bas du ventre, puis une autre quelques minutes plus tard. J’avais suivi les cours de préparation à l’accouchement avec une sage-femme libérale, qui avait expliqué qu’une contraction durçit en général tout le ventre. Pour ma part, j’avais essentiellement mal dans le bas du ventre. Je ne me suis donc pas inquiétée plus que ça et ai essayé de me rendormir. Le papa est parti travailler (en voiture au cas où), mais à peine était-il arrivé à son travail que je l’ai appelé pour lui demander de revenir aussitôt : les contractions, toujours dans le bas du ventre, étaient toutes les 6 minutes! Plus de doute, la régularité était le signe qui m’a fait comprendre que c’était le grand jour. Le papa est revenu une heure plus tard, ce qui m’a permis de me préparer et de grignoter un peu (grand bien m’a pris, je n’ai eu le droit ni de boire ni de manger jusqu’au lendemain!) en l’attendant. Une fois arrivés à la maternité (aux urgences gynecologiques puisque c’est là qu’il fallait aller pour accoucher), j’ai annoncé à l’accueil que j’étais en train d’accoucher : « c’est-à-dire? » m’ a répondu sèchement la dame. Puis, après avoir pris mon nom, elle m’a dit d’aller patienter dans la salle d’attente. C’est ici que les femmes, quelque soit leur stade de grossesse, se croisent puisque ce sont les urgences. Il était 9h30. Nous avons patienter un moment (contractions toutes les 6 minutes, j’ai eu le temps de voir le temps passer), j’ai eu les prises de sang nécessaires, pipi dans le bocal et cie, quand enfin une sage-femme relativement froide m’a examiné pour me dire que oui effectivement j’accouchais mais que « la journée serait longue » (col à 1 cm). Et qu’il fallait que j’aille en salle de naissance directement. Je gardais en mémoire les séances de préparation à l’accouchement avec le ballon, la respiration mais je n’ai eu le temps de rien faire de tout cela : on m’a demandé de m’allonger de suite sur le dos, et de ne plus bouger! Je précise qu’à ce moment là le papa avait été envoyé au bureau d’accueil pour l’inscription et que je suis restée seule un moment en me demandant ce que je faisais là…
Finalement le papa m’a retrouvée, on m’a demandé si je voulais la péridurale de suite ; je me suis dit « pourquoi pas, autant éviter de souffrir dès maintenant puisque ça va etre long ». L’anesthésiste est arrivée, elle m’a posée la péridurale mais j’ai de suite senti des sensations étranges dans le haut du dos, comme des picotements. Je lui en fait part, elle m’a dit que ça devait être le scotch dans le dos qui me tirait la peau! Je n’ai pas osé la contrarié, elle a changé le scotch et m’en a mis un autre. Evidemment, ça n’a rien changé mais ai patiemment attendu que la péridurale fasse effet. Je ne savais pas comment ça fonctionnait, j’ai demandé combien de fois il fallait appuyer sur le bouton pour avoir moins mal, la seule réponse a été : « c’est vous qui voyez ». Je me suis demandée si je n’étais pas une sacrée chochotte car j’avais beau appuyer et rien ne se passait : je souffrais toujours. A un moment je me suis acharnée sur le bouton, rien non plus. J’ai continué d’attendre…

La sage-femme qui m’avait examinée venait me voir toutes les 2h, examinait mon col et repartait aussitot. J’avais bien compris qu’il ne fallait pas trop poser de questions, qu’elle était pressée et débordée. Je n’étais pas la seule à accoucher ce jour là m’avait on précisé le matin.
Vers 13h, elle a percé la poche des eaux, sans me demander mon avis d’ailleurs. Elle est arrivée, a percé la poche et est repartie aussitôt. Le papa était parti manger un morceau, j’étais donc seule à nouveau quand les contractions sont devenues presque insupportables. Elle ne m’avait pas averti que le fait de percer la poches des eaux augmentait les douleurs, remarque j’étais censée être sous péridurale…. quand le papa est enfin revenu, je lui ai demandé, pliée en 2, d’aller chercher quelqu’un car ce n’était pas normal que je souffre ainsi sous péridurale! Une aide soignante est vite arrivée, a appelé l’anesthésiste qui m’a dit « je ne comprends pas, je l’ai bien posé » mais a quand même recommencé… et là j’ai senti la différence! 3 pressions sur le bouton suffisent amplement… L’après midi s’est déroulé tranquillement, je n’avais plus mal, d’ailleurs je ne ressentais plus rien! Vers 17h30, la sage-femme est revenue accompagnée de 2 autres personnes (très gentilles, je tiens à le préciser) qui m’ont expliqué que c’était « le » moment, celui de la poussée.
Sur le dos, j’ai poussé comme j’ai pu pendant une demi-heure mais visiblement ça n’a pas suffit, car épuisée et ne sentant aucune sensation, mon bébé restait bloqué près de la sortie.
Respectant le protocole m’ont-elles dit, elles ont appelé du monde à la rescousse (je ne saurais dire ni qui ni combien) et m’ont dit qu’il fallait aidé le bébé à sortir sinon c’était dangereux pour lui. Ils ont pris la ventouse, sans me demander mon avis ni celui du papa, et sorti ainsi mon petit garçon. On me l’a mis sur le ventre, et une personne a faire sortir pendant ce temps là le placenta. A vrai dire comme je ne ressentais rien et que j’étais en train d’admirer et de découvrir mon bébé, je les ai laissé faire sans broncher. J’ai quand même vu qu’ils se mettaient à plusieurs et qu’il y avait beaucoup de sang… et cela m’a semblé long. Je sais que j’ai eu une épisiotomie (et une déchirure mais ça je l’ai appris plus tard). Et que justement pendant que l’on me recousait, la personne s’est coupé avec l’aiguille et m’a demandé si ça ne me dérangeait pas que l’on me prélève encore du sang de suite pour savoir si je n’avais pas le HIV, hépatite et cie! J’ai accepté, mais commençais à en avoir assez que l’on me prélève du sang ou que l’on m’injecte des tas de produits.

Puis, un instant plus tard je me suis sentie mal. Moi qui n’ai pas l’habitude de faire des malaises, je me suis sentie partir, envie de vomir. Juste le temps de leur dire, le papa a pris notre bébé, et le personnel hospitalier s’est affairé autour de moi. On m’a injecté des tas de produits, dont on ne m’a pas dit l’utilité, qui ont fait effet car je me suis sentie un peu mieux.
Finalement, la sage-femme m’a dit que je perdais beaucoup de sang (sans me dire pour quelle raison), qu’ils m’avaient mis dans le vagin une sorte de « broche » (je ne me souviens plus du terme exact) pour aspirer le sang et éviter que ça continue de couler, et qu’il fallait surveiller d’ici 15 minutes. Et que si ça continuait de couler autant, il fallait réouvrir et refaire une épisiotomie après! Et que du coup il valait mieux me refaire à nouveau une péridurale pour ne pas que je souffre au cas où il faille intervenir. En fait, ils ont hésité car ça n’était pas sûr qu’il faille faire quelques chose (15 minutes à attendre pour le savoir) mais comme l’anesthésiste de garde était dans la pièce et qu’il partait après il fallait profiter de sa présence! (c’est ce qu’ils se disaient entre eux) Ils ont discuté ainsi devant moi, sans me demander mon avis une nouvelle fois. Quant au papa, pas curieux pour 2 sous, lui n’a posé aucune question. Ils m’ont donc refait une péridurale et là ça a été tellement fort que je n’ai plus senti mes jambes! Impossible de les bouger! Je leur ai dit, paniquée, l’anesthésiste m’a répondu que ça allait passer d’ici quelques heures! Finalement ça a été fait pour rien, car la perte de sang était moindre.
Et puis j’ai eu une seconde perte de connaissance : rebelotte, on m’a injecté à nouveau des produits.

J’ai pu enfin monter dans ma chambre vers minuit après avoir récupéré la sensation dans mes jambes (vu ce que j’avais vécu on m’a gentiment attribué une chambre seule), avec mon bébé. J’étais très affaiblie, mais heureuse d’avoir mon bébé avec moi. Seulement, comme mon état ne s’améliorait pas le lendemain, que j’avais des vertiges et étais très faible, j’ai eu droit d’abord à une perfusion de fer puis, comme il n’y avait pas d’amélioration, à une transfusion de 2 poches de sang. Sans compter les piqures et les prises de sang plusieurs fois par jour, à chaque fois faites par des personnes, si gentilles soient-elles, différentes.
Et surtout impossible de savoir ce que j’ai eu, le pourquoi de tout cela. C’est seulement à ma sortie, 4 jours plus tard, que la sage-femme libérale qui m’avait suivie pendant ma grossesse, à la lecture de mon dossier m’a expliqué ce que j’avais vécu : une hémorragie de la délivrance.

Si j’ai le bonheur d’avoir un jour un second enfant, je ne ferai pas du tout les mêmes choix : je me tournerai vers une structure plus « humaine » où l’on n’est pas juste un numéro de chambre ou de dossier et où l’on informe le patient. Car même si j’ai été bien soignée et qu’au final mon bébé et moi-même sommes en bonne santé, je ne garde pas un bon souvenir de mon accouchement. J’ai le sentiment désagréable d’avoir été dépossédée de ce qui aurait du être un moment incroyable, de ne pas avoir accompagnée mon fils dans sa naissance. C’est mon grand regret.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :