#300 Hélène – Avril 2006 – Ille et Vilaine

7 Nov

Ici commence ma douleur, le récit de mon accouchement

Je vais tenter de rembobiner une partie de ma vie qui d’habitude me fait souffrir une fois l’an. J’accepte aujourd’hui de m’y replonger afin d’apporter une pierre à l’édifice et faire comprendre qu’il est temps, grands temps de respecter les femmes lors de leur accouchement.

Je peux pas vraiment dire le jour où tout a basculé. Parce qu’en réalité, le recul m’a permi de voir que tout a commencé quelques jours auparavant. Évidemment, ou heureusement, certaines dates m’échappent. Disons que cela c’est déclenché à la 36ème semaine d’aménorrhée, à la fin de mon cours de préparation à l’accouchement quand j’ai fait par de ma prise de poids fulgurante ( 5 kilos en 3 jours), la sage femme m’a prise la tension. Je ne me souviens plus exactement quelle en était la mesure mais j’en avais suffisamment pour qu’elle m’envoie en surveillance à la maternité.
J’ai donc eu une première surveillance, avec monitoring et tensiomètre pendant quelques heures. La tension s’est calmée, on m’a laissé repartir avec une prescription de bandelettes urinaire, sans plus d’explication. Je devais vérifier régulièrement qu’il n’y ait pas d’albumine dans mes urines. Déjà là j’aurais aimer qu’on me dise ce qu’on vérifiait, je le savais très bien, je suis une patiente qui s’informe beaucoup, mais j’aurais souhaité qu’on me le dise. « Madame, on vérifie la présence d’albumine pour écarter l’hypothèse d’une toxémie gravidique ».
J’ai donc vérifié souvent mes urines, les bandelettes restaient correctes juste les leucocytes qui réagissaient un peu par moment, mais la sage femme m’a expliqué que c’était normal et que la réaction sur la bandelette restait très faible, vraiment pas de quoi s’inquiéter. Je vérifiais également ma tension, tension + albumine, c’est les signes précurseurs de la toxémie gravidique, je restais très vigilante.
Le lundi 3 avril 2006 au soir j’ai refait de la tension, on part avec mon mari à la maternité. Je reste sous surveillance monitoring+tensiomètre jusqu’à 23heures, puis je suis prise en consultation par le gynéco de garde. Là comme à leur habitude, j’ai le droit à un énième touché vaginal pour vérifier l’évolution du col. Il me fait un mal de chien, j’encaisse la douleur sans rien dire, me disant qu’il fait preuve de moins de délicatesse que mon gynéco habituel. Je sors de la consultation, j’ai mal, je dois rentrer, j’ai 30 km à faire en voiture, il est préférable que j’aille au toilette avant. Là je découvre que je saigne, au moment où je sors dans le couloir je croise le gynéco de garde, je lui en fais part avec inquiétude. Il me dis de ne pas m’en faire et de rentrer chez moi et conclut curieusement cet entretien en me disant «  peut être à toute à l’heure ! ». Mon mari et moi en restons étonner se disant que s’était quand même prématuré pour accoucher, mon terme étant pour le 28 avril 2006.
Le lendemain matin, mardi 4 avril, j’avais mon rdv du 9ème mois avec mon gynéco habituel, la route a été éprouvante, j’avais passé une mauvaise nuit, et j’ai eu mal au bas ventre tout le long de la route sans pour autant y identifier des contractions. Arrivée à la maternité, j’appelle ma meilleure amie qui habite à deux pas, je lui demande qu’elle me ramène chez moi à l’issue de mon rdv je sens que j’en aurai pas la force.
Il est pas loin de 10 h quand le gynéco me prend en consultation, il me prend ma tension qui est bonne, là il me fait encore un touché vaginal, je suis dilaté à 4, il me dit de passer dans l’autre bâtiment je suis en passe d’accoucher. Je réalise pas bien, je n’ai a proprement parler pas eu de contractions, j’ai des douleurs comme mes règles mais pas plus intense, je sors de ma consultation ma meilleure amie est là et m’attend dans la salle d’attente, je lui explique que je suis en train d’accoucher, elle croit que je la charrie. J’arrive donc dans le bâtiment adjacent celui des consultations, je m’annonce comme étant en train d’accoucher et sortant de mon rdv du 9ème mois. On m’installe dans une chambre, on me demande de récolter mes urines sur une bandelette, je sais maintenant les lire, les albumines restent muettes, ce qui me rassure. Le gynéco de garde me fait encore un touché vaginal, il me demande ce qu’est ce liquide que je perds. Je pense que c’est juste des fuites urinaires c’est courant en fin de grossesse, je porte un gros bébé, il appuie partout sur mes côtes et sur la vessie. Il me dit sur un ton condescendant que non ce n’est pas des fuites urinaires et voilà tout ce qu’il m’apprend et sort de la chambre. Je reste là telle une conne en me disant que j’ai une fissure de la poche des eaux, que c’est ce qu’il a sous entendu.
Mon mari arrive au moment où on me passe en salle de travail. Il prend le relais de mon amie qui restait jusqu’ici à mes cotés. Je suis semi allongée dans un lit avec le packaging regrettable d’un accouchement surmédicalisé. Je souhaitais pourtant un accouchement des plus naturels. On me pose un cathéter, sans m’expliquer à quoi servent les poches qui l’alimentent, je le regrette. Bien que je le sache déjà, j’aurais aimé que la sage femme fasse l’effort de m’expliquer ces gestes médicales alors même qu’un accouchement est un acte naturel, régit pas les lois de la nature où le corps médical de mon point de vue ne devrait intervenir qu’en cas de soucis.
On me laisse quelques temps avec la perfusion, le monito et le tensiomètre. Tout est normal, même le monito, j’ai bien des contractions mais le graphique montre clairement qu’elles sont de très faibles intensités. La sage-femme vérifie mon col, je suis dilaté à 6 il est un peu plus d’onze heure, du coup elle revient avec une longue aiguille et un bassinet. Elle me dit qu’elle va percer la poche des eaux. Là je commence à m’opposer, sans agressivité, je lui demande quelle nécessite de me la percer, elle va bien finir par rompre toute seule, sinon c’est que l’accouchement n’est pas pour maintenant. Elle insiste en me disant que cela va accélérer le travail. J’ai pas demandé à ce que ça aille plus vite, j’ai tout mon temps, je ne souffre pas de mes contractions. Elle persiste, prétextant une procédure habituelle, en me disant que l’anesthésiste va suivre. Bref, elle me perce la poche des eaux, je vois le liquide s’écouler, ça m’interpelle, je lui demande si c’est normal la couleur du liquide. Elle me réponds que oui, je me persuade que c’est elle la pro elle sait ce qu’elle fait. Mais le liquide amniotique est teinté marron. On persiste à me prendre pour une andouille, mais j’ai fait le choix de leur faire confiance et de me dire qu’ils savent ce qu’ils font, et je reste tout de même détendue. L’anesthésiste arrive, je lui dis que je ne souhaite pas de péridurale, que je ne vois pas l’intérêt, je ne souffre pas de mes contractions. La sage-femme est encore présente et soutient son collègue, je risque de beaucoup souffrir avec la poche des eaux percés les contractions sont plus douloureuses. Je reste septique, l’anesthésiste fini par me dire que les accouchements c’est pas comme au restaurant, c’est pas « à la carte ». J’abdique, alors que je connais mes capacités à encaisser la douleur, est-il si difficile que ça de respecter les choix des patients ? Il me pose sa péridurale, je suis consciente qu’il a galéré, pourtant j’ai prévenu lors du rdv anesthésiste que j’étais très sensible du dos à cause de ponctions lombaires pratiquées enfant sans anesthésie, mais l’ont-il seulement pris en compte, pris connaissance, noté sur mon dossier ?
La péridurale ne fait aucune différence, on attend, le travail s’est arrêté. Il est 16h maintenant. La sage-femme vient me voir. Elle me dit que si dans une heure la travail n’a pas avancé je passe en césarienne. Je suis surprise, pour un premier accouchement, on me laisse si peu de temps de travail, j’en ai lu des récits d’accouchement pendant ma grossesse. Je sais qu’un premier accouchement peut être très long, et là au bout de 6h de travail, on me passe au bloc. Je ne comprends pas, j’ai pas le temps d’acquiescer et qu’elle est déjà repartie. Les sentiments sont partagé, entre la sensation d’être une petite fille qu’on réprimande, « si t ‘as pas fait ton travail, on t’opère » et l’acceptation de devoir faire confiance au corps médical, se dire qu’ils ne font pas ça sans raison ? Oui mais alors pourquoi ? Une heure se passe, je conviens avec mon mari, que je veux qu’il suive notre enfant, pas question qu’il m’attende devant le bloc. Je veux que notre fils voit un de ses parents au moins.
Le travail n’a pas repris, finalement, ils m’ont laissé plus de temps, il est pas loin de 17h30 …
La sage-femme revient avec une tondeuse pour me couper les poils pubiens, elle n’y va pas en douceur, et elle me fait un mal de chien. Je réalise que ce n’est pas normal, mais là encore je n’ai pas le temps de lui dire, elle est déjà repartie. J’en fais part à mon mari, « c’est quand même pas normal de sentir le rasage avec une péri ? » Il essaye de me rassurer. On me passe sur un brancard, je demande la présence de mon mari dans le bloc, ils n’y voient aucune objection. Mon mari part se préparer. J’arrive au bloc, en scrutant la porte, j’ai froid, je claque des dents. On me badigeonne de bétadine. Ils respecte le protocole, sauf que la réponse n’est pas celle attendue :
« Madame, est ce que vous sentez du froid ?
Oui
A droite ou à gauche ?
Partout
Je lis sur leurs visages une certaine surprise. Ils s’affairent autour de moi, on me mets les bras en croix on me sangle les poignets, les jambes, le torse.
Ils commencent à basculer la table, dans le but de faire circuler le produit de la péridural, en vain. L’obstétricien demande une anesthésie générale que l’anesthésiste refuse. On ne me consulte pas je n’ai pas mon mot à dire, la sentence tombe : « on peut plus attendre, on doit commencer ».
Là, tout devient confus, heureusement la douleur trop fulgurante m’a laissé qu’un voile de souvenirs, juste de petites anecdotes. J’ai développé comme un syndrome de Stockholm vis à vis de mon bourreau, l’anesthésiste pourtant responsable de la mauvaise mise en place de ma péridurale, celui là même qui venait de refuser mon anesthésie générale est devenu mon point de repère, ma bouée de survie. Il me guide, me tend un masque pour m’aider à gérer la douleur, je me focalise sur lui parce que mon mari n’est pas là, je me reporte sur lui, le seul visage que je connais. Il me parle, me dit de respirer, car je suis plus capable de faire ça seule. Il doit s’absenter, comme il ne me dit plus de respirer j’ai arrêté de le faire. Une femme, une infirmière ? Me dit « respirez madame, respirez». C’est trop dure j’ai trop mal, ça dure trop longtemps. L’anesthésiste revient reprend sa liturgie : respirez, respirez, respirez … On vient de m’arracher les tripes, on m’interpelle, je tourne la tête, on me montre mon fils, je n’ai pas le temps de le voir, ni même l’honneur de le nommer. On m’a juste dis qu’il était très beau.
Je suis seule et vide, on est en train de me recoudre «  Arrêtez de bouger madame ! ». Cela semble durer une éternité, ça n’en était pas loin 1h30 de boucherie. Lorsqu’ils ont fini, je me mets à pleurer, l’anesthésiste me demande pourquoi ? POURQUOI !!
Quand je sors du bloc je suis mise en salle de réveil, le temps de me transférer dans ma chambre. Chambre qui n’aura pas été préparée pour une césarisée. Mon mari est là, semble soulagé, il n’a pas pu rentrer au bloc, ils lui ont juste dis que ça se passait mal et qu’il ne pouvait pas rentrer. Il a notre fils dans les bras, il le pose sur moi. Je suis incapable d’éprouver quoi que ce soit. Pourtant il me prend en photo, cette photo j’ai juste envie de la détruire.
J’aimerais dire que ça se finit là, mais le reste n’a était qu’un enchaînement de contrariétés dû au personnel médical, dû à l’incompétence de ressentir la moindre empathie. Je n’étais qu’une pauvre césarisée, rien de révolutionnaire la dedans.
Mercredi, matin, :« allez debout madame, faut se lever !
Je peux pas, j’ai trop mal.
Elles disent toute ça, mais votre douleur est psychologique. C’est juste que vous imaginez où a coupé le scalpel. ». J’avais juste envie de lui hurler dessus !
Je lui réclame mes cachets pour éviter la montée de lait, mais visiblement aucun de mes choix ne peut être respectés. Je les aurais 3 jours plus tard après les avoir réclamer de nombreuses fois. Avec des arguments bidons, du genre « ah mais vous auriez dû les apporter ». Oui mais voilà j’ai accouché avec 4 semaines d’avance donc les cachets je les ai pas…
Je leur ai signalé que je faisais une allergie, j’avais le dos en feu et il me démangeait énormément, ça n’a jamais été prise en compte. C’est ma mère qui a acheté un traitement en pharmacie et mon mari m’appliquait la crème pour soulager mon calvaire. Il existait également un psy envoyé lors des accouchement difficile, je ne l’ai jamais vu.
Lorsque j’ai été enceinte de mon deuxième, j’ai demandé mon dossier médicale. J’ai appris que je commençait une toxémie gravidique, que mon fils était en souffrance fœtal … Mais auparavant sur le carnet de santé de mon fils, j’ai appris que mon accouchement avait été déclenché, à aucun moment je n’ai été prévenue de ce déclenchement. J’avais bien compris qu’on m’avait décollé les membranes le lundi soir, mais cet acte également aurait dû mettre mentionné.
Aujourd’hui, 7 ans après, cette césarienne m’a laissé en héritage une adhérence, j’en ai fait part au gynéco mais là encore « c’est assez fréquent » fut sa seule réponse…

Hélène

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2 Réponses to “#300 Hélène – Avril 2006 – Ille et Vilaine”

  1. Dophi 7 novembre 2013 à 19 h 55 min #

    Je suis assez estomaquée de la façon dont le personnel médical t’a traitée, c’est inacceptable !
    Par contre, plusieurs fois en te lisant, je me suis demandé, mais pourquoi elle s’incline ? pourquoi elle laisse faire, pourquoi elle ne pose pas ses questions, pourquoi elle ne s’oppose pas plus fermement ? Tu étais très bien documentée, tu comprenais bien des choses qu’on ne te disait pas … C’est vrai que l’accouchement est un moment tout à fait spécial, il y a peut-être aussi tout un contexte, pourtant puisque tu voulais un accouchement naturel, t’imposer plus t’aurais sûrement permis de mieux vivre tout cela ! Je ne dis pas ça pour te culpabiliser, il n’est pas « normal » de devoir se battre pour être respectée par le personnel médical quand on accouche, peut-être n’étais-tu pas du tout préparée à l’éventualité qu’on te traite avec si peu d’égard. Je te souhaite de trouver malgré tout la paix intérieure et merci d’avoir partagé ton témoignage. Si cela peut faire bouger les choses …

  2. Héloïse 24 janvier 2014 à 19 h 12 min #

    Quelle injustice de traiter les femmes enceintes, en train d’accoucher ou en suites de couche ainsi ! Je suis entièrement d’accord avec votre phrase concernant certains soignants et leur incompétence à ressentir la moindre empathie ! Merci d’avoir témoigné !

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