Anonyme – « J’ai accouché, elles m’ont aidées à accoucher et pas l’inverse »

14 Nov

Après pas mal de difficultés pour conçevoir notre p’tit bout, j’ai eu la chance de vivre une grossesse plutôt zen et tranquille, avec un arrêt de travail très tôt en raison de mon métier de commerciale trop souvent en voiture et trop souvent stressée et d’une sciatique persistante du 4ème mois au dernier jour ! L’avant bébé un peu hard nous aide à relativiser et je prépare l’arrivée de notre bonhomme avec mon amoureux, B qui est aux petits soins pour nous.
Le terme est prévu le 20 septembre, tout mon entourage est heureux de ce happy end et lance les paris sur la date d’accouchement. Personne n’avait parié le 17 septembre 😉
Le lundi 16 septembre, tout est prêt depuis quelques jours. Je passe beaucoup de temps à me reposer car je ne dors pas bien, réveillée par l’inconfortable ventre incasable dans notre lit et les mouvements de notre fils qui s’éclate la nuit.
Je suis crevée et je traînasse. B est au boulot.
18h30 : début d’un mal de dos inhabituel. Je saute sur mon ballon, je bouge le bassin et je trompe mon cerveau qui a tendance à trop penser en jouant à la console. B rentre, on fait une partie ensemble sans oser croire que ça y est, le travail commence.
19h30 : première contraction. Je peux pas dire douloureuse mais pas agréable. Puis une autre dix minutes plus tard. A la troisième, B prépare le dîner. Je sais que ça y est, c’est parti. Je n’ai pas eu une contraction de ce genre avant.
Je vais fermer la valise. Je marche dans l’appartement, pour que ça aille vite. Ballon, allers retours cuisine-salon, ballon, salon-chambre …
21h00 : les contractions deviennent irrégulières mais largement plus carabinées. Quatre contractions en dix minutes, plus silence radio pendant douze minutes, retour des contractions …
22h00 : je ne peux plus rien faire pendant que le dos et le ventre contractent. Je stoppe tout et je respire en gonflant le ventre. Je visualise une grosse vague sous laquelle je dois plonger. Plus tard, j’imaginerais une fleur genre un nénuphar qui s’ouvre doucement, pétale par pétale. B me laisse faire, me masse quand je passe près de lui.
23h00 : bain chaud pour se détendre. Ça fonctionne super bien, pour chauffer mon ventre trop haut pour être immergé, je pose une serviette de bain dessus. Avec l’eau brûlante c’est top.
01h00 : je sors du bain et là gros mal de dos avec peu de pause entre chaque vague. C’est ce que je craignais, je prend toute la douleur dans les reins. Une série de contractions très rapprochées nous inquiètent un peu. On décide de partir à la mater pour voir. Au pire, on rentrera à la maison.
01h30 : B a roulé doucement pour ne pas empirer les contractions. Le gardien de nuit nous ouvre la porte et dit « c’est pour un accouchement ? » ( moi en train de souffler pour laisser passer une contraction je réponds mentalement : non c’est pour enfiler des perles) mais je souris et dis oui. On est admis de suite. Une sage femme m’examine. Le col est ouvert à 2. Elle nous installe en salle de pré travail  » parce que vous prenez tout dans le dos ». Monito ok. En chambre, B peut dormir dans un lit.
De 2h à 6h: Je fais du ballon, marche de long en large, en soufflant et en gonflant le ventre à fond.
6h30 : Je réveille B. J’ai mal dans le dos en continu et au milieu de chaque contraction, je pense que je ne supporterai pas la suivante. Mais je supporte la suivante aussi. Je commence à sentir les contractions dans le ventre en même temps. La chance va nous sourire : R, la sage femme qui a fait ma préparation entre dans la salle. Elle ne devait pas travailler aujourd’hui mais une copine à elle accouche le même jour. Alors elle va nous suivre de loin.
Elle me voit m’étirer le dos et me dit  » tu veux avoir mal ? » Je répond « non » Elle m’examine. On a gagné un petit cm en 4 heures. Mon moral en prend un coup mais R ne me laisse pas le temps de me prendre le chou. Elle nous emmène en salle d’accouchement. L’anesthésiste va passer. « Ça va être long mais tu vas y arriver »
Une troisième sage femme qui ne se présente pas arrive pour me poser une voie veineuse. Gros carnage. Elle me rate sur le bras droit, veine pétée. Pose sur la gauche mais n’importe comment. La voie veineuse me fera mal toute la journée. Elle enfile un gant pour examen et je n’ai même pas le temps de lui dire que R vient de le faire. Sans consentement et sans prévenir, elle me fait un mal de chien. Je serre les cuisses en la repoussant. Elle s’en va sans un mot. Heureusement, elle a fini son service et R vient nous présenter V, qui sera là tout au long de la naissance.
07h15: pose de la péridurale. B doit sortir. Je sens l’anesthésiste piquer un peu à droite. Ça ne fait pas mal mais c’est surprenant, on dirait qu’on injecte un Mister Freeze dans le dos. R me tient pour que je reste en bonne position. Elle me raconte son week-end. Tout se passe en douceur
7h45 : je pourrais embrasser l’anesthésiste. Mon amoureux revient et on se repose. On papote. Il m’amène à boire en douce. V passe toutes les heures. Parfois elle m’examine, parfois elle vient juste s’assurer que tout va bien. On entend au moins 3 ou 4 femmes accoucher dans les salles voisines. C’est long. Un cm, parfois un demi par heure. On dort un peu. Je change souvent de position pour bouger le bassin. Mon fils va bien, son rythme est tonique. Il supporte bien les contractions que nous suivons sur le monito.
13h00 : R oblige mon homme à aller manger. « Quitte la deux secondes pour aller manger parce qu’on aura pas le temps de te ramasser par terre si tu tombe dans les pommes ! » Du coup, il va se promener régulièrement ensuite. Boire un café, prendre l’air. Il me raconte qu’il croise de nombreux papas en stress qui fument et se caféinent à mort ! On rigole. C’est long pour lui aussi.
14h30 : ma gynéco J passe pour m’examiner. Je ne le vois pas mais elle est fait une drôle de tête. B a vu son expression mais ne me dit rien. Elle sort avec V. Je suis 9cm. Plus qu’un et je pourrais pousser mon fils dehors ! Je suis toute contente.
V revient et m’annonce que J veut me préparer pour une césarienne. Catastrophe. Mon fils arrive la tête tournée vers le ciel. Un bébé rêveur qui, en plus a de belles épaules à faire passer dans mon bassin un peu juste. Il ne pourra pas défléchir la tête normalement s’il ne se retourne pas avant la fin de la dilatation. Il faudra que je le pousse jusqu’au bout et J pense que je suis déjà trop fatiguée par le travail. Je m’effondre. Je n’ai aucun a priori sur la césa, mais après 20h00 de boulot, je le vis mal. Ça veut dire sonde urinaire à demeure (enfant, j’ai été opérée et sondée 2 fois à vif, sans anesthésie. Mon pire souvenir de douleur devenu phobie). Ça veut dire cicatrice. B est super mal de me voir comme ça. Il sait à quel point ça me fait peur d’échouer à ce moment.
V, elle y croit toujours, sûre que je peux accoucher par voie basse. Elle dit rien à personne et décide de m’aider.
Elle coupe la péridurale. J’ai une heure pour bouger le bassin dans toutes les positions qu’elle me fait prendre pour retourner le bébé. C’est le seul moment où je douille vraiment. Je m’agrippe à ce qu’il me passe sous la main et je bouge, je bouge. B se sent tellement mal qu’il fait les 100 pas. Sort. Revient. Repart. V me prépare pour la césa « au cas où », elle me rase, pose la sonde sans que je m’en apperçoive (une vraie magicienne).
R passe me voir. Son amie galère aussi. Je pleure un peu, les nerfs qui lâchent. Elle me carresse le bras et me dit « Ne lâche rien, accroche toi ».
V, la sage femme me réexamine. Mon fils est toujours tête en l’air. Elle me redonne de l’anesthésique. Vers 16h, elle enfile un gant et me dit  » on le retourne ? » Je dis oui. Elle commence mais j’ai mal. Alors elle me redonne une dose. Et la. Je plane. Je vois des ombres chinoises quand je ferme les yeux. Mais elle peut manipuler le bébé. Qui se retourne. Je le sens bouger. Du coup, V court appeler la gynéco pour lui dire que je peux pousser. Le temps que V revienne, le bébé s’est retourné à nouveau vers le ciel, mais on ne s’en rend pas compte à ce moment là. Il s’engage dans le bassin tranquillement. Je commence les poussées seule. V prépare la salle en speed.
B est derrière ma tête. Il me masse les cheveux. M’encourage à voix basse.
Avec 2 doses de péri, je ne sens pas du tout ce que je fais mais quand V se place entre mes jambes dix minutes plus tard, elle me dit qu’elle voit une belle touffe de cheveux châtains arriver et je pousse très bien. La gynéco arrive. Et constate de suite que le bébé est toujours tête en l’air. Trop tard pour m’arrêter. J ‘ai déjà bien travaillé. Je pousse encore, encore. Le temps me semble passer super vite. Entre deux séries de poussées, B me dit des mots d’amour dans les oreilles. Je n’oublierai jamais le regard qu’il pose sur moi à ce moment là. Je suis une foutue guerrière.
J et la sage femme nous laissent le plus d’intimité et de calme possible. Elles sourient, sont détendues et je sens bien qu’elles sont ravies de me voir réussir.
Une journée de travail et 30 minutes de poussées au total, une petite épisiotomie pour stopper une déchirure, j’entend J me dire  » il est là, attrapez le » et me voilà en train de tendre les bras de saisir mon fils. On se retrouve face à face et j’entend le papa s’exclamer de surprise et d’émotion.
Mon fils sur moi, B penché sur nous, tous les deux en larmes. Notre fils ne crie presque pas et nous regarde avec calme. Je n’ai rien vu des points, de la délivrance, de la toilette. J et V font tout pour nous laisser tranquille, elles travaillent vite et bien. On se retrouve tout les trois. Peau à peau de 2 heures sans personne pour nous embêter. Les soins se feront après dans la salle par V. Je suis là pour les mesures, le poids et B qui prend son petit dans les bras pour la première fois.
Conclusion 1 : Soyons flexibles et adaptons nous a l’accouchement tel qu’il est et pas tel que nous le voulons. Plus facile à dire qu’à faire, mais c’est inéluctable.
Conclusion 2 : Merci à J et surtout à V d’y avoir cru. Vous êtes merveilleuses ! Il est juste inconcevable que j’aille accoucher ailleurs pour son petit frère ou sa petite soeur. Être aussi bien entourés dans un moment pareil, c’est juste fantastique.
Conclusion 3 : C’est un moment incroyable où tout se mêle. Où l’on se dépasse, avec de bonnes surprises et de grosses douleurs qui s’imprime en nous comme un tatouage dans l’âme. Ne laissons personne le gâcher ou le voler. La fierté que je ressens me mets a l’abri de toute peine, atteinte, critique ou déprime. J’ai accouché, elles m’ont aidées à accoucher et pas l’inverse. Et je suis fière. J’ai donné la vie. Je souhaite à toutes les futures mamans de ressentir cette confiance en soi.
ANONYME.

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Une Réponse to “Anonyme – « J’ai accouché, elles m’ont aidées à accoucher et pas l’inverse »”

  1. Dophinel 14 novembre 2013 à 15 h 56 min #

    Magnifique témoignage vraiment, je comprends ta fierté ! Mon fils aussi a du se retourner, on a mis la journée pour qu’il le fasse, mais il l’a fait, et il est resté dans la bonne position pour sortir ! Ta sage-femme a aussi été formidable, de te faire confiance, de t’aider du mieux qu’elle a pu, de te soutenir au moment où tu en avais le plus besoin ! Vraiment Bravo à toi et bravo à elle pour son professionnalisme !

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