#306 S. accouchement de jumeaux prématurés, à Bruxelles – 2011

25 Nov

J’ai eu une grossesse difficile. Grossesse gémellaire monochoriale-biamniotique (un placenta – deux poches, jumeaux monozygotes). A 19 SA + 3 jours, on me diagnostique un syndrome transfuseur-transfusé (STT- dysfonctionnement du placenta, je passerai sous silence le fait qu’une semaine avant j’étais allée aux urgences car je savais qu’il y avait un problème mais je m’étais gentiment fait remballer). Mon monde s’effondre. Mon gynécologue est très humain et nous aide beaucoup. Il nous parle avec franchise et humanité. Les chances de perdre nos petits garçons sont grandes. Mais on tente le tout pour le tout : à 19SA + 5 jours, à l’aube, je subis un laser du placenta, opération très délicate dont on ne sait si elle va fonctionner. J’affronte cela seule, le papa n’étant pas autorisé à passer la nuit près de moi. Les jours passent, les bébés réagissent bien et j’évite la rupture de la poche des eaux. Les semaines se suivent et je subis maintes échographies (cardiaques, cérébrales, etc.) car le STT aurait pu laisser des séquelles chez les petits.  

12 janvier 2011, 31 SA+ 5 jours : échographie + contrôle du col. Tout va bien. On programme la césarienne au 24 février, à 38 SA (protocole après un laser…). Mon col est bien long et fermé. J’ai des contractions depuis un mois mais elles ne semblent pas avoir de conséquences.

Le soir, je me sens mal. Les contractions me gênent. Je vais dormir.

6h le lendemain, le 13 janvier. Je suis réveillée par une très grosse douleur aux reins. Je ne comprends pas ce que c’est. Mon ventre durcit. Je vais faire couler un bain. Mon mari débarque. Je lui dis que je contracte beaucoup et que j’ai mal au dos. Il chronomètre : contractions toutes les 3-5 min. « On va aux urgences »,  il me dit. Moi, naïve, « tout allait bien hier, laisse moi me laver d’abord ». Je me lave, sors du bain et m’habille. Passage aux toilettes et là, je vois que j’ai perdu le bouchon muqueux. Je comprends qu’il y a urgence. On prend la voiture. Il y a du verglas et des embouteillages. On met 2 heures pour arriver à la maternité (au lieu de 25 min). Un calvaire pour moi ! En route, j’appelle ma belle-mère qui est sage-femme. J’ai mal. Elle me rassure (bien que j’aie su après qu’elle avait compris que j’allais accoucher mais ne voulait pas me stresser. Elle, par contre était morte de stress, de peur que j’accouche en voiture).

J’arrive à la maternité. L’assistante (interne gynécologue) me reçoit froidement : « on vous a vue hier et tout allait bien ». Elle m’examine, mon col est ouvert à 2 cm. Elle me sangle au monitoring. J’ai mal, je pleure. Je me détache plusieurs fois pour aller vomir. La sage-femme râle de devoir remettre le monito. Mon gynécologue n’arrive pas : « il dit que les contractions sont fortes mais pas régulières. Il est occupé et viendra après, madame ». Pendant ce temps, je souffre. Mon mari est désespéré car il voit que ça ne va pas. Je ne suis pas de nature douillette mais là, je perds le contrôle. Mes séances d’haptonomie ne m’aident pas. Je ne peux percevoir les contractions comme une aide à faire sortir mes bébés car je ne veux pas qu’ils sortent. Je sais que ça ne va pas, je le sens, mais personne ne m’écoute. Je perds un peu de liquide amniotique et du sang. On appelle l’assistante : « Le gynécologue va vous examiner ». À 12h30 environ, après 3h30, mon gynécologue me fait venir en salle d’échographie. Il me voit arriver (en marchant ! ben oui, pourquoi aurais-je eu besoin d’une chaise roulante ???). Son visage se décompose. Après ces longs mois, il me connaît bien, sait que je ne suis pas douillette. Là, il perçoit ma douleur et me dit « Oh, vous semblez souffrir ». Echographie du col : il est effacé. Je suis ouverte à 5 cm environ.

Il panique ! On doit tenter d’arrêter le travail. Mais mes urines montrent une infection. On doit faire une ponction du liquide amniotique pour voir s’il est contaminé.

Là, je vis un moment surréaliste. On m’amène dans une pièce sombre. Je souffre comme pas possible, 2 gynécologues et 2 sages-femmes avec blouse et masque m’entourent. On m’enfonce une énorme aiguille dans l’utérus : « ne bougez pas madame ou l’aiguille va toucher la tête d’un bébé ». Je vois dans l’écran cette aiguille et la tête d’un de mes fils (H.) juste à-côté. Et moi qui contracte non stop, je dois souffrir sans bouger. Mon homme est blanc mais fort. Un roc !

On m’amène dans une chambre. Les sages-femmes s’y reprennent à 3 fois pour me mettre la perfusion. Il faut arrêter le travail ! Mais ma douleur n’est toujours par prise en compte. Tout d’un coup, le lit est trempé. La sage femme panique et appelle l’assistante. Celle-ci arrive et m’examine. Je suis à 8cm d’ouverture. Elle me regarde : « Désolée, on ne peut plus rien faire. On doit faire une césarienne ». Je pleure. Mon gynécologue arrive. « Mes bébés vont mourir ??? » « Non, vos enfants sont costauds. A ce stade ils sont viables».

Les salles de césarienne sont toutes occupées. Je dois descendre 11 étages plus bas, en salle d’opération. Mon mari ne peut donc pas venir. J’arrive. L’anesthésiste me pose la rachi-anesthésie. Le soulagement est quasi immédiat. Le gynécologue vient près de moi : «  Vos bébés sont forts. Vous devriez les appeler Nitro et Glycérine. Ils sont de la dynamite ! ». Je souris. Je me calme. J’ai confiance.

L’anesthésiste reste près de moi et me parle d’une voix douce pour m’expliquer ce qu’il se passe. Je sens  qu’on bouge dans mon ventre. Puis un cri. H. est sorti et pleure. Je pleure aussi car je réalise à quel point j’avais peur qu’il ne respire pas. Et mon soulagement est partagé. J’entends les pédiatres se réjouir. L’un d’eux amène H. près de moi. Je l’embrasse. « Madame, si vous le souhaitez, vous pourrez les allaiter ». Cette phrase du pédiatre fut un électrochoc. Et signa le début de mon combat pour que mes chéris n’aient que mon lait.

Pendant ce temps, J. est sorti. Mon deuxième amour crie aussi, un second cri de vie. Je l’embrasse.

Je suis arrivée à 9h et mes chéris sont nés à 13h54 et 14h. 1kg660 et 1kg770. Si petits mais si forts. J’apprends ensuite qu’ils devaient sortir, mon liquide était contaminé par l’infection.

Ils partent en néonat’, on me recoud, je vais 2h en salle de réveil. Je ne devais revoir mes loulous que le lendemain, mais les brancardiers, pédiatres et infirmières font tout pour que je puisse accéder à la néonatologie malgré mon état et mon immense lit que je ne peux quitter. Je peux donc faire du peau-à-peau. Ils sont petits mais j’ai confiance, ils seront battants.

Je demande un tire-lait. Malgré des infirmières peu coopérantes au début (malheureusement j’ai passé 2 jours au service de chirurgie gynécologique avant d’être transférée à la maternité, par manque de place), je m’accroche. Je tire mon lait toutes les 3 heures jours et nuits. Merci au personnel de la néonat qui m’a super soutenue. Ma montée de lait fut énorme. J’aurais pu nourrir 4 bébés.

Ils ne reçoivent que mon lait. Et 3 semaines après la naissance, ils tètent efficacement et sont de moins en moins gavés par sonde. Un mois après leur naissance, ils sortent (alors qu’ils devaient rester 2 mois à l’hôpital). Poids de sortie : 2kg320 et 2kg355. Mes chéris auront tété 32 mois, sevrés par l’arrivée dans mon bidou, de bébé 3.

J’ai un bon souvenir de la néonat (enfin vu le contexte car ça reste un traumatisme de vivre la prématurité). J’ai été soutenue, écoutée, encouragée dans mon allaitement.

Par contre, je reste traumatisée par mon accouchement. Je ne pense pas avoir vécu un accouchement réellement respecté. En tout cas, ma douleur et mon ressenti ne l’ont pas été durant le travail. La douleur non entendue, l’indifférence de l’assistante, la peur panique de perdre mes bébés… Je crois que d’écrire cela pour la première fois me libère un peu…

S.

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