Une naissance à domicile, septembre 2010

7 Jan

Septembre 2010

Je me réveille un papillon sur le coeur, semi sourire aux lèvres … Je pressens quelque chose … Je me lève et quelques instants plus tard, petit splash! tu t’annonces enfin! Je perds les eaux! Mon coeur se gonfle de joie, çà y est, c’est parti! Je fond de bonheur, mais je me dis, « ne te précipites pas, les contractons n’ont pas commencées, on va peut être attendre longtemps avant que la naissance arrive » J’entends Yoann qui est occupé au téléphone dans le salon, j’ai hâte de lui dire!

Je sors de la salle de bain et il suffit à mon homme de voir ma mine enjouée pour comprendre qu’il y a du nouveau. Nous nous serrons dans les bras l’un de l’autre, tout émus de l’évènement qui nous attend … Mais biiiip, on sonne à l’interphone, des amis arrivent pour boire un café, sauf que je ne me sens pas d’humeur sociable, alors hop je file au lit, et savoure toujours avec la grosse banane au visage ces derniers moments seule à seule. Dans ma tête défile cette belle grossesse que nous avons vécue à fond du début à la fin.

9 mois d’une grossesse merveilleuse, je me sens bien, épanouie, belle, et surtout heureuse, remplie de bonheur, et d’amour (au sens propre!)

Depuis quelques jours cependant, je deviens impatiente, je n’arrive pas à penser à autre chose qu’à l’accouchement et passe chaque minute à guetter les signes de ton arrivée. J’ai tellement hâte! De te connaitre, mais aussi de vivre cette naissance à laquelle je pense depuis des mois. Je me sens fin prête, mon homme aussi. Nous avons passé des heures à discuter de cette naissance, nous imaginant des scénarios possibles, confiants, et fiers des notre choix.

Ce projet de naissance à domicile, nous l’avons mené depuis bien longtemps, bien avant le début de la grossesse, influencés et encouragés par des proches qui ont déjà vécu la grande expérience d’une naissance naturelle, physiologique comme disent les bouquins. Pour moi, c’est une évidence, hors de question de me retrouvée allongée, branchée et les pieds dans les étriers. Je suis d’une nature indépendante, et je me sens capable d’affronter la douleur qui accompagnera la venue de mon bébé. Je pense à cette douleur comme à un rite initiatique, quelque chose qui m’aidera à m’ouvrir, à faire naître cette enfant.

Il y a quelques années, j’avais rencontré une sage-femme qui accompagne des naissances à domicile. A l’époque, je m’étais déjà dit « C’est elle, c’est elle qui sera là pour mes accouchements! » Et effectivement, dès le 2ème mois de grossesse, nous allons la rencontrer pendant une longue entrevue et elle nous confirme qu’elle est d’accord pour nous suivre. Dès ce premier rendez-vous, mon homme et moi ressentons cette ambiance ultra-zen dégagée par N.

Chaque mois, nous passons 1h30 tous les 3 à discuter de pleins de choses, de nos questionnements de futurs parents, et tout simplement de la vie! De beaux silences ponctuent régulièrement nos discussions, c’est toi, mon bébé qui t’immisce dans la conversation! Parfois, N. apprend à mon homme des massages de shia-tsu pour me soulager des petits maux de grossesse, quel bonheur!

Séance après séance, notre relation se construit, N. m’étonne de cette attitude ouverte et disponible, jamais elle ne nous imposera quoique ce soit. D’ailleurs dès le début du suivi, elle me dit que j’ai le droit de changer d’avis, que jusqu’à la dernière minute, je peux décider de partir à la clinique. Même si je n’en ai pas pas l’intention, cela me fait du bien de me sentir « autorisée ». Je ne veux pas que cet accouchement devienne un challenge, je souhaite seulement les meilleures conditions à la venue de ma fille.

Au final, nous parlerons assez peu du futur accouchement en lui même. Moi qui pensais qu’il me fallait « apprendre » à respirer, ou à me mettre dans certaines positions.. Et bien non! Avec N., je me sens encouragée à suivre mon instinct, à me faire confiance.

Pourtant une fois chez moi, chaque soir pendant le dernier trimestre de la grossesse, je lisais. J’en avais besoin, besoin de lire des témoignages d’abord. Et j’ai ensuite dévoré le livre d’Isabelle Barbant « Une naissance heureuse ». J’étais infiniment curieuse de savoir ce que j’allais vivre, ressentir, à tel point que je suis devenue quasi insomniaque, chaque nuit, je pensais avec envie à cette naissance..

Et nous voici au matin du 23 septembre, à 2 jours du terme prévu. Vers 10 heures, je me lève et vais rejoindre mon homme qui cherche à régler certains impératifs professionnels pour nous être disponible dans les jours qui vont venir. Et là, une fois debout, une première contraction arrive. Je la reconnais tout de suite, c’est exactement la même douleur que pendant mes règles. Je saute de joie, enfin une contraction douloureuse!! En effet, ces derniers jours, à chaque contraction je me demandais si l’accouchement démarrait, mais là c’est sûr, c’est différent! Je me sens rassurée car N. nous avait dit qu’après une perte des eaux, les contractions ne démarrent pas toujours naturellement.

Yoann part pour une petite heure, je me retrouve seule sans homme ni enfant pour la dernière fois! J’appelle N. en prenant mon petit déjeuner et lui explique où j’en suis. Elle me propose qu’on se rappelle tout au long de la journée, qu’elle pourra venir soit dans l’après-midi, soit en soirée après ses rendez-vous. Je lui dis : « Fais ta journée tranquillement, on se voit ce soir, je te rappelle! »

Je décide alors d’aller me promener dans le quartier. Je me souviendrai toute ma vie du chemin que j’ai parcouru ce matin-là. Les contractions se sont nettement rapprochées, mais de manière assez anarchiques. Parfois j’en avais 2 en 3 minutes, parfois aucune pendant 10 minutes. A chaque contraction, je me suis mise à expirer très doucement (pas besoin d’apprendre, çà vient tout seul!), et puis je prenais appui sur ce qui me tombait sous la main, un mur d’immeuble, une voiture! Entre 2 contractions, j’appelle quelques personnes de ma famille pour les prévenir. Ma mère est étonnée de m’entendre lui dire « ah en voilà une, elle fait mal, mais ouha, chouette, elle arrive ».

De retour à la maison, je décide d’aller m’allonger pour prendre des forces. Forte des enseignements du livre d’Isabelle Barbant, je veille à me positionner correctement pour ne pas bloquer le travail. Je me mets donc sur le coté, jambe du dessus très haute. Je m’assoupis entre 2 contractions qui sont toujours aussi irrégulières, irrégulières mais tout de même fréquentes.

Mon homme arrive à la maison, et comprend que c’est vraiment parti! Nous déjeunons tous les deux, sans nous rendre compte que quelques heures plus tard, notre fille sera là. Pendant tout l’après-midi, les contractions continuent à ce rythme irrégulier, ce qui nous fait croire que l’accouchement n’est pas pour tout-de-suite. Je ne sais pas pourquoi, mais tant que les contractions ne sont pas « régulièrement espacées », je me dis que je suis en « pré-travail » et que à sa venue prévue pour 19h, N. m’annoncera que je ne suis dilatée qu’à 2 cm. Je me préparais à l’idée d’un accouchement long. Mais avec du recul, je me dis aussi que si nous n’avons pas appelé N. plus tôt, c’est aussi que nous avions envie de vivre cette phase de la naissance à 2. C’est si beaux de vivre ces moments avec son amoureux …

Je me souviens qu’à un moment, me voyant tourner comme une lionne en cage, Yoann me propose de refaire un tour du quartier. Nous descendons l’immeuble, faisons 100 mètres, et je me plie en 2, morte de rire, je ne peux pas avancer car je continue de perdre les eaux, et que des flots coulent!! Nous sommes en plein fou rire, là, dans la rue, sans savoir que l’accouchement est déjà bien avancé.

Je continue donc de « prendre les contractions une par une », en me concentrant sur mon col pour l’ouvrir « en pensée ». Je marche dans l’appartement, je regarde de séries télé sur le ballon d’accouchement, tout cela en étant toujours persuadée que le travail n’avance pas. Après un dernier tour dehors, je décide de prendre un bain.

Une fois dans l’eau, je me concentre sur mon bébé, lui parle doucement, et là je me dis « allez tu vas pas y passer 3 jours, n’aies pas peur, accouche! » Je sors du bain et annonce à mon homme qui dessine tranquillou dans le salon, « C’est parti, je prends un goûter et après j’accouche! » Je dis cela en riant pourtant c’est bien ce qui va se passer!

Après ce fameux goûter, vers 17h, je vais m’installer dans la chambre du bébé, là où nous avons prévu d’accoucher. Mais je ne tiens plus en place, je vais aux toilettes, reviens dans le salon, m’appuyant et poussant les murs à chaque contraction, ça commence à faire vraiment mal, là!

De retour dans la chambre, je me mets sur le coté, mais la douleur devient insupportable. Yoann me masse vigoureusement le bas du dos, c’est là que se situe la douleur. Cela me fait un bien fou, j’ai d’ailleurs pris l’habitude de dire que Yoann et ses massages, c’était ma péridurale à moi! Les contractions s’accélèrent, la tempête commence!

Je me positionne à genoux, la tête sur une pile d’oreillers. Dans ma tête je me dis « Au secours, si çà, c’est le début de la dilatation, je vais péter un plomb! ». Sauf que peu de temps après, à un moment, je sens la tornade des contractions s’arrêter nette. Mon corps « s’arc-boute » en arrière, je me retrouve à quatre pattes, et je crie à Yoann « çà pooousse!!! » Il est 19H, et ce n’est qu’à ce moment-là que nous comprenons que nous sommes VRAIMENT en train d’accoucher et que nous sommes seuls, la sage-femme vivant à plus d’une demi-heure de chez nous. Yoann parvient à ne pas paniquer, et appelle N. qui lui explique calmement comment agir si le bébé arrive avant elle!

Yoann a alors le tact de ne pas me dire que la sage-femme était encore chez elle, et me fait croire qu’elle est sur la route … J’ai hâte qu’elle arrive car pour moi, il est hors de question d’accoucher tous les 2.

La douleur est partie, je suis maintenant dans l’énergie de la poussée, mais qui est complètement involontaire. Je ne pousse pas, c’est mon corps qui pousse, je bouge sans m’en rendre compte, mon corps agit sans ma tête! Quelle force! et quelle fatigue! Ces poussées m’exténuent, je pense d’ailleurs que je m’endormais entre 2.

Même si mon corps pousse très fort, ma tête le retient quand même un peu car j’ai besoin de ma sage-femme pour aller au bout de cette énergie. A un moment je dis quelque chose que Yoann ne comprend pas. Il me demande « Qu’est ce que tu veux? », et à ce moment on entend l’interphone sonner. Je réponds : « C’est çaaa que je veux!! » Yoann sort alors de la pièce pour ouvrir à N. et là je sens les poussées décupler d’intensité …

Il va encore se passer une deuxième heure de poussées régulières et très fortes! Ma fille avance centimètre par centimètre, doucement mais surement!! N. écoute son coeur et nous confirme que tout se passe bien pour elle. Elle me demande si je veux qu’elle m’ausculte, j’accepte bien sûr car j’ai encore besoin qu’elle m’assure que je suis complètement dilatée, alors que tout prouve que c’est bien le cas! effectivement elle me dit : « Oui, oui, elle est juste là, ta petite puce. »

Nous nous concentrons tous les 3, je sens les mains de N. qui me masse les jambes car j’ai des crampes, Yoann me passe régulièrement des linges mouillés sur le visage et la nuque car j’ai très chaud. Je ressemble à une lionne, à quatre pattes, les cheveux trempés, Yoann me dira après à quel point il m’a trouvé belle.

Mon bébé approche, au bout d’un moment, je sens qu’on atteint la phase finale. Mon sexe me brule énormément, j’ai très mal, je suis très impressionnée par cette sensation, un peu choquée de ce qui m’arrive. Mais il faut continuer! Alors je m’accroche, il faut en finir! Je sens sa tête arriver, je la touche de mes mains, sensation douce, chaude, humide et molle. Mais … nooooon! sa tête re-rentre, au secours!! Alors, là, non, je rassemble mes dernières forces, et je la pousse très fort, je la veux dehors maintenant!

Elle finit par glisser d’un coup, je m’écroule en avant sur le lit, j’avoue que là, j’ai quelques minutes de flou, de fatigue extrême qui m’ont fait décrocher des évènements!

Ah si, un des premiers souvenirs de sa vie, c’est cet instant inoubliable où N. après l’avoir réceptionnée la pose sur le lit, et deux mains se posent sur elle, la mienne et celle de Yoann. Nos mains touchent son ventre chaud, glissant, je vois Yoann incroyablement ému. Cet instant-là, c’est peut-être le moment le plus fort de ma vie. Je me souviens très précisément de la sensation de cette nouvelle peau, la main de mon homme partageant la même expérience tactile. Il pleure, ébahi.

Mon bébé pleure, je ne sais plus lequel de nous deux la prend dans ses bras. On a tous les deux le réflexe de se déshabiller, besoin d’être peau nue comme elle. Elle pleure encore, c’est qu’elle en fait du chemin pour en arriver là!

Quelques câlins plus tard, je m’allonge sur le coté et pose ma fille contre moi pour sa première tétée. La lionne est toujours là, c’est comme si j’avais déjà allaité des dizaines d’enfants, c’est naturel et facile pour moi, comme si ce n’étais pas un début, alors que c’est mon premier enfant. Pour elle, c’est moins évident, elle tourne autour du pot une dizaine de minutes, renifle tout autour du sein, lèche, cherche, et pour finir, s’y accroche et se met à téter parfaitement bien. Je dis : « Elle ne sera pas difficile à nourrir, celle-là!! », l’avenir prouvera que j’avais raison, elle est restée très gourmande!

Pendant cette première tétée, le placenta sort alors que je pousse sans savoir si je pousse assez, mais si, il est sorti, ouf, tout est fini et tout s’est bien passé! Pour cet accouchement à domicile, on avait tout préparé, prévu (matériel médical, médicament en cas d’hémorragie, bouteille d’oxygène, …) mais je savais d’instinct qu’on n’aurait pas besoin de tout ça. J’avais juste une appréhension pour le placenta, peur qu’il ne sorte pas, ou pas d’un coup, alors là, c’est le soulagement final, on a réussi, on a été au bout de ce projet de vie incroyable, un moment de partage entre mon homme et moi, entre mon corps et moi, une rencontre parfaite avec notre fille.

Je dis souvent que le gros avantage d’un accouchement à domicile, c’est après! Quel bonheur! On mange ce que l’on aime, on dort quand on en a besoin.

Notre enfant est née à 21h, et à minuit, on se couchait tous les 3 dans le lit où elle est née. Bon, on ne peut pas dire qu’on ait vraiment dormi!! mais on était ensemble, heureux, sur un nuage!

Lucie, Yoann, et Coline, Rennes, France, 2010

Une Réponse to “Une naissance à domicile, septembre 2010”

  1. Matilde 8 janvier 2014 à 10 h 14 min #

    quel beau récit ! C’est l’accouchement parfait à mes yeux, je n’en avais jamais lu de tel. Bravo et merci d’avoir partagé !

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