#330 – Lettre à ma sage-femme, Belgique

31 Jan

Chère I. (lettre à ma sage-femme),

 

Je pense que F et moi voulions te parler de notre accouchement. En effet, celui-ci ne s’est surement pas passé comme nous l’espérions et oui, au final, TOUT s’est bien passé mais dans notre tête et dans notre ressenti cela n’est pas aussi positif. Nous sommes surtout triste de cette journée.

Physiquement, je n’ai pas vraiment eu mal, je pourrais ré-accouché sans soucis. Mais psychologiquement, F. et moi aurions voulu vivre cela autrement.

Bon, nous allons te raconter le début car tu n’étais pas là et justement c’est cela qui nous a beaucoup attristé.

A 11h30, j’ai perdu les eaux et j’ai téléphoné à la maternité (comme tu m’avais dit de ne pas y aller avant d’avoir une contraction toutes les trois minutes et que là, je n’avais aucune contractions). Déjà là, j’aurais tant voulu t’entendre, savoir que tu serais à la maternité, que ce serait toi qui vérifierais tout et qui nous aiderait.

A 13h, nous sommes arrivés à la maternité au changement de service et donc la première infirmière qui m’a examinée a ensuite passé le relais à une autre. Je ne veux en rien critiquer leur façon de faire, elles ont toutes été à leur niveau d’une extrême gentillesse, mais nous avons beaucoup espéré que tu arrives. On leur a demandé de te joindre, elles nous ont dit ok mais nous on aussi dit que tu arriverais le soir. Nous pensons avec un certain recul qu’elles pensaient que nous n’accoucherions pas avant 21h… et que tu arriverais à ce moment là pour faire la nuit parce qu’elles nous ont dit qu’elles t’appelaient (mais sans plus). Nous avons vraiment insistés, à chaque fois qu’une infirmière entrait dans la chambre, je demandais après toi, nous étions vraiment perdus. F. n’arrivait pas à me masser, il me voyait souffrir mais ne pouvait pas me parler car je ne pouvais plus lui répondre. L’infirmière voulait que je sois assise sur le ballon mais j’avais trop mal au dos, ça poussait vers le bas mais elle me disait de ne pas pousser, le monitoring indiquait  que je n’avais pas de contractions alors que F. voyait bien que j’étais crispée. Nous étions à deux, perdus dans la chambre sans savoir si bébé allait bien. Plusieurs fois les infirmières m’ont dit de ne pas pousser pour épargner mes forces. Moi je devais sans arrêt aller sur la toilette et je coulais de partout sur le sol et F. essayait de tout frotter… Je ne pouvais pas lui parler et lui n’arrivait pas à me rassurer. J’avais mal et en même temps j’aurais tant voulu qu’il me prenne contre lui, qu’il me rassure, qu’il me masse mais il ne savait pas ou ni quand (car aux contractions, j’avais trop mal pour être massée)… à 16h30, 6 cm et je ne voulais pas accoucher avant que tu n’arrives. On a même demandé à P. pour te rappeler. Puis on me disait que tu étais en route… Puis on m’a demandé si je voulais un bain, j’ai dit oui et je voulais surtout accouché dans une position qui aurait évité que je sois recousue (soit dans l’eau soit à quatre pattes ou sur un tabouret). J’avais vraiment peur et F. ne pouvait pas m’aider. Après, j’ai été très très vite à 8cm et là, je ne pouvais plus marcher et j’étais toujours dans la chambre, l’infirmière a du amener un lit et a dit que j’aurais du aller en salle de travail plus tôt mais avant personne ne venait me voir ou bien me mettre en salle d’accouchement… et je ne comprenais pas pourquoi je ne pouvais pas aller dès le début dans la salle de travail quand je pouvais encore marcher. Là, j’ai du me laisser porter sur le lit. J’ai voulu aller dans l’eau et j’y étais vraiment bien mais je n’y suis restée que 3 minutes car l’eau que l’infirmière avait mise était trop froide. Je ne voulais plus bouger, j’y étais vraiment bien, j’aurais vraiment voulu accoucher dans l’eau, F. était derrière moi j’étais dans ses bras, vraiment bien ! Là, l’infirmière a dit à F. qu’elle voyait la tête du bébé et F. a cru que bébé serait là dans 5 ou 10 minutes (il n’était que 18h30 et j’ai encore poussé pendant 1h après). Le gynécologue nous a fait sortir de l’eau mais je ne pouvais presque plus bouger mes jambes, donc ils m’ont installés sur la table, alors que je ne voulais pas être sur le dos (mais je ne pouvais plus parler). Ils ne m’ont rien proposé d’autres et j’avais envie de pleurer et ça poussait. J’avais trop mal au dos pour pousser donc ils me tenaient les jambes et puis me disaient de prendre de l’oxygène pour le bébé, je ne voyais même plus F. Le gynécologue m’a dit que je ne poussais pas assez fort et que le bébé ne pourrait jamais sortir. Je voulais que tu sois là et je ne voulais pas que le bébé sorte et je sentais que dans cette position ça ne passerait jamais. Trop de sage femme (extrêment gentilles) entraient, sortaient, venaient se présenter, me demander si tout allait bien mais je voulais le calme, l’intimité, être seul en paix avec mon bébé. Puis tu es arrivée et toute la situation s’est débloquée, tu me connais, tu comprends mon caractère, mes peurs, je voulais que tu sois là, un peu pour me défendre (contre quoi je ne sais pas bien) et pour me protéger. Je sentais bien que F. n’en serait pas capable. Une fois, ton arrivée, j’étais tellement contente que je n’ai vraiment pas eu mal, j’ai poussé, comme tu me le demandais et juste ta voix, écouter ta voix suffisait et en plus, le bébé connaissait très bien ta voix donc il venait aussi pour te voir sans doute! La position dans laquelle tu m’as mise n’était pas parfaite mais elle était déjà bien meilleure qu’avant et tu n’aurais rien su faire de mieux puisque j’étais sur la table. Avec du recul, nous sommes vraiment triste que tu n’étais pas là et pour le suivant, nous espérons vraiment que tu seras là.

Pour la suite, tu es au courant, le bébé sur moi pendant qu’on me recousait, je n’ai vraiment pas pu profiter parce que je sentais que quelque chose n’allait pas. Je ne comprends pas non plus pourquoi je n’ai pas dû pousser pour faire sortir le placenta et que le gynécologue l’a tiré (sans que je pousse – y avait-il déjà un soucis) et après j’aurais tant voulu des explications, je ne pouvais pas me concentrer sur le bébé. On me recousait, on chipotait, j’aurais voulu être seule avec mon bébé. On m’a donné des trucs (des suppositoires) sans aucune explication puis on me les a retiré, sans aucune explication, j’ai juste entendu “mince elle est asthmatique” et je ne sais pas tout est allé si vite. Et puis, j’ai entendu : salle d’opération libre? Et je suis partie sans voir mon bébé ni F.  Pendant mon opération, F. s’est senti si seul, il était dans la salle d’accouchement avec tous les outils plein de sang et le placenta et tout le sol plein de sang, seul avec le bébé qu’il ne savait pas comment tenir, il se sentait abandonné et puis, il pensait que peut-être il ne me reverrait jamais. Encore, maintenant souvent il me dit que quand je suis partie, il a bien cru ne jamais me revoir.

Nous aurions tant voulu que ce moment soit magique et il l’a surement été mais quand on y repense nous n’arrivons pas vraiment à effacer le “négatif”. Nous savons qu’il y a pire et nous le voyions bien autour de nous : un collègue a un bébé prématuré de 6 semaines, une amie a un enfant trisomique, une autre amie a eu une césarienne, oui, il y a pire, mais notre moment à nous, notre accouchement, nous laisse un peu… un peu apeurés je pense…. Voilà, nous voulions te confier nos sentiments et notre vécu par rapport à cela… Peut-être trouveras-tu tout cela exagéré mais encore aujourd’hui, nous n’arrivons pas à en parler de façon objective.

Pour le post-natale, j’ai encore mal à ma cicatrice et F. ne peut toujours rien faire car c’est trop sensible et il appuie toujours là où il ne faut pas et ça tire et j’ai l’impression que ca ne se réparera jamais. Il ne sent pas qu’il me fait mal. Ca me brule, j’ai toujours l’impression que ca va se re-déchirer.

Merci encore pour ton aide,

Nous tenons beaucoup à toi,

V&F

Une Réponse to “#330 – Lettre à ma sage-femme, Belgique”

  1. Eli 31 janvier 2014 à 16 h 28 min #

    Je vais écrire à la 2e personne en espérant que cette maman lise mon commentaire. J’ai beaucoup de compassion pour toi qui t’es fait dicter comment accoucher, arracher le placenta sans consentement préalable, séparée de ton fils sans explication, etc. Ce que tu décris est horrible, mais ce qui me touche et m’attriste surtout, c’est le ton utilisé. Comme si tu t’excusais de faire des chichis pour rien. Tes sentiments sont TELLEMENT légitimes et AUCUNEMENT exagérés! Comme toutes les femmes, tu avais le droit d’espérer que ce moment soit magique. Tu écris « et il l’a surement été », mais visiblement ça n’a pas été le cas. Oui, on peut toujours trouver pire quand on se compare aux autres. Mais ça ne nous empêche pas de souffrir. Au début tu dis qu’e « au final, TOUT s’est bien passé ». J’imagine que tu entends par là que bébé et toi allez bien physiquement. Est-ce que ce qui compte LE PLUS est d’avoir un beau bébé en santé? Sans doute. Mais ce n’est tellement pas la seule chose qui compte! J’en déduis par ma lecture que vos sentiments de déception, d’incompréhension, de peur, de tristesse qui perdurent encore malgré un bébé en santé ne sont pas bien reçus par votre entourage. C’est bien triste. Le deuil est encore plus difficile à faire quand on ne se donne pas ou qu’on ne nous donne pas le droit d’être en deuil justement. J’espère que l’écriture de cette lettre t’a fait du bien et que vous trouverez le support dont vous avez besoin. D’ici là, plein de support virtuel du Québec!

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