Le récit d’un accouchement à domicile, décembre 2012

11 Fév

J’étais à 6 mois de grossesse lorsque j’ai décidé de te donner la vie à la maison. Il n’a pas été facile de convaincre ton papa qui avait plein de craintes. Moi aussi j’en avais avant. Mais a partir du moment où j’avais pris ma décision, elles s’étaient toutes envolées.

J’ai donc fait des recherches. Les avantages, les inconvénients et toutes les données recueillies faisaient pencher la balance en ma faveur. Mais ton papa n’était pas encore tout à fait rassuré. Jusqu’au jour où j’ai trouvé un mémoire d’étudiante sage femme, sur l’accouchement a domicile. Je l’ai lu (entièrement) à voix haute pour en faire profiter ton papa. A la fin nous étions autan convaincu l’un que l’autre : Tu naitras a la maison et ce sera le mieux pour nous deux.

Il fallait faire vite, la grossesse avançait et nous n’avions pas de sage femme qui pratiquait l’aad. Après m’être renseignée un peu partout, j’ai trouvé le numéro de C et E, un rendez vous a été prévu très vite avec chacune d’entre elles, puis il a été décidé que, le jour J, j’appelle en priorité E.

Ce jour, c’était le 16 Décembre, cela faisait déjà un moment que je rongeais mon frein, je n’ai jamais été aussi sûre de moi. Cet accouchement se passerait bien.

La veille, avec ton papa, nous sommes allé faire un tour pour visiter un peu la région et manger un américain au grand M (ton papa n’était pas trop d’accord pour ce dernier point, je l’ai convaincu en disant que c’était ce que tu voulais manger en « dernier repas »). 4h de voiture, des embouteillages, des nids de poules… En rentrant j’étais épuisée mais agitée et excitée. La perte du bouchon muqueux en était peut être la raison. Nous allons nous coucher vers 23h.

A 4h30 je suis faite réveillée par une sensation de gêne. Je me lève, vais boire un coup et retourne me coucher. Plus moyen de fermer l’œil, je tourne et vire dans le lit jusqu’à en réveiller ton papa.

 

-Qu’est ce qu’il t’arrive ?

-Je ne sais pas je me sens nerveuse

-C’est pour aujourd’hui ?

-Je ne sais pas…

– Réveille-moi si ça évolue.

 

Je me lève donc pour ne pas le gêner plus. Je m’installe sur mon ballon et allume le pc sur la page de calcul des contractions (histoire de voir si ces « gênes » correspondraient. Effectivement c’est relativement régulier (durée entre 30 et 40 secondes avec des repos entre 5 et 6 minutes).

7H, je vais tenir informé ton papa sur l’évolution, les contractions sont franches mais absolument pas douloureuses. Dans son demi sommeil il me demande si j’ai appelé E, je lui dis que non, « ben laisse la dormir encore ! » avant de replonger dans le sommeil.

La première excitation passée, je me suis retrouvée seule face à cet évènement, le doute s’est installé.

Je n’ai jamais remis en cause l’accouchement à domicile, mais plutôt ma capacité à gérer ça comme une chef. Et puis j’avais peur que tout s’accélère d’un coup et de devoir accoucher seule (la durée moyenne des accouchements dans ma famille est d’une heure, sans douleur et sans signes apparent avec la phase d’expulsion et E. se trouvait a 1h30 de chez moi). Je tourne en rond chez moi, je joue sur le pc pour oublier ma nervosité et mon stress…

10h30, papa se lève enfin ! Il va pouvoir me rassurer de sa présence. Il me fait couler un bain et me dit d’appeler E.

Elle me demande si c’est régulier, douloureux… Elle ne s’inquiète pas et veut refaire le point dans une heure.

Je me glisse dans l’eau, le ventre commence à tirer sans que ça fasse mal. Je me concentre sur nous, je n’ai plus peur, ton papa n’est pas loin.

12h E rappelle, les contractions sont devenues anarchique mais je les sens bien à présent. Elles ne font toujours pas mal. Elle m’informe qu’elle prend son repas tranquillement et qu’elle vient ensuite. A vu de nez elle prévoit l’accouchement pour le lendemain matin.

Je commence à faire le repas, je marche et je m’arrête en sentant la contraction arriver, je gère bien, pas plus mal que de légères courbatures.

A 15h E, arrive et m’examine « tu es a 1 le pré travail commence, ton loulou sera la dans la nuit ». Elle monte se reposer dans une chambre d’ami.

Vers 16h mon ventre commence a me « chatouiller » grandement, je souffle et commence à m’accrocher au cou de ton papa.

17h, nouvelle vérification « tu es a 3, le travail commence»

Vers 17h30, a la fin d’une contraction j’ai entendu un « crouck » qui m’a arraché un cri de surprise.

E m’a demandé si j’avais percé la poche des eaux

« Je sais pas… » en me levant « Oui ! Oui !… »

« C’est maintenant que tu vas commencer à t’amuser… » A ce moment j’ai trouvé que E avait beaucoup d’humour…

Nous sommes passés dans la chambre ou nous voulions que tu naisses. Ton papa et E ont installé les alèses sur le sol et sur le lit.

A partir de ce moment je n’ai plus de notion de temps. Les contractions sont devenues très douloureuses.

Moi je cherchais une position qui soulage ma douleur. E m’a demandé de m’allonger sur le dos pendant 3 contraction pour écouter ton cœur, voir si tu ne souffrais pas. Ce fut la position la plus douloureuse, j’en pleurais presque, mais toi tu allais bien. Je me suis remise debout, ton papa s’en assis sur le lit. La contraction suivante m’a fait tomber a genoux, j’ai étendu mon buste sur les cuisses de ton papa enserrant sa taille, mes genoux sur le sol. J’étais « bien » ; mon corps poussait tout seul, je l’ai dit a E, qui a vérifié la dilatation du col.

« Ne pousse pas trop, il reste un bourrelet de col »

« Je ne peux pas m’en empêcher !! »

« Alors ne pousse pas plus que ce que ton corps te demande »

T’inquietes pas E, je n’ai absolument pas l’envie de pousser plus… Mes muscles me malmènent déjà assez !

La douleur était inimaginable et lorsque j’ai sentie la « brulure » je me suis sentie soulagée. On nous dit aux cours de prépa, que lorsque la brulure se fait sentir, c’est que la tête sort. J’ai donc posé ma main sur mon périnée pour sentir le bombé de ta tête mais là… Il était tout plat et souple.

Je me suis sentie désespérée, je me sentais mourir.

Entre deux contractions je me suis entendu demander à E si ce n’était pas trop tard pour la piqûre… Elle a rit.

Je te sentais te démener pour sortir toi aussi.

A la fin de la contraction d’après je l’ai entendu me dire qu’elle voyait tes cheveux, que ça n’allait plus durer très longtemps.

Contraction, ta tête est sortie.

« Ce serait bien que tu te retourne pour l’attraper »

J’avais les jambes en compotes, mes genoux me faisaient mal et je n’avais pas la force de bouger, je lui ai dit. « C’est pas grave, tu te débrouille très bien »

La contraction suivante est arrivée très vite. Je la sentais partir mais tu n’étais pas encore sorti, alors j’ai rassemblé mes dernières force pour pousser de plus belle avant la fin de la contraction. Je ne t’ai pas senti sortir, j’ai eu un moment de flottement, je n’avais plus mal je ne savais plus où j’étais ni ce que je faisais. J’avais juste très chaud. J’entendais vaguement la voix de E et de ton papa, qui était resté silencieux tout le long de l’accouchement. Puis un petit son m’a ramené à la réalité.

Je me suis redressée et ai regardé au sol. Tu étais là, sur une alèse a même le sol, tu pleurais et E t’essuyait grossièrement. Je me suis littéralement jetée sur toi afin de te serrer contre mon cœur. Tu t’es tut, tu m’as regardée, plus rien n’existait.

Ce soir là je pense que la jeune fille est morte et que la maman est née. Il était 20h55

Ton papa n’a pas trop osé te prendre dans ses bras (de toute façon moi je ne voulais pas te lâcher).

J’ai demandé à E quand le placenta sortirait, elle m’a dit d’attendre, qu’il y aurait une contraction et qu’il sortirait tout seul. Nous avons attendu, rien ne venait je lui ai proposé de pousser comme ça, dans le vide, il est sortit de suite. Ton papa est sortit pour prévenir le monde qu’une merveille venait de naître.

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