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#289 Camille, le récit de trois césariennes

24 Sep

Je suis tombée par hasard sur votre défi de réunir 1000 témoignages en 1 an, sur la facon dont se passent les naissances en France et ailleurs.
Pour ma part, je garde un goût amer de tout ca…
Décembre 2006 j’apprends que je suis (enfin) enceinte, apres 18 mois de tentatives et plusieurs fausses couches spontanées. Ma grossesse se passe merveilleusement bien; je vis à Toulouse (31) j’arrive à m’entourer d’une sage femme incroyable qui me prépare à un accouchement le plus naturel possible. Dans ma tête, je m’imagine déja gérer le travail avec l’aide de mon époux, attraper mon fils a la sortie de mon ventre et le poser tout contre moi pour la tétée de bienvenue!
Oui mais voilà, à 8 mois de grossesse, le gynéco de la maternité de la clinique de N******* (11) m’envoit en urgence passer un scanner du bassin. Il ne m’explique pas pourquoi, et je pars la bouche en coeur passer cet examen. Le radiologue fait son travail en me disant que « de toute facon, je ne suis pas un gabarit de 1ière compétition »… Je ne comprends pas sa remarque mais ne demande pas plus d’explication. Je retourne voir mon gynéco avec les clichés de mon bassin; il me prend entre 2 rdv, dans une salle d’archive minuscule où on ne peut ni s’asseoir ni bouger. Et là, de but en blanc, il me dit « ouai bah on est à la limite de la césarienne! Allez on va aller planifier ca avec ma secrétaire » Je n’ai pas eu le temps de protester, de réagir, de demander quoique ce soit que déjà la date de naissance de mon fils était programmée « et bien je vous dit à mardi 14, à 7h au bloc! Allez voir la sage femme du bloc, elle vous expliquera plus en détails. Je vous laisse, une autre patiente m’attend »
J’ai passé les 10 jours suivant dans un état de demi conscience, ne sachant pas vers qui me tourner… J’avais 22 ans à peine, j’avais imaginé tous les scénarios catastrophe (prématurité, forceps, épisio) tous sauf la césarienne… Je ne trouve de réconfort auprés de personne: mon mari est soulagé que tout soit programmé; au moins y’aura pas d’imprévu. Mes tantes, belle mere, belles soeurs, etc s’extasient sur LA CHANCE que j’ai de ne pas connaitre les contractions. Bref, dès que j’essaye de parler de mon mal être, on me rabache que je n’ai pas a me plaindre, que je ne vais pas avoir à me poser de questions, je ne vais pas souffrir, mon bébé aura une belle tête ronde, et j’en passe des pires!
Je rentre donc la veille de la naissance de mon fils à la maternité. Les examens s’enchainent: prises de sang, frottis; une sage femme vient me raser le pubis; une seconde viendra 20 min plus tard vérifier que c’est bien fait (j’adore quand je suis respectée ainsi… « Baissez votre culotte madame! ») écho, monito, douche à la bétadine…. Nuit blanche, on me donne des cachets pour tenter de m’anesthésier le cerveau.
6h le lendemain matin. On vient me réveiller (enfin, me dire de me préparer) Je suis un zombie qui fait des gestes machinalement. On me presse, on me dit d’un ton peu sympathique « de me dépêcher!!!! » Les brancardiers m’emmènent. Le gynéco m’avait assuré que mon mari pourrait être présent, et là, juste devant les portes du bloc, on nous dit que non ça ne sera pas possible! Arrivée au bloc on m’installe. L’anesthésiste tarde à arriver donc pour gagner du temps on me pose la sonde urinaire à vif. Puis l’opération commence. Je suis mal, je pleure comme une enfant; le gynéco dit alors « faites entrer son mari! » Le soulagement quand je le vois arriver; il est aussi stressé que moi et ne cesse de me dire des trucs que je ne comprends pas. Soudain on entend un bébé pleurer; et on me montre une petite frimousse emmaillotée en me disant que c’est mon fils! Je ne réalise pas du tout…. Déja il part pour les soins (je ne le reverrais que 3h30 plus tard; pratique pour débuter un allaitement) La sage femme dit en rigolant « bon, on vous pose une fermeture éclair pour les prochains?! Ah ah ah »…. Les praticiens s’extasient sur le fait que je suis mince « c’est top de travailler dans ces conditions: ya pas un pet de graisse, on passe comme dans du beurre » …. J’ai envie de dormir pour ne plus entendre toutes ces méchancetés; je me sens vidée. Une fois l’opération terminée, le gynéco me félicite; je demande bêtement « pourquoi? » Je n’ai pas le sentiment d’etre bonne à féliciter.
En salle de réveil j’attends…. On me fait comprendre que je ne remonterai en chambre que lorsque je bougerai mes jambes. Je m’évertue a essayer; en vain. Une maman arrive 1h plus tard; et repartira avant moi… Y a vraiment des injustices partout, même en matière d’anesthésie! Un anesthésiste vient me voir, s’accoude à mon lit et me lance « alors, qu’est ce que vous avez eu? » Et moi de répondre « une césarienne ». Le médecin lève les yeux au ciel et réplique « Non mais ça je sais! C’est une fille ou un garcon? »… Les heures passent… Enfin je vais pouvoir remonter mais avant on me fait une toilette intime; les anesthésistes ne mettent ni rideau ni paravent: je suis nue et pas franchement à mon avantage dans une salle remplie d’autres patients. Quand j’en fais la remarque, on me rétorque que « de toutes façons, ils sont tous dans le gaz! » Tous peut-être, mais certainement pas l’autre maman qui est à côté de moi et qui détourne le visage, aussi génée que moi.
Je passe rapidement sur les « conseils » que je recevrais durant mon séjour en matiere d’allaitement: « De toute facon vous n’y arriverez pas, vous n’êtes pas motivée! » (J’ai allaité mon fils 16 mois; pour quelqu’un de pas motivée, je pense avoir fait fort!) Je ne m’attarderais pas non plus sur le biberon de lait qui fut donné a mon fils en pouponnière…. Et je ferais l’impasse sur le lit plus qu’inconfortable pour une maman césarisée (lit non relevable, sans potence pour s’aider à se lever, etc)
Suite à cette césarienne programmée par un gynéco frileux qui avait décrété que mon bassin était trop étroit, j’ai eu 2 autres césariennes (dont 1 non programmée et faite en urgence, car mon nouveau gynéco m’avait proposé de tenter une voie basse aprés deux césariennes) J’ai testé 3 établissements différents, et donc 3 gynécos. J’ai eu mon lot de remarques blessantes et déplacées. Par exemple, pour ma deuxieme césarienne (a dijon 21), le brancardier m’avait conduite au bloc puis laissée seule; lorsque l’infirmière est arrivée, elle m’a littéralement engueulée car je n’avais rien à faire là!!! Un comble tout de même! Elle a ensuite ralé car, ne connaissant pas le sexe de mon enfant (nous souhaitions garder la surprise afin d’avoir un petit moment de plaisir au bloc…) elle ne pouvait pas remplir ses dossiers!
Pour ma derniere césarienne (hopital de N******* 11), j’ai dû me frotter à beaucoup de critiques quand à mon souhait d’accoucher normalement apres deux césariennes. Les différents praticiens du service ne comprenaient pas mon envie, ne comprenaient pas que mon gynéco m’ait proposé ca (car oui, c’était sa proposition et non une demande de ma part!) Du coup j’ai été menacée de passer au bloc suivant quel gynéco serait de garde au moment où j’arriverais; on me faisait peur en me parlant de tous les risques que je prenais et faisais courir à mon enfant, on me jugeait, etc. Heureusement il y avait des sages femmes adorables, qui me comprenaient et me soutenaient. Le destin a voulu que le travail se mette en route à 2 jours du terme; j’ai rarement été aussi heureuse de ma vie! Mon gynéco est venu dans ma chambre pour m’ausculter, me décoller la poche des eaux et me dire de prendre une douche; et qu’il repasserait dans 2h pour voir comment ca évoluait. Ca a été la derniere fois que je l’ai vu… 1h apres une sage femme venait me chercher pour me conduire en salle de travail; et le temps que je prenne les affaires nécessaires à l’accouchement, elle revenait pour m’annoncer que la gynéco de garde refusait la voie basse et m’attendait au bloc pour…. la césarienne… J’ai essayé de protester, mais on ne fait pas le poids face à des médecins (meme enceinte de 9 mois…) J’ai à peine eu le temps de prévenir mon mari qui n’a pas eu le droit d’assister à l’opération. Au bloc il y avait beaucoup de monde; il y avait l’interne qui m’avait fait une écho le matin meme; il avait vu que ma fille avait le cordon en double circulaire et en avait informé la chef de service; est ce pour ca que j’ai eu une césarienne en urgence? Ou bien est-ce parce que mon utérus montrait des signes de faiblesse? Ou bien était-ce juste pour se protéger?…. Je n’ai jamais su! L’anesthésie était mal faite, j’ai souffert comme jamais et j’ai fini par faire un malaise tellement la douleur était insupportable; les médecins m’ont alors mise sous gaz hilarant pour m’aider à tenir le coup. Mon gynéco n’est jamais venu me revoir (je lui ai adressé une lettre longue de 4 pages, mais il n’a pas répondu) et je n’ai jamais vu la gynéco qui m’a opérée. J’ai appris par la suite grace a ma sage femme qu’il y avait eu des discussions plus que houleuses dans le service, et que depuis les accouchements voie basse apres 2 césariennes sont interdits.
Voilà je sais que c’est un récit tres long. Je sais aussi que je suis triste vis à vis des naissances de mes enfants mais que je dois m’estimer heureuse de les avoir tous les 3 en parfaite santé (et moi avec) Je garde le goût amer de ne jamais avoir accouchée; je ne connaîtrais jamais ce que toutes les femmes de mon entourage ont connu. Je ne me sentirais jamais une femme à part entiere. Je suis différente des autres, de celles qui savent accoucher. Je me sens inférieure. Je déteste toutes ces discussions entre voisines/copines, à la sortie de l’école, où chacune y va de son récit. Comme je me tais dans ces moments-là, quand parfois on me demande « et toi? » , je n’ai rien à dire, rien à répondre. Aujourd’hui je vis avec un regret sans fin « pourquoi suis-je aller voir ce gynéco pour mon fils ainé? Pourquoi ne suis-je pas partie en courant à l’annonce de la césarienne? Pourquoi n’ai-je pas exigé qu’on me laisse tenter un accouchement normal? »
J’aimerais, pour les autres femmes qui risquent de se retrouver dans ma situation (car je sais que je ne suis pas la seule), j’aimerais que les médecins arrêtent de vouloir tout contrôler, tout planifier! Ok, grace a eux le taux de mortalité des mères et des enfants à plus que baissé. Mais arrêtez de bousiller l’essence même de la femme: mettre un enfant au monde! Aidez-nous, protégez-nous, mais faites nous confiance!!!
Merci de m’avoir lue. J’espere que tous les témoignages feront bouger les choses dans le bon sens!

Ajout au 25 septembre 2013:

Pour mes fils (les 2 premieres césa programmées) mon mari a été présent; mais mes bébés ont été emmenés immédiatement, sans que je ne puisse les embrasser ou les toucher. Mon premier fils ne me sera rendu qu’en chambre, plus de 3h après et on le me mettra en peau à peau pour l’allaitement. Mon second fils sera placé sous oxygène pour une détresse respiratoire; mais la salle de réveil étant propre aux mamans césarisées, la couveuse sera amenée près de moi. En revanche on a refusé que je fasse du peau à peau et que je l’allaite… Je le mettrais au sein seule dans ma chambre, 4h après sa naissance, sans aucune aide et contre l’avis médical (la raison de ce refus était que mon bébé n’avait pas faim et ne tèterait donc pas) Idem une nuit, alors que mon fils était mis d’office en pouponnière, les soignantes avaient refusé de m’amener mon fils, disant qu’il ne tèterait pas car il avait des glaires (je passerais une nuit blanche a m’inquiéter et à me morfondre au fond de mon lit, tendant l’oreille à chaque fois que j’entendais pleurer un bébé, mais j’étais incapable de reconnaitre si c’était mon fils). Pour ma fille, j’ai fait le choix d’une maternité où le papa n’était pas présent au bloc mais où à la place j’aurais le droit d’avoir mon bébé contre moi dès la naissance! Dilemme difficile: je privais mon mari de la naissance de son enfant, pour que je puisse moi avoir enfin le bonheur de tenir mon enfant tout juste né! Mon mari a heureusement respecté mon choix. Malheureusement, étant mal anesthésiée, j’ai fais un malaise pendant que j’avais ma fille dans les bras; on me l’a donc enlevée au bout de quelques minutes à peine, et je ne la retrouverais que 3h plus tard, dans ma chambre. Là, avec mon expérience, j’ai exigé à ce que la sage-femme me donne ma fille en peau à peau (elle l’avait déjà habillée). J’ai ensuite refusée la mise en pouponnière (qui m’avait été imposée pour mes fils) et j’ai dormi toute la semaine avec ma fille dans mes bras. J’ai vidé dans le lavabo un bib de lait que la puéricultrice avait donné à mon mari un matin, car ma fille avait perdu trop de poids. Je me suis faite gronder; mais j’ai rétorqué que ma fille avait à peine 3 jours, que la montée de lait n’était pas faite. La puéricultrice m’a accordée 24h après quoi elle supplémenterait ma fille…. Le lendemain, ma fille avait repris 5g!!!! Enfin une victoire! 
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Récit d’un accouchement sans douleur…

16 Sep

(de la page : http://simplementmoi.net/2012/08/25/temoignagedemamanrecitdunaccouchementsansdouleur/ . Témoignage envoyé par la maman concernée)

Oui, je sais, je vais encore en énerver quelques unes, celles pour qui cela s’est mal passé. Mais voilà, après un premier accouchement qui s’était déjà très bien passé, celui de Gabriel s’est encore mieux déroulé. Et pourtant, j’étais plus anxieuse. Récit et retour sur images toutes fraîches… Les jours avant : A la fois pressée « d’en finir », car mon ventre commence à peser et à pencher dangereusement vers l’avant, et en même temps prenant tout mon temps, chaque jour, pour caresser à travers la peau celui que j’allais bientôt rencontrer, je nageais entre deux vagues.

Mardi : rendez-vous monitoring, la sage-femme se tâte déjà de déclencher ou non, « à cause de mon diabète ». Prise de rendez-vous pour le vendredi.

Mercredi : Je marche en sandale sur le petit sentier de terre derrière chez moi. Oui, certains me connaissent, quand on me dit repos, je l’interprète à ma manière. Je tombe. Mauvaise chute sans conséquence, sinon une vive douleur dans le bas du ventre et le col. Je n’en parle pas, je ne veux inquiéter personne. Seuls deux trois proches sont au courant, pour le cas où.

Jeudi : Toujours mal au bas ventre, mais je « supporte » en attendant le lendemain, 8h30. Raphaël était arrivé par surprise, on ne l’attendait pas un mois avant, donc je ne m’étais posé aucune question. Là, je pense à l’accouchement. Comment cela va-t-il se passer ? Le déclenchement au propès est-il sans risque, sans douleur ? Et si j’avais une césarienne ? Une foule de questions, je n’arrive pas à dormir, à peine une ou deux heures. Tant pis, je me reposerai à l’hôpital…

Vendredi 24 Août 2012, JOUR J :

8h30 : arrivée, prise en charge. Température, tension, tout est nickel. Longue attente avant qu’on revienne s’occuper de moi. Pendant ce temps, je somnole, j’écoute d’une oreille distraite le va et vient du personnel derrière la porte fermée. De loin en loin, quelqu’un passe la tête en me demandant si on s’occupe de moi.

11h : La sage femme revient. Le service est complètement overbooké. De nombreuses naissances, toutes des pathos, je l’apprendrai bien plus tard. Mais plus aucun lit de dispo nulle part, j’attends donc en salle de préparation. On me met le propès, il n’y a plus qu’à attendre, le col est un peu plus souple mais toujours ouvert seulement à deux doigts. Surveillance monitoring, le rythme du bébé est toujours aussi parfait, 140 régulier.

14h : Un lit s’est libéré dans une chambre double, on m’y amène, on m’apporte un plateau repas, et on vient m’examiner, me remettre sous monitoring. Ma voisine de chambre parle beaucoup, se plaint beaucoup. Première grossesse pour elle, qu’elle a très mal vécu selon ses dires, elle a perdu les eaux et se plaint qu’elle attend depuis ce matin sans contraction ni rien, et me demande comment ça se fait qu’une sage-femme n’est pas à ses côtés de façon plus régulière. J’ai fini par répondre qu’elles devaient certainement faire leur travail à côté et s’occuper des femmes qui femmes qui contractaient ou accoucher.

Bref, 2h dans la même chambre que cette jeune femme qui n’a pas dit un seul mot positif mais au contraire n’a fait que se plaindre ! J’en souris encore en y repensant. Moi, je suis passée, en 2h, justement, de zéro contractions (enfin, une de temps à autre) à une contraction toute les 4 minutes. La sage-femme qui m’a transférée de ma chambre à la salle de travail m’a dit qu’elle avait rarement vu ça, même avec un propès. J’ai répondu que même mon fils voulait quitter cette chambre négative ! Au moins, on a ri toutes les deux…

16h et plus : Salle de travail. J’ai une immense sensation de froid, les premières grosses contractions me lancent. A côté, une femme hurle, qui accouche sans péridurale. Mon mari me masse les jambes pour atténuer le froid, me plaque ses mains dans les reins pour insuffler sa chaleur. C’est un moment de réconfort merveilleux.  Les anesthésistes me posent la péridurale, l’un d’eux parle beaucoup d’une voix très calme et apaisante, m’explique lentement tout ce qu’il y a à savoir. La pose se passe bien, il revient plusieurs fois pour surveiller la tension, me parler, savoir ce que je ressens. La sage-femme et l’aide puéricultrice passent régulièrement aussi, contrôler les contractions. je ne sens plus rien. François, à mes côtés, me donne les résultats du monitoring. Le coeur du bébé, mes contractions…

19h : je sens qu’il veut venir. Mon col est « comme une autoroute », me dit la sage femme. Il n’y a qu’à attendre que la péri fasse moins effet et que je puisse pousser plus longtemps pour qu’il arrive tout seul. Dès qu’elle peut, la sage-femme vient me voir pour prendre des nouvelles.

20h : Changement de service, la relève est là. Notre nouvelle sage-femme, Emmelyne, nous avait accueilli il y a deux ans pour Raphaël. Avec François, nous nous souvenions d’elle et de sa collègue, Cindy. Deux rayons de soleil toujours souriantes. Elle finit de préparer la salle et me dit : « Bon, ben vous poussez une ou deux fois et il sera là »…

20h15 : je pousse. Une fois, deux fois. Je reprends mon souffle, j’attends la prochaine contraction.

20h23 : Je pousse, une fois, deux fois.

Bonjour Gabriel ! 3Kg4 pour 52cm Gabriel--H---30-minutes Aucune douleur. J’ai bien senti le corps passer, mais pas eu mal. La sage-femme n’a fait que le recueillir, aucune aide, pas d’épisio. Un accouchement parfait, idéal. Comme pour la première fois, François coupe le cordon.

Puis, deux heures pleines de corps à corps, de peau à peau. Lui, sur moi, recouvert de couvertures pour ne pas qu’il prenne froid déjà. Et à peine une demi-heure après, le voilà en train de téter goulûment !

Il nous regarde déjà, curieux, observateur. Il se pose, se remet doucement, lutte contre le sommeil…

22h30 : pesée, taille, prise de sang. Tout va bien. On nous amène dans notre chambre, on me sert un petit déj’ très copieux, et nous voilà prêts pour passer ensemble notre première nuit !

Naissance d’Evaelle aux Lilas il y a 10ans‏

16 Sep

Il y a 10 ans jour pour jour, à 5h30 du matin je ressentais les 1eres contractions régulières ET douloureuses toutes les 10 min environ, bien différentes de celles que j’avais eu ces 10 derniers jours, là elles faisaient MAL, je savais que c’etait LE jour J, ça y est!!
Je fais plusieurs passage aux toilettes, la nature est bien faite, je n’aurai besoin d’aucun produit chimique pour un quelconque « lavage »…

A 7h je réveille ma compagne, enfin j’essaye! C’est un Samedi, elle ne comprend pas, alors je me met debout face à elle, je la secoue , je lui montre mon ventre et je lui dis « ça y est !!! ça commence !!! »
L’émotion nous gagne, nous sommes heureuses, nous allons enfin rencontrer notre petite fille !

Ma grossesse s’est très bien passé, j’ai 25 ans, j’ai pris 20 kg ok, mais je suis zen, j’ai confiance en moi, en mon bébé, en ma compagne que j’aime tendrement, en cette formidable Maternité où je suis moi même née, où tout n’est que douceur et respect.

Je déjeune légèrement, je prends une douche , comme une préparation à tout ce travail extraordinaire qui va suivre…

A 9h nous prenons la route vers la maternité, 30 km environ, les contractions sont douloureuses, je respire lentement, je ne peux pas parler lors d’une contrax, ni serrer une main, je me relâche totalement, puis ça passe…

Il fait déja chaud, la canicule 2003 a marqué les esprits…A moi aussi !!

Je n’apprécie pas le trajet en voiture, mais pas le choix….je respire profondément.

9H30 nous arrivons, ouf pas de bouchons !

Je suis pris en charge « de suite » à l’accueil, nous montons au 3ème étage.

Malheureusement ce jour là, les 3 salles de travail sont occupées, et nous sommes 2 Mamans en début de travail qui attendons qu’une salle se libère… pas de chance ! lol

Je déambule dans le couloir, je m’appuie aux murs, me mets accroupie, respire, respire lentement…
Je bois un Oasis pour me donner des forces.

Les sages femmes s’excusent 10000 fois, que d’habitude ça ne se passe pas comme ça, mais que là elles sont coincées, débordées, s’excusent encore et encore…. ça me fait plutot rire, ce n’est pas de leur faute !

Je commence à avoir sérieusement mal, mais je ne veux pas sortir, je souffre déjà,  je préfère rester dans la maternité, j’attends….. je marche, je souffle longuement…
Enfin vers midi on m’emmène en salle d’examen, je suis dilatée à 3, le travail commence bien, Je suis sous monitoring pendant quelques temps : bébé va bien, c’est parti !!!
Une salle de travail se libère, la sage femme se présente, on parle, je souhaite la péridurale, je ne veux pas accueillir mon bébé dans la souffrance et l’épuisement, je veux etre soulagée et apaisée par la péri. OK

La sage-femme me dit qu elle prévient l’anesthésiste, mais que là aussi, il est débordé, il va falloir patienter….

Je tourne dans ma chambre, ma compagne est près de moi, il fait chaud, la sage-femme essaye de faire marcher la clim capricieuse, ça nous occupe et nous fait rire !

Elle s’excuse encore et encore de ne pouvoir me proposer ni ballon ni bain ni présence….. elle court, elle transpire à grosses gouttes, quel boulot me dis-je!

Je supporte la douleur en silence, en me centrant sur moi même, tout à l’intérieur de moi, comme si je rentrais dans ma coquille, puis hop après la contrax je ressors !

C’est douloureux, de + en +, ça m’agace qu’il n’arrive pas cet anesthésiste…

Puis à 15h ENFIN arrive mon libérateur !!!

La péri est posée sans aucun souci ni douleur, front à front avec l’aide-soignante, impecc.
Enfin la vague de douleur s’arrête petit à petit, je respire, quel bien ça fait !

GLOIRE à l’inventeur de la péridurale !!

Mais les effets sont court…. A peine 30 min après la pose, je ressens de nouveau les douleurs uniquement sur un côté des reins…. On me change de position, on me masse… Rien n’y fait…je rage, je voulais être soulagée encore! C’était trop bon!!

On me réinjecte…ça va mieux !…Puis ça revient ! Mon corps est coriace !

Puis à 17H15 environ, mon corps lâche, je tremble, je pleure, je ne veux plus souffrir, je ne veux pas accueillir mon bébé ainsi !!!!

La sage femme hésite, me dit que bébé sera là dans une heure maximum…

Mais justement JE VEUX ETRE SOULAGÉE quand il arrivera !! Je ne veux pas le sentir passer si c’est pour que ce soit dans la douleur et l’épuisement !

La SF respecte à 100% mon choix.

Alors on me réinjecte une bonne dose, et là enfin, soulagement TOTAL !! Ah Bonheur !!

Je ne sens plus mes jambes, mais je m’en fiche, je suis ZEN, je respire, je profite de la vue de ma chambre, de la présence de ma compagne, on prépare les petits habits qui seront mis à bébé plus tard, SA 1ere tenue ! Que d’émotion !!

Vers 18H, je suis sur le côté, je ressens une pression au niveau du périnée, la SF arrive, m’éxamine et en effet, bébé est là !

On s’installe, elle dit « on voit les cheveux !! Elle a plein de cheveux dites donc ! », ma compagne regarde, toute émue….Mais JE veux voir moi aussi !!!

Alors la SF me propose le miroir, extraordinaire !!!! Je vois le haut du crâne de mon bébé chevelu pointer !

Je demande que le miroir soit laissé ainsi pour que je puisse voir mon bébé progresser, ok pas de souci, ça vous aidera vous avez raison me dit la SF !

Une poussée, le périnée se tend…. 2ème poussée…. La SF me propose une petit épisio car bébé est costaud et mon périnée menace de se déchirer, JE REFUSE !

PAS d’épisio non merci rangez votre cisaille merci bien !

OK. La SF respecte mon choix sans souci et met de l’huile pour aider bébé à glisser…

3ème poussée tout en douceur pour préserver au max mon périnée…je vois mon bébé sortir doucement…. son front, ses grosses joues..INCROYABLE !!

Les épaules sortent et la SF me dit « vous voulez venir la chercher ? » ..oh ouiii !

Je l’attrape sous les épaules et la tire de dedans mon corps, c’est fou, quelle force, tout le liquide amniotique sort comme si on vidait une piscine, la SF a les pieds trempé, elle plaisante, et je hisse mon bébé tout propre, tout douché naturellement,sur mon ventre.

Moment magique……je la regarde, je lui dis qu’elle est belle !!!! Ses cri me remplissent de joie, mon coeur se remplit d’une chaleur immense , cet Amour qui jamais ne me quittera…. Nous pleurons de Bonheur!

La SF est émue, nous félicite, il fait une chaleur étouffante car on a éteint la clim pour que bébé n’ait pas froid, la SF a le front qui perle de sueur, mais le sourire est là, je le vois dans ses yeux!

Elle nous laisse un peu profiter de ce doux moment juste nous 3….ça y est nous sommes Mamans !!!! 

Evaelle est née à 18H20.

Elle a expulsé le méconium lors de la naissance, donc la sage-femme amène une petite baignoire remplie d’eau, me la met à côté de moi et ma compagne s’occupe de donner le 1er « bain » à notre fille… notre fille qui hurle hurle hurle….puis elle la glisse dans l’eau, lui parle doucement…petit à petit bébé ouvre ses yeux et fixe le regard de sa Maman-Coco et s’apaise immédiatement….moment magique…..toujours en salle de travail..

Je n’ai eu qu’une petite déchirure qui nécessitera 3 points vite fait, sans aucune douleur puisque la péri agit encore !

1ère tétée en salle de travail, bébé a une force incroyable, c’est fou !! Elle est sublime, plein de cheveux bruns, de bonne joues, elle fait 3kg670 pour 50cm, elle a eu des antibiotiques car j’avais une infection et à cause du méconium je crois.

Le séjour s’est très bien passé, je suis resté 6 jours, je ne souhaitais pas sortir tant que l’allaitement n’était pas bien installé, j’ai eu de fortes douleurs aux mamelons, de forte montées de lait, c’etait douloureux, je me sentais vulnérable, j’avais besoin d’etre soutenue à la maternité. 

Aucun problème, je faisais comme je le sentais, on ne me mettrais jamais dehors….Comme c’est appréciable!

Au 6ème jour j’ai dis « c’est bon, j’y vais, je suis prête ! »

Et nous sommes sorties, bébé au bras, tout contre moi, toujours.

 

Aujourd’hui Evaelle a 10 ans et est une grande fille formidable qui fait notre Bonheur et qui dans quelques mois, aura un petit frère ou une petite soeur qui naitra aussi aux Lilas.

 

Jennifer, Corinne ,Evaelle et le petit mystère. 🙂

La naissance de Clémentine, le 10 avril 2013

16 Sep
Au début de ma grossesse, j’aurais tout fait pour ne pas accoucher ! Mais beaucoup de lectures, une sage-femme merveilleuse pour la préparation, et neuf mois de réflexions plus tard, je me sentais prête et j’avais même envie de vivre cette expérience unique…Clémentine est mon premier enfant, j’ai eu peur d’accoucher à la maison ; et puis le papa aurait été très dur à convaincre ! Mais nous avons tenté tous les deux de nous donner les moyens de vivre au mieux ce moment, en évitant une trop grande médicalisation, à commencer par la péridurale. Nous avons fait ensemble une préparation à la naissance rimant avec détente et souplesse, en partie en piscine d’eau de mer chauffée à 35°C !

Dans la nuit du 8 au 9 avril, j’ai eu des contractions relativement douloureuses (assez pour m’empêcher de dormir) et j’ai espéré que le jour J arrive ! Rien dans la journée du 9 (malgré un furieux ménage de l’appartement !) jusqu’à 17h30… C’est là que le travail commence : les contractions reprennent. Quand mon homme rentre du travail à 18h30, elles sont relativement régulières (elles ne le seront vraiment qu’à la toute fin). Elles sont de plus en plus douloureuses ; il m’aide en me massant le bas du dos ; je ne les supporte que grâce à lui, et en position accroupie.
20h : un bon bain pour me détendre, une musique que j’aime et des morceaux d’ananas frais (il parait que ça dilate le col…).
21h : je sors du bain et je tiens encore, ça va…
22h : je pourrais encore rester à la maison mais je suis curieuse de savoir où j’en suis, et surtout je me demande si je pourrai ensuite supporter le trajet en voiture jusqu’à la maternité ! Nous partons donc, moi accroupie dans la voiture, impossible de m’assoir normalement sur le siège !
A 22h30, nous sommes accueillis à la maternité par la sage-femme, Marion. Tout de suite, elle est attentive et encourageante ! Je suis à 7 de dilatation du col… à ce stade de douleur, je ne sais pas si je vais tenir jusqu’au bout sans péridurale ; je le dis à Marion, mon homme complète : « elle préférerait s’en passer ! » Pas de problème : on peut attendre et je la demanderai quand je veux, me rassure Marion… Elle nous installe en salle d’accouchement, avec un monitoring en ambulatoire, je continue à supporter mes contractions accroupie.
Marion revient au bout d’une heure, je suis à 9 ! Elle me propose de rompre la poche des eaux pour que le bébé descende car notre fille est encore haut… Je demande à attendre encore un peu. Il suffisait de me le dire : quelques minutes plus tard, une furieuse envie d’aller aux toilettes me pousse vers la petite salle de bain de notre salle d’accouchement. Je perds les eaux sur la cuvette. Le futur papa va prévenir Marion… Quelques contractions encore, cette fois beaucoup plus douloureuses ! J’ai à peine le temps de me dire que je vais demander la péridurale, que déjà une énorme envie de pousser m’envahit (je la trouve belle, cette envie, tellement  elle est naturelle !).
On appelle Marion : « ah oui, c’est maintenant, je vois la tête ! »
Elle m’installe sur la « table » d’accouchement mais j’ai trop mal pour être allongée ; je demande à me mettre sur le côté et elle met tout en place pour…
Et là, il faut pousser ; c’est là que tout d’un coup, je panique ! Je ne me sens plus du tout prête, j’ai l’impression de ne pas savoir… Mon corps, lui, sait faire mais la douleur est telle que très vite mon cerveau refuse ! Je crie « non » et ça n’est qu’au bout de longues minutes que j’accepte qu’il va falloir passer par cette douleur pour qu’elle se termine.
Clémentine naît à 1h07 du matin ; elle est magnifique ! Elle pleure à peine ; son papa a demandé à ce qu’on ne coupe le cordon que lorsqu’il arrêtera de battre… C’est d’ailleurs lui qui le coupe. On est tous les trois enfin. Après les premiers soins, Clémentine est reposée contre moi et vient téter goulûment !
Les jours suivants seront faits de peau à peau et de tétées sereines, sans pleur pour notre fille, sans douleur pour moi et toujours à trois car dans cette maternité, le papa reste (il a une banquette pour la nuit et un petit déjeuner tous les matins).
Merci à la sage-femme Marion d’avoir été à l’écoute de nos souhaits et de n’avoir rien brusqué !

#284 Une naissance presque respectée

16 Sep

Pendant ma grossesse, nous avons émis l’idée, avec mon conjoint, de donner naissance à notre enfant à la maison, afin de nous protéger au maximum des intrusions de la médicalisation à outrance de cet acte, qui pour nous, avait quelques rapports avec notre sexualité : le besoin d’intimité, de grande humanité, de la libre expression de notre amour pour ce bébé à naître.

Malheureusement, dans notre coin perdu entre la Gironde et la Charente-Maritime, aucune sage-femme ne se déplacerait jusqu’à nous et nous avons décidé, pour ce premier enfant, de nous tourner vers l’établissement le plus proche qui se trouvait également être le plus simple : peu d’accouchement (400 par ans environ), une petite équipe et des gynéco plutôt sympas et explicatifs.

 

Je voulais absolument accoucher naturellement, laisser mon corps libre de lui même, ne pas l’entraver de médicaments et autres sangles et fils, absolument allaiter mon enfant et j’avais un malaise terrible à l’idée de l’épisiotomie : une lame sur mon vagin, l’image me donnait la nausée, je faisais des cauchemars de cette vision, mon corps lui même, par un eczéma exprima cette angoisse profonde, qu’aucun médecin n’a su ni comprendre, ni écouter (j’avais beau leur donner l’idée de leur entailler l’urètre pour laisser mieux passer le flux de leur urine, aucun ne comprenait pourquoi j’angoissais d’un « acte médical si bénin »).

 

Nous n’avons rien écrit au delà de ce qu’on nous a proposé, une fiche sur laquelle nous pouvions inscrire nos attentes et appréhensions, nous n’avons pas fait de projet de naissance au delà du dossier complété séance après rendez vous avec les gynéco, SF et cours de prépa.

Tout fut oralisé en amont et le jour J, et certaines de nos attentes et demandes figuraient dans le dossier.

 Nous avons bataillé un peu, mais avons vite été entendus et soutenus lorsqu’on a parlé de déclenchement, et finalement (acupuncture ou psychologie…) le zouave dans mon ventre s’est mit en mouvement 5 jours après la « date de péremption »…

A 5h du mat, je sens bien que c’est bizarre cette nouvelle façon de contracter. A 11h, je mets le couvert en 1h30, me suspendant à ma chère cuisinière. A 12h, j’appelle la maternité qui me conseille de prendre un spasfon et d’attendre deux heures pour les rappeler. Mouais, j’oublie le spasfon, je prends un bain et à 15h, nous partons faire 20 mns de bagnole pour rejoindre les murs blancs et aseptisés.

 Nous y voilà, paperasse, installation dans ma chambre perso qui donne côté jardin (et cimetière et malheureusement à ce moment là, travaux…), et premiers touchers vaginaux. A l’époque docile, j’accepte tout ce que le corps médical juge comme « nécessaire » (à qui ? ben à lui en fait.)

On fait des écoutes de monito, et me voilà, bien sage, assise, alors que je le savais, je devrais marcher.

On prend un bain ? Allez zou c’est parti, petite musique Sigur Ros pour me sentir bien, mon homme tout près de moi me murmure des mots doux malgré son sentiment d’impuissance et de dépossession (second point que nous comprendrons bien plus tard).

De retour, c’est chouette, il est 20h je suis dilatée à 7 (nouveau TV, forcément) et je me porte bien, blaguant avec les SF et mon homme, excité comme une puce.

Le cadran tourne et je fatigue. On me propose un gaz, je ne sais pas quoi, entre deux contractions qui deviennent plus lancinantes, j’ai tellement faim (je n’ai rien mangé à midi…), je suis fatiguée, de plus en plus, et finalement, la SF « m’aide » et me fait aspirer un peu de son truc (en fait j’aspire moyen…).

 

Changement d’équipe. Un truc génial : elles font les transmission devant nous, on peut donner notre mot : « pas de péri, veut allaiter et peau à peau à la sortie. Elle veut sortir elle même l’enfant, ou le père. Elle s’en sort très bien, a pris un peu de gaz machin, j’ai prévenu l’anesthésiste, mais elle en aura sans doute pas besoin ». Et là, la nouvelle SF qui me dit « j’ai accouché deux fois : le premier avec péri, le second sans, l’attachement n’a vraiment pas été le même, on va tout faire pour que vous accouchiez sans » MERCI MERCI!!

Bon sauf que… Elle me propose d’accélérer le mouvement, « vous êtes très fatiguée, faudrait pas que ca complique l’expulsion » (j’ai FAIM!!!) si on perce, dans une heure, une heure trente vous êtes débarassée, sinon ca peut durer encore jusqu’à demain matin. Vu comme ca… J’ai les boules, j’ai pas envie de forcer les choses, mais je suis crevée, et mon homme est de l’avis de la SF (il bosse le lendemain à 6h, et puis c’est vrai, je semble exténuée… Mais il me soutiendra quelque soit ma décision.)

Quand je vous dis que je ne voulais pas aller à l’hopital. C’est ce genre de petite pression « pour votre bien »… Elle me laisse un quart d’heure pour réfléchir…

Bref, aller, on perce. J’ai 20 mns de répit, durant lesquelles je dors.

Bon ben après c’est pas pareil, hein, qu’on se le dise. Jusqu’à présent c’était pas agréable, là ca devient carrément flippant. Cette intensité! Cette force cette puissance en moi, qui pousse! Oh my god!!!

Ma SF prend le masque à gaz et me le colle sur le nez « allez inspirez à fond trois fois, ca va vous aider à vous détendre ! c’est pas du produit, ca va juste vous aider à mieux vous ouvrir » J’inspire trois fois et tout se met à tourner. Je n’ai plus aucune force dans mes jambes, dans mes bras… Comme si j’étais saoule, comme si j’avais sniffé de la colle…

C’est parti et soudain tout va très vite, tout s’agite autour de moi, la lumière est beaucoup trop forte, j’étais calme, me voilà stressée, de plus en plus, ca parle trop fort, la SF me parle et couvre mes cris, tout ca c’est trop !!! Entre deux contractions, je me jette dans les bras de mon homme, qui est tout habillé, tente de le sentir, je cherche son odeur, ses bras se referment sur moi, m’embrassent et me soutiennent.

La SF se lève et revient avec un petit chariot couvert d’un linge verdâtre ; dessous : des scalpels, seringues et ciseaux. D’une seule voix, nous nous opposons « on ne veut pas d’épisio !!! » « ah oui, mais si ca déchire, moi désolée, je coupe ! » 

Deux temps plus tard, comme par hasard je suis « raide à gauche ». La SF dit « j’interviens localement » et attrape une seringue. Mon homme s’interpose « hophophop, qu’est ce que vous faites ?! » « J’applique du spasfon en local, ne vous inquiétez pas, c’est juste du liquide, ca va détendre à gauche, là où ca se raidit », il me regarde, je crois que je fais un truc qui dit « j’abandonne » et je sens un truc glacé entre mes jambes. « Ah ca détend pas, hein » Elle intervient à nouveau. Puis ca bloque aussi à droite. Ce n’est pas du spasfon dont j’ai besoin, mais d’une main de femme, d’une voix douce, apaisante, qui me remette dans ma bulle, de solitude, d’intimité, je veux accoucher comme je jouis ! Seule avec mon homme ! Pas au regard et en pleine lumière, dans le bruit et à l’hôpital. Mais je n’ai pas eu le choix. Je n’ai pas fait celui d’accoucher parfaitement seule.

 Je me donne du courage en criant, en parlant à mon bébé. L’aide-soignante me propose un miroir et je l’envoie balader avec tact (j’arrive encore à ca ?!). On me tourne, on me met en sellette (et j’accoucherai ainsi, les jambes repliées, les mains sur mes genoux, le cul sur la chaise. La vulve bien en face des yeux de la SF) Ca déchire. Elle coupe. Je me souviens avoir demandé l’autorisation de toucher la tête à la sortie… Pff quand j’y repense, il faut vraiment que je me sois sentie infantilisée pour attendre qu’on m’autorise à toucher mon propre corps !!

Il est minuit zéro trois quand nous attrapons ensemble notre enfant, mon homme et moi. Mon visage se transforme, selon le souvenir ému de ce nouveau père : detendu et crispé, il s’ouvre et s’illumine soudain. J’ai mon bébé nu, sur ma peau, j’arrache ma chemise dégueu de l’hôpital, je le glisse sur ma peau, sur mon ventre, au dehors… « Mon dieu, regarde ce qu’on a fait !!! C’est nous ca, c’est nous qui avons fait ca ! Mon dieu !!! » On lui parle, on lui dit son nom, mille fois, on le lui répète, on lui dit qu’on l’aime, oh mon dieu, qu’on l’aime tellement !

 On essaie de le faire téter, mais il ne fait rien (il n’est pas très tonique, ce loulou, tout de suite à la sortie, il a l’air un peu sonné)… Puis la SF l’emmène, mon homme les suit. Il ne dit rien, observe tout… Elle vient le faire marcher devant moi. Je n’aime pas trop ça, je voudrais être tranquille, qu’on nous laisse tranquille, nous les guerriers.

Puis elle me le rapporte, je le prends, j’ai tant envie de le lécher, de le boire des yeux et pour la première fois, il prend mon sein dans sa bouche et tète, tète longuement. C’est là, semble-t-il que le placenta est sorti. Je ne m’en souviens absolument pas. Je me souviens juste de mon homme qui trouve que ça ressemble à de la sauce de pire (cf cuisine du terroir… à base de sang de porc, toujours glamour, mon mâle !). Je me souviens qu’on me recoud, que ça me fait mal. Mais je m’en fous. Mon bébé est là, avec nous, et il a tété. Mon homme l’a contre lui, ils vont dans ma chambre, puis on m’y amène en fauteuil, je me sens humiliée de ça, je suis sûre que je pourrais marcher. Je mange enfin ! Dans cette chambre moche transcendée par l’image de mon homme et de son fils endormis sur le fauteuil à mes côtés.

 Les quatre jours suivant, je me languis chaque nuit de mon homme, si loin de nous. Je rêve de lui, il me manque tant. Qu’on soit séparés à cet instant m’est insupportable. L’allaitement commence mal, mais grâce à une tante se continuera glorieusement bien. En tous cas, ma monté de lait se fait à l’hôpital, et zoulou a dépassé son poids de naissance à la sortie. Les SF n’ont pas été d’excellent conseil tout le temps, mais je sais comment elles sont formées. Je déplore seulement en savoir bien plus qu’elles à ce moment là déjà.

Elles me demandent de ne pas dormir avec lui, il pourrait tomber du lit. J’ai repris du poil de la bête, et comme elles refusent de mettre le matelas au sol, je fais ouioui et continue à le garder sur moi, tout le temps, tout le temps, tout le temps.

 Heureusement que je m’étais moi même préparée à tout cela. Que j’avais lu, échangé, appris sur l’allaitement. Lu, échangé et appris sur l’accouchement, sur sa physiologie. Heureusement que je savais ce que je voulais. Ç’aurait pu être bien pire. Et hôpital mis à part (et bien que je sois tombée sur une super équipe, je pense), j’ai adoré ça, c’est un merveilleux souvenir.

 Il me tarde le prochain, qui, cette fois, sera à la maison!

Camille, en Australie en Septembre 2012

16 Sep

 Accouchement en maison de naissance

Liam est né en septembre 2012 en Australie.

Je souhaite témoigner car j’ai testé le privé, le public et la maison de naissance.

En Australie, il y a les hôpitaux privés (très chers) où la césarienne domine. Il y a aussi les hôpitaux publics dont l’approche est déjà très différente de la France : ballon, positions, respiration, lumières douces, péridurale que si on la demande et dosable, accès à une baignoire.

A la suite de la lecture du livre « Attendre bébé autrement » j’ai décidé d’explorer les méthodes naturelles de grossesse et accouchement qui sont très développées en Australie.

Au vu des coûts de mon obstétricien en privé qui regardait sa montre au bout de 10 minutes avec un « on se revoit dans 2 mois », j’ai finalement décidé de m’inscrire en maison de naissance.
J’ai eu une grossesse très douloureuse, souffrant de douleurs du pelvis atroces au fur et à mesure que la grossesse avançait. Le soutien de ma sage-femme, la relation amicale était ma priorité,  étant isolée à 24 000kms de ma famille.

Tout le suivi de ma grossesse s’est fait dans la simplicité, le coté familial, la douceur, les rigolades aussi. Pour gérer la douleur du bassin et genoux de plus en plus mous sous l’effet de la relaxine, j’ai eu accès aux massages prénataux, au yoga prénatal, au kiné de grossesse et aux classes de préparation. Je me suis inscrite avec mon mari à un week-end d’information et pratique de la relaxation, visualisation, respiration, information sur l’accouchement appelé Calm Birth, qui apporte aux futurs parents une confiance énorme et qui est désormais accessible aussi en hôpital, tant ses bienfaits sont reconnus pour gérer la douleur.

La combinaison du Calm Birth avec le yoga prénatal m’a permis de maîtriser la clé de ma grossesse et de mon accouchement : la respiration profonde et lente. Indispensable en effet, car j’ai aussi dû gérer 3 semaines de souffrance dans les reins. Suspectant un calcul rénal, j’ai alors été admise d’urgence à 33+ semaines de grossesse en hôpital public où j’ai alterné diagnostic après diagnostic (allant de l’accouchement imminent, au besoin de stopper les contractions d’urgence…), 3 cathéters, injections de stéroïdes, de morphine, des médicaments provoquant la constipation etc. 24h d’un cercle vicieux médicalisé, traumatisant malgré un personnel adorable, aux petits soins. Pour moi c’était évident : il fallait que ma grossesse attende jusqu’à 35 semaines pour pouvoir être prise en main par ma sage femme en cas d’accouchement.

Liam m’a entendue et il est resté au chaud. A 37 semaines et 3 jours il s’est décidé. La poche des eaux a cédé à 9h et ma sage-femme est venue voir et me dire « c’est bon ça commence, relaxe toi, tout va bien, tu as le temps». Sauf que j’ai eu la chance d’avoir une dilatation express, peu de douleurs pendant les contractions au point que j’étais déjà à 8cm en seulement 4h de travail facile. Alors suite à une seconde visite à 14h , ma sage femme m’a dit d’aller de suite à la maison de naissance – Liam était bien plus proche que prévu ! Un seul toucher vaginal en tout et pour en 9 mois et uniquement après avoir donné mon consentement, aucune intrusion, ni gestes de procédures inutiles.

Arrivée sur place, tout était déjà organisé, aucun papier à régler, la sage femme a tout organisé. Un bain chaud m’y attendait, ma musique, mes cd de relaxation de Calm Birth, la pénombre, la douceur et les encouragements positifs de ma sage-femme et d’une jeune étudiante sage-femme (et mon mari !). Des chambres immenses chacune avec une baignoire circulaire de 1000L, la température réglable dans la chambre, des décors doux et relaxants. Des fou rires aussi car je parlais en anglais à mon mari français, et ma sage-femme me fait la surprise de me dire qu’elle comprend le français et que je peux l’injurier en français.

Malheureusement, la suite s’est compliquée. Apres 6h de poussée ( !) et malgré les encouragements constants, tentatives de différentes positions, etc., Liam n’arrivait pas à sortir à cause de mon périnée très tonique. On a encore tenté une dernière fois, et en présence d’une obstétricienne avant que je ne sois finalement admise à l’étage inférieur en hôpital public. Là tout s’est accéléré, devenu très médical, avec en l’espace de 5 minutes, une équipe de 6 personnes autour de nous – une tempête médicale ! Bilan : une épisiotomie et ventouse sans médicament, ni gaz et sans péridurale.

Je reste encore traumatisée par ces vagues de douleurs, cette impression de train qui me passe dessus, littéralement dans un état second. Malgré la tempête médicale et les procédures, l’attention délicate du personnel était bien là. Jamais je ne me suis sentie « bout de viande » ou un « numéro » ou dans un environnement inhumain. Dans une lumière tamisée, Liam est né. Mon plan de naissance a été respecté du mieux possible.

Suite à l’accouchement, nous avons pu rester à 3 dans l’intimité de notre petite famille pendant plus de 4h avec Liam en peau à peau dans la salle de travail, avant de retourner dans la chambre de la maison de naissance et prendre notre temps pour rentrer chez nous à notre rythme après 24h.

Calm Birth et la maison de naissance nous ont aussi appris à accepter qu’une naissance ne se déroule pas toujours comme on le souhaite et d’être flexible quand le bébé est en danger. A relativiser et se concentrer sur l’essentiel.

Au retour à la maison, les sage-femmes ont alors maintenu une rotation de visites quotidiennes pendant 11 jours pour venir nous voir à la maison, me soigner, nous rassurer et m’aider dans l’allaitement, restant souvent plus d’1h pour juste partager et nous aider dans nos premiers pas : le bain, les montées de lait, les soins post-accouchement, le soutien du baby-blues.

J’ajouterai enfin que je bénéficie de salles pour allaiter au travail ou pour rester avec mon enfant si problème avec le mode de garde : elles sont équipées de frigo, lit bébé, jeux, et ordinateur. Tous les centres commerciaux, gares, aéroports, lieux publics ont des salles de change et d’allaitement. Les lieux de travail optent pour le label « ami de l’allaitement ». Il y a des groupes d’information pour les jeunes parents gratuits pendant 6 semaines, des groupes de mamans, des groupes de jeux pour bébés. Enfin, mon congé maternité peut être de 4 mois payés plein salaire ou 8 mois mi-salaire ce qui me permet de profiter de Liam au maximum. Grossesse, accouchement et débuts parentaux respectés.

Avec du recul, mon expérience de ce système est extraordinaire et j’ai pu entendre les expériences de 6 amies françaises en France en hôpital : heureuses de faire des prises de sang tous les mois, d’analyser les résultats de leurs examens ou encore satisfaites d’avoir pu accoucher « naturellement » avec péridurale, ocytocines, sur le côté… Car désormais accoucher naturellement en France semble juste signifier ne pas avoir de césarienne.

Je n’hésiterai pas à repasser par ce système, car même loin de ma famille j’ai eu un soutien extraordinaire. De plus, intervention médicale peut aussi rimer avec humanité. J’ai envoyé un faire-part de naissance aux sages-femmes en écrivant dessus « si seulement toutes les femmes françaises pouvaient accéder à cette forme respectueuse d’accouchement ». Tout est dit…

#283 Sandra, en Côte d’or le 28 février 2013

14 Sep

Nous sommes mercredi soir, le 27/02 , cela fait plusieurs jours et semaines que les contractions sont là, plus ou moins sensibles, elles ont nettement ralenti la semaine dernière suite à une grosse crève mais cela fait 2 soirs qu’elles sont rythmées, je les sens bien, elles sont assez régulières, toutes les 10 min pour certaines mais finissent par s’arrêter au moment où je m’endors, et le matin au réveil plus rien…

Quand vas-tu arriver, autant pour Lucy, elle était arrivée plus de 10 jours en avance autant pour toi, mon terme est dimanche dans 4j, je n’ai tellement pas envie de devoir aller à la maternité tous les 2 jours pour voir comment cela avance et subir des examens, et au pire du pire être déclenchée au bout d’1 semaine…

Et donc ce soir, comme hier soir, elles sont rythmées, je regarde sans trop y prêter attention le rythme et la durée, je les sens pas mal mais bon, ça doit être comme hier, en plus elles ne me font pas si mal que ca, je respire quand je la sens arriver, je souffle tout doucement et ca passe tout seul…On va donc se coucher vers 23h, comme d’habitude Lucy a besoin de son rituel qui dure un bon moment, j’espère juste que si c’était pour cette nuit tout se passerait bien, qu’elle ne se réveillera pas, qu’elle ne hurlera pas en découvrant sa mamie venue dans la nuit la garder et que nous ne sommes pas là…Lucy finit par s’endormir, dans son lit de mon côté du lit, Papa aussi finit par s’endormir malgré que je continue d’avoir des contractions plus ou moins toutes les 10 minutes, pas forcément très régulières, je les sens bien, certaines plus fortes mais pas au point de me plier en 2 et puis bon j’ai appris à gérer, il va bien falloir les gérer, si je veux accoucher sans péridurale…

Je lui dis de s’endormir, il doit aller travailler à 4h du matin, il me dit espérer ne pas devoir aller travailler, on verra, il finit par s’endormir et moi à côté allongée, sur le côté ou sur le dos, j’ai un peu de mal à bien rester sur le dos, mais bon j’ai pas envie de réveiller Lucy à gigoter, je finis par m’asseoir dans le lit, ça va un peu mieux pour respirer, je les sens passer, ça monte, de plus en plus « fort » et ça finit toujours par descendre, assez vite, j’ai pas peur de la suivante, je sais pas si ce sera pour cette nuit, mais cela commence à être embêtant, je n’arrive pas à m’endormir et ça commence à faire plus mal, je tente le 4 pattes, les fesses en l’air et ça marche pas mal, la contraction suivante, je vais sur le canapé histoire de pas réveiller les dormeurs de la maison, j’ai pris 2 spasfons mais je vois pas de grandes différences, peut être que ce sera pour cette nuit finalement, mais bon elles sont environ toutes les 10 minutes, certaines plus espacées, du coup j’ai pas trop envie d’appeler ta mamie pour garder Lucy si jamais cela se calme, et puis bon pour Lucy on était partis j’en avais toutes les 5 minutes et je me souviens que la douleur était peut être un peu plus intense.… Je crois que je vais aller prendre un bain, en plus elles se rapprochent, des fois 8 minutes et j’en ai eu une au bout de 5 minutes.

Il est presque 1h du matin, je descends à la salle de bain, je réveille quand même ton Papa, qu’il sache que je descends à a salle de bain et je prends mon tel histoire de l’appeler si je me sens mal et je descends donc, une contraction dans les escaliers, ça c’est pas si chouette à gérer, mais on va y arriver, je suis forte pour toi, je vais y arriver, je veux que ta naissance soit la plus douce, je me le répète histoire de garder confiance car ces derniers jours je me suis demandée si vraiment ce n’était pas une drôle d’idée d’accoucher sans péridurale, malgré tout ce que j’ai lu, tous les récits, les livres, est-ce que c’est vraiment pour moi, est-ce qu’une fois arrivée à la maternité je vais pas me décourager…

Bon, la salle de bain, je remplis la baignoire, l’eau est très chaude mais ca va pas bien vite, dès que je rentre dedans, c’est chaud, très chaud mais ça fait du bien, une contraction est arrivée quand je suis rentrée donc dur de trouver une position confortable alors qu’elle monte et que je dois penser à respirer comme il faut pour que ça soit le moins douloureux possible, et une fois passée, ouf la chaleur doit aider, ca fait du bien, je ne sens pas la suivante, et quasi pas celle d’après, ça continue d’être environ toutes les 5 à 10 minutes.

Au bout d’1h environ, j’entends Lucy pleurer en haut, et mince, moi qui étais si bien, j’appelle donc Christophe lui demande ce qu’il se passe, elle me réclame, il va falloir que je sorte, ça va pas être très drôle j’étais bien là, j’avais peur que Lucy se réveille alors que je dois gérer, et bien voilà, on est en plein dedans.

J’essaie de me sécher, au plus vite, j’enfile mon peignoir, hop une contraction à la sortie de la baignoire, dure à gérer vu que ma position était pas top, à moitié debout, à moitié dans la baignoire… Je remonte et je file dans la chambre histoire de réconforter Lucy, l’aider à se rendormir, j’ai si peur de pas arriver à gérer alors que je dois la garder dans les bras et que je veux pas non plus trop la perturber, elle finit par s’endormir, je ne sais plus quelle heure il est.

Ensuite je reste un peu dans le lit. Je ne suis pas très bien nulle part, Christophe sait que cela ne passe pas trop, il enlève son réveil pour aller bosser, je vais sur le salon et je fais du ballon, ça fait du bien, je l’appelle du salon, je lui dis qu’on va appeler ta mamie, histoire qu’elle ait le temps d’arriver, car j’ai assez mal là et je veux avoir le temps d’y aller, tant pis si jamais le col n’est pas assez ouvert ou qu’on y est trop tôt, il faut bien partir un jour, j’espère juste de tout cœur ne pas arriver à la maternité à 1 ou 2 cm…J’appelle donc maman, elle me répond au bout de quelques sonneries, me dit se préparer et arriver…

Il doit être un peu avant 3h, Christophe se lève, s’habille, fait le moins de bruit possible histoire de ne pas re réveiller Lucy, je suis sur le canapé, sur les fesses, assise normalement mais je n’arrive pas à l’asseoir comme d’habitude, je m’appuie sur les bras quand la contraction arrive cela fait du bien…

Maman finit par arriver, elle veut me dire bonjour mais la contraction suivante arrive, je veux tout sauf parler ou qu’on m’interrompe alors que je gère et que j’y arrive, je veux pas qu’on s’inquiète, je vais y arriver, et elle finit par passer, je vois bien que Maman me regarde et doit s’inquiéter de me voir souffrir.

Christophe va prendre la valise qui est dans notre chambre, et manque de chance Lucy avait dû jouer avec et tout se répand dans la chambre, celle où Lucy dort, dommage, il remet tout en boule et je me dit que ça risque d’être gênant à la maternité que tout soit en bazar, il finit par arriver à boucler la valise et descend faire chauffer et tout mettre dans la voiture…

Maman est là, elle reste dans la pièce, Christophe est remonté, on va partir, j’ai envie de faire pipi, histoire qu’au moins ce soit fait aussi avant de partir, je me lève marche tant bien que mal, tu es vraiment basse, mais ca ne change pas des dernières semaines…

Je vais aux WC, il y a comme du sang dans le fond de mon slip, bizarre, bon ça doit quand même être un signe que ça avance, enfin j’espère, j’arrive à faire pipi, je m’essuie et voilà encore du sang, c’est pas que ca m’inquiète vu qu’on va partir mais bon, c’est bizarre, en plus de toute manière je n’ai pas perdu le bouchon muqueux, histoire de voir si je ne perds pas plus de sang, je met la main et c’est bizarre, il y a quelque chose pas habituel, 1/2 cm à la sortie, il y a quelque chose qui bouche la sortie, c’est tout bombé, c’est lisse…

Je repars dans le salon, j’ai viré mon slip, tant pis maman me verra cul nu… Et je dis à Christophe, appelle peut être les pompiers, il y a un truc bizarre, et puis je sais pas, je pense à un truc je dis « c’est la poche des eaux qui bombe », on va pas pouvoir partir là, il faut qu’il appelle les pompiers, je descends et enlève mon pantalon, je crois que maman n’en mène pas large, j’y crois pas, je vais accoucher là, avant l’arrivée des pompiers ??

Bon je me mets à coté du canapé, je suis bien, je m’accroupis, maman est assise sur le canapé, en face de moi, Christophe au téléphone avec les pompiers, ils lui disent qu’ils vont arriver, il a décrit ce que je ressens et ils disent que ca va pas arriver de suite, que ca attendra qu’eux arrivent…

Je mets la main en bas, j’ai peur, je dis en chuchotant que j’y arriverais pas, j’ai si peur, je peux plus reculer, je sais pas exactement ce qui va arriver, tu vas arriver je crois, je ne peux pas faire grand-chose et cette pensée s’en va, je suis pas la 1ere d’autres y sont arrivées, c’est toi qui sais ce qu’il faut faire, depuis tout à l’heure je n’ai pas trop réfléchi, on va tenter de faire pareil et là j’ai une contraction, la main toujours en bas, et je sens et on entend surtout que la poche des eaux explose, du liquide chaud jaillit et se répand sur le sol et sur mes jambes, bon ben voilà tu vas arriver, les pompiers ne sont pas là, je vais gérer toute seule, allez mon ange, je pense qu’à toi dans ma tête, je sais qu’il faut que je pense à rien, que je suis mon instinct, ce que mon corps va faire, Christophe appelle les pompiers qui lui disent de rappeler le SAMU, ils disent qu’ils se dépêchent…

Au bout d’1 minute, je sens quelque chose monter en moi, j’ai toujours ma main en bas mais maintenant à l’intérieur je sens ta tête, tu n’es vraiment pas loin et donc je sens quelque chose qui monte, je me mets à faire du bruit, une sorte de beuglement même si ça ressemble à rien de ce que j’ai déjà ressenti ou entendu, et ça pousse, ça pousse en bas, ça s’ouvre, sa tête est sur ma main, ça s’écarte, elle descend, je laisse ma main tout en regardant, sa tête est passée, ça m’a pas fait mal, j’ai rien senti de douloureux, ton papa est derrière moi, je le sens, je l’entends mais je ne l’ai pas vu, ton corps sort sans que je pousse, je l’entends halluciner que tu sois sortie, je te tiens mais lui te retient aussi, tu es dans sa main, tu viens de sortir, je n’en reviens pas, je te regarde, ton cordon n’est pas autour de ton cou, tu n’es pas bleue, tu pleures, tout doucement mais ca je sais que c’est normal…

Je me retourne m’asseoir pendant que ton papa te dépose dans mes bras, ça y est tu es née, je n’en reviens pas, je te regarde, te mets contre ma peau, frotte ton dos, je ne veux pas que tu aies froid, j’essaie tant bien que mal de t’attraper correctement, j’enlève mon pull et mon t shirt, histoire de te garder contre moi, tu continues de pleurer tout doucement et tu te calmes, je te regarde,tu es si belle avec tes yeux à me regarder, je ne pense à rien, je suis si bien, Christophe me recouvre avec des serviettes pour ne pas que nous attrapions froid.

Je lui demande de me donner mon téléphone, je veux appeler Mélanie, je veux lui dire que tu es arrivée, bien sûr on est en plein milieu de la nuit je finis par l’avoir, elle a eu du mal à comprendre mais voilà, elle le sait, on se rappellera plus tard, la pauvre elle va pas en dormir je crois…

Ton papa rappelle le SAMU pour leur dire que tu es née, ils finissent par arriver 10-15 minutes après, le médecin te regarde demande si on a coupé le cordon, on a juste dit non mais de toutes manières on voulait à la base le laisser s’arrêter de battre tout seul, il t’emmène sur le canapé, ta mamie est à coté, je crois qu’elle n’en revient pas, ton papa non plus, et moi je suis bien, je me sens heureuse, tu es née si doucement…

Le médecin me demande si le placenta est sorti, je pensais que non mais après avoir regardé si, je ne l’ai même pas senti moi qui pensais que j’aurais des contractions pour le faire sortir…

Les pompiers me font bouger pour m’allonger, je sens que je tombe dans les pommes, la sensation est désagréable, je m’éloigne mais je peux rien faire, je pense à toi ma Lana, mais je sais que tu es entre de bonnes mains, les pompiers m’allongent, ma tension est toute petite, on essaie de me perfuser, c’est compliqué, ça fait mal, mais tant pis, je viens d’accoucher, je vois trouble car on m’a enlevé mes lunettes, je ne te vois plus, j’entends Lucy qui s’est réveillée, je dis d’aller la chercher, il ne faut pas qu’elle reste seule dans la chambre, du coup elle sera à tes cotés, ainsi que papa et mamie sur le canapé, avec le pompier qui s’occupe de toi.

Un de mes rêves se réalise ta sœur sera une des 1er à te voir, sans attendre 1 journée ou plus…

Je continue de faire des malaises, les pompiers finissent au bout d’1h de ne pas me faire asseoir pour partir dans leur camion et donc ce sera dans la coquille gonflable, je ne t’ai pas revue, j’ai besoin de savoir que tu vas bien, le pompier t’a habillée mais je crois qu’il n’a pas l’habitude, ton papa me raconte après coup qu’ils t’ont mis la couche à l’envers, ils n’ont pas assez de couvertures de survie pour toi et moi donc ils demandent à ton papa une couverture de chez nous, tu pars dans le cosy avec moi mais je ne te vois toujours pas, je sais que tu es là, pas loin…

J’insiste auprès des pompiers pour qu’ils m’emmènent à Dole, je ne veux pas d’un gros hôpital, du CHU, je les connais là bas, je sais comment ils font, qu’ils respecteront ce qu’on veux, je me dis qu’avec tout ça je n’ai pas encore pu te donner à téter, ta tétée d’accueil si importante…

                Ils m’emmènent donc après accord à Dole, dans le camion, il fait très chaud, trop, on me dit que c’est pour toi, pour que tu n’aies pas froid, on me redonne mes lunettes, moi qui suis si mal sans, et je vois plus clair, je vois l’infirmier du samu à mes cotés, ainsi que la sage femme étudiante à coté de mes pieds, ils blaguent entre eux, racontent que c’est vraiment rare les accouchements et encore plus d’accoucher avant qu’ils arrivent…

Il fait toujours très chaud et d’un coup l’étudiante sage femme tombe sur mes jambes, la pauvre aura fait un malaise à cause de la chaleur, c’est la seule qui me sourit, qui me regarde, j’ai l’impression d’être perdue, je m’inquiète pour ton papa qui va nous suivre avec la voiture, j’ai peur qu’il soit perturbé.

Le trajet en camion de pompiers est vraiment remuant, ca bouge de partout, c’est pas agréable…

On finit par arriver, ils me sortent, tout le long, ils ne m’ont pas habillée, je suis nue sous la couverture de survie, il fait froid dehors, mes pieds dépassent de la couverture, j’ai si froid, je ne sais pas si tu es arrivée là bas avant moi ou pas.

Il me mettent dans la 1ere salle d’accouchement, on m’examine, je demande où est Christophe, je suis toute seule, et ils me disent qu’il attend en salle d’attente, je demande à ce qu’il vienne, j’ai besoin de lui, de ne pas rester seule.

La puer passe avec toi, toute nue, dans ses bras, elle me dit que tu es en hypothermie, 34  degrés, c’est vraiment bas, ça m’inquiète, ils te mettent en couveuse dans une autre salle, j’insiste pour que ton papa te rejoigne.

J’ai si froid, on me couvre avec des linges chauds, je continue de perdre du sang, me sentir très faible, après une prise de sang, et m’avoir appuyé sur le ventre, c’est très désagréable et elle le fait souvent, je finis par lui mettre un coup avec ma jambe pour la repousser, elle déclare que l’utérus ne bouge plus, atone qu’elle dit…

Elle appelle le gynécologue de garde, celui que je connais, un visage connu, ça fait relativement du bien, et au vu de la prise de sang et de mon utérus, ils parlent anesthésie générale, révision utérine, transfusion sanguine, j’ai si peur, qu’est-ce qu’il m’arrive…

Je vois que ça s’affaire autour de moi, le Dr arrive, l’anesthésiste aussi, il ne me parle pas, l’infirmière anesthésiste arrive, elle est gentille, elle m’explique, me rassure, me montre le masque me dit que ca durera que peu de temps, j’ai peur de pas pouvoir te donner à téter avec cette anesthésie mais on me rassure, l’infirmière me quitte pas des yeux, je me sens partir…

                Je me réveille, l’infirmière me regarde, je me sens bien, je ne sais pas pourquoi mais je suis bien, je me sens soulagée…

On me dit que le gynécologue n’a rien trouvé que tout va bien et la prise de sang refaite ensuite montre que les sages femmes ont piqué au mauvais endroit et que donc le taux qui les alarmait n’est pas si bas.

Le Dr revient, il m’explique ce qu’il a fait, que les prochaines prises de sang vont être décisives pour voir si la transfusion sera nécessaire, cela m’angoisse un peu mais bon, il faut faire avec…

                On me dit qu’on va t’emmener à moi, que ton papa va nous rejoindre dans la salle d’accouchement, ouf, une bonne nouvelle, tu me manques tellement, j’ai besoin de toi, ton papa…

Je t’ai enfin de nouveau dans les bras, il doit être vers 9h-9h30, tu m’as tellement manqué, mais toi, tu vas bien, c’est le principal, notre nouvelle vie peut commencer…Nous voilà tout les 4….

Angelina, à Sahorre, en mars 2013

13 Sep

Après quelques mois de lutte acharnée avec les banques, on a enfin signé, le 14 mars,  l’acte de propriété de notre belle et grande maison.

Je suis enceinte jusqu’aux yeux, et me suis battue comme une diablesse pour tout ça, car mon souhait le plus cher était de faire naître notre enfant dans notre maison, comme pour la sacraliser, nous ancrer dans la terre qui nous accueillait.

 Le 24 nous emménageons, mon compagnon, ma grande fille de 12 ans, les bébés, qui ont un peu plus d’un an pour l’un et un peu plus de deux ans pour l’autre et moi-même, la petite Maria blottie dans mon ventre.

Mes derniers mois de grossesse ont été consacrés à la bataille pour le crédit, ainsi qu’à un sujet que me tenait à cœur depuis la naissance de ma 2ème fille et qui me permettait également de me rapprocher du domaine de la naissance, vu que je n’avais pas le temps de le faire dans mon corps, un projet militant de recueils de témoignages d’accouchement, Mon Corps, Mon Bébé, Mon Accouchement.

Mes proches, ainsi que les autres participantes au projet, se sont souvent demandés si c’était bénéfique pour moi de lire –de me prendre en pleine face, plutôt- des récits souvent extrêmement difficiles et parfois, quand même, absolument magiques. J’ai toujours réussi à faire la part des choses, même si je ne compte pas le nombre de fois où je me suis effondrée, en larmes, devant mon ordinateur, au grand désarroi de mon chéri.

 Nous emménageons le 24, le terme est prévu le 27 mars, mais je me dis qu’au vu des circonstances, ça ne m’étonnerait pas qu’elle reste au chaud un peu plus, histoire que j’aie bien le temps de me poser dans la nouvelle maison.

 Le 26 mars au soir, je trouve que la pièce que l’on a choisie pour l’accouchement est encombrée, et mon compagnon la range, il est 10 heures du soir, je monte dormir en culpabilisant un peu de le laisser ranger si tard alors qu’on aurait pu le faire le lendemain.

 Je m’endors, et dans mon sommeil j’ai des douleurs, des douleurs d’accouchement mais qui font partie de mon rêve, rêve dans lequel Lucia, une des autres administratrices du projet de témoignages que je n’ai jamais vue « en vrai », me soutient, me masse, elle est cette épaule maternelle sur laquelle je peux me reposer.

 Une des contractions a dû être un peu plus forte puisque je me réveille cette fois-ci, et me rends compte que oui, c’est pour aujourd’hui !

Je réveille mon compagnon, il est 2 heures du matin.

« Chéri, je suis en train d’accoucher ! »

Il se lève, me demande si on doit appeler notre sage-femme, mais je me dis que la pauvre, on va pas la réveiller maintenant si en fin de compte j’accouche à 10 heures du matin… Allons plutôt préparer la pièce.

Les contractions sont bien présentes, mais je peux les vivre puis reprendre ce que j’étais en train de faire –mettre le chauffage, préparer une play-list, une tisane ortie/framboisier…

Vers 3 heures, on décide quand même d’appeler notre sage-femme, histoire qu’elle se prépare à l’éventualité de venir, elle habite à un tout petit plus d’une heure de route.

Elle me dit de manger si je peux, je peux, et de la rappeler quand le travail sera plus intense.

Je suis très gênée de la déranger dans son sommeil, je lui dis « je te rappelle dans 2 heures ? »

«  Tu me rappelles quand tu sens qu’il faut que je vienne ». Ok

Je mange donc un bon plat de pâtes, il est 3 heures et quart, je me mets en condition, un peu à la manière d’un sportif avant l’épreuve.

Les bébés dorment là-haut, mon fils de 15 mois, qui avait rejoint notre lit avant notre lever est maintenant accompagné par ma fille de 26 mois, qui s’est réveillée et est venue le rejoindre sans rien nous dire.

Tout est parfait, je mets la musique, Françoiz Breut, bien sûr, sa voix m’a sauvée alors qu’on me maltraitait pour mon accouchement à l’hôpital de Perpignan puis m’a accompagnée pour la naissance de mon fils, au domicile d’une amie, elle est donc incontournable. Je n’ai pas eu le temps de charger plus de musiques dans mon téléphone, on fera donc avec ce qu’il y a, Général Alcazar, Joy Division et surtout la voix chaude et puissante de Johnny Cash.

Je vis les contractions beaucoup plus intensément à présent. J’ai dans la tête les mots de Michel Odent, ou leur interprétation : « pour accoucher, une femme a besoin d’obscurité, de chaleur et d’accompagnement ».

Je suis dans le noir, il y a le chauffage, pour le moment ça va.

Mon compagnon va se raser, « pour accueillir le nouveau bébé », me dit-il. Mais je maudis son absence, j’ai besoin de lui maintenant, c’est comme si j’avais peur de vivre toute seule la douleur.

Il revient, je lui demande de me couvrir, il me met une couverture sur le dos. Une autre, je n’ai pas assez chaud. Il m’en apporte une autre, mets la mieux, là, sur mon cou… Il la replace comme je le souhaite.

Et d’autres contractions, que je refuse, dans un premier temps.

En fait je crie, mais c’est un cri qui dit ARRRRGH. Et j’ai mal. Puis je me rappelle un témoignage glané je ne sais plus où, où une sage-femme conseille à la maman d’accepter la contraction comme un bienfait, et mon cri se transforme en cri de joie, presque de jouissance (à la Sally dans la fameuse scène du restau avec Harry)… et la contraction devient fluide, file et s’évanouit doucement.

Je suis sur le canapé, les avant-bras sur l’accoudoir, et quand j’accepte la contraction je me relève, et fais onduler mon bassin en une sorte de hula-hop, en visualisant mon bébé qui y prend place, j’ai dans la tête un autre témoignage, où la sage-femme dit au compagnon de la femme qui accouche : « regarde, on dirait qu’elle danse »…

Mon compagnon me demande : « ça va ? »

« NE ME DEMANDE PAS SI ÇA VA, SI ÇA VA PAS JE TE DIRAI ! »

Puis j’ajoute, d’une petite voix contrite : « et toi, ça va ? »

On éclate de rire, il y a une chanson de Joy Division, on parle de la manière de danser du chanteur (Trapped butterfly dance – la danse du papillon captif) et il l’imite… et moi aussi, mais très vite et pour le fun, parce qu’une autre contraction arrive, et là, à la fin de mon cri, je dis « oooh », sur le ton de « houla on passe aux choses sérieuses les amis… ».

Il est 4h30, mon compagnon rappelle notre sage-femme, qui dit qu’elle s’habille et qu’elle arrive. J’ai dans la tête un témoignage de procidence du cordon, alors j’ai peur de me lever et que ça arrive, je n’ai toujours pas perdu les eaux, je suis dans la phase intense de l’accouchement, et me force à ne pas penser à la suite, à la phase de désespérance par exemple…

On appelle ma maman pour qu’elle vienne s’occuper des bébés, ils ne se sont pas réveillés mais j’ai peur qu’ils le fassent, or j’ai le besoin vital du contact physique avec mon compagnon, qu’il me tienne les mains, rien de plus, surtout pas plus.

Je commence à avoir bien mal, et Johnny Cash chante « Hurt » (Douleur, en anglais), et je pense qu’il ne sait pas de quoi il parle….

Ma maman arrive vers 5h20, remplace mon compagnon qui est parti rendormir les bébés, et se met à me parler du brouillard, de la route… CHUUUTTT ! je lui dis, en lui écrasant les mains dans les miennes.

A ma demande, mon compagnon rappelle la sage-femme, et il me dit « oh, elle est pas loin, elle arrive… »

Je perds les eaux, j’ai toujours mon bas de pyjama, il m’aide à l’enlever, je demande « mais elle est OÚ, exactement ? » et je crie «AAAAAAAAAAANNNNE !!!!!!!» « Pas loin, elle arrive je te dis ».

Je me souviens que ma sage-femme, lors de mon dernier accouchement, m’avait dit de pousser pour soulager la douleur, alors je pousse, je touche mon sexe et je sens la tête de ma fille, je pousse encore et je dis à mon compagnon, calmement « allez passe derrière, viens prendre ta fille. »

Et Maria naît.

Mon compagnon ne dit rien, je lui demande, angoissée « elle bouge, elle respire ? » il ne répond pas, j’insiste « ELLE BOUGE ??? » au bout d’une demi-seconde, qui m’a paru une éternité, il me dit, jovial, « mais oui mais oui ! »

On a gagné. (il m’expliquera plus tard qu’elle lui avait presque glissé des mains tellement elle était sortie vite, qu’il avait juste pu l’accompagner pour la poser sur le canapé et ensuite la reprendre dans ses bras pour me la passer.)

J’enlève vite mon t-shirt, « passe-moi-la par-dessous, attention au cordon » et je la vois, et je la prends dans mes bras pendant que mon chéri attrape une serviette pour l’essuyer, elle a l’air sonné, j’apprendrais plus tard qu’elle était en train d’atterrir et de profiter des derniers bienfaits du placenta, mais sur le coup j’ai peur, je la secoue un peu, lui aspire le nez avec ma bouche (comme un baiser, me souviens-je d’avoir lu dans un témoignage en espagnol).

On se met dans le lit, bien au chaud, qu’est-ce qu’elle est belle ! Une peau veloutée, un teint magnifique, plein de cheveux … Je n’en reviens pas qu‘elle soit déjà là, qu’on ait réussi cette aventure juste tous les trois, et que ça ce soit fait aussi naturellement qu’une respiration… J’ai du mal à réaliser, en fait, que ça y est, que c’était « que » ça, qu’il n’y a pas eu de phase de désespérance, et qu’à la place on a ce petit bébé qui nous regarde puissamment…

Elle ne veut pas téter tout de suite, alors mon compagnon rappelle notre sage-femme, qui lui dit de se préparer à l’expulsion du placenta. Très pro, il installe une alèse jetable sous mes fesses, je sens une contraction, le placenta sort, on attendra la sage-femme pour couper le cordon.

Il va chercher le reste de la fratrie et ma maman, qui est arrivée il y a à peine 20 minutes, n’en revient pas que Maria soit déjà là !

Quand notre sage-femme arrivera, Maria sera en train de téter goulûment entourée de toute sa famille.

Elle vérifie le placenta, il manque un morceau de membrane, l’ombre de la révision utérine traverse mon visage, mais un peu d’homéopathie, beaucoup de savoir-faire, et tout se termine aussi harmonieusement que ça a commencé.

Dans le village, le bruit s’est répandu comme une trainée de poudre, les anciens ayant vu la lumière allumée toute la nuit s’étaient doutés de quelque chose… Une nouvelle-née au village, ça rend tout le monde heureux…

Aujourd’hui, presque 6 mois après, Maria est un petit soleil qui nous porte chance, elle passe ses journées à rire, à sourire et à observer ce qui se passe autour d’elle.

Plusieurs personnes nous ont dit combien elles admiraient notre courage d’avoir d’une part choisi d’accoucher à domicile, et d’autre part d’y être parvenus sans accompagnement, mais moi je n’arrive pas à trouver cela extraordinaire, tout s’est passé tellement naturellement… J’admire plutôt celles qui prennent le risque d’aller accoucher en maternité avec une équipe inconnue, mais ça c’est une autre histoire…

 

 

 

 

 

 

Valérie, 50 ans, France.

2 Juil
J’ai accouché de jumelles dans un petit hôpital de province en Bourgogne
C’était en 1990
j’ai eu affaire à deux gynécologues
Un jeune écolo, adepte des méthodes naturels
Un tunisien proche de la retraite et plus classique dans ses méthodes
Le jeune écolo m’a mis au régime et fait perdre du poids
Le Tunisien a donné des ordres pour que j’en reprenne
On m’a imposé l’accouchement naturel car la péridurale n’était pas au point
La nuit de mon accouchement, considéré à risques, après 3 mois d’hospitalisation, j’ai entendu le personnel paniqué un peu car il n’arrivait pas à joindre le gynécologue.
Je n’ai eu aucune préparation à l’accouchement mais le personnel a toujours été présent et chaleureux.
Un jeune « stagiaire » homosexuel vigilant m’a peut-être sauvé la vie alors qu’un soir, ma perfusion s’était décrochée et que je perdais peu à peu mon sang sur le sol.
J’ai été prise en charge principalement par le gynécologue tunisien et une sage-femme.
Un pédiatre, une aide-puéricultrice, un anesthésiste et deux aides-anesthésistes, quelques stagiaires que j’avais autorisés assistaient  ou se préparaient à intervenir mais ont su se faire très discrets.
Le gynécologue, un homme qui n’avait jamais pu avoir d’enfants, m’a accouchée comme s’il s’agissait de ses enfants. j’ai beaucoup souffert du dos.
Il m’a fait une épisiotomie d’office alors que les échographies montraient deux filles pas très grosses.
Mes deux filles de un kilo et un kilo huit ont été amenées de nuit par un chauffeur de taxi au centre de prématurés de Dijon à 80 kms. L’une avait pris trop de globules rouges à sa soeur.  Le médecin n’a pas voulu les séparer de peur que je m’attache plus à l’une. Je savais que ça ne serait pas le cas mais j’étais d’accord.
Le pédiatre s’est un peu énervé en examinant le placenta et a dit:
-je n’y comprends rien, je ne sais pas s’il s’agit de vraies ou fausses jumelles, vous le saurez plus tard.  je jette tout!
Personnellement, ça ne me préoccupait pas.
J’ai souffert de la séparation et « rêvais » qu’elles étaient mortes. j’ai du attendre 10 jours avant de les voir. Elles sont été très bien prises en charge au centre de prématurés ainsi que tous les autres bébés.
Le personnel portait les bébés dans des sacs kangourous quand c’était possible pour qu’ils aient des contacts chaleureux.
Hormis la douleur, plutôt des souvenirs positifs.

#282 Eden à Marseille, octobre 2012

1 Juil

Eden est née le 8.10.12 à Marseille, avec 2 semaines d’avance : 4kg180, 54 cm.

Cela faisait une semaine que j’avais des contractions, légères, irrégulières.
Je vois le gynéco le matin, il me dit: « ce n’est pas pour tout de suite, le col est long, le bébé bien haut… Et ne vous inquiétez pas, les vraies contractions vous les reconnaitrez ».
Bon d’accord, moi je la sens bien basse… mais je le crois.

Le soir, mon mari doit partir travailler, il me demande quinze fois si je suis sûre qu’il peut partir, si ça va aller… « oui vas-y je t’appelle si je perds les eaux » Il part vers 20h.
Les contractions sont de plus en plus fréquentes, mais je gère la douleur, je me masse le ventre, le dos…
Je marche pour accélérer et pour me soulager…
Je préviens quand même ma copine qui doit garder Nayad au moment venu, que c’est peut-être (j’espère !) pour cette nuit… Je regarde un film à la télé, tranquille.

A 23h je vais me coucher, en me disant « est-ce que je vais arriver à dormir avec ces contractions?? » Je prends une serviette de bain au cas où et je me couche. Ah ça va j’arrive à me détendre. Et POF! Bouchon de champagne!!
Je perds les eaux « glou glou glou » ça ne s’arrête pas, au moins 2 litres, sur mon lit !

J’attends que ça s’arrête, j’appelle mon mari puis ma copine « j’ai perdu les eaux. – ok, j’arrive »
Et je me lève pour prendre une douche, pensant que j’ai largement le temps, comme pour mon premier accouchement… Mais là : une poussée incontrôlable ! Je me rallonge en vitesse car j’ai vraiment l’impression qu’elle va sortir et donc tomber par terre (se cogner sur le rebord de la douche !!)
Et je pousse, je pousse, je ne peux pas m’en empêcher. Complétement désespérée, en panique, j’appelle les pompiers.
10 ou 15 minutes après, mon mari arrive. Ma fille aînée se lève à ce moment là (Dieu soit loué !! heureusement qu’elle ne s’est pas levée avant, me voyant hurler et me tordre dans mon lit). Puis les pompiers arrivent, ils me disent « ne poussez pas madame, attendez le médecin… » JE RÊVE!! Je leur hurle que je ne peux pas me retenir, que je sens la tête, je touche ses cheveux! Alors un pompier me dit « bon mettez-vous en position… » Mais je ne peux pas, je suis mieux sur le côté gauche. Et je pousse une bonne fois, je me lâche. La tête sort, enfin! Là je me mets en position « gynécologique », mais je n’ai plus envie de pousser. Alors j’appuie sur mon ventre avec les deux mains, je la pousse. C’est bon, il est 23h25, elle est sortie! Et le pompier veut la sécher, je lui hurle « donnez -la moi! donnez-la moi ! »
Enfin je la tiens dans mes bras, toute nue toute gluante… et toujours avec ce cordon énorme qui nous relie!

Puis le SAMU est arrivé pour me conduire à l’hôpital, et le SAMU pédiatrique a emmené mon bébé dans une 2ème ambulance, heureusement que je connaissais les médecins (par pur hasard !).
J’ai dû rester 2 heures au bloc d’accouchement, sans boire ni manger, je tremblais comme une feuille.
Et le gynéco a tiré sur le cordon pour faire sortir le placenta, alors que je lui demandais si je devais pousser !
Après il m’a recousu les multiples déchirures, une horreur ! Et je voyais tout grâce à une vitre au plafond…

Le pire souvenir de mes 2 accouchements reste les points de suture, surtout que les douleurs durent…