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#349 Deuxième accouchement – En province, années 90

17 Fév

Pays : France

CHU d’une ville moyenne de Province.

Deuxième accouchement
Aux alentours du terme, mon compagnon se blessa sérieusement … pompiers, hospitalisation … je pris les mesures « ad hoc » : une amie – qui devait prendre ma grande durant l’accouchement et mon séjour à l’hosto – prit ma fille immédiatement, afin de faciliter les choses. Et je me retrouvais seule, avec l’accouchement ultra proche, sans voiture – mais ça c’était pas nouveau – … seule dans cette grande maison, mais en paix … étrangement, je n’avais pas peur, j’étais en même temps apaisée et excitée par la proximité de l’accouchement. Mon premier accouchement me semblait avoir eu lieu dans une autre vie, et je me sentais en confiance avec la maternité. 12 ans et quelques jours s’étaient écoulés … ce n’était pas la même maternité, pas les mêmes personnes … les choses avaient dû évoluer, non ? Mon gros motif d’inquiétude allait vers mon compagnon … je savais qu’il souffrait, et je ne savais pas s’il pourrait être là à l’accouchement – même si nous étions dans le même hosto …

Le lendemain de l’accident de mon compagnon, j’ai passé l’après midi avec lui, à l’hosto ; en rentrant, j’ai lu, comme d’habitude, répété mes exercices de relaxation et soufflé doucement sur les contractions – pas besoin de faire semblant, les contractions s’enchaînaient mais sans être douloureuses. J’étais fatiguée …
Je m’endormis facilement. Et … à minuit tapante, réveillée par une douleur foudroyante dans les reins. Je me suis retrouvée 12 ans en arrière, exactement. La même douleur … la même heure ! Je sus de suite que le top départ venait d’être donné. Je me levais. Je savais d’expérience que rester couchée empirerait la douleur sans faciliter l’avancement du travail. Je savais qu’il fallait que je bouge ! Et je n’avais aucun besoin de me forcer : j’avais besoin de bouger. Et les contractions, exactement comme pour ma fille, se sont enchaînées de suite toutes les 5 min.
Je me suis habillée, après avoir vérifié mon col : effacé totalement, tête du bébé bombante que je sentais sous mes doigts – quelle émotion ! – … pareil que les semaines précédentes, pas de changement. Je marchais dans le couloir … durant des heures, j’ai marché dans ce couloir, avec une chanson mise en boucle sur la chaîne : « Puisque tu pars » de Jean-Jacques Goldman. Cela me semblait particulièrement de circonstance … je chantais à plein poumons en même temps, parfois je hurlais la chanson – pov voisins … au bout de 3 heures, les choses avaient bougé : le col s’était ouvert (une mandarine), le travail devenait plus fort, les contractions plus rapprochées et longues … je n’étais pas pressée de partir … mais je me demandais si en attendant trop je pourrais encore appeler les pompiers … finalement j’appelais mon amie qui s’occupait de ma grande – c’était convenu entre nous – pour la prévenir que j’allais partir à la maternité. Puis j’appelais les pompiers … rentrée brutale dans l’atmosphère « médicale », première grosse rupture de ma bulle …

Je fis le 18 :
Et les échanges, qui m’ont stupéfaits, ont donné quelque chose comme :
« Bonjour, voilà … je m’appelle xxxx xxxx, j’habite au ….., et je suis en travail. En train d’accoucher. Oui je suis sûre. Vous pouvez envoyer une voiture ?
– votre voix est trop calme ; vous ne paniquez pas … vous n’avez pas la voix d’une femme en travail, croyez moi j’en ai entendu !
– Contractions toutes les 4/5 mn depuis minuit, de plus en plus douloureuses et longues ; c’est mon deuxième. Si vous avez besoin, je peux crier et paniquer … mais je n’en vois pas la nécessité.
– Vous êtes seule ?
– Oui mon compagnon vient d’être hospitalisé suite à un accident. Ma fille est chez une amie. Personne pour m’emmener à proximité.
– Donnez moi votre numéro de téléphone. Le médecin modérateur vous rappelle rapidement. »

J’attendis quelques minutes à tournicoter autour du téléphone. La douleur s’était amplifiée, je n’osais plus chanter avec la musique, de peur de louper l’appel. Le téléphone sonna enfin, et … re ! . Je dus recommencer à zéro, les mêmes infos … génial en plein travail ce genre de dialogue, surréaliste je dirais même. Le médecin commença à réagir comme mon précédent interlocuteur. Puis il eut l’intelligence de percuter que toutes les 4/5 mn environ, je cessais de parler pour souffler longuement fort. Il me promit d’envoyer une ambulance rapidement. Il fallait que je me tienne prête.
Aucun problème. Un dernier TV avant la route. Ca avançait bien !
Je vérifiais mes bagages pour la xième fois. Coupais l’eau, et disjonctais le compteur d’électricité. J’étais très calme ; je fermais la maison, je les sortis dans la rue et commençais à faire les cent pas. Je pensais que quand je reviendrais, bébé serait dans mes bras … cela me semblait invraisemblable !
Je ne pouvais plus chanter … le temps me semblait interminable à faire des allers et retours en attendant l’ambulance. Je savais que ce n’était pas évident à trouver ma rue, mais quand même … enfin je vis un véhicule s’arrêter à quelques 2 dizaines de mètres, au bout de la rue (qui faisait intersection avec une autre rue).

Une personne en descendit, et commença à lire les plaques des rues : perdue et cherchant sa route de toute évidence … je marchais vers le véhicule, et une fois assez près, j’appelais. La personne me regarda comme une extra terrestre …
« Vous êtes les ambulanciers appelés pour mme xxxx en travail ? c’est vous ?
– euh oui … me dites pas que c’est pour vous !
– si pourquoi ?
– ben vous avez pas l’air en travail … »

A ce moment une contraction me foudroie, je m’appuie en soufflant comme un phoque contre une voiture. Ca m’évite de répondre … punaise c’est quoi cet archétype qu’ils sont tous dans le crâne ? une femme en travail ne marche pas ? ne parle pas normalement ?
Je siffle « vous en voyez beaucoup des femmes enceintes là maintenant à cette heure à vous attendre dans la rue ? »
Il me demande :
« Vos bagages sont où ?
– Devant la maison, suivez moi. »

Je marche d’un bon pas, l’ambulance roulant doucement derrière moi. La situation n’est pas loin d’être comique … Je prends mes sacs pour les charger dans le véhicule, l’ambulancier – ils sont deux, un au volant avec qui je n’échangerais pas un mot, et mon interlocuteur – m’arrête net : c’est pas à moi à faire cela …. Ça commence déjà à me gonfler tout ça … je ne suis pas handicapée zut ! Ensuite, il me demande si il peut vérifier la dilatation – savoir si on a le temps d’arriver à la maternité, ou si il faut appeler le SAMU de suite. De mieux en mieux. Je me retiens de lui dire qu’on a le temps, que je dois être autour de 3 ou 4 selon mes dernières estimations : je crois que cela l’achèverait. Il faut retourner dans la maison. Génial … j’ouvre la maison, re joncte le compteur d’électricité, toucher rapide sur le canapé : mes estimations sont confirmées.
Sitôt le toucher fini, je me rhabille et redisjoncte le compteur avant de fermer la maison. Je le suis dans l’ambulance. A peine entrée dans le véhicule, je reste debout, un peu pliée, recherchant du regard à quoi je vais pouvoir me cramponner à chaque contraction. Je sens alors une pesée sur mes épaules :
« Couchez vous sur le dos, je vais vous sangler » …
QUOI ?
MEME PAS EN REVE !
Je me dégage brutalement, et trouve du regard ce que je cherchais : deux poignées pendent du plafond du véhicule. Je les cramponne en soufflant tandis que la contraction passe. Nous n’avons toujours pas démarré. L’ambulancier tente de me convaincre de me coucher. Je lui dis très nettement que je ne me coucherais pas, et que ce n’est pas négociable. Il me parle des assurances … j’oppose un visage totalement fermé à ses arguments. Au bout d’un moment, je lui dis que je vais rappeler le 18 : je ne vais pas passer mon accouchement à argumenter dans une ambulance ! Il percute qu’il a affaire à un mur … me dit de m’asseoir alors, de me caler sur la paroi … je dis « oui » mais à chaque contraction j’aggripe les poignées du plafond en me redressant … il frappe au carreau pour dire au conducteur de démarrer. Nous parlons un peu, entre chaque contraction. Le trajet dure entre 20 et 30 mn, autant le passer le plus agréablement possible. Rapidement, je le vois chronométrer les contractions, la durée entre et la durée de chaque. Il me demande si je ne me sens pas mouillée ; si je n’ai pas envie de pousser … je lui dis que non, qu’il se détende, que l’accouchement n’est pas imminent. Il ne semble pas convaincu, et frappe au carreau pour dire à son collègue d’accélérer. Il a gagné, il me fout le stress.
Il se gare près des urgences maternité. Je ne le sais pas, mais la meilleure partie de mon accouchement est derrière moi … ces heures où j’étais seule à marcher en chantant. Un moment dont je garde un souvenir intense et ému …
Je me couche sur le côté sur le brancard, le temps de le descendre de l’ambulance et de monter à la maternité. Dans l’ascenseur, je suis debout près du brancard – décidément, la position couchée et moi sommes incompatibles. L’a pas l’air heureux, mon ambulancier … une aide-soignante nous accueille … je sors de l’ascenseur avec une partie de mes bagages dans les mains, l’ambulancier sur les talons qui me répète de laisser tout ça, qu’il va s’en occuper … je me retourne pour lui dire que « ZUT je ne suis pas handicapée à la fin ! » … je suis l’aide-soignante pour ranger mes affaires ; l’ambulancier va faire les formalités, et nous nous serrons la main ; il me souhaite bonne chance en souriant.

L’aide-soignante est souriante, avenante. Elle me demande si elle peut vérifier la dilatation ? je lui dis que l’ambulancier l’a fait il y a une petite heure, que c’était à 4 environ. Elle lève les yeux au ciel d’un air de dire qu’il n’y connaît rien … oups une grosse contraction me cloue, je souffle appuyée sur la table d’examen, puis j’y monte ; je suis maintenant à 6 qu’elle me dit, ça avance vite … Je lui demande où sont les toilettes, j’ai besoin de faire une vidange sérieuse avant tout. Je sens que c’est le bon moment … un tit suppo de microval va m’y aider. Comme cela prend un peu de temps, elle vient aux nouvelles, je la rassure, je ne suis pas en train d’accoucher dans les wc !
Puis direction salle de travail. Je me mets en « tenue » … non je ne peux pas mettre le tshirt que j’avais emmené spécialement pour accoucher : il n’est pas ouvert dans le dos, ce n’est pas possible à cause de la péridurale. Comment ça je ne veux pas de péridurale ? enfin, elle me dit que je verrais avec la sage-femme … qu’elle va chercher, alors que je fais les cent pas dans la salle de travail, en m’arrêtant, m’appuyant et soufflant à chaque contraction. La sage-femme arrive … elle vient juste de se réveiller. Je suis la 4ème ou la 5ème de la nuit, et c’est sa deuxième nuit de garde. Elle me dit de monter sur la table, on va faire un monito et un TV pour savoir où ça en est … commencent à me bassiner avec les TV ! Je dis que sa collègue – oups pardon, l’aide-soignante – vient de m’en faire un, que je suis à 6 … elle accepte de surseoir au TV, mais c’est parti pour le monito. Et moi, j’entre en enfer. Dans la foulée du monito, on me pose une perf et le brassard de tension avant que j’ai eu le temps de dire ouf.
Il faut que je me couche à plat dos. Pas le choix. Elle me dit une demi-heure de monito pour voir où ça en est. Je tape sur la table et jure à chaque contraction. Paraît que j’ai un sacré vocabulaire. Elle me propose la péri à plusieurs reprises, je refuse net. Elle me dit de me calmer – elle est gentille elle … je lui réponds que je me calmerais bien plus facilement si j’étais debout. Elle ne répond pas. La demi-heure est longue à s’écouler … Entre temps, je lui explique la situation : mon compagnon en chirurgie, opéré hier … peut-il être présent à la naissance de son enfant ? elle me répond qu’il est interdit de changer un patient de service. Oups, un sacré coup sur le moral. Voyant la demi-heure terminée, et que mon bb a un RCF parfait, je m’assois. Evidemment, ça sonne … j’ai fais bouger les capteurs. La sage-femme me dit de me recoucher … ah non alors, pas question ! Et même mieux, non seulement je ne vais pas me recoucher, mais je vais me lever. La sage-femme proteste, me parle de responsabilité légale si il arrivait quoique ce soit, l’enregistrement du RCF est obligatoire, et qu’elle a elle aussi des enfants, et ainsi de suite … Je réponds que c’est intolérable, insupportablement douloureux de rester couchée, donc je ne reste pas couchée. Point. Et je ré-attaque pour mon compagnon … je n’envisage pas d’accoucher sans lui ! Non que j’ai besoin de lui, mais je sais qu’il veut voir son enfant naître. J’ai mal choisi mon moment … je me rends compte aujourd’hui que j’ai fais une erreur de stratégie de taille. La sage-femme me re-dit ce qu’elle m’a dit précédemment. Mais ajoute :
« Cependant, si vous faites un effort, j’en ferais un aussi. Si vous vous couchez, j’appelle le service de chirurgie pour demander qu’on fasse venir votre compagnon. Et l’anesthésiste aussi, comme vous avez l’air de beaucoup souffrir » … Elle me regarde droit dans les yeux, la main posée sur le téléphone intérieur. Je suis suffoquée. Incapable de réfléchir, je dois avoir tout du poisson sorti de l’eau, bouche ouverte et yeux vides. Finalement j’acquiesce, la rage au cœur. Elle me demande de me recoucher, me fait un TV – je suis à 8 … une péri posée à 8 ? à la vitesse où le travail avance ? … elle me dit que l’anesthésiste arrive, ainsi que mon compagnon. Je jure comme un charretier en attendant, en tapant sur la table. Elle me répète de ne pas m’épuiser, et que ce n’est pas trop joli de dire cela alors que son enfant est en train de naître. Je ne relève pas. A un moment entre deux contractions, je dis que je ne veux pas d’épisiotomie. Elle répond qu’on verra. Je souffle, jure et dit que c’est tout vu. Que si je vois les ciseaux, je tape. Et si elle coupe sans que je m’en rende compte, on se parlera par avocats. L’anesthésiste arrive. Pas réveillé, encore moins que la sage-femme. Il râle … je suis sa 4ème – ou 5ème ? – de la nuit. Me dit de m’asseoir et faire le dos rond. Pas un bonsoir, rien … je m’assois, et une contraction arrive, je crie qu’il ne me touche pas durant la contraction. Il n’apprécie pas du tout … ensuite je me mets au mieux possible, il pique et je crie de nouveau : une douleur incroyable, inattendue, aigue, insupportable me fulgure dans le dos. Je lui dis de faire l’anesthésie locale, que ça fait trop mal. Il ne répond pas … une contraction de nouveau, alors qu’il va pour me piquer une deuxième fois. Je bouge, et me mets debout. Le monito sonne, la sage-femme l’arrête. L’anesthésiste râle et m’engueule, que j’arrête de faire du cinéma parce que lui voudrait bien aller dormir. Je souffle comme un phoque sans lui répondre, et me remets en position. Je suis tendue, j’ai peur d’avoir mal … et j’ai de nouveau très mal. L’anesthésiste me dit de me détendre, que j’ai le dos dur comme du béton. Je réponds que je peux pas me détendre vu comment il me fait mal, qu’il fasse la pré-anesthésie d’abord ! Il me dit que c’est déjà fait. Je réplique que c’est pas possible, j’ai déjà eu une péri, et je n’ai rien de rien senti. Là il me fait un mal de chien. Bref, de mots doux en noms d’oiseaux, deux ou trois contractions passent. Puis je me remets encore en position … il dit que c’est le dernier essai, qu’après il va chercher l’anesthésiste … je sursaute … QUOI ? il n’est pas anesthésiste ? non interne me répond il. C’est le pompon … je sers de cobaye …
Je sens ses mains dans mon dos, je souffle souffle souffle … le pieu qui entre, me fourrage le dos, c’est atroce … enfin l’impression que quelque chose cède, ça fait encore plus mal d’un coup puis plus rien. Il me dit que ça y est … je lui jette un œil noir de colère … il part. La sage-femme me fait me recoucher, remet le monito correctement, rebranche les alarmes. J’ai mal, très mal, je suis énervée, complètement sortie de ma bulle. La péri fait enfin effet … peu après, la sage-femme refait un toucher, car je lui dis que je sens une envie de pousser … elle me dit qu’effectivement je suis à complète. Elle arrête le débit de la péri … tout ce cirque pour quoi ? une demi heure de soulagement ? pffffffffff ….
Je reparle de l’épisio … et lui demande aussi d’éteindre le scialytique, que bébé ne soit pas ébloui à la naissance. Elle le fait.
Des bruits de voix dans le couloir, c’est mon compagnon. Nous échangeons une brève accolade, quelques mots. Il ne saura jamais le prix que j’ai payé pour sa présence. Très vite, il se sent mal, sort prendre un café.
Entre temps, échange houleux avec la sage-femme … je ne veux pas d’épisio. Non négociable … elle ne semble pas comprendre et me réponds « Je verrais » ; la réponse part de suite « C’est tout de suite vu : je vois des ciseaux, je tape, vous coupez en douce, je vous colle mon tonton avocat sur le dos » !!!
Le papa revient rapidement, car bébé arrive.
C’est le moment des « Inspirez bloquez poussez !!! » … je suis mal dans cette position, j’étouffe et j’ai l’impression de pas être efficace du tout. Je m’épuise … cela va durer une demi-heure, comme pour ma grande. Sans expression abdominale … et sans épisiotomie. Le scialytique est éteint ; bébé est en occipito sacré, comme sa grande sœur (je peux voir tout ce qui se passe entre mes jambes dans le scialytique éteint qui fait miroir), la sage-femme dégage la tête, les épaules et me dit de l’attraper. Il hurle de suite … il est couché sur moi, violet puis rouge écarlate, et il hurle, hurle, hurle … mes mains sont posées sur lui, je lui parle, cherche ses yeux mais il est crispé sur ses hurlements. Il est 5h30 … ce deuxième accouchement aura duré presque 3 fois moins que le précédent. L’aide-soignante le prend, dit qu’elle va lui faire « les soins » … je me tords pour la suivre des yeux, la sage-femme me tend un miroir en me disant « C‘est juste derrière vous » … et j’ai droit aux images en même temps que le son … je ne regarde pas longtemps, j’ai les tripes en vrac … je suis révulsée de ce qu’ils lui font subir, j’ai envie de balancer le miroir sur la femme qui torture mon bébé, me lever, cogner !!! La sage-femme me dit « Je vous fait un point, il y a une petite déchirure » … je m’en fous, mon bébé hurle … je sens une lassitude énorme m’envahir, et je suis tirée comme par un élastique 12 ans en arrière, où un autre bébé hurlait à s’en faire péter les cordes vocales, pour les mêmes raisons. Je me sens vide, je me sens mal … enfin les hurlements s’apaisent … la séance de torture est terminée, et la voix du papa réussit à calmer un peu bébé. Dès que la suture est finie, bébé revient sur moi. Et nous nous regardons enfin. Je me sens un peu mieux. Il est blond aux yeux bleus, comme sa grande sœur. Mais il ne lui ressemble pas du tout. Je me sens vibrer d’émotions pour ce bébé … c’est tellement nouveau. Et c’est tellement ce que j’avais espéré pour ma grande que cela me fait mal en même temps.

La sage-femme me demande si je veux allaiter. Je réponds que oui. Une puéricultrice vient pour la mise au sein. Ensuite elle me dit d’un air navré :
« Je suis désolée Madame …
– ?
– il n’y a plus de couveuse, vous allez devoir garder votre bébé sur vous jusqu’à votre installation en chambre.
– ?
– D’habitude, le bébé va deux heures en couveuse après la naissance, comme ça il peut se réchauffer et la maman peut se reposer …
– Et bien c’est une chance qu’il n’y ait plus de couveuse. Je n’aurais sûrement pas accepté cela !! Le meilleur endroit pour réchauffer bébé, c’est mon corps … et comment voulez vous que je me repose séparée de mon enfant ? »

Elle me regarde comme si j’étais une extra-terrestre, et c’est réciproque. Ils imaginaient peut-être que j’aurais laissé faire ça ?
Ce qu’ils feront subir de pire à mon enfant dans cette maternité, est à venir … toute l’après midi, on va me mettre doucement la pression pour que j’accepte que bébé aille en nurserie la nuit … au soir, usée, j’accepterais, avec la promesse que bébé me serait ramené dès qu’il demanderait, promesse que je ferais à mon fils. Il hurlera de 23 h à 6h30 du matin, sans s’arrêter … refusant les bibs, se débattant dans les bras … au petit matin, il me sera rendu rouge, épuisé, mais toujours hurlant … je mettrais longtemps à l’apaiser … je mettrais longtemps aussi à m’apaiser, car je suis bouleversée de savoir ce qu’il a subi …
S’ensuivront dix ans de difficulté de sommeil sérieuses pour mon fils : dès que je le pose dans son lit, il hurle, je mets des heures à l’apaiser, l’endormir … je le pose dans son lit, et une fois sur deux ça repart pour un tour.
Plus grand il verbalisera ses difficultés d’endormissement : « j’ai peur que des voleurs ne viennent m’enlever à toi » …
Rien ni fera, aucune de mes assurances, la porte fermée à double tour, le chien … RIEN.
Il a la peur chevillée au corps, et moi butée bornée qui ne comprend rien.
Il me faudra dix ans pour relier les difficultés de sommeil de mon grand avec cette première nuit.
Evidemment que je ne pouvais pas le rassurer : il SAVAIT qu’on pouvait venir le chercher et l’emmener très longtemps loin de moi (un nouveau-né n’a aucun sens du temps, il a du avoir l’impression d’appeler dans le vide durant une éternité) … il le savait parce qu’il l’avait DÉJÀ vécu.

Au final, je suis heureuse … j’ai une capacité d’enterrer ce qui s’est mal passé effarante, comme pour mon aînée. Je remercie la sage-femme ; évidemment, par rapport aux premières que j’ai connues, elle est formidable … évidemment par rapport à mon premier accouchement celui-là a été réussi … j’étais bien plus active, décideuse … il n’a pas duré trop longtemps pour m’user … surtout pas d’épisiotomie, et la rencontre avec mon bébé avait été émouvante et chaleureuse.
Oui, évidemment … mais quand j’ai été enceinte une 3ème fois, tout est remonté, en même temps, mes deux premiers accouchements, et toutes les émotions qui allaient avec.
J’ai tout fait – et réussi – pour ne pas remettre un orteil dans en hosto.
Je voulais – et je l’ai fais – accoucher, et ne plus me faire accoucher.
Je voulais être active, DÉCIDER, SUIVRE MES BESOINS et ne plus subir, négocier, dire amen et le regretter ensuite très longtemps.
Je ne voulais pas la lune … juste qu’on me foute la paix, et qu’on me laisse accoucher, par mes propres moyens.
Je n’ai pas eu la lune … j’ai eu bien mieux : j’ai eu la lune, le système solaire et la voie lactée en prime.
Ca n’a pas été comme je l’avais si souvent rêvé : ça a été mieux, à un point que je n’aurais pu imaginer dans mes rêves les plus fous.
La contre-partie : ce 3ème accouchement m’a fait prendre conscience de façon aigüe ce qui nous avait été volé, saccagé, pillé, piétiné à mes premiers accouchements.

Blandine

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Lien vers le premier récit de Blandine : #327 – Premier accouchement – Paris, années 80

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#329 – Accouchement non respecté (37), 2013

14 Jan

Nous sommes le 23 avril 2013, il est 21h. Depuis hier, j’ai dépassé le terme officiel des 41 SA, et ce soir, enfin, une petite contraction vient pointer le bout de son nez !

Je n’ai pas peur finalement. J’ai tellement attendu que le soulagement de voir un petit travail démarrer l’emporte sur la peur.
J’ai tout préparé en amont. Bien sûr, la valise, le linge dans la voiture en cas d’inondation, etc … mais surtout : l’accouchement en lui-même : quels sont les gestes médicaux à éviter, quels conseils pour tenir sans anesthésie, pourquoi moi, femme, je suis complètement capable d’accoucher …
La clinique et la gynécologue de la clinique m’avaient fait bonne impression. Méthode de Gasquet, possibilité de dire ce que l’on souhaite. J’avais d’ailleurs bien discuté avec elle, et j’avais pu bien mentionner ce que je voulais et ce que je refusais.
C’est donc en confiance que le 24 avril, à minuit tout pile, je me rends accompagnée de mon mari à la maternité.
Premier coup de massue : comme c’est la nuit, c’est le gynécologue de garde qui va s’occuper de moi. Ce n’est pas ma gynécologue !!!
La sage-femme m’accueille et me place en salle de monitoring. C’est bien un début de travail ! Mes contractions m’inconfortent (le mot est faible) mais on me laisse seule dans cette salle de monitoring sur une table d’auscultation très étroite et inconfortable. Je gère comme je peux, mon mari ne sait pas trop où se mettre.
Enfin, la sage-femme revient et me fait passer en salle de naissance, avec un ballon. Tout est prêt pour la péridurale bien que je n’en veuille pas, mais c’est juste le protocole, que ce soit prêt au cas où.
Je souffle, je grogne, je chantonne un peu.
On me propose de percer la poche, je refuse.
Je continue de lâcher prise tranquillement.
Rien n’avance, donc j’accepte qu’on me perce la poche.
Les contractions me font vomir, maintenant. Mais non, toujours pas de péri, merci.
La sage-femme me propose des positions sur le ballon et sur le « lit-table ».
Quand soudain, ça pousse !! Je hurle !!
La sage-femme tamise la lumière et m’aide à m’installer sur le côté.
Jusque là, on dirait presque un accouchement respecté, non ? Mais ça va se corser ….
La sage-femme appelle le gynécologue de garde. Et oui, nous sommes en clinique, c’est le gynécologue qui gère les 5 dernières minutes (et touche le pactole)
Dès qu’il entre dans la pièce, c’est « mettez-vous sur le dos ». Dans un état second, j’obtempère, enfin, surtout je me laisse faire par les gens autour de moi (tient, il y a une troisième personne … ah oui, la puer). Je pousse, je lâche TOUT, mais cela ne satisfait pas le gynécologue. Je réclame de changer de position, j’ai envie de me mettre à 4 pattes, ou au moins sur le côté. On me dit NON. Et là, une douleur atroce me transperce. Il vient de mettre un coup de ciseaux ! Je n’ai pas d’anesthésie, ça me fait un mal de chien ! Mes contractions à côté, c’était de la rigolade. J’hurle encore plus fort qu’avant, mais là c’est de douleur.
Enfin, j’entend la sage-femme dire « regardez madame! », j’ouvre les yeux, et je vois un petit bébé suspendu dans les airs, qui atterrit sur ma poitrine. Un cri, des mouvements incontrôlés … je reconnais ces petits coups de pieds. Mon bébé ? J’ai un bébé ? C’est une petite fille ! Il est 5h du matin, le jour se lève. Et moi je suis maman.
Tout de suite, on m’enlève mon bébé. Il faut recoudre. Une anesthésie locale plutôt réussie, sauf pour un point. ça fait vraiment mal, cette aiguille qui me transperce, ce fil qui me traverse. Mais, selon le gynécologue « à côté de ce que vous venez de vivre » … il n’a vraiment rien compris aux femmes, lui.
Mon mari tenait mon bébé, mais il s’est senti mal. Plutôt que de me revenir sur moi, ma petite fille a atterri dans une couveuse. Et elle hurlait, là, toute seule, loin de la chaleur de sa mère. Et moi en train de me faire recoudre, et personne autour pour me la donner. Mon bébé !
Enfin, la puer’ a la présence d’esprit de la mettre sur ma poitrine.
Et là, le calme après la tempête. Nous sommes là, tous les trois, avec ce tout petit bébé. Et c’est la première tétée.
Anonyme. Département 37

#328 Accouchement non-respecté en Charente Maritime, 2004

14 Jan

Je m’appelle Héloïse, j’ai 38 ans, mon fils est né en 2004 à l’hôpital (…) en Charente Maritime.

Mon corps, mon bébé et mon accouchement n’ont pas du tout été respectés ainsi que le séjour qui a suivi.

J’avais alors 28 ans et le terme théorique était prévu pour le 31/10/2004; tout s’était très bien déroulé jusque là.

Le 15/10 en toute fin de journée, dernier examen chez le gynécologue-obstétricien, examen peu agréable et douloureux.

Le 16/10 à 08h15, dès le saut du lit en allant aux toilettes comme par hasard la poche des eaux s’est rompue d’un seul coup …

Deux heures plus tard, je pars à l’hôpital naïvement, confiante et joyeuse à l’idée de donner la vie et de voir enfin mon bébé.

Arrivée au bureau des sages-femmes, je suis accueillie par la doyenne qui me présente à sa collègue qui est de garde ce jour-là pendant 24h à l’époque.

Déjà je ne la sens pas enchantée dès le départ, nous sommes un samedi, c’est donc sa garde du week-end du samedi 8h au dimanche 8h. Elle n’est visiblement pas d’humeur et commence par me faire un monitoring, pour détendre l’atmosphère je lui dis que c’est sympa d’avoir la même sage-femme pendant 24h. Là elle enfile ses gants d’examen et me dit sèchement : « maintenant je vais être nettement moins sympa » puis elle m’enfile ses gros doigts entre les jambes en me faisant atrocemment mal.

Elle est particulièrement sèche et désagréable, brutale dans ses gestes, elle m’annonce avec dédain : « Pfff vous n’êtes dilatée qu’à un doigt, dans 48h on y est encore » …

Elle repart en m’indiquant que je vais devoir patienter dans une chambre, mon conjoint n’en revient pas de son attitude, et ma mère qui l’a vue l’a qualifiera de matronne.

Je n’avais ni bu ni mangé depuis la veille et les contractions se sont accentuées d’heures en heures, la sage-femme n’est revenue me voir à aucun moment, j’ai géré mes contractions seule dans ma chambre. Vers 19h à bout de forces, je demande au personnel si je peux manger quelque chose, ils me servent juste une soupe que j’ai vomie.

J’ai donc sonné car je n’avais pas vomi une seule fois durant ma grossesse et cela m’a inquiétée, c’est la matronne qui est arrivée, visiblement je la dérangeais, « pfff ça arrive souvent avec les contractions, rappelez quand il y en aura toutes les deux minutes pendant 2h d’affilée » … Quel sens du dialogue et quelle écoute, quel soutien ! Vers 21h je pars enfin en salle de travail, je suis perfusée, cathétérisée, tensiométrisée, sans explication. La matronne se prend les pieds dans les fils de ma perfusion reliés à ma main et je hurle lorsque le pansement s’arrache. Pas une excuse, elle lève les yeux au ciel et repart. L’anesthésiste qui est beaucoup plus aimable vient me poser la péridurale à 3 cm de dilatation (trop tôt dans mon cas mais je ne le saurai qu’après). Au bout de 20 minutes elle ne fait aucun effet, je souffre horriblement car les contractions sont de plus en plus intenses. Je le dis à la sage-femme mais elle me dit que « non je ne peux pas avoir mal puisqu’on vient de me poser la péridurale »… Une fois de plus, je semble la déranger et elle ne me croit pas !! C’est mon corps, je sais si j’ai mal ou non, c’est tout de même incroyable de ne pas être crue quand on souffre !!! J’insiste et elle finit par rappeler l’anesthésiste qui lui me croit, et confirme que la péridurale a échoué, le produit ayant rebondi sur le nerf. Deuxième pose entre deux contractions douloureuses, le produit fonctionnera cette fois-ci mais pour une heure seulement, de 22h à 23h. Mon fils étant né à 01h15 je vous laisse imaginer la suite car à aucun moment je n’ai été informée de la durée des effets de la péridurale et de l’éventualité que je sentirai tout passer, à l’ancienne … Sanglée sur ce lit à l’horizontale (ce qui paraît aberrrant pour faire naître un bébé) reliée à des machines et à une sage-femme absolument odieuse, sans plus aucun effet de la péri, voilà comment j’ai fini les dernières heures de mon accouchement. De plus, lors des cours de préparation à l’accouchement, on a dit qu’il y aurait deux personnes maximum en salle de naissance (une SF et une Aux puer), et là il y avait 4 personnes, dont 3 dont j’ignorais totalement le statut médical puisque personne n’a pris le temps de se présenter. Des personnes entrent et sortent sans frapper, sans décliner leur identité ou sans même un simple bonjour alors que notre corps est à la vue de tout le monde en partie dénudé. A un moment deux des femmes sans identité se sont permis des remarques sur mon initmité comme si je n’étais pas présente : « tu as vu ça ? moi je n’avais encore jamais vu ça ! » … La nudité et la pudeur des patientes n’est pas respectée et il y a des remarques déplacées qui n’ont pas lieu d’être ! Le travail avançait lentement, environ 1cm par heure, ce qui semblait agacer la sage-femme ! Elle n’était pas non plus disposée à répondre à mes questions pourtant peu nombreuses durant le travail. Je lui ai demandé ce qui se passerait si mon bassin était trop petit, et elle s’est contentée de dire sèchement « mais pourquoi il serait trop petit votre bassin ? » A un moment elle a regardé sa montre et nous a dit « Bon je vais aller manger parce que j’ai pas que ça à faire! » Un comble pour une soit disant professionnelle qui est censée vous accoucher … De 23h30 à 01h15 mes douleurs sont devenues de plus en plus atroces, je ne m’attendais pas à une telle douleur, je ne maîtisais plus rien sauf la respiration que j’avais apprise aux cours de préparation. Là encore je n’ai pas été respectée, la matronne revenue de son dîner m’a fait comprendre sur un ton très autoritaire que la tête poussait et qu’on était à 1/2heure de l’expulsion donc il fallait oublier toutce que j’avais appris aupravant pour appliquer sa méthode. Les 4 se sont mises à me dicter en même temps leur façon à elle de respirer ou de pousser, sans aucun soutien, aucun encouragement, juste des informations contradictoires en me hurlant dessus. Quelle douleur, et rien d’apaisant autour, une position gynécologique imposée jambes écartées sous une lumière vive, avec des femmes censées vous aider mais qui vous crient dessus, aucune bienveillance, aucune empathie, rien ! C’est dans ce contexte que j’ai osé demander si j’allais avoir une épisiotomie et la sage-femme a alors répondu « mais c’est déjà fait! »… Un geste imposé, sans aucune discussion ni aucun consentement préalable ! J’ai l’impression d’avoir été trahie, découpée dans ma chair pour que ça aille plus vite, pour les arranger eux, parce qu’ils n’ont pas de temps à perdre … Là on est complètement dépossédées de notre  propre corps, ces instants nous sont volés à jamais, et aujourd’hui encore je porte cette cicatrice physique et psychologique, je me sens mutilée. J’estime que nos corps et nos âmes méritent un peu plus de considération et de respect, après tout c’est nous qui donnons la vie, non ? Lorsque la douleur a été au paroxysme, que la tête de mon bébé s’est engagée et que je voulais que tout s’arrête tant la douleur est aigüe, terrassante et irrationnelle, la sage-femme a prononcé cette phrase que je n’oublierai jamais : « Il y a un problème, il y a un problème … » On s’est regardés mon conjoint, les 3 autres femmes et moi avec inquiétude. La matronne a laissé passer quelques secondes qui ont paru des heures et a lancé un « c’est bon la tête va passer! »… Hillarant, très adapté à la situation, il fallait rire en plus ? Ce genre d’humour n’a pas sa place dans un moment pareil et c’est une honte d’être traitée ainsi dans un hôpital. Après cet épisode d’humour très déplacé, il restait encore les épaules de mon fils à faire passer, alors j’ai hurlé de toutes mes forces pour expulser cette douleur et aider mon bébé à sortir. Une des femmes a osé me dire « arrêtez de hurler vous allez faire peur à la maman d’à côté »… En plus on nous culpabilise, c’est révoltant d’être traitée ainsi dans un moment pareil ! Mon bébé arrive enfin et je peux le serrer dans mes bras, occultant tout le reste, je pleure en disant « Mon bébé, c’est mon bébé ! ». Il est bien au chaud tout contre moi, très calme, il me regarde et respire l’odeur de ma peau. Je l’aime tellement, c’est mon fils et il est enfin là ! Je tremble de froid et de fatigue, on me l’enlève déjà; moi qui allais très bien en arrivant, j’ai contracté un virus à l’hôpital et j’ai 39°5 de fièvre donc bébé part pour des examens, il me manque déjà, il n’a pas pu avoir sa tétée d’accueil comme je le souhaitais. Le placenta est expulsé entier dans le quart d’heure qui suit la naissance (je l’ai lu dans mon dossier). On me recoud la coupure de l’épisiotomie à vif …

Et j’ai droit à une révision utérine, manuelle, alors que mon placenta était entier !! C’est une douleur insupportable, cette main et ce bras dans vos entrailles qui semblent tout arracher de l’intérieur … « vous ne pouvez pas avoir mal, vous avez eu la péridurale » Décidéménent rien ne m’aura été épargné dans cet hôpital archaïque. Pourquoi tant de violence et d’irrespect envers les femmes ? On me ramène mon fils deux heures plus tard et enfin il, peut téter, allaitement maternel 100% réussi et qui durera 18 mois, et ce n’est pas grâce aux conseils que j’ai eus, contradictoires une fois encore, que j’ai réussi mon allaitement, mais grâce à ma seule volonté. La garde de la matronne se termine bientôt, elle me ramène dans ma chambre, veut vérifier avec sa collègue si je sais encore uriner, c’est le protocole, elles me regardent avec insistance assise sur les toilettes, il n’y aura pas une goutte, dans ces conditions ! Elles préfèrent aller voir le bébé, puis elles quittent la chambre, sans même un au revoir. Je ne reverrai jamais cette femme indigne de porter le qualificatif de sage, j’espère vraiment qu’elle a changé de métier depuis. J’ai croisé plus tard une de ses collègues dans un supermarché, elle m’a avoué que sa collègue en avait ras-le-bol des gardes de 24h … Merci de nous avoir gâché l’un des plus beaux moments de notre vie. Je ne reviendrai pas sur tous les détails du séjour qui a suivi tout aussi irrespectueux, 9 jours d’enfer, mon bébé ayant eu l’ictère du nourrisson et pour moi un virus inconnu, il a été placé d’officice en unité Kangourou avec les prématurés alors qu’il n’avait que 14 jours d’avance. Un matin il a été piqué 12 fois sur son petit bras parce qu’une étudiante qui ne savait pas faire les piqûres s’est acharnée sur lui … Les bébés et leurs mamans méritent le respect dans ce moment unique qui aurait dû être joie et douceur et qui s’est transformé en un moment de tristesse et d’amertume, tout cela parce que des personnes n’ont pas été à la hauteur de leur statut d’humain alors qu’on leur a donné toute notre confiance du fait de leur statut médical. Cet instant magique devenu une expérience traumatisante je ne souhaite à aucune femme de le vivre; j’attends mon deuxième enfant dont le terme est prévu pour le 28 janvier et 10 ans plus tard j’espère cette fois-ci une naissance respectée. Merci de m’avoir lue.

– Héloïse

Mon accouchement à domicile

14 Jan
Je pensais me rendre à la maternité et faire « comme tout le monde » avais-je répondu à la sage-femme qui nous accompagnait à une préparation à l’accouchement…
Et puis, une lecture : « Naissance à visage humain », m’a parlé…. moi qui ai un rapport particulier au corps… et j’ai commencé à me renseigner sur les accouchements physio sans péridurale, et puis  j’ai fini par en parler, de ce rêve d’ado de donner la vie en piscine… dans l’eau quoi…
Et, j’ai fait la rencontre d’un obstétricien et d’une sage-femme qui ont convaincu mon conjoint du risque aussi important voire moins important encouru par le fait d’accueillir notre petit Héloïse chez nous… (à condition d’une grossesse sans risque) et il a dit oui alors que j’étais toujours en questionnement du où ? et avec qui ? hôpital qui respecte le lien mère-enfant et favorise les accouchements physio. Mais les dés étaient jetés, si ma grossesse continuait à bien se dérouler; ce serait à la maison !
Et fin février, 37ème semaine, quand l’obstétricien m’a confirmé que pour lui c’était ok et bien voilà, c’était parti ! Préparation matérielle en route ! J’ai alors beaucoup lu sur la douleur de l’accouchement pour disposer de plusieurs outils : chant avec sons graves, l’accueil de la douleur (qui était très conceptuel) et points d’acupuncture. J’ai aussi réalisé des massage du périnée à l’huile d’olive, moi !!????
J’étais intimement convaincue que ma volonté (l’intellect’) de ne pas faire de péridurale contribuerait à une bonne gestion de la douleur.
Et le vendredi 3 Mars, alors qu’un ami était venu partager un repas avec nous, j’ai senti des contractions… différentes de celles de la grossesse… j’ai rien dit, convaincue que mon premier accouchement durerait des heures et des heures… j’ai simplement dit avoir mal au ventre, et j’ai pris mon ballon pour me détendre alors que nous prenions l’apéritif… Notre ami est parti tôt et puis j’étais comme obsédée par le fait d’aller dormir pour être en forme pour le vrai travail !
J’ai dormi, comme on peut dormir en fin de grossesse… et puis… à 5h du matin, les contractions m’empêchaient de dormir alors… j’ai pris un 1er long bain. J’en suis sortie et j’ai indiqué à mon conjoint que c’était le jour… A 7h, j’ai appelé l’équipe d’accoucheurs : un obstétricien et une sache-femme et je leur ai indiqué que les contractions étaient régulières mais pas rapprochées. Le temps d’annuler leurs rendez-vous, ils sont arrivés pour 11h. Ils m’ont trouvée détendue… et m’ont conseillée de continuer ainsi, limite de ne pas penser à l’accouchement, au stress généré par ces nouvelles douleurs. Ils m’ont demandé de penser qui pourrait venir boire un thé avec moi l’après-midi… je n’en revenais pas… moi qui intellectualise tout, je devais ne pas penser à ce qui se passe…. mais j’ai exécuté les recommandations et j’allais au jardin quand les contractions arrivaient… Mon couple d’amis n’en revenait pas de mon état d’esprit. Eux qui 2 mois auparavant avaient vécu un accouchement hyper-médicalisé. Et puis, à 17h quand l’équipe est revenue, la sage-femme me disait que j’avais tellement décroché de ce que je vivais que le travail n’avait plus avancé. Le nouveau mot d’ordre était : concentration et là, j’ai commencé à entrer dans cette fameuse « bulle ». Doucement, les contractions se rapprochaient. Les heures passaient. Mon conjoint a éteint les lumières et allumé un feu de cheminée, j’ai pris un 2ème bain mais à minuit : pas de poche perçée et pas d’ouverture conséquente… je fatiguais bien sûr, alors ils ont décidé de percer la poche et là… oh oui que les vraies contractions de travail arrivaient ! ! ! J’ai utilisé ballon, écharpe pour me suspendre mais sur le tapis, je n’étais pas inspirée par les positions sur le côté…. peut-être plus tard me disais-je…. J’ai pris un 3ème bain dans le noir et je me rappellerai toute ma vie de cette atmosphère. J’avais convié mon conjoint à me suivre dans mes sons graves pour limiter la douleur. On aurait cru un temple boudiste avec nos :  » Oooaaaah » en stéréo. Au sortir du bain, tout a pris une autre dimension, je commençais à être à cours d’idées pour gérer la douleur. Le sol ne me permettait toujours pas d’être à l’aise et j’ai  alors demandé à mon conjoint le massage des points d’acupuncture sur les mains seulement les contractions m’empêchaient d’être dedans… j’attrapais mon conjoint assis sur le lit par les épaules à l’arrivée de chacune d’elles et le serrai très fort tout en continuant mon chant boudhiste dont le son commençait à monter ! J’ai voulu dormir donc nous avons dormi l’un contre l’autre entre deux contractions. Et puis, le moment de la délivrance approchait. La sage-femme me propose la baignoire, je lui dis non à la surprise de mon conjoint,  me sentant trop fatiguée pour l’atteindre et puis… c’est si peu confortable !  J’ai essayé une chaise physio avec laquelle visiblement je poussais comme il fallait mais l’obstétricien m’a arrêtée car mon flux sanguin était trop concentré dans mon bas ventre et il craignait une hémorragie, je re-tente le sol mais définitivement non et puis mes représentations m’ont rattrapées certainement et c’est le lit qui m’a interpellée. C’est bien le seul regret de cet accouchement ! Ensuite, j’ai « poussé » comme on dit, sans bien savoir si c’était comme ça… j’ai d’abord poussé avec mes abdos, ce qui ne sert à rien lors d’un accouchement comme tout le monde peut se l’imaginer…. Les contractions ressemblaient à de fortes vagues si puissantes qu’elles généraient chez moi comme un vent de panique. J’avais peur, si peur de laisser cet enfant mourir dans ce passage… ça a duré longtemps (je n’ose même pas l’écrire car JAMAIS on m’aurait accordé ce temps en hôpital) jusqu’à ce que l’obstétricien me crie : c’est comme ça ! Là, ma peur s’en est allé et mon intellect (je dis intellect alors que c’était sensoriel… je crois que j’avais à nouveau réuni corps et esprit) cela m’a permis de me concentrer pour reproduire à l’identique ce que je venais de faire… la tête était sortie, je n’y croyais pas ! tellement pas que je poussais alors que je n’avais plus de contractions. Ma sage femme m’a alors dit : tu n’as pas compris ? c’est la contraction qui fait sortir le bébé ! Oui je le savais mais non je ne l’avais pas encore intégré ! comme on dit on apprend en faisant ou plutôt quand tout est fini et que l’expérience nous a tout appris !
Le reste du corps est donc sorti sans aucune sensation avec la contraction suivante. Et là, c’est la rencontre !  Ma fille me regardais droit dans les yeux comme si elle savait que j’étais sa mère…. incroyable ! elle était là, vivante, en bonne santé, j’étais comblée, encore sous le choc mais comblée !
Ce que cette expérience m’a appris c’est que devenir mère ce n’est pas que dans le conscient… et que mon corps, si j’apprends à l’écouter peut m’aider à vivre les choses telles que je souhaite les vivre.  Il m’en a fait la démonstration. Ce temps que m’a accordé cette équipe pour que je trouve le chemin de la vie avec ma fille n’a pas de prix ! Moi qui ai vécu un trauma corporel avait inconsciemment dissocié corps et esprit depuis toujours… et ce vécu m’a permis de vivre pour la première fois un moment ou corps et esprit m’ont permis la plus belle réalisation qu’il soit donné : donner la vie dans la douceur.
Mon conjoint m’a avoué le jour qui a suivie l’arrivée de notre fille qu’il me remercié de l’avoir accompagné dans cette voie de l’intime car être à trois à la maison les heures qui suivent une naissance sont des moments uniques d’intimité.
Merci H., L., M. et M. pour ce cadeau que vous m’avez fait d’être avec moi pendant ces « longues » heures….
Je tiens à préciser que ce récit ne correspond forcément pas à la réalité dans la mesure où j’étais en train d’être actrice de mon accouchement et que j’en suis ravie de cet accouchement donc il doit y avoir des déformations, veuillez m’en excuser d’avance !

Ma césarienne

13 Jan

Ma grenouillette est née le mardi 13 septembre et mon accouchement ne s’est pas passé comme prévu, et pourtant je l’ai très bien vécu. J’avais donc envie de partager mon expérience avec vous, me disant que ça ferait peut-être du bien à d’autres de raconter ce qu’il s’est passé et de voir que même si on doit gérer des « imprévus », l’accouchement et la césarienne en particulier peuvent rester une très belle expérience.

Ma pucinette était prévue pour le 9 septembre mais n’était pas vraiment décidée… pas de contractions, rien, même si mon col était ouvert à 3 cm… L’assistant de mon obstétricien me propose donc, lors de ma visite « à terme » de déclencher le travail, si ça me dit. On fixe donc la date au 13/09 au matin.

Je retourne faire une visite le 11/9, col toujours à 3cm, on me propose donc de passer le 12 au soir voir mon col pour éventuellement donner un comprimé pour la maturité de celui-ci…

On arrive donc le 12/9 à la maternité vers 21h30. La sage-femme pense que je n’ai pas besoin de comprimé et que je peux revenir le lendemain matin pour provoquer l’accouchement. Comme c’était assez compliqué pour nous niveau transports, je demande à passer la nuit là-bas quand même… Et j’ai été inspirée !!

Vers minuit, minuit et demi, je pense avoir mes premières vraies contractions et je commence à vomir aussi (ce qui m’étonne ! J’avais entendu parler des popos pendant l’accouchement mais jamais des vomis….).

La sage-femme me met sous monitoring et se rend compte qu’en effet, le travail à commencé!! Je pars donc en salle de travail (avec zhom) et la sage femme appelle l’anesthésiste pour ma péridurale (qui est installée vers 2h/2h30… entre temps j’ai revomi…)

Ensuite, bah on attend… je continue à vomir un peu… D’ailleurs, je fais très peur au zhom… il descend prendre un café et quand il revient, il me trouve sous masque à oxygène ! J’ai encore vomi, mais avec tous leurs câbles, bah j’ai pas eu le temps de bien me redresser et le cœur de bébé a eu des ratés… ils me passent en monitoring « interne »

Mon col est ouvert à 10 cm vers 7h30, ils appellent donc mon obstétricien et percent la poche des eaux. Bébé se présente bien la tête en bas (elle est bien positionnée depuis plusieurs semaines) mais le visage en avant… Je commence à pousser vers 8h30/9h (je sais plus trop ^^) mais comme elle vient le visage en 1er, ça prend plus de place, donc ils décident d’essayer de la retourner avec des forceps. Au bout d’un certain temps, mon obstétricien m’explique que rien n’y fait, elle bouge pas d’1 mm et donc, ils vont devoir la faire sortir par césarienne…

On me rechange de salle et on équipe mon chéri pour qu’il puisse venir aussi. Il est beaucoup plus stressé que moi ! Il faut dire que j’ai une légère malformation qui fait que j’ai déjà été opérée plein de fois et donc, ça me fait pas vraiment peur. Tout ce que je veux, c’est que mon bébé arrive rapidement pour qu’elle aille le mieux du monde.

Donc au final, ma fille est née à 11h12 par césarienne après plus de 10h de travail dont une partie avec forceps. Elle pesait à la naissance 3kg 765 pour 52.5 cm.

C’est évidemment pas du tout comme ça que j’avais envisagé mon accouchement. Ma grossesse ayant été parfaite (ou presque), je pensais que l’accouchement allait se passer très naturellement aussi. Enfin, au final, malgré mes 7 vomis (2 avant la péridurale, 3 pendant et 2 pendant ma césarienne ^^), le masque à oxygène, les forceps et la césarienne, je ne considère pas que mon accouchement s’est mal passé :p

Ma fille est née en bonne santé et je me suis remise très vite (je suis sortie de l’hôpital a J+4 malgré ma césarienne) et mon compagnon a assuré. L’équipe médicale était parfaite aussi, même si y avait du monde car hôpital universitaire, je me suis sentie bien encadrée et soutenue.

Après, c’est peut-être parce que j’ai l’habitude des blocs opératoires ou que je l’ai pressenti (j’avais demandé si on pouvait savoir avant si une césarienne serait nécessaire car j’ai a peu près la même morphologie que ma mère et elle a eu 2 césariennes) mais je ne considère pas qu’on m’a volé mon accouchement ou que j’aurais été plus émue si elle était née par voie basse…

Voilà, je lis souvent des témoignages de femmes qui se sentent mal de ne pas avoir pu accoucher par voie basse, qui vivent mal la césarienne et je voulais témoigner pour dire que pour moi, le chemin que prend bébé pour sortir est secondaire 🙂

– Jessica

Un groupe de soutien, là où est né ce défi

9 Jan

Il existe un groupe, sur Facebook, pour soutenir les mères (les parents) qui font des démarches pour faire reconnaître le fait que leurs droits n’ont pas été respectés en maternités : https://www.facebook.com/groups/naissanceRespectee

C’est aussi un groupe où l’on peut simplement discuter et se soutenir. En tout cas chacun(e) est bienvenu(e), il suffit de demander à rejoindre le groupe (mais vous y êtes peut-être déjà?). C’est là qu’est née l’idée du défi!

Anne, 1er accouchement – mai 2013, Paris‏

8 Jan
Je suis tellement heureuse d’être enceinte. Et mon mari est ravi également. Nous avons hâte de rencontrer ce petit bébé qui a grandi pendant 9 mois bien au chaud dans mon ventre. Ce moment est prévu pour le 16 mai…

Seulement, malgré la date qui approche, je ne sens rien venir. Je n’ai pas eu véritablement de contractions pendant ma grossesse, mais je pensais que ça finirait par arriver… Et rien.

A la date du terme, nous allons faire un check up à la maternité. Mon col n’est pas prêt, même pas ouvert à 1, à peine ramolli. Le bébé va bien.
On y retourne deux jours après. Rien de nouveau. On nous précise que si rien ne s’est passé dans trois jours, l’accouchement sera déclenché.
Deux jours après, nouveau check-up. Le col n’a pas avancé. Rendez-vous le lendemain matin pour le déclenchement.
Comme le col n’est pas prêt, on me pose un tampon de prostaglandine. Je passe la journée sans qu’il se passe quoi que ce soit, mes parents viennent me voir, on bavarde. Le soir vers 22h, je commence à sentir quelque chose. On va faire un monitoring. Je suis en pré-travail, il faut attendre. Je commence à avoir un peu mal. Avec mon mari, on décide d’essayer de dormir un peu. A 4h du matin, les contractions commencent à être douloureuses mais espacées et irrégulières. Je n’arrive plus à dormir. On descend pour que je puisse prendre un bain pour me détendre. ça marche et on retourne se coucher jusqu’à 7h, heure, où je ressens à nouveau les contractions.
J’essaie le ballon, je marche, je parle avec mon mari. Tout va bien.
On retourne faire un monitoring et un examen et on nous dit de revenir vers 14h.
14h, on descend tranquillement, je n’ai même pas pris mon coussin. Et là on nous annonce que je vais rester, le travail est -enfin- en cours! Mon mari remonte en vitesse chercher les affaires.
Je suis à deux. On me pose une perfusion, glucose et ocytocine pour accélérer le travail.
Je suis à trois, on me propose la péridurale, j’accepte même si je gère encore bien, je sais qu’un accouchement déclenché peut être très douloureux.
L’anesthésiste est en retard. Les contractions deviennent vraiment douloureuses (je dois être à quatre). Je bouge beaucoup, m’agite, m’agrippe à mon mari. J’ai mal.
L’anesthésiste arrive, au bout de 3 essais elle me pose la péridurale, j’étais trop crispée. Soulagement quasi immédiat. Youpi, je n’ai plus mal!
Dans la maternité que j’ai choisie, la dose de péridurale est à renouveler (environ toutes les heures ou toutes les deux heures, selon la tolérance à la douleur).
Une sage-femme me perce la poche des eaux, une autre me pose une sonde urinaire.
Le temps passe… Je commence à me gratter, vraiment beaucoup. La sage-femme est embêtée, elle vérifie le col (qui est à 5) et prévient l’anesthésiste du fait que je fais une réaction à la morphine.
L’anesthésiste me prépare un autre produit. Justement je commence à avoir très mal et je demande une nouvelle dose. Nouveau produit, on attend 10 minutes qui me paraissent très longues, j’ai toujours très mal, l’anesthésiste teste un autre produit, 10 minutes après toujours aucun effet, je la supplie de me redonner de la morphine. Entre temps, la sage-femme très sympathique me fait respirer du protoxyde d’azote. J’ai toujours très mal, ça ne marche pas, mais j’arrive à calmer un peu ma respiration.
On me remet une dose de produit. Je me sens complètement shootée (j’ai eu trois doses de produit en 40 minutes) mais ça finit par faire un peu effet, même si les contractions montent en intensité et deviennent très violentes.
Je tremble comme une feuille puis je m’endors. Trente minutes après, réveil en sursaut. La sage-femme m’examine et me dis : ça y est, vous êtes à 10! Il va falloir pousser! (j’ai à peine le temps de réaliser que je suis passée de 5 à 10 de dilatation en 45 minutes).
Je tremble toujours, je n’arrive pas à soulever mes jambes et à me positionner dans les étriers. Tout ça me semble complètement irréel. Mon mari se met derrière moi sur la table d’accouchement et aide la sage-femme à soulever mes jambes. Il m’encourage, ça fait même rire la sage-femme.
Mes poussées sont efficaces mais je ne les sens pas. Le rythme du bébé commence à inquiéter la sage-femme, elle appelle la gynécologue. Elle arrive et me dit : encore un essai, si le bébé ne sort pas, on devra y aller aux forceps. Je pense en moi même : non pas les forceps!, je pousse du mieux que je peux, elle va chercher les forceps, je la vois les manier mais ne sens rien. Je vois aussi les ciseaux pour l’épisiotomie.
Mon mari me dit : je vois la tête, pousse ma chérie! Je pousse et notre fils est là, il est magnifique, les yeux bien ouverts. Il a le cordon autour du cou donc il ne pleure pas tout de suite mais très vite je l’entends. Je répète : mon bébé, c’est mon bébé, il est tellement beau. La sage-femme et l’obstétricienne sourient.
Le placenta sort, je demande s’il est complet, on me dit que oui, je suis rassurée. On me met notre fils sur ma peau. On l’aime déjà infiniment, c’est incroyable l’aventure qu’on a vécue!
J’appelle mes parents dès que la sage-femme et l’obstétricienne (qui a recousu mes trois points d’épisiotomie, ça a été très bien fait) sont sorties. Mon mari a déjà envoyé des messages à nos familles.
J’ai du mal à réaliser ce qui vient de se passer. Même six mois après d’ailleurs! Mais ce que j’ai vécu, avec l’aide et la présence de mon mari, qui a été vraiment génial, je ne l’oublierai jamais.
J’ai apprécié l’encadrement, pour l’allaitement également car je ne sais pas si j’aurais si bien réussi sans toutes ces personnes qui m’ont aidée. D’ailleurs encore aujourd’hui j’allaite matin, soir et nuit mon petit loulou.
Bilan : même si mon accouchement ne s’est pas du tout passé comme je l’avais prévu/voulu, j’en  garde un merveilleux souvenir.
J’estime que mon accouchement a été accompagné de manière très respectueuse par l’équipe.

#327 – Premier accouchement – Paris, années 80

8 Jan

Pays : france

Clinique réputée en région parisienne.

Premier accouchement :

La grossesse n’était pas du tout prévue.
Je dus « tomber enceinte » (je n’aime pas cette expression) au cours du mois de juin. Je n’en sais foutrement rien : vu que j’étais sous pilule, et que j’ai eu mes règles durant des mois après ce début de grossesse, des règles « anormales » certes mais des règles quand même, c’est à partir de la date de naissance de ma fille que je suis remontée à sa période de conception. Je pris un peu d’abdomen au fil des semaines et des mois. Je me sentais « lourde », même si j’entrais toujours sans problème dans mes jeans taille 42/44. Certes, je ne fumais plus car cela me filait des nausées carabinées, mais sinon rien n’avait changé.
A l’époque … je « faisais la route », pouce en l’air et nez au vent, avec le futur papa. J’avais une vie bohème. Je n’ai découvert la grossesse que vers 4 mois et demi, pendant les vendanges … dans ma famille, une fille ne revenait pas avec le gros ventre, sans la bague au doigt. Pas question de me marier … je suis allée en foyer finir ma grossesse.
Nous étions en février … je commençais à trouver le temps long.
La visite des 8 mois avait été … il n’y a pas de mot. Je suis arrivée, on m’a dit d’aller dans le petit cabinet, de me déshabiller, d’ouvrir la porte du fond et de m’installer nue sur la table d’examen, pieds dans les étriers. Devant mon sexe, un rideau. Une main tire le rideau, et derrière … le toubib et une dizaine d’externes / étudiants, ou je ne sais quoi – que des hommes. Je suis totalement sous le choc, en sidération. Je subis un tv de la part de chaque personne, y compris du toubib. Les étudiants sont gênés, pas un ne me regarde dans les yeux. Et moi j’ai tout du poisson brutalement jeté hors de l’eau.
Une fois rhabillée, il y a eu une prise de tête avec le toubib : il m’avait donné rendez-vous pour le 15 février, pour la visite des 9 mois. A cette date, j’étais convaincue que bébé serait né. J’ai comme complètement gommé ce qui vient juste de se passer.

Le 8 février, un dimanche, je vais rendre visite à une amie qui vient d’accoucher, c’est à l’autre bout de Paris.
Je me couche épuisée. Je ne pense plus à rien … Vers minuit, je suis réveillée par une dispute qui éclate près de ma chambre. Le temps de comprendre, une douleur brutale me broie le dos. Le dos ? je m’assois, incrédule : il se passe quoi ? aurais-je déconné cette journée-là ? La douleur pulse et revient toutes les 5 min. Mon ventre durcit à la même cadence. Ce sont donc des contractions douloureuses … mais le dos ? pourquoi cette brûlure atroce dans le dos ? en soufflant et retenant mes gémissements, je vérifie que tout est prêt pour le départ. J’attends un peu, puis je vais prévenir la sage-femme de garde au foyer. Elle confirme le début de travail, mais ne semble pressée que d’une chose : que je décolle pour qu’elle retourne dormir. Devant son attitude, je refoule les questions que me brûlent les lèvres. L’ambulance arrive, je m’assois à l’avant, et la première chose que me dit l’ambulancier c’est : « Euh je suis nouveau. Vous savez comment on va à l’hopital x ? » Ca, c’est le pompon … me voilà avec un plan sur les genoux, le dos broyé toutes les 5 mn, à chercher la route pour un ambulancier débutant !
Après ce qui me semble un temps infini, nous arrivons enfin à l’hôpital. Je me présente à la maternité, et j’entre dans le circuit … la sage-femme de garde m’examine. Ca clashe dès le départ. Elle râle parce que je refuse qu’elle me touche durant la contraction, me dit « col long fermé, bébé haut et pas engagé. Z’êtes pas en travail ma petite, ce sont des contractions de fin de grossesse ! »
Je rétorque que des contractions de fin de grossesse, j’en ai depuis deux mois, et que ça, ça n’a rien à voir. Elle monte sur ses grands chevaux. Moi aussi. J’ai peur, j’ai mal, très mal, et je me fais engueuler pour rien, alors que j’applique à la lettre ce qu’on m’a dit de faire ? alors là y a comme un lézard, et pas qu’un petit ! Je SAIS que le travail a commencé, c’est MON corps, comment cette abrutie pourrait savoir mieux que moi ? Je suis en rogne, mais derrière il y a beaucoup de détresse, de souffrance, de peur. De noms d’oiseaux en engueulades, la sage-femme me colle en salle commune. Et disparaît, sans un mot. Evidemment, je suis censée m’allonger sur le lit, mais rien à faire, c’est insupportable. Je m’assois, tire le plateau roulant, met un oreiller dessus et m’appuie sur le tout. Je sombre dans le sommeil … et suis réveillée toutes les 5 mn par cette douleur, de pire en pire. Je pleure, je mords l’oreiller, je ne comprends rien, je me sens seule comme jamais, entrée dans un cauchemar sans fin. Une voix douce, amicale, me surprend :
« Ca va pas ? »

Je lève le nez. Apparemment tout le monde ne dort pas. Il ne fait pas entièrement noir dans cette salle, juste sombre. Pas très loin de mon lit, une femme est installée, calée par nombre d’oreillers.
Elle me sourit. Elle a une perfusion dans le bras Elle me demande :
« C’est votre premier ? »
J’acquiesce. Cette voix douce, apaisante, cette attention, cela me fait un bien fou ! mais cela me porte aussi au bord des larmes …
« J’ai mal au dos …
– oui cela arrive … j’ai trois enfants, là je suis enceinte du 4ème mais il semblait vouloir sortir bien trop tôt, je suis hospitalisée pour menace d’accouchement prématuré. »
De somnolences en contractions, cette voix va m’aider à traverser la nuit. Son calme, son assurance, son empathie vont faire bien plus que je ne me suis rendue compte sur le coup. La femme qui me parle connaît ce que je vis, elle l’a déjà vécu plusieurs fois et en est sortie vivante. Donc moi aussi … il n’y a pas de raison. Ce sera un des rares rayons de soleil de ces moments douloureux.
L’hôpital n’est pas silencieux. Des cris, des pleurs, des gémissements traversent de façon plus ou moins durable la salle. La sage-femme vient m’examiner toutes les heures : elle commence par râler en me découvrant sur le plateau, puis me relève, prend l’oreiller, pousse le plateau roulant et me recouche en disant « Vous serez mieux comme ça » … au début j’ai protesté, au bout d’un moment je laisse faire. Puis le toucher vaginal – elle n’accepte pas que je refuse qu’elle me touche durant une contraction, mais je m’en fous, je serre les jambes si j’ai une contraction et elle est bien obligée d’attendre. Puis écoute du cœur, et une piqûre « pour calmer la douleur ». Je suis tellement mal que je ne m’étonne pas que sa piqûre de « calmant » non seulement ne calme rien mais semble empirer les choses. Depuis le début, je demande la péridurale – pas si courante dans les années 1980, ce à quoi la sage-femme me répond « Pas d’anesthésiste disponible » systématiquement.
A un moment, la sage-femme, exaspérée sans doute de me trouver toujours dans cette position assise, prend le plateau roulant sur lequel je m’appuie et va le mettre à l’autre bout de la salle. Dès qu’elle tourne les talons et sort de la salle, je me lève péniblement et en me cramponnant de pied de lit en pied de lit, craignant de tomber sans pouvoir me relever, je vais le rechercher.
A 7h et quelques, grand brouhaha : le petit déjeuner. Je regarde les autres manger, le dos broyé.

Vers xxh et des brouettes (je perds le fil des heures après le petit déjeuner), changement de rythme : la sage-femme me donne un suppo, me dit d’aller aux toilettes, de le mettre, d’attendre la vidange et d’aller dans la salle de travail xxx (xième porte à gauche). Elle m’y rejoindra. Devant ma tête éberluée – aussi bien pour le suppo que pour me rendre à pied en salle de travail, elle me rétorque :
« Vous pouvez marcher, vous avez traversé la salle pour reprendre votre plateau. Et ça vous fera le plus grand bien » …
Toujours aussi douée pour savoir mieux que moi ce qui est bon pour moi …

Je mets un temps fou pour aller aux wc. La pose du suppo, et la vidange qui s’ensuit se passent dans la douleur. Je me sens de plus en plus mal. Mouches devant les yeux, vertiges, jambes flageolantes … je suis à jeun depuis la veille, je n’ai pas faim mais je me sens très faible. Et je crève de soif ! la soif restera un souvenir cuisant de souffrance particulière, en plus du reste … je suis tellement occupée à ne pas tomber que je ne percute même pas que je pourrais boire au robinet pour se laver les mains. Appuyée au mur, je rejoins la salle de travail à l’allure d’un escargot bourré. Je monte difficilement sur la table, je me mets à califourchon, jambes pendantes et appuyée en avant sur mes mains. C’est un peu moins pire. Mais ça ne dure pas : la sage-femme déboule. Me couche sur le dos, monitoring, perfusion, brassard de tension. Et « Non, pas d’anesthésiste disponible » …

Je suis seule désormais. Il n’y a plus la voix chaleureuse et soutenante de la maman en MAP. Il y a des cris dans les salles d’à côté, et cela me hérisse de peur. Et surtout je n’en peux plus. J’ai atteint le bout du bout là, je suis rendue au-delà de ce que j’imaginais pouvoir supporter. Je jure comme un charretier à chaque contraction, m’épuisant pour rien. La douleur me broie dans un étau insoutenable, de plus en plus fort, de plus en plus longtemps, de plus en plus souvent. Je pense à maman, et je me dis que non, impossible qu’elle aie accepté de vivre cela 5 fois. Je pense au « Prisonnier », ce feuilleton où un homme est parachuté sans raison dans un endroit absurde. Je me demande si la personne qui a écrit ce feuilleton n’aurait pas accouché, parce que je me sens exactement dans cette situation là. Et puis au fil des minutes, je pense de moins en moins, et je sombre dans le cauchemar.
A un moment, je craque. Je m’assois, évidemment ça sonne partout, et j’arrache tout : monitoring, brassard de tension, perf. J’envoie tout voler, avec un plaisir incommensurable. La sage-femme arrive au galop, et s’arrête pile à l’entrée de la salle, clouée par le spectacle. J’ai repris ma position, assise appuyée sur les mains. Quand elle fait mine de s’avancer, je hurle
« JE VEUX UNE PERIDURALE. VOUS NE ME TOUCHEREZ PAS TANT QUE JE N’AURAIS PAS DE PERIDURALE. ET N’APPROCHEZ PAS ! JE N’HESITERAIS PAS A ME DEFENDRE. »

Je suis tout en même temps épuisée, et portée par une rage violente, habitée par une seule obsession : avoir une péridurale. J’ai envie qu’elle s’approche, qu’elle tente de me recoucher de force, je voudrais taper, taper, taper … ça gronde au fond de moi, sur fond de douleur crucifiante. Mes yeux sont plantés dans les siens, et cela doit lui faire tilt … elle disparaît. Peu après, j’entends un pas dans le couloir : ce n’est pas celui de la sage-femme. On frappe à la porte : ce ne sont pas les manières de la sage femme. Je dis d’entrer, et une jeune femme toute pimpante en blouse rose apparaît, un grand sourire aux lèvres.
« Je viens vous poser la péridurale » …

Ah ben ça alors … je suis sidérée. Si j’avais su qu’il suffisait de piquer une grosse colère pour l’avoir, je me serais épargné bien des heures de souffrance ! Une anesthésiste s’est miraculeusement libérée dans les minutes qui ont suivi mon coup d’éclat. Elle s’approche de moi, et me dit « Il faudrait remettre le monitoring, il faut que je surveille les réactions de votre bébé aux produits » … Tout ce qu’elle veut ! Elle me ré-arnache, et je me laisse faire avec bonne grâce. Elle me parle tout en agissant, et veut très, très vite savoir comment cela se fait que je connaisse la péridurale ? c’est rare une maman qui en ait entendu parler … je souffle :
« J’ai très, très mal, depuis très longtemps. Alors s’il vous plait, faites ce que vous avez à faire. Quand je n’aurais plus mal, je vous raconterais tout ce que vous voulez savoir.
– Je comprends … suis je bête ! Je vous enquiquine avec mes questions, et vous vous souffrez. Cela ne sera plus long maintenant. »
Elle est rapide et efficace. Je me sens BIEN. En confiance. Cela me fait tellement de bien que j’en pleurerais ! Elle m’explique ce qu’elle fait en le faisant :
« Désinfection de la zone à piquer. Piqûre de pré-anesthésie, attention ça va piquer … Non ? parfait alors. Maintenant on attend quelques secondes … voilà, vous sentez quand je pique ? non ? faites le dos bien rond … ah contraction, soufflez fort, on attend. Voilà je peux y aller ? ne bougez surtout plus quoiqu’il arrive … parfait. Vous avez eu mal ? Non ? parfait. J’enfile le tuyau, retire l’aiguille, voilà, je vous scotche le tuyau sur l’épaule. Ca va ? Bon, je surélève la table, vous allez vous installer. Le tuyau ne vous gêne pas ? » …
Tout en l’écoutant, je regarde le monitoring. Et je vois une contraction monter, monter … et JE N’AI PAS MAL. RIEN. Pas un pincement même. Je lui prends le bras, lui montre l’écran :
« J’ai une contraction et vous savez quoi ? JE NE SENS RIEN ! MERCIIIIIII ! »

Elle se fige. Regarde le monitoring. Regarde mon visage réjoui. De toute évidence, quelque chose ne va pas. Et puis elle me sort, d’un ton qui a changé, qui n’est plus amical mais médical, cette phrase qui me sidère :
« Ce n’est pas possible. Le produit met 15/20 mn à agir. Et je viens juste de vous l’injecter. Vous DEVEZ avoir mal ! »
Gloups et re-gloups. Voilà que je n’ai plus mal (mais alors plus mal du tout) alors que je devrais avoir encore mal. Ca me perturbe, sa réaction : encore une qui croit plus ses théories que la parole du patient. Mais tant pis ! je ne souffre plus, et c’est grâce à elle. Je lui dis :
« Vous voulez savoir comment je connais la péridurale ?
– Oui bien sûr ! »
Mais je sens que le cœur n’y est plus, quelque chose a cassé. Je la sens perturbée, perplexe par ce qu’elle vient de voir en direct : une péridurale agir immédiatement. Cela va à l’encontre de tout ce qu’elle sait sur la question. De tout ce que je sais aussi, car je sais que le produit met du temps à agir. Mais je m’en fous : j’apprécie.
Je lui relate succinctement mes heures passée à la FNAC, et toute l’information que j’ai pu y glaner. Dont la péridurale. Un bouquin explique ce que c’est, comment c’est fait. Dit aussi que le produit ne traverse pas le placenta. Que la technique est encore peu répandue en France. Mais que si on peut en bénéficier, qu’il faut en profiter. Au bout d’un moment, j’entends le pas de la sage-femme dans le couloir. L’anesthésiste prend congé, en me disant que le produit agit deux heures environ, mais qu’on peut en remettre si nécessaire. Je la remercie encore une fois.

La sage-femme a le visage fermé. On ne peut pas dire que ce soit le grand amour entre nous … elle me dit qu’il faut qu’elle regarde où en est la dilatation. OK pas de problème. Je demande si je peux avoir de l’eau, elle dit non, après l’accouchement. Que je risque gros si je bois et que … et que … et que … Elle repart, sans un mot, non sans avoir ajouté quelque chose dans la perfusion. La soif me torture. Mais je n’ai plus mal. Je m’endors …
C’est la douleur qui me réveille vraiment. Il me semble que la sage-femme soit passée à un moment ou à un autre, mais j’étais semi-consciente. Ca recommence à pulser dans le dos, méchamment. Je sonne. Elle arrive, je redemande une dose de péri … elle m’examine – pas durant la contraction – et me dit : « Non vous êtes quasi à complète, il va falloir pousser ; nous avons appelé le papa, comme vous nous aviez demandé, il ne devrait pas tarder. Je vais vous installer ».

Et me voilà pieds dans les étriers, jambes écartées, sexe ouvert … et la porte est grande ouverte. Je ne suis pas spécialement pudique, mais ça coince. Je donnerais n’importe quoi pour retourner dans les bras de morphée, mais rien à faire. La douleur est de nouveau insupportable, et de plus en plus insupportable. La pièce se remplit brutalement … mon compagnon, intimidé et qui ne sait pas où se mettre, interne, sages-femmes – c’est le changement d’équipe, les anciennes finissent et les nouvelles sont déjà là, plus une étudiante pile poil entre mes jambes derrière la sage-femme. Comme je jure en tapant la table, une sage-femme me sort « Faisiez pas cette tête là quand il est entré, hein ? bah il va sortir maintenant » … Et moi épinglée comme un insecte sur cette table, clouée de douleur, perdue, en plein cauchemar … mon compagnon essaie de me réconforter, me brumatise le visage plein pot – j’aime pas et je lui dit, je veux pas de flotte sur la figure, je veux BOIRE ! Une sage-femme me dit :
« On va essayer de vous faire pousser » …
Et c’est parti … « inspirez bloquez poussez … poussez … POUSSEZ ! » … une fois, deux fois … je pousse comme on me dit, je ne sens rien sinon la douleur, et je pousse … mais deux fois par contraction, pas trois comme on me l’ordonne. A la fin de la deuxième je suis HS, absolument incapable de remettre ça une 3ème fois à suivre. Mon compagnon m’encourage, l’interne m’engueule, une contraction, deux contractions … je reprends mon souffle et je siffle sèchement « Ta gueule, connard, c’est moi qui accouche » … c’est parti du cœur comme on dit, sortie de l’interne qui va se placer près des sages femmes. En rétorsion, je me retrouve avec deux sages-femmes qui font des pompes sur mon ventre, en pesant et appuyant de toutes leurs forces vers le bas. Je comprendrais après que c’est la fin du service des unes, qui veulent me finir avant de partir, et que les autres leur donne un coup de main, pour régler ça au plus vite. J’entends des bruits métalliques, et je jette un œil. La sage-femme entre mes jambes cache sa main … je bouge, je repousse les sages-femmes sur mon ventre avec brutalité.
« Vous faites quoi, là ? Dites-moi ce que vous voulez faire ! Une épisiotomie ? »
La sage-femme acquiesce. Des bribes de mes lectures reviennent « faciliter la sortie du bébé » … la fin du cauchemar est donc proche ? Et c’est reparti pour un tour, douleur, pousser, pousser et claaaaaaaaaaccccccc … ce bruit immonde des ciseaux coupant ma chair me fait sursauter (je ne peux supporter encore aujourd’hui d’entendre quelqu’un découper un lapin ou une volaille crue …). Et je pousseeeeeee ….
Je vois la jeune élève entre mes jambes changer de couleur. Elle a le teint très mat, et elle blanchit à vue d’œil. Bizarrement je suis détachée de ce que je vis, ailleurs, fascinée par son changement de teint qui devient rapidement d’un joli vert olive … j’avais jamais vu ça ! Elle a un haut-le-cœur, recule encore en titubant contre le mur, porte sa main devant la bouche, et sort rapidement, pas du tout assurée sur ses jambes … je reviens sur terre : quelle horreur sort d’entre mes jambes ? Je n’ai pas le temps de m’appesantir sur cette question existentielle. Des douleurs supplémentaires viennent me labourer : l’impression d’être brutalement écartelée, écartelée au delà de l’imaginable, et une brûlure intense, inimaginable. La sage-femme me dit « c’est presque fini » …
Je crois comprendre que le bébé est presque entièrement sorti, mais alors ce sont ses pieds qui raccrochent ? je suis limite du délire … et soudain j’entends un bébé hurler, tout près … je sursaute, et quelqu’un me dit « C’est votre bébé qui crie, il y a juste sa tête de sortie et il crie ! ». Je pousse encore, dégagement des épaules, et le reste suit … on me pose mon bébé sur mon ventre, c’est une fille. Elle se tait dès qu’elle est sur moi, et nous nous regardons. C’est une étrangère. Je la regarde, elle a les yeux bleus clair, semble être blonde … elle a la bouche de son père. Mais rien ne passe … je suis fatiguée, épuisée, soulagée que le cauchemar soit enfin fini – il ne l’est pas, mais ça je ne le sais pas encore. Ce bébé me fait le même effet que les autres bébés … on l’emmène, mon compagnon s’en va, et la salle se vide d’un coup. Je me retrouve seule … j’entends un bébé hurler à la mort, est-ce ma fille ? Un homme en blouse blanche entre, il s’assoit entre mes jambes, sans dire un mot, et … pique mon sexe. Je crie de douleur et de surprise. Il est cinglé ou quoi ? Il me dit :
« Vous avez eu une épisiotomie, il faut suturer.
– Pas à vif ?!
– Vous êtes sous péridurale, ça ne fait pas mal !
– La péridurale n’agit plus, ça fait très mal !
– Ne faites pas l’enfant, arrêtez de bouger, vous perdez du sang, il faut suturer vite.
– Si vous me retouchez une seule fois sans anesthésie, et je me fous de savoir comment vous ferez, je vous refais la mâchoire ! » Je suis fumasse – et terrorisée ! comment imaginer subir une suture à vif après tout ce que je viens de traverser ? je n’en peux plus, ça ne va donc jamais finir ? L’interne parlemente encore, je répète d’un ton de plus en plus violent : « Si vous me touchez, je tape ! » tout en bougeant – pas très fort mais assez pour l’empêcher de piquer. Il y a une tentative avec le spray aussi anesthésique que de l’eau, et il sent le souffle de mon pied près de son visage … Finalement, il se lève, en soupirant très fort … va chercher ce qui est nécessaire, revient, se rassoit et me dit :
« Je vais piquer – c’est l’anesthésie, alors on reste calme ! quelques injections autour de la zone à suturer, ce n’est pas très agréable, mais c’est vous qui le voulez ! »
Je ne bouge pas un cil. La sensation n’a rien à voir avec la piqûre de suture précédente, bien moins douloureuse, et puis c’est pour la bonne cause. Il anesthésie, me prévient qu’il va piquer plusieurs fois doucement pour vérifier si l’anesthésie est efficace avant de commencer à suturer … il semble tenir à ses dents on dirait ! Il va être parfait jusqu’au bout ! en cours de suture, il ré-injecte de lui même des doses d’anesthésique, en me prévenant systématiquement de ce qu’il fait … Heureusement que j’ai protesté : la suture dure plus d’une heure … j’imagine sans anesthésie locale, si je m’étais laissée faire : une vraie torture.

On me ramène ma fille en couveuse fermée. Elle est éveillée, on se regarde à travers la vitre. J’attend un miracle qui ne viendra pas …
Je suis installée au bout de je ne sais pas combien de temps dans une chambre double. Il y a une grande bouteille d’eau, la personne qui m’accompagne me dit de boire doucement … tu parles, elle a à peine tourné les talons que je bois la bouteille en entier en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Je planque la bouteille vide, et je sonne pour qu’on m’en rapporte une autre, qui sera vidée à peine moins vite que la précédente.

Durant les jours qui vont suivre, le cauchemar prend une autre allure : je suis épuisée, et j’ai l’impression de perdre beaucoup de sang. Beaucoup trop de sang. Je trempe les serviettes XXL nuit en deux heures parfois. Et ça dure … je le dis. Plusieurs fois. Je me plains aussi de ma fatigue. On me remonte les bretelles. Faut que j’arrête de m’écouter. Faut que je me reprenne. Faut que j’aille prendre une bonne douche. Que j’arrête de faire l’enfant. Et j’en oublie. Une seule personne va m’écouter – qu’elle soit bénie ! – une infirmière. Un vrai rayon de soleil. Elle va venir tous les jours, passer quelques minutes ou plus avec moi ; discuter, de tout, de rien, de sa vie, de la mienne. Elle prend au sérieux ce que je dis, mais personne ne l’écoute.
Et puis … nous sommes à J + 3 … je me lève pour prendre mon bébé, lui donner son biberon. Et je tombe sur le berceau. Net et sans bavure, comme fauchée. Je suis dans un état bizarre : j’entends tout, mais ne peux ni bouger, ni parler, ni même ouvrir les yeux. J’entends les appels de ma voisine, sa sonnette qu’elle presse à répétition, les bruits de pas précipités, les phrases échangées. Tout. Et puis quelqu’un fait un geste hautement technique, nécessitant beaucoup de matériels et de connaissance – je suppose, sinon pourquoi n’a-t-il pas été fait de suite ? – il baisse ma paupière inférieure et dit « elle est complètement anémiée » … une autre voix ajoute « et elle perd pas mal … » …
Je me retrouve sur mon lit, avec une perf et un traitement.
Personne n’est allé voir du côté du périnée / vagin ce qui se passait.

Des années après, une gynécologue me montrera par un endoscope que mon col a été déchiré lors de l’accouchement – et pas qu’un peu.
Il y a quelques mois, j’ai appris qu’une déchirure du col était toujours à rechercher en cas de pertes de sang anormalement fortes et prolongées, et qu’une suture sous anesthésie générale était nécessaire quasi toujours.

La boucle est bouclée, j’ai enfin compris ce qui s’était passé ! Plus de 20 ans après. … leur expression abdo totalement inutile (qui a de plus lésé mon périnée en profondeur, qui ne s’en est jamais remis), a fait passer bébé en force dans le col, qui a déchiré. Saignements anormalement abondants, mais qui n’ont inquiétés personne. Ca a cicatrisé comme ça a pu, et heureusement ça n’a pas empêché mon col de faire son boulot correctement pour mes deux autres grossesses.

Blandine

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Lien vers le second récit de Blandine : #349 Deuxième accouchement – En province, années 90

#326 Accouchement de Willyam, 2011

8 Jan

Je n’ai jamais pris le temps de l’écrire, depuis 2 ans et demi quasiment, je me lance enfin pour avoir un souvenir de cette journée

Retour en arriere, on est le 3 aout 2011, en debut d’apres midi, je me rends à la maternité pour des contractions officiellement, la réalité c’est que j’en ai marre j’ai envie de savoir si ça bouge, si je peux avoir un decolement des membranes (je ne connais pas les risques encore, mais voyais juste les avantages). Je suis à 40 sa + 2 jours, ma DPA est pour le 8 août. Comme toutes mes DPA, mes filles j’avais une DPA pour le 8 mars 2006 et j’ai accouché jour J, ma deuxieme j’avais une DPA du 8 juin 2009 et j’ai accouchée le 3 juin a 40sa + 2 jours.

Donc vers 13/14h, devant la porte des urgences maternité, je mentionne des contractions et l’envie de voir si ça bouge, on m’installe en salle d’examen, un pipi dans un boccal, une montée sur la balance (je n’ai pris que 2.5 kilos pour toute ma grossesse, j’ai étais diagnostiqué DG diabete gestationel à tort et, du coup, le regime imposé m’a rendu service quand même). Puis monito, c’est parti pour 30 minutes, « Je reviens plus tard Madame ».

Mon mari de l’époque, le père de mon fils, est là, il s’assoit sur une chaise et commence à somnoler car il avait bosser ce matin assez tôt (4h-13h). Je me retrouve seule avec mon mensonge puisqu’aucune contractions sur le monito, ou si peu. Je parle à mon fils pour qu’il m’aide puisque son père m’abandonne, mais mon petit homme dort, je suppose. La sage femme revient me dit que tout va bien, j’ai un col ouvert à ⅔ cm, court et mou, ça devrait pas tarder mais c’est pas imminent. Je commence à avoir les larmes aux yeux, toute femme qui était dans ma situation peut comprendre ce sentiment que l’on ressens à ce moment, une déception, un faux depart, un immense vide, on se dit qu’on ne va jamais accoucher, on ne se sens plus capable de mettre ce bébé au monde sans l’autorisation d’accoucher de quelqu’un! si la sage femme a dit que c’était pas pour tout de suite alors ça ne l’est pas! c’est fou cette faculté d’oublier que seul notre corps décide.

Je lui demande si elle peut pas m’aider (je pensais à un décollement) car j’en peux plus vraiment, je me souviens même après 2 ans passé, la souffrance physique mais morale dans laquelle j’étais. Mon accouchement de la miss 2 s’est déroulé très rapidement, j’étais déjà en chambre pour hypertension, lorsque j’ai sonné la sage femme à 5h, elle m’a mis en salle d’accouchement et j’ai accouché à 5h32, du coup, après cet élément la sage-femme décide d’en parler au chef gynécologue de garde et de revenir me dire. Elle revient avec le sourire donc dans ma tête c’est bon ils me font le décollement et je vais accoucher ce soir ou demain. En fait, non, elle m’annonce tout sourire : « On vous passe en salle d’accouchement et on vous déclenche ». J’étais sous le choc, je n’ai pas su quoi dire, je suis restée bouche ouverte pendant quelques segonde, j’ai demandé la date du jour pour voir si ça m’allait (et faire semblant que je maitrisais encore quelque chose) puis j’ai dis : « oui d’accord ». La sage-femme m’a dit qu’au vu de la grosseur estimé de mon bébé, de mon précédent accouchement rapide, de mon col et de la distance de la maternité, c’était la meilleur solution (mais la meilleur solution pour qui ?).

Nous voilà donc en salle d’accouchement, il est 15h, sans aucune explication, je suis mise sur la table sur le dos, une perfusion dans le bras, un monitoring et hop c’est partit pour une première dose, pour voir si je le tolère et mon enfant aussi. On me dit qu’il faut qu’ils appellent l’anesthésiste pour me faire une péridurale; je la refuse je n’en veux pas, ce à quoi on me répond : « Mais madame c’est obligatoire avec un déclenchement ». Je tiens tête, je n’aurai PAS de péridurale, je m’en fous de leur obligation, on verra plus tard, si j’en ai besoin. De toute façon, je n’ai pas fais la prise de sang obligatoire au 8ème mois, donc ils ne peuvent pas avant un bilan complet ! toc !

Je ne ressens rien, on parle avec le père de bébé, on rigole, puis la position sur le dos me fait du mal, je demande à avoir un ballon. On me répond que c’est pas possible tout de suite que je dois attendre, puis on augmente le produit, on m’examine sans trop me demander si j’étais d’accord, hop « Vous êtes à 4 cm, madame, c’est bien ».

Je n’ai pas mal du tout mais je ressens que ça coince, donc décide de me lever toute seule et je reste debout à bouger le bassin. La sage-femme vient car elle ne captait plus le coeur de bébé, je lui demande de m’enlever ce monito ça fait plus d’une heure que je l’ai. « Mais madame on ne vous a pas dit ? Vous devez garder le monito tout le long de l’accouchement puisque vous avez decidé d’être déclenchée » … Heu là sur le coup je me suis sentie mal, moi j’ai rien décider du tout, je n’ai pas était informé du déroulement, si j’avais su, jamais je n’aurais dis oui, je le supporte déjà plus ce truc sur mon ventre ça me gêne. Je réclame un ballon et TOUT DE SUITE! 30 minutes après j’ai mon ballon.

On revient souvent me demander de me mettre sur la table pour des TV, je n’en refuse aucun, et chaque fois ça me sort de ma bulle, je mets un certains temps à me recentrer sur moi-même. Pourtant je n’ai toujours pas « mal », ça sert de plus en plus mais je respire bien pendant la contraction et ça va. Je rigole toujours autant avec mon ex d’ailleurs, ou je chante, car monsieur finit par s’endormir sur sa chaise à l’opposé de la salle. Je n’ai pas eu la chance d’avoir un papa présent mentalement, qui m’aide à être sur le ballon, ou me fait des massages. Je devais me contenter d’un père à moitié là, entre deux ronflements.

Vers 17h, on ne capte plus trop le rythme de bb dans cette position assise, donc on me demande de me remettre sur le dos. Je dis non, je vais tenir le capteur et faire attention, promis! J’ai envie de faire pipi je demande à aller au toilette, la sage-femme m’aide avec la perfusion, j’essaye de vider tout ça pour être tranquille pour la poussée et je me voyais pas faire ça devant mon ex-mari sur la table dans une bassine. Je suis de retour sur mon ballon.

19h30/20h on m’annonce un col à 6 cm qui n’évolue plus. La sage-femme me dit : « On fait quoi ? ». Une question fermée, je précise elle avait déjà dans sa tête sa réponse qu’elle justifie ensuite par un : « La poche n’aide pas à la dilatation, je pense qu’on devrait la rompre. » Je refuse, je n’ai pas de péridurale si on la rompte je vais sortir de ma bulle, il me sera difficle d’y revenir. La sage-femme me dit qu’elle me laisse 1 heure pour faire bouger les choses, elle me parle de césarienne si ça bouge pas (comment faire du chantage à une femme en plein travail).

J’essaye de faire des 8 sur mon ballon, je décide de retourner à la toilette pour voir si c’est pas ma vessie qui bloque les choses. En sortant, je tombe sur le chef gynécologue qui me voit et qui parle à une sage-femme comme si je n’étais pas en sa présence : « Pourquoi on ne donne pas un bassin à cette dame ? » Ce à quoi la sage-femme répond : « Madame B. ne souhaite pas et préfére aller à la toilette seule. » Et le gynécologue répond : « Oui mais c’est pas un hall de gare, si toutes les femmes sortent de leur bloc, on s’en sort pas » ….

21h, l’échéance tombe, je monte sur la table et le TV annonce un 6 toujours! J’en aurais pleuré, je suis paniquée, je demande : « Qu’est-ce que l’on doit faire ? » J’en viens à leur remettre mon accouchement entre les mains, je ne suis pas capable de faire ouvrir mon col, j’ai peur , je vois la césarienne planer au-dessus de ma tête. Elle me reparle de percer la poche des eaux, et j’accepte…. Elle perce, la poche de l’eau coule partout, et j’ai mal, vraiment mal, la douleur est immédiate, je supporte pas allongée, je décide d’aller sur mon ballon, la sage-femme peste car je mets de l’eau partout, et quand je leur demande :  » ça vous dérange que je salisse? Je passerais la serpillère après, c’est pas grave » elle répond : « Non, pas du tout c’est pour ne pas que vous glissiez » oui, c’est ça, bien sûr !

J’ai très très mal, j’arrive plus à entrer dans ma bulle, je m’en doutais et je m’en veux d’avoir dit oui! j’hurle, je demande si l’anesthésite est là car si jamais je veux la péridurale qu’il soit pas trop loin. On me dit qu’on l’apelle et qu’il sera là rapidement!

J’hurle que je veux la péridurale j’ai vraiment trop mal, 7/8 minutes ce sont passées depuis la ruptures des eaux, à chaques contractions ça pousse en bas tout seul, j’accompagne la poussée ça me soulage terriblement. La sage-femme revient me voir et me demande de monter sur la table pour faire un toucher vaginal. Je re-demande la péridurale et je vois l’anesthésiste qui arrive et demande où est le bilan sanguin, la sage-femme lui dit que je ne l’ai pas fait et il répond : « Ben oui, mais c’était obligatoire », la sage femme lui dit que je voulais pas de péridural donc je l’ai pas fait et il répond : « Maintenant elle en veut une et j’ai pas de bilan donc je pourrai pas, fallait qu’elle y pense avant ». La sage-femme en même temps m’examine et elle m’annonce une dilatation complete et un bébé engagé.

Elle prépare son matériel et moi je pousse comme j’en ai envie, je sens la tête de mon fils descendre et commencer a sortir, elle me demande de l’attendre mais je n’en ai pas envie, si mon fils veut sortir, il sort tout de suite. Elle revient enfin et n’a plus qu’à acceuillir mon fils sorti en douceur sans ordre de la sage-femme.

Mon fils faisait 4.770 kg pour 54 cm, et je n’ai eu ni déchirure, ni épisiotomie.

Pour moi cet accouchement n’a duré que 10 minutes, à partir du moment ou elle m’a percé la poche des eaux, sinon il n’était que douceur, j’ai tellement apprécié, j’ai hate d’avoir la chance de recommencer et cette fois, sans déclenchement, sans ordre, voir sans sage-femme.

– Aurélia

#325 – Naissance de ma fille, novembre 2013

8 Jan

06/11/13

RV au service gynéco-obstétrique du CHU.

Arrivée à 10:30 pour un contrôle, mon gynécologue me dit qu’il ne préfère pas me laisser continuer, souffrir, etc. Il me propose de me déclencher dans un 1er temps avec un tampon. (Qu’on m’a mis à 11:30). On attend 12 à 24h pour voir si ça mature mon col (qui n’est ouvert qu’à 1 cm et pas encore effacé). Après on verra pour utiliser d’autres moyens de déclenchement si besoin. Donc wait and see. La pose du cathéter a été show Time. Elles s’y prennent à 2 (1 sage-femme et 1 Ide) et me piquent 5 fois pour me poser la perf´… je passe du service urgences obstétriques au service grossesses pathologiques (à 13:00 où on me donne à manger) où je suis surveillée jusqu’à l’accouchement. Après choupetta et moi serons dans une chambre de mater’ pour nous deux.

Futur papa prend dès ce jour ses congés naissance pour être avec moi. Sa présence me rassure. La sage-femme me conseille de me reposer, prendre des forces pour quand le travail arrivera …

14h. Etat d’esprit : Oui … Se dire que ça va arriver, d’après la sage-femme au mieux dans la nuit; d’après Dr le lendemain semble probable ou même le surlendemain …

C’est curieux, être là à attendre, un nombre incalculable de pensées viennent à moi … Bientôt je vais enfin pouvoir serrer ma fille contre moi … la sentir … Je vais enfin être maman après toutes ces fausses-couches, toutes ces craintes … Et déjà je suis dans l’inquiétude de savoir si elle va bien, si elle a ce qu’il faut là où il faut …

15h. Après une micro-sieste, je suis réveillée par des douleurs continues au bas-ventre … Personne n’est encore venu me voir. J’attends encore … Je sais que mon col doit s’effacer et que je ne peux pas non plus passer de 1 cm à 10 cm aussi vite.

Les contractions douloureuses sont présentes depuis 14:45. La sage-femme passe à 15:30 et je suis sous monito. Bébé bouge beaucoup. Ma tension est basse.

16:15. Chéri revient. Ouf je suis soulagée de ne pas souffrir seule.

17h. Je sens bien la petite appuyer sur le col. La sage-femme dit qu’il faut attendre … Je viens d’aller marcher un peu dehors, et là je suis de nouveau dans la chambre.

Ça va pour l’instant, c’est les douleurs qui m’occupent le plus. Elles me prennent toute la sangle abdominale. J’ai l’impression d’avoir le dos coupé en deux.

17:45. Mal de tête, sensation de fièvre. On me branche le tensiomètre.

18:45. Tension légèrement supérieure, contractions ++. La sage-femme va demander à ce qu’on me voit.

19h51. Toujours personne n’est venu, je note mes contractions, chéri s’impatiente de savoir comment ça se passe s’il part, s’il peut revenir, etc. La sage-femme présente n’a pas l’air très efficace. Mes parents ont téléphoné, je leur ai dit être déclenchée, et qu’ils ont le temps de venir que quand j’aurais accouché.

21:30. La sage-femme vient m’examiner. Mauvaise nouvelle : mon col n’a pas bougé. J’ai un « faux travail » = douloureux mais inefficace. Je pleure de douleur.

22:00. On m’emmène au service urgences obstétriques, monito + tension et injection de Nubin, un dérivé morphinique. Là, je « plane » … ; je ne sens quasi plus les douleurs.

23:30. De retour dans ma chambre, je suis shootée, j’ai envie de dormir.

07/11/13

1h … 2h … Réveillée. Chéri est là, ça me rassure.

3h30. Une aide soignante rentre dans la chambre, semble étonnée de voir le papa et lui fait une remontrance car une autre maman doit arriver.  » Dites donc monsieur, il va falloir partir, personne ne vous a autorisé à rester la nuit, c’est pas une chambre d’accompagnant. Ce « réveil » houspillant me fait monter dans les tours… je m’énerve aussi sur sa manière d’houspiller. « Ok mea culpa. Y’a pas mort d’homme. » Elle peut dire la même chose sans gueuler et encore moins prendre ce ton d’houspillade comme si on avait 5 ans, et qui de plus est, un autre soignant avait justement autorisé Monsieur à rester … Bref.

Finalement, chéri part, un peu à contre-coeur … ; mais ni lui ni moi, on a la force du débat…

4:30. Alors que je cherche le sommeil, j’ai quelques contractions … je perds les eaux. Je ne peux rien retenir. J’appelle les soignants. Je file aux wc. Je perds aussi le tampon … C’est la sage-femme qui est davantage présente. L’aide-soignante est là mais bon …

4:50. Le doc dit de me mettre sous monito / surveillance. Et en réunion doc à 8h ils décideront si on me remet un tampon ou s’ils passent à une autre méthode. J’espère la 2ème optique ! A présent les contractions sont plus intenses …

5:10. La sage-femme me fait une piqûre pour tenter soulager douleur, mais rien n’y fait.

5h30. la sage-femme relève le monito, bébé va bien. Elle m’explique qu’il n’y a pas d’autres choix que de faire en sorte de laisser maturer le col. (Jusque demain 😦 ) . D’ici là, ils peuvent essayer de calmer douleurs par le même dérivé morphine qu’hier soir (espacé de 8h) et tenter de remettre un tampon ou du gel de prostaglandine qui pourrait éventuellement aider. A ce moment précis, ils ne peuvent pas mettre l’ocytocine sous perf´ car le col n’est pas encore effacé, et on m’explique que quand ils le font c’est quitte ou double, la seule issue après c’est la césarienne.

7:30. La sage-femme me renvoie aux urgences obstétriques pour voir si on m’administre une piqûre, etc.

7:50. Aux urgences obstétriques, la sage-femme force mon 1 cm en 2 doigts car mon col est maintenant centré (et non plus postérieur). Elle me parle d’une éventuelle péridurale.

8:00. La sage-femme me fait une piqûre de dérivé morphinique, le même calmant que la veille au soir. Elle pense que le travail maintenant va commencer.

J’essaie de téléphoner à Chéri mais je crois qu’il est dans les bras de Morphée il n’entend pas le tél.

Là où je m’attendais à ne pas souffrir, ce n’est pas le cas. Je suis seule, les contractions augmentent, chéri n’arrive pas. Je ne veux pas accoucher sans lui. Le stress se mêle à la douleur. Ma mère téléphone … Mon dieu, c’est pas le moment, j’ai trop mal …

10:30. Arrivée du chéri. Je suis à bout… Attente de mon col à 3 cm pour avoir une péridurale.

11:50. 1ère péridurale : douloureuse, longue et inefficace.

14:00. Ma sage-femme s’énerve un peu contre l’anesthésiste et demande qu’un autre vienne.

14:40. Le 2ème anesthésiste arrive, fait le geste et s’en va… Donc 2ème péridurale qui, enfin, me soulage … Allant même jusqu’une petite sieste.

17:30. Travail en cours. Je ne m’attends pas à avoir quand même mal sous péridurale. L’anesthésiste me rajoute un produit … Dilatée à 5 cm … Il faut attendre encore … Côté état d’esprit : fatiguée par douleurs et manque de nourriture, et je commence à essayer d’imaginer Louise qu’on posera sur moi (histoire de me booster ) !

18:30. On trouve le bon dosage de péridurale pour soulager mes douleurs. Ouf je respire un peu … et surtout je dors … Je me prépare mentalement à accoucher.

19:30. La sage-femme de nuit vient se présenter et m’expliquer la suite : 1 visite par heure avec augmentation du Syntol + massage du col.

Là, s’alternent des phases où je dors, avec les phases où des soins me sont prescrits.

22:30. L’interne gynécologue présent ce soir là m’explique la possibilité d’une césarienne. Les indications médicales sont : le col qui ne bouge pas, le bébé macrosome, et aussi que j’atteins presque les 36h de déclenchement-travail …

23:30. On m’examine et le gynécologue me dit qu’il n’y a guère 36 autres méthodes. Et on me monte au bloc. Et là c’est trop bizarre j’ai la sensation de dormir éveillée … Je me souviens être allongée et attachée, entendre des voix de médecins autour de moi … Je panique, et réussit à me détacher les bras. Je bouge, les médecins s’énervent sur le fait que je bouge. J’entends la sage-femme me dire de ne pas bouger, puis plus rien. Je saurai plus tard que pour le bien de mon bébé et pour mon bien, ils m’ont rajouté un anesthésiant… Du coup, je dors … et du coup, je ne vis rien de mon accouchement.

08/11/13

00:14. Je suis réveillée par des claques, et des coups sur le front par la sage-femme qui me dit « Madame, Madame, embrassez votre fille ! » … Je suis attachée, je ne réalise rien, je vois (tout flou) mon bébé, j’embrasse ma fille, mais déjà, ils partent avec pour s’occuper de ma fille. 4,120 kg pour 54 cm…

2:30 J’émerge, en salle de réveil. Chéri est avec bébé et elle sous couveuse qui est prescrit pour toutes les césariennes mais aussi qui est là pour le transport. Je suis totalement à l’ouest. Chéri m’explique qu’il vient de passer deux heures avec notre fille, à m’attendre … que je peux la toucher … La sage-femme habille notre fille … Enfin, on me la pose sur moi … et nous avons le droit à un moment tous les trois avant qu’on ne nous transfère à notre chambre en maternité …

J’avoue que ces 36 h ont été très longues … À un moment, j’aurais voulu partir … Quand le travail était si pénible, avant la 1ère péridurale et la 2ème … en fait, j’ai vécu et subi à peu près tout ce dont je pouvais avoir peur … Rester des heures à souffrir pour rien … Ou vivre une césarienne …