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#340 L’accouchement de Justine, Belgique 2011

8 Fév

Nous sommes en 2010 quand mon compagnon et moi apprenons que je suis enceinte. Ayant très peur de l’accouchement, de l’hôpital, de l’acte médical, je ressens le besoin de suivre une préparation à l’accouchement. Cette préparation qui est l’haptonomie m’a vraiment rassurée dans le sens ou je me suis sentie capable d’accoucher, j’ ai pris confiance, nous étions serein.

Le 17 mars, je perds les eaux a 22h. Le papa et moi décidons de prendre notre temps avant d’aller à la maternité. Nous prenons les dernières photos à deux, …
Nous arrivons a minuit à la maternité. Je passe par l’admission et je me retrouve très vite dans une chambre ou on me dit d’essayer de dormir car les heures qui suivent vont être difficiles. Deux heures plus tard, les premières contractions arrivent, on m’apporte un ballon afin de me soulager. Mon compagnon et moi arrivons a bien gérer les contractions, Grace a notre préparation, je pense. Mais, je comprends très vite que le personnel est débordé, nuit de pleine lune ? Personnel insuffisant? … Je n’en saurais pas plus.
On m’envoie une stagiaire sage femme pour s’occuper de moi. Elle passe toutes les 1h30 plus ou moins afin de m’ausculter. Il est 12h la douleur est de plus en plus forte mais nous continuons a gérer les contractions tant bien que mal. Le travail est lent, mon col ne s’ouvre pas, je fatigue, … J’aperçois la sage femme, enfin, dans ma chambre, elle vient m’ausculter, la stagiaire sage femme m’ausculte aussi. J’avais mal, je ne voulais pas qu on m’ausculte une seconde fois mais je n’ai rien su dire.
Je comprends que mon col ne bouge pas, elles parlent entre elles mais ne me disent rien.
Dans la chambre d’a coté j’entends une maman en souffrance, qui crie beaucoup, j’ai peur mais je me concentre.
Vers 13heures, la sage femme me dit : ‘ la dame d’à côté demande la péridurale, si vous la voulez c’est maintenant car après je ne suis pas sûre que l’anesthésiste revienne’. Oui, j’aurais aimée essayer aller plus loin sans péridurale, oui je voulais un accouchement naturel, mais prise de panique, j’accepte.
Nous partons en salle de naissance, on me pose la péridurale qui fait très vite effet. On m’injecte une dose d’ocytocine, le travail n’allant pas assez vite à leur goût, je présume, on m’en injecte une deuxième.
Tout s’enclenche, je ne me sens pas bien, je ne vois plus, … Le rythme cardiaque de mon bébé chute, une dizaine de personnes rentrent dans la salle, mon compagnon était à côté de moi et tant bien que mal, il garde son calme, pour moi.
Personne ne m’explique rien mais je comprends que c’est grave. On me sonde, on me prépare … Mon gynécologue arrive … Enfin, un visage connu.
Et là d’un ton paternaliste, il m explique que ce n’est pas grave, le bébé va bien mais il ne faut plus tarder car il ne supporte plus les contractions, il pose sa main sur mon épaule et là d’un coup je me suis sentie en sécurité. J’avais besoin de ces explications, de ce ton rassurant.
Il accepte même la présence du papa en salle d’opération et nous partons en césarienne.
Arrive en salle d’opération on me prépare, et la je sens qu’on ouvre mon ventre, j’ai peur, je sens, je débats mes jambes, l’anesthésiste me fait respirer dans un masque, je m’endors. On sort mon fils de mon ventre, le papa accompagne la sage femme pour les premiers soins. Mon compagnon m’explique qu’il a dû insister pour que je vois mon fils avant d’aller en salle de réveil, on ne voulait pas me le montrer car j’étais endormie…. Pourtant je me souviens d’avoir entendu la voix du papa de loin m’appeler, je me réveille et je vois le visage de mon bébé à côté de moi quelques secondes, un moment rempli d’émotions.
Ensuite, on m’emmene en salle de réveil pendant deux heures.
Lors de mon réveil, on tarde a me ramener en chambre, une sage femme passe au bout de mon lit et me dit ‘qu’il est beau votre fils madame !’ Cette phrase résonne encore dans ma tête à l’heure actuelle, comment peut-elle se permettre de me dire ça à moi, qui a juste eu le droit que de l’apercevoir, moi qui n’attend qu’une chose c’est qu’on me remonte dans ma chambre afin de retrouver mon fils et mon compagnon?
Ce n’est que deux heures après sa naissance que notre histoire de vie à trois a pu commencer …
Il me manque des chapitres dans l’histoire de mon fils, j ai l’impression d avoir raté des choses, de ne pas avoir été là comme je l’aurais dû, comme je m’en étais fait l’idée…

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#339 Le deuxième accouchement de Anne, Belgique

7 Fév

Madame, Monsieur,

Le contenu  de cette lettre que vous êtes en train de lire avait été fait il y a 4 ans mais je l’avais jetée. En effet, écrire enfin cette lettre et vous l’envoyer est pour moi, la dernière étape d’un long cheminement sur une épreuve que j’ai eu à traverser. Je ne l’ai pas envoyée plus tôt car je savais que la réponse que vous me donneriez n’enlèverait rien à notre souffrance voir même la discréditerait probablement. Aujourd’hui, nous réclamons une justice…non pas pour moi égoïstement  mais surtout pour ma fille. En effet, depuis quelques mois, Emma a des difficultés comportementales. Bien logiquement, nous avons mis ça sur le compte de l’arrivée de sa sœur car ça a commencé lorsque j’étais enceinte. Aussi, après des mois et même des années de galères car Emma est une petite fille tourmentée depuis toujours, nous avons décidé de faire un bilan dans une ASBL pour enfants en difficultés. Là, une expertise psychologique, neuro-psychologique et logopédique a été réalisée par des spécialistes. Cette semaine, nous avons reçu le rapport et il semblerait qu’elle soit toujours traumatisée par sa naissance et qu’elle a des difficultés d’apprentissage type TDAH et des troubles de la compréhension verbale. Il nous semble très clair que rien ne peut dire formellement que sa naissance et la grossesse soit en cause mais rien ne dit l’inverse non plus. Aussi, elle ne m’a pas encore posé de questions sur sa naissance  mais au vu de ces circonstances, je vais devoir lui expliquer. Cette démarche vis à vis de vous nous semble difficile car je sais que notre vécu risque d’être discrédité mais tant pis…Emma a le droit de savoir que son papa et sa maman demandent des comptes pour elle, pour elle se construire plus tard.

Voici mon histoire de sa conception à la période post-partum… Il y a 5 ans après avoir traversé un AIT suite à une hypofibrinolyse modérée, j’étais enceinte d’un bébé attendu depuis très longtemps, une grossesse longtemps post-posée pour stabiliser ma santé. J’ai eu connaissance de ma grossesse le 18 octobre 2008. C’est Mme V. qui me suivait, nous avons eu un bon contact soignant-soignée mais elle m’annonce de suite qu’elle est enceinte et donc, elle ne pourra suivre en intégralité ma grossesse. Au premier trimestre, j’étais malade avec des nausées mais ça ne se passait pas si mal. Ensuite, vers 8 semaines, j’ai attrapé une bronchite qui m’a donné une dyspnée à l’effort invalidante. Lors d’une consultation chez Mme V., elle constate le problème et demande un avis cardiologique qui sera effectué dans l’hôpital le plus proche de mon domicile, l’examen sans particularité et le cardiologue (Dr L.) m’a ensuite envoyée chez le pneumologue (Dr H.) qui m’a diagnostiqué vers le mois de février une hyperréactivité bronchique. Il a instauré un traitement à base de Qvar. Début mars, j’étais donc à environ 23 semaines, Mme V. est partie en congé prénatal et j’ai donc été suivie successivement par Mme C. qui m’a accordé 10 min de consultation pour moi alors qu’elle ne connaissait pas et surtout que je n’étais pas spécialement bien. Devant ce manque d’intérêt, j’ai longtemps hésité avant de changer et en concertation avec la sage-femme indépendante qui me suivait, j’ai été dirigée contrainte et forcée par les secrétaires chez Mme J. à la consultation ONE car pas de place ailleurs. Début du suivi, à part des contractions et  toujours cette dyspnée importante à l’effort qui me ronge.  Je me suis plainte plusieurs fois d’être à court d’haleine et d’être oppressée…Mme J. m’avait fait un papier pour donner à mon pneumologue en disant que le Qvar contenait de la cortisone et que ça donnait un retard de croissance intra-utérin et qu’elle n’était pas vraiment contre mais pas pour non plus, elle voulait autre chose comme traitement. J’ai donc contacté le pneumologue qui s’est interrogé sur la raison de cette demande car il m’a dit que la corticothérapie est essentielle dans un traitement de l’asthme atopique, il a ajouté du Ventolin, il avait raison. J’avais également des contractions et j’ai donc été mise sous U********* 2 comp 3X/ jour ainsi que de l’A***** suivi d’un repos au lit car j’avais des contractions très fréquemment sans modification de mon col. A savoir que j’ai des antécédents de choléstase gravidique pour ma première grossesse et que le bilan hépatique n’a pas réalisé fréquemment semble t il. Le suivi a donc continué avec un test de O’sullivan positif, un triangle hyperglycémique réalisé également montrant juste la nécessité de suivre des mesures diététiques sans sucre. A signaler également, j’avais téléphoné 1X à Mme J. pour des contractions et l’accueil a été plutôt glacial. En consultation, je pesais mes mots à savoir que j’avais une sage-femme libérale qui venait à la maison me faire des monitos et elle avait envoyé un courrier avec le rapport de tous les monitos et elle m’a chargée de dire à la sage-femme que ses rapports ne servaient à rien alors qu’il lui était tout à fait possible de l’appeler et de lui dire directement. Bref, j’ai du entendre les doléances de Mme J. sur des autres praticiens en plus de la charge d’une grossesse déjà bien compliquée. Aussi, au vu de mon problème de coagulation, je prenais et je prends toujours de la cardioaspirine 100 mg à vie mais à 35 semaines, l’aspirine a été stoppée en vue de passer à la c******. Il existait un schéma fait par la coagulopathe(Mme M) avec une proposition de F******. J’avais pas forcément facile à me déplacer et j’y suis allée péniblement tout ça pour m’entendre dire qu’elle ne donnerait pas ce que Mme M. avait préconisé. Je ne savais pas vraiment comment je devais faire pour l’accouchement car elle ne m’a rien expliqué, ni à quel moment je devais arrêté la C****** et comment juger si je devais la faire ou pas chaque jour, à savoir que je contractais toujours énormément et que c’était très dur à juger à savoir que je ne suis ni médecin, ni sage-femme. A 36 semaines, j’avais tellement ras le bol de ce manque de sérieux car je contractais toujours, j’étais tellement dyspnéïque que je ne savais plus marcher 100 mètres sans devoir m’arrêter tellement j’étais tachycarde à 160-180 à l’effort. J’avais extrêmement mal partout du à l’alitement et aux dorsalgies chroniques. Je décide donc de reprendre mon dossier et d’aller ailleurs. Malheureusement, le lendemain de mes démarches…mon ventre a commencé à me gratter intensément et je me rends compte que mes médicaments habituels me rendent malades.  Donc vu les contacts que j’avais avec Mme J. j’ai contacté ma sage-femme qui me renvoie en urgence chez mon médecin traitant, celui-ci est très inquiet et me fait une prise de sang. Quelques heures plus tard, je reçois les résultats et le verdict tombe, mes enzymes hépatiques sont au plafond. Elle contacte donc la gynécologue sans arriver à lui parler et elle me le signale. Fin de cette journée, Mme J. m’appelle en me disant que je n’ai pas à la déranger en consultation, je lui signale que je ne l’ai pas appelée mais que c’était mon médecin traitant. Elle baisse immédiatement d’un ton et me demande ce qu’il se passe, je lui explique que mon ventre me gratte que mes enzymes hépatiques sont très élevés. Elle me dit que c’est très grave, qu’il faut que j’accouche la semaine d’après mais je dois avoir un monitoring fœtal journalier obligatoirement car je risque de perdre mon bébé. Je lui demande si c’est la seule solution et je doute un peu, je lui demande si c’est le seul traitement et elle me répond que si je refuse le déclenchement de mon accouchement, elle refuse de continuer à faire mon suivi. Contrainte et forcée, la mort dans l’âme et surtout dégoûtée, je n’ai pas d’autre choix que de me plier à sa volonté et j’annule toutes mes démarches pour aller ailleurs. A ce moment là, je n’ai donc plus été vue par Mme J. depuis 3 semaines…

 

Le jour J à 6h(le 3 juin 2009), je suis arrivée mais la peur au ventre avec un asthme instable non contrôlé malgré le Q*** et le v*******, une choléstase gravidique aigüe, un utérus contractile, un diabète non insulino-requérant sans vraiment avoir eu un suivi correct et une écoute, des douleurs chroniques que l’ostéopathe n’est pas parvenu à contrôler vu la grossesse… sans même avoir été rassurée par la gynécologue. Mon médecin traitant étant aussi perplexe que ma sage-femme sur la qualité du suivi. Voilà, à ce moment là, je me suis dit que je n’étais pas dans les conditions optimales pour mettre au monde ma petite fille. Ensuite, vers 9h, on s’occupe de moi, La sage-femme m’examine et m’explique que mon col est ouvert à 2 cm et que ce n’est pas gagné car je ne suis qu’à 37 semaines. Elle me met donc un gel qui brûle et fait mûrir mon col…puis une seconde fois plus tard dans la matinée car pas de résultat…puis la perfusion avec les occytocines sont placées vers 11h30 puis vers 12h30, le cathéter péridural. Soudainement vers 14h environ au changement de service, j’ai eu affaire à une dénommée «C.» une jeune sage femme du quartier de naissance. Elle est entrée sans même m’avoir examinée, elle dit d’emblée que la péridurale ralentissait mon travail et m’a dit qu’il était désormais plus possible d’injecter l’anesthésiant dans le cathéter mais elle a augmenté la perfusion en doublant la vitesse de perfusion. Je n’ai rien dit et j’ai essayé de mettre en pratique ce que ma sage-femme m’avait appris en préparation à l’accouchement. Mais plus le temps passait et plus ça devenait ingérable. Sur 3 ou 4 heures de temps, je suis passée de quelques cc/h  à 125 cc/h de solution de synthocinon. Pour ensuite se terminer par moi à quatre pattes, en détresse respiratoire avec la perfusion qui coulait en écoulement libre avec la roulette à fond.  Ensuite, 2h avant d’accouchement, quand j’ai vu que je n’arrivais plus à respirer, je me suis mise à pleurer car je sentais que ça n’allait pas. J’ai dit à cette «C.» plusieurs fois que je n’allais pas bien avant…je n’ai jamais vu la gynécologue, jamais la sage-femme ne m’a mis de l’oxygène ni même pris ma saturation, je ne respirais pas bien du tout. Ensuite, J’ai senti l’angoisse m’envahir  et il n’y a rien de pire que ça… jusqu’à ce que je rassemble mes dernières mots de ceux que j’arrivais encore à prononcer à ce moment là à savoir qu’accoucher comme ça en 2009,c’est un scandale !! Que même une vache, on ne lui fait pas ça !! Cette soignante m’a répondu que je n’avais pas le choix, que j’étais là pour raison médicale, la raison médicale explique la brutalité ? Elle est partie quelques instants pour ensuite revenir, ouvrir la porte de la pompe et l’ouvrir à fond, me mettre à quatre pattes et s’en aller juste après. Je me sentie abandonnée dans ma détresse et pas que morale mais physique aussi. Je pleurais sans même savoir parler…et puis, je me suis remise sur mon dos car j’étouffais. Mon mari l’a rappelée et elle est revenue…elle a dit sans même m’avoir regardée en face et en regardant mon ventre et mon anatomie intime : »et bien voilà madame, à 4 pattes, ça marche bien pour faire descendre le bébé… » Elle a ensuite appelé Mme J. qui une fois entrée, s’est inquiétée de mon état respiratoire…ENFIN !!!  Elle s’est énervée sur la sage-femme en lui disant, il faut du V******* tout de suite, elle a couru voir dans sa pharmacie et elle n’en avait pas. Donc, elle nous a dit que ça n’irait pas si je n’avais pas mes puffs alors elle s’est tournée vers mon mari pour voir s’ il avait mon puff de V*******. J’ai essayé comme j’ai pu d’inspirer mes puffs mais tout n’est pas arrivé dans mes bronches donc, Mme J. a dit : « allez !!! Vous allez devoir mettre le paquet car ça risque de mal se terminer si vous ne poussez pas efficacement » J’ai donc rassemblé le reste de force qu’il me restait et j’ai poussé 3 fois et ça a suffit…toujours sans oxygène, sans monitoring, sans saturomètre… Quand j’ai accueilli ma petite fille enfin quand j’ai essayé de l’accueillir…je me suis dit que le bon dieu avait été avec nous ce jour là…que j’étais en vie et qu’elle aussi…La détresse respiratoire s’est levée car j’ai refait des puffs de v******** et que les contractions se sont arrêtées. Après cela, ma petite fille n’a pas été vue par un pédiatre car le poids était supérieur à 2kg 300. C’est la réponse qui m’a été donnée par les sage-femmes lorsque j’ai demandé si elle devait aller en néonatalogie.

J’ai accouché à 18h24 et je suis arrivée vers 22h30-23h dans ma chambre à la maternité. Ensuite, après m’être endormie vers 1h du matin, une sage-femme du quartier de naissance est revenue me faire signer les papiers pour le don de sang de cordon. Jusque là ok mais vers 6h, elle est revenue me réveiller, encore pour me faire signer les mêmes papiers signés 5h plus tôt car perdus… Tout ça pour apprendre 15 jours plus tard qu’ au vu du délai entre le prélèvement et l’analyse, le don n’avait pas pu être traité.

Le séjour en maternité s’est très bien passé et ça m’a aidé un peu à commencer ma reconstruction mentale et physique. Le lendemain, Mme J. est passée me voir visiblement embêtée et inquiète de mon état respiratoire et a reconnu verbalement qu’il aurait fallu un meilleur suivi pneumo, qu’elle aurait du insister. Il était un peu tard pour ça et Mme H m’a vue en post-partum et m’a instauré un traitement correct et je la remercie rien que pour ça ; J’ai eu un traitement à base de s******* 50/500, m********** 10mg, v******* et f******** a***.

Pendant des mois, j’ai vécu avec ce qu’on appelle un stress post-traumatique du à l’accouchement mais je ne savais pas qu’on pouvait en souffrir suite à un accouchement… J’ai fait des cauchemars pendant des mois du personnel soignant en train de me courir après pour me faire accoucher… j’avais des angoisses, je n’étais pas bien. En février 2012 donc 3 ans en vue de me lancer dans une autre grossesse et pour tourner la page, j’ai entrepris une thérapie par l’hypnose et ça a très bien marché. Je ne pleure plus le jour anniversaire de ma fille et je vais bien mais la route a été si longue. Aujourd’hui, je vais bien. Malgré tout, je viens d’avoir une 3ème petite fille le 27 juin 2013 après un combat acharné qui a mobilisé sage-femmes indépendantes, hospitalières, diabétologues, pneumologues et gynécologues. J’ai eu les mêmes complications pour cette grossesse que pour la grossesse d’Emma, hormis que cette fois, le personnel soignant m’a écoutée et suivie comme il se doit. Ce fût une expérience douloureuse mais tellement positive.  Je n’ai strictement rien à reprocher lors de ma prise en charge de cette 3ème grossesse. Mais quand on voit l’énergie que chaque soignant a dépensé pour que ma fille et moi, nous nous en sortions sans encombre. On peut être en mesure de se dire que Emma et Moi, nous sommes des miraculées. Cependant, cette dernière grossesse m’a donné les pires angoisses car on ne peut pas faire un black out sur tout. Cela dit, je tiens à dire que hormis la situation difficile que j’ai eu à traverser en 2009, Vous avez un personnel soignant qui est formidable mais comme partout il y a des personnes moins professionnelles à certains moments et quand vous tombez sur des personnes comme celles-là à un moment comme une grossesse et un accouchement, ça laisse une marque indélébile non pas que pour la maman mais aussi pour l’enfant et le futur adulte qui se construit. Pour ma dernière grossesse, elle a bien été préparée et je suis allée voir Mme H à Bruxelles, une spécialiste des grossesses à risque bien connue dans le milieu et elle m’a confirmé qu’il y a eu des manquements dans ma prise en charge.

Je suis désolée d’avoir été si longue mais tous ces évènements s’étalent sur des années…Nous n’attendons pas grand-chose de vous, mon travail sur moi-même est terminé mais celui de ma fille ne fait que commencer et la route sera très longue. Nous voudrions que les manquements soient reconnus et que vous reconnaissiez votre responsabilité. Nous voudrions que vous reconnaissiez la souffrance psychologique de notre fille et la nôtre même si nous avons dépassé ce cap. Je n’ai qu’un souhait que chaque femme enceinte ait droit à une prise en charge dans sa globalité. Que plus jamais une horreur pareille ne se reproduise…

Bien à vous.

Anne P.

Infirmière 32 ans

Maman de 3 petites filles.

#331 Accouchement en Belgique francophone, 2014

31 Jan

Tout commence le 04 janvier 2014 dans l’après-midi. Cela fait 2 jours que je ne me sens pas bien. Bébé est descendu et pousse vers le bas car je ressens des douleurs dans le bas du ventre. Mon mari est parti travailler mais il n’a pas l’esprit tranquille et appelle ma maman à la rescousse. Environ 2 heures se passent et je ne me sens toujours pas mieux. J’ai des contractions qui durent de plus en plus longtemps et qui se rapprochent mais elles ne sont pas vraiment régulières. Il n’y a pas de déclenchement réel mais ma maman décide de m’emmener à l’hôpital.

A mon arrivée, dans la salle d’admission de la maternité, on me fait un monitoring qui montre une activité légère et irrégulière et un toucher qui n’a pas bougé depuis ma dernière visite une semaine auparavant (3 cm). La sage-femme veut l’avis de la gynéco de garde car je me plains de douleur dans le pubis et a peur pour la cicatrice de ma première césarienne. Elle souhaite également que la gynéco me fasse une échographie pour voir la position du bébé.

La gynéco arrivera dans l’heure. Pendant ce temps, je garde le monitoring, les contractions se rapprochent et deviennent plus régulières. La gynéco arrive et décide de me faire un toucher à la vue du monitoring. Pour elle, mon col se dilate, je suis à 4 cm. Elle déclare : « je pense bien que le travail se met en route ».  Avec la sage-femme, elle me propose de m’installer dans une chambre pour suivre le déroulement du travail. Je me lève de la table d’examen et là la gynéco me dit : « mais vous mesurez combien ? » je réponds 1m 54 cm, « vous a-t-on fait une radio du bassin ? » je réponds non. « Qui est votre gynéco ? » je réponds Docteur X  Et là, tout haut elle s’exprime : «  mais pourquoi il ne l’a pas fait celui-là ? ». Je me sens mal à l’aise et à la fois une peur m’envahi, mon bébé passera-t-il ?  Elle me fait douter !!

La gynéco insiste pour que j’aille faire l’examen en urgence, ce que je fais et là tout s’enchaine et va beaucoup trop vite. L’examen se déroule sans souci. Juste après, on  m’installe directement dans une chambre. On m’apporte les bas, une blouse et on m’installe une perfusion. Je comprends alors que ce sera la césarienne. Je ne réagis pas de suite mais la sage-femme me prépare. La gynéco arrive et affirme votre bassin est trop petit, vous avez un bassin d’homme. Elle raconte plein de choses avec des chiffres que je ne parviens pas à comprendre.

Les larmes sont là mais je n’arrive pas à pleurer. Dans ma tête tout se bouscule, je prends sur moi car je comprends ne pas avoir d’autres alternatives. Je ne vais pas aller contre l’avis d’un médecin. Je me sens incomprise, personne ne me soutiens, mon mari n’étant pas là. Il est 17h45, je l’appelle et il arrive au plus vite.

A son arrivée, 30 minutes plus tard, nous apprenons qu’une opération d’urgence aura lieu avant ma césarienne. De ce fait, le stress m’envahi. Dans la soirée, les contractions sont présentes mais pas plus douloureuses ni régulières. La sage-femme de l’après-midi me refait un toucher car je panique de devoir attendre puisqu’en début d’après-midi tout devait aller très vite car le travail se mettait en route. Pas de changement entre 17h et 20h, toujours 4 cm.

Il est 21h15, on vient me chercher pour la césarienne. Tout se passe comme à ma première césarienne sauf qu’on me pique 2 fois dans le dos. L’anesthésiste me demande si je suis allergique à quelque chose, je réponds oui à la pénicilline. Il hésite à me donner un autre antibiotique mais a-t-il consulté mon dossier ?

Bébé arrive à 22h05, il va bien malgré 2 circulaires. Et là, la gynéco me dit vous voyez on a bien fait de faire la césarienne !! Je pense que d’autres bébés naissent aussi par voie basse avec le cordon autour du cou. Une stagiaire fait quelques photos de la naissance mais vraiment un minimum. On me montre mon bébé quelques secondes à côté de moi, une photo avec le papa et il part pour ses soins. Peu après, bébé retourne dans la chambre avec papa et la sage-femme.

La gynéco termine son travail. Une fois la césarienne terminée, je suis contente qu’on est samedi, il n’y a pas de salle de réveil et que je vais vite pouvoir retourner dans ma chambre auprès de mon bébé. A mon arrivée dans la chambre, bébé est déjà pesé, mesuré et habillé.

La sage-femme me dépose Louis sur moi, puis je ne vois plus personne pendant un moment. La stagiaire arrive pour prendre mes paramètres. Je pense être rafraîchie mais il n’en n’est rien, je dois demander pour l’être et ce sera du vite fait. Nous dormons comme on peut, les douleurs commencent à se ressentir. Bébé est calme et dort bien.

Voici l’histoire de ma césarienne ; mais au fur et à mesure de mon séjour à la maternité des actes, des paroles de certaines personnes vont venir éclairer ma lanterne sur la décision prise rapidement d’effectuer une césarienne quasiment en urgence :

  • En 2h, il a été décidé de ma césarienne car le travail se mettait en route soi-disant mais à 20h mon col n’avait pas bougé. Et une fois la décision prise, je n’avais plus besoin de monitoring. Ainsi nous n’avions plus de contrôles sur mes contractions qui n’étaient pas régulières du tout.
  • Je n’ai jamais fait l’échographie pour voir la position du bébé.
  • Après renseignement, il faut mesurer moins d’1m50 et chausser 36 ou moins pour faire une pelvimétrie d’office, hors je mesure 1m54 et chausse 37/38.
  • Tout va beaucoup trop vite, on ne me laisse pas grand choix, ni de m’exprimer. Dans ma tête, j’étais consciente que je risquais une césarienne du à mon antécédent mais il fallait me laisser ma chance d’accoucher par voie basse. Tout cela pour ne pas souffrir inutilement selon la gynéco si jamais on aurait quand même dû procéder à une césarienne après plusieurs heures de travail. J’ai le sentiment que l’on a arraché mon bébé de mon ventre.
  • De plus mon bébé est né 3 semaines à l’avance, peut-être que si le travail n’avait pas réellement commencé mon bébé aurait pu rester au chaud quelques jours de plus.
  • Je n’ai pas eu droit au peau à peau avec mon bébé ni à ses premiers soins.
  • J’ai appris le lendemain par la sage-femme qui a m’a accompagnée à la césarienne que le personnel de nuit ainsi que la gynéco avaient prévu de faire un repas ensemble le samedi soir. Voilà surement le pourquoi que tout devait aller si vite … fallait leur laisser le temps de manger. Mais avec l’opération d’urgence qu’il y a eu juste avant ma césarienne, il y a eu un décalage dans leur planning d’où surement le pourquoi d’avoir réalisé les premiers soins de mon bébé sans moi et que je n’ai eu droit qu’à la stagiaire pendant une bonne partie de la nuit.
  • Le soir même, la sage-femme qui est venue à ma césarienne et que je connais personnellement m’a affirmé être au courant de ma césarienne car elle avait eu la gynéco au téléphone pour des raisons personnelles. Qui dit qu’elles n’ont pas planifié ensemble ma césarienne !!?? peut-être vais-je un peu trop loin mais tout cela me parait beaucoup pour une césarienne. J’ai déjà eu une césarienne en 2010 pour siège réalisé par le docteur Y et j’en garde un bon souvenir. Ici j’ai le sentiment d’avoir été mise à l’écart de mon propre accouchement !!
  • En début de grossesse, la même sage-femme avait sous-entendu à ce que je change de gynéco pas très déontologique tout ça. Suite à ma première césarienne pour siège, elle m’a dit un jour tu ne crois pas qu’un bébé n’est pas mieux 9 mois assis sur ses fesses que 9 mois sur sa tête. N’est-ce pas un comble pour une sage-femme ??

#330 – Lettre à ma sage-femme, Belgique

31 Jan

Chère I. (lettre à ma sage-femme),

 

Je pense que F et moi voulions te parler de notre accouchement. En effet, celui-ci ne s’est surement pas passé comme nous l’espérions et oui, au final, TOUT s’est bien passé mais dans notre tête et dans notre ressenti cela n’est pas aussi positif. Nous sommes surtout triste de cette journée.

Physiquement, je n’ai pas vraiment eu mal, je pourrais ré-accouché sans soucis. Mais psychologiquement, F. et moi aurions voulu vivre cela autrement.

Bon, nous allons te raconter le début car tu n’étais pas là et justement c’est cela qui nous a beaucoup attristé.

A 11h30, j’ai perdu les eaux et j’ai téléphoné à la maternité (comme tu m’avais dit de ne pas y aller avant d’avoir une contraction toutes les trois minutes et que là, je n’avais aucune contractions). Déjà là, j’aurais tant voulu t’entendre, savoir que tu serais à la maternité, que ce serait toi qui vérifierais tout et qui nous aiderait.

A 13h, nous sommes arrivés à la maternité au changement de service et donc la première infirmière qui m’a examinée a ensuite passé le relais à une autre. Je ne veux en rien critiquer leur façon de faire, elles ont toutes été à leur niveau d’une extrême gentillesse, mais nous avons beaucoup espéré que tu arrives. On leur a demandé de te joindre, elles nous ont dit ok mais nous on aussi dit que tu arriverais le soir. Nous pensons avec un certain recul qu’elles pensaient que nous n’accoucherions pas avant 21h… et que tu arriverais à ce moment là pour faire la nuit parce qu’elles nous ont dit qu’elles t’appelaient (mais sans plus). Nous avons vraiment insistés, à chaque fois qu’une infirmière entrait dans la chambre, je demandais après toi, nous étions vraiment perdus. F. n’arrivait pas à me masser, il me voyait souffrir mais ne pouvait pas me parler car je ne pouvais plus lui répondre. L’infirmière voulait que je sois assise sur le ballon mais j’avais trop mal au dos, ça poussait vers le bas mais elle me disait de ne pas pousser, le monitoring indiquait  que je n’avais pas de contractions alors que F. voyait bien que j’étais crispée. Nous étions à deux, perdus dans la chambre sans savoir si bébé allait bien. Plusieurs fois les infirmières m’ont dit de ne pas pousser pour épargner mes forces. Moi je devais sans arrêt aller sur la toilette et je coulais de partout sur le sol et F. essayait de tout frotter… Je ne pouvais pas lui parler et lui n’arrivait pas à me rassurer. J’avais mal et en même temps j’aurais tant voulu qu’il me prenne contre lui, qu’il me rassure, qu’il me masse mais il ne savait pas ou ni quand (car aux contractions, j’avais trop mal pour être massée)… à 16h30, 6 cm et je ne voulais pas accoucher avant que tu n’arrives. On a même demandé à P. pour te rappeler. Puis on me disait que tu étais en route… Puis on m’a demandé si je voulais un bain, j’ai dit oui et je voulais surtout accouché dans une position qui aurait évité que je sois recousue (soit dans l’eau soit à quatre pattes ou sur un tabouret). J’avais vraiment peur et F. ne pouvait pas m’aider. Après, j’ai été très très vite à 8cm et là, je ne pouvais plus marcher et j’étais toujours dans la chambre, l’infirmière a du amener un lit et a dit que j’aurais du aller en salle de travail plus tôt mais avant personne ne venait me voir ou bien me mettre en salle d’accouchement… et je ne comprenais pas pourquoi je ne pouvais pas aller dès le début dans la salle de travail quand je pouvais encore marcher. Là, j’ai du me laisser porter sur le lit. J’ai voulu aller dans l’eau et j’y étais vraiment bien mais je n’y suis restée que 3 minutes car l’eau que l’infirmière avait mise était trop froide. Je ne voulais plus bouger, j’y étais vraiment bien, j’aurais vraiment voulu accoucher dans l’eau, F. était derrière moi j’étais dans ses bras, vraiment bien ! Là, l’infirmière a dit à F. qu’elle voyait la tête du bébé et F. a cru que bébé serait là dans 5 ou 10 minutes (il n’était que 18h30 et j’ai encore poussé pendant 1h après). Le gynécologue nous a fait sortir de l’eau mais je ne pouvais presque plus bouger mes jambes, donc ils m’ont installés sur la table, alors que je ne voulais pas être sur le dos (mais je ne pouvais plus parler). Ils ne m’ont rien proposé d’autres et j’avais envie de pleurer et ça poussait. J’avais trop mal au dos pour pousser donc ils me tenaient les jambes et puis me disaient de prendre de l’oxygène pour le bébé, je ne voyais même plus F. Le gynécologue m’a dit que je ne poussais pas assez fort et que le bébé ne pourrait jamais sortir. Je voulais que tu sois là et je ne voulais pas que le bébé sorte et je sentais que dans cette position ça ne passerait jamais. Trop de sage femme (extrêment gentilles) entraient, sortaient, venaient se présenter, me demander si tout allait bien mais je voulais le calme, l’intimité, être seul en paix avec mon bébé. Puis tu es arrivée et toute la situation s’est débloquée, tu me connais, tu comprends mon caractère, mes peurs, je voulais que tu sois là, un peu pour me défendre (contre quoi je ne sais pas bien) et pour me protéger. Je sentais bien que F. n’en serait pas capable. Une fois, ton arrivée, j’étais tellement contente que je n’ai vraiment pas eu mal, j’ai poussé, comme tu me le demandais et juste ta voix, écouter ta voix suffisait et en plus, le bébé connaissait très bien ta voix donc il venait aussi pour te voir sans doute! La position dans laquelle tu m’as mise n’était pas parfaite mais elle était déjà bien meilleure qu’avant et tu n’aurais rien su faire de mieux puisque j’étais sur la table. Avec du recul, nous sommes vraiment triste que tu n’étais pas là et pour le suivant, nous espérons vraiment que tu seras là.

Pour la suite, tu es au courant, le bébé sur moi pendant qu’on me recousait, je n’ai vraiment pas pu profiter parce que je sentais que quelque chose n’allait pas. Je ne comprends pas non plus pourquoi je n’ai pas dû pousser pour faire sortir le placenta et que le gynécologue l’a tiré (sans que je pousse – y avait-il déjà un soucis) et après j’aurais tant voulu des explications, je ne pouvais pas me concentrer sur le bébé. On me recousait, on chipotait, j’aurais voulu être seule avec mon bébé. On m’a donné des trucs (des suppositoires) sans aucune explication puis on me les a retiré, sans aucune explication, j’ai juste entendu “mince elle est asthmatique” et je ne sais pas tout est allé si vite. Et puis, j’ai entendu : salle d’opération libre? Et je suis partie sans voir mon bébé ni F.  Pendant mon opération, F. s’est senti si seul, il était dans la salle d’accouchement avec tous les outils plein de sang et le placenta et tout le sol plein de sang, seul avec le bébé qu’il ne savait pas comment tenir, il se sentait abandonné et puis, il pensait que peut-être il ne me reverrait jamais. Encore, maintenant souvent il me dit que quand je suis partie, il a bien cru ne jamais me revoir.

Nous aurions tant voulu que ce moment soit magique et il l’a surement été mais quand on y repense nous n’arrivons pas vraiment à effacer le “négatif”. Nous savons qu’il y a pire et nous le voyions bien autour de nous : un collègue a un bébé prématuré de 6 semaines, une amie a un enfant trisomique, une autre amie a eu une césarienne, oui, il y a pire, mais notre moment à nous, notre accouchement, nous laisse un peu… un peu apeurés je pense…. Voilà, nous voulions te confier nos sentiments et notre vécu par rapport à cela… Peut-être trouveras-tu tout cela exagéré mais encore aujourd’hui, nous n’arrivons pas à en parler de façon objective.

Pour le post-natale, j’ai encore mal à ma cicatrice et F. ne peut toujours rien faire car c’est trop sensible et il appuie toujours là où il ne faut pas et ça tire et j’ai l’impression que ca ne se réparera jamais. Il ne sent pas qu’il me fait mal. Ca me brule, j’ai toujours l’impression que ca va se re-déchirer.

Merci encore pour ton aide,

Nous tenons beaucoup à toi,

V&F

#320 Cheminement entre 2 naissances, 2010 et 2013

7 Jan

Récit de mes deux naissances en 2010 et en 2013

Ma mère a accouché par voie basse de 3 enfants, à la maternité, dont deux sans péridurale (pour la 3e naissance, un gynécologue pressé lui a administré de l’ocytocine et elle n’a pas « tenu », mais regrettait de ne pas avoir pu sentir ce bébé naître). Elle considérait l’accouchement comme quelque chose de naturel et en me décrivant cela, me disait que « c’était passé comme une lettre à la poste ». J’ai donc grandi avec cette idée-là…

Ma première grossesse s’est déroulée merveilleusement bien. J’étais si heureuse et fière d’être enceinte! Quelques nausées à peine les 3 premiers mois et quelques insomnies. J’ai passé 9 mois sur mon petit nuage, planant dans l’euphorie à l’idée de ce petit être qui grandissait en moi. J’étais en pleine forme et globalement sereine mais me posais 1001 questions, sur la grossesse, l’évolution du bébé, les préparatifs, … je lisais beaucoup à ce sujet, des lectures plutôt « classiques ». Je ne m’en suis pas posé beaucoup quant au suivi de la grossesse et à la naissance en tant que telle. J’étais suivie par mon gynécologue, qui ne surmédicalisait pas du tout, me consacrait 15-20 minutes maximum (je préparais ma liste de questions pour être sûre de ne rien oublier, mais je sentais bien que le temps m’était compté). J’avais une échographie mensuelle que j’attendais avec impatience : quelle émotion de voir mon bébé bouger, grandir. La maternité dans laquelle mon gynécologue exerçait avait le label « Ami des bébés » et jouissait d’une excellente réputation. Le choix coulait de source. Aux alentours de 7 mois de grossesse, j’ai été assister à une journée organisée par l’association Alternatives, qui présentait et permettait d’expérimenter quelques techniques de préparation à la naissance. J’ai eu un coup de cœur pour l’haptonomie, mais cela ne parlait pas à mon mari, dommage… Ce fut une journée idyllique, sous le signe de l’écoute, du respect, de la complicité entre femmes… qui a semé des graines qui n’ont germé que bien plus tard… En fin de grossesse, mon gynécologue m’a recommandé des séances de préparation à la naissance chez une kiné. C’était des séances essentiellement collectives: exercices de respiration, exemples de postures qui favorisent la descente du bébé et la naissance, une explication du déroulement de l’accouchement, … Un mois avant la date prévue, nous avons été visiter la maternité en question. Cela me projetait vers ce moment tant attendu où nous allions faire enfin la connaissance de notre bébé et cela m’emplit d’impatience joyeuse. Lors d’un des derniers rendez-vous chez le gynécologue, je lui ai dit que je ne désirais pas d’épisiotomie. Il a eu une réponse un peu évasive qui aurait dû me mettre la puce à l’oreille… Une semaine avant terme, j’ai perdu les eaux en garant la voiture devant chez nous… j’étais très surprise et bouleversée : dans 24h, j’allais enfin pouvoir serrer mon bébé dans les bras! Nous nous sommes rapidement mis en route vers la maternité. Les contractions ont démarré, tout doucement. La sage-femme qui était de garde nous a accueillis chaleureusement et était super! Occupée par d’autres tâches, elle venait de temps à autre pour voir l’évolution et prendre des nouvelles. Nous avions à disposition une belle salle de naissance avec ballon, baignoire, … j’ai fait les 100 pas dans les couloirs pour accélérer le travail, puis des exercices sur le ballon. Les contractions sont devenues plus intenses. Je n’avais pas peur, essayais de me détendre un maximum pour favoriser le travail. La sage-femme m’a dit lors d’un de ses passages qu’elle sentait que je pouvais accoucher sans péridurale. Elle m’a fait couler un bain qui a accentué encore l’intensité des sensations. Je ne savais pas à quoi m’attendre, je ne savais pas jusqu’où ça allait aller, je ne savais plus comment gérer… alors j’ai demandé une péridurale. Cela m’a soulagée, mais je crois qu’elle était trop fortement dosée : plus de sensations du tout et un tracé plat pour les contractions. J’ai pu dormir quelques heures, mais l’inquiétude montait en moi : et si le travail s’était arrêté? Et si cela finissait en césarienne ? A l’aube, la sage-femme a revérifié l’ouverture et, contre toute attente, j’étais à 10 cm. Elle a appelé le gynécologue. On a coupé la péridurale et injecté de l’ocytocine, je crois. La poussée a été très dure car je ne sentais rien, ni quand pousser, ni comment. Je faisais au plus fort, mais les paroles du gynécologue étaient décourageantes et négatives, celles de la sage-femme, motivantes! J’ai cru que je n’y arriverais jamais! A un moment donné, pressé je crois, de retrouver son lit et trouvant sans doute que cela durait trop longtemps, il m’a fait une épisiotomie. Il voulait aussi que la sage-femme appuie sur mon ventre pour accélérer la sortie, mais je sentais bien qu’elle était réticente, d’ailleurs, elle fit semblant de pousser… Pourtant, le bébé et moi allions bien, il était loin d’être gros et cela ne faisait pas une heure que je poussais… il finit par arriver enfin mon petit gars: un petit moustique de 2kg730, un peu palot, mais en bonne santé, qu’on a immédiatement mis en peau-à-peau sur moi pendant 2 longues et merveilleuses heures. Un moment bouleversant! Un séjour agréable en maternité où tout le monde était aux petits soins pour moi, prêt à répondre à toutes mes questions de nuit comme de jour. Cela m’a donné confiance car la mise en route de l’allaitement a été difficile : petit moustique n’arrivait pas bien à attraper le sein… j’ai dû m’accrocher, mais j’étais très décidée… pour finir, je l’ai allaité quasiment 2 ans mon moustique!

Bilan après 1 an: rien à redire quant à l’hôpital et la présence chaleureuse des sages-femmes et infirmières. J’étais très contente au début de la façon dont s’est déroulé l’accouchement, mais petit à petit, je me suis dit que ça aurait pu se passer autrement, plus naturellement…Je me suis rapidement jurée de changer de gynécologue pour la grossesse suivante.

Le temps a passé. J’ai eu l’occasion de longuement discuter avec deux copines, l’une qui avait accouché dans une maison de naissance et la seconde qui, enceinte, prévoyait d’accoucher sur un plateau-technique. L’idée a fait son chemin et, avant même d’être enceinte de mon second enfant, je savais que je voulais être suivie par une sage-femme et accoucher, si tout se déroulait bien, sur un plateau-technique, à deux pas de chez moi.

Quand les deux petites barres bleues tant attendues se sont affichées sur le test de grossesse, j’en ai à nouveau pleuré de bonheur! 1ère échographie qui m’a permis de voir ce petit haricot magique immobile et voir et écouter ce petit cœur battre. Moment bouleversant. J’ai ensuite pris rapidement contact avec les 4 sages-femmes qui allaient me suivre. Ce suivi était si différent, si humain et dans un cadre si chaleureux! Un RDV mensuel d’une heure, rien que pour moi, où confortablement installée dans un fauteuil ou sur un lit couvert de coussins moelleux, je pouvais parler de ma grossesse, mes petits maux, mes interrogations, mes émotions et inquiétudes, … en même temps que se faisait la prise de sang, que l’on écoutait le petit coeur battre, que l’on mesurait ce ventre qui s’arrondissait mois après mois. Une approche globale, une écoute exceptionnelle, qui me donnait confiance en moi, en mes ressentis, en mon bébé, en la naissance qui se rapprochait doucement. C’était exactement ce dont j’avais besoin. Cette 2ème grossesse était beaucoup plus fatigante, du fait de l’aîné, dont il fallait s’occuper, du fait d’un travail qui me sollicitait alors beaucoup plus. Je me sentais sur-sollicitée de toutes parts, les nerfs à fleur de peau… et venait cette oasis de paix et de sérénité qui me ressourçait. Mes lectures ont été toutes autres: Isabelle Brabant « Une naissance heureuse » et Ina May Gaskin « Le guide de la naissance naturelle ». J’ai eu 3 échographies à la maternité où j’allais accoucher, dont l’une qui a un peu ébranlé ma confiance en moi. Le gynécologue, un anxieux, a fait une fixette sur le poids du bébé, plus petit que la moyenne, disait-il (estimation du poids à la naissance: 3kg tout de même, c’est pas énorme, mais je suis de corpulence mince et mon aîné était plus maigrichon que cela) et insistait sur les causes médicales possibles… Les sages-femmes m’ont rassurée. Bienveillantes, elles ne prenaient toutefois aucun risque et j’étais rigoureusement suivie : une dernière écho prescrite en fin de grossesse (avec une autre gynécologue cette fois !) a dissipé les dernières interrogations. Un mois avant la naissance, nous avons visité la maternité. Même sentiment d’impatience joyeuse. Si toutes les conditions était réunies, je pourrais bénéficier de la salle « nature » avec une grande baignoire de naissance, un ballon, une écharpe suspendue, … et donner naissance en présence de mon mari, de ma sage-femme (celle qui serait de garde à ce moment-là) et de la sage-femme de garde de l’hôpital uniquement. C’est ce qu’on appelle un « plateau-technique », un nom bien barbare pour quelque chose de si simple : une salle de naissance « nature » mise à la disposition de ma sage-femme libérale. Pour la préparation à la naissance, j’ai fait de l’hypno-naissance: des lectures en la matière, des exercices de relaxation profonde, de visualisation et de respiration, écouté des suggestions positives pour une naissance naturelle, regardé sur Internet des « hypnonaissances » (à voir !). J’ai aussi rédigé mon projet de naissance. Le jour « J » prévu, alors que j’étais convaincue que ma petite belette poindrait plus tôt le bout de son nez, toujours rien… le soir vers 9h30, quelques contractions commencent doucement. Je suis convaincue que c’est un pré-travail et m’en rends à peine compte. Elles s’intensifient rapidement et je finis par me décider à terminer mes bagages, puis à demander à mon mari de chronométrer: toutes les 3-4 minutes (oh oh, quand même!). J’appelle ma sage-femme qui nous donne rendez-vous à la maternité et à ma mère qui doit venir garder mon p’tit bonhomme endormi, qui ne se doute de rien. Les contractions, c’est du costaud, aussi intense que quand j’ai supplié pour avoir une péridurale lors de mon précédent accouchement. Quand elles arrivent, je me mets dans ma position fétiche et reste concentrée, détendue. Je suis déjà un peu dans un autre monde, sans doute l’effet des endorphines. On arrive à la maternité vers minuit et demi (heureusement que c’était à 3 minutes en voiture, car j’étais agenouillée à l’arrière, seule position possible). Accueil chaleureux de ma sage-femme qui avait mis des lumières tamisées et tout préparé. Du silence, du calme, de la sérénité et les mots toujours justes, toujours au bon moment, de ma sage-femme qui comprend ce que je ressens, me guide, m’aide à rester concentrée, à ne pas perdre pied… au bout d’un moment, elle mesure l’ouverture et m’annonce à ma grande surprise que j’étais à 7 cm. Elle me fait couler un bain bien chaud dans lequel je plonge, toujours dans ma position fétiche. J’ai les yeux toujours fermés et suis dans mon monde. Des mains m’épongent le front avec un gant de toilette frais, me tendent une paille pour je boive de l’eau fraîche, me caressent le dos doucement pour favoriser la sécrétion d’endorphines. Je ne sais si ce sont celles de ma sage-femme ou de mon mari. Les contractions ne m’offrent plus aucun répit. Elles arrivent, telles un raz-de-marée, refluent pour revenir aussitôt. Et, petit à petit, une sensation nouvelle se précise à chaque contraction: mon corps se met à pousser, tout seul. Je comprends, ma sage-femme comprend. Cela fait du bien cette sensation et en même temps, c’est tellement gigantesque. A un moment, je dis : « Je n’en peux plus », même si je sais bien que ça ne sert à rien… ma sage-femme me dit que dans 3 ou 4 poussées le bébé sera là. Cela me donne du courage pour accepter ces sensations si incroyablement intenses… je sens la tête du bébé qui arrive, recule après la contraction, puis sort à la suivante. Ma sage-femme me demande de continuer à pousser pour dégager le reste du corps. Et je me retourne, pour recevoir ma belette dans mes bras, toujours dans l’eau. Je suis bouleversée. Il est 2h18 du matin.

Bilan après quelques mois: je ne serai jamais assez reconnaissante à mes sages-femmes qui m’ont accompagnée et soutenue pour que je puisse vivre cette expérience extraordinaire et si intense. Un merci tout particulier à A. Ce fut une merveilleuse naissance. Je n’aurais pu rêver mieux. Faire confiance à son corps qui sait très bien ce qu’il doit faire, mettre son cerveau en mode off et se laisser aller, malgré l’intensité des sensations… J’ai eu du mal à atterrir après avoir vécu quelque chose de si transcendant…

#319 – Anonyme Verviers Belgique‏

7 Jan

Je souhaitais accoucher à la maison mais cela n’était pas possible car mon compagnon voulait assister à la naissance mais était angoissé par rapport à sa propre naissance où il avait risqué de perdre la vie. Nous avions néanmoins décidé de faire appel à une sage-femme indépendante pour attendre un peu à la maison avant de nous rendre ensemble à la maternité. Je souhaitais respecter un maximum la physiologie de l’accouchement et désirais essayer de me passer de la péridurale.

Jeudi dans la soirée, je ressens les premières contractions pourtant je ne les reconnaîtrai qu’à-posteriori. Vendredi soir, ça se précise, nous informons la sage-femme qui passe à la maison pour faire un monito. Bébé bouge beaucoup. Je ne suis pas inquiète. Elle me dit que le travail peut s’arrêter et me conseille de me reposer la nuit et de l’appeler chez elle en cas de besoin. Pourtant vers minuit impossible de fermer l’œil. Je décide donc de faire ce qui me détend le plus : prendre un bon bain. La totale, huiles essentielles en diffusion, playlist préférée et petite lumière d’ambiance. La nuit sera comme un véritable feu d’artifice : moi en tête-à-tête avec mon bébé. Je me voyais bien accoucher seule tellement je me sentais bien. Le jour se lève. Je suis très fatiguée après cette nuit aquatique.

Mon homme appelle la sage-femme pour un nouveau monito. Le toucher apporte une décourageante nouvelle : je ne suis qu’à  2 cm. La sage-femme craint que mon utérus ne fatigue à force de contracter trop longtemps. Elle me conseille de m’activer et de faire le ménage. Je n’ai qu’une envie ne rien faire dans mon lit , je suis d’humeur assez grise. Bien obligée, je me bouge, lessive, vaisselle, etc.,  je m’arrête et repars entre chaque contraction. A 15h, je suis morte de fatigue et je réussis à m’endormir. La sage-feeme indépendante nous rejoindra à 18h. Nous passons une bonne partie de la soirée dans la salle de bain. 23h à 5 cm nous nous mettons en route pour l’hôpital. Mon homme ne voulait pas à avoir à gérer un incident seul dans la voiture. J’embarque donc avec ma protectrice. Chaque changement d’ambiance provoque en moi un stress qui accentue la douleur : sortie du bain, dehors, dans la voiture, à la maternité. Arrivée à l’hôpital par les urgences, mon homme m’attend avec une chaise roulante. J’ai du mal à marcher mais la position assise est impossible à tenir pendant les contractions. Accueil bienveillant d’une sage-femme en salle d’accouchement. On me propose une blouse que je refuse, je m’allonge pour un monito et on me place une entrée pour la perf. Depuis le début, je gère chaque contraction en l’accompagnant de Ôooo long et graves. Le travail n’avance pas assez vite aux yeux des sages-femmes, on m’injecte du Buscopan je dilate immédiatement. Je perds les eaux debout, plus tard je ne couperai à l’ocytocine synthétique, les contractions seront alors une vraie torture. Laissée pour un instant seule avec C., je demandrai la péri, elle ne relaiera heureusement pas ma demande. Je suis maintenant à dilatation complète et pourtant je ne ressens pas le besoin de pousser. Bourrelet de col antérieur, je supplie d’arrêter les toucher vaginaux. Je ne sais pas si c’est ceux-ci, la contraction ou l’incompatibilité de la position avec la gestion de la douleur qui me font tant souffrir. Pourtant une sage-femme de l’hôpital m’enlèvera ce bourrelet dans une souffrance déchirante. Tout à coup, je vois qu’on intensifie l’éclairage qui devient aveuglant. Le gynécologue de garde arrive. La position couchée avec étrier ne me convient pas. On tentera de négocier le coucher sur le côté mais il refuse, j’aurai juste le droit de garder les pieds sur la table. Je vois le gynécologue qui prépare ses instrument. Il capte mon regard : « Ne vous inquiétez pas madame je ne fais que désinfecter ». Ivre de fatigue et incapable de parler je pense «  Prends moi pour une conne ! », dans un sursaut je trouve la force d’articuler « Faut pas clamper le cordon ». Réaction d’une des dames de l’hôpital : « Elle délire certainement », le gynécologue me demande de m’expliquer, je n’en ai pas la force.
On m’exhorte de pousser, on me dit que ce que je fais n’est pas bon. Je cherche le regard de mon accompagnatrice comme un agneau apeuré. Elle me fait oui de la tête, oui je peux y arriver. Je pousse de toutes mes forces, c’est comme si j’enfonçais un poignard dans mon propre bras. La tête est sortie le gynéco coupe le cordon enroulé autour de son cou, pas le choix, me dira-t-il. On me pousse sur le ventre, c’est désagréable. Mon bébé est là, je ne veux qu’elle, on me la dépose sur le ventre mais elle n’a pas encore pleuré. Après quelques secondes, ils la retirent, elle pleure, tout va bien nous nous cherchons des yeux : « Alors c’était toi qui était dans mon ventre ? »
Tout devient calme, on me recoud de l’incontournée épisiotomie. On tente la tétée de bienvenue, comme l’avenir nous le dira la puce est impatiente et exigeante avec elle-même, elle s’énervera de ne pas y arriver.

# 307 – N. 2 accouchements

26 Nov

Par hasard je suis tombée sur le blog et je trouve l’idée géniale après avoir bien sur lu tout ces témoignages. Donc voici le mien en Belgique:

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En Belgique on accouche généralement dans l’hôpital de notre gynécologue.
Ma gynécologue qui me suit depuis des années en cabinet privé travaille dans un hôpital que je déteste et loin de chez moi.
Par respect pour moi et parce qu’elle me connait depuis longtemps elle a accepté de venir m’accoucher dans l’hôpital de mon choix, juste à-côté de chez moi, avec le label « ami des bébés ».

Pour ma première grossesse tout s’est bien passé sauf que j’avais appris au huitième mois, que la forme de mon bassin ne me permettrai sans doute pas d’accoucher par voie basse, ce qui m’avait totalement démoralisée étant donné que cela ne correspondait en rien à mes plans!  J’ai perdu les eaux une nuit, dix jours en avance. Je me suis rendue à pied à l’hôpital, à cinq minutes de là munie des radios de mon bassin. A peine arrivée j’ai demandé aux sages-femme de tout faire pour que je puisse malgré tout accoucher par voie basse.
J’ai passé la nuit à attendre le début du travail qui ne venait pas. Le matin, ma gynécologue est arrivée pour provoquer le travail. Elle a promis d’essayer de me faire accoucher par voie basse mais elle a dit, je cite: « On va essayer, tout est une question de temps, si ça prends trop de temps, je ne veux plus t’entendre négocier, on file à la découpe ». Je lui ai passé son jeu de mot, on se connaissait suffisamment pour que cela me fasse rire.
Les contractions ont débuté vers midi. Comme la salle d’accouchement n’était pas prête, les sages-femmes m’ont fait passée par le bain, et j’ai patienté là avec des contractions atroces. J’ai vite craqué et demandé au plus vite la péridurale. Une fois la salle d’accouchement libérée, on m’a placé la péridurale. Sauf que voilà, je fais partie des personnes sur qui la péridurale ne fonctionne pas.
L’hôpital permet aux femmes qui le désire de faire venir en salle d’accouchement plus d’une personne. C’est donc armée de ma mère, du père de l’enfant, de ma kiné, de ma gynécologue que j’ai pu commencer à pousser.
Le décalage entre ma gynécologue qui vient d’un autre établissement qui écoute moins le désir des futures mère et cet hôpital possédant le label « ami des bébé » et « ami des maman » était tellement grand, que finalement je ne me suis pas sentie écoutée. A ma demande de lumière tamisée ma gynécologue a répondu qu’il lui fallait de la lumière pour voir, à ma demande de sentir le cordon finir de battre, elle m’a répondu « à quoi ça sert »? Ma kiné et elle se sont « frittées » quelques fois et au final c’est ma mère qui m’a fait reprendre courage au moment où j’ai perdu pied, en disant que je voulais rentrer à la maison et qu’on arrêtait tout là…
C’est par la suite également que j’ai pu apprécier toute l’étendue du concept « ami des bébés et des mamans », je n’arrivais pas à allaiter et je n’aimais pas ça. Sans me culpabiliser, les sages-femmes m’ont permis de tirer mon lait plutôt que d’allaiter directement.
Et puis, plus que le baby-blues, j’ai fait une grosse dépression qui a duré plus de trois mois, justement en grande partie à cause de l’allaitement et, là, l’hôpital n’a absolument pas géré.

Pour la seconde grossesse, j’ai fait un accouchement fulgurant, d’une intensité incroyable, autant du point de vue de la douleur que de l’émotion une fois le bébé dans mes bras. J’ai accouché seule, parce que personne n’a eu le temps d’arriver. Il n’y avait que la sage-femme, le père et ma mère (et oui à nouveau). Ca faisait un quart d’heure que je disais qu’il était là et qu’il poussait. On va plutôt dire que je hurlais. Mais ma gynécologue était en chemin et coincée dans les embouteillages. C’est elle qui m’avait dit un quart d’heure plus tôt que je ne risquais pas d’accoucher dans l’heure et qu’elle reviendrait trois heures plus tard. Perdu! J’était bel et bien passée de 4 cm à 10 cm en quelques minutes. La sage-femme qui était là, était heureusement très rassurante et devant mon air épouvanté à l’annonce de : « On va y aller alors. » m’a dit, je cite: « Si vous voulez, on peut attendre que tout le monde soit là mais il faut le retenir alors! » Après un rapide calcul et sentant que je n’était plus capable de retenir quoi que ce soit, j’ai poussé de toutes mes forces. J’ai accouché toute seule sans même l’intervention de la sage-femme et mon homme a même dit, qu’on aurait pu accoucher au café que ce serait revenu au même! Elle estimait que je pouvais le faire seule et elle avait raison, j’ai adoré ça!

Autant le premier accouchement était ultra-médicalisé, autant celui-ci était naturel et extrêmement douloureux et d’autant plus apprécié!

J’ai eu droit pour ce séjour en maternité à un sage-femme masculin. Il était d’une empathie rare et a tout fait pour faire comprendre à mon homme que je n’était pas faite pour allaiter ni pour tirer mon lait et qu’il ne servait à rien de me culpabiliser ou me forcer. L’hôpital m’a même gardée un jour supplémentaire afin que je sois mentalement plus forte pour contrer ma belle-famille et mon homme concernant cette histoire d’allaitement. Ils ont même fait intervenir une psychologue. Et je n’ai plus fait de dépression. Le petit s’est très bien habitué au biberon et il va très bien! Et tout ça malgré qu’il porte le label « ami des bébé » qui signifie entre-autre qu’une des conditions est que l’hôpital ait son quota de mères qui allaitent. C’est ça qui prouve qu’ils ont également le label « ami des mamans » parce qu’à ce niveau-là, j’ai été plus qu’écoutée, j’ai été entendue, entourée et surtout encouragée à faire au mieux pour moi et pour mon bébé.

N.

#306 S. accouchement de jumeaux prématurés, à Bruxelles – 2011

25 Nov

J’ai eu une grossesse difficile. Grossesse gémellaire monochoriale-biamniotique (un placenta – deux poches, jumeaux monozygotes). A 19 SA + 3 jours, on me diagnostique un syndrome transfuseur-transfusé (STT- dysfonctionnement du placenta, je passerai sous silence le fait qu’une semaine avant j’étais allée aux urgences car je savais qu’il y avait un problème mais je m’étais gentiment fait remballer). Mon monde s’effondre. Mon gynécologue est très humain et nous aide beaucoup. Il nous parle avec franchise et humanité. Les chances de perdre nos petits garçons sont grandes. Mais on tente le tout pour le tout : à 19SA + 5 jours, à l’aube, je subis un laser du placenta, opération très délicate dont on ne sait si elle va fonctionner. J’affronte cela seule, le papa n’étant pas autorisé à passer la nuit près de moi. Les jours passent, les bébés réagissent bien et j’évite la rupture de la poche des eaux. Les semaines se suivent et je subis maintes échographies (cardiaques, cérébrales, etc.) car le STT aurait pu laisser des séquelles chez les petits.  

12 janvier 2011, 31 SA+ 5 jours : échographie + contrôle du col. Tout va bien. On programme la césarienne au 24 février, à 38 SA (protocole après un laser…). Mon col est bien long et fermé. J’ai des contractions depuis un mois mais elles ne semblent pas avoir de conséquences.

Le soir, je me sens mal. Les contractions me gênent. Je vais dormir.

6h le lendemain, le 13 janvier. Je suis réveillée par une très grosse douleur aux reins. Je ne comprends pas ce que c’est. Mon ventre durcit. Je vais faire couler un bain. Mon mari débarque. Je lui dis que je contracte beaucoup et que j’ai mal au dos. Il chronomètre : contractions toutes les 3-5 min. « On va aux urgences »,  il me dit. Moi, naïve, « tout allait bien hier, laisse moi me laver d’abord ». Je me lave, sors du bain et m’habille. Passage aux toilettes et là, je vois que j’ai perdu le bouchon muqueux. Je comprends qu’il y a urgence. On prend la voiture. Il y a du verglas et des embouteillages. On met 2 heures pour arriver à la maternité (au lieu de 25 min). Un calvaire pour moi ! En route, j’appelle ma belle-mère qui est sage-femme. J’ai mal. Elle me rassure (bien que j’aie su après qu’elle avait compris que j’allais accoucher mais ne voulait pas me stresser. Elle, par contre était morte de stress, de peur que j’accouche en voiture).

J’arrive à la maternité. L’assistante (interne gynécologue) me reçoit froidement : « on vous a vue hier et tout allait bien ». Elle m’examine, mon col est ouvert à 2 cm. Elle me sangle au monitoring. J’ai mal, je pleure. Je me détache plusieurs fois pour aller vomir. La sage-femme râle de devoir remettre le monito. Mon gynécologue n’arrive pas : « il dit que les contractions sont fortes mais pas régulières. Il est occupé et viendra après, madame ». Pendant ce temps, je souffre. Mon mari est désespéré car il voit que ça ne va pas. Je ne suis pas de nature douillette mais là, je perds le contrôle. Mes séances d’haptonomie ne m’aident pas. Je ne peux percevoir les contractions comme une aide à faire sortir mes bébés car je ne veux pas qu’ils sortent. Je sais que ça ne va pas, je le sens, mais personne ne m’écoute. Je perds un peu de liquide amniotique et du sang. On appelle l’assistante : « Le gynécologue va vous examiner ». À 12h30 environ, après 3h30, mon gynécologue me fait venir en salle d’échographie. Il me voit arriver (en marchant ! ben oui, pourquoi aurais-je eu besoin d’une chaise roulante ???). Son visage se décompose. Après ces longs mois, il me connaît bien, sait que je ne suis pas douillette. Là, il perçoit ma douleur et me dit « Oh, vous semblez souffrir ». Echographie du col : il est effacé. Je suis ouverte à 5 cm environ.

Il panique ! On doit tenter d’arrêter le travail. Mais mes urines montrent une infection. On doit faire une ponction du liquide amniotique pour voir s’il est contaminé.

Là, je vis un moment surréaliste. On m’amène dans une pièce sombre. Je souffre comme pas possible, 2 gynécologues et 2 sages-femmes avec blouse et masque m’entourent. On m’enfonce une énorme aiguille dans l’utérus : « ne bougez pas madame ou l’aiguille va toucher la tête d’un bébé ». Je vois dans l’écran cette aiguille et la tête d’un de mes fils (H.) juste à-côté. Et moi qui contracte non stop, je dois souffrir sans bouger. Mon homme est blanc mais fort. Un roc !

On m’amène dans une chambre. Les sages-femmes s’y reprennent à 3 fois pour me mettre la perfusion. Il faut arrêter le travail ! Mais ma douleur n’est toujours par prise en compte. Tout d’un coup, le lit est trempé. La sage femme panique et appelle l’assistante. Celle-ci arrive et m’examine. Je suis à 8cm d’ouverture. Elle me regarde : « Désolée, on ne peut plus rien faire. On doit faire une césarienne ». Je pleure. Mon gynécologue arrive. « Mes bébés vont mourir ??? » « Non, vos enfants sont costauds. A ce stade ils sont viables».

Les salles de césarienne sont toutes occupées. Je dois descendre 11 étages plus bas, en salle d’opération. Mon mari ne peut donc pas venir. J’arrive. L’anesthésiste me pose la rachi-anesthésie. Le soulagement est quasi immédiat. Le gynécologue vient près de moi : «  Vos bébés sont forts. Vous devriez les appeler Nitro et Glycérine. Ils sont de la dynamite ! ». Je souris. Je me calme. J’ai confiance.

L’anesthésiste reste près de moi et me parle d’une voix douce pour m’expliquer ce qu’il se passe. Je sens  qu’on bouge dans mon ventre. Puis un cri. H. est sorti et pleure. Je pleure aussi car je réalise à quel point j’avais peur qu’il ne respire pas. Et mon soulagement est partagé. J’entends les pédiatres se réjouir. L’un d’eux amène H. près de moi. Je l’embrasse. « Madame, si vous le souhaitez, vous pourrez les allaiter ». Cette phrase du pédiatre fut un électrochoc. Et signa le début de mon combat pour que mes chéris n’aient que mon lait.

Pendant ce temps, J. est sorti. Mon deuxième amour crie aussi, un second cri de vie. Je l’embrasse.

Je suis arrivée à 9h et mes chéris sont nés à 13h54 et 14h. 1kg660 et 1kg770. Si petits mais si forts. J’apprends ensuite qu’ils devaient sortir, mon liquide était contaminé par l’infection.

Ils partent en néonat’, on me recoud, je vais 2h en salle de réveil. Je ne devais revoir mes loulous que le lendemain, mais les brancardiers, pédiatres et infirmières font tout pour que je puisse accéder à la néonatologie malgré mon état et mon immense lit que je ne peux quitter. Je peux donc faire du peau-à-peau. Ils sont petits mais j’ai confiance, ils seront battants.

Je demande un tire-lait. Malgré des infirmières peu coopérantes au début (malheureusement j’ai passé 2 jours au service de chirurgie gynécologique avant d’être transférée à la maternité, par manque de place), je m’accroche. Je tire mon lait toutes les 3 heures jours et nuits. Merci au personnel de la néonat qui m’a super soutenue. Ma montée de lait fut énorme. J’aurais pu nourrir 4 bébés.

Ils ne reçoivent que mon lait. Et 3 semaines après la naissance, ils tètent efficacement et sont de moins en moins gavés par sonde. Un mois après leur naissance, ils sortent (alors qu’ils devaient rester 2 mois à l’hôpital). Poids de sortie : 2kg320 et 2kg355. Mes chéris auront tété 32 mois, sevrés par l’arrivée dans mon bidou, de bébé 3.

J’ai un bon souvenir de la néonat (enfin vu le contexte car ça reste un traumatisme de vivre la prématurité). J’ai été soutenue, écoutée, encouragée dans mon allaitement.

Par contre, je reste traumatisée par mon accouchement. Je ne pense pas avoir vécu un accouchement réellement respecté. En tout cas, ma douleur et mon ressenti ne l’ont pas été durant le travail. La douleur non entendue, l’indifférence de l’assistante, la peur panique de perdre mes bébés… Je crois que d’écrire cela pour la première fois me libère un peu…

S.

#274 – Caroline en Belgique – « J’ai failli accoucher seule »

7 Mai

C’était en avril 2011… Mon premier accouchement avait du être médicalement « assisté » car un bébé en siège, né après terme qui menacait d’être trop gros pour mon petit bassin. Très bel accouchement par voie basse, sous péridurale mais parfait quand même.

Le jour du terme pour le second, 23 avril, le contrôle se passe bien, « col postérieur, fermé et long » selon les termes de la sage-femme. « Ne vous inquietez pas, ce bébé n’arrivera pas avant le retour de votre gynécologue (3jours plus tard). »
Un peu paniquée à l’idée de ne pas arriver à l’hopital à temps, ou de venir « pour rien », je redemande les procédures… quand doit-on se décider à se rendre à la maternité?
La sage-femme me répond que si on perd les eaux, il faut venir directement. Sinon, lorsque les contractions sont douloureuses et régulières, il faut calculer les minutes… si elles sont très espacées, prendre un bain. Si c’est un faux travail, ça calme les contractions, si c’est un vrai travail, ça les accélère et dès qu’on arrive à 10 mintues d’intervalle de manière régulière, il faut se mettre en route. Je prends note.

Ce jour-là, c’est l’anniversaire de la future marraine. Tout allait bien. Nous sommes donc allés faire un barbecue chez elle en fin de journée. Quelques contractions douloureuses sont venues ponctuer la soirée (4 peut-être), ni régulière, ni rapprochées.
Vers 1h du matin, je décide de rentrer, car ces contractions me font mal. On rembale notre fils ainé qui dormait à l’étage et nos affaires et on rentre à la maison, située à quelques km de là. Durant le trajet, une contractions très douloureuse se fait sentir.
Arrivée là, je décide de prendre un bain, afin de calmer les contractions. Je rentre dans mon bain, et là, une nouvelle contraction. Je sors de mon bain, et HOP une nouvelle contraction, la précédente avait eu lieu 2 minutes plus tôt… et mon bain avait duré 4 minutes.
J’appelle ma belle-mère pour qu’elle vienne garder mon « grand garçon ». Les 20 minutes qu’elle a mis pour arriver m’ont semblé les plus longues de ma vie. Contractions toutes les deux minutes, hyper douloureuses, je sens que bébé veut sortir et je dois me retenir de pousser.
Dès que j’apercois la voiture de ma belle-mère, je monte dans la mienne, mon mari démarre en trombe. Il a brulé un ou deux feux (à 2h du matin, il n’y avait personne), nous nous sommes fait flashé sur l’autoroute (2h18) je hurle à chaque contraction, je veux retirer ma ceinture mais mon mari m’en empèche.
J’appelle la maternité pour leur dire que nous arrivons, et que le bébé est « presque » là.
Nous arrivons aux urgences (2h25). Le brigadier dit à mon mari qu’il ne peut pas rester stationné là ou il est, et qu’il doit bouger la voiture. Moi, je suis entre deux contractions et je parviens à marcher. Il me dit « si c’est pour un accouchement c’est au fond du couloir, ascenceur, premier étage ».
Je me dirige donc seule vers cet ascenceur. Ce couloir fait 40 mètres de long. Au milieu du couloir, une nouvelle contraction. Mes jambes ne me supportent plus, je tombe par terre. J’ai relaché ma vigilance et je sens que le bébé veut vraiment sortir. Je suis toute habillée, seule dans ce couloir, couchée par terre, je hurle « NE ME LAISSEZ PAS ACCOUCHER TOUTE SEULE DANS CE COULOIR », mais personne ne vient.
Je m’accroche à une main-courante et me fait glisser jusqu’à l’ascenceur. Là, la douleur diminue et je parviens péniblement à me lever pour appuyer sur le bouton du permier étage.
L’ascenceur arrive donne sur le couloir de la maternité. Dès que j’en sors, une nouvelle contraction et je m’écroule à nouveau par terre en hurlant.
Un sage-femme arrive en courant, et me demande où j’en suis, je parviens à articuler « le bébé est là, il va sortir ». Elle me déshabille en me (sup)portant vers la salle d’accouchement.
Dans la salle, elle me dit qu’en effet, il est là et qu’il menace de sortir, mais que la poche des eaux ne s’est pas percées, que c’est probablement la raison pour laquelle j’ai tellement mal. J’ai l’impression que  je ne survivrai pas à la prochaine contraction.

Elle décide de percer la poche, mon mari rentre dans la salle d’accouchement. Elle me dit de tirer sur mes genoux pendant qu’elle perce la poche… et Jules est sorti avec l’eau… à 2h31. 6 minutes après mon admission aux urgences. Je ne l’ai pas senti passer, elle doit le déposer dans mes bras pour que j’y croie. Il est là, tout beau, tout gluant, parfait.
Le temps ralenti… nous sommes là tous les 3, les quelques contractions me rappellent que je viens d’accoucher. La sage-femme me montre (je n’avais pas eu l’occasion de le voir) qu’elle portait un nouveau-né en écharpe. Celui d’une autre maman qui avait besoin de repos. A 4 jours, il avait eu l’occasion d’assister à un accouchement.
Je n’ai eu ni péridurale, ni baxter, ni gynécologue, juste une sage-femme avec un bébé dans les bras.
J’ai envie de dire que ça aurait pu être un accouchement parfait, puisque quelques minutes apres l’accouchement, j’étais déjà debout pour « habiller » mon enfant, qu’on a eu tout le loisir d’en profiter tous les deux, et que les suites de l’accouchement ont été parfaites.
Mais j’en voudrai toujours au brigadier des urgences. J’ai cru mourir dans cet interminable couloir, j’ai cru que j’allais accouché dans mes vêtements, seule, dans un couloir mal éclairé. Ce fut pour moi une expérience traumatisante.
Il m’a fallu plus d’un an pour pouvoir en reparler sans pleurer. Aujourd’hui encore j’en frissonne.

Je déclare donc aujourd’hui, 2 ans plus tard, qu’accoucher sans péridurale, c’est l’idéal si on est dans un environement confortable qui nous permet de gérer la douleur. Qu’accoucher rapidement, c’est assez chouette finalement, car nous gardons la force que profiter de ce bébé qui s’éveille à la vie.
Mais qu’il faut être entourée, au moins de son mari, d’une sage femme, de son médecin ou une mère ou une soeur, qui que ce soit, mais quelqu’un.

Caroline L

#256 – Chemin de naissances, les trois accouchements de Sylvie

10 Avr

Chemin de naissances…

31 octobre 2004. C’est la Saint Quentin aujourd’hui…

Il est environ 7h du matin et je suis impatiente depuis un moment d’aller, enfin, faire ce test de grossesse… Je tremble toute entière… Mais enfin! Après tout il faut juste « faire pipi » et attendre… Et quelle attente… Je reste là… Devant ce bâtonnet blanc et mauve qui va m’indiquer dans les secondes à venir si je vais devenir « Maman »…

Mon cœur bat tellement vite… Pierre dort…

Mon Dieu que ces quelques secondes sont longues…

Enfin, une deuxième ligne apparaît légèrement… Je suis tellement fatiguée, est-elle bien réelle? … Oui!!! Elle est légère mais bien là! Les mots tout bas sortent tout seuls; « Je suis enceinte »!! Et les larmes commencent à couler … En pyjama, je retraverse rapidement, comme dans un rêve, le couloir me séparant de ma chambre. Je ne peux pas attendre, je m’assois à côté de mon homme qui dort toujours et je le pousse doucement… Les larmes ne s’arrêtent plus… « Mon Amour… » Il ouvre les yeux et me regarde intrigué, un peu inquiet de me voir pleurer… « Je suis enceinte »… Je pleure et le plus magique des sourires se colle à mes lèvres sans plus pouvoir me quitter…

Pierre me prend dans ses bras, nous partageons tellement de tendresse et de joie…

Je n’ai que 21 ans, nous sommes mariés depuis à peine 2 mois et j’ai l’impression d’avoir attendu ce moment si longtemps pourtant…

A ce moment là, nous n’avons pas encore internet à notre disposition (tant mieux… ?) et nous faisons le choix, à 3 mois de grossesse de déménager pour un petit nid plus douillet. Nous sommes donc un peu plus éloignés de la famille et de nos proches, et je n’ai pas de voiture. Je n’aime pas conduire de toute façon et vivre dans ce petit coin de campagne me plaît.

Je vis donc cette grossesse assez calmement, sans influence, parlant beaucoup « intérieurement »  à notre bébé. Déjà très sensible avant la grossesse, cela s’accentue encore et je deviens réellement hyper sensible à tout, la moindre chose, le moindre mot dit, ou non-dit d’ailleurs, le moindre évènement me touche énormément.

Nous ne choisissons pas un suivi de grossesse particulier, nous allons régulièrement chez le gynécologue, « comme tout le monde » pour « voir si tout va bien » et faisons les examens prescrits. Nous ne nous posons même pas la question. Nous ne sommes pas informés qu’il existe d’autres possibilités de suivi de grossesse… Ou, simplement, que nous avons le choix de réaliser ou non les examens prescrits par le gynécologue…

Ma maman est sage-femme et en partie responsable du service de maternité depuis un moment. Je sais que je peux lui poser mes questions, lui téléphoner quand je veux si besoin et ce simple fait est suffisant pour moi. Je suis rassurée. Le service de maternité m’est familier. Je ne suis donc assez sereine et nous nous émerveillons chaque jour de la grossesse et des plaisirs des premiers contacts que nous avons avec notre bébé.

Je lis un livre ou l’autre concernant la grossesse de façon générale mais je ne plonge pas pour autant dans un tas de lectures. Nous choisissons cependant, comme préparation à la naissance, des séances d’haptonomie dont j’ai appris l’existence et le principe durant ma formation d’éducatrice, ce qui m’énormément plu.

Pour le reste, j’attends sans doute simplement les « informations spontanées » de la part de ma maman… Nous ne nous posons pas vraiment de questions particulières mais sommes pourtant naturellement curieux et excités de l’aventure que nous allons vivre! De la nouvelle vie que nous allons commencer…

(…)

Doucement, la grossesse touche à sa fin, nous sommes mi-juin, il commence à faire chaud… Notre bébé est théoriquement prévu pour le 26 mais je ne suis pas braquée sur la date. Je me réjouis de l’avoir tout contre moi, je suis impatiente de vivre cette naissance, découvrir si il est un petit gars ou une petite fille, de voir Pierre avec notre tout-petit dans ses bras… Mais j’adore être enceinte… Je caresse mon ventre si rond… Dans la cuisine, dans mon bain, dans mon lit, dans le fauteuil… Je prends énormément de plaisir à le voir et le sentir bouger et je lui parle…

Je me souviens m’être adressée à mon bébé en lui disant « (…) garde toujours confiance en toi, n’oublie jamais ça »…

Après un des derniers RDV chez le gynécologue, je sors stressée, j’ai peur, une foule de questions m’envahissent… Le problème vient de mon bassin… Ou de mon bébé… Ou les deux… Mon bassin semble très étroit et mon bébé approche des 3,500kg/4kg…  « Si bébé est « trop gros », il faudra faire une césarienne… »

Je suis déçue, tout allait si bien jusque là ! … Il faut aller passer une pelvimétrie (radio du bassin) pour voir si notre bébé pourra s’engager dans le bassin et passer… Je n’ai pas envie de passer cette pelvimétrie et l’idée de la césarienne me donne envie de pleurer.

(…)Je passe finalement cette radio et manque de m’évanouir car, devant rester couchée sur le dos un moment, ma veine cave était écrasée avec le poids de bébé… « Ne bougez pas, ne bougez pas! » Ils en ont de bonnes eux! Je me sens « tomber dans les pommes » moi! Je voudrais les y voir! … Tout ça pour  entendre dire que mon bassin n’est pas très grand mais qu’en principe « ça devrait passer »… (En bref, un très mauvais moment à passer pour n’avoir pas plus d’infos pertinentes au bout du compte…)

Préférant me rassurer, je garde ces mots: « ça devrait passer » en tête et met de côté l’idée de la césarienne…

Les jours suivants, j’essaie de marcher beaucoup pour stimuler un peu le travail. Il paraît que l’huile de ricin pourrait déclencher le travail, j’en prends donc de temps en temps… Rien ne semble bouger cependant…

Mais je me sens BIEN enceinte, j’ai beaucoup de plaisir à porter mon bébé malgré un sacrum bien douloureux et n’ai, au fond de moi, pas plus envie que ça que le travail commence déjà…

Quelques jours plus tard. Nous sommes le 21 juin. Chez le gynécologue, j’ai à nouveau droit, comme tous les mois depuis le début de la grossesse et comme tous les quelques jours depuis 2 semaines à une échographie, et un toucher vaginal. Bébé est toujours bien « haut ». Au niveau du col, rien de très spécial: un peu mou, toujours fermé. Je pense que c’est cette fois là, j’ai eu mal… Il a « décollé les membranes » ou il a essayé…

Fin de la consultation, il  nous dit qu’il a peur que le bébé grossisse encore et que pour finir il ne sache pas passer, il faudrait alors faire une césarienne. … (Et voilà que ça recommence…). Il nous propose donc d’entrer à la clinique le soir même et d’essayer d’induire le travail durant la nuit pour que l’accouchement se fasse demain. (…) J’ai un moment de doutes… Nous nous regardons Pierre et moi. Je ne suis pas plus certaine que ça et en même temps il me stresse avec sa menace de césarienne (puisque c’est bien ça finalement, une menace…) J’hésite… Il reprend, voyant notre hésitation: « On essaie. Si le travail se met en route, vous restez. Sinon, on attendra… » Vu sous cet angle, nous « cédons » et acceptons. Nous rentrons donc préparer nos affaires et nous nous mettons en route pour la clinique…

Une infirmière viendra placer un premier comprimé près du col vers minuit. Pierre a pris un lit d’appoint, il passe la nuit avec moi! Je ne dors pas, Pierre non-plus. Impossible de fermer l’œil!! Nous allons probablement être parents dans les heures qui suivent! Nous allons enfin voir et prendre notre petit dans nos bras! Garçon? Fille? … Nous sommes excités, nous nous posons un tas de questions, nous imaginons notre bébé et nous avons tellement hâte de ce moment!

Les heures passent et je guette les contractions… Rien…

6heures… Je dois me lever et aller en salle de travail où l’on me mettra sous perfusion… (Je ne sais même pas à ce moment là ce que je vais recevoir comme produits, etc.!) On ne m’explique pas très clairement mais je ne pose pas de questions non plus… Peut –être le fait d’être avec des collègues de ma maman me donne t’il un sentiment de (trop grande) confiance et me fait oublier le reste… Je ne sais pas mais nous suivons, Pierre et moi, « comme des moutons » ce que l’on nous dit de faire et/ou ne pas faire.

On me place le monitoring. Les contractions commencent à se faire sentir et sont très vite vraiment douloureuses… Je ne m’attendais pas à une montée si vive de la douleur et je n’ai pas le temps de bien comprendre ce qui se passe, de me laisser aller vers l’accueil de mon bébé sereinement. En fait, je ne suis pas vraiment connectée à lui du tout… le contexte (joie, réjouissance, stress, incompréhension de cette soudaine douleur, etc.) me fait un peu perdre pied et je commence à pleurer… Evidemment, ma maman (sage-femme donc) arrive à ce moment là. Difficile pour une maman de voir sa fille avoir mal. Elle me propose donc de demander la péridurale… Non, je ne la souhaite pas. »L’anesthésiste est justement là… Peut-être qu’après il sera trop tard… » … Je finis par céder (une fois de plus…). On me pose la péridurale, le monitoring est alors branché en continu et les capteurs me font mal à cause de la peau tendue de mon ventre qui contracte. C’est si gênant que je demande à ma maman pour enlever ça ou le changer de position. Je pense qu’elle prend ça comme un « caprice » ou ne se rend pas bien compte de la gêne que ça m’occasionne et n’entend pas réellement ma demande…. Les capteurs resteront là jusqu’à ce que je les bouge un peu moi-même…

Les heures passent, je suis couchée dans ce lit en attendant, comme si mon bébé devait faire ce chemin tout seul… Comme s’il n’avait pas besoin de moi. Je l’aime pourtant déjà si fort! Mais je suis perdue…

On me change de position, un peu sur le côté gauche, un peu sur le côté droit, un peu plus redressée, un peu moins… On me sonde pour vider ma vessie… Quel geste désagréable… Un toucher vaginal, puis encore un autre par une autre sage-femme pour avoir son avis…!

Le travail se poursuit, mon col s’ouvre malgré tout, les contractions sont toujours là et petit à petit l’effet de la péridurale se fait moins sentir mais je choisis de ne pas appuyer sur bouton pour prolonger les effets de l’anesthésie mais bien pour sentir un peu mieux mon corps.

14h, changement de pause, ce sont donc de nouvelles sages-femmes qui me « suivront »… (Ma maman, elle, restera bien sûr.)

Vers le milieu d’après-midi, on décide de percer la poche des eaux, sans doute pour  tenter d’accélérer le travail… S’en suivent à nouveau des touchers, palpations de mon ventre et manipulations pour voir comment ce bébé est mis. Il est encore si haut…

Au milieu de tout cela, aucune parole ne sera adressée à mon tout petit, laissé « seul » à trouver son chemin… Aucune explication… Aucun encouragement lui étant directement adressé… Non pas par méchanceté ou malveillance bien sûr mais… de toute évidence, une routine installée, un (maudit!) protocole à respecter, un manque de sensibilité (?), une banalisation du moment précieux qu’est la naissance pour l’enfant à naître et ses parents,… ça, sans doute! Un accouchement, une naissance, une de plus parmi toutes les autres…

17h, mon col est entièrement ouvert. Le gynécologue est arrivé. On fait un essai de poussée « pour voir »… (De mon côté, j’ai une jambe toute endormie, l’autre moins… Et je ne sens pas que je dois pousser, mais on me le dit, alors…) Une fois, deux fois… Rien ne bouge et notre bébé ne s’engage pas. Il est haut! Toujours et encore haut comme nous l’entendons sans cesse répéter depuis le matin. Cela fait  11h… Son rythme cardiaque s’accélère nettement durant les poussées. Je vois bien que ce n’est pas bon. Le gynécologue fait une drôle de tête, ma maman aussi. Ils sortent en me disant qu’on va laisser le rythme reprendre un peu puis que l’on réessayera d’ici 5/10 minutes… Je prends peur, je suis vraiment inquiète pour mon enfant et je n’ai même plus envie d’essayer de pousser sachant ce qui se passe. J’ai envie de pleurer, de tout recommencer à zéro, je n’ai plus envie d’être là et je veux qu’on nous laisse tranquilles… Je vis tout cela mais de l’intérieur car je ne dis rien ou si peu, à Pierre avec qui je partage mes peurs et ma déception…

2ème essai de poussée… Je n’y mets sans doute pas tout mon cœur… Et rien ne change. Le rythme cardiaque est toujours mauvais. Je me sens si seule dans mes angoisses.

« Sylvie, on va préparer la salle de césarienne. On va essayer encore une poussée là-bas puis, si ça ne va pas on sera déjà prêts pour faire une césarienne, OK? » (…) A la fin de cette phrase, un point d’interrogation qui en provoque tellement en moi… Je n’ai le courage que d’acquiescer… A quoi bon? Personne ne semble avoir le temps de me demander ce que MOI je vis, si j’ai des questions, des craintes, comment je me sens et quels sont mes besoins? Et Pierre? …

Personne ne vient nous expliquer comment cela peut se passer…

Malgré tout, j’ai encore tellement d’espoirs de voir notre bébé naître par voie basse… J’essaie de rassembler mes forces et mise tout là-dessus…

Avec le recul, je me demande comment j’ai pu garder tant d’espoirs alors que pour le corps médical l’issue devait être tellement évidente… La poussée en salle de césarienne, c’était juste pour « enjoliver » non?  …

Transfert en salle de césarienne… Il fait si froid ici! Je grelotte, je suis nue avec une insignifiante blouse d’hôpital sur moi en guise de réconfort. Pierre doit s’habiller avec blouse et bonnet et attendre quelques instants que tout soit prêt… Si il y a une personne dont j’ai besoin par dessus tout, c’est pourtant bien lui…

Le gynécologue, deux sages-femmes et Pierre autour de moi pour cet ultime essai de voir naître notre tout-petit… Bien sûr, c’était joué d’avance… Et la crainte augmentant lorsque je vois les forceps arriver n’aide pas… Difficile de se sentir en sécurité, détendue, heureuse et de mettre tout son cœur pour son accouchement dans de telles conditions… La décision de césarienne est prise… C’est le branle-bas de combat autour de moi. Je me sens me décomposer, je me rempli d’une infinie tristesse et d’un immense sentiment d’échec, j’avais tellement rêvé mon accouchement… J’étais bien loin d’imaginer que ça tournerait de cette façon. Je m’en veux, je meurs de froid, je suis tellement angoissée pour mon bébé et moi. Je ne trouve autour de moi aucune oreille attentive, aucun mot doux de réconfort, pas d’explication. Pierre est aussi désemparé… Mais il est à mes côtés.

L’anesthésiste arrive, avec l’assistante gynécologue, j’ai l’impression d’un final de pièce de théâtre où tous les acteurs se rassemblent pour venir saluer! Il y a tellement de monde qui s’agite autour de nous et prépare l’opération…

Ils commencent…

Après ces désagréables sensations d’être bousculée et remuée de l’intérieur, je vois enfin mon bébé sortir… Ca y est, il est enfin là… Mon, Bébé, notre tout petit… Pierre m’annonce: « C’est un garçon ma Puce! » Je suis si heureuse! Ce cadeau, cette surprise de découvrir le sexe de notre bébé, au moins personne ne nous l’a volée… Notre petit Quentin est né!

J’ai à peine le temps de le voir quelques si petites secondes que déjà on l’emmène dans la petite pièce de soins à côté. Pierre va avec. Personne ne me dit si tout va bien… Je suis toujours inquiète et ne sais pas profiter pleinement de ce moment qui devrait être si merveilleux!

Maman et Pierre reviendront près de moi un peu plus tard avec Quentin, un moment avant de le voir qui me sembla être si long! Pierre le mettra tout contre ma joue. Je ne le vois pas bien car je suis couchée et lui est déjà emmailloté et porte un petit bonnet. Spontanément, je déplace mon bras droit (sous perfusion) pour le toucher, le caresser… Mais je suis bien vite rappelée à l’ordre par l’anesthésiste. On ne bouge pas! … Je viens de voir mon premier enfant et je ne peux pas le toucher…

Je tremble de colère, de froid, de tristesse, de découragement… On me recoud durant ce temps et ça n’en finit pas…

« Tu pourras l’avoir après… » Dans le brouhaha, je comprends vaguement que je ne vais pas encore pouvoir voir Quentin  tout de suite mais que l’on compte me mettre en salle de réveil (pour surveillance) juste après la fin de la suture! … Ca gronde à l’intérieur de moi-même, je suis tellement en colère! Je dois tout deviner! Personne n’avait pris la peine de me dire ça!!! Mais moi je ne VEUX PAS aller dans cette foutue salle de réveil et être séparée de mon bébé!! Comment peut-on faire ça!?!?! Séparer une maman de son bébé qui vient de naître! C’est insensé!

« Ecoute, Sylvie, on va réduire le temps au strict minimum et puis on vient te rechercher pour te ramener dans ta chambre, tu ne resteras qu’une demi-heure » … Mais ça ne m’intéresse pas moi!! Je me sens bien, je ne veux pas aller là et être loin de Pierre et Quentin! Qu’on me laisse dans le couloir avec eux et qu’on surveille là! Je veux qu’on nous laisse tranquilles plus que tout! … La demi-heure passée en salle de réveil sera la plus longue de ma vie et me laissera à tout jamais un goût très amer de la maternité…

Lorsque je rejoins ENFIN Pierre et notre petit bonhomme, dans ma chambre, j’ai tellement envie de pleurer pour décharger toute cette déception vécue, ce stress intense, mes remords et mes regrets … Je mets Quentin au sein et le garde contre moi… Nous sommes pour la première fois juste tous les 3… Et ce moment me rend heureuse! (…) Mais tout ce que nous venons de vivre vient de détruire entièrement la belle image que j’avais toujours eue de la maternité… Il me reste à « apprivoiser » tout ce vécu brut…

Alors que je n’ai rejoins ma chambre que depuis une heure ou deux, un autre gynécologue, que je ne connais pas, entre en même temps que ma maman. Elle lui dit « Voilà ma fille qui vient d’avoir son petit garçon. » Elle précise que c’était une césarienne et il répond en me regardant: « Ah! Ben comme ça vous saurez comment ça se passera les prochaines fois! » … Il m’achève et j’ai envie de le frapper! Il entre, sans se présenter, sans dire bonjour et voilà toutes les paroles réconfortantes auxquelles j’ai droit… Mon Dieu, est-ce possible d’éprouver autant de colère alors que mon enfant vient de naître?!?!!

Chaque jour durant des mois et des mois, je n’ai pu empêcher les larmes de couler encore et encore… Sans être soulagée…

Bien sûr j’étais tout à fait consciente et tellement reconnaissante pour cette chance que nous avions d’avoir un enfant et en bonne santé. J’allais physiquement bien aussi, j’avais une belle relation avec mon petit bonhomme à qui j’ai énormément parlé et expliqué le pourquoi de toute cette tristesse en précisant que bien sûr il n’y était pour rien et qu’en rien je ne lui en voulais! A côté de cela, l’allaitement se passait merveilleusement bien! Sans aucune question ou presque, tout simplement… Comme une évidence…

Mais cela n’empêche pas les autres sentiments bien présents, découlant du contexte de cette naissance… Les ressentis sont là. Tristesse, remords, colère, déception, et tant d’autres sentiments…  Ils s’imposent et il faut bien faire avec… Les écouter, essayer de les comprendre et de voir ce que ça implique pour l’avenir quant auquel nous nous posons énormément de questions et ne sommes pas rassurés. Il faut essayer de faire « bonne figure » devant les gens qui ne cessent de répéter « tout va bien Sylvie! Ton petit bonhomme et toi êtes en bonne santé, c’est ce qui compte! » … (Même si c’est, évidemment, vrai que c’est le plus important! Il n’en est pas moins difficile de vivre avec ce vécu douloureux et le deuil de l’accouchement rêvé.) J’ai aussi entendu « Sylvie, fais attention, ne sois pas triste parce qu’alors le petit il le ressent hein »… Ou encore, comme une prédiction: « vraiment, ça serait mieux de vous préparer à autre césarienne parce qu’avec un bassin trop petit en plus… » … Autant de paroles qu’il faut essayer de digérer en plus du reste…

Débute ici un long chemin de réflexion concernant la grossesse et sa prise en charge, l’écoute et le respect des futur-parents et de l’enfant à naître, l’information donnée aux couples tant durant la grossesse que durant la naissance et le post-partum pour leur permettre de faire des choix éclairés, en connaissance de cause, cela étant primordial.

Il ne s’agit pas d’un combat contre le personnel (para-)médical mais bien de prendre conscience de l’importance des choix à faire susceptibles de se présenter durant la grossesse et la naissance et de ce que ceux-ci impliquent afin de vivre ces moments de façon plus sereine et plus respectueuse.

C’est ainsi que lorsque  j’ai eu la chance d’être enceinte de notre deuxième enfant, j’ai fait le choix de noter ce qui me posait encore question, ce qui me faisait peur, ce que je souhaitais réellement et qui avait de l’importance pour nous. Nous avons identifié clairement nos besoins afin d’inscrire dans un projet de naissance les choix que nous avions faits après nous être informés clairement sur chaque point. Ce qui nous a permis d’être beaucoup plus sereins le jour de la naissance puisque nous avions fait part de notre projet au gynécologue et l’avions déposé au préalable à la maternité.

Mon souhait le plus cher à ce moment étant de faire tout mon possible pour donner naissance à notre enfant dans des conditions agréables, dans une ambiance sereine où nous étions impliqués et respectés. Je souhaitais plus que tout essayer un accouchement par voie basse, sans péridurale (convaincue des effets néfastes de l’induction de l’accouchement et de la péridurale, lors de la naissance de Quentin…).

Il nous a fallu une bonne dose de confiance en nous… « Nous » en couple, mais également « nous » et notre bébé à venir… Car un projet comme celui-là n’est pas toujours bien vu… Vouloir accoucher par voie basse après une césarienne… Cela est encore parfois perçu comme de l’inconscience. D’où l’importance d’être toujours bien informés, le mieux possible et de façon objective, afin de savoir de quoi on parle et de prendre de la distance et d’évaluer la pertinence des informations que l’on reçoit (que ce soit du corps médical ou des livres, des « on-dit », etc.) Cela permet également de poser des questions plus ciblées au personnel (para)médical et de faire des choix, quels qu’ils soient, tout à fait éclairés.

Le 30 septembre 2007, après du chemin parcouru à travers beaucoup de réflexions…, nous avons accueilli avec beaucoup d’émotions notre petit Simon… Né par voie basse et sans péridurale…

Le travail ayant débuté (presque…) seul (après un toucher vaginal de fin de grossesse…), n’ayant pas souhaité de péridurale pour pouvoir toujours bouger et surtout ayant souhaité de l’aide, un accompagnement, des encouragements  afin de m’aider à ne pas me tourner vers cette option, j’ai pu marcher et changer de position selon MES ressentis, selon MES besoins, MES envies… J’ai pu profiter du pouvoir de l’eau en prenant une douche chaude durant les fortes contractions. Notre bébé, pourtant encore bien haut et pas engagé au début du travail, est descendu et s’est engagé dans mon bassin (que l’on supposait pourtant encore si étroit par rapport au poids de mon enfant…). Mon col s’est ouvert de façon régulière et Simon est né… Tout simplement…

Dommage que l’on ait percé la poche des eaux (avec mon consentement cela dit…), dommage pour la position gynécologique (tellement inconfortable et gênante voire humiliante!) que  je n’avais bien sûr pas choisie… Dommage pour l’épisiotomie (dont je n’ai pas été prévenue avant!!) si douloureuse à cicatriser, dommage de ne n’avoir pas pu pousser alors que mon corps me l’imposait si clairement… et d’avoir dû pousser au moment où d’autres décidaient pour moi…

Mais quel chemin, quelle ambiance différente de la première naissance que nous avions vécue! Quel bonheur et quelle joie d’être « récompensés » d’avoir eu confiance en nous!!! …

C’est un sentiment très fort en tant que maman de pouvoir retrouver cette confiance en son corps qui avait été si vite détruite…

Lorsque j’ai eu mon petit bonhomme dans les bras et que j’ai un peu réalisé que nos choix avaient porté leurs fruits j’ai eu l’envie furieuse de rendre espoir à toutes les mamans ayant vécu une césarienne de façon douloureuse, de leur dire: « Si! Croyez-en vous! Faites-vous confiance! A vous et votre enfant à naître… » On peut vivre une naissance heureuse même après un vécu difficile et même si tous les souhaits ne sont pas « assouvis ». Je sais aussi que si j’avais dû, à nouveau, vivre une césarienne, elle m’aurait été beaucoup plus douce que la première car nous avions préparé cette naissance sous les différents angles. Et notre projet nous aidait dans ce sens.

J’avais donc envie de partager cette joie si intense! J’ai eu envie d’accompagner les futures-mamans, les futurs-parents… Comme un hommage à leur rendre. Et j’ai décidé de devenir doula…

Beaucoup de lectures, de vidéos et de rencontres exceptionnelles, l’écoute de mamans de mon entourage, ou croisées par hasard, la chance d’avoir pu suivre une formation d’accompagnante à la naissance au Québec, mes questionnements à des professionnels et des (futurs-) parents, et le prolongement de mes propres réflexions personnelles m’ont poussée toujours plus loin sur cette route que je poursuis encore…

C’est pour ma 3ème grossesse, informée alors que l’on pouvait être suivie uniquement par une sage-femme pour une grossesse se présentant « normalement », que ce choix est devenu une évidence! Avec le projet d’un accouchement en maison de naissance. …Mais il me reste à ce moment là l’épine qu’un AVAC (Accouchement Vaginal Après une Césarienne), même avec un accouchement par voie basse déjà réussi entre les deux, reste un AVAC… Il m’a donc fallu chercher un peu pour trouver une sage-femme qui soit d’accord et à l’aise de me suivre durant ma grossesse mais aussi l’accouchement en maison de naissance.

Ce choix de départ nous a permis d’expliquer les raisons pour lesquelles nous nous tournions vers elle et elle de comprendre cela, de cibler nos besoins et ainsi nous guider au mieux.

Nous avons alors vécu un suivi de grossesse tout particulièrement respectueux, en étant informés clairement concernant les choix que nous avions à faire et ce que cela impliquait ou non. Avec beaucoup de bienveillance, elle a été présente et nous a accompagnés jusqu’à la fin de notre grossesse… et après! Nous avons fait connaissance et beaucoup discuté. C’est important et tellement plus agréable de partager réellement des moments ensemble, de créer une relation de confiance, avec la personne qui sera sans doute présente lors de la naissance de son enfant!

Au fil des mois, notre choix s’est plutôt orienté vers l’accouchement à domicile et nous avons préparé cela ensemble. Nous, en réalisant à nouveau un projet de naissance, « notre » sage-femme en prenant connaissance de celui-ci, et chacun de nous en tenant compte des attentes, besoins et « conditions » de tous. Un accouchement à domicile, ne s’improvise pas et l’on ne sait, finalement, qu’au tout dernier moment, si celui-ci se déroulera en effet à domicile ou non.

Le 29 novembre 2011, notre sage-femme est en France pour accompagner une autre maman qui doit elle aussi accoucher à ce moment… C’est alors sa collègue, qui travaille dans la même optique et que nous avons également rencontrée avant la fin de la grossesse, que nous appelons pour nous accompagner car j’ai perdu les eaux durant la nuit. Le travail s’est mis en route, les contractions sont déjà fortes et augmentent encore.

Lorsqu’elle arrive, le travail est bien avancé… Ma sœur et la marraine de notre bébé à naître sont présentes chez nous pour s’occuper de nos grands qui n’iront pas à l’école aujourd’hui… jour tout spécial pour chacun de nous. Nous sommes en confiance, tout se passe bien et est bien organisé… Une petite heure plus tard, tendrement accompagnée par mon homme qui me soutient depuis le début et sous l’œil bienveillant mais discret de la sage-femme, notre petite Fanny naît dans, notre chambre, tout en douceur… Pour notre plus grand BONHEUR!!!! …

Pas de « dommage pour ceci, pour cela… », à l’exception peut-être que la sage-femme qui nous accompagnait depuis le début n’ait pas été là… Mais comme nous étions préparés et nous étions rencontrés avant, tout s’est vraiment bien déroulé et dans une relation de confiance.

Pas de péridurale, pas d’épisiotomie, pas de position gynécologique ni de poussée imposée, pas besoin « d’exclure » les enfants, ils sont là, dans la maison, pas loin de nous. Pas de gestes invasifs, pas un nombre incalculable de va et vient de personnes entrant dans ma chambre sans demander s’ils ne dérangent pas, …

Juste…Respect, Soutien, Tendresse et Douceur, Confiance, Bienveillance, Simplicité… et un Bonheur infini à partager de rencontrer notre enfant dont nous ne connaissions pas le sexe, une petite fille, Fanny, venue agrandir notre famille…

MERCI…

Chemin de naissances, chemin de vie,… Ensemble et avec chacun de nos enfants nous grandissons, nous apprenons, nous nous éveillons. Laissons-les nous guider… en confiance…