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Grand-Duché de Luxembourg – Accouchement non respecté (mais presque !)

7 Jan

Grand-Duché de Luxembourg – Accouchement non respecté (mais presque !)

J’avais lu que les méthodes de calcul du terme dit «anticipé » d’une grossesse, différaient d’un pays à l’autre, y compris au sein de l’UE. De fait, la naissance de notre 1er bébé était-elle anticipée à un certain jour « J » selon la méthode luxembourgeoise et à J+7 selon la méthode française. Il faut savoir que ce calcul impacte, en cas de dépassement dudit terme, la décision de déclencher médicalement l’accouchement, et, par voie de conséquence, la possibilité ou non d’accoucher sans acte médicaux lourds. Désirant accoucher naturellement, j’avais gardé précieusement le clignotant allumé, dans un coin de la tête. Je n’imaginais pas encore à quel point cela allait bouleverser le terme de ma (première, j’insiste) grossesse …

J’ai eu la chance de vivre une grossesse sans problème, et d’aimer cette période si particulière des prémices de la relation entre Chéri, Petit Bout et moi.

Dès le début, j’ai douté du gynécologue (« Dr Speed ») qui l’a pourtant suivi à 98%. Il semblait avoir les connaissances médicales requises mais il était très (trop ?) pressé, il n’avait jamais le temps de m’expliquer quoi que ce soit ; chaque échographie se concluait par un très lapidaire « Tout est ok ». J’avais pourtant des questions et tant besoin d’être rassurée !

S’il avait voulu y jeter un œil, Dr Speed aurait lu dans notre projet de naissance, notre désir de limiter au minimum les actes médicaux. Je voulais notamment éviter la péridurale, qui allonge le temps de travail et augmente le risque de recours aux forceps, à la ventouse et autres accessoires qui sont autant de sources de souffrances supplémentaires pour le bébé à naître. J’éprouvais le besoin d’être épaulée, soutenue par le médecin qui suivait ma grossesse, mais le fossé allait grandissant entre mes besoins, mes choix, mes convictions et l’attitude de Dr Speed. Son comportement me laissait présager que je serais un simple numéro devant accoucher en X heures, montre en main, avec une évolution du travail conforme aux protocoles établis par des bureaucrates raisonnant en termes de coûts financiers, d’optimisation des ressources et avides de placer le plus d’actes médicaux lucratifs possibles.
Comment Dr Speed pourrait-il prendre le temps de laisser faire la nature le jour de l’accouchement, alors qu’il ne le prenait pas le temps de m’informer durant la grossesse ?? Ma grossesse se déroulait bien mais mon inquiétude allait grandissante et ce que j’allais bientôt découvrir à la maternité n’allait pas arranger mon état…

Conviée à une réunion d’information organisée par la maternité où j’étais censée accoucher (la « Maternité « Usine »») je fus fortement étonnée d’apprendre qu’un lavage intestinal et un rasage étaient systématiquement pratiqués à l’arrivée des futures mamans à la maternité. Pourquoi imposer ces actes générateurs d’un stress supplémentaire à la mère et l’enfant ?? … Il est pourtant reconnu que cela peut avoir un impact négatif !?!

Des recherches un peu plus poussées me permirent d’accéder à des statistiques, certes assez anciennes, sur les actes médicaux pratiqués par diverses maternités du Grand-Duché de Luxembourg : la Maternité « Usine » avait un taux extrêmement élevé de péridurales, épisiotomies, etc.

Malgré cela, durant tous ces mois de grossesse, j’étais restée une patiente de Dr Speed ; je lui avais trouvé des excuses et m’étais (presque) convaincue que tout était normal et qu’aucune explication n’était nécessaire, que Dr Speed savait ce qu’il faisait et que mon inconfort provenait de ma peur de l’inconnu, de la peur de l’accouchement et du fait de devenir mère. C’est vrai, après tout, c’était ma 1ère grossesse, Dr Speed en avait connus pléthore, alors comment pouvais-je me permettre de le juger ? Il était le pro, le savant, j’étais l’inculte, novice dans les accouchements. Pour lui redonner du crédit, je gardais en tête qu’entre 2 portes, à 3 semaines du terme anticipé, il avait rapidement « confirmé » que je pourrais essayer d’accoucher dans la baignoire (ce que je souhaitais) mais il avait rapidement rajouté qu’il ne fallait pas mettre de côté les autres options. Quant à la Maternité Usine, elle aussi semblait laisser les mères (tenter d’) accoucher naturellement…

En fin de grossesse (9ème mois) mon instinct me disait pourtant que si je ne faisais rien, on n’allait pas me soutenir pour accoucher naturellement et qu’au contraire, on m’inciterait à prendre la péridurale et qu’au final, on me « volerait » mon accouchement et que Petit Bout souffrirait plus, ce que je regretterais toute ma vie. Mes amis me disaient que c’était insensé de vouloir accoucher sans péridurale de nos jours, ou que je m’inquiétais sans raison, que j’exagérais. Ils trouvaient mille et une excuses à la Maternité « Usine » et à Dr Speed. J’étais seule face à mes angoisses. Désespérée, j’ai appelé la BabyHotline de l’Initiativ Liewensufank (« IL »). Grand miracle, j’ai trouvé pour la 1ère fois oreille attentive (Ute Rock) et, enfin, on ne me prenait pas pour une folle, au contraire, mes craintes étaient comp-rises !!

Après cet appel, j’ai entrepris de changer de gynécologue et de maternité, mais je me suis rapidement résignée à ne rien faire; ne m’avait-on pas appris à ne pas faire de vague et à obéir?? Pour qui est-ce que je me prenais ?? Je me sentais plus intelligente que les autres, les spécialistes ou quoi ?! Et puis, encore une fois, entre 2 portes, j’avais finalement entendu que je pouvais tenter un « accouchement naturel » mais « qu’il ne fallait pas que je me bloque à toute autre option ». Alors pourquoi changer de médecin et de maternité, et ce aussi tardivement ? Non, j’avais décidé de ne rien faire car changer pour une maternité Amies des Bébés et des Mamans (« MABEMA ») signifiait que je prenais mon accouchement en mains, que je décidais activement d’essayer d’accoucher naturellement, sans péridurale… que je décidais de vivre l’accouchement dont j’avais toujours rêvé mais aussi que je décidais d’avoir mal et d’être celle qui éventuellement implorerait d’avoir une péridurale (car normalement, on ne me l’imposerait pas, là-bas). Ainsi donc, je perdrais le privilège de blâmer les autres, je serais la seule responsable de ma déception. Il est tellement plus facile et doux de blâmer les autres que soi-même… d’être la victime que l’auteur responsable…

Tout s’est bousculé lors d’une visite de contrôle chez Dr Speed le matin-même du terme du jour J: en m’examinant, la sage-femme a remarqué que le liquide amniotique avait diminué. Mr. Speed est arrivé, elle lui a fait part de ses observations, et il lui déclara que « de ce fait, puisqu’on est à terme, il faut déclencher l’accouchement le [J+1] ou [le J+2] au plus tard. Ah, non, pas [le J+2] [à cause d’un impératif personnel]». Il ne s’adressait qu’à la sage-femme. J’étais là, mais je n’existais pas. Il ne m’expliquait rien, ne proposait aucune alternative. J’étais désemparée et sous le choc.

Déclencher l’accouchement signifiait avoir des contractions beaucoup plus douloureuses et donc un risque accru de recours à la péridurale, sinon à la césarienne (j’avais lu que la péridurale pouvait réduire l’effet des contractions et ainsi une césarienne devenait la seule solution pour que le « travail » avance). Mr. Speed est reparti, la sage-femme s’est empressée d’appeler la Maternité Usine qui lui indique que je dois m’y rendre le lendemain, soit à J+1, à 6H30 du matin pour le déclenchement médicalisé … Je n’arrive pas à me contenir et pleure devant cette sage-femme en disant que je ne m’attendais pas à cette annonce brutale et que ça commence mal pour un accouchement naturel. Elle me répond gentiment que Mr. Speed ne fait pas cela contre moi mais pour le bien du bébé car finalement c’est sa santé qui est en danger. Je sors du cabinet en pleure et n’arrive pas à me résoudre à cette décision. Reprenant mes esprits, je réalise que cet argument de la santé du bébé (qui pèse lourd sur une – future – mère) n’est peut-être pas tout à fait vrai parce qu’au début Mr. Speed a dit que ça pouvait attendre J+2 puis il s’est rétracté car il avait un autre impératif – privé. Selon la méthode de calcul française, la grossesse n’était-elle d’ailleurs encore à son terme ? Alors pourquoi déclencher s’il n’y a rien de pathologique ? Pourquoi violenter mon Bébé en le forçant à sortir s’il n’est pas prêt ? Était-ce trop demander d’attendre au moins un jour de plus pour laisser une chance supplémentaire à Dame Nature ?

Je suis au pied du mur : si je ne veux pas qu’on me vole mon accouchement et qu’on violente Bébé, je dois agir. Si je ne fais rien, je me sentirai misérable et m’en voudrai toute ma vie.

J’appelle donc la MABEMA et explique la situation à la personne que j’ai au bout du fil, C., une sage-femme extrêmement professionnelle et humaine. Elle me trouve un rdv d’urgence pour un 2ème avis médical avec un gynécologue (« Dr Force Tranquille »). Elle me donne par ailleurs un rdv à la MABEMA dans l’après-midi pour constituer un « dossier maternité ». Je commence à retrouver espoir. Je rencontre Dr Force Tranquille; il décide que le déclenchement n’est, pour le moment, pas requis. Il décide aussi de me suivre quotidiennement par un CTG. Je suis rassurée, c’est ce qu’on pouvait me proposer de mieux ; Attendre mais faire un suivi renforcé pour que je reste sereine. C’est décidé, j’accoucherai à la MABEMA ! Chéri me laisse faire, même si je crois qu’il me prend un peu pour une folle, de changer de maternité au dernier moment.

Enfin, à J+7 (donc juste à terme selon la méthode de calcul française !) de petites contractions, qui deviennent rapidement régulières, se font sentir. Quelle réelle joie! Seule à la maison, je marche un peu pour calmer la douleur. Au bout d’1h30 je prends un bain ; les contractions ne passent pas, c’est confirmé, c’est pour ce soir ! Je suis heureuse. En attendant l’arrivée de Chéri, je suis mon instinct et je me berce à quatre pattes par terre pour réduire la douleur ou mieux la supporter. Je me motive en pensant que calme et repos suivent tempête et douleur de chaque contraction. Au bout de 2h, Chéri arrive du travail, l’émotion se lit dans son regard mais il ne perd pas son sang-froid et vérifie qu’on a bien tout ce dont on a besoin pour la maternité (la valise est prête depuis belle lurette). Il me laisse donner le « go » pour le départ direction la maternité, qui se trouve à 15 minutes de chez nous. Lors de notre arrivée à MABEMA (3 heures après le début des contractions), j’ai la joie de retrouver la fameuse C., qui est de garde ce soir-là. Ma bonne étoile brille. J’ai rapidement été invitée à m’installer dans la baignoire, conformément à notre projet de naissance (qui avait été lu !). Les contractions s’adoucissent un moment par l’effet de l’eau… puis elles s’intensifient de nouveau, mais elles sont toujours suivies d’une période de calme. Je me demande comment font toutes ces femmes qui accouchent sans péridurale. Quelle heure est-il ? Depuis combien de temps suis-je dans cette baignoire ? Est-ce que la nuit est tombée ? J’ai envie de vomir et j’ai soif, très soif. Chéri me donne de l’eau. J’ai mal… de plus en plus mal, alors finalement, je me résigne à la demander, cette fameuse péridurale dont je ne voulais pas… La sage-femme et Chéri me confortent et m’encouragent sans répondre à ma requête, certes émise timidement. J’ai l’impression de « sortir » de moi, de « partir ». Je n’ai plus de notion de temps. Je redemande la péridurale « plus tard », sans grande conviction et on me dit que dans dix minutes le col sera complètement dilaté et que la douleur diminuera. Dix minutes ? Allez, c’est possible de tenir ! Alors je tiens bon, toujours grandement soutenue par Chéri et la sage-femme.

Sans me donner la raison, la sage-femme me suggère de rompre la poche des eaux alors que le travail avance bien. Je ne comprends pas pourquoi, notre projet de naissance indiquait pourtant que je ne voulais pas de cet acte. Je suis dans un état second, je n’ai pas la force de réfléchir, ni de contester, ni de lutter contre cette proposition/décision. Je communique seulement mes craintes d’une douleur plus aiguë après cette rupture, mais la sage-femme le fait quand même. Je l’ai laissé faire … La phase d’expulsion commence, mon corps fait un spasme incontrôlable pour aider Petit Bout à sortir … puis plus rien, juste de « petites contractions ». Je ne comprends pas. Apparemment je serais en train de m’affaiblir, alors la sage-femme et Dr Force Tranquille me suggèrent de faire le reste du travail sur la « table normal » en position gynécologique. Je n’arrive pas à réfléchir ni même à discuter, je suis dans un état second (mais je ne perdrai jamais conscience) … Le projet de naissance indiquait pourtant de me proposer des positions aidant la sortie du bébé…. Là encore, je n’ai pas la force ni même l’idée de réagir … Alors je m’allonge, comme ils me le demandent, sur le dos. Il faut que je pousse mais apparemment je ne le fais pas correctement … Les contractions n’expulsent pas bébé du ventre, et la sage-femme pousse elle-même sur mon ventre pour sortir le bébé. La douleur des contractions semble avoir diminué, et ses gestes ne me font pas mal. Pourtant ces gestes me dérangent, d’ailleurs là encore, notre projet de naissance indiquait qu’on ne les souhaitait pas. Peut-être qu’ils ont été pratiqués pour de bonnes raisons, on ne me le dira jamais…. La tête de Petit Bout commence à se voir, mais le travail est apparemment lent. J’ai peur de la déchirure et cela me bloque. Dr Force Tranquille décide finalement de faire une épisiotomie. Là non plus, je n’ai pas lutté contre …

A notre grand bonheur, notre Petit Bout est arrivé dans ce monde sans péridurale et en douceur, en moins de 10 heures.

Trop de choses se bousculaient dans ma tête juste après son arrivée. C’est un miracle de voir ce petit être sortir de son corps. Je n’ai pas pu en dormir de la nuit. J’ai déposé Petit Bout à côté de moi, dans le lit, et l’ai observé toute la nuit durant. Chéri est resté à nos côtés, sur un lit d’appoint. Quel bonheur d’être enfin réunis tous les trois … Je n’ai pas eu de coup de foudre pour mon bébé, contrairement à ce qu’on peut lire dans des magazines, mais l’amour que je lui porte est indescriptible et n’a cessé de grandir depuis qu’il est entré dans ma vie.

Notre projet de naissance n’a pas été (pu être ?) respecté à la lettre et je regretterai certainement longtemps que la poche des eaux ait été rompue par la sage-femme (on ne m’a pas donné la raison de cette intervention). Je regretterai aussi longtemps d’avoir été mise en position gynécologique, et pas en position latérale ou à quatre pattes, où l’expulsion est plus facile. Ces dernières positions auraient peut-être évité l’épisiotomie qui a facilité l’arrivée de Petit Bout mais qui a aussi réduit les sensations de son passage … mais je venais de tellement loin … J’ai eu la chance d’avoir un accouchement rapide et c’est certainement cela qui m’a aidé à « coopérer » avec la douleur et à ne pas recourir à la péridurale. J’ai aussi eu la chance de croiser les bonnes personnes au bon moment et d’avoir eu les encouragements qu’il me fallait aux moments-clefs.

Le plus important dans tout cela, ce n’est pas d’avoir réussi à accoucher sans péridurale mais c’est de m’être sentie, au dernier moment, soutenue dans ma démarche et dans mes choix, d’avoir été rassurée et entendue … Les femmes doivent aujourd’hui se battre pour gagner le droit à un accouchement naturel. Il semble pourtant que c’est une question de bon sens !

La course au rendement (ou un brin de misogynie dans le monde médical?) rabaisse et ne respecte pas les femmes en ne leur permettant pas de se faire confiance et de faire confiance au pouvoir et à la force que Dame Nature leur a donné…

Quand est-ce que les femmes seront mises en confiance et rassurées quant à leur capacité à enfanter sans aide médicale, lorsqu’elles le souhaitent et bien sûr lorsque la grossesse le permet? A quand les maisons de naissance à Luxembourg ?!

Je fais ce témoignage dans le simple espoir que d’autres femmes s’y reconnaîtront et qu’il contribuera à leur donner la force de s’imposer raisonnablement devant la blouse blanche et de se faire confiance… Je remercie l’IL, Ute Rock, C. et Dr Force Tranquille de nous avoir accompagné dans cette belle aventure, ainsi que ma sœurette, qui est un peu mon ange gardien ! Et surtout, je remercie mon Chéri, qui est le port dans lequel je trouve chaque jour calme et bonheur.

– DoudouDiwana

PS : J’ai beaucoup réfléchi et relu les témoignages de votre site. Voici le texte un peu modifié et finalement, j’aimerai le voir classer dans respecté, car sans l’intervention du 2ème gynécologue (qui a accepté de ne pas déclencher et de faire le travail dans l’eau) j’aurai été l’objet d’une vraie boucherie …

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