Tag Archives: Accouchement sans péridurale par choix

#329 – Accouchement non respecté (37), 2013

14 Jan

Nous sommes le 23 avril 2013, il est 21h. Depuis hier, j’ai dépassé le terme officiel des 41 SA, et ce soir, enfin, une petite contraction vient pointer le bout de son nez !

Je n’ai pas peur finalement. J’ai tellement attendu que le soulagement de voir un petit travail démarrer l’emporte sur la peur.
J’ai tout préparé en amont. Bien sûr, la valise, le linge dans la voiture en cas d’inondation, etc … mais surtout : l’accouchement en lui-même : quels sont les gestes médicaux à éviter, quels conseils pour tenir sans anesthésie, pourquoi moi, femme, je suis complètement capable d’accoucher …
La clinique et la gynécologue de la clinique m’avaient fait bonne impression. Méthode de Gasquet, possibilité de dire ce que l’on souhaite. J’avais d’ailleurs bien discuté avec elle, et j’avais pu bien mentionner ce que je voulais et ce que je refusais.
C’est donc en confiance que le 24 avril, à minuit tout pile, je me rends accompagnée de mon mari à la maternité.
Premier coup de massue : comme c’est la nuit, c’est le gynécologue de garde qui va s’occuper de moi. Ce n’est pas ma gynécologue !!!
La sage-femme m’accueille et me place en salle de monitoring. C’est bien un début de travail ! Mes contractions m’inconfortent (le mot est faible) mais on me laisse seule dans cette salle de monitoring sur une table d’auscultation très étroite et inconfortable. Je gère comme je peux, mon mari ne sait pas trop où se mettre.
Enfin, la sage-femme revient et me fait passer en salle de naissance, avec un ballon. Tout est prêt pour la péridurale bien que je n’en veuille pas, mais c’est juste le protocole, que ce soit prêt au cas où.
Je souffle, je grogne, je chantonne un peu.
On me propose de percer la poche, je refuse.
Je continue de lâcher prise tranquillement.
Rien n’avance, donc j’accepte qu’on me perce la poche.
Les contractions me font vomir, maintenant. Mais non, toujours pas de péri, merci.
La sage-femme me propose des positions sur le ballon et sur le « lit-table ».
Quand soudain, ça pousse !! Je hurle !!
La sage-femme tamise la lumière et m’aide à m’installer sur le côté.
Jusque là, on dirait presque un accouchement respecté, non ? Mais ça va se corser ….
La sage-femme appelle le gynécologue de garde. Et oui, nous sommes en clinique, c’est le gynécologue qui gère les 5 dernières minutes (et touche le pactole)
Dès qu’il entre dans la pièce, c’est « mettez-vous sur le dos ». Dans un état second, j’obtempère, enfin, surtout je me laisse faire par les gens autour de moi (tient, il y a une troisième personne … ah oui, la puer). Je pousse, je lâche TOUT, mais cela ne satisfait pas le gynécologue. Je réclame de changer de position, j’ai envie de me mettre à 4 pattes, ou au moins sur le côté. On me dit NON. Et là, une douleur atroce me transperce. Il vient de mettre un coup de ciseaux ! Je n’ai pas d’anesthésie, ça me fait un mal de chien ! Mes contractions à côté, c’était de la rigolade. J’hurle encore plus fort qu’avant, mais là c’est de douleur.
Enfin, j’entend la sage-femme dire « regardez madame! », j’ouvre les yeux, et je vois un petit bébé suspendu dans les airs, qui atterrit sur ma poitrine. Un cri, des mouvements incontrôlés … je reconnais ces petits coups de pieds. Mon bébé ? J’ai un bébé ? C’est une petite fille ! Il est 5h du matin, le jour se lève. Et moi je suis maman.
Tout de suite, on m’enlève mon bébé. Il faut recoudre. Une anesthésie locale plutôt réussie, sauf pour un point. ça fait vraiment mal, cette aiguille qui me transperce, ce fil qui me traverse. Mais, selon le gynécologue « à côté de ce que vous venez de vivre » … il n’a vraiment rien compris aux femmes, lui.
Mon mari tenait mon bébé, mais il s’est senti mal. Plutôt que de me revenir sur moi, ma petite fille a atterri dans une couveuse. Et elle hurlait, là, toute seule, loin de la chaleur de sa mère. Et moi en train de me faire recoudre, et personne autour pour me la donner. Mon bébé !
Enfin, la puer’ a la présence d’esprit de la mettre sur ma poitrine.
Et là, le calme après la tempête. Nous sommes là, tous les trois, avec ce tout petit bébé. Et c’est la première tétée.
Anonyme. Département 37
Publicités

Mon accouchement à domicile

14 Jan
Je pensais me rendre à la maternité et faire « comme tout le monde » avais-je répondu à la sage-femme qui nous accompagnait à une préparation à l’accouchement…
Et puis, une lecture : « Naissance à visage humain », m’a parlé…. moi qui ai un rapport particulier au corps… et j’ai commencé à me renseigner sur les accouchements physio sans péridurale, et puis  j’ai fini par en parler, de ce rêve d’ado de donner la vie en piscine… dans l’eau quoi…
Et, j’ai fait la rencontre d’un obstétricien et d’une sage-femme qui ont convaincu mon conjoint du risque aussi important voire moins important encouru par le fait d’accueillir notre petit Héloïse chez nous… (à condition d’une grossesse sans risque) et il a dit oui alors que j’étais toujours en questionnement du où ? et avec qui ? hôpital qui respecte le lien mère-enfant et favorise les accouchements physio. Mais les dés étaient jetés, si ma grossesse continuait à bien se dérouler; ce serait à la maison !
Et fin février, 37ème semaine, quand l’obstétricien m’a confirmé que pour lui c’était ok et bien voilà, c’était parti ! Préparation matérielle en route ! J’ai alors beaucoup lu sur la douleur de l’accouchement pour disposer de plusieurs outils : chant avec sons graves, l’accueil de la douleur (qui était très conceptuel) et points d’acupuncture. J’ai aussi réalisé des massage du périnée à l’huile d’olive, moi !!????
J’étais intimement convaincue que ma volonté (l’intellect’) de ne pas faire de péridurale contribuerait à une bonne gestion de la douleur.
Et le vendredi 3 Mars, alors qu’un ami était venu partager un repas avec nous, j’ai senti des contractions… différentes de celles de la grossesse… j’ai rien dit, convaincue que mon premier accouchement durerait des heures et des heures… j’ai simplement dit avoir mal au ventre, et j’ai pris mon ballon pour me détendre alors que nous prenions l’apéritif… Notre ami est parti tôt et puis j’étais comme obsédée par le fait d’aller dormir pour être en forme pour le vrai travail !
J’ai dormi, comme on peut dormir en fin de grossesse… et puis… à 5h du matin, les contractions m’empêchaient de dormir alors… j’ai pris un 1er long bain. J’en suis sortie et j’ai indiqué à mon conjoint que c’était le jour… A 7h, j’ai appelé l’équipe d’accoucheurs : un obstétricien et une sache-femme et je leur ai indiqué que les contractions étaient régulières mais pas rapprochées. Le temps d’annuler leurs rendez-vous, ils sont arrivés pour 11h. Ils m’ont trouvée détendue… et m’ont conseillée de continuer ainsi, limite de ne pas penser à l’accouchement, au stress généré par ces nouvelles douleurs. Ils m’ont demandé de penser qui pourrait venir boire un thé avec moi l’après-midi… je n’en revenais pas… moi qui intellectualise tout, je devais ne pas penser à ce qui se passe…. mais j’ai exécuté les recommandations et j’allais au jardin quand les contractions arrivaient… Mon couple d’amis n’en revenait pas de mon état d’esprit. Eux qui 2 mois auparavant avaient vécu un accouchement hyper-médicalisé. Et puis, à 17h quand l’équipe est revenue, la sage-femme me disait que j’avais tellement décroché de ce que je vivais que le travail n’avait plus avancé. Le nouveau mot d’ordre était : concentration et là, j’ai commencé à entrer dans cette fameuse « bulle ». Doucement, les contractions se rapprochaient. Les heures passaient. Mon conjoint a éteint les lumières et allumé un feu de cheminée, j’ai pris un 2ème bain mais à minuit : pas de poche perçée et pas d’ouverture conséquente… je fatiguais bien sûr, alors ils ont décidé de percer la poche et là… oh oui que les vraies contractions de travail arrivaient ! ! ! J’ai utilisé ballon, écharpe pour me suspendre mais sur le tapis, je n’étais pas inspirée par les positions sur le côté…. peut-être plus tard me disais-je…. J’ai pris un 3ème bain dans le noir et je me rappellerai toute ma vie de cette atmosphère. J’avais convié mon conjoint à me suivre dans mes sons graves pour limiter la douleur. On aurait cru un temple boudiste avec nos :  » Oooaaaah » en stéréo. Au sortir du bain, tout a pris une autre dimension, je commençais à être à cours d’idées pour gérer la douleur. Le sol ne me permettait toujours pas d’être à l’aise et j’ai  alors demandé à mon conjoint le massage des points d’acupuncture sur les mains seulement les contractions m’empêchaient d’être dedans… j’attrapais mon conjoint assis sur le lit par les épaules à l’arrivée de chacune d’elles et le serrai très fort tout en continuant mon chant boudhiste dont le son commençait à monter ! J’ai voulu dormir donc nous avons dormi l’un contre l’autre entre deux contractions. Et puis, le moment de la délivrance approchait. La sage-femme me propose la baignoire, je lui dis non à la surprise de mon conjoint,  me sentant trop fatiguée pour l’atteindre et puis… c’est si peu confortable !  J’ai essayé une chaise physio avec laquelle visiblement je poussais comme il fallait mais l’obstétricien m’a arrêtée car mon flux sanguin était trop concentré dans mon bas ventre et il craignait une hémorragie, je re-tente le sol mais définitivement non et puis mes représentations m’ont rattrapées certainement et c’est le lit qui m’a interpellée. C’est bien le seul regret de cet accouchement ! Ensuite, j’ai « poussé » comme on dit, sans bien savoir si c’était comme ça… j’ai d’abord poussé avec mes abdos, ce qui ne sert à rien lors d’un accouchement comme tout le monde peut se l’imaginer…. Les contractions ressemblaient à de fortes vagues si puissantes qu’elles généraient chez moi comme un vent de panique. J’avais peur, si peur de laisser cet enfant mourir dans ce passage… ça a duré longtemps (je n’ose même pas l’écrire car JAMAIS on m’aurait accordé ce temps en hôpital) jusqu’à ce que l’obstétricien me crie : c’est comme ça ! Là, ma peur s’en est allé et mon intellect (je dis intellect alors que c’était sensoriel… je crois que j’avais à nouveau réuni corps et esprit) cela m’a permis de me concentrer pour reproduire à l’identique ce que je venais de faire… la tête était sortie, je n’y croyais pas ! tellement pas que je poussais alors que je n’avais plus de contractions. Ma sage femme m’a alors dit : tu n’as pas compris ? c’est la contraction qui fait sortir le bébé ! Oui je le savais mais non je ne l’avais pas encore intégré ! comme on dit on apprend en faisant ou plutôt quand tout est fini et que l’expérience nous a tout appris !
Le reste du corps est donc sorti sans aucune sensation avec la contraction suivante. Et là, c’est la rencontre !  Ma fille me regardais droit dans les yeux comme si elle savait que j’étais sa mère…. incroyable ! elle était là, vivante, en bonne santé, j’étais comblée, encore sous le choc mais comblée !
Ce que cette expérience m’a appris c’est que devenir mère ce n’est pas que dans le conscient… et que mon corps, si j’apprends à l’écouter peut m’aider à vivre les choses telles que je souhaite les vivre.  Il m’en a fait la démonstration. Ce temps que m’a accordé cette équipe pour que je trouve le chemin de la vie avec ma fille n’a pas de prix ! Moi qui ai vécu un trauma corporel avait inconsciemment dissocié corps et esprit depuis toujours… et ce vécu m’a permis de vivre pour la première fois un moment ou corps et esprit m’ont permis la plus belle réalisation qu’il soit donné : donner la vie dans la douceur.
Mon conjoint m’a avoué le jour qui a suivie l’arrivée de notre fille qu’il me remercié de l’avoir accompagné dans cette voie de l’intime car être à trois à la maison les heures qui suivent une naissance sont des moments uniques d’intimité.
Merci H., L., M. et M. pour ce cadeau que vous m’avez fait d’être avec moi pendant ces « longues » heures….
Je tiens à préciser que ce récit ne correspond forcément pas à la réalité dans la mesure où j’étais en train d’être actrice de mon accouchement et que j’en suis ravie de cet accouchement donc il doit y avoir des déformations, veuillez m’en excuser d’avance !

Venue au monde en Maison de Naissance de mon premier enfant, 2011

7 Jan

Avant même de tomber enceinte, je m’étais vaguement intéressée au concept des maisons de naissance. Je n’ai jamais particulièrement apprécié le milieu médical, et je ne m’y sentais pas du tout à l’aise, ni rassurée.

Ce fut donc une évidence de me tourner vers la seule Maison de Naissance disponible dans cette grande ville de Suisse lorsque j’ai appris ma grossesse. La gynécologue qui me suivait essayait de me décourager et surtout, culpabilisait mon mari qui n’était pas franchement rassuré par mon choix au début. Il faut dire qu’il n’a jamais connu de grossesses physiologiques dans sa famille et aurait au début préféré m’aliter sous monitoring pour les prochains 9 mois … Maintenant, c’est un défenseur des Maisons de Naissance.

Dès le début du suivi, je n’ai pas du tout apprécié l’attitude de ma gynécologue. Elle était constamment à la recherche de pathologies, de choses qui lui confirmait que la grossesse était « à problèmes ». Face à mon refus de faire une prise de sang mensuelle pour vérifier la toxoplasmose (contre laquelle je n’étais pas immunisée), elle n’a pas hésité de me qualifier d’irresponsable – bien que je lui expliquais que cette pratique n’était plus conseillé depuis des années par l’office fédéral de santé, car le traitement prévu en cas d’infection n’a jamais prouvé une quelconque efficacité …
Elle n’a clairement pas appréciée mon attitude critique et informée, et lors de mon annonce que le suivi allait dorénavant se faire par ma sage-femme, qui lui transmettrait tous les résultat et m’adresserait vers elle uniquement en cas de complications, elle m’a tout bonnement mise à la porte. Ceci, ce fut lors de la première échographie, à 12 semaines de grossesse.
Je vous laisse imaginer les discussions avec mon mari qui ont suivi … il était présent ce jour-là, et m’a même sermonnée d’arrêter de remettre en question l’autorité médicale.

Je n’ai pas fléchi. Mon corps, mon accouchement. Je sentais très précisément ce qui était bon pour moi, j’étais confiante et détendue, et ce n’était certainement pas un suivi alarmiste qu’il me fallait.

Au fil des rendez-vous avec ma sage-femme, celle qui dirigeait la Maison de Naissance, mon mari prenait confiance. Elle était douce, calme, faisait un minimum d’interventions et travaillait surtout en prévention. Je me suis sentie très en sécurité tout le long.
Elle m’a annoncé à un moment donné que le bébé se trouvait bien la tête en bas mais « un peu vrillé, rien d’inquiétant ». Elle a alors copieusement évité de me parler de « position postérieure » sachant pertinemment que j’allais me renseigner sur le sujet et probablement angoisser. Par contre, elle m’a prescrit des exercices de position à prendre tous les jours pendant au moins 20 minutes les derniers semaines, afin que bébé « apprenne à se tourner pour faciliter sa sortie ».

Le seul moment de stress de ma grossesse, une fois suivie par cette sage-femme, était le dépassement du terme. Dans cette ville, il était tout bonnement légalement interdit d’accoucher en Maison de Naissance 10 jours après le terme (40 + 10 au maximum) et j’aurais été d’office provoquée dans la mégastructure hospitalière de la place. Après plusieurs tentatives toutes douces de mettre les choses en marche (promenades, faire l’amour, bain chaud, nettoyer les vitres, faire des escaliers,…) sans succès, ma sage-femme m’a envoyé en centre spécialisé d’échographie pour vérifier que tout était en ordre, puis m’a transmise sa recette pour un cocktail sans alcool, sensé aider aux contractions.

Une heure après avoir ingéré la dernière goutte de celui-ci, des toutes petites contractions se faisaient ressentir. Je me suis isolée, et j’ai même envoyé mon mari qui doutait que CE jour était LE jour, faire une ballade, afin de pouvoir me construire ma bulle et accueillir sans aucune distraction ces contractions. Comment je voulais qu’elles deviennent plus fortes, pour rencontrer notre bébé!

Trois heures après, les contractions devenaient plus régulières et fortes, et n’ont pas fléchi lorsque j’ai pris un bain chaud, comme me l’avait recommandé la sage-femme lors de l’entretien téléphonique quelques minutes auparavant. Nous nous sommes donc préparés et finalement arrivés à 22 heures à la Maison de Naissance. Le trajet ne fut pas sympathique, les virages font mauvais ménage avec les contractions et je ne pouvais pas bouger …
En arrivant, la Maison de Naissance était éclairée au moyen de bougies et de lumières tamisées, il y avait de la musique douce et des senteurs relaxants, tout était si accueillant. Mon excitation face à l’arrivée imminente de notre bébé était à son comble et je me sentais si bien, arrivée là-bas, dans cet antre accueillant et rassurant.

Là, la sage-femme m’ausculte (mon deuxième toucher vaginal de toute la grossesse, depuis qu’elle me suivait!) et m’annonce que mon col est ouvert à seulement 1 cm, qu’on était en début de travail. J’étais déçue, je m’attendais à plus vu l’intensité des contractions dans la voiture. Néanmoins, c’était largement gérable et je rigolais même avec mon mari entre deux contractions.
Je vais aussi aux toilettes pour vomir et aller à la selle, visiblement mon corps se déleste de toute cargaison inutile. Je me demande comment font les femmes en salle de naissance, ou il y a rarement des toilettes tout près? Est-ce la raison pourquoi certaines se retrouvent dans la position humiliante de déféquer au moment même qu’elles donnent naissance?
La sage-femme nous a donc dit qu’elle allait nous laisser et passer dans un petit moment pour voir l’avancement, et qu’on pouvait bien sur l’appeler à tout moment. Elle habite une maison adjacente à la Maison de Naissance.

A 23:30, elle repasse et là mes contractions sont clairement plus fortes – sûrement aussi du à la poche rompue sous le toucher vaginal (évidemment pas percée volontairement par la sage-femme, mais la simple irritation du col en touchant a provoqué la rupture). Plus question de bouger, ni même de ballon ou de rigolade, mes contractions sont si fortes que je me suis depuis un moment installée sur le lit (chose que je ne me voyais absolument pas faire avant, je suis du genre bougeotte) sur le coté gauche, et je m’endors entre deux contractions. Mon corps me dicte très clairement ce qu’il y a à faire, je me laisse emporter par mon instinct.
Plus tard, j’apprenais que la position allongée sur le coté gauche pendant les contractions d’ouverture, est la position qu’on fait prendre aux femmes lorsque le bébé se présente en position postérieure … Mon corps me l’a indiqué tout seul.

Elle me propose alors de faire l’impasse sur l’examen du col, puisque sous l’effet des contractions ça allait être désagréable et qu’on avait le temps de laisser faire des choses, le monitoring qu’elle fait à ce moment montrait que tout allait très bien. Elle me demande si je veux être soulagée au moyen de TENS (electrostimulation) ou de massages. Je ne veux rien du tout, juste de la présence de mon mari, sans un mot, ni toucher. Je me dis que je préférais garder ces options pour plus tard, au cas ou ça s’intensifie d’avantage.

A peine une heure plus tard, je ressens une irrésistible envie de pousser. Si forte que j’ai toujours de la peine à croire que certaines femmes se voient dire « arrêtez de pousser » et arrivent réellement à retenir cette impulsion. Impossible pour moi, à peu près comme arrêter de recracher alors qu’on est en plein en train de vomir… (pardon pour la comparaison). Je dis à mon mari d’appeler immédiatement la sage-femme, qui arrive sur les chapeaux de roue en disant « ouh, elle chante, c’est pour maintenant! je vois des cheveux! » et prépare tout en un rien de temps. Elle me dit de me mettre à quatre pattes. Je suis si prise par les contractions d’expulsion que je ne me vois pas tenir sur mes bras, et je demande à mon mari de se mettre lui aussi à quatre pattes, en perpendiculaire, afin que je puisse apposer le haut de mon corps sur son dos.
En trois ou quatre poussées de plus, notre enfant naît. Il est 0:56. Je prends immédiatement le bébé contre moi, il est magnifique, parfait, et sent merveilleusement bon. La sage-femme vérifie le score APGAR (pouls, respiration, couleur de peau, tonus, réaction à la stimulation) alors que le bébé est en peau-à-peau, il est 10/10/10/10/10. A 1:06, le bébé se met à chercher le sein et je le laisse « ramper » jusqu’au téton ou il retrouve visiblement le nirvana – et moi aussi. Quel moment émouvant et puissant! Quelques minutes plus tard, j’expulse le placenta.

Je suis indemne, j’ai pas de déchirure mais uniquement un petit étirement que la sage-femme recoud pour des raisons esthétiques, après m’avoir anesthésiée. Le bébé est confié à son papa et posé contre son torse nu pendant le temps qu’elle m’examine.
Ensuite, je prends une longue douche pendant que l’on nous prépare un repas pour nous redonner des forces. Bébé est placé dans un hamac et roupille paisiblement pendant que nous nous délectons du met tout chaud au milieu de la nuit.

Nous nous couchons à 3 dans le grand lit et passons une merveilleuse nuit ensemble, en famille.

Pas un seul regret. Au contraire, je me sens renforcée, plus moi-même, plus « entière » grâce à cette expérience. J’ai tellement apprécié de pouvoir la partager avec l’homme que j’aime, son soutien était si précieux et efficace. Aujourd’hui, je ne peux m’empêcher de trouver cruel la séparation du papa du reste de la famille, pourtant si « habituelle » dans la majorité des hôpitaux et cliniques. Il fait partie de la famille au même titre que maman et bébé!

Et maintenant, numéro deux est en route – j’espère réitérer l’expérience, cette fois-ci, pourquoi pas, dans la baignoire de cette même Maison de Naissance.

Second accouchement, dans l’eau – Suisse – 2012

22 Déc

J’ai accouché de ma deuxième fille en septembre 2012. Comme pour mon premier accouchement, je désirais accoucher naturellement et cette fois, dans l’eau. ( Je voulais aussi accoucher dans l’eau pour mon 1er accouchement mais c’est allé trop vite, pas eu le temps de remplir la baignoire) ! J’ai accouchée à 37 6/7 SA. Tout a commencé un dimanche soir… je me préparais pour aller dormir quand j’ai commencé à sentir quelques contractions. Pas fortes, mais assez rapprochées… J’ai pris un bain et attendu un moment, tout en jetant un œil à ma montre pour calculer l’intervalle entre les contractions. Après deux heures de contractions, assez régulières mais pas encore trop fortes, nous avons décidé avec mon mari de partir pour l’hôpital. Nous sommes arrivés vers 1h du matin, les sages-femmes nous attendaient. Je me suis installé dans une salle, la sage-femme m’a installé le monitoring et a contrôlé mon col… j’étais dilatée à 4… J’ai tout de suite précisé que je voulais vraiment accoucher dans l’eau et que j’avais eu un accouchement rapide la première fois. La sage-femme m’a dit qu’il n’y avait pas de soucis, que la salle nature était disponible…Elle est revenue 15min plus tard, à contrôlé mon col et j’en étais a 6 ! Elle est repartie pour faire couler l’eau du bain ! Pendant ce temps-là, tout allait bien. J’avais des contractions mais j’arrivais très bien à les gérer, elles étaient tout à fait supportable. 15min après, retour de la sage-femme, nouveau contrôle car mes contractions s’intensifiaient… j’en étais à 8 de dilatation ! Direction, la baignoire ! Je me suis installée dans l’eau, ça faisait beaucoup de bien de pouvoir s’installer dans la position que je voulais… j’étais accroupie et mon mari était là, tout près de moi. La lumière était tamisée et l’ambiance était sereine… je me sentais bien. J’avais des contractions mais arrivais toujours à bien les gérer, j’imaginais que chaque contractions étaient des vagues et qu’elles allaient s’atténuer, j’arrivais bien à me mettre dans ma bulle et tout se passait très bien! Après quelques minutes dans l’eau, j’ai senti qu’il fallait que je pousse… la sage-femme a fait un dernier contrôle et mon col était totalement dilaté ! Ca y’est ! J’allais bientôt rencontrer ma petite puce ! Les sages-femmes pratiquaient leur premier accouchement dans l’eau mais elles ont très bien géré. Elles m’ont bien guidée et en quelques poussées ma puce était là ! Quel moment magnifique ! Un accouchement tout en douceur. Ma puce était sereine lorsque je l’ai prise dans mes bras, juste après sa sortie. Elle m’a fixé avec ses grands yeux, c’était magnifique. J’aurais voulu rester un moment dans l’eau avec ma puce mais les sages-femmes n’étaient pas rassurées et ont voulu que je sorte de l’eau, de peur que le placenta sorte dans l’eau… Juste après l’accouchement, je me suis installée sur un grand lit avec ma puce et mon mari. Les sages-femmes ont voulu me brancher une perf d’ocytocine pour accélérer la sortie du placenta… j’ai refusé cette perfusion, je n’en voyais pas du tout l’intérêt mais elle m’ont dit que c’était le protocole, ça m’a un peu énervée car je ne voulais aucune médication et cette perf’ n’avait aucune raison d’être posée mais voilà, les protocoles !! Bref, elle me l’a posée et… a oublié d’ouvrir le robinet… je me suis bien gardée de le lui dire ! Quelques minutes plus tard, le placenta est sorti, tout seul, sans soucis et sans cette perfusion ! 😉
Un bel accouchement naturel, que je garderai en mémoire toute ma vie ! ❤

La naissance de Tristan, 3ème bébé de Lauren – en Allemagne

22 Déc
J’ai 3 enfants, mes 2 premiers sont nés en Irlande, à Cork, ce n’était pas des accouchements physiologiques, je n’avais même pas envisagé cette méthode car je n’avais alors pas l’ouverture d’esprit que j’ai aujourd’hui.
2 accouchements où j’ai été passive, en attendant qu’on me dise : « Poussez madame ! »
Mais pour ma 3ème grossesse, en ayant beaucoup discuté avec des mamans sur Facebook, je decide qu’il en sera autrement. Je veux me reconcilier avec ce processus, le rendre naturel et normal, qu’on me rende le pouvoir, qu’on me laisse faire, je veux un personnel qui ne soit pas intrusifs mais qui m’assiste juste au cas où.Tristan est né en Allemagne.
Voici mon récit.
C’est donc ma 3ème grossesse et on me détecte un petit diabète gestationnel. Je dis à mon gynécologue que j’accouche toujours après terme (déclenchement des 2 autres, pour bb1 à 10 jours après le terme et pour bb2 4 jours après, décollement des membranes sans me demander mon avis…), donc je souhaitais de tout coeur que Tristan naisse le jour où il le décide, que tout se fasse en douceur sans « qu’on le mette dehors ». Mais gygy me dit qu’avec le diabète gestationnel, je serai déclenchée le jour du terme… Arf, je suis dégoûtée, je sais que je vais y avoir droit. Je n’ai pas de contractions à 9 mois, juste des Braxton Hicks, rien de bien méchant.
Le 6 janvier, date de péremption, tout le monde dehors! Je tiens à avoir un accouchement physiologique, je veux me reconcilier avec ce processus de la naissance, je veux qu’on me rende le pouvoir, de me laisser faire seule. Dans ma maternité allemande, je suis ravie de voir qu’ils sont équipés comme des « salles nature » avec un lit ergonomique, des ballons, une baignoire, des écharpes pour se suspendre et des tabourets de naissance. C’est ce que je voulais. J’avais espéré que Tristan se décide avant pour échapper au déclenchement, mais je ne me faisait pas d’illusions… arf salete de diabète gestationnel, si je ne l’avais pas eu, j’aurais laissé faire la nature…
Donc le 6 janvier, à 40 SA, on va a la maternité. Mon mari est là avec moi et il traduit pour moi car je ne parle pas allemand et ils parlent très peu l’anglais… L’obstétricienne me demande comment s’est passé mon precedent accouchement, alors je lui racconte vite fait, que deuz était un gros bébé (4,460 kg), qu’il n’avait pas la position adéquate (au lieu d’avoir la tête tournée vers le bas, de regarder en bas, elle était tournée vers le haut) quand j’étais à 8 cm. Il est parvenu à se retourner en 1h jusqu’à la dilatation complète mais sûrement cette rotation plus son gros poids, ont fait qu’il s’est cassé la clavicule :/). L’obstétricienne allemande ne comprend pas très bien, malentendu… elle me fait une écho pour déterminer le poids de Tristan. Il fait autour des 4kg comme ses frères. Alors elle me propose une césarienne, car elle me dit que parfois les gros bébés peuvent avoir le nerfs de l’épaule coincé dans le passage du bassin et que ça peut entraîner une paralysie du bras… Mon mari devient blanc comme un linge, mais, dans ma tête, la decision est toute prise, j’aurai certainement pas de césarienne, j’ai très bien pu sortir deux patates de 4kg, alors je ne vois pas pourquoi ça poserait problème pour celui-là! Donc, va pour la voie basse. On m’examine, col verrouillé à double-tour, comme je l’avais imaginé, postérieur long de 2cm. On me pose le tampon au niveau du col. Comme arrive midi, on me donne mon plateau repas, j’apprécie parce que, pour les 2 autres (nés en Irlande), on ne m’avait pas donné mon repas à midi et je crevais de faim! Donc je mange absolument tout pour bien prendre des forces. J’ai la bonne idée d’aller aux toilettes aussi LOL. Et j’attends.Une heure plus tard, ça commence. Alors je marche, tant que je le peux. Ca va vite, la douleur augmente vite, alors je retourne dans mon lit, pour m’allonger sur le côté. Les sages-femmes me donnent un sac de noyaux de cerise chauds pour mettre sur les reins, ça soulage. La douleur augmente, alors pour m’aider à la canaliser, je pousse des longs « ooooooooohhhh!! », je ne crie pas car je tiens à garder un peu de dignité LOL. Les sages-femmes m’examinent à 15h, je suis dilatée à 4 et ça va très vite, il faut que j’aille en salle de naissance. On n’a pas le temps de me couler un bain, arf, j’aurais voulu accoucher dans l’eau!! Mais avec la douleur des contractions toutes les minutes, je ne peux pas vraiment argumenter. Je tiens à rester à la verticale le plus possible pour aider Tristan à descendre, alors je m’appuie juste contre le lit, les mains crispées sur le matelas.
Ces vagues de douleurs sont terribles mais, entre chaques contractions, je me dis : « Je l’ai supportée celle-là, je l’ai supportée!! Notre corps est fait pour supporter cette douleur, tu peux le faire!! » Mais quand même, la péridurale m’effleure l’esprit, j’ai trop mal… Arf non!!! Je peux y arriver!! Je m’allonge sur le côté pour que la sage-femme m’examine. Ma poche des eaux est toujours intacte, bombée. On a du me la percer pour les 2 autres aussi… Le coeur de Tristan ralentit, la sage-femme me demande de me tourner, arf j’ai si mal, mais je me tourne quand même. Elle me demande si elle peut percer la poche des eaux, que ca va accélérer les choses. Je lui donne son accord, splash… et une minute après, je ressens cet ordre formidable que me dicte mon corps : POUSSE!!!! Je ne peux pas me retenir, mais je suis dans la mauvaise position, allongée sur mes coudes. Je vois la tête de la sf et ses yeux qui s’ecarquillent, elle ne s’attendait pas à ce qu’il arrive si vite, c’est le moment M! Elle me dit : « Lauren, get up right now, your baby is coming! » (Lauren, debout, votre bébé arrive!) J’ai juste le temps de me lever, de me mettre sur le tabouret de naissance et d’empoigner les écharpes, que la prochaine contraction arrive. Je pousse. La douleur cesse, je ressens juste un petite brûlure. Sa tête est dehors. Deux minutes après, une autre contraction, j’envois toute mon énergie, je tire sur les echarpes et là, les épaules passent, Tristan arrive, dans la douceur des lumières tamisées de la salle, la sage-femme l’attrape, il pousse déjà son premier cri. Encore une contraction, le placenta est dehors. On me défait les attaches de ma robe de princesse et on me met Tristan en peau à peau contre moi, toute tremblante. Je n’oublierai jamais son odeur, je m’enivre avec. Il est tout chaud, tout contre moi, le temps s’arrête. Je me sens comme la femme la plus forte de l’univers. 10 minutes après, la sage-femme prend Tristan, elle le pèse et le mesure, 3,780 kg (le plus léger de la fratrie) et 54 cm (le plus grand de la fratrie 😉 ) je me suis allongée sur la table, je me languis qu’elles aient finit. Elle me donne Tristan, je le mets tout contre ma peau, contre mon sein. Il machouille ses petites poings pendant 20 minutes puis trouve mon sein auquel il s’accrochera pendant plus d’une heure. Voila 🙂
Lauren

Second accouchement – Aquitaine – 2013

28 Nov

E. est née fin mai 2013, un lundi, à 8h35. Du moins, le dit-on. Parce que l’heure exacte, personne ne l’a réellement vue au moment où effectivement, E. naissait. Je devais accoucher en plateau technique avec ma sage-femme libérale. Mon vrai désir était un accouchement à domicile, désir déjà éteint pour mon premier bébé faute de sage-femme dans notre région de l’époque. Mais elle ne les pratique plus et, de toute façon, j’étais trop loin de chez elle. Après un suivi de grossesse paisible et empli de respect autant que de confiance, nous étions sereins à l’idée de vivre une naissance tranquille, alors que nous avions plutôt vécu un traumatisme pour notre aînée. J’étais réconciliée avec ce corps qui ne semblait plus m’appartenir durant ma première grossesse. J’avais en tête la douceur et l’intimité qui m’avaient tant manqué la première fois. Mais parfois, les choses se passent trop vite…

A deux jours du terme officiel de la grossesse, ma petite princesse s’est dépêchée de sortir de mon gros bidon, emportant avec elle notre projet de naissance … mais sans nous rendre malheureux. Grâce à E., je sais aujourd’hui que je suis capable d’accoucher, que mon corps sait travailler et guider un bébé, que je n’ai pas besoin d’une péridurale pour supporter ni d’un guide pour pousser.

Début tranquille 

Si je veux raconter l’accouchement en lui-même, l’histoire commence lundi matin à 6h35 et se termine lundi matin à 8h35 (enfin, un peu plus tard avec la délivrance, mais passons). Mais en fait, l’histoire a commencé la veille, sans que je m’en rende compte. Des petits signes m’ont montré que j’allais accoucher, mais je n’ai pas su les interpréter. D’abord, dimanche après notre après-midi à la plage, je me sentais barbouillée. Pas nauséeuse comme d’habitude depuis près de neuf mois, mais barbouillée. Je n’ai pas mangé grand chose … Je me suis dit que j’étais « trop » pleine. Pas faux ! Ensuite, j’ai remarqué que mon chat me fuyait, elle qui d’ordinaire passe des heures à ronronner avec moi. On raconte que les chats sentent les changements hormonaux et mon chat, après avoir senti mes deux débuts de grossesse, a senti que l’accouchement se préparait et a voulu s’en tenir à l’écart. Moi, j’ai pris ça comme une bouderie. Dans la nuit, vers 3 heures du matin, je suis réveillée par ma vessie. Quand je reviens me coucher, je me désespère de n’avoir encore aucune contraction et me dis que mon rêve d’il y a plusieurs semaines, où j’accouchais le 27 mai, ne risque pas de se réaliser … je me recouche donc un peu dépitée. Mais avec, dans la tête, une sorte de certitude que quelque chose va se passer.

Il est 5 heures quand je me décide à me relever. J’ai des douleurs que je pense être intestinales. Bah oui, j’étais barbouillée, j’ai dû manger quelque chose de mauvais et je vais le sentir passer. Mais une fois aux toilettes, je me dis que ce sont peut-être des petites contractions de début de travail. Je me fais donc couler un bain, tranquillement, et préviens MariChéri que je crois être en pré-travail mais que tout va bien. « Ok, je me rendors alors. » Voilà.

Dans le bain, je compte une contraction toutes les 8 minutes. Elles sont faibles, ne me font quasiment pas mal, ne durent même pas 30 secondes. Je me désespère à nouveau et me dis que ça va passer. Je prends deux Spasfon et, effectivement, à 6h15 je ne sens plus rien. Limite en larmes, je me lève pour me sécher et aller me recoucher. Mais à peine sèche, une grosse contraction bien longue vient m’obliger à m’appuyer sur le mur. Je regarde l’heure : 6h35. J’attends la suivante. Elle débute à 6h45 et dure plus d’une minute. Elle m’oblige à m’intérioriser. C’est bon, je suis en travail.

Debout !

Je réveille à nouveau MariChéri, je lui dis que ce sera pour aujourd’hui, qu’il faut appeler C. pour déposer notre aînée, qu’il faut appeler notre sage-femme M. avant d’aller déposer la petite. Il peine à se mettre en route, je lui dis de se dépêcher un peu. Je prends ma to-do list de dernière minute et prépare tout entre les contractions. Ballon, coussin d’allaitement, sac de bébé, mon sac sans oublier la trousse de toilette sur le bord du lavabo, affaires de J. sans oublier la Boîte à Grande Soeur.

Pendant que MariChéri se douche, je réveille ma J. Je veux passer quelques minutes avec elle pour lui expliquer ce qui se passe. Il est un peu plus de 7 heures, et elle qui ne se lève habituellement qu’à 11 heures ne grogne pas en me sentant l’approcher. « Fini dodo Maman ? » « Oui ma nounette. Le bébé est en train d’arriver, tu vas aller chez C. On fait un gros câlin ? » « Oui Maman. Câlin bébé aussi. » Elle reste dans mes bras et j’accueille une contraction sans broncher. Je suis obligée de me couper du monde pour la supporter, mais je n’ai pas besoin de me lever.

Je me dis que tout est tranquille. Je respire comme je l’ai appris, je gère bien, je récupère parfaitement entre chaque contraction. Je parle à mon bébé, l’invitant à descendre, à ouvrir le col, à me guider pour que je l’accompagne sur ce chemin qui le mènera à mes bras. Je sais que Bébé est dos à droite, comme sa grande soeur avant lui, et qu’il risque de mal s’engager (et de compliquer sa sortie en regardant le ciel ou un côté) si je ne l’accompagne pas jusqu’au bout. Alors je garde la verticalité. Les contractions sont encore irrégulières et bien espacées.

C’est d’ailleurs ce que MariChéri explique à notre sage-femme M. quand il l’appelle. Elle lui demande alors de me poser une question : est-ce que j’accepte que la sage-femme de garde de la maternité m’ausculte à mon arrivée, afin de savoir si je suis avancée dans le travail ? Quand MariChéri vient me demander, il tombe en fin de contraction et je lui lance un « Attends ! » assez violent, que M. entend aussi. J’accepte d’être d’abord auscultée par la sage-femme de garde si M. préfère ne pas annuler ses rendez-vous pour rien (je ne le sais pas, mais elle décidera finalement de partir de chez elle immédiatement, à cause de ma réponse très vive qui lui fera dire que j’étais déjà pas mal dans la dilatation). Je doute d’être très avancée étant donné l’irrégularité des contractions, mais je ne culpabilise pas une seconde d’avoir demandé à M. de partir pour le plateau car je sais qu’elle ne râlera pas même si j’arrive dilatée à 3. J’ai l’impression que ça n’avance pas trop, je me mets à douter de mon état : suis-je vraiment en travail, en fait ?

Départ

Vers 7h30, MariChéri est enfin prêt et part déposer J. chez C. Je lui fais un dernier bisou et un dernier câlin, lui dis qu’on se voit ce soir, et je m’installe sur mon ballon qui attend, dans l’entrée, que nous partions pour le plateau technique. Je sais que nous serons attendus car M. va prévenir la sage-femme de garde que nous prenons la route. Je suis pleinement rassurée et j’ai repris confiance en mon bébé avec ce travail que je trouve tranquille.

Quand MariChéri revient pour que nous descendions ensemble, il doit être aux alentours de 7h45. Je prends une contraction particulièrement violente, je commence à ressentir le besoin d’émettre des sons alors je le fais (les voisins ? Je n’y pense même pas !). Sur les quatre étages qui nous séparent de la voiture, je ne m’arrête qu’une seule fois pour une contraction. Elle est largement gérable. Je continue de respirer, d’accompagner mon bébé, d’accepter le travail de mon corps. Je me laisse aller aux endorphines qui doucement me font quitter mon état de lucidité. Je me trouve incroyablement zen.

En voiture, je m’installe à la place passager avant. J’aurais préféré la banquette arrière, mais le ballon ne passe que là, donc il y reste. J’ai d’abord baissé le dossier de mon siège pour être semi-allongée, mais finalement je le redresse au maximum pour avoir le dos en angle droit avec mes cuisses : ça m’aide à respirer. A chaque contraction, je me suspends à la poignée située au-dessus de la portière et je chante une sorte de « Aaaaah » très grave, qui a pour but, je crois bien, de me saouler moi-même – avec l’aide des endorphines. Je n’y réfléchis pas sur le moment, mais je pense que je cherchais ça. En début de trajet, les contractions sont encore espacées et très supportables. Je tente de me couper du monde pour me permettre le lâcher-prise nécessaire. Je ne sais plus quelle heure il est, j’ai les yeux fermés la plupart du temps. J’ai éteint l’autoradio et je m’enferme le plus possible dans ma bulle, même si les virages, dos d’âne et ronds-points me perturbent énormément.

Accélération

Et puis vient une pause. Les contractions qui commençaient à se rapprocher viennent de s’arrêter. Je regarde la route, je vois qu’on franchit le panneau « Béarn des gaves » et je sais qu’on est encore loin du plateau technique. Il me vient à l’idée de faire demi-tour, mais en réalité j’attends le retour des contractions car je sais que je suis en travail, que E. sera du 27 mai. Peu après, c’est la reprise. En bien plus puissant. Je trouve les contractions horribles et je me dis que si c’est ça le début du travail, je dois être sacrément douillette. Les contractions me semblent extrêmement longues, elles sont bien plus intenses aussi. Ce n’est pourtant pas la douleur qui me terrasse, mais bien l’intensité. J’ai à nouveau les yeux fermés, je suis à nouveau enfermée dans ma bulle et je chante à nouveau. Je me sens shootée, les endorphines sont bien là, mon corps travaille très bien. Je sens pourtant comme une urgence à l’intérieur, comme une impression que ça va trop vite. Je dis à E. d’ouvrir son chemin mais de le faire un peu moins vite. Je lui demande de ralentir, mais je lui dis que je vais l’accompagner quand même de toute façon.

Nouvelle pause. E. m’aurait-il entendue ? J’ouvre les yeux, on a dépassé la moitié du chemin, on est dans la forêt. Mais combien de ces satanés virages nous reste-t-il à franchir ? Je n’ai pas le temps de réfléchir, une nouvelle contraction apparaît. Encore plus intense, encore plus longue. Et encore une autre. Elles s’enchaînent maintenant très vite et me semblent particulièrement intenses. La douleur n’est toujours pas ce qui m’impressionne le plus. « J’arrive pu à respirer ! » J’entre, sans le savoir, dans la dernière phase du travail et je pète un petit boulon (celui des 8 centimètres). J’insulte la voiture, les Béarnais qui ont construit ces « routes de merde », puis mon mari parce qu’il me semble qu’il prend « plus de virages que d’habitude ». MariChéri comprend à ce moment-là qu’il va falloir aller très vite, que je suis bien plus avancée dans le travail que je ne le devrais. Il accélère, roule à 120 quand il le peut, le plus vite possible le reste du temps. Il rattrape une voiture de gendarmerie et se colle à elle, puisque son conducteur roule également très vite.

Descente

Je sens mon bébé descendre. A la contraction suivante, une énorme sensation d’explosion entre les jambes et ce liquide chaud qui coule… « Je perds les eaux ! » Je regarde l’heure, sans savoir pourquoi : 8h12. Et la contraction suivante me fait dire que « ça pousse ! Chéri ça pousse ! » Je lui demande de s’arrêter sur le bas-côté, je lui dis que je vais accoucher dans la voiture. Il me répond que non, pas du tout, on n’accouche pas « dans la forêt » et surtout « pas dans les virages » car c’est trop dangereux. Il ne panique pas, mais il engueule le gendarme devant quand celui-ci vient à ralentir. Il a compris que l’urgence est d’arriver dans un endroit où nous serons en sécurité, où le bébé sera en sécurité. Nous avons compris tous les deux que j’accoucherai dans la voiture, qu’on le veuille ou non.

E. pousse un peu plus à chaque contraction. Elles sont intenses, très intenses. Je me laisse totalement aller pour accompagner le travail, comme M. me l’a appris. Je hurle, je hurle et je hurle. Je ne me contrôle pas du tout. Je ne suis pas moi-même. Je passe mon temps à hurler, à dire « ta gueule » à MariChéri qui me dit qu’on va bientôt arriver, à hurler encore. Je me suspends à la poignée au-dessus de la portière tout en tapant de toutes mes forces sur la portière pour faire passer les contractions. MariChéri ne me dit rien, mais il me trouve particulièrement impressionnante et puissante, hors de contrôle. Chacune de mes contractions me semble interminable, mais je sais que tout est bientôt fini.

A quelques kilomètres de l’arrivée, je hurle et j’ajoute que « ça brûle ». MariChéri a très bien compris. Bébé est posé sur mon périnée, il va l’ouvrir et sortir. C’est inéluctable. La brûlure est le dernier signal avant la sortie. J’accoucherai dans la voiture. Mon mari profite alors d’un arrêt du gendarme devant pour se mettre à sa hauteur, sur la voie de gauche (et tant pis pour les voitures qui arrivent en face) et ouvrir ma vitre : « Ouvre-moi la route, ouvre-moi la route, ouvre-moi s’il te plaît ! » A mes hurlements bestiaux et stridents à la fois, le gendarme comprend qu’il ne doit pas réfléchir mais agir. Gyrophare et deux-tons en marche, il nous ouvre la route jusqu’au rond-point de l’hôpital, où MariChéri lui fait signe que c’est bon, on est arrivé. Il ne le sait pas mais sans lui, j’accouchais au milieu de nulle part. Je hurle toujours, je veux me déshabiller pour laisser sortir mon bébé mais je n’y arrive pas. Je sens la tête bomber, je sens la brûlure augmenter, je sens que le soulagement est proche, mais je ne peux pas me déshabiller.

MariChéri garé en vrac devant la porte d’entrée de la maternité, il court chercher quelqu’un et je retire comme je peux mon pantalon et ma culotte. Je passe ma main entre mes jambes : les cheveux sont là, sur le crâne tout chaud. La contraction s’arrête et ça remonte. MariChéri revient me dire que quelqu’un va arriver, mais en me trouvant à moitié nue il se dit que ça va peut-être être trop tard. Il retourne en courant préciser que « ma femme accouche MAINTENANT », pendant que je lui hurle de rester avec moi, de récupérer le bébé. Je ne pense plus à rien, j’abaisse mon siège et me place, sans trop savoir pourquoi, dans une sorte de quatre-pattes en m’agrippant au dossier. J’ai le cul à l’air mais je n’ai pas vraiment le choix, en fait (au moins j’ai pas le sexe exposé avec les pattes en l’air, je suis dans la position qui me convient pour accoucher). Chaque contraction pousse un peu plus E. vers la sortie, je sens la progression de sa tête, je sens mon périnée s’étirer chaque fois un peu plus, je sens que je ne travaille pas dans le vide. Je suis d’une puissance incroyable, je m’accroche comme une cinglée au siège et je hurle.

La première personne hospitalière à arriver, dont je croise vaguement le regard en plein milieu d’une contraction, a un fauteuil roulant avec elle. Mais elle comprend tout de suite que ce sera inutile dans l’immédiat. Il me semble qu’elle me dit qu’une sage-femme va arriver. Moi, j’imagine que c’est M., mais elle n’est pas encore là. J’entends mon mari demander ce qu’il peut faire, mais je n’entends pas les réponses. Je hurle à nouveau, mon bébé est en train de sortir, ça y est ! J’accouche. Moi. Seule. Mon corps. Sans aucune autre intervention. Juste moi. Je suis en train de donner la vie, là tout de suite. Dans la voiture. Sur le parking. Je hurle. Pourtant je n’ai pas mal. Mais je hurle. J’ai envie, besoin aussi. Une sage-femme est arrivée, la tête sort. Gros soulagement. La contraction suivante ne se fait pas attendre et le corps suit. La sage-femme m’aide à récupérer mon bébé entre mes jambes, parce que je suis un peu paralysée : je n’en reviens pas ! « Quelle heure il est ? Mais quelle heure il est ? » demande quelqu’un. « Heuuuu 8h35. Non 36. Non 35 », lui répond-on. Je suis sidérée. « C’est la patiente de M. ? Wahou, bravo Madame ! » « C’est votre premier ? » Deuxième. « Le premier est arrivé trop vite aussi ? » Non…

« Félicitations ! Tenez votre bébé au chaud ! » Putain j’ai accouché ! J’ai accouché ! J’ai accouché seule ! Sans analgésie, sans guide, sans rien d’autre que mon duo avec mon bébé. Je retire mon tee-shirt et je prends mon bébé contre mon corps. Son cordon est toujours relié à moi, je le regarde respirer contre moi, je regarde ses yeux, je regarde entre ses jambes. C’est une fille ! C’est E.. Je la sers fort, je tiens les couvertures qu’on a mises sur nous pour qu’elle ne se refroidisse pas – il fait froid ce lundi matin, même si le soleil est là. Je lui dis qu’elle est arrivée un peu trop vite, mais qu’elle est merveilleuse, qu’elle a tout fait toute seule, qu’elle est géniale. Je lui souhaite la bienvenue pendant que son cordon est coupé. Je lui fais des bisous sur la tête.

Kidnapping

Quand elle est emmenée pour être mise à l’abri, j’ouvre les yeux sur ce qui se passe autour de moi. J’entrevois MariChéri qui pleure. Je lui dis de rappeler M.. Je veux M.. Je pense même, pendant une seconde : « Je dois accoucher avec M., c’est elle ma sage-femme ! » Je vois qu’une couverture a été placée sur le pare-brise et le manteau de MariChéri est sur la portière, pour que les gens ne voient pas ce qui se passait. Plusieurs personnes sont là, dont une qui me dit de me mettre délicatement sur le fauteuil roulant pour aller retrouver ma fille au plus vite. « Attention, vous avez le clamp sur le cordon, ne vous blessez pas les cuisses. » Je m’assois, on me couvre et on y va. Je ne sais pas où est MariChéri, j’imagine qu’il suit de près. Je veux mon bébé. Je ne sais plus si j’ai accouché, je suis perdue, je cherche ce bébé que je tenais dans mes bras à l’instant. J’ai envie de hurler son prénom jusqu’à ce que je le retrouve, j’ai envie de courir. Je ne suis pas encore dans mon état normal et je me sens vide autant que paumée. Mais putain, où est ce bébé que je viens de sortir de mon ventre ? Qui l’a emmené ? Je n’ai même pas vu le visage de la sage-femme !

Dans l’ascenseur, on me dit que j’ai été super, que si ça va vite c’est que ça va bien – je le sais, mais c’est bon de l’entendre. Mais que si ça va vite, si ça dilate vite, c’est encore plus douloureux. Je ne sais pas, je sais que c’était très intense, que j’ai tapé très fort la portière, que j’ai hurlé très fort, mais je ne sais pas si j’ai eu plus ou moins mal. Après tout, je n’ai pas de vraie référence. Je demande l’heure et j’ai du mal à croire qu’il est si tôt, que tout s’est passé si vite. Je me demande encore si j’ai bien accouché, en fait. On arrive rapidement en salle de naissance, je m’installe sur le lit et on m’amène E. en peau-à-peau. Je lui souhaite à nouveau la bienvenue. J’attends que la porte s’ouvre sur M., mais c’est MariChéri qui entre. Livide. Presque transparent. J’alerte le personnel, ils le font asseoir à la table à côté de moi et lui amènent un petit déjeuner. Je ne sais pas où il était passé et je ne lui demande même pas. Je n’y pense pas. J’ai retrouvé mon bébé, je l’inspecte car je me demande si c’est vraiment celui que je viens de faire naître, je la caresse, je l’embrasse, je lui offre mes seins.

Délivrance

E. va super bien. Elle crapahute vers mon sein droit et le trouve immédiatement. On me dit qu’il va falloir sortir le placenta et ça contracte presque tout de suite. Je suis stressée. On m’a mise en salle de naissance et je n’en ai que de mauvais souvenirs. On me regarde l’entrejambes sans cesse. On m’a même mis les étriers et je ne supporte pas – je lutte contre la crise de panique. Ca contracte tellement fort que j’ai l’impression d’accoucher à nouveau. Pourtant, le placenta est bien accroché. La sage-femme me menace d’ocytocine de synthèse plusieurs fois, faisant monter le stress et la panique, empêchant mon ocytocine à moi de faire son travail. Il s’écoule du temps, et encore du temps. On prend ma tension au cas où, mais ça va. On me demande si je me sens mal, mais je me sens incroyablement bien. Incroyablement forte. Incroyablement femme. Incroyablement mère. Je voudrais qu’on me foute la paix pour que je ponde tranquillement mon placenta.

En fait, j’attends M.. Je veux M.. Je veux lui montrer que grâce à elle, j’ai réussi. J’ai accouché. J’ai guidé mon bébé et je l’ai sorti. Seule. Quand on entend des éclats de rire dans le couloir, la sage-femme de garde me dit que « M. doit être arrivée, tiens ! » Ca a l’air de la détendre et de l’éloigner de l’ocytocine de synthèse. Du coup, ça me détend aussi. Et les deux contractions suivantes me font sortir le placenta. « C’était mon premier accouchement dans une voiture », me signale fièrement la sage-femme.

Ouf, ma sage-femme

M. ne franchit la porte que plus tard, et je suis soulagée de la voir. Je veux la serrer dans mes bras, mais j’ai mon bébé au sein alors j’attends que ce soit elle qui vienne m’embrasser. Elle prend ma température, « ça se fait avant l’accouchement, tu sais », précise-t-elle en riant. Elle reprend ma tension. Elle nous fait raconter ce qui s’est passé pour qu’on évacue au mieux. Trop plein d’émotions, de tensions, d’adrénaline. Je laisse parler MariChéri, qui a retrouvé des couleurs et est en admiration devant sa deuxième fille. Il confie son vécu et surtout son ressenti. « C. est monstrueuse ! Je veux dire, elle est puissante. Elle est incroyable. Elle a sorti le bébé ! Elle l’a sorti quoi ! Elle a tout fait toute seule ! Non mais tu te rends compte, le bébé, il est sorti juste avec C. ! J’ai tout vu. Elle est absolument géniale, c’est fou, c’est énorme, je sais pas comment elle a fait. [Se tournant vers moi] Oh putain je t’aime ! »

Il est aussi sidéré que moi. Lui qui avait pour seule référence les accouchements lisses avec expulsion guidée pour cause de péridurale. Lui qui était traumatisé par la ventouse et mon immobilité douloureuse de la première fois vient de me voir transcendée par un vrai travail puissant et une expulsion toute naturelle, seulement guidés par l’instinct, les hormones, le bébé, le corps. Il vient de me voir sortir notre bébé de plus de 3 kg sans aucune aide. Il vient de m’entendre hurler comme jamais je n’ai hurlé, il vient d’assister au plus intense des lâchers-prises qu’il n’a jamais vu dans sa vie. Il a vu ce que le corps est capable de faire, ce que le corps peut donner pour offrir la vie à un bébé, ce que le corps peut supporter, ce que le corps des femmes sait faire si on le laisse faire sans le perturber.

M. nous écoute, nous répond, nous dit qu’on est des champions. Il y a pourtant, en elle comme en nous, une certaine forme de frustration de ne pas avoir vécu ce que nous préparions depuis des mois. D’avoir dû abandonner ce projet de naissance que nous avions réfléchi ensemble. Malgré ça, ce qui vient d’arriver est fabuleux et nous le savons tous les trois. E. vient de me montrer que je sais accoucher, que je peux pleinement le faire, que mon corps laissé libre et avec lui-même sait accompagner un bébé jusqu’au bout. M. reste longtemps avec nous, elle fait le seul petit point de couture qu’il y a à faire sur mon périnée (« rien d’indispensable mais c’est pour que ça se remette droit plutôt que de travers », précise-t-elle, avant d’ajouter qu’elle « tremble d’émotion de ce qui vient de se passer »), elle assume en pointillé mais avec attention la surveillance post-accouchement de deux heures (en réalité, elle reste plus longtemps, mais il me semble à moi qu’il ne s’écoule qu’une dizaine de minutes), puis doit quand même repartir. Elle me sert dans ses bras, me fait promettre de la tenir au courant et de lui envoyer des photos. « Tu t’offres une magnifique revanche sur ton premier accouchement, bravo. Je le savais que tu étais une louve. » Elle a appelé R., la sage-femme libérale qui assurera mes suites de couches à domicile, pour lui dire qu’on rentrera à la maison dans la journée et qu’il faudra donc qu’elle me voie avant ce soir, qu’on la préviendra quand on quittera la maternité.

Vite et bien

Vers 12h30, on m’amène un plateau repas immonde, mais je mange parce que j’ai trop faim. Je dis à MariChéri qu’on va s’en aller peu après, qu’il faudra aller faire la déclaration à la mairie s’il veut éviter de revenir le lendemain. Lui a déjà prévenu nos familles et C. (qui lui a dit que tout se passe à merveille avec notre aînée). Vers 13 heures, MariChéri va habiller E. avec son premier pyjama que nous avions choisi ensemble. Le personnel n’avait pas pu lui faire couper le cordon dans la voiture, donc ils ont laissé un très grand bout pour qu’il le coupe à ce moment-là. La pédiatre qui a examiné E. pour donner son feu vert au retour précoce (« Vous faites les choses vite et bien, Madame. ») a exigé que soit pratiquée un examen pour vérifier qu’aucune infection n’est en cours. Mais on pourra quand même rentrer à la maison, nous sommes confiants. On nous propose de lui faire un bracelet à son nom, en souvenir, comme les bébés qui naissent en structure. On accepte, mais bien sûr on ne lui met pas : il est directement parti dans son livre de naissance à notre retour.

Et à 14 heures pétantes, pendant que j’appelle à mon tour C., pour lui dire qu’elle pourra passer nous ramener PetitBonheur après avoir récupéré sa fille à l’école, MariChéri part à la mairie déclarer la naissance. E. est là. Bien là. Arrivée en flèche mais comme une jolie fleur. A son retour, il refait un câlin à sa fille et une aide-soignante vient m’aider à me lever, contrôler que je ne fais pas de malaise, m’emmener aux toilettes vider ma vessie. On quittera finalement les lieux vers 17 heures, retenus à chaque porte par le personnel qui veut savoir qui est « la patiente de M. qui a accouché dans la Clio » puis par un couple avec qui nous avions suivi la préparation à l’accouchement. Leur bébé est né le jeudi d’avant, ils profitent de la maternité encore un peu (il n’y a pas d’aîné qui attend à la maison) et M. est venue leur rendre visite après nous avoir vus, elle leur a croqué un peu notre aventure… nous finissons de leur raconter, avec quelques détails. Ils sont impressionnés et rassurés d’avoir connu un accouchement plus long – bien plus tranquille, du coup. Je réalise ce qui s’est passé. Je comprends que j’ai vécu quelque chose avec une intensité bien plus grande que ce qui aurait dû être. Mais wahou… j’ai accouché. On ne m’a pas volé ce moment en estompant mes sensations et en maltraitant la tête de mon bébé.

Oui, j’ai accouché. Pour de vrai. Sans l’aide de personne. Juste avec la préparation de M., juste en écoutant mon corps et en accompagnant mon bébé. Juste sans m’opposer au travail – sans m’allonger, sans être perturbée par des monitorings ou gestes intrusifs. J’ai juste accouché. Et putain, qu’est-ce que c’est puissant. Qu’est-ce que c’est génial. Qu’est-ce que ça donne comme force. J’ai accouché. Pour de vrai. Merci M. Pour tout ce chemin, ce travail, cette préparation qui n’est pas vaine malgré notre « rendez-vous raté ». Merci MariChéri. De n’avoir pas paniqué, d’avoir piloté comme un chef, de nous avoir mis en sécurité.

Je ne garde pas de souvenir douloureux, contrairement à mon premier accouchement qu’on m’a volé et analgésié. Mais cette puissance et cette intensité du corps, cette sensation unique quand le bébé ouvre le périnée petit à petit. La puissance que cela m’a donné à moi. L’intensité des émotions proportionnelle à l’intensité du travail accompli. L’adrénaline de la fin, après les endorphines qui m’avaient permis de m’évader. Tout ce qui fait partie du processus naturel de l’accouchement, que j’ignorais à cause de ma péridurale posée à 5 centimètres la première fois (pourtant « bien dosée » puisque je sentais les contractions), et que j’ai vécu là sans m’en rendre compte sur le coup. Les paliers que j’ai franchis sans le savoir sur le moment, mais parfaitement identifiables avec un peu de recul. La sidération d’avoir mis ma fille au monde moi-même, sans intervention, alors que la veille encore je m’en croyais parfaitement incapable. Alors que l’équipe de la maternité où j’avais eu mon aînée m’avait convaincue que j’étais incapable d’accoucher sans péridurale et instruments. Là, j’ai la certitude que mon corps sait faire, que je sais faire, que je sais accepter et accompagner le travail. La force dont je me suis sentie envahie, que je garde toujours et que je sais désormais être la mienne. Cet accomplissement non pas de notre projet de naissance, mais de notre désir de vivre ce moment intensément et sans intervention non nécessaire. Cet accomplissement de moi-même, quelque part. Cette expérience unique, à jamais gravée dans nos esprits. Cette image fabuleuse de sa femme donnant naissance à son bébé dans la puissance la plus primaire, à jamais inscrite dans la tête de MariChéri.

Je pense que ma terreur de me rendre en maternité, à cause de mon premier accouchement,  n’est pas innocente dans l’accélération brutale du travail et la naissance de ma deuxième fille en voiture.

Cette structure est aussi responsable de mon choix de ne pas être hospitalisée pour ce deuxième bébé. Je récupère donc de l’accouchement tranquillement dans mon lit et l’intimité de notre foyer. Ma fille aînée rencontre sa petite sœur dans la douceur de son chez-elle. Tout semble couler de source et la magie est au rendez-vous. Je suis vue tous les jours pendant la première semaine par deux sages-femmes libérales avec qui le courant passe très bien. Je vais très bien. Je me construis comme maman sans être dans l’oppression d’un service (in)hospitalier. Ca n’a pas de prix. C’était la meilleure idée de toute notre vie de famille.

Anonyme

___ ___

Lien vers le récit du premier accouchement : #122 Premier accouchement – Picardie – 2011

Linoa ou la renaissance d’une mère – Haute Garonne – 2013

28 Nov

Après avoir vécu deux accouchements traumatiques, j’ai vécu un dernier accouchement respectueux pour ma petite fille (en octobre 2013). Premiers récits ici :

https://moncorpsmonbebemonaccouchement.wordpress.com/2013/01/30/30-magali-naissances-dans-le-sud-de-la-france-2007-2010

Voici le récit :

"Linoa ou la renaissance d'une mère"

Linoa ou la renaissance d’une mère

Je suis née à nouveau grâce à ma dernière fille. Elle est arrivée chez nous et je me sens désormais, totalement différente. J’ai eu ma victoire, j’ai pu aller au bout de mon souhait et je sais que sans aide, sans soutien, je n’y serais pas parvenue.

Alors j’ai décidé d’assumer jusqu’au bout mes choix qu’ils plaisent ou qu’ils ne plaisent pas. Qu’on accroche ou qu’on n’accroche pas ; ceux-là restent mes choix. Avoir le choix aujourd’hui, relève presque de l’exploit, car le choix, finalement nous l’avons peu. Beaucoup le disent, la plupart du temps : « je n’avais pas le choix ; c’était comme ça, pas autrement … ». Eh bien, moi, j’ai eu cette chance d’avoir ce choix. Et ce choix, a bien failli m’échapper.

Après avoir vécu une césarienne, puis un accouchement par les voies naturelles, autrement appelé très poétiquement AVAC (accouchement vaginal après césarienne), puis une fausse-couche précoce, je suis retombée enceinte en début d’année 2013 et j’ai choisi un accompagnement tout à fait différent de ce que j’avais choisi pour mes autres grossesses. Tellement déçue, dévalorisée, infantilisée, humiliée, non respectée dans mon corps et le reste, je ne pouvais plus aborder la maternité comme quelque chose de purement médical. Il me fallait une approche humaine, saine, exempte de tout comportement intrusif et manipulateur. Je voulais du VRAI, de l’AUTHENTIQUE, du RESPECT à l’état pur. J’ai choisi un accompagnement global avec des sages-femmes libérales et j’ai vu là, toute la différence.

Dès le premier entretien, une confiance s’est installée, je l’ai senti tout de suite. Elle m’a expliqué comment ça se passait, comment elles fonctionnaient, c’était clair ; limpide même. J’ai dis « oui » pour le meilleur ou pour le pire car le pire, c’était de toute façon accoucher en structure et elles ne prennent aucun risque à ce niveau. C’était un contrat normal et moral entre elles et moi. J’ai eu la chance, de vivre le meilleur.

Début septembre 2013, une lettre parvient à chacune de mes sages-femmes, leur intimant de payer cette assurance responsabilité civile qui leur fait défaut car très élevée (20 000 euros par an et par sage-femme, sachant qu’elles gagnent à peine plus de cette somme sur une année complète). Cela fait des années qu’elles pratiquent les accouchements à domicile sans cette assurance, jusqu’à présent, plus ou moins tolérées, aujourd’hui plus du tout. La chasse aux sorcières vient de commencer…

Ayant vécu dans le doute tout le long de ma grossesse, avec des soucis de tous ordres entre soucis de santé au mois de mai, soucis de travail pour moi ensuite, déménagement, et j’en passe… j’arrivais en septembre, à me dire que je tenais enfin le bon bout, dernière échographie officielle faite avec une sage-femme fort sympathique, rendez-vous unique ; mon mari mis à contribution pour cette odyssée d’une heure et demi à voir notre enfant sous toutes les coutures ; elle, bien positionnée pour une sortie réussie ; enfin, tout devait enfin nous sourire !

Oui mais non.

Cette histoire d’assurances nous a plongés sous une nouvelle montagne de doutes, les sages-femmes ayant reçu ce courrier ne pouvant plus pratiquer d’AAD au delà de la date butoir du 1er octobre 2013. Mon terme étant au 11 octobre, d’un coup d’un seul, tout s’écroulait. Mon souhait, comme tous ces mois de préparation, à faire des trajets en train pour les rendez-vous mensuels, tout, tout, tout était encore remis en question. Ce dernier mois de grossesse a été vecteur de stress et d’inquiétude, j’ai espéré alors accoucher fin septembre, m’armant d’une volonté de fer et buvant 3 à 4 tasses de tisanes de feuilles de framboisier quotidiennement, prenant assidûment les granules d’homéopathie préparant mon corps à l’enfantement. Les derniers jours, malgré la douleur qu’insufflait mon corps, je marchais toujours un peu plus vite pour emmener ma grande à l’école, je m’acharnais mentalement contre cette assurance qui allait réduire à néant toutes mes attentes comme celles de nombreuses mères ayant fait ce choix tout comme moi … Je m’insurgeais me rangeant du côté de mes sage-femmes si ouvertes, si disponibles, si humaines …

Le 30 septembre, dernier jour avant la débâcle, je rédigeais un texte pour participer au soulèvement, au mouvement pour l’accouchement à domicile via le réseau social bleu, et je rédigeais un texte à faire parvenir à une émission de radio (je ne sais même pas si mon texte a été diffusé) mais cela a déchargé mon esprit et j’ai accepté finalement cet état de chose. Ma fille ne voulait pas naître en septembre et le moindre mal étant d’accoucher en plateau technique à une heure de mon domicile, dans un autre département, mes sages-femmes ayant encore et malgré tout ce recours, fort heureusement !

« Je suis une maman de deux enfants et enceinte de 8 mois et demi. Je viens vous parler de l’accouchement à domicile. Suite à deux accouchements en maternité qui se sont mal passés, j’ai fait le choix de vivre autre chose, et j’ai choisi un accompagnement global avec des sages-femmes libérales soucieuses de mon parcours, mon bien-être, celui de l’enfant que je porte, répondant à toutes mes questions sans limite de temps, respectueuses en tout et pour tout et connaissant bien leur métier. J’ai mis longtemps à me décider, ce n’était donc pas un caprice mais au contraire une réflexion profonde et je tenais énormément à l’aboutissement de mon projet en sachant néanmoins, qu’en cas de problème, je serais transférée dans une maternité.
Mon terme est prévu pour le 11 octobre 2013 et c’est tout mon projet qui tombe à l’eau à cause d’une réclamation d’assurance de 20 000 euros par an et par sage-femme. Evidemment, mes sages-femmes n’ont pas les moyens de s’assurer. Au-delà du 1er octobre 2013, elles ne pourront plus nous accompagner dans notre démarche sous peine d’amendes, et de radiation alors que cette assurance exorbitante ne correspond pas aux actes qu’elles pratiquent, vu le suivi qu’elles prodiguent, elles ne prennent aucun risque pour la mère et pour l’enfant puisque si problème il y a, il y a transfert immédiat. Oui, nos sages-femmes doivent s’assurer, mais que ces assurances soient en rapport avec ce qu’elles pratiquent !

J’ai espéré jusqu’à aujourd’hui, 30 septembre 2013, pouvoir accoucher chez moi mais mon bébé ne se décide pas. Alors, oui, c’est tout mon projet qui tombe à l’eau et ma colère est d’autant plus grande, que c’est encore mon choix de mère qui est bafoué, toute une préparation qui est totalement mise en échec. Une pétition sur change.org circule sur internet afin de changer tout ça. Pour moi, c’est foutu ! Mais je souhaite profondément que les femmes pourront continuer de choisir ce qui leur convient en matière d’accouchement, peu importe l’endroit ! Merci à tous d’intervenir !! »

Le 30 septembre au soir, après finalement avoir lâché-prise sur ce désir viscéral d’accoucher à la maison, et accepté le fait de faire le trajet jusqu’à la maternité avec plateau technique, des contractions douloureuses firent leur apparition. Je devrais même plutôt dire, des sensations désagréables comme me disait l’une des sages-femmes qui m’a fait les cours de préparation à l’accouchement, pour ne plus voir ces contractions comme des douleurs, quelque chose qui fait mal. D’ailleurs, au début, c’était plutôt vrai, c’était plus désagréable que vraiment douloureux.

Ces sensations désagréables ont duré toute la nuit, m’empêchant de dormir et s’accentuant d’heure en heure. A 4h51 du matin, je rédigeais un message à ma mère pour l’informer de la situation, sentant au final que les choses semblaient prendre une certaine envergure. Il était convenu qu’elle vienne s’occuper des enfants, je ne préférais rien laisser au hasard, quitte à ce qu’elle vienne pour rien, si les événements devaient se précipiter. De même, pour mon mari, il partait travailler ce matin-là, avec la consigne de rappliquer vite fait bien fait si bébé décidait finalement de se presser. Ma grande fille resta à la maison ce jour-là, me sentant incapable de faire le trajet jusqu’à l’école et je priais pour que ma mère prenne le premier train qui devait la mener chez moi !

Et ma mère prit le premier train, j’en fus soulagée car elle pensait au départ prendre, le second ! Mais je crois qu’elle comprit l’urgence et heureusement ! Elle insista aussi pour que j’appelle mes sages-femmes. N’étant pas certaine de l’avancement du processus, je n’appelais pas sur le numéro d’urgence mais sur le numéro ordinaire, celui d’H. Elle me rappela et me laissa un message pour me dire qu’elle passerait vers 17h30. OK, ça irait !

Ma mère arriva en début d’après-midi. Sa présence me soulagea grandement car après ma nuit blanche, j’étais bien en peine de répondre aux sollicitations de mes enfants ! Je regardais ma série préférée du moment « Les piliers de la Terre » tout en notant les heures et les minutes de mes contractions. Celles-ci n’étaient pas rapprochées, soit tous les quart d’heure, voire toutes les dix minutes, parfois moins, parfois plus ; bref, rien ne présageait que l’accouchement fut imminent. Je les notais, toutefois, cela m’aidait intérieurement, j’avais fais pareil pour mon fils, trois ans auparavant ! Ces contractions continuaient de s’intensifier en puissance, je commençais à faiblir sérieusement et le bonheur d’avoir sa maman proche, c’est qu’elle a toujours la bonne idée de rapporter des choses bonnes à manger. Juste avant de venir à la maison, elle avait pris soin d’aller à la boulangerie toute proche et de ramener des chocolatines et autres viennoiseries.

Je tentais une sieste histoire de me requinquer, mais au bout d’une demi-heure, je compris que les contractions m’empêcheraient de me reposer correctement.

En fin d’après-midi, toujours devant ma série, installée sur un petit matelas au sol, je vivais mes contractions de plus en plus difficilement. Je ne regardais plus vraiment, j’écoutais plus ou moins, j’attendais avec impatience H. qui tardait un peu, cinq minutes, dix minutes ; ma mère venant de temps en temps me voir, l’air un peu inquiet de me voir si mal, moi limite au bord des larmes, à me dire que sans plus de soutien, je ne tiendrai pas… 17h45, quelqu’un frappa à la porte et ma mère ouvrit ! C’était elle !! Elle arriva souriant, vint dans le séjour, déposa sa mallette, me regarda sur mon matelas, j’essayais de sourire mais en fait, je fondis en larmes. Elle s’approcha tout de suite vers moi et me prit dans ses bras, en me disant que ça irait, qu’elle allait rester, que je n’étais pas seule. Là, je fronçai les sourcils, quoi ? Elle restait ? C’était vraiment bon ? Elle me répéta que oui, le moment était vraiment là selon elle. Je me sentis instantanément en confiance. Elle me dit de laisser tomber ma feuille où je notais l’espacement de mes contractions, que je n’en avais plus besoin. Alors oui, je laissai tomber de bonne grâce ! Elle était là, plus besoin de tout ça ! Et elle me dit aussi, que j’allais faire ça, chez moi… ah bon ? Chez moi ?! C’est vrai ?!

Elle m’ausculta pour voir où j’en étais, et j’étais dilatée à 3. J’étais un peu surprise quand même, dans ma tête, je pensais faire comme pour mon fils, soit une éternité de contractions (des jours quoi) et là, même si ce n’était pas rapide non plus, ça avançait !

Je déménageai avec elle pour aller dans une atmosphère plus intime, direction ma chambre à coucher, que j’avais préparée pour mon accouchement à domicile, que j’avais décorée depuis peu dans ce sens-là. On avait emménagé durant l’été et ce fut la dernière pièce à être prête, j’avais acheté quelques accessoires courant septembre ; des bougeoirs, un plafonnier, quelques photos, de la musique, … Ambiance tamisée. H m’avertit qu’elle allait appeler sa collègue pour qu’elle vienne aussi. Et un peu plus tard dans la soirée, M., une autre sage-femme qui m’avait fait la préparation à l’accouchement et L., une étudiante sage-femme, sont venues nous rejoindre. J’étais très contente de voir M., je vins l’embrasser à la porte de chez moi et faire connaissance avec L., douce et agréable à première vue. H. m’avait demandé au préalable si sa présence me gênait et j’ai dis que si ça pouvait lui servir d’être là pour ses études et pour son expérience, je n’étais pas contre du tout.

J’étais bien, j’arrivais à vivre les contractions, je respirais, mes petites sages-femmes à m’aider en respirant avec moi, en faisant des AAAAAAH pour m’accompagner et pouvoir gérer au mieux. Ma mère gardait les enfants qui allaient et venaient tout joyeux du séjour à la salle de jeux ; ils savaient ce qui se tramait, ils étaient un brin surexcités et moi, heureuse de les entendre, de les savoir là tout proches alors que je voulais les faire partir au départ, l’un avec ma mère, l’autre avec ma belle-mère … chose qui m’a paru bien inconcevable le jour-même … En y réfléchissant, c’était plus simple de les garder à-côté ; ils étaient rassurés, et moi aussi ; complètement.

Mon homme rentra du boulot et il avait fait un détour pour aller chercher les sièges-autos qui nous manquaient pour faire le trajet jusqu’au plateau technique à 1h de route. H. et M. l’accueillirent dans la bonne humeur, moi j’étais toujours bien dans cette ambiance feutrée, savoir mon homme rentré enfin finit de me rassurer et je pouvais enfin me concentrer pleinement sur l’expérience numéro trois, mettre mon bébé au monde AT HOME sans aucune intervention et … sans péridurale ! Il se mit sur son 31 rien que pour moi, un bon jogging et des chaussettes haute-compétition et après avoir fait manger les enfants, il vint nous rejoindre pour se mettre au boulot et m’accompagner lui aussi dans cette expérience hors du commun. H. et M. me firent un petit monitoring pour savoir comment allait notre puce ; comme d’habitude, elle se portait comme un charme, comme d’habitude, elle n’aimait pas qu’on l’embête dans sa piscine qui allait bientôt faire un avis d’expulsion.

La soirée avançant, les contractions devinrent vraiment de plus en plus difficiles à gérer. Tantôt je hurlais aigu, tantôt je faisais comme un râle caverneux, mais l’épuisement d’une première nuit blanche, d’une journée complète de contractions allant croissant niveau intensité et la préparation d’une nouvelle nuit blanche m’apparaissait comme vraiment dur à vivre. Je n’avais plus qu’une hâte, que bébé sorte et que tout cela se termine au plus vite. Les enfants regardaient un dessin animé dans le séjour, où on avait préparé le canapé en lit en vue de les faire dormir tous les deux là-bas, soit suffisamment loin de la chambre pour qu’ils ne m’entendent pas. Et ils ne m’entendirent jamais tant ils dormaient bien. Ma mère, par contre, à quelques cloisons de là ne pouvait pas dormir. Elle était le témoin discret de notre accouchement à mon homme et moi, elle me dira plus tard qu’elle priait, cette-nuit là pour que je vive cet heureux événement le mieux possible, que je souffre raisonnablement si c’est possible de le dire ainsi … enfin bref, elle était avec moi corps et âme !! Elle m’avouera plus tard qu’elle avait aimé être là, précisément à ce moment-là, comme une petite lumière dans le noir, enchantée de vivre cet instant ultime de la rencontre avec notre enfant, chose, qui se faisait si naturellement dans le temps…

Et moi, en prise avec la douleur toujours s’intensifiant, surprise de constater que contraction après contraction, elle pouvait être encore plus forte, je soufflais et criait ce « Maman ! » telle une petite fille qui veut s’accrocher à une bouée de sauvetage ! Ce lien finalement, coupé à la naissance, reste et perdure au-delà des années …

Mes sages-femmes me massaient, m’encourageaient, me donnaient des indications, certaines à elles-trois que j’allais y arriver. Moi, je faiblissais, je ne demandais qu’à dormir, exaspérée par la longueur du travail, par la douleur, par le fait d’avoir si peur… Oui, je crois que c’était tellement long car je doutais cruellement en mes propres capacités, je doutais de mon corps … Et … c’était aussi la première fois que j’allais ressentir cette ultime étape, la naissance de mon enfant, la sortie et la fin du tunnel et la peur, la peur d’avoir encore plus mal me tenaillait et plus je luttais contre l’idée d’une douleur plus forte, plus la douleur persistait … au lieu de lâcher-prise …

A un moment, H. du partir car un autre accouchement était en cours ! J’étais contente d’apprendre qu’une maman qui était à son dernier jour du terme allait enfin vivre sa rencontre avec son bébé ! Elle n’eut pas à attendre longtemps par contre vu que son bébé est né avant l’arrivée de H. Tout allait bien pour elle et son petit, deux heures plus tard, H. revint vers moi pour finir de me soutenir dans mon combat personnel avec moi-même !

Mon mari, quant à lui, maître de lui, m’aidait au-delà de tout ce que j’avais espéré. Il assura comme un chef, sachant qu’il n’avait pas le droit de dormir, comme je lui avais demandé, tint bon malgré sa journée de travail. Il me massa, il resta près de moi à m’encourager aussi. Et dans les derniers moments, quand d’épuisement, je ne tins plus, que je demandais péridurale et césarienne, je lui pris le cou entre mes mains et je lui en voulus de m’avoir fait ce bébé que je désirais tant ! Pourquoi, est-ce toujours moi qui souffre !! Souffre, toi aussi ! J’ai dû serré un petit peu son cou … Oui, j’avoue !

Et ce geste malheureux, M. l’a vécu aussi, mais en souriant, s’esquiva de mes mains qui n’agissaient que par dépit. H. me parla un moment, un peu d’une façon autoritaire, elle me répéta que j’allais sortir ce bébé, qu’il fallait que je le fasse et que j’allais y arriver ! Toutes positions testées maintes fois, elles sortirent de je ne sais où, un petit siège spécial et comme une alternative non déplaisante, je m’installai sans force, soutenue par mon homme, derrière moi. Je sentis vaguement que nous y étions. Une envie de pousser irrépressible mais extrêmement douloureuse m’assaillait. Avec la gravité, je sentis d’un coup la tête du bébé descendre mais ce n’était pas fini. J’étais très surprise par cette sensation, mais je devais continuer même si ça me rebutait… M. me dit qu’elle voyait une petite tête pleine de cheveux, elle hallucinait sur les cheveux qui tombaient. Elle me demanda si je voulais toucher de ma main et j’ai refusé, je ne sais pourquoi … J’étais si fatiguée, une fatigue tellement présente, tellement écrasante que je me demandais où j’allais encore trouver la force de continuer … et pourtant, je n’eus vraiment aucun choix ; il fallait la chercher cette force, elle vint à moi de toute façon et je poussais encore une fois, un peu trop fort peut-être, les sages-femmes me disant d’y aller plus doucement … trop tard, elles réceptionnèrent un petit boulet de canon mouillé, qui trempa les pieds de tout le monde ! Un bref soulagement pour moi, épuisée de regarder ma petite fille aux cheveux noirs mais je refermais mes yeux. Mon mari réceptionna sa fille, il la compara à notre grande, née 6 ans et demi plus tôt, c’était vrai, un peu la même bouille ; moi aussi j’étais subjuguée !

On m’installa mieux sur le lit, mon homme toujours derrière moi avec notre fille fraîchement arrivée qui se soulagea très rapidement sur son père inondé de méconium. Puis, je pris aussi ma fille contre moi, et on attendit que le cordon cesse de battre pour que l’heureux papa le coupe. Puis vint le temps de l’attente pour la sortie du placenta. J’avais mal encore, j’avais espéré qu’une fois le bébé sorti, cette douleur me laisserait enfin tranquille mais ce ne fut pas le cas. J’avais du mal à la supporter après ces longues heures à souffrir sans cesse. Puis, dans une nouvelle contraction, le placenta sortit avec l’aide de M. qui m’avouera un peu plus tard avoir aidé à le chercher. Les deux sages-femmes mirent le placenta dans la bassine que j’avais réservé à cet effet et elles semblaient soucieuses. H, revint vers moi et m’affirma qu’elle allait devoir m’embêter encore un peu. Elle devait faire une révision utérine afin de vérifier que le placenta était sorti complètement et qu’il n’y avait pas de débris dans l’utérus. Cette intervention fut évidemment très douloureuse ; H. s’en excusa tout le long. Je fis une légère hémorragie qui s’arrêta spontanément.

Par précaution, elles décidèrent de me transférer à la maternité où j’étais inscrite en cas de problème. Elles appelèrent donc le samu. Entre temps, j’avais ma petite fille sur moi et elle tétait maintenant comme une chef. Toujours épuisée et ressentant mon corps comme une épave douloureuse, j’avais un peu de mal à savourer ces premiers instants. Le fait d’envisager de partir, ne m’aidait pas non plus, mais je sentais qu’il fallait, qu’elles avaient raison de ne prendre aucun risque. J’avais déjà vécu le plus beau, la naissance de mon enfant à la maison.

L’épisode à la maternité fut d’une nouvelle brutalité pour moi, rappelant des souvenirs de froideur, de regards distants et méprisants ; des paroles de dédains ; deux femmes m’invectivèrent : « Madame, c’est dangereux de faire ce que vous venez de faire, c’est totalement inconscient ! » et moi de lever les yeux au ciel, comme si c’était bien le moment pour moi de leur faire un cours d’humanité ! L’une d’elle m’appuya sur le ventre pour vérifier la tonicité de mon utérus et elle me fit un mal de chien ! Ne supportant plus aucune sensation douloureuse après tout ce que j’avais vécu, je retirais sa main par trois fois. Elle m’avertit que si je continuais, elle serait dans l’obligation de me refaire une révision utérine. Mon corps réagit aussitôt par des tremblements incontrôlés, des larmes de dégoût coulèrent de mes joues. Je restais silencieuse, ma gorge totalement nouée. Mais où était ma chère H. ! J’espérais tant qu’elle soit près de moi… Mais personne ne voulait la faire entrer. J’étais seule en proie à l’amertume. Me voyant si mal, les deux femmes se ravisèrent, se radoucissant, comprenant aussi le pourquoi de mon choix, me disant doucement que ce n’était pas ce que je voulais. Aaah Dieu soit loué, elles s’en rendaient donc compte !

Après quoi, on m’installa durant des heures dans la salle de réveil faute de chambre. J’attendis qu’on m’autorisa à sortir, ce qui fut le cas à 11h du matin seulement. Je devais pourtant rester deux heures m’avait-on dit… Et ce fut un dédale de passages en tout genre, de bruits, de femmes au téléphone ou discutant de tout et de rien. J’étais les deux bras attachés, le gauche au tensiomètre, le droit, à la perfusion. Toujours autant en proie à l’épuisement, je ne pus à aucun moment me reposer … et surtout, j’avais tellement envie de rentrer chez moi. Je pensais à mes enfants qui devaient être debout, à mon homme attendant avec notre fille dans le hall de la maternité entouré de mes deux sages-femmes qui attendaient, elles aussi… Je fis comprendre que je voulais rentrer chez moi et je signais une décharge afin de le faire le plus vite possible. J’allais bien, même si faible physiquement, mais j’étais heureuse au fond d’avoir réussi l’impensable pour moi ! J’étais si fière ! Même ce petit scénario d’enfer à la maternité n’enlèvera pas ce bien-être intérieur que je ressentais et que je ressens toujours.

Arrivés à la maison, nous montâmes vite voir mes enfants qui étaient toujours avec ma mère. Les deux, le sourire aux lèvres découvrirent leur petite soeur, fous de joie de savoir qu’elle était née pendant qu’ils dormaient !

Quant à moi, je remercie infiniment celles qui m’ont laissé ma chance. Je les adore.

Magali

L’arrivée de Zoé – Pays de la Loire – 2013

28 Nov

L’arrivée de notre petite Zoé, ce samedi 27 juillet 2013.          Pays de la Loire,  France .

Je rêvais secrètement d’un accouchement à la maison … Je suis plutot sereine dans la vie, et j’avais envie d’accoucher le plus naturellement possible …

En 2001 , j’avais 20 ans, j’ai accouché en centre hospitalier, avec une sage-femme que nous ne sommes pas près d’oublier, elle râlait  pour tout et n’importe quoi, si bien que, pour finir, mon mari lui a demandé de se mettre au travail pour m’aider à faire sortir  cette pitchoune, ce fut un accouchement rapide, mais difficile à digérer pour moi … et qui a certainement contribué à la relation que j’ai parfois eue avec ma fille.

En octobre 2012, nous nous marions, et nous mettons en route notre petite dernière, le début d’une course-secrète contre la montre pour trouver une sage-femme qui acceptera un accouchement à domicile, fin janvier, par le plus grand des hasards, je rencontre une maman sur le point d’accoucher qui a prévue d’accoucher chez elle avec une sage-femme, elle me donne son nom, et en rentrant à la maison, j’en touche un mot à mon mari … J’avais déjà évoqué avec lui ce souhait. Je revois son regard, j’ai comme l’impression qu’il m’encourage à l’appeler tout en pensant le contraire … dès le lendemain, j’appelle L (notre sage-femme). Un premier rendez-vous à la maison  est pris dans la foulée.

Elle est calme, douce, et nous enfin, plutôt « je » décide de poursuivre l’aventure avec elle, nous nous reverrons tous les mois à partir de ce moment, pour faire connaissance, et préparer l’arrivée de bébé puis j’ai lu, je me suis informée sur les pour, les contres, et surtout je n’en ai pas parlé autour de moi, (officiellement j’accouche en clinique), seules quelques personnes sont au courant, comme ça, j’ai la paix, mais je suis grande, maintenant, je me connais bien, et je sais que le jour J , si je ne le sens pas , je ne prendrai pas de risque …

Ma  grossesse se passe très bien, j ai pu travailler jusqu’au congé de maternité, tout en faisant attention, même si j’ai un travail très physique , je m’y  sens bien, puis les jours passent, nous arrivons au jour du terme, et je suis toujours là, avec mon bidon. Bébé, n’est pas pressé de sortir, je me rends donc à la clinique pour l’examen de routine, où on m’explique ce qu’on y fait, et que si tout est ok, je peux rentrer à la maison, je leur reponds que de toute facon, travail en cours ou pas, je rentre à la maison,  je veux accoucher chez moi (j’ai bien sur eu droit à une belle discussion sur l’AAD, mais on respecte mon choix quand même) de toute façon l’écho et l’examen du col étaient ok,  je pouvais rentrer … pour revenir 2 jours après si rien entre-temps  ne s’était passé …

Me voilà de retour  2 jours après, mais rien de plus n’a bougé, je rentre donc à la maison, appelle ma sage-femme pour lui dire que tout est ok, elle me dit que de toute facon, je suis la seule de ses patientes à accoucher ces jours-ci,  qu’elle s’attend à ce que je l’appelle tres bientôt et qu’elle sera  prête … moi aussi je suis prête, mais rien ne se passe non plus pendant ces deux jours. Tout le monde attend cette naissance avec impatience, et inquietude aussi, on sent nos parents inquiets un peu (heureusement ils ne savaient pas pour l’AAD) j’ai envie d’avoir la paix, moi, mais il faut gérer tout ce petit monde. Je dois donc retourner aujourd’hui, à la clinique, pour 14 h et je sais pertinament, que l’on va me parler déclenchement, pour le lendemain, le protocole est de 5 jours après terme, ici.

Le stress monte pour aller à cette visite, c’est samedi, j’y vais accompagnée de Mr, en plus il fait très chaud, et j’ai 40 min. de route pour y aller,

Arrivée la bas, j’ai le droit encore à une nouvelle sage-femme, qui a déjà entendu parler de moi par ses collegues, elle a  l’air plutôt sympa, et a l’air d’avoir connaissance de mon dossier et de mon souhait, on en discute forcément, elle a cherché à savoir le pourquoi du comment, je lui ai donc raconté mon premier accouchement, mon séjour à la maternité, ils n ont pas l’habitude d’avoir des patientes qui souhaitent accoucher chez elle. Mais, elle, on la sent très ouverte sur le sujet, une fois le monito fait, elle me donne comme prévu la date de déclenchement, pour le lendemain matin à 8 h, à ce moment-là, j’ai craqué, ce n’était pas du tout ce que je souhaitais. Mon mari lui dit alors : « Et si demain matin, on ne vient pas ? que se passe-t-il? » On a senti un peu un malaise dans sa réponse, elle nous a dit que ca vexerai le doc de garde … Quelques minutes plus tard nous quittons  la clinique, il est quand meme plus de 17 h30, (elle a pris du temps pour nous, c’était une journée calme pour eux, elle nous a confié que la veille, ils avaient eu 17 accouchements en 12 h).

Je suis ravie de pouvoir rentrer chez moi, j’appréhendais d y rester, on previent nos parents que finalement ce ne sera pas pour aujourd’hui, sans parler de l’heure de déclenchement prévue pour éviter de les stresser plus … puis ,  je sens que Mr est perdu, il n’est plus très serein (en fait il ne l’a jamais été) de  rester  pour  l’accouchement à la maison, elle a réussi a lui mettre le doute en tête, … et s’il arrivait quelque chose ??? vous avez pensé aux risques ??

On en rediscute dans la voiture, moi de mon coté, je sens comme des picotements dans le ventre, puis à 10 mn de la maison, une premiere contraction,  enfin …… !!!!

Je comprends alors que finalement, le moment tant attendu n »est plus très loin, et que je vais pouvoir enfin donner naissance à ma pépette à la maison …

En arrivant à la maison, je remets un peu d’ordre dans mon dossier, puis je me pose un peu … Je sens que le travail a bien commencé, les contractions sont de plus en plus proches et de plus en plus fortes, j’hésite un peu pour appeler ma sage-femme, je ne voudrais pas la déranger pour rien, Mr commence à être stressé, je pense qu il a espéré jusqu’au bout que j’accouche en milieu médical.

Finalement vers 19h15, j’appelle L. je lui laisse un message, elle me rappellera vers 20 h, on fait le point sur la situation, elle me dit alors qu’elle prends la route car elle est à ce moment-là à 1h 30 de route de chez moi, elle me demande si je vais arriver à gérer d’ici son arrivée, je lui réponds que oui (j’avais bien repris du poil de la bête par rapport à ma sortie de clinique de l’après-midi) elle me demande donc, de me mettre dans ma bulle, de préparer mon petit cocon, et de prendre un bain si j’en ressens le besoin, me voilà rassurée, j’explique la situation à mon cheri qui me répond : « Comment veux-tu te mettre dans ta bulle avec les voisins partout autour dans les jardins? » On est en juillet, il fait beau, les voisins ont des invités c’est plus bruyant que d’habitude dans le quartier, mais moi, je m’en fous, je suis déjà dans ma bulle, il me dit qu’il est prêt à partir pour la mat’, qu’il a les clés de voiture dans ses poches, du coup on s’accroche un peu, et je lui réponds qu’il n’a pas compris. … il finira par me dire, que c’est à moi de décider, que c’est mon corps, et qu’il me fait confiance … du coup, je file dans la salle de bain, je me fais couler l’eau pendant que lui va se reposer un peu. En attendant l’arrivée de L. je me glisse dans l’eau en gérant sereinement mes contractions, vers 21h15, L. m’appelle pour me dire que d’ici 30 mn, elle serait là … et me demande comment ca va, moi, je suis dans ma bulle, les contractions sont assez rapprochées, je suis sereine, et concentrée aussi … j’attends quand même avec impatience son arrivée, j’ai comme l’impression que je commence à avoir envie de pousser. En effet, vers 21h 45, je sens que j’ai envie de pousser, j’invite chéri à me rejoindre dans la salle de bain, je vais avoir besoin de lui, on est encore tout seuls,  mais j’entends une voiture qui arrive, c’est certainement  L. Je le sens alors plus détendu, je crois qu’il est soulagé. L. arrive, tranquille, elle est détendue, mais s’excuse, elle est en tenue décontractée, short, tongs, mais peu m’importe, après tout je la dérange pendant le week-end, elle a aussi une vie en-dehors de son travail. Elle se met tout de suite au travail, et me demande où je veux accoucher et si elle doit m’examiner, pour voir où en est le travail, je suis restée dans la baignoire, la poche des eaux est arrivée très vite, elle m’a rassurée, me disant que je faisais bien ce qu il fallait et que bébé savait aussi ce qu’il devait faire, nous avons alors fait des vocalises avec chéri, il m’a aussi soulagée en me massant le sacrum, on a laissée L. manger un bout tranquille pendant ce temps,  puis peu de temps après, j’ai appelé L., la tête est apparue,  puis quelques poussées après les épaules, chéri a crié, tout ému : « C’est génial, c’est génial! » Bébé est arrivé à 23h40 avec le cordon autour du cou, en le sortant de l’eau, L.  m’a dit de ne pas m’inquiéter, elle l’a enlevé, puis a posé bébé sur moi, le temps pour papa de couper le cordon, j’ai pu profiter du peau-à-peau, jusqu’à la délivrance du placenta, qui devait se faire en dehors de la baignoire, mais qui s’est finalement faite dedans vu la rapidité. Je suis ensuite retournée dans le salon sur le matelas que nous avions préparé, et j’y ai passé avec ma puce notre première nuit. L. est restée jusqu’à 3h du matin.

Je me suis endormie avec ma puce dans mes bras, très sereinement, et ravie d’avoir pu vivre cet accouchement comme je le souhaitais, dans le calme, et chez moi … Dès le lendemain, nous nous sommes retrouvés avec nos filles, pour fêter cela, ce moment est gravé à tout jamais en moi, je me suis sentie respectée (je ne remercierai jamais assez notre sage-femme, L.), c’était magique, et je me sens grâce à tout cela de plus en plus proche de mes filles.

Cet accouchement a un peu réparé le premier …

Anonyme

Timothé Alsace (67/bas-Rhin)‏

28 Nov

Timothé est notre deuxième enfant, notre second garçon, notre deuxième trésor. Attendu, désiré, mais il a tout de même suscité beaucoup de craintes pour moi quant à l’accouchement.
Tout d’abord par rapport au choix de la maternité: habitant à la campagne, la maternité toute proche n’existe plus et nous sommes à 30 minutes minimum d’un hôpital. De plus, les deux hôpitaux à cette distance ne me disent rien! Mais j’ai accouché du premier en quelques heures et même si on me répète que je n’accoucherai pas en cinq minutes, choisir un hôpital à près d’une heure de route me fait peur. Ce sera donc celui qui est proche du travail du papa. Tu parles d’un critère de choix!
Ensuite, j’ai eu le sentiment pour mon premier, de vivre l’accouchement en spectatrice. Déclenchement post terme, péridurale (que j’ai demandée!) … Même si l’équipe avait été bienveillante et sympathique, j’en garde un souvenir finalement très flou au niveau des sensations. J’avais envie, cette fois, de maîtriser de bout en bout mon accouchement, tout en ne me sentant pas capable de le faire.

Je me suis donc tournée vers le centre périnatal de proximité pour une préparation à cette nouvelle aventure. Grand bien m’en a pris! J’ai eu des séances de sophrologie suivies (ou précédées) de longues discussions sur mes attentes, mes craintes … La culpabilité que j’avais ressentie suite au premier accouchement et qui n’avait pas lieu d’être … Nous avons abordé les méthodes de gestion de la douleur, appris à l’accepter. Nous avons parlé au bébé… Je me suis préparée physiquement mais aussi mentalement à cette naissance, en arrêtant aussi de me faire des scénarii ou de viser un idéal. Je savais alors que je souhaitais accoucher sans péridurale et que j’en étais capable, mais que si je craquais, ce ne serait pas un échec. Parallèlement à ces séances, l’aquagym prénatale proposée par le centre et un rendez-vous sur l’allaitement m’ont permis d’être tout à fait sereine.
C’est le 8 août au matin que j’ai perdu les eaux. J’avais peur de ne pas savoir, mais cette fois c’était très clair. L’inondation! Heureusement, tout le monde est en vacances … Un coup de fil à la maternité: je n’ai pas de contractions, je peux me préparer tranquillement, prendre une petite douche et m’occuper du grand avant d’arriver. Finalement c’est le papa qui déposera le futur grand frère chez son papi. Moi, le moindre mouvement déclenche une inondation!
C’est les larmes aux yeux que je le vois partir, du haut de ses quatre ans et demi, sa petite main dans celle de son père … Je me rends compte que je dis adieu au bébé qu’il était. Il va devenir le « grand »!

De mon côté je prends un petit déjeuner raisonnable mais consistant … Je me rappelle des 24 heures sans manger, lors de mon premier accouchement! Le papa me presse, on prend les valises et on y va. Dans la voiture, nous nous disons que c’est une vraie chance de pouvoir se rendre à la maternité sans douleur et sans stress! J’appréhendais tellement ce trajet! Nous voilà qui discutons, écoutons une émission à la radio … j’envoie quelques SMS à mes amies proches et j’appelle ma mère. C’est parti pour une longue journée! J’ai un peu le trac, beaucoup de joie et surtout je me sens sûre de moi et prête à me défendre si besoin.

Arrivés à la maternité, nous sommes rapidement pris en charge par un sage-femme. Très sympathique, il a donné le ton de mon accouchement: c’est moi qui décide. Il me propose de m’examiner, et confirme que la poche des eaux est rompue. Le col est ouvert à « 2 petits doigts »… Une semaine plus tôt, il était à « un doigt large », autant dire qu’il n’a pas bougé!
Le sage-femme me demande si je souhaite faire accélérer le travail. Je lui dis que pour le moment, j’aimerais laisser faire la nature. Il m’explique que dans ce cas, nous allions faire un monitoring pour nous assurer que bébé va bien. Il allait ensuite me donner une chambre, et rendez-vous à 14h pour un monitoring et ainsi de suite jusqu’au lendemain, ou nous déciderions ensemble de la suite si rien n’a bougé. Pas de toucher d’ici là, c’est inutile selon lui, et je suis bien d’accord! Il prend également un prélèvement de sang, pour s’assurer qu’il n’y a pas de streptocoque B.

La journée se passe donc à marcher, marcher et marcher. Autour de l’hôpital, dans le couloir, … Quelques tisanes à la cafétéria, du ballon à gogo…. Rien ne se passe et les quelques monitoring ne montrent que de minuscules contractions irrégulières … 20h, second et dernier monitoring de la journée: ras ! … le papa rentre se reposer et je me prépare à passer la nuit en chambre. Je m’endors relativement tôt, car je sais que dans les heures qui viennent, j’aurais besoin de toute mon énergie!
Vers 1h du matin, je suis réveillée par des contractions de plus en plus fortes. Pour mieux les gérer je me concentre sur les images et mots positifs que j’avais préparé et je commence à regarder l’heure … 10 minutes … 7 minutes … Ça fait de plus en plus mal! Je décide de m’asseoir sur la chaise, cela me soulage. Le ballon aussi mais il est un peu dégonflé et moyennement efficace. Pour une raison que j’ignore, il me prend l’envie de chanter pendant la contraction : « Emmenez moi, au bout de la terre … » Miracle! Ça fonctionne!! Je gère comme une championne jusqu’à 5h du matin. Je sens que bientôt, le chant et le ballon ne suffiront plus et j’ai besoin qu’on m’accompagne. Je sonne. Une sage-femme arrive. Vu ma tête, elle me propose de m’examiner. Je suis très curieuse de voir ou j’en suis alors j’accepte! Pas facile entre deux contractions, mais elle fait preuve de patience et de douceur, et ne se moque pas quand je chante faux et fort pour gérer au mieux ! Fin du suspens, je suis dilatée à 5! Il va être temps d’appeler le papa, qui peut venir sans se presser! La question posée par la sage femme me ravie. Elle ne me demande pas si je veux une péridurale, mais : « Avez-vous des souhaits particuliers pour gérer la douleur? ». C’est sans doute anecdotique, mais ça m’a touché. Je lui ai expliqué que j’aimerais dans la mesure du possible gérer sans péridurale, mais que je ne l’exclurais pas complètement si besoin. Elle me propose le bain pour aider au travail, ce que j’accepte avec joie! Mais avant cela, petit monitoring : 10 minutes, dans la position que j’ai choisie (presque assise) et pose d’une voie veineuse au cas où, car j’ai perdu les eaux il y a presque 24 heures.
Petite anecdote : j’ai peur des piqûres. A la pose de la voie veineuse, je ferme les yeux en disant : « Je suis un peu chochotte, hein… ». Éclat de rire de la sage-femme: « Ca fait quatre heures que vous gérez toute seule vos contractions, j’ai vu plus chochotte que vous, quand même! ». Ah oui c’est vrai !! Cette petite reconnaissance de la part d’une « professionnelle de la naissance » m’a reboostée pour un bon moment!
Le papa arrive alors que je chante dans la baignoire. Je suis bien, je suis presque euphorique ! Chaque contraction me déchire le bas du ventre mais bébé avance, et j’arrive à redescendre sur terre dès qu’elles sont finies. Je crois que mon homme s’est senti un peu inutile, assis à-côté de la baignoire, le pauvre! Il n’a pas été très attentif et alors que je lui tendais la main pendant une contraction, le voilà qui baille les yeux fermés. Ok … Seconde contraction : non, là il se frotte les yeux, ben oui il est fatigué! Ça m’énerve, je lui dis d’aller prendre un café et je retourne dans ma bulle (il n’ira pas, heureusement!). Mais trois contractions plus tard, je ne gère plus. Je panique, il faut que je sorte de l’eau! Chaque tentative pour me lever me fait mal et m’oblige a redescendre. Je pense à ce moment-là que je vais mourir noyée dans la baignoire!! (Aucune chance !) Je crie « ça poussssseee!!!!! » Et je vois arriver la sage-femme en courant! Armée d’une serviette et aidée par mon amoureux, ils me sortent de l’eau. Je panique, je pleure, je mors (aie!!). Je veux la péridurale !!! Mais le col est effacé! Bébé arrive!!! Je suis heureuse qu’il soit trop tard mais en même temps je ne vois pas comment je vais pouvoir supporter la prochaine contraction…. On me propose le gaz, que j’accepte mais que je rejette rapidement: impossible de souffler dans ce masque!!!
Il descend! Il arrive!! J’ai l’impression que mon corps se déchire en deux, que je vais exploser … J’ai peur et j’ai mal. La sage-femme, l’aide soignante et mon amour m’aident à redescendre sur terre. Je pousse n’importe comment, je ne veux pas qu’il sorte. Ça fait trop mal!!!
Entre deux contractions je me résonne: il ne peut pas rester là. Je ne veux pas qu’on aille le chercher! Alors je pousse. Je hurle et je pousse. Je crois bien que j’envoie paître l’aide soignante qui veut que je la regarde dans les yeux (et je m’excuserai mille fois par la suite!!)
Voilà mon trésor qui arrive!!! J’entends un bruit métallique …. « Oh non!! J’ai oublié de vous dire que je ne veux pas d’épisio!!  »
Rire de la sage-femme: « je comptais pas en faire!! » Pourtant j’entends un « clic clac »… Et le voilà, tout contre moi. Il est beau, il est doux… Il me regarde et me découvre… Mais ne pleure pas, est-ce normal? Avec beaucoup de douceur (mais rapidement), on m’explique que le cordon était autour de son cou (c’était ça le clic clac!!) et qu’il faut l’aider un peu. Il part … Je m’inquiète mais je me rattache à ce regard plein de douceur et de vie! Il est de retour à peine deux minutes plus tard et se jette sur mon sein comme s’il l’avait toujours fait!
On nous laisse tranquille. L’équipe reste proche mais ne nous envahit pas. Il sera simplement pesé. Pas mesuré, ce n’est pas urgent! Nous sommes heureux. Il est 7h du matin.
Je fais une petite hémorragie et les sage-femmes aident mon placenta à sortir en m’appuyant sur le ventre. C’est douloureux et je n’ai plus envie d’avoir mal! Avec mon accord elles font passer un médicament provoquant les contractions dans la perfusion et le placenta finit par sortir. Elles m’ont expliqué leur inquiétude par rapport au sang que je perdais et j’ai eu mon mot à dire, tout du long.
Remontée en chambre, l’équipe de la maternité a montré la même gentillesse, humanité et discrétion que celle de la salle d’accouchement. Je suis repartie fière de moi et pleine de reconnaissance. Merci a eux pour avoir permis à Timothé de découvrir le monde à son rythme et dans un environnement si doux ! Je souhaite à toutes les futures mamans de vivre un accouchement comme le mien, quels que soient leurs choix!
Anne

Aurélie, 2 accouchements en Isère

25 Nov
J’ai accouché les 2 fois dans un Centre Hostitalier du 38

1er accouchement :

Mise en travail longue, j’ai pu avoir une piqûre pour me soulager… puis le travail n’avancant pas beaucoup, la sage-femme m’a proposé la péridurale (je ne la souhaitais pas particulierement), en aucun cas elle ne m’a forcée à cela, nous en avons discuté et j’ai pu peser le pour et le contre, j’ai finalement decidé de la prendre.

Ma fille est née 4 heures plus tard, j’ai pu pousser comme je le voulais, je n’ai eu aucun medicament accélérant le travail, et je ne souhaitais pas d’épisiotomie … cela a été plus difficile à négocier car l’expulsion durait un peu plus que la norme (45 min), mais la sage-femme a respecté mon choix.

J’ai pu attraper ma fille à la sortie et la poser moi-même sur mon ventre … mon homme a coupé lui-même le cordon, et le peau-à-peau a duré tout le temps de surveillance.

Ma fille avait bcp de mal à prendre le sein et cela a duré plusieurs jours, la consultante en lactation et venue très souvent m’aider pour les mise au sein … et prendre confiance en moi … J’ai allaité 12 mois.

2ème accouchement :

Perte des eaux mais pas de travail: j’ai pu avoir de l’acupuncture et de la phytothérapie pour déclencher mon travail … ce qui a très bien fonctionné, et m’a évité un déclenchement artificiel (et trop médical à mon goût) du travail.

cela a mis 5 heures avant de faire effet, mais une fois le travail enclenché je n’avais plus aucun  répit : 1 contraction par min ou presque … très douloureuse, je ne voulais pas de péridurale non plus, la sage-femme m’a aidée à gérer ma douleur, m’a laissée déambuler comme je le voulais, m’a proposé plusieurs positions pour aider le travail à se faire correctement (ma fille était mal tournée), j’ai eu une perfusion pour me faire des antibiotiques (car poche des eaux ouverte depuis plus de 12 heures), mais ensuite, elle ne m’a laissé que le cathéter afin que je ne sois pas gênée par le fil de la perfusion.

Elle m’a guidée pour la poussée, qui a duré 10 min … et malgré la douleur j’ai pu une nouvelle fois attraper ma fille à la sortie … la poser sur mon ventre, mon mari a coupé le cordon … le peau-à-peau a duré le temps que souhaité …

L’aide à l’allaitement, j’en ai eu peu besoin mais on me proposé souvent de l’aide …

Pour ma part, mes 2 accouchements sont 2 merveilleux souvenirs et l’équipe médicale a respecté chacun de mes souhaits, même si parfois il a fallu en discuter … et je trouve cela normal tout de même car on adapte les choses à chacun des cas …

Je souhaite à toutes les femmes de vivre cela et je pense que c’est tout-à-fait possible même à l’hôpital … il suffit je pense de lancer la discussion et d’être capable d’entendre aussi les arguments du corps médical.

A.