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#343 Servane, la naissance de Malou en 2010

13 Fév

Nous apprenons ta douce présence courant novembre, je prends alors rendez-vous chez une gynécologue obstétricienne à Charleville Mézières pour vérifier que tout va bien et faire le suivi. Je ne sais pas trop comment tout cela se passe alors, je me laisse guider… Malheureusement, cette gynécologue est loin d’être une bonne guide, les consultations sont expéditives, elle ne prend jamais la peine de m’écouter, de répondre à mes questions. En réalité, les consultations se déroulent toujours de la même façon : elle me demande comment ça va et m’invite à passer dans la salle d’à coté pour faire une écho de contrôle. Une fois celle-ci réalisée, je retourne dans son bureau où elle me demande le règlement ! Une ordonnance de temps en temps mais c’est tout !!!

Je commence les cours de préparation à l’accouchement dans un cabinet de sage femme, les séances en piscine me font beaucoup de bien et les séances théoriques sont… théoriques ! Tout ce que me dit la sage femme me semble si lointain.

4 juillet 2010 : Je me réveille avec une grande douleur au ventre et au bout de quelques heures, ton papa insiste pour qu’on parte à la maternité. La sage femme nous accueille et me place le monitoring. Elle m’explique que je vais rester en observation pendant une heure et qu’elle m’auscultera après pour voir s’il y a du progrès ou pas. Pendant ce temps, elle remplit mon dossier d’admission et ton papa fait plusieurs allers-retours avec la maison car nous avons oublié plusieurs papiers… L’heure écoulée, la sage femme m’ausculte et m’annonce que mon col est maintenant ouvert à 1,5 cm et de ce fait, elle nous demande de passer en salle d’accouchement. Nous y resterons jusqu’au soir, seuls… Mon col ne s’ouvrant pas à plus de 2 cm, il s’agissait d’un faux travail. Nous avions vraiment cru que tu allais arriver, nous étions déjà tellement heureux et impatients…

Suite à cette journée, j’ai le sentiment que je ne veux pas accoucher là bas mais que faire d’autre ? La sage femme nous a conduit dans cette salle d’hôpital, pas du tout accueillante, pleine de machines et de tuyaux et nous a laissé seuls pendant des heures. Est-ce comme ça que je veux t’accueillir ?

23 juillet 2010 : C’est la nuit, il est plus ou moins 5 heures du matin. Je me réveille avec une douleur diffuse au ventre. J’ai comme un pressentiment mais je ne m’affole pas, je me dis qu’on verra bien. Depuis le 4 juillet et l’épisode du faux travail, je suis attentive à chaque douleur, à chacun de tes mouvements,… L’impatience est là, j’ai tellement hâte que tu arrives mais aussi un peu d’appréhension, comme toutes futures mamans. La douleur n’est pas constante, elle va et vient à peu près tous les quarts d’heure, je pense que ce sont des contractions, elles me réveillent souvent jusque 7 ou 8 heures du matin. Je n’en peux plus d’être couché, les contractions commencent à se rapprocher, j’ai le pressentiment que c’est aujourd’hui le grand jour mais je ne veux rien dire à Papa, il dort près de moi et aura besoin d’être en forme pour m’accompagner tout le long du travail… Les contractions sont pour le moment assez espacées donc pas de quoi lui faire de fausses joies, encore une fois. Je vais dans le salon mais la douleur augmente, Papa se lève, il sait qu’il se passe quelque chose… Je décide de prendre un bain pour voir si les contractions s’espacent ou pas. Papa est près de moi et note consciencieusement l’heure de chaque contraction. Je me plonge dans l’eau chaude, ça me détend car je sens de plus en plus que c’est pour aujourd’hui.

13h30 : Papa veut partir à la maternité mais je suis bien à la maison et je sais qu’être à l’hôpital va augmenter mon stress. Et puis, là bas, je ne pourrais plus bouger, rien manger ni boire : ici au moins, je peux faire ce que je veux ! Après quelques minutes, nous partons tout de même car la douleur commence à être de plus en plus forte et je ne trouve pas de positions pour me soulager.

Arrivée à la maternité : La sage femme nous installe en salle d’observation et me place le monitoring. Pendant ce temps, papa s’absente quelques minutes pour aller récupérer mon dossier que nous n’avons pas pris le temps de récupérer avant de monter. Les contractions deviennent vraiment douloureuses, je les ressens de mon dos jusque mon ventre, il faut que je me concentre pour ne pas crier, je sers le lit de toutes mes forces… Papa revient enfin, je peux serrer sa main dans la mienne, ça me soulage, ça me fait du bien qu’il soit à mes côtés. A présent, la sage femme m’ausculte : je suis déjà dilatée à 3 cm et je suis donc en travail ! C’est bel et bien le grand jour, c’est aujourd’hui que tu vas naître et qu’on pourra te serrer dans nos bras. La sage femme me passe une blouse et m’accompagne jusqu’aux toilettes puis à la douche avant de me conduire dans la salle d’accouchement. Elle me demande de m’allonger sur la table d’accouchement et me place de nouveau le monitoring.

14h30 : La sage femme tente de me poser une perfusion mais sa première puis sa deuxième tentative échoue, elle demande alors à sa collègue de prendre le relais, sans plus de succès : mon poignet se met à gonfler et me fait mal. L’anesthésiste arrive à son tour et me place la perfusion sur le dos de la main. Quelques minutes d’attente et il me posera la péridurale.

17h00 : La sage femme m’ausculte de nouveau : mon col n’est dilaté qu’à 4 cm… La sage femme décide de percer la poche des eaux pour accélérer le travail. J’apprendrais qu’elle m’injectera aussi du syntocinon dans la perfusion sans m’en avertir.

Je dois rester allongé sur le côté gauche car lorsque je suis sur le dos, ton cœur se met à ralentir. Le temps est long, papa et moi sommes seuls dans cette salle, personne ne vient nous expliquer ce qu’il se passe, si tout va bien… Je me sens abandonnée face à l’inconnu.

19h30 : On m’ausculte une nouvelle fois et la dilatation n’a guère avancé. Le médecin (enfin je suppose car il ne s’est jamais présenté) décide de réaliser un examen pour voir si tout va bien pour toi, un prélèvement de liquide dans ta boîte crânienne. Il prépare tout le matériel nécessaire et le personnel commence à s’amasser dans la salle : 3 sages- femmes, l’interne et lui. D’autres sages femmes sont à la porte et le médecin les invite à rentrer ! Tous ont les yeux braqués sur mon vagin, je me sens humiliée, Papa essaie de me rassurer en me disant qu’ils ont l’habitude mais cette situation me met tellement mal à l’aise, j’ai la sensation d’être violée et que mon esprit se détache à ce moment là de mon corps. Je suis allongée sur la table, avec une dizaine de personnes qui regardent mon sexe sans que personne ne m’ait demandé si cela me dérangeait ou pas… Je ne suis pas une personne pour eux, juste un objet sur lequel ils peuvent s’exercer et apprendre, il n’y a aucune humanité dans leur comportement, dans leur gestes, dans leurs paroles… L’interne m’explique tout de même qu’elle va prélever le liquide à l’aide d’un objet qui ressemble à un gros tampon, que ce ne sera pas douloureux ni pour moi, ni pour toi. Elle le fait délicatement mais à priori, elle ne parvient pas à réaliser un prélèvement suffisant. Le médecin décide alors d’essayer, sans plus de succès malgré le peu de délicatesse que lui prend pour réaliser ce prélèvement. Il mesure à nouveau l’ouverture du col : 7-8 cm ! Je me souviens encore de la phrase qu’il a alors prononcé, cette phrase qui m’a fait mal pendant des mois et qui m’a plongé dans la dépression : « Vous êtes à 7/8 cm, on va aller le chercher votre bébé. On passe en césa. »

Dans ma tête, plein d’émotions se mélangent : la joie que la dilatation avance enfin et que notre rencontre s’approche et soudain le choc de cette annonce que je ne comprends pas et qu’on ne prend pas la peine de m’expliquer. Le médecin est sorti sans un mot de plus, me laissant entre les mains des sages femmes qui n’auront pas un mot de compassion pour moi. Le monde s’écroule, elles me préparent sans rien dire, sans un regard alors que je suis en larmes. Elles m’enfilent des bas de contentions, me badigeonnent le ventre de Bétadine et me le rasent, me font avaler un médicament avec un goût amer sans explications. Papa a dû sortir dans le couloir et j’entends qu’il a fait un malaise. J’ai besoin de lui, besoin de lui parler. Elles m’annoncent que tout va bien et je pourrais l’embrasser avant d’aller au bloc : j’ai peur, je ne sais pas ce qui va se passer et j’aurais tellement aimé qu’il soit avec moi mais c’est impossible, je vais devoir affronter cette épreuve sans lui. On m’allonge sur le brancard et on m’amène jusqu’au bloc, au bout du couloir. Je croise papa dans le couloir qui tente de me rassurer rapidement mais je sens bien que lui aussi est inquiet et personne ne nous dit rien.

20h30 : J’arrive au bloc opératoire, j’ai la gorge nouée et les larmes aux yeux, plein d’émotions que je ne peux pas sortir : peur pour toi, peur de l’opération, tristesse d’être seule, de ne pas avoir réussi à t’accueillir correctement,… Le personnel dresse un drap au niveau de ma poitrine pour que je ne voie pas l’opération, place le capteur cardiaque sur mon index et un masque à oxygène près de mon visage. Ils m’attachent les bras en croix avec des sangles, je ne comprends pas pourquoi, je ne comprends pas ce qu’il se passe et là encore personne ne prend la peine de me parler, de me rassurer, de m’expliquer. Toutes ses émotions me donnent la nausée, j’arrache le masque que l’infirmier maintient sur mon visage et, à peine le temps de lui dire que j’ai envie de vomir que le médicament avalé quelques minutes auparavant ressort dans le haricot. Il me détachera alors le bras gauche pour que je tienne moi-même le haricot, je vomirai tout le long de l’opération… Le médecin commence, je les entends parler de leurs vacances, du temps qu’il a fait,… Ils n’ont aucune considération pour moi, je n’existe pas pour eux et tout d’un coup, je ressens comme un poids en moins dans mon ventre, je sais que tu es dehors et soudain, j’entends ton premier cri : il est 20h42. Je suis soulagée, tu vas bien, tu es vivante. On t’enveloppe dans un drap et je peux enfin te découvrir, tu es si petite que j’ose à peine te toucher. Je te regarde un instant puis le chirurgien me dit que je peux te toucher, je te caresse le visage, tu as la peau déjà tellement douce… Je ne ressens pas ce coup de foudre de foudre dont toutes les mamans parlent, pour moi tu n’es alors qu’une étrangère, je ne me rends pas compte que tu n’es plus en moi et que c’est toi ce bébé qu’on me présente. Ils t’amènent rapidement pour les premiers soins. Quant à moi, il faut terminer l’opération. Je te retrouve un quart d’heure plus tard dans les bras de ton papa. Le chirurgien propose de faire une photo de nous 3, la première de notre famille. Malheureusement, encore aujourd’hui, j’ai du mal à regarder cette photo : je suis là allongée sur un brancard, avec des fils de partout, fatiguée. Une fois installée en salle de réveil, la puéricultrice te place au sein pour une première tétée. Elle m’explique qu’elle revient dans 20 minutes pour te changer de sein mais elle ne reviendra qu’une heure plus tard. Encore une fois, je me sens abandonnée, désemparée. Tu es si petite, si fragile et moi, je suis encore toute engourdie par l’anesthésie et j’ai peur de mal faire.

Le séjour se passera moyennement bien : les sages femmes et puéricultrices me donneront des tas de conseils divergents concernant l’allaitement qui me conduiront à son arrêt quelques jours après le retour à la maison. Le lien se fait peu à peu entre nous, on apprend à se connaître doucement, à s’apprivoiser mais je me sens coupable de ne pas avoir eu ce coup de foudre. J’ai aussi beaucoup de mal à accepter la façon dont se sont déroulées les choses, pourquoi est ce que j’ai eu cette césarienne ? Je n’ai jamais eu la moindre explication de la part du personnel médical et j’ai dû demander mon dossier médical pour avoir certaines réponses à mes questions.

#346 Le deuxième accouchement d’Abigaïl, Québec 2010

10 Fév

Après une première grossesse et une naissance très médicalisées (récit #334), j’ai la chance d’emménager au Québec dans une région qui compte une maison des naissances. Les sages-femmes acceptent de m’accompagner pour un AVAC. Le suivi est tel que je l’avais attendu : grande écoute, échanges égalitaires, aucun geste posé sans en avoir pesé, ensemble, le pour et le contre. Je ne veux aucune intrusion, pas d’échographie, surtout pas d’amniocentèse. Quelques analyses de sang et d’urine, la prise de tension et l’écoute du cœur du bébé sont les seuls examens pratiqués.

Le bébé est tonique, bien vivant, je le sens s’activer dès le quatrième mois. Au septième mois, il s’installe tête en bas. Je suis rassurée : la présentation par le siège était la cause de ma première césarienne.

Chaque semaine à partir du 9e mois, je rencontre en alternance I. et C., chez moi ou à la maison des naissances. Pour un premier accouchement (je n’ai pas été en travail pour la naissance de ma grande fille), elles ne s’attendent pas à ce que le bébé arrive avant 41 semaines, et me disent être à l’aise avec ça. C. insiste pour que je me repose. J’ai de nombreuses insomnies et le dos douloureux. Le bébé bouge encore beaucoup. Sa tête est bien engagée dans le bassin.

39 semaines et 3 jours, lundi – Je me rends à la maison des naissances pour rencontrer I. et sa jeune stagiaire. I. me parle du décollement des membranes et de l’acupuncture pour activer le processus, puis me propose, si rien n’a évolué, de rencontrer vendredi un gynécologue de l’hôpital pour discuter de leurs protocoles, voir s’ils accepteraient de tenter un déclenchement médicamenteux et à partir de quel moment il faudrait envisager une césarienne d’office.

Cette proposition me terrifie. Je sais que s’il constitue un avantage indéniable, un accompagnement non médicalisé ne garantit en rien la réussite de mon projet, pourtant je refuse d’envisager l’éventualité d’une nouvelle césarienne.

J’ai le sentiment que les sages-femmes me lâchent à quelques mètres de la ligne d’arrivée. J’essaie d’en parler à mon conjoint, mais il ne mesure pas l’ampleur de mon désarroi. Je lui en veux. Comme d’habitude en pareil cas, je m’applique à contenir les émotions trop fortes et « j’encaisse ».

Mercredi – I. vient chez moi et j’accepte le décollement des membranes. C’est moins douloureux que ce qu’elle m’avait prédit, mais elle n’a pas réussi à passer le col. Dans la nuit de mercredi à jeudi, le travail commence.

Jeudi – J’appelle C., c’est elle qui est de garde. Les contractions sont intenses, espacées de quinze à trente minutes. A chaque fois je respire profondément, j’émets des sons graves comme je l’ai appris en cours de yoga prénatal. C’est douloureux, mais je suis heureuse, excitée: je vais bientôt rencontrer cette petite personne qui a mûri dans le secret de mon ventre! Les contractions s’espacent puis se rapprochent, s’espacent à nouveau. Je dors peu. Je suis fatiguée. C. me conseille de prendre des cachets de Gravol.

Vendredi – Le col n’est pas encore effacé. J’ai une séance d’acupuncture à midi. Accueillir les contractions en restant immobile est difficile, mais le calme de la salle est apaisant.

Mon conjoint me conduit ensuite à l’hôpital pour une échographie : C. souhaite un bilan (la demande est ferme). La jeune gynécologue est chaleureuse mais pressée, elle pose deux, trois questions très vite puis m’invite à m’allonger sur le dos, dans une position particulièrement inconfortable, douloureuse (comment peut-on imposer à une femme d’accoucher ainsi?). Elle nous demande si nous voulons connaître le sexe du bébé et si elle doit nous signaler une malformation visible. A quelques heures de la naissance, je trouve ça ridicule. Je détourne la tête pour ne pas voir l’image sur l’écran. J’ai des sueurs froides, je veux sortir. Mon conjoint croit avoir entendu la gynécologue parler du bébé en disant « elle ». Le bilan est positif : le petit va très bien. Je n’avais pas besoin de l’échographie pour savoir ça!

Samedi – J’ai une nouvelle séance d’acupuncture le matin. Je parle beaucoup au bébé, pour l’encourager à venir. Il s’active encore. Je suis très fatiguée.

Nous passons la fin de l’après-midi chez des amis qui habitent le bord du fleuve. Il fait incroyablement beau et chaud, nos filles s’amusent dans le jardin. Je mange avec appétit puis vais m’allonger. Les contractions se rapprochent: toutes les cinq minutes. C. nous retrouve chez nous, le col est dilaté à trois centimètres. Nous pouvons partir pour la maison des naissances!

Le trajet en voiture me semble long, et en même temps j’apprécie cette bulle dans la nuit, seule avec mon homme. L’autoroute est déserte. A chaque contraction je serre fort la poignée de la porte. Je suis très concentrée sur l’instant présent.

Nous sommes les seuls « clients » ce soir, C. nous oriente vers la chambre la plus grande et la plus fraîche, allume une lampe de chevet, je ne garde que ma tunique et je m’installe sur le ballon, face au grand lit, avec des oreillers pour enfouir ma tête. La sage-femme apporte de l’eau fraîche, montre à mon conjoint les points d’acupression, pour soulager la douleur, en bas de mon dos, puis s’installe dans la chambre de l’autre côté du couloir.

Je fais rouler mes hanches sur le ballon et continue à respirer profondément. Les contractions s’installent comme une routine, les stations d’un petit train en marche, toujours les mêmes, sans accélération, le moteur ronronne, ça tourne en rond.

On met en route le ventilateur au plafond, puis on l’arrête malgré la chaleur : trop de courants d’air. Je bois beaucoup, je vais plusieurs fois aux toilettes. J’aime cette petite pièce avec une grande douche, sans fenêtre, j’aime ces courts moments de solitude, même si les contractions sont plus dures à passer agrippée au lavabo ou assise sur la cuvette. Je jette à chaque fois un coup d’œil à la salle de bain attenante, à la grande baignoire, j’ai hâte de pouvoir me glisser dans l’eau chaude pour la poussée et d’y accueillir mon bébé en douceur.

Les heures passent sans que je m’en rende compte. J’ai faim, C. apporte un croissant avec de la confiture, je ne trouve pas ça très bon et ça ne m’apporte pas l’énergie espérée. Elle vérifie la dilatation du col après une contraction. C’est inconfortable, intrusif, je n’aime pas me retrouver sur le dos à regarder le plafond, cela me « décentre » un peu plus. Pas d’évolution.

C. installe le tire-lait électrique pour stimuler la production d’ocytocine. L’effet est spectaculaire : les contractions sont nettement plus intenses, très rapprochées, l’une à peine passée que l’autre démarre derrière, dans ce crescendo-decrescendo que je commence à bien connaître. Je crie pour de bon, je m’agrippe au coussin devant moi, mon conjoint ne détache pas ses pouces de mon dos.

Dimanche – Le jour commence à poindre et je me sens épuisée, découragée. Je m’accroche à l’espoir que les choses ont avancé, mais le col n’est qu’à cinq centimètres. Les contractions diminuent un peu en intensité et en fréquence. C. me propose un transfert à l’hôpital pour une péridurale, le repos pourrait avoir un effet bénéfique sur le travail. Elle va négocier avec les médecins pour qu’ils « ne sortent pas le scalpel trop vite ». J’accepte avec soulagement.

C. prévient l’hôpital. L’ambulance arrive en quelques minutes, je dois m’allonger sur la civière, sous une couverture, même sur le côté c’est peu confortable. Dans l’ambulance, C. serre ma main et me regarde dans les yeux pour me soutenir pendant les contractions. Elle répond aux questions d’usage. Elle explique que les sages-femmes suivent uniquement des femmes en bonne santé, dont la grossesse se déroule sans problèmes. Il ne s’agit pas d’une urgence : la mère et le bébé vont bien, mais elle veut bien vérifier la rapidité de l’ambulance sur le nouveau tronçon d’autoroute. Dix-sept minutes exactement. Mon conjoint nous a suivies en voiture.

Je reconnais à peine l’entrée des urgences. La civière change de mains. Les néons au plafond défilent, j’arrive dans une petite salle à la lumière tamisée. Je dois me déshabiller, enfiler la blouse d’hôpital et ne plus boire. Pourtant il fait chaud et j’ai soif. Il y a une infirmière d’un certain âge, sympathique, visiblement expérimentée, et la jeune gynécologue qui a pratiqué l’échographie vendredi. C. lui expose la situation. La gynécologue écoute attentivement puis m’ausculte. Le trajet en ambulance a produit son effet : le col est à huit centimètres. Elle me propose de rompre la poche des eaux pour accélérer le travail (indolore) ; elle est prête à tenter une petite intervention médicamenteuse d’ici quelques heures. C. me sourit, les chances sont bonnes que j’accouche par voie basse.

Je demande une péridurale. Le temps que l’anesthésiste arrive, je retire les fils du moniteur qui enregistre les battements de cœur du bébé et je marche un peu dans la salle. Je continue de respirer profondément à chaque contraction.

L’anesthésiste a le geste rapide et sûr, je sens à peine l’aiguille pénétrer dans mon dos, très vite je n’ai plus de sensations au niveau du ventre et du bassin. Je dois maintenant rester en position semi allongée, sur le côté gauche, pendant que le produit passe goutte à goutte dans le cathéter. C. conseille à mon conjoint d’aller se reposer dans la chambre qui m’a été attribuée. Elle reste près de moi et parle avec l’infirmière. Tout est calme. Je m’endors.

Lorsque je me réveille, l’équipe a changé. La nouvelle infirmière, postée devant l’écran du moniteur, se présente. La nouvelle gynécologue est aussi jeune que la première, très calme, un peu froide malgré son sourire. Le col n’a pas bougé depuis la première auscultation. L’infirmière explique que les contractions se sont encore espacées, la gynécologue est soucieuse, elle approuve la proposition de l’infirmière de me faire changer de position régulièrement.

Je suis perplexe : je n’ai pas senti le changement. Les choses se passent en dehors de moi, sur le moniteur, je dois m’en remettre à l’infirmière pour suivre l’évolution du travail. Lorsque j’avais toutes mes sensations, je ne contrôlais rien, mais je pouvais dire « c’est intense, ça avance », ou bien « mon corps fatigue, il y a quelque chose qui cloche », je pouvais chercher la position qui faciliterait le travail. Je voudrais me lever, bouger, accompagner de nouveau mon bébé dans cette incroyable aventure. Mais je suis coincée sur ce lit d’hôpital, avec ces fils et ces tuyaux qui m’encombrent.

L’infirmière lève un de mes genoux, déplace une épaule, fait tourner ma tête, je suis comme un pantin que l’on manipule, avec sérieux et application. Je garde la position une vingtaine de minutes, puis le manège recommence. Je discute avec C. pendant un petit moment, puis elle m’invite à dormir à nouveau pour récupérer un peu d’énergie: j’en aurai besoin pour la poussée.

J’ouvre les yeux sur une chaise vide, C. est rentrée chez elle se rafraîchir. La gynécologue est là. L’infirmière lui explique que les contractions se sont rapprochées, c’est une bonne nouvelle. Mais à l’auscultation, surprise: impossible d’atteindre le col, le bébé semble s’être désengagé du bassin, c’est comme si l’utérus « contractait à l’envers ». La gynécologue dit: « c’est tannant », d’une voix monocorde, sans émotion. Elle invite l’infirmière à m’ausculter à son tour, l’infirmière constate que le col est inaccessible, que le bébé est remonté, la gynécologue répète : « C’est tannant ». Après avoir scruté l’écran du moniteur, elle me regarde, elle est très calme. Les signes vitaux du bébé sont bons, mais elle craint une rupture utérine. Il va falloir procéder à une césarienne.

Mon cœur veut sortir de ma poitrine. Non, ce n’est pas possible, pas une nouvelle fois, après ce que j’ai donné depuis trois jours, vous n’allez pas me découper le ventre alors que le bébé va bien! Je voudrais hurler, pleurer, cette parfaite inconnue n’a pas de cœur, elle ne sait pas ce qu’elle dit, elle ne se rend pas compte que ses mots m’anéantissent, alors que je suis seule dans cette chambre… Où sont passés ceux qui devaient me défendre, me protéger de l’intervention des médecins ? Ma voix s’étrangle : « On ne peut pas attendre? », attendre que mon corps fonctionne à nouveau à l’endroit, attendre que C. soit revenue, qu’elle donne son avis, attendre que mon conjoint, le père de ce bébé, soit à mes côtés?

La gynécologue considère qu’il n’y a pas de temps à perdre, avec un antécédent de césarienne, après quatre heures sans résultats satisfaisants, c’est le protocole. Elle n’arrête pas de dire : « C’est tannant », avec ce rictus insupportable, ce pseudo sourire sans compassion. Elle est tellement calme! Je ne peux pas croire qu’il y ait urgence.

L’infirmière a appelé C., on est allé chercher mon conjoint. Ils écoutent le médecin, C. acquiesce, je tombe en pleurs. La gynécologue dit : « Elle est déçue », l’infirmière se penche vers moi : « C’est pour ton bien et celui du bébé. » Je vois d’ici la suite : les bras en croix sur la table d’opération, les mains inconnues qui s’affairent, le premier cri dans le vide, hors de ma vue, l’impossibilité de me lever pendant 24 heures, la douleur postopératoire, le séjour prolongé à l’hôpital avec le bruit, le dérangement constant… Je demande combien de temps je vais devoir rester, la gynécologue répond trois, quatre jours.

Le brancardier arrive, je me laisse porter comme une pauvre chose sans vie, n’étaient les larmes qui coulent en flot ininterrompu.

L’homme qui me conduit au bloc est petit, d’âge mûr, jovial. Je vois son visage à l’envers et les néons qui défilent, le trajet me semble labyrinthique. Dans l’ascenseur, il tente une  plaisanterie. Je réponds sur le même ton et souris à travers les larmes. Il me souhaite bon courage et me laisse dans le couloir en attendant que l’équipe soit prête pour l’intervention. Une femme me demande si je porte des prothèses dentaires, si je suis allergique à un produit ou à un autre, je réponds sans être très sûre.

Un autre homme pousse le brancard dans la salle froide, à l’éclairage cru. Elle est remplie de matériel et d’appareils de toutes sortes, j’entends qu’il y a plusieurs personnes. L’homme m’explique ce qui va se passer, qui va intervenir, à quel moment mon conjoint pourra me rejoindre. Avec ses doigts, il essuie une larme sur ma joue et prononce un mot gentil.

On me dépose sur la table, on met un chapeau sur mes cheveux et quelques capteurs sur ma poitrine, on tend un drap entre mon ventre et mon visage. Je reconnais les voix des deux gynécologues que j’ai vues ce matin, la deuxième a fait revenir la première et lui explique la raison de l’intervention. On vérifie l’effet de l’anesthésie, puis l’opération commence.

Les médecins observent ma cicatrice, je pense au petit lézard tatoué au bout de cette première ligne, j’imagine qu’il y en aura bientôt une autre, au-dessus. Je retiens mes sanglots de peur que cela me fasse bouger et gêne l’intervention. Mon conjoint est à côté de moi, il me parle, comme la première fois je ne le reconnais pas tout de suite à cause du masque qui couvre la moitié de son visage. L’incision est très rapide, je sens des mains qui poussent vigoureusement sur le haut de mon ventre, mon corps est secoué, j’attrape la main de mon conjoint et la serre très fort, cela dure une éternité, c’est impressionnant comme ça secoue!

Je sens le bébé sortir et je l’entends crier, il change de mains, mon conjoint me laisse, quelqu’un dit : « C’est quoi? », je tourne la tête, tends le cou, moi aussi je veux savoir, montrez-le moi! Mon conjoint revient vers moi, m’embrasse et me dit : « Merci ». Je sais alors que c’est une fille, je suis heureuse, je souris.

Mon conjoint tient notre petite fille serrée dans un linge, près de mon visage. Je la regarde avec un sentiment d’étrangeté, de distance, j’ai du mal à l’imaginer avec le nom que nous lui avons choisi. Mon conjoint repart avec elle. Lorsque la suture est terminée, on me conduit en salle de réveil. Je grelotte, on m’enveloppe dans une couverture chauffante. On me demande si je souhaite avoir mon bébé près de moi, mais je suis dans un état second, comme ivre, je préfère rester seule le temps de reprendre pied.

A travers le brouillard, j’entends le « bip, bip » de l’appareil qui prend ma tension à intervalles réguliers, la conversation animée d’un homme et d’une femme à l’autre bout de la pièce.

Dans la chambre, C. et mon conjoint se tiennent debout, la petite pleure contre le torse nu de son père. On me transfère dans le lit, on m’aide à me placer sur le côté, avec des coussins pour caler mon dos. Mon conjoint dépose la petite contre mon sein, je la caresse, je lui parle. Elle cesse de pleurer et boit pour la première fois.

1er jour – Nous dormons toutes les deux, l’une contre l’autre, pendant un bon moment. L’infirmière m’apporte des cachets, me sert un verre d’eau glacée, prend ma température et ma tension. Elle change et habille la petite, l’emmaillote dans un carré de tissu. Elle m’assure que la coupure sur son épaule, accident survenu durant l’opération, est superficielle. Il fait très chaud malgré le courant d’air qui passe par la fenêtre ouverte.

Mon conjoint revient avec sa mère et notre grande fille dans l’après-midi. L. s’approche doucement de sa petite sœur, grimpe sur le lit pour mieux la voir, elle la trouve mignonne, toute petite. Elle a choisi pour elle une marionnette rose et douce, avec un bonnet pointu, qu’elle offre dans une jolie boîte. Ma belle-mère prend quelques photos, nous discutons un peu, mon conjoint les raccompagne à la maison, dîne avec elles puis me rejoint à l’hôpital.

J’ai faim, mais je n’ai droit qu’à une soupe, un yogourt et un thé. Nouveau changement d’équipe. Les infirmières ne sont pas assez nombreuses pour s’occuper de toutes les patientes, alors on a demandé à mon conjoint de rester ici pour la première nuit. Il installe un matelas par terre, près de la porte, s’allonge et s’endort presque aussitôt. La petite est dans son couffin transparent, elle pleure et je ne peux pas me lever, je peux à peine me redresser, mon ventre me tire. J’appelle mon homme à voix basse, je ne veux pas importuner les mamans dans les autres chambres. Je hausse un peu le ton, il dort profondément, je ne sais pas quoi faire. Finalement, j’appelle une infirmière.

Je suis extrêmement tendue, épuisée. Je dors peu, d’un sommeil agité, le petit corps lové contre le mien.

2e jour – Mon conjoint est parti s’occuper de L. Débarrassée de la perfusion, je quitte le lit avec l’aide de l’infirmière. Je marche avec une extrême lenteur, pliée en deux, jusqu’au minuscule cabinet de toilette de ma chambre. Je prends appui sur le lavabo et regarde mon visage dans le miroir. Je suis effrayante. J’ai les paupières boursouflées et des sillons violacés sous les yeux. Je retire ma blouse, mon ventre est gonflé et douloureux, encore badigeonné d’antiseptique, j’imagine la plaie sous le gros pansement. Du sang coule entre mes jambes. Je pleure.

Après un moment, je mets de la crème sous mes yeux, je brosse mes dents, je savonne mon ventre, délicatement. L’eau fraîche me fait du bien. J’enfile des habits propres et retourne sur le lit à petits pas.

Je garde ma petite fille contre moi, je la couve des yeux. Elle est vraiment belle, toute potelée. Avec son nez minuscule, ses joues rondes, sa bouche en cœur, qu’est-ce qu’elle ressemble à sa sœur!

C. prend de nos nouvelles par téléphone. A cause de la chaleur, la petite fait un peu de fièvre, elle perd plus de poids que ce qui est toléré, il semble qu’elle se déshydrate malgré ses nombreuses tétées. L’infirmière a suffisamment d’assurance pour retarder le moment d’alerter la pédiatre, elle sait que les examens peuvent être longs, et les traitements contraignants. Mais la fièvre persiste. Une consultation avec le médecin est prévue ce soir. Je demande à mon conjoint de revenir après le dîner, je m’attends à ce que ce soit éprouvant et je ne veux pas être seule.

Nous attendons longtemps. Finalement, une jeune infirmière que je vois pour la première fois vient prendre notre bébé. Elle nous parle à peine, ne se présente pas, ne nous demande pas notre permission, ne nous propose pas de l’accompagner. Je suis indignée. Je fais quelques pas dans le couloir, tout est silencieux, on entend juste les pleurs d’un petit. Je ne sais pas où cette femme est allée avec ma fille, je ne connais pas les lieux, je n’avais pas même vu le couloir jusqu’à ce soir. Je n’ose pas aller plus loin. J’hésite à envoyer mon conjoint, je me dis que l’infirmière va revenir bientôt.

Nous restons 3/4 d’heure sans nouvelles.

Je craque. Rien ne s’est passé comme je l’avais prévu! J’aurais voulu que mon bébé soit accueilli dans un lieu intime et chaleureux, pas sous les néons d’une salle d’opération, entre des mains anonymes. J’aurais voulu qu’on permette à mon corps de faire son travail jusqu’au bout, à son rythme, sans l’interrompre d’une manière si agressive. J’aurais voulu qu’on nous laisse en paix, ma fille et moi, pendant les premiers jours de notre rencontre. J’aurais voulu que cet accouchement répare les blessures laissées par le premier. Il ne fait que les raviver. Je me sens trahie, abusée, mutilée.

Mon conjoint m’écoute, me réconforte, me dit sa fierté.

La pédiatre n’a rien décelé d’inquiétant, mais elle propose de donner un supplément pour aider notre fille à reprendre du poids. Elle souhaite également avoir un échantillon d’urine pour s’assurer qu’il n’y a pas d’infection. Malgré leur discrétion, les infirmières nous réveilleront quatre, cinq fois durant la nuit pour vérifier la petite poche placée dans sa couche. A la lueur de la veilleuse, l’une d’elle me dira tout bas : « Elle est belle en maudit, ta fille. ».

3e jour – L’infirmière qui avait attendu avant de signaler la fièvre reprend son service. Elle obtient de la pédiatre qu’elle passe nous voir entre deux rendez-vous, j’entends ainsi le diagnostic de sa bouche et peux lui poser directement mes questions. Pour ne pas perturber l’apprentissage de la succion, le supplément est administré durant les tétées, à l’aide d’une seringue et d’un tuyau très fin. Je dois appeler une infirmière à chaque fois que j’allaite, c’est pesant.

Il fait moins chaud, la température de ma fille tombe.

La gynécologue qui m’a opérée me rend visite. Elle a toujours ce sourire étrange, distant, cette voix monocorde et traînante. Elle me demande si les antalgiques sont efficaces. Avec précaution, elle palpe mon ventre toujours gonflé, tendu, douloureux. De l’air a pénétré durant l’intervention, il devrait disparaître progressivement d’ici quelques jours. La plaie semble bien cicatriser. Si la pédiatre le permet, la gynécologue est prête à nous laisser partir dès aujourd’hui. L’infirmière est moins optimiste, on n’a toujours pas réussi à prélever les quelques gouttes de liquide nécessaires pour l’examen, et les formalités de sortie prennent du temps.

Nous ne parlons pas de la manière dont s’est passé l’accouchement. Mon chagrin est tellement grand, j’ai peur de craquer en présence de cette étrangère. Devant elle comme devant les infirmières, je fais bonne figure, je souris. Je veux juste être tranquille et retourner chez moi, auprès des miens.

Lorsque ma grande fille et ma belle-mère reviennent, la petite est endormie sur le côté, dans son couffin, une petite main potelée glissée sous le menton. Enveloppée dans un linge blanc, elle a l’air paisible, angélique. Nous restons longtemps à la contempler.

Il fait gris, des nappes de brouillard couvrent les hauteurs de la ville. J’ai du mal à reconnaître le quartier depuis ma fenêtre. Il y a des parkings, un immeuble de bureaux, un supermarché, une tour d’habitations qui me rappelle l’hôtel sinistre, en banlieue de Prague, où j’étais descendue lorsque j’étais étudiante.

La nuit venue, je sens l’angoisse qui monte. L’éclairage blafard accentue la vétusté de la pièce, je n’en peux plus du bruit continu des ventilateurs sous la fenêtre, du lit inconfortable, des murs nus, sans âme, de la poussière qui colle à mes pieds sur le carrelage froid. Je ne connais du service que ce bout de couloir où passe parfois une femme en travail, parfois une mère berçant son bébé, l’employé chargé du ménage ou celui qui distribue les repas, et une multitude d’infirmières dont je n’arrive pas à retenir les noms. L’hôpital est une immense machine dont je ne perçois que quelques rouages, un pays hostile dont je ne sais ni la géographie, ni les usages. Dans un demi-sommeil j’imagine qu’un médecin sadique, tout droit sorti d’un film d’épouvante en noir et blanc, profite de mon infirmité pour tester sur moi un produit douteux.

4e jour – Je ne désire qu’une chose, rentrer à la maison. Les résultats des examens ne sont pas encore arrivés, mais ma fille se porte bien, elle a repris du poids et tète correctement. L’infirmière prend rendez-vous avec le pédiatre pour la visite de sortie et prépare les papiers à remplir.

Je quitte la chambre pour la première fois: la salle de bain est située à l’autre bout du couloir. Sur un panneau sont affichés des prospectus sur l’allaitement, les coordonnées de différents organismes de soutien aux parents, les photos de plusieurs bébés nés ici, avec des petits mots de remerciements. Je passe devant le petit comptoir d’accueil, il y a un bouquet de fleurs et à l’arrière, de larges fenêtres qui donnent sur le fleuve, scintillant sous le soleil. Je reconnais quelques-unes des infirmières qui se sont occupées de moi ces derniers jours.

La salle de bain est petite, chaude et embuée de la douche prise par une autre maman avant moi. Il y a seulement un tabouret, à côté du lavabo, pour poser les vêtements et les affaires de toilette. Je retire mes chaussures, trop serrées pour mes pieds gonflés. Le sol est mouillé, glissant. J’entre prudemment dans la baignoire. Je ne peux pas encore me redresser complètement. Je ne peux pas me laisser aller tout à fait, les pleurs qui viennent sous l’eau chaude contractent mon ventre douloureux. Ma fatigue est immense.

La gynécologue me rend visite une dernière fois. Elle me donne les consignes : pas de charge lourde pendant dix jours (interdiction de porter ma grande fille), pas de bain pendant deux semaines, visite de contrôle dans six semaines; en cas de douleur aigue, de saignement abondant, se rendre aux urgences; éviter de tomber enceinte avant neuf mois. Elle laisse une ordonnance pour des antalgiques, du fer, un laxatif et une pilule contraceptive.

L’infirmière décolle délicatement le pansement. Elle retire les agrafes une à une et les remplace par des petits morceaux de sparadrap. Après quelques instants, retenant mon souffle, j’ose regarder le bas de mon ventre. Il n’y a qu’une seule cicatrice, étonnamment nette et courte, à l’endroit précis où se trouvait la première.

C’est déjà l’heure du déjeuner. Mes affaires sont rangées, mon conjoint est arrivé avec le siège pour transporter la petite, nous avons rempli les papiers pour l’état civil. L’infirmière perçoit mon impatience, elle m’invite à la suivre jusqu’au bureau du pédiatre. Le médecin, un homme d’âge mûr à l’air sympathique, accepte d’examiner ma fille dans les minutes qui suivent. Il la trouve en parfaite santé, particulièrement tonique. Les sages-femmes effectueront le suivi pendant les six prochaines semaines.

L’attente pour les dernières formalités est interminable. Mon bébé pleure beaucoup. J’hésite à demander de l’aide, j’ai peur qu’on découvre un nouveau problème nécessitant de prolonger la surveillance. Une jeune infirmière vient finalement, emmaillote puis berce énergiquement la petite, le bout d’un doigt glissé dans sa bouche. Quand nous quittons la chambre tous les trois, ma petite dort profondément.

Nous sortons de l’hôpital en plein soleil, une brise d’air chaud souffle sur mon visage. J’ai l’impression d’atterrir après un long voyage. En quelques jours, les arbres dénudés se sont couverts de feuilles, les dernières traces de l’hiver ont disparu. Je ne dis pas un mot durant le trajet. Les secousses me font mal au ventre. Je suis en état de choc.

Ma belle-mère a rangé et nettoyé l’appartement, elle a mis des draps propres dans le lit, ça sent le frais. Je pose mes affaires en vrac dans un coin de la chambre. Mon conjoint va chercher notre grande fille à la garderie. Après un temps de retrouvailles, elle retourne à ses jeux habituels. J’essaie de dormir un peu.

Le soir, je rédige et j’envoie par mail le faire-part de naissance, je veux mettre de côté la douleur et rendre le bonheur palpable, que la famille, les amis, les connaissances se réjouissent et admirent notre si jolie petite fille.

Mon bébé dort avec moi. Dans l’obscurité angoissante, je l’écoute, la caresse, la respire, je la presse contre mes seins gonflés de lait. Je savoure son petit corps parfait, presque nu, sans l’entrave du coussin qu’avait porté sa sœur pour réparer ses hanches. Le contact charnel, animal, adoucit un peu la violence de cette mise au monde.

Jeudi, j’appelle I. et tombe en pleurs au téléphone. Elle a eu le compte rendu de l’accouchement par C., j’ai de quoi être bouleversée! Je lui fais part de mes doutes: pour moi, l’infirmière s’est trompée en cochant la case « césarienne en urgence » dans le questionnaire de sortie. Mais C. « a vu la peur dans les yeux du médecin », elle croit que l’intervention était justifiée. I. me conseille le repos absolu, elle m’invite à me concentrer sur le moment présent. Les explications viendront en leur temps.

Aujourd’hui je pleure encore cette naissance et celle de ma première fille.

#342 Deux récits de césarienne dans le 92, France

8 Fév

Ma deuxième grossesse s’est aussi bien passée que la première, pas de problème de santé et en pleine forme jusqu’au bout. Seul l’accouchement a été « problématique ».
Lors de la première, j’avais prévu un accouchement à domicile avec mon mari et une sage-femme. J’étais aussi suivie à l’hôpital afin d’avoir un dossier là-bas, au cas où je ne puisse pas accoucher à domicile. J’avais fait un projet de naissance physiologique, très mal accueilli par le responsable du service de maternité. Malheureusement j’ai dépassé le terme (41SA+5jours) et comme à l’hôpital les monitorings ont montré des anomalies de rythme cardiaque, j’y suis restée et j’ai été déclenchée sur un col non mature. Je m’inquiétais pour mon enfant et j’ai demandé une césarienne qui m’a été refusée au motif que ce n’était pas à moi de décider mais à eux. Je crois plutôt qu’il voulaient suivre mon projet de naissance voie basse, ce qui était absurde puisque j’avais bien écrit dedans que je ne voulais cela qu’en l’absence de tout risque. Au bout de 36h finalement j’ai eu une césarienne d’urgence (mon bébé fatigant vraiment) pour échec de déclenchement, après avoir subi la totale: perçage de la poche des eaux, perfusion, ocytocine, péridurale, etc, avec un défilé de personnes dans la salle. Cela dit je n’ai pas souffert mais c’était bien loin de mon idée d’un accouchement de rêve. Ça a été hyper-médicalisé. Mon fils ainé pesait 4,360kg à la naissance. Je l’ai à peine vu, et j’ai du aller attendre seule pendant 2 heures en salle de réveil avec des gens malades qui se réveillaient d’opérations diverses, 2 heures avant de pouvoir mettre mon fils au sein. J’ai eu une cicatrice de travers, avec un gros bourrelet de chair qui s’est formé au-dessus, car la cicatrice était trop basse et les peaux ont adhéré. Difficile de cacher ce bourrelet, visible même sous un maillot de bain.
Pour cette deuxième grossesse, j’attendais des jumeaux. Cela a remis en cause tout ce que j’aurais voulu pour l’accouchement: j’aurais enfin voulu accoucher à domicile, cela n’allait encore pas pouvoir être le cas.

Je me suis inscrite sur des forums de césarisées et me suis documentée sur les bénéfices et risques d’une voie basse de jumeaux sur utérus cicatriciel, comparé à une césarienne itérative. J’ai lu les recommandations scientifiques et mon choix s’est porté sur la voie basse.
J’avais fait une FIV. Le gynécologue qui me suivait, dans une clinique privée des Yvelines où j’habite, m’a tout de suite dit qu’avec lui ce serait une césarienne programmée à 38SA. Quand j’ai voulu argumenter il m’a dit sur un ton sec que je ne trouverai personne qui accepte autre chose et que, si je n’acceptais pas, il faudrait que je trouve un autre gynécologue, qu’il ne me suivrait plus car il ne suivait que celles qui accouchaient avec lui. Sympa!
Je suis ensuite allée voir l’hôpital public d’à côté, où j’avais accouché la première fois, sans beaucoup d’enthousiasme, vu la façon dont avait été accueillie mon projet de naissance de mon ainé. Le même gynécologue responsable de la maternité m’a accueillie et, quand j’ai parlé de ma volonté d’accoucher par voie basse, ce qu’on appelle un AVAC (accouchement voie basse après césarienne), il a été méprisant et très autoritaire, me prenant de haut et me disant que ce n’est pas moi qui décidait, que ce serait une césarienne à 38SA et rien d’autre. J’ai voulu lui donner mes arguments mais il n’a même pas voulu les écouter, pourtant je m’étais longuement documentée sur les risques d’une voie basse sur utérus cicatriciel et sur les risques comparés d’une 2ème césarienne, et j’avais fait mon choix en connaissance de cause, mais il m’a prise de haut en me disant que je ne trouverai personne qui accepte. Il m’a ensuite fait un toucher vaginal, inutile à ce stade, sans ménagement et douloureux.
Ça a été difficile de trouver une équipe qui accepte une voie basse. Grâce aux forums de césarisées, j’ai trouvé dans d’autres départements 2 hôpitaux qui acceptaient une voie basse mais médicalisée (péridurale, puis extraction du 2ème jumeau en allant le chercher à la main). Et j’ai trouvé un groupe physiologique dans le 92 qui acceptait une voie basse non médicalisée, une naissance physiologique. J’ai donc été suivie par une sage-femme libérale de ce groupe, connue pour faire des accouchements à domicile, et j’ai vu à 3 reprises le gynécologue qui participerait. L’accouchement était prévu en plateau technique dans une clinique privée. Le tarif était très cher, et non remboursé par la sécurité sociale.
Le suivi s’est bien passé, hormis le fait que la sage-femme est particulière: elle est persuadée que toutes celles qui ont eu une césarienne ont été victimes d’inceste. Elle essaiera de me « psychologiser » mais sur les forums on m’avait prévenue alors je ne m’en formaliserai pas. J’aurais dû!
Au début mon projet de naissance a été accepté. Le gynécologue m’avait même dit qu’il ne me mettrait jamais la pression sur le dépassement de terme et ne me déclencherait pas et qu’au pire ce serait une césarienne à 42SA.
Puis quand j’ai approché du terme, vers 38SA, je les ai senti se raidir. Tout d’un coup ils voulaient relire mon projet de naissance et remettaient en cause plusieurs choses. Le gyneco voulait me faire des touchers vaginaux inutiles et s’énervait que je refuse (alors que c’était dans mon projet de naissance) et disait que c’était indispensable sans me fournir un argument médical, et se vexait que je demande des explications. Pour lui c’était un manque de confiance de ma part. Alors que j’avais toujours dit et écrit que j’accepterai tout à partir du moment où on me donnait un argument médical. Je les avais choisi pour être intégrée au processus de décision et ne pas subir mon accouchement comme à l’hôpital et j’étais bien déçue.
Ils ont parlé de déclenchement à partir de 39SA et je ne voulais pas. J’avais l’impression de m’être fait avoir: au début ils m’avaient dit que mon projet de naissance ne posait aucun problème, puis à la fin ils remettaient tout en question.
À 40SA+1 jour, les contractions se déclenchent. La sage-femme, qui avait promis de venir chez moi vérifier le col et faire le pré-travail à domicile, refuse et me demande sur un ton directif d’aller à la maternité. J’arrive avec une accompagnante (une mère de 8 enfants rencontrée virtuellement sur Facebook, et ayant accouché chez elle de jumelles). La sage-femme est désagréable, agressive. Je lui dis que j’ai été contrariée qu’elle ne vienne pas chez moi comme prévu, elle me rétorque qu’elle n’avait pas envie que je veuille rester accoucher chez moi. Je lui demande pourquoi un tel manque de confiance, elle me répond que comme je n’ai pas confiance en eux, eux non plus. Je dis que ce n’est pas parce que je refuse certains actes non justifiés que je n’ai pas confiance, et que c’était dans mon projet de naissance, et que je veux clarifier la situation avec elle, qu’on en parle avant que j’aille en salle de travail sinon ça va me bloquer, elle refuse catégoriquement de parler et s’énerve.
Puis elle me fait un toucher vaginal, je ne suis quasiment pas dilatée, et elle râle comme si c’était ma faute!
Je passerai 23h avec elle faisant la gueule, agressive parfois, et me disant des choses désagréables (« de toute façon tu n’y arrivera pas », « le deuxième jumeau ne va pas sortir », etc). A chaque fois que j’étais dans la même pièce qu’elle mes contractions ralentissaient, puis quand elle sortait pour fumer sa cigarette, le travail recommençait à s’intensifier.
Heureusement ma copine m’encourageait.
Quand j’en suis arrivée à 3 de dilatation, le gynécologue est passé pour m’engueuler car je refusais la voie veineuse, et m’a dit que je les « utilisais » (j’appris plus tard qu’il n’avait toujours pas digéré mon refus du toucher vaginal). J’étais en larmes, je ne comprenais pas pourquoi ils m’agressaient alors que si je les avais choisi c’était pour vivre un moment intime et entourée de gens bienveillants. J’essayais de lui demander la raison médicale de me poser à ce moment là une voie veineuse, aucun argument ne me fut donné, ils étaient outrés que je pose la question. L’anesthésiste est venu, m’a expliqué en quoi ça pouvait lui être utile (enfin une personne respectueuse et qui consent à me donner des explications) et bien qu’il n’y ait pas d’utilité absolue (c’est plus du confort pour eux), j’acceptais pour leur faire plaisir.
Puis les heures qui ont suivies je fis tout mon possible pour dilater (montée des escaliers, etc).
La sage-femme vérifie et je suis presque à 7 de dilatation. Elle veut qu’on quitte la salle nature très intime et confortable pour aller en salle de naissance, ce dont je n’ai pas du tout envie. J’ai peur que ça bloque la progression du travail et je demande à rester encore un peu. Refus catégorique de la sage-femme qui m’ordonne de la suivre. Arrivée en salle naissance, elle m’interdit d’en sortir et de continuer à monter et descendre les escaliers. Elle veut que je monte sur la table, je refuse. Ma copine met une couverture par terre et je m’accroupis en me tenant au lit. La sage-femme me fixe d’un air toujours aussi désagréable et mes contractions ralentissent, le travail stagne. Elle s’éclipse sans aucune explication. Je sors dans le couloir et l’entend dire au gyneco qu’elle fait préparer le bloc pour la césarienne. Elle ne m’en aura même pas parler avant! Pourtant je vais bien et le monitoring montre que les bébés aussi vont bien.
Le gyneco revient, il n’est plus agressif et dit vouloir m’aider. Je vient de fissurer la poche des eaux. Il propose de finir de la percer et j’accepte. Je dilate à 8. Alors il me dit qu’il va essayer une manœuvre manuelle et sinon c’est la césarienne. Je demande pourquoi vu que le monito est bon, il ne me donne aucune raison mais exige que je fasse un choix entre les 2 options qu’il me donne. J’accepte la manœuvre mais je demande la péridurale ou un anesthésique, il refuse (pourtant il n’y avait pas urgence et l’anesthésiste avait dit qu’il pouvait venir à tout moment). Je lui dit qu’avec la péridurale si le travail ralentit il peut quand même utiliser de l’ocytocine puisqu’il l’a fait pour une autre patiente avec qui j’avais sympathisé, qui m’avait raconté son accouchement, et qui avait comme moi stagné à 7. La sage-femme me dit que ça ne me regarde pas ce qu’ils ont fait avec elle ( sauf qu’elle m’a tout écrit en detail!) et le gynécologue marmonne que moi c’est différent (pourquoi? je ne sais pas).
J’accepte donc la manœuvre. Deux sages-femmes m’écartent et me tiennent les jambes et lui plonge sa main profondément et tente d’écarter le col avec ses doigts. La douleur est atroce. Il me dit de pousser pendant les contractions, mais comment pousser alors qu’il enfonce son bras… c’est impossible et trop douloureux, surtout allongée sur le dos. Je lui crie d’arrêter. J’en suis à 9 de dilatation. Je lui redemande la péridurale pour réessayer mais il refuse.
Je me demande dans quelle mesure cette manœuvre n’était pas faite exprès pour que j’accepte la césarienne.
Je suis donc charcutée pour la deuxième fois. Mes bébés vont bien et je peux les allaiter de suite après avoir été recousue, mais la déception de n’avoir pas pu les mettre au monde naturellement est grande, et je suis mortifiée des moments si importants de la naissance qui ont été si tendus et stressants.
J’avais le sentiment que ça aurait pu se passer autrement, qu’il ne m’aurait fallu que du calme, de la bienveillance, de l’intimité pour y arriver. Plus tard le gynécologue me dira que la poche du deuxième jumeau bloquait le passage du premier. Si c’est vrai je ne peux me plaindre que de l’ambiance qui a régné.
Je me sens heureuse de ce que j’ai pu faire pendant cet accouchement. J’ai réussi à gérer sans péridurale les contractions jusqu’à dilatation quasi-complète. Mais je suis en colère contre ma sage-femme  qui a été vraiment nocive et m’a gâché ce moment. Je me demande si j’aurais réussi avec une autre équipe en acceptant une péridurale d’office, je ne le saurais jamais.
C’était à 41 ans sans doute mon dernier accouchement et raté encore une fois. Et si jamais je devais tomber  enceinte dans 3 ou 4 ans (très peu probable), j’ai un utérus ayant eu 2 césariennes et aucun gynécologue ne m’autorisera à tenter une voie basse. Cela veut donc dire que tout espoir de vivre ce moment naturellement est fichu.
J’ai vite mis de côté cet accouchement décevant et me suis consacrée à mes bébés.

#340 L’accouchement de Justine, Belgique 2011

8 Fév

Nous sommes en 2010 quand mon compagnon et moi apprenons que je suis enceinte. Ayant très peur de l’accouchement, de l’hôpital, de l’acte médical, je ressens le besoin de suivre une préparation à l’accouchement. Cette préparation qui est l’haptonomie m’a vraiment rassurée dans le sens ou je me suis sentie capable d’accoucher, j’ ai pris confiance, nous étions serein.

Le 17 mars, je perds les eaux a 22h. Le papa et moi décidons de prendre notre temps avant d’aller à la maternité. Nous prenons les dernières photos à deux, …
Nous arrivons a minuit à la maternité. Je passe par l’admission et je me retrouve très vite dans une chambre ou on me dit d’essayer de dormir car les heures qui suivent vont être difficiles. Deux heures plus tard, les premières contractions arrivent, on m’apporte un ballon afin de me soulager. Mon compagnon et moi arrivons a bien gérer les contractions, Grace a notre préparation, je pense. Mais, je comprends très vite que le personnel est débordé, nuit de pleine lune ? Personnel insuffisant? … Je n’en saurais pas plus.
On m’envoie une stagiaire sage femme pour s’occuper de moi. Elle passe toutes les 1h30 plus ou moins afin de m’ausculter. Il est 12h la douleur est de plus en plus forte mais nous continuons a gérer les contractions tant bien que mal. Le travail est lent, mon col ne s’ouvre pas, je fatigue, … J’aperçois la sage femme, enfin, dans ma chambre, elle vient m’ausculter, la stagiaire sage femme m’ausculte aussi. J’avais mal, je ne voulais pas qu on m’ausculte une seconde fois mais je n’ai rien su dire.
Je comprends que mon col ne bouge pas, elles parlent entre elles mais ne me disent rien.
Dans la chambre d’a coté j’entends une maman en souffrance, qui crie beaucoup, j’ai peur mais je me concentre.
Vers 13heures, la sage femme me dit : ‘ la dame d’à côté demande la péridurale, si vous la voulez c’est maintenant car après je ne suis pas sûre que l’anesthésiste revienne’. Oui, j’aurais aimée essayer aller plus loin sans péridurale, oui je voulais un accouchement naturel, mais prise de panique, j’accepte.
Nous partons en salle de naissance, on me pose la péridurale qui fait très vite effet. On m’injecte une dose d’ocytocine, le travail n’allant pas assez vite à leur goût, je présume, on m’en injecte une deuxième.
Tout s’enclenche, je ne me sens pas bien, je ne vois plus, … Le rythme cardiaque de mon bébé chute, une dizaine de personnes rentrent dans la salle, mon compagnon était à côté de moi et tant bien que mal, il garde son calme, pour moi.
Personne ne m’explique rien mais je comprends que c’est grave. On me sonde, on me prépare … Mon gynécologue arrive … Enfin, un visage connu.
Et là d’un ton paternaliste, il m explique que ce n’est pas grave, le bébé va bien mais il ne faut plus tarder car il ne supporte plus les contractions, il pose sa main sur mon épaule et là d’un coup je me suis sentie en sécurité. J’avais besoin de ces explications, de ce ton rassurant.
Il accepte même la présence du papa en salle d’opération et nous partons en césarienne.
Arrive en salle d’opération on me prépare, et la je sens qu’on ouvre mon ventre, j’ai peur, je sens, je débats mes jambes, l’anesthésiste me fait respirer dans un masque, je m’endors. On sort mon fils de mon ventre, le papa accompagne la sage femme pour les premiers soins. Mon compagnon m’explique qu’il a dû insister pour que je vois mon fils avant d’aller en salle de réveil, on ne voulait pas me le montrer car j’étais endormie…. Pourtant je me souviens d’avoir entendu la voix du papa de loin m’appeler, je me réveille et je vois le visage de mon bébé à côté de moi quelques secondes, un moment rempli d’émotions.
Ensuite, on m’emmene en salle de réveil pendant deux heures.
Lors de mon réveil, on tarde a me ramener en chambre, une sage femme passe au bout de mon lit et me dit ‘qu’il est beau votre fils madame !’ Cette phrase résonne encore dans ma tête à l’heure actuelle, comment peut-elle se permettre de me dire ça à moi, qui a juste eu le droit que de l’apercevoir, moi qui n’attend qu’une chose c’est qu’on me remonte dans ma chambre afin de retrouver mon fils et mon compagnon?
Ce n’est que deux heures après sa naissance que notre histoire de vie à trois a pu commencer …
Il me manque des chapitres dans l’histoire de mon fils, j ai l’impression d avoir raté des choses, de ne pas avoir été là comme je l’aurais dû, comme je m’en étais fait l’idée…

#338 La naissance prématurée de Y. et N.

4 Fév

Après avoir vu des amies se lancer  pour contribuer a votre défi à mon tour…voici la naissance de mes filles, arrivées trop tôt a 32sa suite a une pré éclampsie. j’ai écrit ce texte il y a un moment déjà, elles ont aujourd’hui 1 an et sont en pleine forme mais leur naissance restera un jour si particulier dans nos vies….Je ne sais pas trop si ce témoignage pourra vous aider, malheureusement en cas de naissance prématuré des choix….il y en a peu à faire…..heureusement nous avons eu le chance de croiser la route de quelques SF, de puéricultrices, d’aide soignantes pleine de douceur et de bienveillance dont je garde un souvenir encore très fort aujourd’hui. Merci à eux d’avoir été un soutien si important quand dans les yeux des autres je me sentais tant jugée et si peu.

Avoir l’impression que « tout ça » c’était réglé, bien rangé au rang des souvenirs désagréables, que j’étais en paix avec ce morceau de grossesse qu’il me manque, cette césarienne, leur naissance si violente et la prématurité…mais non..
Avoir l’impression que tout ça remonte d’un coup, comme un tsunami, cette force si violente qui écrase tout sur son passage…
« Replonger » dans cette naissance et avoir l’impression qu’on a eu chaud…relire les compte rendu de leur arrivée dans ce monde… mon mari m’a parlé de son arrivée en néonat pour voir les filles, je pensais pas que ça avait été si mouvementé…j’avais pas compris, pas vu pas voulu voir,je sais pas, peut être un mécanisme inconscient de protection
Avoir l’impression de pas avancer car quand j’essaye d’en parler on me dit « arrêtes de ressasser, tes filles sont là elles vont bien c’est l’essentiel, oublies tout ça c’est du passé », oui c’est vrai tout ça c’est dernière nous, j’ai essayé d’oublier, d’enfouir loin loin ces moments mais apparemment pas assez….

alors écrire

il est 2h du matin j’ai du mal a respirer, ça fait 3 semaines maintenant qu’on nous surveille comme du lait sur le feu…des protéines dans les urines, une maman qui rivalise avec le bibendum michelin tellement elle a de l’oedeme, des prises de sang pas normales…Je suis hospitalisée depuis quelques jours, je sens que ça va plus tarder, dejà plusieurs fausses alertes, plusieurs fois les SF qui viennent en me demandant si mon mari travaille jusqu’à tard, si j’ai déjà été rasé pour la césarienne.les injections de celestene sont faites…Les gynécos sont un peu perdus…tableau de pré-éclampsie, helpp syndrome mais sans l’hypertension….mais là je sais que c’est pour bientôt, je n’urine plus depuis plus de 18h malgré la sonde , j’ai mal a la poitrine, j’ai eu le droit a une echo cardiaque verdict oedeme autour du cœur, trop d’eau dans ce corps qui n’évacue plus alors on déconne plus ce sera pour dans quelques heures, on a grappillé tout ce qu’on a pu avec des pds toutes les 6h pour s’assurer que ça ne s’aggrave pas trop là on a atteint la limite pour moi…32 sa tout pile….c’est peu, si peu…comment ça va se passer? qu’est ce qu’il nous attend?avec mon homme on ne dormira plus maintenant, on réfléchit, on écoute de la musique la nuit est calme, on pleure un peu on a un peu peur…dans quelques heures on sera parents, elles seront là….pourvu que tout aille bien. quelques photos, les dernières de ce ventre plein et l’attente…

8 janvier

Il y à déjà deux césa en urgence au bloc on attend, le SF vient me passer un produit pour la maturation neurologique et me donner la prémédication, le produit a de drôle d’effet secondaire couplé aux calmants, me voilà qui perd pieds et en pleine crise d’angoisse, il faut y aller, écourter cette attente.

Le bloc…alors c’est ici qu’elles verront le jour, leurs premiers regard…bof il fait froid, c’est tout métallique, trop éclairé,, pas comme j’imaginais leur arrivée. Je reconnais la sf, elle s’était occupé de moi au service de suivi des grossesse patho, elle a un caractère fort ça me plait. Un dernier coup de monito et le galop de vos cœurs réchauffent la pièce. Aujourd’hui c’était le jour de l’écho du 3eme trimestre, je vous verrais en vrai..L’anesthésiste me demande de m’installer pour la péri, ce que j’aurais voulu éviter si j’avais pu les emmener plus loin et leur offrir une vraie naissance.je m’installe et j’essaye de faire le dos rond des les aider, la sf m’encourage mais rien à faire ils n’y arrivent pas, déjà une demi heure qu’ils y sont je me sens mal j’ai froid, j’ai peur je suggère à la sf qu’on recommence demain là j’en ai marre, j’ai la tête qui tourne et l’anesthésiste ne veut pas que je m’allonge, la sf me retient comme elle peut, me rassure me donne la main, j’aimerai tellement que mon homme soit là..Une dizaine d’essais, quelques larmes plus tard enfin c’est posé…mon mari rentre enfin tout habillé en bleu….il est d’un calme (il m’avouera plus tard que c’était que l’air, dedans c’était le panique!), il me caresse le visage, je lui prendrais bien la main mais je suis attachée…
On me badigeonne le ventre « mais héhéhé stop je sens tout là!!! » quelqu’un me répondra « c’est normal vous allez sentir sans souffrir » et c’est parti..ah oui je sens mais ça fait pas mal…c’est étrange. J’entends un « olala mais c’est quoi, vous avez beaucoup d’endométriose madame, ça va nous compliquer la tache… ». Je sens leur mains qui fouillent dans mon ventre, ça sent le cramé, plein de drôles de bruits, ils aspirent le liquide et j’entends « attention voilà une tête » et quelques secondes après un cri…si petit si aigu mais si puissant, ma N. ma toute petite te voilà, « bienvenue mon amour »,….mon homme pleure il est submergé, N. pleure quel soulagement, je la vois dans les bras de la SF, pas si petite je trouve, un petit passage auprès des pédiatres et on me l’approche du visage..je la sens, l’embrasse, me frotte le visage contre elle , c’est animal…Il faut vite l’emmener pour les soins. « Ah voilà une paire de fesse » et un second cri, Y. te voilà ma douce « bienvenue ma puce ». elle pleure moins je ne la vois que rapidement, elle est prise en charge vite par l’équipe de pédiatrie, ça y est…elles sont là….on nous annonce les poids, 1670 grammes et 1620 grammes, bravo mes amours!! Il faut maintenant prendre soin de vous, voie centrale, intubation, ventilation..que de douleurs et de violences pour vos premiers instants de vie…excusez moi….
Je lâche prise. Mon mari me câline le visage ,nous pleurons en espérant que tout va bien….et d’un coup j’ai mal je hurle, la SF prévient vite l’anesthésiste que je bouge les jambes, il faut réinjecter du produit vite, j’ai si mal….l’anesthésiste me pose un masque et me demande de respirer profondément je sens que je m’endors, je n’arrive plus a parler j’ai la sensation d’étouffer, et ces mains qui tirent, appuient…vite que ça se termine, ça fait mal,ça me semble long, j’arrive plus a parler (mon mai m’a raconté que je grognais) mais j’entends, tout le monde s’agite, je saigne beaucoup, ma tension descend, ils ont beaucoup de mal a replacer l’utérus dans le ventre, l’endométriose gêne beaucoup,ils prennent beaucoup de précautions mais j’entends que c’est compliqué. je ne sais pas trop quand mon mari sort, on m’agrafe et on m’emmène en salle de réveil,Je suis complètement amorphe, je saigne encore pas mal, je n’ai qu’une hâte voir mes bébés, comment vont elles? où sont elles? elles sont nées a 11h57 et 11h58 je ne les verrais qu’a 18h30.
Les suites de couche furent très douloureuses, une grosse anémie m’a beaucoup fatiguée , je suis encore très surveillée mais mon corps se remet en route. Le besoin d’être près de mes trésors m’a fait me lever et reprendre le dessus. Mes trésors, lovées dans leur cocon de tissu à l’étage du dessus, entourées de fils et de tuyaux dans leurs couveuses.J’ai pu prendre N. dans mes bras le lendemain et Y. le 10 (à cause de l’intubation ça n’était pas possible avant). Elles sont parfaites, leur peau est si douce, toute chaude, elles ne sont pas si petites, ne nous impressionnent pas. Mon mari a pris plein de photo que je regarde en boucle dans ma chambre, les premiers jours je ne reste pas très longtemps en réa mais plus les jours passent moins je suis dans ma chambre. Elles évoluent bien, ce sont des battantes, elles ont une telle force de vie qu’elles nous imposent un respect et une admiration profonde….Mes filles….l’histoire de la néonat , les joies, les peurs, c’est une autre histoire que je n’ai pas encore la force de coucher sur le papier, pas aujourd’hui en tout cas, les longues heures a pleurer auprès des couveuse dans le silence feutré de ce service, à m’excuser auprès de ces bébés de ne pas avoir pu les emmener plus loin, de pas avoir réussi a leur offrir la chaleur de mon giron plus longtemps sont encore trop présentes dans mon esprit. Notre allaitement trop court reste aussi douloureux, celles qui ont fait la triste expérience de la néonat comprendront, le tire lait 8  à 10 fois par jour, les sondes gastriques, les 3h entre chaque tétées à respecter, les 1001 conseils contradictoires, les chiffres, les doubles pesées…..j’ai donné tout ce que j’ai pu malgré des douleurs très fortes pendant les tétées….on me disait c’est normal ça va passer….et ça ne passait pas….j’ai baissé les bras. J’ai tenu 2 mois, 2 tout petit mois…plus tard j’ai appris que ces douleurs (comme un millier d’aiguilles qui cherchent a sortir du sein, une brûlure qui irradie jusque dans l’épaule) n’étaient en fait pas normal….candidose des canaux lactifères…..apparemment un traitement aurai suffit et nous avions tous les symptômes (moi les douleurs, mes filles les mycoses) mais personne n’a su, n’a vu. Je n’ai pas trouvé la force de tenter une relactation.  Je leur donne leur biberon avec autant d’amour que mon propre lait mais je garde un gout amer de ces « ce n’est rien c’est normal ça va passer…. ». Manque d’information? manque d’écoute? Trop de travail (il n’y avait qu’une conseillère en lactation pour toute la néonat)? Je n’en sais rien mais j’aurais souhaité autre chose. On se sent déjà si peu face aux équipes soignantes, cet allaitement était la seule chose que seul moi pouvais leur donner j’y tenais beaucoup, j’aurais réussi un peu mais pas assez.

voilà

Après tout ça l’impression de n’avoir qu’une certitude : l’amour inconditionnel que je porte a ces deux êtres, mes filles, Y. et N., mon oxygène, mon énergie…je ne regrette rien de la galère parcouru pour qu’elles viennent se nicher en moi, ça en valait la peine

Elles ont déjà 3 mois…

Elles me sourient….

#335 Charlène, dans le Sud de la France

2 Fév
Cette année devait être la plus belle à mes yeux, celle ou j’allais être maman pour la première fois…
J’ai 19 ans et je vis dans le SUD.
Dès que mon test de grossesse a été positif, je n’ai pas perdu 1 seconde pour me lancer dans l’aventure et j’ai pris mon premier rendez vous chez une gynécologue pour une échographie de datation.
La rencontre avec cette gynécologue à réellement lancé l’aventure qui c’est avérée être, un parcours du combattant.
Le jour du rendez vous, cette gynécologue m’a tout de suite traitée comme un chien. Elle a beaucoup insisté sur mon jeune âge et m’a demandé de me mettre nue sur son fauteuil. J’ai eu le droit à une écho vaginal sans même qu’on m’explique le principe. Au bout de 2 min, elle me demande de me rhabiller et me donne une feuille. Elle me demande de lui faire un chèque de 28€ et au revoir mademoiselle ! Sur le coup je n’ai pas réagis mais j’ai quand même demandé si j’étais bien enceinte et si mon bébé était vivant, ce à quoi elle a répondu :
‘ Si vous faites une fausse couche vous n’aurez qu’à remettre ça le mois prochain, 28€ s’il vous plait ‘ !
Ce fut le début de l’horreur pour moi. L’hôpital a refusé de me prendre avant 6 mois malgré ma grossesse à risque. J’ai été suivie par ma généraliste et l’échographie de mes 12 et 22 SA ont été faites dans un cabinet privé. Durant ces deux premiers trimestres j’ai beaucoup souffert, je me suis sentie seule et totalement délaissée. De plus, mon patron m’a forcé à me mettre en arrêt du fait de ma grossesse car : ‘ une femme enceinte c’est une femme handicapée, ça ne sert à rien dans l’entreprise … ‘
Je suis arrivée difficilement jusqu’à mes 26SA de grossesse, mal suivie, la peur au ventre, je ne savais pas ce qu’il allait se passer que ce soit pour mon accouchement ou pour la suite. J’ai été malade du premier jour de ma grossesse jusqu’à la fin, l’angoisse, le stress…
Puis à 5 mois je me suis retrouvée aux urgences pour contraction. On m’a mise en arrêt maladie et alitée, ce n’est pas pour autant qu’on m’a suivi plus tôt que prévu à l’hôpital. J’étais seule chez moi, toute la journée, en attendant de voir enfin un médecin en gynécologie.
Le 6ème mois est arrivé et j’ai enfin pu rencontrer une gynécologue, celle qui allait m’accoucher. Je suis arrivée à ce rendez vous heureuse et je suis ressortie en larmes. Quand je lui ai annoncé que je devais avoir une césarienne à cause de mes problèmes de coeur, elle m’a annoncée que non, elle m’accoucherait par voie basse malgré la lettre de mon cardiologue. Je n’ai pas le droit de pousser. Pour elle, il était plus simple de tirer le bébé avec une ventouse que de faire une césarienne. Ensuite après un touché et un tour sur la balance je suis partie. Le rendez suivant ( 1 mois après ) a été une bataille pour faire valoir la demande du cardiologue. Rebelote un simple touché et un tour sur la balance…
J’ai eu l’impression de n’être rien dans ce monde-là. J’ai eu la chance de trouver une sage femme qui m’a accompagné vers 7 mois jusqu’à la naissance de mon fils car sinon, je pense que j’aurais craqué. Etre seule dans ce milieu, malgré la présence de mon conjoint qui était lui aussi autant pommé que moi devant ce médecin sans aucun sentiment et qui avait l’air de se foutre complètement de mon état de santé était incompréhensible. Nous avons demandé à changer de gynécologue mais si je voulais changer, je n’avais qu’à accoucher ailleurs ! Donc trop loin de chez moi…
Je n’avais qu’une envie, arriver à la fin. Puis le 8ème mois est arrivée, je me suis sentie de plus en plus mal avec des douleurs atroces dans le ventre. 4 jours avant ma césarienne je me suis décidée à me rendre aux urgences après avoir tenté pendant 3h de joindre la maternité par téléphone…
Nous avons dans un premier temps rencontré une sage femme des urgences qui avaient l’air de se foutre totalement de mon état :  » Ha vous avez mal au ventre ? Ho mais vous stressez pour la césarienne c’est tout, prenez quelque chose pour vous calmer comme du spasfon et rentrez chez vous « . Après lui avoir fait comprendre que non je ne stressais pas et que j’avais mal, elle s’est enfin décidée à m’examiner. Col fermé mais on me met sous monito ‘ au cas ou ‘…
Après 1h de monito mes douleurs me reprennent et là s’affiche une grosse contraction et le coeur du bébé ralentit et ça à chaque douleur. Enfin on me prend au sérieux, enfin on m’écoute… Je suis restée 2h sans voir personne, accrochée à cette table… Puis on est venu me dire que j’avais le choix entre prendre de la morphine pour tenir 4 jours ou avoir la césarienne le lendemain. J’ai donc demandé ma césarienne car la douleur était insupportable.
J’ai passé ma nuit dans une chambre, seule avec une autre maman, sans aucune visite, personne n’a voulu me donner d’anti douleur ou m’expliquer pourquoi le coeur de mon fils ralentissait aux contractions…
Le lendemain à 8h une personne est venue me raser devant ma coloc de chambre, sans me cacher.. Ensuite une douche à la bétadine et on me conduit dans le fameux bloc. Je suis détendue, je n’ai pas peur, j’ai toujours su que j’aurais une césarienne. Puis ma gynécologue arrive, pas un regard, un petit bonjour et elle a détournée la tête… La césarienne commence.
Au bout de 10 min, j’ai compris que quelque chose clochait, ma gynécologue demande d’augmenter le son de la musique, je vois d’autres personnes rentrer, puis au bout de 15 min on m’annonce que mon fils est né, pas un pleur… d’un coup j’entends du bruit à côté, je vois des personnes partir en courant… Personne ne me dit rien. Puis j’entends des pleurs, enfin, j’ai cru ne jamais les entendre.
En salle de surveillance j’ai enfin mon fils dans les bras, il est plein de bleu, tout blanc, tout petit alors qu’il était estimé plus gros. On m’annonce que tout s’est très bien passé mais qu’on doit lui faire une radio du crane, qu’on fait ça à toutes les césariennes. Ensuite on m’explique qu’il a un soucis de pied tordu, mais pareil, ça arrive à toutes les césariennes… Première tété, mon fils tête très bien. Mais on le complète à la seringue, on m’explique qu’il fait de l’hypoglycémie et que c’est normal… Le soir, en retour en chambre, sans m’expliquer encore une fois, on sonde mon bébé, car, il ne garde pas assez son sucre.
Le lendemain on m’interdit d’allaiter pour ne pas le fatiguer… j’ai tapé des pieds et des mains pour avoir un tire lait.. on me laisse seule avec cette machine. On m’autorise à mettre mon fils à téter toutes les 6h sans m’expliquer comment le mettre au sein, je n’y arrive pas avec la césarienne, on ne m’aide pas, je suis seule… je demande de l’aide et au lieu de ça on me dit que ça fait trop longtemps que je stimule mon fils et qu’il se fatigue et on le remet sous sa sonde… bien sur qu’il n’a pas envie de se fatiguer à téter , il est nourrit H24 par cette sonde et ça lui suffit, il n’a pas perdu de poids…
J’ai demandé à savoir comment c’est passé ma césarienne, personne ne me répond sincèrement, on me ment, on me cache des choses. On me prend un rendez vous avec un spécialiste dans un autre hôpital, dans une autre région car mon fils a ‘ un soucis à la tête ‘ mais selon les pédiatres, rien de grave… On ne me donne pas le nom de sa maladie car ‘ soit disant ‘ on ne sait pas…
 4 jours après, on lui enlève sa sonde et j’ai râlé pour avoir une sage femme pro allaitement pour m’aider enfin à mettre mon fils au sein ! J’avais mes montées de lait, j’avais envie de tout faire pour réussir mon allaitement.. A j5 il commence une jaunisse, les médecins ne veulent pas le traiter pour le moment et préfèrent attendre qu’il soit dans la courbe critique… A j6 mon fils est enfermé dans cette machine H24 et ne sera sortie que pour téter… Je n’en pouvais plus de ce calvaire, de ces mensonges…
Je suis sortie à J9, après m’être fait manquer de respect par une sage femme. Elle avait prévue ma sortie au matin et mon conjoint ne pouvait venir que l’après midi… elle s’est permise de me dire que :  »  si il faut aller chercher votre fils à la crèche vous le laisserez dans la rue car vous ne pourrez pas arriver à l’heure ?  Vous devriez prendre un taxi, quoi ? Vous n’avez pas les moyens de payer un taxi ? Alors pourquoi vous faites un enfant si vous n’avez pas d’argent pour payer un taxi ? C’est quoi ces jeunes… Vos parents ne peuvent pas venir vous chercher car ils n’habitent pas la région ? Mais vous êtes comme tous ces jeunes qui viennent dans le SUD pour le soleil et le jour ou vous êtes dans la merde c’est bien fait pour vous !! ‘ Après tant de méchanceté je me suis permise de la remettre à sa place et elle m’a envoyé la psy pour être sûr de mon état psychologique pour sortir… Je lui avait juste demandé a sortir l’après midi au lieu du matin…
Durant cette grossesse je me suis sentie seule et durant ce séjour à la maternité j’ai été humiliée et on m’a menti et mise de côté…
10 jours après ma sortie, je reçois mon compte rendu venant de ma gynécologue qui explique que tout c’est bien déroulé durant la césarienne… 1 mois après je reçois un second compte rendu… celui du pédiatre… et là, j’ai enfin appris toute la vérité. La césarienne c’est mal passé, ma gynécologue a paniquée, elle aurait ratée son extraction avec les spatules et aurait tenté de sortir mon fils avec les mains. Mais comme elle n’a pas fait d’écho avant, malgré qu’on m’ait admise car il y avait un problème, elle ne savait pas que la position de mon fils était très mauvaise, coincé dans mon ventre, cordon autour du cou. Elle a donc sortie mon fils en le tirant par les pieds alors qu’il était tête en bas… une sortie brutale qui lui a valu un problème à la hanche et ses pieds ainsi que de nombreux bleus. Il ne respirait pas à la naissance. Et on a détecté une craniosténose dès le premier jour. Mais rien de tous ça ne m’a été dit… Rien du tout…
Je ne me sens pas prête a retenter l’expérience, je souffre encore de ces mensonges et de ce suivi catastrophique…
 Merci de m’avoir lu.

#334 – Le récit d’Abigaïl, Bretagne 2006

2 Fév

Ma plus grande fille est née il y a 8 ans en Bretagne (France). J’avais 33 ans. Mon récit pourra paraître très banal : à part quelques gestes isolés, il n’y a eu ni maltraitance ni violence manifestes, rien qu’un suivi et une naissance ultra médicalisés, comme en connaissent des milliers de femmes aujourd’hui en France… alors que mon bébé et moi-même étions en parfaite santé.

En fait j’ai mis de nombreux mois avant de reconnaître que j’avais été profondément minée par cette expérience. La césarienne (programmée par l’obstétricien pour cause de présentation du bébé par le siège, donc sans travail) m’apparaît comme l’aboutissement d’un processus subtil de dépossession et de déshumanisation. S’est installé sournoisement, à partir de mes premières visites chez le médecin, le sentiment que mon ventre ne m’appartenait plus, que mes questions et mes attentes n’avaient pas lieu d’être exprimés, que mon futur bébé courait potentiellement de graves dangers, bref que j’étais incompétente.

Pourtant sans être très informée, je m’intéressais à une approche respectueuse de la physiologie et du ressenti de la mère. J’avais choisi la maternité en conséquence. J’avais également choisi un médecin généraliste (que je connaissais depuis peu mais en qui j’avais confiance) pour le suivi des premiers mois, pensant qu’un médecin de famille serait moins interventionniste. C’était compter sans la suffisance et la malhonnêteté (sous des dehors foncièrement sympathiques) des professionnels qui m’ont « accompagnée », banalisant systématiquement les interventions « proposées » et taisant leurs conséquences les plus problématiques. Plus grave encore, à aucun moment, et sans qu’on puisse invoquer la raison de l’urgence, ces professionnels ne m’ont placée en position de faire des choix et de décider ce qui était préférable pour moi-même et pour mon bébé.
Le médecin était gentil mais focalisé, durant les 15 minutes que duraient les visites, sur la liste des examens à pratiquer, présentés comme incontournables, de routine. Que certains de ces examens soient pour moi source d’inconfort ou de stress inutile n’était pas intégré dans l’équation. La sage-femme qui animait les séances de préparation à l’accouchement était drôle et chaleureuse, dédramatisant beaucoup. J’ai apprécié les rencontres, qui atténuaient un peu mon anxiété croissante, même s’il y avait finalement peu de place pour la discussion. Je n’ai réalisé que plus tard à quel point le contenu des explications qui nous étaient « livrées » était pauvre : une seule séance consacrée à l’accouchement lui-même, et encore a-t-on eu plutôt un exposé (sans aucune distance critique) des protocoles hospitaliers.
À partir du 8e mois, le suivi de ma grossesse a été assuré par un jeune gynécologue-obstétricien de la maternité. Le bébé ayant adopté une position en siège, une version m’a été suggérée, suite à quoi, si le bébé ne bougeait pas et que la radiographie de mon bassin présentait une situation « défavorable », ce serait la césarienne, 2 à 3 semaines avant la date prévue d’accouchement. C’était là l’enchaînement programmé par le médecin, qui n’a mentionné aucune alternative, ni exposé les risques d’une intervention chirurgicale au regard d’un accouchement par voie basse. Je n’ai pas souvenir d’avoir été invitée à donner mon avis. À vrai dire, je n’osais même pas envisager un scénario si contraire à mes attentes. Tout ça me semblait très abstrait.
J’ai soumis la question de la version à la sage-femme, et c’est forte de ses propos rassurants que je me suis présentée au rendez-vous, seule et sans trop d’appréhension, d’autant que le médecin m’avait assuré qu’il « ne s’acharnerait pas ». 4 heures d’attente, à jeun, avant qu’une salle se libère, trois tentatives de version, certes courtes mais très douloureuses, échec, attente pendant 1/2 heure sur le dos (la position la plus pénible qui soit en fin de grossesse) et sanglée pour enregistrer le cœur du bébé et les contractions, au cas où… Je suffoquais, j’étais en colère, j’avais peur qu’on ait fait du mal à mon bébé. Ma confiance était sérieusement entamée, mais à partir de là, tout est allé très vite. Suite à l’examen radio, le médecin m’a annoncé qu’il procéderait à une césarienne : la gorge nouée, j’ai été incapable de poser une seule question. Je me suis sentie seule, piégée. Le cours des événements m’échappait.
J’ai ravalé ma déception, dans mon entourage les gens ont accueilli la nouvelle comme une banalité (au moins je n’aurais pas à endurer les douleurs de l’accouchement !). Je me suis présentée à la maternité le jour J pleine de courage et concentrée sur mon bébé à naître.
Je passe sur les affres d’une intervention chirurgicale majeure (avec tout de même la chance d’avoir eu mon conjoint près de moi et le bébé contre mon sein dès la salle d’opération et dans la salle de réveil) et d’un séjour prolongé à l’hôpital, la douleur physique intense et mal prise en charge, l’épuisement, le manque d’intimité, l’incompétence du personnel (dans un hôpital pourtant labellisé « ami des bébés ») pour m’accompagner dans la mise en route de l’allaitement. L’étendue des dégâts psychologiques (et sans doute physiques, même si on ne saura jamais dans quelle mesure la 1ère césarienne a déterminé la 2e, celle-ci décidée « en urgence ») causés par cette expérience ne m’est véritablement apparue que lors de ma grossesse suivante : profonde culpabilité (de ne pas avoir su réagir, protester, réclamer des explications…), stress et angoisse latents (malgré un suivi personnalisé à 1000 lieues de ce que j’avais connu la 1ère fois), peur phobique de l’hôpital, choc post-traumatique suite à une nouvelle césarienne qui a ravivé de manière dramatique les sentiments négatifs liés à mon « non-accouchement ».
Résonne en moi cette phrase terrible de la sage-femme qui m’avait « préparée » à mon premier accouchement, phrase dont je n’ai mesuré toute la portée que bien plus tard : « Si finalement vous subissez une césarienne, ne venez pas me dire après qu’on vous a volé votre accouchement. L’important, c’est que votre bébé soit en bonne santé. » J’ai deux petites filles magnifiques et en parfaite santé, je savoure ce bonheur chaque jour. Ma tristesse et ma blessure n’en sont pas moins profondes, et personne ne pourra me faire taire à ce sujet.

La naissance de ma grande fille est une naissance sans drame, sans transfert, sans contractions « à l’envers », sans peur de la déchirure (éléments qui ont conduit à ma 2e césarienne). C’est une naissance parfaitement maîtrisée et contrôlée… par l’institution médicale, une naissance dont j’ai été absente, physiquement (pas de travail, pas de sensations, bébé non pas conduit et expulsé par mon corps mais « extrait » par des mains étrangères) et symboliquement (drap tendu entre mon visage et mon ventre, aucune parole de la part des médecins qui opéraient – entre eux ils se sont répandus en bavardages…).
Je ne sais pas si j’ai bien rendu compte de l’intimidation (nourrie et acceptée socialement) que j’ai subie tout au long de ma grossesse jusqu’à la naissance. Pour avoir malheureusement vécu une agression sexuelle lorsque j’étais plus jeune, je peux sans hésitation faire le parallèle : j’ai laissé un tiers porter atteinte à mon intégrité physique et morale sous la menace, implicite ou explicite, de la mort de mon bébé. Un médecin (et ses acolytes), armé de son savoir, m’a privée de parole (cette parole que l’on dénie si ingénument aux femmes en leur assénant « l’important c’est que ton bébé aille bien! ») ; il a contourné mon consentement (obtenir le consentement « éclairé » du patient est pourtant obligatoire avant toute intervention médicale) et fait abstraction de mon désir et de ma capacité de décision.
Je peux le dire aujourd’hui : à travers cette naissance, j’ai subi un viol. J’ai été réduite à rien ou presque, un utérus sur pattes que l’on peut ausculter, triturer, charcuter à sa guise. Pourtant ce ventre a été parfaitement compétent pour porter et nourrir deux petites filles… en étroite relation avec mon cœur et ma tête. La violence (délibérée ou non, et à des degrés divers) est-elle un passage obligé pour devenir mère ? L’intervention médicale garantit-elle de meilleures conditions de naissance ? Les nombreux témoignages ici démontrent que non.

Annick, la naissance de Ciril – Belgique

31 Jan
Après le décès prématuré de notre fils Noé, nous avons repris les essais bb .
Et après quelques mois d’attente, une petite graine magique avait pris place à l’intérieur de moi.
Ma grossesse était assez angoissante, et oui la peur m’accompagnait.
J’avais du mal a être heureuse de ma grossesse; en fait je ne m’autorisait pas a être heureuse.
Les 3 premiers mois je n’arrivait pas a me mettre dans l’esprit de futur maman il me fallait attendre l’étape 3 mois.
Ensuite, j’ai commencé a m’accrocher a cette petite graine, j’avais peur de le perdre, j’étais hyper attentive au moindre signe bons ou mauvais.
Arrivée a 24 sa le stress l’emporte je suis hospitalisé une dizaine de jours car ce stress lié a la perte de Noé me provoquait des contractions.
Ensuite je commence a décompter les semaines, peu de gens se rendent compte de ma grossesse elle ne se voit presque pas. Comme si inconsciemment je la cachait pour me protéger au cas où.
Puis à 29 sa je suis de nouveau hospitalisé pour une fissure à la poche des eaux. Donc repos strict et perf pour contraction et pour prévenir une éventuelle infection.
A 34 sa on stop les médicaments les contractions viennent mais ne sont pas très régulières. C’est a ce moment aussi que je rencontre la pédiatre qui m’explique la néonatalogie et ce que mon bb pourrais éventuellement recevoir comme soin. Cela me rassure.
Puis arrive le 23/12/2013, toujours ces fichus contractions irrégulières mais elles me font mal.Après le monito de contrôle, ma gyné qui est là veut faire un contrôle de la position de bb car si rien ne se déclenche pour le 30/12  on fera venir bb. Donc on fait une écho, vu que bb est une grand  gigoteur, et il est bien en siège. Je me relève de la table d’examen et je m’évanouis, m’a tension a chuté. On me ramène en chambre allongé et on me refait un monito et là tout s’ enclenche. On vient m’avertir que je vais partir pour césarienne.En moins d’1/4 d’heure je suis en salle d’op et dans la 1/2 la césarienne est en route
Mon petit garçon est né à 35sa et 2j il s’appelle Ciril  il pèse 2kg320 mesure 45 cm il a toute suite respirer seul (ouf). Il est emmené en néonat mais il va très bien.
Pendant ce temps moi toujours allongé en salle d’op… je fais une hémorragie assez importante. En effet la cicatrice de ma première césarienne pose des soucis à l’intérieur de moi, des adhérences et des varices se mettent a saigner. Ma gyné réussira après un long moment a stoppé tout çà. elle me dira par la suite qu’elle etait a 2 doigts de m’ôter l’utérus.
Après ben vu la perte de sang j’ai été transfusé.
Quand je suis remonté dans le service on m’a amené avec mon lit en néonat voir mon loulou.
Dans les jours qui on suivi , qd j’ai pu me lever d’horrible mal de tête surgissent. On me dit que ces sûrement du a des contractures. Mon bb était toujours en néonat et je ne pouvais le voir que quand je me sentais bien.
Le 5 ième jour après ma césarienne je n’en peux plus je dit a l’assistante de trouver une solution.Elle prévient l’anesthésiste celui -ci conformera qu’il s’agit d’une brèche au niveau du rachis. Pour me soulager on me fera un bloodpatch. au bout d’une heure c’est magique les maux de tête on disparu enfin.
Le lendemain, vu que j’allais mieux et que mon petit gars allait super bien on me l’amène en chambre. Et on me dit si tout ok dans 2 jours vous sortirez tout les 2.
Et voilà une semaine après mon accouchement nous sommes rentrés a la maison.
Aujourd’hui mon petit gars a presque 1 mois il va bien. C’est un petit glouton 🙂

Voici le premier récit d’Annick : https://moncorpsmonbebemonaccouchement.wordpress.com/2013/02/27/190-annick-plusieurs-accouchements-deuil-dun-bebe/

#331 Accouchement en Belgique francophone, 2014

31 Jan

Tout commence le 04 janvier 2014 dans l’après-midi. Cela fait 2 jours que je ne me sens pas bien. Bébé est descendu et pousse vers le bas car je ressens des douleurs dans le bas du ventre. Mon mari est parti travailler mais il n’a pas l’esprit tranquille et appelle ma maman à la rescousse. Environ 2 heures se passent et je ne me sens toujours pas mieux. J’ai des contractions qui durent de plus en plus longtemps et qui se rapprochent mais elles ne sont pas vraiment régulières. Il n’y a pas de déclenchement réel mais ma maman décide de m’emmener à l’hôpital.

A mon arrivée, dans la salle d’admission de la maternité, on me fait un monitoring qui montre une activité légère et irrégulière et un toucher qui n’a pas bougé depuis ma dernière visite une semaine auparavant (3 cm). La sage-femme veut l’avis de la gynéco de garde car je me plains de douleur dans le pubis et a peur pour la cicatrice de ma première césarienne. Elle souhaite également que la gynéco me fasse une échographie pour voir la position du bébé.

La gynéco arrivera dans l’heure. Pendant ce temps, je garde le monitoring, les contractions se rapprochent et deviennent plus régulières. La gynéco arrive et décide de me faire un toucher à la vue du monitoring. Pour elle, mon col se dilate, je suis à 4 cm. Elle déclare : « je pense bien que le travail se met en route ».  Avec la sage-femme, elle me propose de m’installer dans une chambre pour suivre le déroulement du travail. Je me lève de la table d’examen et là la gynéco me dit : « mais vous mesurez combien ? » je réponds 1m 54 cm, « vous a-t-on fait une radio du bassin ? » je réponds non. « Qui est votre gynéco ? » je réponds Docteur X  Et là, tout haut elle s’exprime : «  mais pourquoi il ne l’a pas fait celui-là ? ». Je me sens mal à l’aise et à la fois une peur m’envahi, mon bébé passera-t-il ?  Elle me fait douter !!

La gynéco insiste pour que j’aille faire l’examen en urgence, ce que je fais et là tout s’enchaine et va beaucoup trop vite. L’examen se déroule sans souci. Juste après, on  m’installe directement dans une chambre. On m’apporte les bas, une blouse et on m’installe une perfusion. Je comprends alors que ce sera la césarienne. Je ne réagis pas de suite mais la sage-femme me prépare. La gynéco arrive et affirme votre bassin est trop petit, vous avez un bassin d’homme. Elle raconte plein de choses avec des chiffres que je ne parviens pas à comprendre.

Les larmes sont là mais je n’arrive pas à pleurer. Dans ma tête tout se bouscule, je prends sur moi car je comprends ne pas avoir d’autres alternatives. Je ne vais pas aller contre l’avis d’un médecin. Je me sens incomprise, personne ne me soutiens, mon mari n’étant pas là. Il est 17h45, je l’appelle et il arrive au plus vite.

A son arrivée, 30 minutes plus tard, nous apprenons qu’une opération d’urgence aura lieu avant ma césarienne. De ce fait, le stress m’envahi. Dans la soirée, les contractions sont présentes mais pas plus douloureuses ni régulières. La sage-femme de l’après-midi me refait un toucher car je panique de devoir attendre puisqu’en début d’après-midi tout devait aller très vite car le travail se mettait en route. Pas de changement entre 17h et 20h, toujours 4 cm.

Il est 21h15, on vient me chercher pour la césarienne. Tout se passe comme à ma première césarienne sauf qu’on me pique 2 fois dans le dos. L’anesthésiste me demande si je suis allergique à quelque chose, je réponds oui à la pénicilline. Il hésite à me donner un autre antibiotique mais a-t-il consulté mon dossier ?

Bébé arrive à 22h05, il va bien malgré 2 circulaires. Et là, la gynéco me dit vous voyez on a bien fait de faire la césarienne !! Je pense que d’autres bébés naissent aussi par voie basse avec le cordon autour du cou. Une stagiaire fait quelques photos de la naissance mais vraiment un minimum. On me montre mon bébé quelques secondes à côté de moi, une photo avec le papa et il part pour ses soins. Peu après, bébé retourne dans la chambre avec papa et la sage-femme.

La gynéco termine son travail. Une fois la césarienne terminée, je suis contente qu’on est samedi, il n’y a pas de salle de réveil et que je vais vite pouvoir retourner dans ma chambre auprès de mon bébé. A mon arrivée dans la chambre, bébé est déjà pesé, mesuré et habillé.

La sage-femme me dépose Louis sur moi, puis je ne vois plus personne pendant un moment. La stagiaire arrive pour prendre mes paramètres. Je pense être rafraîchie mais il n’en n’est rien, je dois demander pour l’être et ce sera du vite fait. Nous dormons comme on peut, les douleurs commencent à se ressentir. Bébé est calme et dort bien.

Voici l’histoire de ma césarienne ; mais au fur et à mesure de mon séjour à la maternité des actes, des paroles de certaines personnes vont venir éclairer ma lanterne sur la décision prise rapidement d’effectuer une césarienne quasiment en urgence :

  • En 2h, il a été décidé de ma césarienne car le travail se mettait en route soi-disant mais à 20h mon col n’avait pas bougé. Et une fois la décision prise, je n’avais plus besoin de monitoring. Ainsi nous n’avions plus de contrôles sur mes contractions qui n’étaient pas régulières du tout.
  • Je n’ai jamais fait l’échographie pour voir la position du bébé.
  • Après renseignement, il faut mesurer moins d’1m50 et chausser 36 ou moins pour faire une pelvimétrie d’office, hors je mesure 1m54 et chausse 37/38.
  • Tout va beaucoup trop vite, on ne me laisse pas grand choix, ni de m’exprimer. Dans ma tête, j’étais consciente que je risquais une césarienne du à mon antécédent mais il fallait me laisser ma chance d’accoucher par voie basse. Tout cela pour ne pas souffrir inutilement selon la gynéco si jamais on aurait quand même dû procéder à une césarienne après plusieurs heures de travail. J’ai le sentiment que l’on a arraché mon bébé de mon ventre.
  • De plus mon bébé est né 3 semaines à l’avance, peut-être que si le travail n’avait pas réellement commencé mon bébé aurait pu rester au chaud quelques jours de plus.
  • Je n’ai pas eu droit au peau à peau avec mon bébé ni à ses premiers soins.
  • J’ai appris le lendemain par la sage-femme qui a m’a accompagnée à la césarienne que le personnel de nuit ainsi que la gynéco avaient prévu de faire un repas ensemble le samedi soir. Voilà surement le pourquoi que tout devait aller si vite … fallait leur laisser le temps de manger. Mais avec l’opération d’urgence qu’il y a eu juste avant ma césarienne, il y a eu un décalage dans leur planning d’où surement le pourquoi d’avoir réalisé les premiers soins de mon bébé sans moi et que je n’ai eu droit qu’à la stagiaire pendant une bonne partie de la nuit.
  • Le soir même, la sage-femme qui est venue à ma césarienne et que je connais personnellement m’a affirmé être au courant de ma césarienne car elle avait eu la gynéco au téléphone pour des raisons personnelles. Qui dit qu’elles n’ont pas planifié ensemble ma césarienne !!?? peut-être vais-je un peu trop loin mais tout cela me parait beaucoup pour une césarienne. J’ai déjà eu une césarienne en 2010 pour siège réalisé par le docteur Y et j’en garde un bon souvenir. Ici j’ai le sentiment d’avoir été mise à l’écart de mon propre accouchement !!
  • En début de grossesse, la même sage-femme avait sous-entendu à ce que je change de gynéco pas très déontologique tout ça. Suite à ma première césarienne pour siège, elle m’a dit un jour tu ne crois pas qu’un bébé n’est pas mieux 9 mois assis sur ses fesses que 9 mois sur sa tête. N’est-ce pas un comble pour une sage-femme ??

Ma césarienne

13 Jan

Ma grenouillette est née le mardi 13 septembre et mon accouchement ne s’est pas passé comme prévu, et pourtant je l’ai très bien vécu. J’avais donc envie de partager mon expérience avec vous, me disant que ça ferait peut-être du bien à d’autres de raconter ce qu’il s’est passé et de voir que même si on doit gérer des « imprévus », l’accouchement et la césarienne en particulier peuvent rester une très belle expérience.

Ma pucinette était prévue pour le 9 septembre mais n’était pas vraiment décidée… pas de contractions, rien, même si mon col était ouvert à 3 cm… L’assistant de mon obstétricien me propose donc, lors de ma visite « à terme » de déclencher le travail, si ça me dit. On fixe donc la date au 13/09 au matin.

Je retourne faire une visite le 11/9, col toujours à 3cm, on me propose donc de passer le 12 au soir voir mon col pour éventuellement donner un comprimé pour la maturité de celui-ci…

On arrive donc le 12/9 à la maternité vers 21h30. La sage-femme pense que je n’ai pas besoin de comprimé et que je peux revenir le lendemain matin pour provoquer l’accouchement. Comme c’était assez compliqué pour nous niveau transports, je demande à passer la nuit là-bas quand même… Et j’ai été inspirée !!

Vers minuit, minuit et demi, je pense avoir mes premières vraies contractions et je commence à vomir aussi (ce qui m’étonne ! J’avais entendu parler des popos pendant l’accouchement mais jamais des vomis….).

La sage-femme me met sous monitoring et se rend compte qu’en effet, le travail à commencé!! Je pars donc en salle de travail (avec zhom) et la sage femme appelle l’anesthésiste pour ma péridurale (qui est installée vers 2h/2h30… entre temps j’ai revomi…)

Ensuite, bah on attend… je continue à vomir un peu… D’ailleurs, je fais très peur au zhom… il descend prendre un café et quand il revient, il me trouve sous masque à oxygène ! J’ai encore vomi, mais avec tous leurs câbles, bah j’ai pas eu le temps de bien me redresser et le cœur de bébé a eu des ratés… ils me passent en monitoring « interne »

Mon col est ouvert à 10 cm vers 7h30, ils appellent donc mon obstétricien et percent la poche des eaux. Bébé se présente bien la tête en bas (elle est bien positionnée depuis plusieurs semaines) mais le visage en avant… Je commence à pousser vers 8h30/9h (je sais plus trop ^^) mais comme elle vient le visage en 1er, ça prend plus de place, donc ils décident d’essayer de la retourner avec des forceps. Au bout d’un certain temps, mon obstétricien m’explique que rien n’y fait, elle bouge pas d’1 mm et donc, ils vont devoir la faire sortir par césarienne…

On me rechange de salle et on équipe mon chéri pour qu’il puisse venir aussi. Il est beaucoup plus stressé que moi ! Il faut dire que j’ai une légère malformation qui fait que j’ai déjà été opérée plein de fois et donc, ça me fait pas vraiment peur. Tout ce que je veux, c’est que mon bébé arrive rapidement pour qu’elle aille le mieux du monde.

Donc au final, ma fille est née à 11h12 par césarienne après plus de 10h de travail dont une partie avec forceps. Elle pesait à la naissance 3kg 765 pour 52.5 cm.

C’est évidemment pas du tout comme ça que j’avais envisagé mon accouchement. Ma grossesse ayant été parfaite (ou presque), je pensais que l’accouchement allait se passer très naturellement aussi. Enfin, au final, malgré mes 7 vomis (2 avant la péridurale, 3 pendant et 2 pendant ma césarienne ^^), le masque à oxygène, les forceps et la césarienne, je ne considère pas que mon accouchement s’est mal passé :p

Ma fille est née en bonne santé et je me suis remise très vite (je suis sortie de l’hôpital a J+4 malgré ma césarienne) et mon compagnon a assuré. L’équipe médicale était parfaite aussi, même si y avait du monde car hôpital universitaire, je me suis sentie bien encadrée et soutenue.

Après, c’est peut-être parce que j’ai l’habitude des blocs opératoires ou que je l’ai pressenti (j’avais demandé si on pouvait savoir avant si une césarienne serait nécessaire car j’ai a peu près la même morphologie que ma mère et elle a eu 2 césariennes) mais je ne considère pas qu’on m’a volé mon accouchement ou que j’aurais été plus émue si elle était née par voie basse…

Voilà, je lis souvent des témoignages de femmes qui se sentent mal de ne pas avoir pu accoucher par voie basse, qui vivent mal la césarienne et je voulais témoigner pour dire que pour moi, le chemin que prend bébé pour sortir est secondaire 🙂

– Jessica