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#257 Hélène, dans le Val de Marne

12 Avr

6 mois de grossesse heureuse mais responsable

Après des différents familiaux, des soucis professionnels, 3 ans d’anorexie, je sors la tête de l’eau, envisage le futur avec optimisme et envisage de fonder une famille avec mon compagnon. Je mets encore quelques années à vraiment réduire les missions professionnelles qui m’obligent à prendre des anti-paludéens incompatibles avec une grossesse.

Je tombe enceinte la veille de mon départ pour le Mozambique. Confiante dans le système français, je me heurte à son inadaptabilité aux cas particuliers :

* Déclaration de grossesse OBLIGATOIRE mais impossible à faire à distance

* Impossibilité de s’inscrire en maternité à distance mais obligation de respecter le calendrier de rendez vous…

Sur place, dans ce pays des « bonnes gens », la grossesse est accompagnée de toute la joie que l’on pourrait en attendre, sans que cela soit perçu comme un évènement nécessitant un suivi médical soutenu. Je vis cette grossesse comme je l’entends, me régalant de fruits exotiques (cela doit être plein de vitamines), continuant la natation régulière parce que cela me fait du bien, ne dédaignant aucune sortie en 4×4 tant qu’aucune douleur ne m’indique que j’abuse de mes capacités.

Comme tous les expatriés nous savons que se faire soigner à l’étranger est une source de stress qu’il est largement préférable d’éviter par la prévention. Après quelques rendez vous dans les cliniques occidentales, il est évident qu’un suivi correct selon nos standards n’est pas possible dans ce pays. Je suis donc suivie mensuellement par un gynéco en Afrique du Sud, les prises de sang sont faites au Mozambique. Avec un aller-retour à 3 mois de grossesse en France, je pense conjuguer ainsi le système français à la mode locale.

Nous découvrons alors que le suivi imposé par les gynécos français implique une longue liste de tests dont l’utilité n’est pas expliquée (notamment le suivi des agglutinines irrégulières qui impliquerait que je n’aurais pas déclaré le père naturel), des compléments nutritionnels qui ne tiennent absolument pas compte du fait que je profite d’une alimentation surement plus favorisée qu’en France. Le gynécologue sud-africain se contente de nous expliquer l’utilité ou non des résultats des tests et des compléments. Il constate que mon bébé sera un « beau » bébé sans en faire un facteur de stress.

Inversement, face à notre inquiétude de contracter le paludisme qui peut causer la mort de la mère ou du fœtus, il nous indique comment évaluer si notre cadre de vie est « à risque » et donc nous permettre de décider si une médication est nécessaire, me prescrit une médication en m’indiquant les résultats des études (efficacité, effets secondaires, fiabilité des résultats)

Bref, nous sommes considérés comme des futurs parents qui sont à même de prendre les décisions qui s’imposent. Nous décidons de ne pas prendre de traitement mais de mettre en place toutes les mesures pour éviter de contracter le palu. La prévention paye. Au final, en 6 mois, je ne suis pas piquée une seule fois.

Issue d’une famille de médecins exerçant dans le secteur public, je fais confiance à notre système, et je m’inscris dans la maternité proche de chez nous. Lors de la première visite lors de mon aller-retour en France, nous comprenons rapidement que nous ne rentrons pas dans les normes. Nous ne pourrons respecter le calendrier de rendez vous, un point essentiel pour la sage-femme. L’esprit blagueur de mon compagnon dérange manifestement. La SF nous rappelle que le sujet est sérieux. Apparemment, faut pas rigoler quand on attend un enfant.

Retour dans un monde médicalisé.

On rentre en France, soulagés de ne plus avoir à craindre les maladies tropicales et nous rentrons docilement dans le moule des visites mensuelles + échographie+ cours de préparation à l’accouchement. Evidemment, pendant ces cours, j’apprends qu’avec mes 15kg supplémentaires j’ai dépassé la barre des 12kg autorisés. Mais comme je fais toujours mes 1,5 à 2km de natation 2 fois par semaine (hors barème autorisé aussi), nous restons sur le principe de ma gynéco de ville « si la mère va bien, l’enfant va bien ». D’ailleurs, pendant ces cours auxquels mon homme participe, nous comprenons rapidement que tout doit être normé (température de la chambre du bébé, de salle de bain, du sport mais pas trop…). J’émets l’hypothèse que si je fais trop de sport, mon corps devrait me signaler l’abus, mais la SF ne semble pas convaincue.

Comme nous faisons confiance au système médical français, nous avons bien rapporté d’Afrique tous les résultats de prise de sang, échographie… La SF qui me suit tient à ce que je laisse bien une photocopie de toutes ces pièces (même le dossier médical en Afrikaaner !) Elle ne réagit pas quand on lui dit que le gynéco sud africain prévoit un gros bébé (surtout quand on connait le gabarit des sud-africains, il suffit de regarder quelques matchs de rugby)

Par contre, on ne me donne aucune piste pour gérer lorsque je parle de ma peur de l’accouchement et surtout des aiguilles. L’anesthésiste dans une salle comble de futurs parents, présente la péridurale comme aussi banale qu’une anesthésie chez le dentiste.. La refuser serait donc une aberration. Lors d’un des cours, on nous fait visiter les salles de travail. Comme chaque fois en milieu hospitalier, je me sens tout de suite en milieu inhospitalier, mon homme aussi. Mais on ne nous demande pas vraiment ce que l’on en pense. Je ne peux imaginer que je vais passer 10h de travail (torture en latin) dans cette salle. Je décide donc que je ne viendrai à la maternité que le plus tard possible. Comme nous habitons juste à côté, je ne mets pas mon enfant en danger.

J’arrive à la dernière visite, saturée par toutes ces visites en milieu hospitalier, contente que ce soit la dernière avant le grand jour. De nouveau, la SF est accompagnée d’une stagiaire. J’ai donc droit à 2 touchers vaginaux. Mais la sage-femme note que mon taux de glucose est au dessus du seuil. On lui explique que, de retour de 6 mois d’Afrique, nous avons certainement fait des excès de chair. Elle me conseille donc de me mettre au régime prescrit en cas de diabète. Elle me demande aussi de refaire tous les examens et me signale qu’en cas de diabète gestationnel (mais elle en doute fortement), il faudra envisager un déclenchement. Je suis donc repartie pour 2 autres prises de sang (résultat dans les clous), échographie (un gros bébé prévu à 4kg100 comme moi à ma naissance), et monitoring. Pendant ce temps, les piqures et le régime commencent à me faire déprimer. Je pleure un jour sur deux.

Mon dossier me poursuit

Jeudi, le déclenchement a été noté dans le dossier

Pour ce monitoring qui me semble une formalité, je conseille à mon homme de rester à la maison pour une fois. La SF qui me fait le monitoring me confirme ce que je sentais : mon bébé va bien. Puis enchaîne ‘bon, vous revenez Lundi pour le déclenchement.’ En voyant ma surprise, elle comprend qu’on (le chef de service) l’avait écrit dans mon dossier sans m’en informer et elle me conseille de revenir le soir aux urgences pour un nouveau monitoring et pour demander des explications au médecin. Pour ce qui est du diabète gestationnel, elle me confirme que, au vu des derniers résultats, je n’en fais pas vraiment. Elle me répète plusieurs fois qu’elle met le terme entre guillemets. Mais je suis convaincue maintenant que les guillemets n’ont jamais effacé la mention aux yeux des médecins.

Je rentre à la maison et annonce la bonne nouvelle à mon homme ‘bébé va bien’ et la mauvaise. Il considère qu’un déclenchement programmé le Jeudi pour le Lundi ressemble à s’y méprendre à une manière de remplir le programme de la maternité. Je fais quelques recherches sur internet sur le déclenchement et découvre que cela multiplie par trois le risque de césarienne. Je suis donc opposée au déclenchement.

J’appelle ma mère pour savoir comment je suis née : par déclenchement à J+4 car ne me décidais pas à sortir. Je commence à croire que ma fille fera de même. J’appelle ma tante gynéco qui me conseille de faire confiance au gynéco de la maternité.

Nous revenons donc le soir avec mon homme et 2 revues (écolo, grave erreur) pour passer le temps du monitoring. Evidemment, comme mon cas n’est pas une urgence, on me laisse avec le monitoring pendant une heure, heure pendant laquelle nous voyons défiler 4 sages-femmes suivant qu’il faut remettre du papier dans l’appareil, ou quelles viennent récupérer du matériel dans ma salle. Elles ne se présentent pas toutes, et je me sens comme un meuble posé dans un coin, mais surveillé par cet appareil qui doit détecter la moindre faiblesse de mon bébé. Au bout d’une heure, une jeune sage-femme vient me débrancher et me répète : ‘bon vous revenez Lundi pour le déclenchement’ Je demande le résultat du monito (mon bébé va bien?) et à voir le médecin. Le médecin n’a pas le temps. Aussi la SF tente de me convaincre d’accepter le déclenchement ‘un simple coup de pouce à la nature’. Comme je ne semble pas convaincue, elle m’assène que puisque je fais du diabète gestationnel, j’ai « le choix entre le risque de mort fœtale et le déclenchement ». Evidemment, je fonds en larme. Mon homme quant à lui bondit de son fauteuil pour lui dire d’apprendre à lire car le dossier montre que je ne fais pas de diabète. Nous repartons furieux, moi en larmes, sans plus d’explications qu’auparavant, mais plus de doutes.

Vendredi, je veux des explications

Je vais au dernier cour de préparation à l’accouchement avec plaisir car il s’agit de balnéothérapie. Je confie mes angoisses à la SF et une amie. Les deux me soutiennent pour aller voir un gynéco de la maternité. L’amie m’accompagne jusqu’à sa porte car sinon, je n’en aurais jamais eu la force. Le gynéco me reçoit entre deux patientes. Il est épuisé, cela fait plusieurs fois qu’il repousse son départ en congé. Effectivement je ne fais pas de diabète gestationnel (ouf pas de risque de mort fœtale), mais mon taux de sucre dans le sang est assez élevé et, par voie de conséquence, mon bébé sera gros et risque de ne pas pouvoir naître par voie basse. J’argumente que je suis moi-même née à 4kg100 par voie basse, mais le gynéco me rétorque que mon bébé risque une dystocie des épaules. Apprenant que personne n’a vérifié l’état de mon col, il m’examine et constate que celui-ci n’est pas mûr. Il me concède alors une nouvelle série d’examens avant de prendre une décision : je dois refaire une prise de sang qui donnera mon niveau de glucose en moyenne sur le dernier mois, puis revenir lundi pour un monitoring et un examen du col. Le gyneco me confirme qu’on ne décidera d’un declenchement que lorsque les conditions locales seront favorables.

Je me renseigne sur la dystocie des épaules. En bref, si la tête du bébé passe et que les épaules coincent, l’effet ventouse risque d’étouffer le bébé. Les alternatives sont alors de tenter une manipulation douloureuse, d’utiliser un crochet pour sortir une épaule ou de casser l’épaule du bébé pour le sortir. Je commence à sentir tout le poids de ma décision si je refuse le déclenchement.

Samedi, en pleurs

En pleurs toute la journée, je ne suis pas en état d’aller faire une prise de sang encore moins à jeun. Je passe voir mon père qui essaie de me réconforter pendant que ma petite sœur me rassure ‘tous les déclenchements qu’elle a vu pendant son stage en gynéco se sont bien passés’.

Dimanche, je prends sur moi

Afin de surpasser ma peur des aiguilles, je travaille avec une amie en Programmation neuro-linguistique. J’en sors un peu plus forte et décidée à surpasser cette peur à force de volonté. En me convainquant avant chaque piqure que je ne la subis pas mais que j’ai décidé de l’avoir, j’arrive à avoir moins peur de cette intrusion.

Lundi, tentative de dialogue avec le gynéco

Nouvelle prise de sang pour évaluer la glycémie. Nouveau rendez vous avec le gynéco. Dans le couloir déjà, il me reproche de ne pas avoir emporté ma valise pour la maternité, puis de ne pas avoir fait la prise de sang le samedi. Je lui réponds que je pleurais trop pour pouvoir la faire. Il répète à mon homme ce qu’il m’a dit : ‘[Je ne fais] pas de diabète mais de l’intolérance au glucose et la SANCTION est un déclenchement avant terme’. Manifestement, résultat de glycémie ou pas, la décision a été prise par le chef de service même pas par le gynéco qui argumente, la validité du déclenchement.

Pour contrer notre argument que ‘la nature fait bien les choses’, il nous rappelle que chez les femmes qui accouchent au bord du champ, le taux d’enfants mal formés est beaucoup plus haut. On se sent alors responsable de ce qui pourrait mal tourner si on refuse le déclenchement.

Il nous conseille pour provoquer la naissance de faire l’amour et d’aller au ciné. Il nous explique en quoi consiste un déclenchement au gel puis à l’ocytocine par perfusion. J’explique que, autant je supporte très bien la douleur, autant je ne supporte pas les piqures. Il me confirme qu’en cas de déclenchement à l’ocytocine, je me retrouverai branchée à une perfusion.

– et puis, de toutes les façons, en cas de déclenchement la péridurale est systématique. D’autant plus que votre bébé étant gros, si on doit faire une manipulation, vous ne supporterez pas la douleur sans péridurale.

– Par expérience je sais que je supporte particulièrement bien la douleur

– Les douleurs de l’accouchement sont insupportables, pires qu’une colique néphrétique. Même ma femme qui supporte bien la douleur ne supportait pas celle-ci. Vous savez, les 2 grandes avancées de obstétrique du 20ème siècle sont la péridurale et le monitoring. Et puis, au moins, avec une péridurale, si on doit vous faire une césarienne, vous êtes déjà prête.

Je comprends que je ne dois pas me considérer comme plus forte que les autres femmes et surtout pas plus que l’avancée technologique. Alors, je me repose sur lui : je lui demande de me proposer quelque chose pour surmonter ma peur et mes crises de larme à l’approche de la naissance, il me fait une prescription pour une solution prescrite en cas de stress aux examens. Comme mon col n’est toujours pas ouvert, il me demande de revenir le mercredi, avec ma valise cette fois.

Question de responsabilité, je ne peux pas partir sans un monitoring, qui dure comme d’habitude. Alors que le rythme de ma fille est toujours aussi stable, une SF vient remuer un peu mon ventre pour vérifier qu’elle s’active un peu. On en profite pour demander des explications : valeurs mini, maxi ? De nouveau seuls dans la salle de travail, mon homme fait passer diverses musiques et constate que ma fille s’active lorsqu’il passe Dany Brillant. On s’amuse de faire connaissance avec ses goûts.

Mardi, j’essaie de contrôler ma panique

Devant le peu de résultats du médicament prescrit par le gynéco, du ciné et des câlins avec mon homme, je consulte le web pour trouver une alternative douce au déclenchement. J’écarte ce qui parait presque dangereux (huile de ricin…) et je surmonte en partie ma peur des aiguilles pour consulter un acupuncteur. Il me prévient qu’il ne peut pas faire grand-chose pour une première séance. Effectivement, rien ne se passe.

La piscine municipale ferme pour les vacances et je sais qu’un des exécutoires à mon stress disparait. Je n’en peux plus de pleurer sur mon manque de pouvoir, sur la responsabilité que j’ai l’impression de porter (protéger ce bébé dans mon ventre qui finit sa croissance, ou lui éviter une naissance catastrophe ?), sur l’hypocrisie des médecins qui utilisent leur connaissances non pour nous informer mais pour nous faire suivre le chemin qu’ils ont défini. D’épuisement, je décide de leur faire confiance. Après tout, la moitié des membres de ma famille sont médecins, ils doivent être bons quelque part. Nous dînons en amoureux au restaurant, et je me permets de manger du fromage au lait non pasteurisé !

Mercredi, je fais confiance, j’espère, espoir déçu.

Confiante en théorie, mais avec les tripes nouées, nous allons à la maternité en moto (toujours pas de contre indication puisque non répertorié dans le protocole, et puis le but c’est bien qu’elle sorte non ?). En bonne élève, j’ai pris un petit déjeuner léger et utilisé un laxatif. A la maternité, nouveau monitoring, nouveau toucher vaginal. Mon col n’a que peu bougé. Seuls devant le monitoring nous essayons de rigoler avec mon homme, après tout, c’est un beau jour, notre fille va naître aujourd’hui. Puisqu’elle semble aimer Dany Brillant, mon homme lui fait écouter, et son petit cœur montre qu’elle s’active, toujours dans les limites indiquées par la SF.

Le gynéco vient avec sa remplaçante (il part en congé vendredi). Il est prêt à me donner un sursis de 2 jours. Le lait non pasteurisé de la veille aurait il le temps de contaminer ma fille dans ce délai ? La remplaçante note l’accélération cardiaque. L’explication « Dany Brillant » ne semble pas percutant, il faut dire que la remplaçante est étrangère. Elle parle de tachycardie. Le gynéco tempère. Il me laisse le choix de la décision. La mention de tachycardie rajoute une couche au stress des derniers jours, je ne le supporterai plus très longtemps, il faut qu’on en finisse, j’accepte de rester pour le déclenchement.

Après la réunion de service, une infirmière stagiaire vient me faire une prise de sang. J’accepte de servir à sa formation, après tout, aujourd’hui est un beau jour, ma fille va naître. Elle a du mal à trouver la veine et me laisse avec un hématome impressionnant, mais je ne suis pas tombée dans les pommes. Je suis fière de moi. Am, une douce SF vient se présenter et m’explique ce qu’elle va faire : pose du gel dans le vagin, pas douloureux mais risque d’irriter le vagin, ensuite je dois rester allongée 1/2h sous monitoring. Comme d’habitude, comme mon cas n’est pas une urgence, après la pose du gel, on me laisse un temps indéterminé branchée au monitoring, à regarder la courbe des contractions qui commence à apparaitre. De mon côté, je ne les sens pas du tout.

Au bout d’un temps certain, on me libère pour que j’aille me reposer dans ma chambre, puis redescendre dans l’après midi pour un nouveau, interminable monitoring, pendant lequel nous n’osons plus mettre de musique de peur que le monitoring soit considéré comme défavorable. Même courbe, avec des contractions un peu plus grandes sur le graphique, aucune sensation de contraction, juste le bas-ventre tout dur. A 19h, nouveau toucher vaginal, le col n’a pas (ou peu) bougé, on me renvoie en chambre, en me disant qu’il se passera peut être quelque chose pendant la nuit (la nature pourrait prendre le relais). En sortant des urgences, je trouve ma famille qui attendait ma fille et me voit sortir à petits pas comme une petite vieille. A jeun depuis le matin, on m’avait réservé un plateau mais arrivée en chambre, il n’y a rien. Heureusement la femme de salle se met en 4 pour me trouver quelque chose.

Je me réveille au milieu de la nuit et constate que mon bas-ventre n’est plus dur. L’effet du gel semble avoir disparu. Ma fille ne naitra pas aujourd’hui.

Jeudi, deuxième déception

Au réveil, pas le temps d’attendre le petit déjeuner, je suis appelée aux urgences pour être examinée avant la réunion de service. Examen, col qui n’a pas bougé, réunion de service, la SF vient m’annoncer qu’ils ont décidé de retenter un déclenchement au gel. Elle sera accompagnée aujourd’hui d’une stagiaire qui a un visage et un sourire tout doux et qui semble à peine sortie de l’adolescence. Mon homme leur explique que si je ne mange pas un peu, je ne supporterai certainement pas une nouvelle journée. Après mure réflexion, ils acceptent (tiens elle a aussi des besoins comme celui-ci ?) Evidemment il n’y a aucun plateau repas, mais mon homme sort de son sac du pain de campagne, du beurre demi sel, de la confiture, je retrouve le sourire, le temps d’un petit déjeuner en salle de travail, pendant lequel nous avons droit à de l’intimité :-).

Nouvelle pose du gel, nouveau monitoring, nouveau toucher vaginal par la stagiaire, le col n’a pas bougé. J’ose à peine bouger de peur qu’un mauvais contact du monitoring ne déclenche une alerte. Je pleure une heure sur 2. Retour en chambre et nouveau monitoring l’après midi. Mon homme rencontre dans le couloir des consultations Rosalia, une des SF des cours de préparation. Comme elle s’enquiert de moi, mon homme lui demande de venir me rendre visite. J’ai l’impression que c’est un peu du monde normal qui rentre aux urgences. Comme je lui dis que je me sens toute ankylosée de rester allongée sur le côté, elle me dit que je peux bouger, m’assoir. Révélation, j’ai le droit de vivre, un peu.

Fin de l’après midi, mon bas-ventre est dur, la stagiaire examine mon col, après 2 poses de gel, je serre les dents, pas mieux. La SF en titre m’annonce alors qu’elle doit vérifier les conclusions de la stagiaire. Si j’ai mal, je lui dis. J’ai mal, je crie pour qu’elle arrête. Elle arrête « un peu avant de recommencer ». J’ai mal, je ne comprends pas ce qu’elle fait, ce n’est pas un examen, la stagiaire l’a déjà fait, pourquoi forcer jusqu’au fond de moi. Je me sens trahie, je me débats. Mon homme me tient d’un côté, la stagiaire de l’autre, pendant que la SF cherche quoi au fond de mon vagin, mon bébé que j’ai protégé pendant 9 mois ? Je me sens violée, pas le droit de mettre ce mot sur un acte médical, je pleure.

Retour en chambre, je ne sais même plus si j’ai le droit de manger. Quelle importance ? Je me réveille à 3h. Plus de ventre dur, le gel n’a plus d’effet. Les crises de larmes m’empêchent de dormir. A 4h, je décide d’aller marcher dans le parc de la maternité. Je passe plusieurs fois devant les grilles ouvertes du parc. Qu’est ce qui m’empêche de sortir ? Je ne suis pas prisonnière. Et pourtant, je suis convaincue que je n’ai pas le droit de sortir, comme un animal qui ne sortirait pas de sa cage de peur de la punition.

Vendredi

Dernière volonté, refusée

Comme je suis un être humain doué de raison, j’analyse la situation. J’ai peur de finir sur la table d’opération, et cette peur me détruit. J’ai besoin de repos, de retourner dans un environnement civil. Je pourrai ensuite revenir vers les médecins avec l’esprit clair. Les médecins m’ont prévenue, après 2 tentatives de gel (exceptionnellement 3), ils me déclencheront à l’ocytocine par perf, césarienne en cas d’échec. Je vais leur proposer un marché : je rentre me reposer 2 jours chez moi, je reviens sereine pour la dernière étape du déclenchement.

Je retourne aux urgences lorsqu’elles ouvrent comme on va à l’abattoir. Nous sommes reçus par Au, une douce et jeune SF. Examen du col qui n’a pas bougé (je le savais !), réunion de service, ils ont décidé le déclenchement à l’ocytocine. Je propose mon marché.

* Laissez moi rentrer à la maison pour le week-end, je reviendrai plus reposée pour la suite.

* C’est impossible : la dernière fois que nous avons accepté, la femme n’est pas revenue lorsqu’elle a perdu les eaux et son enfant est mort.

Je ne peux pas leur dire que je ne suis pas cette femme. J’insiste.

* Je n’habite pas loin, je peux venir au moindre soucis

* Non, nous avons eu un mois catastrophe, moralement, on ne peux pas se permettre de prendre de risques.

* Est-ce que l’on peut au moins attendre que je me repose.

* Non, il faut continuer le déclenchement. Ces deux jours de déclenchements ont dû fatiguer le bébé.

Je croyais que c’était juste un coup de pouce à la nature, ce coup de pouce aurait il été un peu trop fort ? Pourquoi cette fatigue ne se verrait pas sur le monitoring tout puissant ? Je suis en chemise de nuit et en chaussons, je ne peux plus m’enfuir, ni physiquement, ni moralement. Je fonds en larme dans les bras de mon homme. Le gynéco me dit « je vous laisse avec lui pour réfléchir ». Réfléchir à quoi ? Ils ont fait l’instruction, ils posent les questions, et les réponses non conformes ne sont pas prises en compte, sortent des arguments massue à chaque velléité de non conformisme. Mon homme les croit « il n’y a pas d’autre solution ». Je crois mon homme.

Mais je ne veux plus de cette douleur morale. Je renonce à toute volonté, je me mets entre leurs mains, mais je demande qu’on me donne un calmant pour que j’arrête de sangloter, sinon cela ressemblera trop à un abattoir. Encore une fois, je demande au gynéco qu’il m’indique la SF qui s’occupera de moi aujourd’hui, que je ne voie pas défiler tous ces visages étrangers qui connaissent mieux que moi, cet appareil de monitoring, ces instruments qui m’entourent et qui me parlent s’ils en ont le temps.

Déclenchement à l’ocytocine

On m’envoie une SF pour m’administrer le calmant et la perfusion. Elle s’appelle C, je l’ai déjà vue lors d’un monitoring, entrer, changer le rouleau, repartir sans même se présenter. Je me sens en territoire ennemi. Le calmant se fait par piqûre, dommage pour moi, je serre les dents. Elle s’apprête à me poser la perfusion

Mon homme prévient

* Elle ne supporte pas les piqures.

* Il faudra bien qu’elle y passe.

* Je vous dis juste cela parce qu’elle ne supporte pas de voir l’aiguille.

* Eh bien moi je ne supporte pas que l’on me dise ce que je dois faire. Et puis elle n’a qu’à pas la regarder, l’aiguille.

Je sors de mon apathie

* Evidemment que je ne la regarderai pas, … (sans lui dire ce que je pense d’elle)

Evidemment la pose de la perfusion me fait mal, vu mon appréhension, c’était couru.

Le gynéco m’annonce que c’est Catherine qui me suivra, je demande Au, il me l’accorde. Il part ce soir en vacances. Si le travail n’a pas démarré à 17 H, il faudra faire la césarienne.

On suit les contractions sur le monitoring, elles sont encore plus pitoyables que la veille.

Mon homme n’en peut plus de cette attente mais ne veut pas me laisser seule. Il appelle mon père. Une SF qui ne m’a jamais suivie le voit « Non, il est interdit de se relayer auprès de la parturiente , ce n’est pas un moulin ». D’un moulin au moins j’aurais pu sortir ! Mon père argumente calmement, je pleure, la SF appelle sa chef qui accepte. Ouf j’ai droit à un visage familier prêt de moi, et mon homme a le droit d’aller manger et respirer un peu. Du côté des contractions toujours rien de notable. Pour ce qui est du monito, il n’existe même plus, d’ailleurs le bébé qu’il surveille devient si peu important par rapport à ces contractions qui ne viennent toujours pas.

Dans l’après midi, le gynéco confirme que je vais avoir une césarienne. Je ne pense et ne sens plus rien, je subis le protocole. On me prépare et me pose la péridurale, à peine peur. Rosalia, la SF des cours de préparation traverse la frontière des urgences et vient me tenir les mains pour la pose de la péri. Qu’est ce que cela fait du bien un visage connu et compatissant qui me dit que tout va bien se passer. A la pose de la peri, le cœur de ma fille flanche un peu, agitation, je ne suis même plus en état de m’inquiéter. Même inquiète, que pourrais-je faire ?

On me mets un masque à oxygène. Ajouté au calmant du matin, à la fatigue nerveuse, je suis complètement shootée. Je ne sais même pas où est mon homme, je ne demande même pas.

J’attends. Le gynéco passe

* – Vous êtes encore là !

Eh oui, d’autres urgences passent avant moi, je le leur avait pourtant dit que ma fille n’était pas pressée de sortir.

* Bon ben c’est mon remplaçant qui vous opèrera.

Quelle importance ? Vous avez trompé ma confiance, alors vous ou un autre. J’attends. Am revient pour sa garde du soir. Elle est contente de pouvoir voir ma fille naître. Moi, je ne sais même plus si je suis contente qu’elle naisse. Est-ce une manière de me faire croire que je retrouve un visage familier ? Elle aussi a utilisé ses arguments médicaux pour me faire accepter ce que je ne voulais pas. Je veux sortir de ce cauchemar. On vient me chercher pour passer au bloc.

Passage au bloc, je subis, je veux dormir.

Puisque je ne peux rien faire, autant que je me repose. Je ferme les yeux. J’entends le gynéco, un étranger, qui demande que l’on me mette une couverture.

* Vous voulez dire une couverture chauffante ?

* Non, une couverture !

* ????

On me met un drap. L’infirmière revient avec une couverture.

* C’est ce que vous vouliez ?

* Mais non, c’est interdit au bloc, ce que je voulais c’est…

Et il montre le drap qui me recouvre. Mon dieu (si vous existez) faites que son manque de maîtrise du français ne l’handicape pas pendant l’opération !

Je sais que si je vois mon sang, je risque de tomber dans les pommes, alors je ferme les yeux. Je me repose, je dors ? De temps à autre, quelqu’un me demande si je vais bien. J’ouvre les yeux et réponds oui. Cela a de l’importance pour vous ? Je sens que l’on pousse sur mon ventre. Quelqu’un me dit « Regardez ! » Je vois un paquet de papier dans les bras d’une personne masquée. Entre 2 plis, je distingue qu’il s’agit d’un bébé. Je souris, c’est probablement ce que l’on attend de moi. On ne me pose pas mon bébé sur le ventre, on ne me le met pas au sein, il est vrai que je n’ai rien demandé. J’attends. On pousse toujours sur mon ventre. On me transfère sur un lit. Je vois mon sang sur la table d’opération.

On me transfère en salle de réveil. Je discute avec la femme à côté de moi. J’attends. Mon homme passe et me montre fièrement notre fille toute habillée dans son berceau en plastique. On lui a donné un biberon à lui faire boire. Il leur a dit que je voulais allaiter. Ça ne change rien, elle a eu le biberon et elle dort. Je ne ressens rien. Je devrais ? On me remonte en chambre. L’infirmière demande à sa collègue

* où est l’enfant

* probablement dans la chambre de la mère avec le père

* mais c’est interdit (pourquoi ? on aurait dû la laisser seule ?)

* oui, mais avec Am… (hé oui, les protocoles ça se contourne)

Retour en chambre, ma fille dort, mon homme me réconforte puis part, fier comme un nouveau papa. Mon homme me demande

* A quoi tu penses quand tu regardes notre fille ?

* J’espère qu’elle ne nous reprochera pas trop de choses quand elle arrivera à l’adolescence.

Ma fille part en nursery pour la nuit. Je ne m’en plains pas, car je ne demande qu’à dormir, oublier.

Samedi, j’attends que le temps passe, découverte de l’allaitement.

Le lendemain, la famille vient nous féliciter. De quoi ? Je n’ai fait que pleurer et subir. Avec ma sonde urinaire, je me sens sale, je voudrais prendre une douche. La température dans la chambre accentue encore cette impression. On attend qu’il n’y ait plus personne pour ouvrir la fenêtre, mon homme va faire le tour de l’étage avec notre fille. On se fait remonter les bretelles quand le personnel s’aperçoit que la température du radiateur a été baissée. Pourtant, on voit bien que notre fille bien couverte n’est pas incommodée par la température.

L’administration d’anti-douleur par perfusion est efficace, je ne prends aucun des antalgiques en comprimés que l’on me propose. Après la césarienne, c’est régime potage-thé-yaourt. Heureusement que mon homme m’apporte des compléments que je mange avec parcimonie et culpabilité. Et pourtant, je suis convaincue que mon système accepterait bien un régime un peu plus consistant. J’attends que le temps passe. Ma fille passe de main en main, j’essaie de l’allaiter, quelques crevasses, quelques appels aux puéricultrices super disponible dans leur très grande majorité.

On m’apporte une feuille sur laquelle je dois noter les horaires et durées de tété (où je découvre qu’en cas d’allaitement, la fréquence est beaucoup plus élevée, tiens ça va pas être de tout repos).

La puéricultrice pèse ma fille :

* 3,5kg

Mon homme commente

* Tiens elle a perdu 400g

* Ah bon.

* Ben oui, 3,9kg (c’est écrit sur le berceau) moins 3,5kg, ca fait 400g

* Ah, il va falloir que je vérifie sur mes abaques.

* ????

La puericultrice revient :

* Elle a perdu 10% de son poids. Il va falloir lui donner du biberon en complément des tétés.

Heureusement qu’on ne savait pas que cela pouvait rendre l’allaitement plus difficile. On aurait pu émettre un avis ! Par contre, on ne peut s’empêcher de penser que 10% de 3, 9kg, cela laisse de belles joues rondes à notre fille. Pas de quoi s’inquiéter quand je vois le bébé de ma voisine, une crevette. On fait ce que l’on nous dit.

Dimanche, on commence à prendre nos marques

Retrait de la sonde urinaire. Physiquement, j’encaisse bien le coup, j’arrive à me lever, à traverser la chambre. Je respecte l’interdit d’une douche seule, j’attends mon homme pour le faire. Heureusement que le bandage compressif m’empêche de voir la cicatrice. De toutes les façons, l’intimité ce n’est pas pour ici : défilé aléatoire et continuel du personnel, avec une personne différente à chaque fois (tension et prise de température, piqure anti-phlébite, plateau repas, bain du bébé, pesée du bébé…). De nouveau, aucun des visages connus, ni des consultations pré-natales, ni des urgences. Leur tâche est finie, on passe au service suivant.

Pendant la nuit, je me réveille car une douleur diffuse m’empêche de dormir. J’appelle l’infirmier de garde qui modifie quelque chose à la perf. J’arrive à me rendormir.

La SF confirme que tout va bien. Je ne suis toujours pas allée à la selle (avec 3 jours de diète + 2 de régime, je n’ai pas grand-chose à éliminer) mais quelques gaz lui suffisent : j’aurai droit à des repas normaux. Enfin ! Je déambule dans les couloirs et croise Laetitia, césarisée le même jour que moi. Elle encaisse moins bien. Mais comme sa fille est en néo-nat, elle soulève des montagnes pour pouvoir se lever et aller la voir, le premier jour en chaise roulante, le deuxième en se tractant contre les rambardes du couloir. Je vois qu’on lui sert un plateau repas normal, le mien arrive : potage + yaourt, suivant les indications du dossier ! Et merde, à partir de maintenant, je planque de la nourriture dans mon armoire, même quand on commence à m’apporter des repas normaux.

J’attends le pédiatre avec impatience : ma fille semble en pleine santé, mais je crains un diagnostic différent. C’est bien pour cela que l’on nous garde à la maternité !

L’allaitement m’a fait des crevasses. La puéricultrice me dit de me faire apporter des bouts de sein en silicone par mon homme. Si j’ai besoin d’aide même pendant la nuit, que je n’hésite pas à appeler. Bêtement, je n’ose pas appeler la nuit.

Lundi

Au matin, à l’heure de la tétée, j’appelle la puéricultrice de garde pour qu’elle m’aide à allaiter avec les bouts de sein. Elle me dit qu’elle arrive de suite. 10 minutes plus tard, je la rappelle, elle me dit de faire patienter ma fille en lui donnant mon petit doigt à téter. 40 minutes plus tard, elle arrive, ma fille s’est endormie sur mon petit doigt. La puéricultrice me dit que les bouts de sein, ça ne sert à rien. Puisque j’ai choisi d’allaiter, je n’ai qu’à supporter la douleur jusqu’à ce que les crevasses guérissent. Elle réveille ma fille, la met sur mon sein. Celle-ci fait quelques mouvements de succion. La puéricultrice me dit ‘Ben ça marche’ et repart. Ma fille se rendort !

Le pédiatre passe. Bougon, il manipule ma fille

* hm, hm

* ??? (maman inquiète qui n’ose pas poser de question)

* ça va

Je ne demanderai pas plus. Comme dit ma cousine (médecin !) il a choisi d’être pédiatre pour s’occuper des enfants, pas des parents !

Je déambule dans les couloirs, en portant ma fille dans les bras. « Ah non, ça c’est interdit ! Après une césarienne vous risqueriez de tomber ! » En voyant Laetitia qui se traîne contre les rambardes, je comprends les craintes de la maternité. Mais qu’est ce que j’ai envie de sortir !

Je passe devant la porte de la psychologue. « absente car en conférence ». J’aurais peut être discuté avec elle. Mais de quoi , je vais bien ?

Mardi

Pendant qu’on aère la chambre, mon homme porte Hombeline dans les couloirs. « Ah non, ça c’est interdit ! Vous risqueriez de tomber ! » C’est vrai que la vie comporte des risques, mais manifestement, la maternité ne veut pas du moindre risque. Vivement que l’on sorte d’ici !

La sage-femme passe m’examiner et aborde précautionneusement le thème de la contraception

* éviter de tomber enceinte avant 3 mois, un an serait mieux.

* Oui, faites moi l’ordonnance tout de suite

Je ne veux plus jamais courir le risque d’être enceinte, de remettre les pieds dans une maternité, je ne parle même pas du risque d’accoucher par césarienne.

Mercredi

La nuit a été très dure, j’ai l’impression que ma fille n’a jamais dormi plus de 20 minutes d’affilée. J’ai appelé la puéricultrice de garde mais on m’a répondu que tous les bébés de la maternité étaient énervés et que les puéricultrices non plus n’arrivaient pas à les calmer. Nous finissons par nous endormir à 7h du matin.

A 8h, la porte s’ouvre, la lumière s’allume.

* – Bonjour, je suis stagiaire infirmière, je vais vous faire une prise de sang et votre piqure pour éviter la phlébite (enfin celle de tous les matins) Je vais vous mettre le garrot et attendre ma collègue.

* – Je vous préviens, j’ai tendance à faire des malaises quand on me fait des piqûres. Mais si vous êtes rapide, tout se passera bien.

Je sors aujourd’hui, je peux bien servir une dernière fois de cobaye. Il faut bien qu’elle se forme ! Et puis hier matin, elle a fait la piqûre contre la phlébite et elle ne m’a pas fait mal.

L’infirmière en titre arrive et explique à l’infirmière

* Tu passes le coton, oui, encore une fois… Tu repères bien la veine, non plus comme ceci…

* S’il vous plait faites vite !

Ça ne finira donc jamais ? Je suis fatiguée, je fonds en larme. L’infirmière me conseille

* Vous êtes fatiguée, il faut dormir quand votre fille dort !

« C’est justement ce que je faisais quand vous m’avez réveillée ». Je voudrais qu’elles finissent et sortent.

* Maintenant on va vous faire la piqûre contre la phlébite.

* On ne peut pas s’en passer ? Je sors dans 2h de la maternité !

* Non, c’est le protocole. Et puis, c’est au cas où vous ne sortiriez pas aujourd’hui.

« Non, ce n’est pas possible, c’est une éventualité que je ne peux même pas imaginer. Allez, que ça finisse et vite. »

* Bon mais alors c’est vous l’infirmière en titre qui la faites.

* Mais je ne la ferai pas mieux.

* Oui mais plus vite.

Elles sortent me laissant en larmes. Je me calme. En attendant le petit déjeuner, je vais prendre une douche pour me détendre. Ensuite mon homme arrivera pour faire prendre le bain à Hombeline. Ce sera un autre moment agréable.

A peine entrée dans la douche, la puéricultrice, celle qui m’avait laissée 40 minutes avec mon petit doigt dans la bouche de ma fille, entre

* Mettez votre bébé en body pour la pesée, je reviens de suite.

* J’ai le temps de prendre ma douche ?

* Non

Elle repart. Sale, fatiguée, affamée, en pleurs, je regarde ma fille et je décide de ne pas la déshabiller alors que je ne sais même pas quand la puéricultrice revient. Elle revient

* Vous n’avez pas déshabillé votre bébé

* Non

Elle la déshabille ou moi (« quelle importance puisque vous décidez de tout ? »), la pèse, 3,5x0kg. Je réagis

* Tiens elle a perdu 10g depuis hier

* Alors, ce n’est pas sûr que vous sortiez.

Je fonds en larmes, ce n’est pas vrai, ce cauchemar ne finira donc jamais. On m’a mis la pression pour entrer à la maternité parce qu’elle était trop grosse. On l’a fait sortir de mon ventre pour la même raison. On ne veut pas me laisser sortir parce qu’elle est trop petite. Mais elle fait plus de 3,5kg, plus que la majorité des bébés ici ! Même la fille de Laetitia qui n’est pas encore sortie de néo-nat parce qu’elle est si petite, sortira peut être aujourd’hui. Quelle autre preuve de santé voulez vous ? Qu’est ce que je vous ai fait pour que vous m’enfermiez ainsi à tourner en rond dans vos couloirs ? J’ai accepté vos conseils, vos décisions, je vous ai laissé découper mon ventre, que pourrais-je faire de plus ? Si vous voulez de meilleurs chiffres, je pourrais revenir tous les jours pour la pesée. Mais mon expérience m’a montré qu’on ne ma laissera pas sortir de peur que je ne revienne pas !

* Ce n’est pas possible, je n’en peux plus, cela fait 8 jours que je suis ici !

* Bon, je vais voir si on peut faire une exception.

Ma fille réveillée a faim, elle se met à pleurer. La puéricultrice me la rend pour que je la rhabille et la nourrisse.

* Et arrêtez de pleurer, sinon, elle risque de ne pas téter.

Impossible de répondre à ceci ! Mon homme arrive, me réconforte un peu, baigne Hombeline. Je me lave, je mange. La puéricultrice nous donne sa conclusion et mon homme réagit.

* J’ai demandé, on la laisse sortir.

* De toutes les façons, on serait sortis

* Mais, c’est pour son bien ! Après vérification dans son dossier, elle avait perdu du poids par rapport à la veille car vous aviez arrêté le supplément au biberon. Mais elle avait gagné par rapport à son poids le plus bas. Donc le critère de sortie est bien rempli.

Evidemment, vos critères avaient juste oublié que d’un jour sur l’autre, un bébé ne mange pas la même chose !

Peur du souvenir, d’être touchée, insensible à mon enfant

Pendant les mois qui suivent, je ne supporte plus aucun toucher vaginal, préférant éviter la rééducation périnéale, plutôt que d’en repasser par là. 6 mois ont passé. Plus de relations sexuelles non plus. Je ne supporte toujours pas quelqu’un me touche. Je fonds régulièrement en larmes en repensant à la naissance, dans le bus, devant mon PC au boulot… Alors quand on me dit ‘la mère et l’enfant vont bien’, je ne peux pas être d’accord.

D’ailleurs, ma fille est devenue un boulet pour moi. Je n’arrive pas à comprendre ses cris, ses besoins de sommeil. Je suis épuisée dès 10h du matin. Ma généraliste me prescrit un congé pathologique parce que « si vous reprenez le boulot dans cet état, vous allez faire une dépression ». Elle m’aide à gérer le sommeil de ma fille, mais mon homme s’inquiète : je gère la logistique mais je ne joue pas avec elle, il a l’impression qu’il va devoir l’élever seul.

Une lente guérison

Sur un forum d’aide aux femmes césarisées, je trouve des femmes qui sont passées par ces sentiments. Je découvre aussi que la césarienne est d’abord un acte médical réalisé en cas d’urgence vitale. La mienne ne me parait pas justifiée. Je comprends que je ne sors pas de la contradiction suivante

* Comme maman, j’ai été et resterai responsable de ce qui arrive à ma fille. Je veux être toujours forte pour la protéger.

* Comme femme, j’ai été faible par rapport au corps médical. Mais, vu leur poids, je ne devrais pas me considérer comme coupable de mes choix.

Je demande mon dossier médical que je reçois par la poste. J’y vois le petit grain de sable «une valeur pathologique » se transformer en une pathologie « diabète gestationnel » entre guillemets puis sans guillemets. J’y lis jour après jour, heure après heure, la mesure de l’ouverture de mon col. Nulle part je n’y trouve trace de mes inquiétudes (paludisme, peur des aiguilles, de la césarienne) de mes refus (déclenchement, péridurale).

Certaines mentions sont carrément erronées : pourquoi la SF mentionne-t-elle des contractions douloureuses ? Rien non plus sur un geste médical plus qu’invasif, ce décollement des membranes ou forçage du col qui m’a fait hurler n’existe même pas dans la mémoire de la maternité. Ai-je eu les bras attachés pendant l’opération. Cela ne compte pas non plus pour eux.

D’ailleurs, tout ce qui ne rentre pas dans leurs cases n’est pas noté. Toutes ces heures à pleurer ne sont nulle part mentionnées. Pour eux cela ne fait pas partie du travail. Cela peut donc recommencer pour d’autres mères, seule l’ouverture du col comptera.

Des femmes de l’association Césarine mettent un mot sur mon malaise, la dépression, et me poussent à agir pour sortir la tête de l’eau car je ne m’en sors manifestement pas en attendant juste que le temps fasse son œuvre. J’écris une lettre à la maternité demandant à faire corriger les erreurs, comme pour corriger les bugs de cet accouchement. Le gynéco me rappelle de suite pour me recevoir longuement en entretien. Il admet que le déclenchement a été décidé suite à plusieurs détails peu significatifs mais qui l’ont fait douter sans indication claire pour un déclenchement, qu’il a été fait sur conditions locales défavorables contrairement à ce qui avait été convenu entre nous. Un embryon d’excuse. Il conclut l’entretien en demandant à la secrétaire de fixer un rendez vous avec le chef de service qui « expliquera la décision initiale de déclencher ». Je comprends que l’enchainement de décision est aussi une cascade hiérarchique, gynéco qui obéit au chef de service, sage-femme qui obéit au gynéco… Et moi dans tout cela ?

Le gynéco me conseille de passer voir la psy de la mater, et me donne aussi les coordonnées d’une psy libérale. La psy de la mater pose un diagnostic « syndrome de choc post-traumatique » et me conseille de trouver un praticien en EMDR (Eye Motion Desensitization and Reprogramming, une forme d’hypnose) car elle-même n’a pas pu obtenir ce type de formation. La psy conseillée par le gynéco est du genre qui écoute sans dire un mot, aucun réconfort. Un psy pratiquant l’EMDR me permet de sortir des cauchemars et au travers d’un simple « tous les médecins ne sont pas bons » m’autorise enfin à sortir toute ma colère contre ce système hospitalier qui nous traite comme des pions, des matrices à peine bonnes à enfanter.

J’ai encore besoin de comprendre si on m’a fait un décollement des membranes. Je dois donc passer par le CRUQPC pour obtenir ce rendez vous. La sage-femme me reçoit dans une salle d’examen. Je suis incapable de m’assoir sur le lit d’examen le temps de l’entretien. Elle me confirme qu’elle a bien tenté un décollement des membranes « parce qu’elle a obéi » Je lui dis en pleurant que je l’ai vécu comme un viol en présence de mon homme. Encore aujourd’hui, j’ai du mal à comprendre qu’elle ne se soit pas rendue compte qu’elle avait aussi le droit de désobéir, ne serait ce que de respecter mon droit à l’information. Elle me regarde partir en larmes en me disant « cela me gêne de vous laisser partir dans cet état ». Un sacré gâchis difficile à rattraper effectivement.

Epilogue

Ma fille a maintenant 4 ans. J’ai fini par l’aimer comme mon enfant mais sans jamais trouver le plaisir innocent que j’aurai avec mon fils. Tous les petits soucis de santé de ma fille me rappellent systématique cette naissance arrachée à mon ventre. J’ai appris à affirmer mes besoins mais aussi à ne plus faire confiance aveuglément aux médecins, très peu dans notre système médical et, malheureusement, j’ai clairement perdu une bonne partie de ma confiance en moi et en mon homme.

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#255 Anonyme en Côte d’or, en septembre 2012

7 Avr

Pour mon premier accouchement, j’étais trop peu informée, j’ai suivi les conseils et les protocoles très médicalisés de mon accouchement. Je ne l’ai pas mal vécu.

Pour mon deuxième accouchement, j’étais a l’hôpital quand le travail s’est mis en route, on m’a de suite posé la péridurale mais trop dosée, mais j’ai accouché très vite en prenant par surprise l’équipe médicale qui n’a pas pu être présente pour l’expulsion. Les seules personnes présentes lors de mon accouchement c’était mon mari et une élève sage-femme qui assistait à son premier accouchement (et qui a paniqué après l’expulsion).

Donc je suis enceinte et c’est ma troisième grossesse. Cette fois, je me dis que je voudrais essayer d’accoucher sans péridurale. Ce sera dans une maternité que je ne connais pas car j’ai déménagé en cours de grossesse.

La grossesse est compliqué. Une matin, je me réveille avec des œdèmes aux jambes. Je vais à la maternité pour être sure que ça ne cache rien de grave, comme ma tension est bonne, on me dit de rentrer chez moi et que ce n’est rien, on ne me parle même pas de porter des bas de contention ou autre. Le lendemain je ferai une phlébite. Je suis alors à 15 jours du terme. On me met sous anticoagulants et je préviens ma maternité de mon nouveau traitement. On me dit alors que je devrai être déclenchée pour pouvoir arrêter mon traitement le jour du déclenchement.

Je me renseigne sur le déclenchement et j’apprends qu’un déclenchement fait plus mal qu’un accouchement en travail spontané. Plus j’y pense et plus je me dis que j’aurai peut être pas le choix sur la péridurale.

La veille du déclenchement, je me rends a la maternité, l’entrée se fait la veille.
J’apprends alors que je n’aurai pas le droit à la péridurale avec un « on ne vous a pas prévenue ? » Non personne ne m’avait prévenue.
On me fait un monito pour savoir comment on me déclenchera le lendemain et j’apprends alors que je suis déjà en travail, mais je ne ressens rien. On me descend quand même en salle de naissance. Je prends un livre et je bouquine. Les sage femmes me voyant lire sans douleur se demandent si je suis en travail, certaines disent oui, d’autres disent que non. Moi je préfère ne pas me poser de question, on verra bien. Pour moi, dans tous les cas, le lendemain je tiendrai bébé dans mes bras.

Quelques heures plus tard, je commence à ressentir des contractions, je téléphone donc à mon mari de venir me rejoindre, il est 21h30.
Il arrive quelques minutes plus tard, je n’ai pas vraiment mal et nous discutons. J’explique à la sage-femme que je peux accoucher très vite.

Une demi heure plus tard, elle contrôle comment avance le travail. J’ai mal, vraiment mal. Elle peut pas faire grand chose pour moi … Comme je suis a dilatation complète, elle rompt la poche des eaux, je lui demande de rester avec moi. Je suis la seule femme en travail dans la maternité. Elle me dit que bébé est haut et qu’elle reviendra vite.
Mon mari lui rappelle que j’accouche vite et que j’ai déjà pris une équipe médicale par surprise et que je souhaite que ça n’arrive pas une deuxième fois. Elle décide quand même de sortir de ma chambre.

Deux minutes plus tard je hurle, je crie, j’ai mal, je sens mon bébé.
Elle arrivera en courant, bébé aura déjà sorti la tête ….
Il se sera passé une heure entre l’arrivée de mon mari à l’hôpital et l’expulsion de bébé.
Bébé pèse 4kg270, il y aura alors un protocole pour bébé car c’est un gros bébé. On m’explique le protocole.
J’ai besoin de point de suture, j’ai eu un déchirement, ma douleur n’a pas été écoutée. Elle m’a fait une anesthésie locale mais n’attendra pas que celle-ci fasse effet, j’ai l’impression d’avoir des points à vif 😦 J’ai mal, très mal, mais personne ne m’écoute.
J’ai l’impression de n’être jamais écoutée… Personne ne m’a jamais demandé comment je gérais la douleur, et je ne la gérais pas … J’aurai aimé qu’on m’accompagne, qu’on m’aide à accoucher.
3 jours plus tard, je rentre à la maison.
Le lendemain, j’ai eu une infection, je me retrouve aux urgences. Il y aura eu 4 médecins qui m’expliqueront que je DOIS sevrer mon bébé … Ils refusent de me soigner si je continue d’allaiter, ils se permettent de parler à mon mari pour lui redire la même chose. L’allaitement, ça je connais, mon mari aussi. On a pris l’ordonnance, on a dit que bébé sera sevré, et nous sommes rentrés a la maison, le traitement donné est compatible avec l’allaitement… Je me soigne donc et je continue mon allaitement. Je n’ai pas compris pourquoi ce refus de me soigner, j’avais 40° de fièvre, une infection dont personne n’a su l’origine. J’aurai aimé qu’on prenne en compte que j’allaite et pas qu’on contourne le problème en me demandant de sevrer. Surtout pour derrière me donner un médicament complètement compatible avec l’allaitement. J’aurai eu le soutien de mon mari.

Dans cette aventure, j’ai eu le soutien de mon mari, c’est déjà énorme, mais je pensais qu’une maternité était aussi là pour ça.

Note des administratrices :

Le 22 juin, cette maman nous a envoyé ce message :

Bonjour,
J’avais envoyé le récit de mon accouchement. Ça m’avait fait du bien de l’écrire et de le partager. Je vous en remercie vraiment !
Hier, j’ai découvert ce qui s’est réellement passé ce jour. J’ai découvert qu’en fait la sage-femme qui pour moi manquait d’empathie a juste essayé de me sauver d’un docteur qui voulait à tout prix me charcuter … Si aujourd’hui je devais refaire le récit de mon accouchement, il serait très différent ! Je suis outrée qu’il existe des médecins comme ça. La sage-femme a finalement essayé de se couper en 2 pour nous protéger d’un médecin pire et il valait mieux être abandonnée que charcutée et mieux être recousue sans attendre l’effet d’une anesthésie que de me confier à un médecin qui voulait faire du chiffre …
Aujourd’hui je suis choquée mais réparée et c’est vraiment grâce à vous …

Merci pour votre initiative en espérant que les choses avanceront

# 145 Lucille – Tunisie – 2006 – lettre de Lucille à sa mère

23 Fév

« Je t’écris à toi, parce qu’aujourd’hui je te considère comme ma meilleure amie, ma meilleure alliée, et que je sens aujourd’hui l’importance d’une mère.

Je t’écris à toi, parce que je viens d’ouvrir les yeux sur quelque chose d’horrible, d’affreux, d’inacceptable et que j’ai besoin de vider mon sac, j’ai besoin d’écrire et de me sentir écoutée sur ce sentiment. Et j’ai conscience que seule une maman peut comprendre réellement comment je me sens.

Je ne sais par où commencer…

Mon accouchement.

Je n’en ai jamais fait le deuil. J’ai toujours eu besoin d’en parler comme pour l’exorciser. Je me suis bien dit qu’il y avait un truc pas clair là-dessous. Toujours eu besoin de le revivre, inlassablement, avec un arrière-goût amer dans la gorge et les larmes au bords des yeux.

J’ai une amie (virtuelle) avec qui on en parle beaucoup. Elle m’a fait prendre conscience de toutes les violations que j’ai subies avec mon accord, avec mon propre agrément. Elle m’a fait prendre conscience (sans qu’elle le sache elle-même) que je me suis faite avoir, une parmi tant d’autre.

Et puis, il y a eu un article, sur lequel je suis tombée… Et là, ça n’a fait que confirmer mon doute, ma souillure à jamais…

J’ai besoin de mettre des mots dessus, d’extérioriser ce qui s’est passé. Tant que ça restera entre moi et ma conscience, je ne ferai pas de pas en avant, je resterai « sale ».

Je veux te raconter tout. Si tu ne veux pas lire, ne lis pas. Je ne t’oblige à rien. Mais j’ai besoin d’écrire. Et tu es la seule qui puisse recevoir de tels propos.

J’ai arrêté la pilule au mois de Juillet 2005. Au mois d’août, le 14 exactement. J’attendais mes règles et priais pour qu’elles ne viennent pas. Elles ne sont pas venues. Le 15 je savais que j’étais enceinte. Hichem et moi étions fous de joie.

On se regardait avec des petits yeux, c’était une période magique, inoubliable. J’attendais un bébé.

Mais on devait faire la confirmation de cette grossesse. J’ai quand même attendu très longtemps pour la faire. Car je savais que je n’en avais pas besoin, je savais que j’étais enceinte.

J’y suis allée en septembre. C’était surtout pour avoir la date prévue d’accouchement.

J’ai suivi les conseils d’une amie et me suis rendue avec cette amie (à cette période Hichem bossait comme un dingue) chez une gynéco qu’elle connaissait.

Je pleure quand je me rappelle cette séance.

La gynéco avait du retard. Elle me fit entrer moi et mon amie. Me serra la main froidement. Me posa des questions sans écouter mes réponses. J’étais devenue un chiffre sur une feuille de papier.
Elle me fit passer dans la salle pour l’échographie afin d’affirmer la grossesse. Malheureusement, elle n’a pas pu voir avec l’appareil… Elle me dit de me déshabiller… Je suis désemparée. Je ne m’y attendais pas du tout, dès le premier rendez vous.

J’ai horreur de ça. Et là, je venais de me rendre compte de quelque chose. La grossesse, ça voulait dire ça : montrer son vagin à droite et à gauche… Une boule me monta à la gorge en m’exécutant. Et là sans prévenir, elle m’enfonça une sonde vaginale… J’en pleure en y repensant, tellement ça m’a fait mal. Il me semble avoir pleuré un peu sur le coup, tellement je me suis sentie humiliée.

Merde! C’est mon corps!

Elle m’a juste dit « Mabrouk (félicitations), vous êtes enceinte. »

A ce moment là, je me suis dit, que ça passera pas avec elle. Que c’est pas comme ça que je veux passer ma grossesse. Après avoir daté ma grossesse. Je suis partie. Avec pleins de questions dans ma tête. Mais Mme La Gynéco était débordée de « clientes »…
de vagins, je devrais dire.

Voilà à quoi j’étais réduite sur son lit d’auscultation.

Je n’ai jamais repris contact avec elle. Et je me suis fermée aux analyses, aux prises de sang. Je n’avais qu’une envie, qu’on me foute la paix, qu’on me laisse savourer ma grossesse, qu’on laisse mon bébé et moi tranquilles, qu’ils aillent tous se faire foutre. C’est vraiment ce que je pensais à ce moment là.

Mais j’ai eu un petit soucis. J’avais mal pendant les rapports. Il fallait absolument que je consulte une autre gynéco… Avec grandes appréhensions, tu t’en doutes. J’en ai trouvé une autre, par l’intermédiaire d’une de mes très nombreuses amies médecins. Ma seconde gynéco, une femme très douce, très calme, très posée. J’ai été soulagée, dès que je l’ai vue. Elle a répondu à mes questions saugrenues. Mais une fois de plus, j’ai dû me déshabiller. Mais je m’étais préparée à ça (puisque j’avais un problème à ce niveau-là) et j’étais complétement consentante. Il fallait que je me soigne. Elle me donna un traitement. Tout rentra dans l’ordre. Elle regarda le bébé à l’écho. Elle me répétait qu’il est beau, qu’il est beau, qu’il est beau. Elle me posa des questions sur moi, sur mon rôle de femme, sur mon rôle de future mère. Je remercie cette femme. J’irai un jour lui rendre visite pour lui dire tout le bien qu’elle m’a fait. Elle ne m’a pas forcé à faire d’autre prise de sang. Même si je n’avais pas la toxo. Je lui ai dit que je ne referai pas des prise de sang tous les mois, que je ne veux pas, et que les conséquences ne regardent que moi. Elle m’a souri.

Et puis, et venu le jour de l’accouchement.

Les douleurs majestueuses de l’annonce du bébé étaient là et bien présentes. Je les attendais. Je les soutenais. Je les carressais. Je n’en avais pas peur, et m’étonnais moi-même. Mon erreur? L’impatience… Je suis partie trop tôt à l’hôpital. J’aurai dû attendre la dernière minute.

Avec mon impatience légendaire, je me suis piégée moi-même. Je me suis créée moi-même mon enfer…

Mais je ne pouvais pas savoir.

Déjà, la réticence au départ, d’aller à l’hôpital. Mais faute de moyens… je me disais (et là aussi, grande erreur de ma part) : « c’est l’histoire d’un jour ou deux, après ça sera du passé ».

Pourtant je sais assez bien, que le passé ne s’efface jamais!

Je me répétais : « beaucoup de femmes accouchent à l’hôpital, ça s’oublie, ça ne sera qu’un mauvais moment à passer ».

J’ai les larmes aux yeux en écrivant ça.

Pourquoi l’accouchement devrait être un « mauvais moment à passer ». Non, non, j’étais sur la mauvaise voie!
L’accouchement est un moment unique, magnifique, magique, féérique. Il ne devrait jamais être vu comme un « mauvais moment à passer ». NOOOOOOOOOOOOOOOOOON!  Aujourd’hui, je me bats contre cette idée, quand on me dit ça.

Non!

Profitez de votre grossesse, et surtout profitez de votre accouchement.

Accoucher ne fait pas mal!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Je me dirigeais vers l’hôpital avec Hichem qui souriait à moitié, qui était inquiet à moitié. Et là, le verdict tombe, « votre mari ne peut pas vous accompagner ». Je crie, je hurle, je me débats… « Non, ne me laissez pas toute seule, il est la seule personne ici que j’aie!! » Hichem a les yeux mouillés. Je le vois bien. Mais je le connais, il ne pleurera que quand il sera monté dans le taxi. Je passe seule les examens. Et c’est là que le vrai cauchemar commence.

Je pleure, maintenant en écrivant tout ça, mais je dois continuer, ça doit sortir une fois pour toute! Plus jamais je ne me laisserai faire, je me le promets, je le promets à Hichem, je te le promets. Qu’ils essayent de recommencer, juste qu’ils essayent, et ils verront!!!!!!!!!!!!!!!!

Aujourd’hui, j’ai la volonté de me battre, de faire quelque chose contre tout ça, d’aider les nouvelles mamans à pas se faire avoir. Je veux créer un truc, j’en sais rien quoi, un site d’information? Une association pourquoi pas… Mais ne pas me taire!

Je passe donc chez la sage-femme, qui me touche, me mesure l’ouverture, m’annonce que mon col est fermé. Et m’envoie chez l’obstétricienne. Je pleure. Elle me rassure quand même un peu, en me disant que c’est pour bientôt. Mais elle ne sent aucune contraction. Moi non plus d’ailleurs. Elles ont stoppé net quand je suis arrivée à l’hopital.

Hier, j’ai appris que le travail peut s’arrêter avec le stress et l’appréhension…

Je n’ai pas voulu aller chez l’obstétricienne.

J’y suis quand même allée.

Elle m’a allongée sur sa table, fait une écho, et m’a enfoncé ses doigts, m’a fait saigner, crier, pleurer. Et m’a dit que si, si, mon col est ouvert à 2cm. J’ai juste eu le temps de me rhabiller avant qu’un assistant entre dans la pièce où j’étais. J’étais en colère, en larme! Où est mon intimité???????????????????????????!!!!!!!!!!!!!!!!

J’ai compris, hier toujours, que c’est cette femme qui m’a ouvert le col. Mais pour quelle raison?

Je la hais, depuis hier. Je la déteste! Si je la revois, je ne me retiendrai pas pour lui dire ce que je pense d’elle!!!!!!!!!

On m’a fait patienter de 11h à 15h sur une table d’accouchement, les pieds dans les étriers. Je n’ai aucune contraction. Je pleure.

Une sage femme, très gentille, celle-là, je dois l’avouer. Me caresse les cheveux, m’appelle « benti » (ma fille), caresse mon ventre, me rassure… J’accoucherai dans la nuit, me dit-elle. Je la crois, car ça me fait du bien. En attendant, je suis dans une sacrée position, les pieds dans les étriers, à demi nue, avec un drap posé sur le bas de mon corps.

Une autre sage femme, que je ne supportais pas, rentrait régulièrement, fourrait ses doigts dans mon vagin, et repartait.
Je hurlais de douleur à chaque fois. Je ne comprenais pas pourquoi cela faisait si mal.

Toujours hier, j’ai compris qu’en fait, elle ouvrait un peu plus.

Aujourd’hui je suis révoltée. Mais à ce moment là, je me disais simplement « ça fait mal, mais elles savent ce qu’elles font. »

Aujourd’hui, je ne les crois plus, tous des menteurs!

Je croyais que la douleur était normale. Je remercie beaucoup Amélie (cette amie virtuelle dont je te parlais tout à l’heure) de m’avoir fait ouvrir les yeux!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Je ne connaissais rien, du tout! Quelle imbécile je suis.

A chaque fois que cette sage-femme revenait dans ma chambre, tout mon corps se crispait, se tendait, je reculais pour ne pas qu’elle me touche… c’était instinctivement… car je n’en pouvais plus de cette douleur gratuite!

Le personnel des hôpitaux se disent que puisqu’on accouche, on souffre. Alors un peu plus ou un peu moins, hein… Qu’est ce que ça peut faire? Une fois de plus, nous ne sommes que des vagins qui mettront au monde un bébé. Rien de plus. Un dossier médical. Un numéro sur un dossier médical. ça s’arrête là.

Après plusieurs heures intenable dans cette chambre de torture, elles décident enfin de me mettre dans une chambre normale, avec un lit. Elles me laissent là, en me « menaçant » : « Si tu n’accouches pas cette nuit, on fera une césarienne demain matin. Bonne nuit. »

Là, quand même, ma rebellion naturelle se réveille… Après avoir été complétement sonnée par ce que je viens d’entendre, je réfléchis dans tous les sens. Essaye de téléphoner, de chercher du soutien en dehors de ces murs froids, glacials…

Une césarienne. Mais pourquoi? Mais pourquoi ils ne déclenchent pas l’accouchement?

Mais c’est complétement stupide! Insensé, idiot. On diagnostique une césarienne, comme ça, hop, parce que voilà, l’hôpital fait que je n’ai pas de contraction…

Mon esprit rebelle revient en charge : « non, tu n’auras pas de césarienne. Ton bébé se présente bien, ton bassin n’est pas étroit. Non, tu n’auras pas de césarienne. Tu as prévu d’accoucher par voie basse, et tu accoucheras par voie basse et une fois de plus, envoie les toutes se faire foutre. » J’acquiesce à ma conscience. Et je me mets à pleurer, hurler de rage, je deviens comme une folle attachée à cette perfusion de glucose.

« LAISSEZ MOI RENTRER CHEZ MOI », j’avais envie de les insulter, de les gifler, j’en pouvais plus, nerveusement.

Heureusment, y avait une équipe de sage femme « étudiantes ». Elles avaient mon âge à peu près. Elles n’ont pas d’expérience et sont donc douces, et respectueuses. Une d’elle a tenté de me calmer. Mais j’en pouvais plus, je lui disais « S’il te plait, détache moi (je parlais de la perf’, mais je me rends compte que ça veut tout dire), j’ai besoin de mon mari, j’ai besoin d’être dans ma maison. Je ne vais pas accoucher toute suite. je reviendrai quand j’accoucherai. »

Elle se sentait impuissante, me regardait, et je sentais qu’elle allait se mettre à pleurer aussi. Je devais avoir l’air d’une folle. Elle m’a dit « je n’ai aucun pouvoir, je vais en parler à la sage femme ». « Non, je lui répondis, ça ne sert à rien. Elle ne fera rien… … … Et pourquoi vous me faites pas un déclenchement? »
J’ai vu comme un éclair de joie dans ses yeux… Comme si j’avais trouvé la solution. Mais bon, elle est censée avoir fait des études pour être sage femme… Elle aurait pu y penser un peu plus tôt. Mais je lui pardonne.
Elle file en quatrième vitesse voir la sage femme générale. Celle ci revient, mon corps se recontracte. Rien que sa vue me répulse. Elle me dit que c’est pas possible, qu’il est maintenant 23h30, et qu’ils ne le font que dans la journée, parce que s’il y a un problème qui est lié, les médecins sont là.

Je hurle: »J’M’EN FOUS, VOUS M’ENTENDEZ??? J’EN AI RIEN A FOUTRE!!!!!!!! » Je tente d’arracher la perf’, et là la sage-femme et l’étudiante disent des choses que je n’ai pas eu le temps de comprendre en arabe tellement j’étais hystérique, elles me soulèvent et m’emportent pendant que je me débats en salle de travail.

Comme pour se venger, la sage-femme me refait un toucher vaginal hyper douloureux, et m’installe une perf’ d’ocytocine.

Les contractions arrivent et je souris. Enfin, ça y est, je le sens ce bébé qui descend.

Bien sûr que les contractions sont douloureuses. Mais elles le sont moins que ses touchers vaginaux. A chaque fois qu’elle rentre dans la chambre, je gémis. « non, pas maintenant » « non pas maintenant ». Elle revient dix fois, vingt fois. Je ne sais pas combien… C’est le cauchemard.

Je reste avec cette étudiante, je lui demande de fermer la porte à clé. Elle panique. Je lui dis que je peux plus la voir l’autre…

Les contractions sont là, douloureuses et magnifiques. Je mords dans le matelas, et je ferme les yeux, je vois mon bébé qui descend. Je le caresse. Je m’endors entre deux contractions. Le douleur remonte, revient, je l’attends à présent, je l’ai apprivoisé, je gémis un peu, je crie un peu, ça fait du bien.

Elle revient, la sage femme. Elle remet ses doigts. Je pleure à nouveau « non, non non non » et je repense « mais pourquoi on me laisse pas tranquille? Il sortira de toutes façons, qu’elle mette ses doigts n’y change rien! »

J’avais l’impression que ce n’était plus mon corps. Juste un truc posé sur la table palpé, touché, retourné, observé…
Verdict « col bloqué à 7 depuis trop longtemps »

Elle m’appuie sur le ventre, je hurle de douleur. « NOOOON »

Je lui lance un regard de feu. Je sais qu’elle ne recommencera pas avec moi. Elle me dit pour se justifier : « Il faut que le bébé descende sinon il va mourir »

Et sur le coup je devrai la remercier, je la comprenais, hein.

Mais tout ça, c’est du pipeau, c’est pas vrai, aujourd’hui je m’en rends compte. C’est simplement pour les voir en SUPERHEROS.

Tu connais la suite. Elle voit la tête, ouverture à 7cms, l’épisio faite à la lame de rasoir sans anesthésie, sans contraction. Je hurle de douleur. Pas à cause de l’accouchement. Je n’ai d’ailleurs rien senti par la tête qui passe, tellement l’épisio m’a fait mal. J’ai été plus que choquée de l’épisio. Je peux te dire que je me suis renseignée, tard, certes, sur cette mutilation inutile…et que je suis blindée pour le prochain!

Après, j’ai eu mon bébé, deux secondes et demi, elles l’ont pris (c’était mon étudiante chérie qui s’en est occupé). Me l’ont ramené tout beau, et me l’ont mis au sein. Il n’a pas tété beaucoup et une autre sage femme me l’a enlevé et me l’a posé à au moins dix mètres de moi. Je pleure. « Rendez moi mon bébé, rendez le moi! »

Il reste la délivrance. Quel nom, je te jure!! La sage-femme me fouille encore un peu plus à l’intérieur. J’ai mal, j’ai mal, j’ai mal.

C’est ça, les douleurs de l’accouchement. Leur mic-mac qu’ils nous font à l’intérieur, alors que pour extraire le placenta, y a des méthodes plus douces. Mais là encore, je n’étais pas assez renseignée.

Trois heures après, on me recoud l’épisio. Première anesthésie ne fonctionne pas, l’infirmière pique et je hurle de douleur, et d’appréhension. Et j’en ai marre de montrer mon sexe à toutes les sages femmes présentent à l’hôpital. Je me sens dépossédée. Mise à nue, c’est le cas de le dire. Moi qui suis tellement pudique.

Deuxième anesthésie qui marche un peu mieux que la première mais me laisse sentir le fil qui passe, et me dégoûte. Me donne envie de vomir.

Je m’évanouis complètement. Heureusement soutenue par une amie qui bosse à l’hosto et qui a réussi à venir me voir., c’est elle qui m’habille, me pose sur la chaise roulante. J’enveloppe mon bébé, mon trésor. On me sort de la chambre de torture pour m’amener au dortoir.

Et là, une illumination. Hichem est là, près de la porte, mon ange, mon bébé, mon amour. Il est là, il pleure, il rit. Il monte avec moi. Il n’a pas le droit, mais le gardien ne dit rien. Je suis française, et on me laisse tous les droits.

Je rentre dans le dortoir. Plusieurs lits alignés. Combien? Sept? Huit, peut-être. Presque tous occupés. C’est quoi cette horreur?

Combien de bébé vont pleurer cette nuit, comment je vais me reposer. Je n’ai rien dormi depuis plus de 24h. Je pleure. Hichem me prend dans ses bras. J’explose. L’infirmière m’engueule. Je devrais être heureuse avec mon bébé. Les gens comprennent rien. Je m’allonge. Le berceau pour le bébé m’a l’air sale. Je garde mon bébé avec moi. Tout le monde me dit de le poser dans le berceau, mais je les emmerde tous!

Effectivement, les lits se remplissent les uns après les autres.

Le lendemain vint la pire humiliation de tout mon séjour.

Une infirmière passe pour voir l’état de l’épisio. On reste là, sur nos lits à la vue de toutes! De toutes les mamans. Et même des médecins qui passent par là!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Et que je te tripote par ci, par là… T’as mal?… non, c’est l’appréhension d’avoir mal. Je pleure. Je ne veux pas me déshabiller devant tout le monde. Et là elle m’enfonce ces doigts, me fait je sais pas quoi. Je pleure encore. J’en peux plus. J’en ai marre.

Voilà…
Voilà, ce que j’ai subi à l’hôpital.

Ce sont des gestes banals, des gestes pratiqués partout. Tunisie ou pas Tunisie. Des gestes que chaque femme reçoit à chaque fois, avec une étrange banalité. Et pourtant, ce n’est pas normal.

Je me demandais pourquoi je n’ai pas pu faire le deuil de mon accouchement. Pourquoi malgré que c’est quelque chose de magique je l’ai mal vécu. Pourquoi quand je le raconte, je n’arrive pas à mettre des mots dessus. Parce que les mots étaient trop crus, trop durs.

Maintenant je l’ai fait. Pour la première fois. Et sûrement pas la dernière. Maintenant, je vais informer les femmes enceintes.

Ce sont des violences physiques, innacceptables! On ne doit pas accepter de se faire violer publiquement et avec notre consentement. Nous ne sommes pas que des vagins. L’accouchement n’est pas qu’un « mauvais moment à passer ». NON!

Nous devons nous réapproprier nos accouchements, nos naissances. ELLES NOUS APPARTIENNENT!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
C’EST NOTRE CORPS!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
PERSONNE N’A AUCUN DROIT DESSUS!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
J’ai pris conscience de ça, et de l’avoir mis par écrit, c’était long mais ça m’a fait du bien.
Je pense finalement, après l’avoir écrit, en envoyer une copie à Amélie, et a publié une copie dans un forum très bien. Parce que ce n’est qu’avec l’expérience et les erreurs qu’on avance.

Je n’accoucherai plus à l’hôpital. Il en est hors de question. Je ne serai plus jamais victime et coupable de mon propre crime. Celui de suivre aveuglement la médecine et de les remercier de mon propre viol.

Cela est surement un peu dur à lire, maman, excuse-moi. Mais j’avais vraiment, énormément besoin que tu le saches.
Pardonne moi, maman.
Je t’aime à l’infini.
Ta fille, Lucille. »

[ndr: ce récit est un copier-coller autorisé par Lucille de ce site: http://naturellemman.forumfamille.com/t163-mon-accouchement-besoin-de-faire-le-deuil]

#43 – Mom – Pas-de-Calais, 2009

2 Fév

Mon premier accouchement, traumatique, à l’hôpital – France, Pas-de-Calais, 2009, par Mom

Dès le samedi, j’ai commencé à ressentir des contractions plus fortes et régulières que d’habitude. J’ai relativement mal dormi. Le dimanche, j’ai donc décidé de faire une nouvelle séance de sophro puis une sieste. Mais impossible de dormir. J’ai commencé à regarder l’heure à 16h et je me suis rendue compte que je contractais toutes les dix minutes. J’ai prévenu le Papa. J’ai commencé à accompagner chaque contraction en respirant bien, en visualisant l’ouverture du col. L’intensité des contractions montait, mais leur fréquence ne diminuait pas. J’ai varié mes positions, sur le ballon, sur le coussin, à quatre pattes (mauvaise idée), en appui sur les murs, le canapé (le sèche-linge, une table, un placard…). Papa a commencé à chronométrer, mais nous n’en étions qu’à une contraction toutes les sept ou huit minutes. Vers 22h, nous avons décidé d’aller à la maternité tout de même. Résultat: un col dilaté à un… La sage-femme nous a renvoyés chez nous en me conseillant du spasfon qui arrêterait ces « fausses » contractions, un bon bain chaud et une bonne nuit de sommeil. Onze heures, quatre spasfons, deux bains chauds et une nuit blanche plus tard, les contractions étaient toujours à la même fréquence et à la même intensité… J’étais épuisée… J’en voulais à Papa de s’endormir et de ronfler entre les contractions alors que j’aurais aimé qu’il me masse. J’en voulais à la sage-femme et à son « faux » travail si réel. J’en voulais au chat qui miaulait derrière la porte. A ma belle-mère qui me demandait si je prendrais bien un steak ce midi… J’en voulais à l’haptonomie, la sophrologie, l’homéopathie et je commençais à ne plus rien gérer. Je demandais donc à L. (le Papa) de retourner à la maternité. Il devait être 9h30. La première sage-femme m’avait trouvée trop souriante pour être en train d’accoucher. Oui je sais sourire même quand j’ai mal (entre deux contractions!). Alors j’ai tenté d’afficher la pire expression possible de souffrance en expliquant la situation à la sage-femme de cette garde. Examen… Allelujah! Dilatation à trois! « Vous êtes en travail Madame, nous allons pouvoir passer en salle de naissance ». Papa est arrivé, il avait du garer la voiture au fin fond du parking. Il présente le projet de naissance à E., la sage-femme, qui accompagnera l’accouchement. « Je souhaite que l’on me propose la péridurale mais je préférerais que l’on m’aide à gérer la douleur de façon naturelle ». Je VEUX la péridurale! L’anesthésiste est donc appelé, il plaisante, je souris et plaisante (il faut vraiment que j’arrête de sourire quand j’ai mal). Il me fait une première piqure et m’informe que je ne sentirai plus rien. Oh douleur, le fou! Il va me paralyser! Pourquoi ai-je donné mon accord? En plus il ne me croit pas ! La douleur finit par s’estomper… Nous prenons nos marques dans la pièce. L. sort le brumisateur, les huiles essentielles… Je reprends mes esprits, me relaxe, visualise… Je peux doser moi-même la péridurale. Je choisis donc de ressentir, de rester mobile, simplement d’atténuer. Seulement la douleur, insidieuse, se déplace dans le dos… Je varie les positions sur les conseils d’E.: avec un ballon, un coussin, sur la table en version assise, version semi couchée… Rien n’y fait. Elle pense un temps que ma vessie trop pleine crée ces douleurs. Encore un coup au PdN, je ne sais pas faire seule… Elle étudie ensuite la position du bébé, mais elle est très bien positionnée, à gauche, la tête dans l’axe, basse et active. L’anesthésiste est rappelé. Sceptique à nouveau, c’est désagréable. Je vais m’évanouir, j’alterne des « oh putain » « oh pardon » (ce n’est pas mon langage habituel!). Il tente un produit, qui enfin me soulage. Mais je ne sens plus le bas de mon corps… En attendant, le col n’est dilaté qu’à quatre… E. nous présente les différentes options: laisser faire le bébé pour qu’elle fasse céder le col, rompre la poche des eaux, perfusion de synto. En sachant que si une troisième heure passe sans progression, on se dirige vers la césarienne… A chaque fois, elle me proposera un certain acte, ou la césarienne. Alors forcément, nous choisissons tout acte sauf la césarienne, E. impose ses idées en nous laissant l’illusion d’un choix. Nous choisissons d’abord de laisser faire le bébé. Mais le col n’évolue pas… Nous optons alors pour la perfusion. La dilatation s’accélère enfin. E. contrôle toutes les heures, la progression est régulière, de l’ordre d’un centimètre par heure. Me voilà un peu plus sereine. J’alterne entre micro sommeils (comme Papa d’ailleurs, qui après m’avoir accompagnée, massée, encouragée, tombe de fatigue) et accompagnement de la progression du col et du bébé. Je m’en veux de dormir, j’ai l’impression d’abandonner mon bébé.

A dilatation complète, E. attend la poussée spontanée, qui n’arrivera jamais… Elle va donc me diriger. Ca ou la césarienne ! Elle me propose différentes positions mais d’une façon qui fait que je choisis la position gynéco, un peu relevée, car je n’ai pas la force de me mettre sur le côté et de pousser en continu (j’apprendrai plus tard que ce n’est pas parce qu’on accouche sur le côté qu’on doit pousser en continu). Elle me fait faire un essai de poussée. J’improvise, car j’ai appris à respirer pour accompagner la poussée naturelle, pas à pousser… Ca fait rire L.! Apparemment cela fera l’affaire; elle réajustera tout de même en cours d’expulsion. La salle se remplit pour la première fois: deux sages-femmes, une auxiliaire, et un médecin qui surveille de loin. Ce monde est anxiogène… E. s’équipe. Elle me dirige, je pousse, je donne tout, j’en vois des étoiles. L. m’encourage, je ne le crois qu’à moitié quand il me dit que ça avance bien, mais ça me fait du bien. Au bout d’une demi-heure, la deuxième sage-femme se tient à mon autre épaule et m’encourage. Elle finit aussi par couper le son des appareils qui surveillent mes paramètres tant ils sonnent. Je ne l’aurais pas remarqué si elle ne l’avait pas dit, je ne suis concentrée que sur un seul but, sortir mon bébé seule. Je crie, je pousse de plus en plus fort. Dans un magnifique « blop », la poche des eaux éclate au visage d’E. Le bébé descend, mais elle fatigue me dit la sage-femme. Je pousse encore et encore, je la mettrai au monde, pas de forceps ni de ventouse. D’un coup E. me demande d’arrêter. La tête est sortie! Je l’avais sentie quelques instants plus tôt, ce qui m’avait surmotivée. Maintenant les épaules, petite poussée, stop! E. dégage le bébé, qui crie et frétille. Elle lui fait un shampooing d’office !!! Elle me demande si je veux l’amener à moi… Oui, mais le Papa est sur ma perfusion, focalisé sur le bébé, il ne m’entend pas! Elle dit une phrase horrible, « Maman ne veut pas te prendre », puis elle la pose sur mon ventre, l’essuie un peu et lui couvre le dos… Elle me regarde de ses grands yeux noirs, le front tout plissé, elle s’agite vers moi. Je verse quelques larmes, elle est si belle… Papa aussi a les larmes aux yeux, il m’embrasse, n’arrête pas de me féliciter. J’ai la tête qui tourne, tout me semble si surréaliste. Le bébé dans mon bidon depuis neuf mois est là! Je veux la prendre dans mes bras mais les sages-femmes m’en empêchent, le cordon n’est pas assez long. Qu’est-ce qu’elle glisse, j’ai peur qu’elle ne tombe. Les sages-femmes nous disent que le cordon a cessé de battre (un peu vite j’ai trouvé); L., qui avait hésité pendant la grossesse, le coupe. Je peux enfin la voir de plus près. Elle cherche mon sein, mais elle bulle, elle râle. Je ne le saurai que plus tard, elle ne rosit pas assez. L’équipe doit l’aspirer. L. les accompagne, je me sens seule et impuissante. Ils sont juste à côté, mais je ne les vois pas. J’entends ma fille se remettre à pleurer, je suis sûre que L. la tient. Enfin je les aperçois, pour la pesée et la mesure. Elle fait son premier pipi sur la balance. Papa aide pour la couche, où elle laisse son premier caca. Il lui donne aussi la vitamine K, qu’elle avale goûlument. Les voilà qui reviennent me voir. Je réalise seulement qu’il y a un souci de mon côté. Le placenta ne vient pas, malgré mes poussées. J’accepte à nouveau le synto, mais il ne se détache pas davantage. La demi-heure protocolaire est bien dépassée (j’apprendrai plus tard que l’on peut attendre bien plus). La salle s’est remplie: trois sages-femmes, deux auxiliaires, une troisième blouse blanche non identifiée, le médecin, une interne, l’air soucieux. Il va falloir procéder à une révision utérine car je fais une hémorragie (mon dossier, lu après coup, indiquera « RU sans hémorragie »…). « Légèrement désagréable » m’avertit-on. J’accepte, je n’ai qu’une hâte, reprendre mon bébé qui attend avec son Papa et l’observe, les yeux grands ouverts, sereine. Et je me rends compte qu’E. aime les euphémismes… La péri ne fonctionne plus bien, j’ai l’impression qu’on m’arrache les entrailles, et pas d’un coup comme on enlèverait un sparadrap, longuement, méticuleusement… J’essaye de respirer comme l’indique le docteur, mais je crie, je pleure, je commence à avoir mal à la tête et la nausée, à voir des étoiles, je demande qu’ils arrêtent, si je m’évanouis, je ne pourrai pas m’occuper de mon bébé. Ils ne m’écoutent pas ! Je hurle, ils finissent par faire une petite pause puis reprennent les hostilités. Le placenta est enfin vaincu, je suis a priori sortie d’affaire. Moi qui souhaitais voir cet organe qui avait alimenté bébé pendant des mois, je voudrais le balancer par la fenêtre. Bébé enfin! Non Madame, il faut recoudre maintenant… Une déchirure simple, quelques points internes, un point externe. Elle sera bien douloureuse et s’infectera. Le périnée est bien abîmé, j’aurai un bel œdème. J’ai l’impression qu’E. met des heures à me recoudre. Enfin, plus d’une heure après la naissance, L. peut approcher avec notre fille. Il me répète sa fierté, son admiration, qu’est-ce que cela fait du bien. La chaleur du bébé me réconforte. Elle a toujours les yeux grands ouverts. Elle prend appui sur ses bras et rampe avidement vers mon sein. Une auxiliaire de puériculture passe et sans rien demander, appuie sa tête sur mon sein…

Nous sommes enfin seuls, L. et moi, et notre fille, qui tète goulument. Elle finit par s’endormir. Elle a l’air heureuse. L. les yeux qui brillent. Je me sens envahie par un amour d’une telle intensité. Je l’aime si fort mon bébé…

Pendant cet accouchement, j’ai eu l’impression d’être manipulée, que l’on me donnait de faux choix pour me pousser à faire comme l’équipe le souhaitait. J’ai été menacée de césarienne régulièrement. La révision utérine a été si horrible que pendant 10 mois, L. n’a pas pu me toucher sans que je me sente agressée. Un stress post-traumatique m’a été diagnostiqué.

J’ai rencontré le gynéco pour consulter mon dossier, un an environ après l’accouchement. C’est là que j’ai pu lire qu’on m’avait menti pour me faire accepter la révision utérine, prétextant une hémorragie inexistante. Le gynéco m’a aussi dit que rien dans mon dossier n’indiquait qu’une césarienne aurait pu être nécessaire, et que la décision ne revenait pas à la sage-femme. Quand je lui ai demandé si réellement le cœur de mon bébé fatiguait à la fin, il a ri, et dit que c’était un jeu fréquent entre sages-femmes et gynécos, dire que le cœur faiblissait pour que la maman pousse plus vite, plus fort !!! J’étais si choquée. Il a tout de même ouvert l’enveloppe qui contenait le monito du rythme cardiaque de mon bébé, et apparemment, elle aurait vraiment été en souffrance. Mais comment savoir ? Comment faire confiance après ça ?

3 ans après, j’étais à nouveau enceinte. La grossesse a été très difficile psychologiquement, en partie par crainte de l’accouchement, par crainte de revivre un tel traumatisme. Jusqu’au jour J, j’étais incapable de faire confiance à l’équipe médicale. Heureusement, la naissance de ma seconde fille a pu être naturelle, magique… Comme quoi, après un premier accouchement traumatisant, il est possible de vivre un accouchement respecté (dans une autre maternité !!).

#09 Fanny – 2009

29 Jan
 Tout d’abord je souhaite préciser que nous avions un projet de naissance à la maison.
Dès les premiers mois de grossesse nous avons été accompagnés par une Sage-Femme qui avait à l’époque plus de 350 accouchements à domicile à son actif.
L’accompagnement était magnifique.
Malheureusement le dépassement du terme nous a orientés vers la maternité. C’était un des accords que nous avions passé avec la sage-femme.
La maternité qui nous a accueillis était au courant de notre projet. Nous nous étions inscrits là-bas au cas où et notre projet avait reçu un accueil si ce n’est positif tout au moins respectueux.
Le respect n’a pas été suffisamment au rendez vous le jour de l’accouchement.
Nous avons tout d’abord été traités de « tueurs d’enfant » par le médecin qui nous a accueilli. Il nous a sermonné et a tenté de discréditer les compétences de notre sage-femme.
Nous avons eu droit à de merveilleuses répliques du type « si vous aviez été dans mon pays je ne vous aurais même pas ausculté », « même en Afrique les femmes n’accouchent plus à la maison ».
Alors que j’allais aux toilettes, il a demandé à mon conjoint de me « reprendre en main ».
Puis il a voulu déclencher l’accouchement après avoir réalisé une écho sans nous montrer l’écran et nous avoir annoncé qu’il n’y avait plus de liquide amniotique.
Je ne l’ai pas cru, je sentais mon enfant bouger avec aisance dans mon ventre.
J’ai signé une décharge pour quitter la maternité.
Bien sur nous ne pouvions prendre de risque et nous sommes retournés à la maternité le lendemain matin après une nuit à pleurer et à écrire un projet de naissance en urgence. J’étais épuisée moralement.
A notre arrivée, le médecin de la veille et venu nous voir de peur que je porte plainte contre lui (alors que ça ne m’avait pas vraiment traversé l’esprit).
Nous avons discuté et il m’a avoué qu’il m’avait menti sur le caractère d’urgence de l’intervention afin que je n’accouche pas à la maison. Il a eu peur. Et son manque de sang froid a balayé 9 mois de préparation dédiée à un accouchement tel que je le voulais : RESPECTUEUX.
Un autre médecin a procédé au déclenchement. Celui-ci a été sans réel effet.
Je crois que j’avais décidé de ne pas mettre au monde mon enfant parmi ces barbares.
 
Entre-temps j’ai fait connaissance avec un nouveau médecin qui a pratiqué sur moi un toucher vaginal si violent que j’ai hurlé de douleur. Mon homme qui était dans la salle d’attente m’a entendu et a accouru. La sage femme qui était présente était extrêmement mal à l’aise. Elle m’avouera plus tard que je n’étais pas une exception…
Après cet étonnant premier contact, ce médecin a du avoir le béguin pour moi car j’ai eu l’honneur de le voir pointer son nez à deux reprises en salle de travail alors que mon accouchement était alors physiologique.
La première fois, il est venu alors que l’anesthésiste polonais me faisait ma péridurale en me disant avec un fort accent des pays de l’est « pas bouger » (je vous rappelle que tout dans cette histoire est véridique.. hélas…).
Lui aussi avait cru bon de faire une bonne blague en me disant « alors? je croyais qu’on voulait pas de péri? » Lors de notre rendez-vous je lui avais dit « a priori, non ».
Sauf que son vocabulaire devait être limité et sa connaissance du français réduite au langage canin.
Bref, j’ai demandé à l’aide-soignante présente de mettre mon nouveau copain médecin dehors.
Elle lui a demandé de sortir.
Mais le bonhomme était pervers, il a profité plus tard d’un de mes moments de solitude pour revenir enfiler ses plus beaux gants en latex.
Il venait « vérifier que tout allait bien » m’a-t-il dit en tentant de m’écarter les jambes.
Je l’ai copieusement mis à la porte. Il m’a dit que je ne savais pas à qui je m’adressais ; ce à quoi j’ai répondu qu’il ne se fasse pas de soucis car je n’oublierai pas son nom.
Après de longues heures dans cet endroit (je suis arrivée à 7h et ai accouché le lendemain à 23h), le corps médical a souhaité que je tente de pousser.
Mon col était ouvert à 5. Aberration. Une de plus.
Epuisée par ce faux travail, abattue par cette lutte avec tous ces médecins, douloureuse car aucune des doses d’anesthésie n’a fonctionné, j’ai demandé une césarienne.
Ils ont accéléré la manœuvre et m’ont emmenée au bloc car mon fils était en souffrance foetale.
Là encore, pas de chance. Une urgence plus urgente que moi est passée au bloc avant moi, me laissant seule, dans une salle à côté du bloc.
Je ne me suis jamais sentie aussi abandonnée de ma vie. J’ai cru que mon enfant allait mourir dans l’indifférence.
Lorsqu’ils ont enfin pu me faire entrer au bloc, c’est mon copain médecin au doigté incomparable qui s’est pointé.
La mauvaise blague.
Mais je suis une fille positive! Et j’ai vu en lui le professionnel, pas le pervers.
Alors que l’anesthésiste (le seul humain croisé durant ces deux jours) me caressait les cheveux en m’expliquant ce qui allait se passer, mon médecin chéri à commencer à m’ouvrir le ventre.
L’anesthésie n’avait pas eu le temps de faire effet. J’ai commencé à me débattre, j’ai entendu l’anesthésiste engueuler le médecin et puis j’ai vu le masque sur mon visage et je me suis endormie. 
Après… après il y a la rencontre avec Marceau, l’allaitement, le cododo, les massages, le portage, les câlins. Il a bien fallu tout ça. 
Je n’ai pas pu voir de médecin pendant plus d’un an et demi.  Je n’ai pas revu de gynéco non plus. Jusqu’à ce que je rencontre, deux ans et demi plus tard celle qui m’a ouvert sa maternité pour me permettre le plus beau des accouchements physiologiques. Mais ça, c’est une autre histoire. 
Fanny S