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#345 Lucie, dans le Val-de-Marne (94)

8 Fév

Je suis enceinte. J’ai 20 ans. Nous sommes en couple depuis 5 ans. Je suis déjà tombée enceinte un an plus tôt et nous avons fait le choix de l’avortement. Suite à cette IVG j’ai fais une dépression qui a nécessité un traitement médicamenteux. Mon traitement est arrêté en Août : au mois d’Octobre, je suis de nouveau enceinte.
Je suis très informée sur ce qu’est l’accouchement en France aujourd’hui : j’ai travaillé comme Auxiliaire de Puériculture dans de grandes maternités parisiennes. Je sais ce dont je ne veux pas. Je ne veux pas de cette violence industrialisée, banalisée. Je ne veux pas me sentir violée, anesthésiée, charcutée, comme je l’ai entendu parfois dans la bouche des mères auprès desquelles j’ai travaillé.
En fait, tout de suite, je veux accoucher chez moi, en sécurité. Là où je me sens bien. Je n’ai jamais été hospitalisée et je n’ai pas envie de commencer, surtout pas pour donner la vie. Je veux accoucher dans mon cocon, avec mon conjoint, la seule personne au monde en qui j’ai une absolue confiance, et éventuellement l’assistance d’une SageFemme.
Je me fantasme accouchant seule dans mon lit ou ma baignoire, en pleine possession de mon corps et gérant
ma douleur naturellement, instinctivement. Cette vision m’apaise et me sécurise.
Mon conjoint me fait confiance dans mes projets : c’est mon corps, mon instinct, je sais ce qui est bon pour notre bébé et moimême.
Il est un peu réticent, à peine, au sujet de l’accouchement à domicile, mais ma profonde conviction et mes arguments (appuyés par une documentation fournie !) ont vite raison de ses doutes.
Je parcours les numéros des SagesFemmes libérales de la région parisienne : l’une part en vacances à la date prévue de mon accouchement, l’autre est très froide au bout du fil et m’informe qu’elle ne prend plus de nouveaux parents. Je suis blessée et effrayée par la complexité de l’affaire : je me vois forcée d’accoucher à l’hôpital, faute d’alternative. Je n’ai pas le choix. Je me résigne à devoir accepter un accouchement en Maternité, et cette pensée me fait violence. Je me sens forcée.
A partir de ce moment de la grossesse, j’ai des phases régulières de panique en imaginant mon accouchement : je me vois ficelée à une table, le sexe ouvert mutilé, la lumière crue, tous ces gens, c’est un viol, voilà, c’est cela dans ma tête, rien d’autre. Mon conjoint ne comprend pas ma terreur et la minimise. Je me renferme. Je garde mon désespoir et ma peur en moi. J’envisage parfois d’accoucher seule à la maison, pendant que mon conjoint sera au travail, de ne pas me rendre à la Maternité. De faire ça toute seule, sans personne pour violer mon intimité. C’est la seule pensée qui m’apaise un peu, même si je sais qu’elle est illusoire : au fond de moi, je sens que je n’ai pas cette force d’être seule face à l’inconnu d’un premier accouchement.
Je découvre le concept du plateau technique, et un SageFemme libéral qui le pratique dans le grand hôpital à deux pas de chez nous. Cela me semble l’option la plus acceptable. Nous le rencontrons : il est sympathique, son approche de la grossesse et de la naissance me plaît, respectueuse et physiologique. Il accorde une grande place à l’entité parentale, pas seulement à la mère, et c’est important pour nous. Mon conjoint aussi est à l’aise avec lui. Nous ferons la route ensemble, même si je garde ce sentiment profond de faire un choix par défaut.
La grossesse se passe très bien physiquement. J’arrête cependant de travailler rapidement car je suis épuisée par les trajets interminables. Je sens que j’ai besoin de temps pour moi, pour me centrer et investir cette grossesse qui fait remonter à la surface d’anciens démons et beaucoup d’angoisses primitives. Quel bouleversement !
Le suivi de grossesse est respectueux : je n’aurais aucun toucher vaginal avant ma dernière consultation, car il n’y a aucune raison valable pour en faire. Je fais, avec mon SageFemme, une préparation à l’accouchement adaptée à mon souhait de ne pas prendre la péridurale : on discute des positions, de la gestion de la douleur, on fait de la sophrologie. Mais mon angoisse persiste malgré toute sa gentillesse. Je sens que je le pousse dans ses retranchements: je voudrais ne pas être perfusée d’office à l’arrivée à la Maternité, par exemple, et je me heurte à un
refus catégorique. Cela peut sembler anodin, mais le fait de sentir que je n’ai pas le droit de refuser un acte invasif creuse un fossé entre nous. Et je ne parviens plus à parler de ce qui me touche et m’inquiète : je le laisse se préoccuper de mon corps qui va si bien et je passe sous silence mon mental qui lui, ne suit pas.
Malgré mes efforts pour faire des choix éclairés, de nombreuses choses ne me conviennent pas. Mon SageFemme
ne fait pas les échographies et me dirige vers une gynécologue.. Son ton est froid. Elle me fait mal, elle a des remarques déplacées sur mon physique, elle ne nous met pas à l’aise. Je me souviens pourquoi je ne suis plus suivie gynécologiquement depuis des années, mais bizarrement, je n’ai pas la force de chercher quelqu’un d’autre. Je me sens piégée dans ma grossesse, dans ce qui m’est imposé à ce sujet : on attend de moi que je sois docile et béate. Je pensais que porter la vie me rendrait forte, puissante et fière; à l’inverse, je me sens infantilisée face au corps médical. Je m’estime “chanceuse” d’avoir opté pour un suivi global où je bénéficie d’un interlocuteur privilégié en la personne de notre SageFemme; je n’imagine pas ce qui se serait passé si j’avais opté pour un suivi plus conventionnel. Au moment où mon SageFemme remplira mon dossier pour la Maternité, il me demandera si
j’ai vécu des agressions sexuelles. Mon conjoint est à côté de moi. Oui, j’ai subis des violences sexuelles quand j’étais adolescente, mais comment vous dire ça maintenant, entre mon poids et mes antécédents familiaux ? Je ne dirais rien, et lui ne s’attardera pas sur mon malaise pourtant bien visible. Rien non plus sur mes addictions passées, quelques questions plus tard : trop tard, je suis fermée, vous m’avez fermée par votre indélicatesse. Dommage. J’aurais tellement eu besoin de parler de tout cela, précisément, de ces angoisses que la grossesse fait ressurgir. On
semble parfois oublier que la grossesse et l’accouchement sont des évènements de la vie sexuelle d’une femme, qu’ils sont dans la continuité de ses expériences, de son vécu. Mon ventre me semble dissocié de moi, on traite ma grossesse comme une personne à part entière.
J’ai du mal à investir ma grossesse, j’ai du mal à me projeter, à caresser mon ventre, à parler à mon bébé. Et je ne peux le dire à personne. A mesure que ma silhouette se transforme et que mon bébé donne des signes de vie, je parviens cependant à tisser ce lien délicat entre lui et moi.
L’échographie nous a montré qu’il s’agit d’une fille et j’en suis très heureuse. J’évite de penser à l’accouchement même si je suis toujours hantée par mes peurs. Je souffre aussi, malgré tout : je me sens lourde, impotente, douloureuse. Mais comme “tout va bien”, je n’ai pas vraiment l’autorisation de me plaindre. Mon conjoint et moi-même,
sentant la fin de la grossesse approcher, nous soudons face à l’inconnu. Mais je me sens toujours isolée et incomprise. Je regrette de ne pas avoir la force de demander de l’aide, mais j’ai la sensation que mon énergie
est monopolisée par et pour mon enfant. J’aurais souhaité qu’on me tende la main, qu’on fasse le premier pas, peut-être en me demandant sincèrement comment je me sentais, en tant que personne et pas seulement en tant que future mère.
La veille de mon terme prévu, je n’ai toujours aucun signe annonciateur de l’accouchement. Mon SageFemme
m’annonce que si je n’ai pas accouché à la date prévue, on me déclenchera à DPA+1 : c’est le protocole de l’hôpital dans lequel il officie et il n’a pas le pouvoir de lutter contre.
Je n’avais pas du tout envisagé cette possibilité et cela me révulse. Je déteste l’idée de mettre mon bébé dehors de force et dans la violence qu’induit un accouchement déclenché artificiellement, alors qu’il ne montre aucun signe de détresse. On ne nous laisse donc aucune chance ! Mais, moi non plus, je n’ai visiblement pas le pouvoir de lutter contre.
Le SageFemme me fait mon premier toucher vaginal pour contrôler l’état du col utérin, qui est légèrement ouvert. Je sens qu’il fait un geste sur mon col que je ne connais pas, désagréable. Il s’aperçoit que je l’ai remarqué et me fait un petit sourire en coin : “Je décolle les membranes”.
Je suis stupéfaite. Le décollement des membranes n’est pas anodin, et il ne m’a pas demandé mon avis. Il a fait ce geste sur mon corps, sur mon sexe, sur mon bébé, sans me demander mon avis. Il prend ce risque sans s’assurer que je sois informée des conséquences que cela peut engendrer.
Je n’arrive plus à parler. J’ai envie qu’on en finisse : j’ai mal partout, je suis épuisée d’avoir peur, d’appréhender, de sentir que mon corps m’échappe, que je ne contrôle rien. Le SageFemme est sûr que je vais accoucher dans la nuit, moi pas. Il s’aperçoit qu’il a oublié de faire un test important concernant la présence de Streptocoque B dans ma flore vaginale, et me demande de passer au laboratoire avant de rentrer chez moi.
Pendant le trajet, je sens que je commence à perdre les eaux. La poche est fissurée. A cause du geste qu’il a posé sans préavis, il a déclenché les évènements. Je marche toute l’après-midi, je passe au laboratoire. Je rentre chez moi. Je nettoie la maison du sol au plafond. Je ne pense plus à rien. Je préviens mon conjoint que l’accouchement ne va plus tarder. On prépare mon sac. Toute la nuit, je prête attention à mes contractions irrégulières, peu douloureuses, que
j’essaie de forcer en roulant du bassin sur mon ballon d’accouchement. Mais le travail n’a pas commencé. Je sais que ce n’est pas le moment, que mon bébé ne viendra pas tout seul, que la poche des eaux ne se serait jamais fissurée naturellement aujourd’hui. Je sais qu’en fait, mon SageFemme m’a déjà déclenchée artificiellement en décollant les membranes, parce qu’il voulait se conformer au protocole de son hôpital. Il n’a pas laissé à mon bébé une chance de
naître naturellement. Et je suis en colère contre lui, en qui j’avais une relative confiance jusqu’alors. Je n’ai même plus peur : je veux juste en finir, je veux que mon enfant naisse. J’ai le sentiment que la naissance de mon bébé est gâchée, et je culpabilise de ne pas mener ma grossesse à terme moimême, de ne pas savoir/pouvoir accoucher par moimême.
Le lendemain matin, les contractions se sont arrêtées. Le SageFemme essaie de me joindre au téléphone et je suis bien obligée de décrocher. Il vient d’avoir les résultats d’analyse : j’ai énormément de Streptocoques B. Comme la poche des eaux est fissurée depuis la veille et qu’il y a un risque d’infection pour le bébé, on doit déclencher l’accouchement. Une raison de plus, j’ai envie de dire. On se donne rendezvous à la Maternité. Il y a comme un sentiment d’urgence, de pression, je me sens forcée, pressée, compressée par son inquiétude.
Arrivés à la Maternité nous allons directement nous installer en salle de travail. C’est une trop grande salle froide carrelée, avec une baie vitrée donnant sur les arbres. Il y a une table d’accouchement sans étriers et face à la table, des placards et du matériel médical. C’est aseptisé, immense, étranger. J’ai du mal à me dire que je vais donner naissance à ma fille ici, dans cet endroit anonyme et froid, mais je me fais violence pour me “mettre dans le bain” :
après tout, je n’ai pas le choix, autant faire de mon mieux pour que cela se passe le moins mal possible. Je fixe mon attention sur le joli paysage par la fenêtre, dans le soleil de fin d’aprèsmidi.
Je passe la blouse de l’hôpital. Je ne veux pas enlever mon bracelet portebonheur, mais c’est obligatoire au cas où une intervention d’urgence serait nécessaire, alors j’obéis. La pose de la perfusion la première de ma vie m’arrache
des larmes de douleur. Comme l’accouchement est déclenché j’ai droit au monitoring en continu : je peux me déplacer sommairement avec, mais mes mouvements perturbent l’enregistrement et je dois sans cesse veiller à ce qu’il reste en place. Le SageFemme me dit de ne pas m’en préoccuper, mais c’est difficile d’occulter ce bruit permanent et tous ces fils. Il me prévient que la douleur des contractions va être plus violente et soudaine que si l’accouchement était spontané : mais plus violente que quoi ? Je n’ai encore jamais accouché !
Je m’assois sur le ballon, mon conjoint face à moi. Je gère les premières contractions ainsi : nous discutons tous les trois tandis que je bouge mon bassin au rythme des vagues qui se succèdent. Très vite, elles sont plus rapprochées et plus puissantes. Le SageFemme me prévient chaque fois qu’il augmente le débit de la perfusion, ce qui est plus anxiogène qu’autre chose. Quand la contraction arrive, je m’enroule sur moimême et je serre très fort les mains de
mon homme. Ce contact physique avec lui m’est indispensable en permanence, c’est la seule chose qui me garde sur Terre; sans ce contact je pars très loin… L’intensité des contractions me stupéfie. A chaque contraction, désormais, je n’entend plus rien, je ne vois plus rien, je suis submergée par cette douleur brûlante qui n’est pas localisée mais générale, dans ma chair et dans ma tête, partout en même temps. Rien à voir avec ce dont on avait parlé pendant la
préparation à l’accouchement.
J’entends les hommes qui discutent sans être capable de donner du sens à leurs mots. Leurs voix sereines me réconfortent cependant entre deux contractions, c’est un fond sonore agréable.
Parfois mon homme m’encourage doucement mais je ne peux pas lui répondre, ma voix ne sors pas. J’ai la sensation d’être dans un monde parallèle, de perdre le contrôle de mon corps, de mes sens, ce qui est déroutant et effrayant. La douleur prend de l’ampleur continuellement. J’ai du mal à reprendre mon souffle.
Je ne parviens plus à gérer la douleur assise, un poids pèse sur mon périnée en permanence.
Je crois que je le mentionne oralement car mon SageFemme me propose de me mettre debout en m’appuyant sur le lit. Je me lève en trébuchant : je me sens ivre. Est-ce que c’est ce qu’il y a dans la perfusion qui me rend ainsi ? Je pose les deux mains sur le lit et une contraction très violente arrive immédiatement. Je suis submergée par la douleur et par la peur. Debout au milieu de ce lieu inconnu, seule, noyée dans ma douleur sans le contact physique de mon homme, je me sens vulnérable, en danger. Je suis terrorisée.
On m’aide à monter sur le lit et je m’y retrouve allongée sur le dos, position fortement anxiogène pour moi, mais j’ai trop mal pour verbaliser mes émotions. Le SageFemme me propose un toucher vaginal pour vérifier l’avancée du travail : le col est ouvert à 4. Cette période de l’accouchement est très confuse dans ma mémoire : je déraille complètement. Je me dis que je ne vais pas survivre, je pleure comme une enfant en m’accrochant à mon homme. Comme s’il pouvait prendre ma douleur, j’attrape la main du SageFemme pour la poser sur mon ventre
pendant une contraction, mais il la retire, visiblement embarrassé.
J’ai une sensation profonde, bestiale, de mort imminente. Ce n’est plus de la douleur, c’est de la souffrance, il n’y a aucune pause entre les contractions. Allongée sur le dos, les cuisses serrées l’une contre l’autre, je me tortille à chaque contraction comme pour la bloquer, la freiner, mais en vain. J’en arrache même ma perfusion à force de me tordre de douleur mon SageFemme me dit qu’il n’a jamais vu ça avant.
Quelque part, le fait que les hommes restent sereins autour de moi me permet malgré tout de garder un contact avec la réalité. On essaie le masque de gaz relaxant, mais c’est pire, car je me sens étouffée en dessous. Le SageFemme
et mon homme me préviennent qu’ils vont sortir un instant. Mon homme me racontera lui avoir demandé s’il était normal que j’ai aussi mal, car il commençait à avoir peur pour moi. Ce moment de solitude est douloureux mais bénéfique : je suis profondément désespérée de ne pas être comprise et aidée, mais je comprends que je vais devoir lutter seule et que je dois trouver par moimême ce qui peut me soulager.
Le SageFemme me fait un nouveau toucher vaginal : le col est ouvert à 6. Il me propose de percer la poche des eaux : cela risque d’être plus intense ensuite, mais aussi d’accélérer considérablement l’avancée du travail, selon lui. J’accepte car j’ai envie d’en finir. Il perce la poche des eaux : j’ai un fou rire en sentant toute cette eau chaude jaillir hors de moi, c’est inattendu, cela me soulage d’un poids ! Nous rions un peu, l’atmosphère redevient plus sereine,
plus confortable. Le SageFemme me propose de m’asseoir en tailleur et installe une barre au dessus du lit de façon à ce que je puisse m’y accrocher au moment des contractions. Il me rappelle de me recentrer sur ma respiration et me propose de pousser sur la barre au moment de l’expiration. Sur un poste radio, il met la musique que nous utilisions pendant les séances de sophrologie : c’est rassurant même si j’en fais très vite abstraction, comme tous les sons
environnants. Dans le brouillard, j’entends la voix de mon SageFemme, cette parole isolée en réponse à mon homme inquiet : “Maintenant, elle est dans sa bulle.”
Je me concentre entièrement sur ma respiration, je la visualise et l’accompagne. Curieusement, la douleur des contractions a disparue : elle est remplacée par une puissante envie de pousser !
En fait, mon corps pousse tout seul, sans que je puisse maîtriser cet effort. Mon utérus est maître de la situation. C’est une sensation qui n’a jamais été mentionnée en cours de préparation à l’accouchement. Je suis soulagée de ne plus avoir mal, de ne plus être dans la douleur vive, mais cette sensation de poussée me déroute et me fait peur. C’est si dur de lâcher le contrôle quand on ne se sent pas parfaitement en confiance et sécurisée… Je ne peux pas.
Je voudrais, mais je ne peux pas. J’aurais tellement besoin d’être dans mon cocon familier, sentir l’odeur de mes draps, de mon homme contre moi, pour pouvoir enfin lâcher prise… Mais ici, de cette façon là, je ne peux pas.
Je signale à mon SageFemme que “ça pousse”. Il me répond simplement de laisser aller. Alors que j’aurais besoin d’être accompagnée, je me sens à nouveau piégée dans mon corps, seule. Malgré moi, je vais lutter contre cette poussée. Entre chaque contraction, je somnole sans m’en apercevoir. Je suis épuisée. Quand la poussée arrive, je suis incapable de la laisser aller. J’ai beau essayer de faire le vide dans mon esprit, mon bassin se bloque et je me retiens. Tous mes muscles tremblent dans cet effort. Je pourrais rester ainsi indéfiniment, suspendue dans le temps, dans les âges, entre deux états, entre deux étapes.
Subitement, j’entends la voix de mon SageFemme, anxieuse : “Bon, il faut y aller.”
J’ouvre les yeux. J’ai la sensation de me réveiller d’une très longue sieste : dehors, il fait nuit ! Je ne comprends pas. La sensation de poussée à disparue. Le SageFemme m’explique que le coeur de mon bébé commence à ralentir et qu’il va falloir pousser pour la faire sortir rapidement, tout en braquant sur mon corps l’énorme projecteur accroché au plafond. Je le vois préparer du matériel et enfiler un masque.
Je ne comprends plus rien. Je ne comprends pas comment j’en suis arrivée là, alors qu’il y a si peu de temps j’étais transpercée par cette poussée si puissante. Pourquoi est-ce qu’il ne m’a pas encouragée à pousser à ce moment là ? Pourquoi m’avoir laisser m’épuiser ainsi dans mes contractions, au point de m’endormir, alors que j’avais juste besoin qu’on m’encourage et qu’on me guide ?
Je suis assise sur le lit, les cuisses ouvertes au maximum, presque accroupie. J’ai toujours des contractions, mais elles semblent ralenties, anesthésiées, endolories comme tout le reste de mon corps. Mon homme est à ma droite et me tient la main. Une Aidesoignante est à ma gauche. Elle demande au SageFemme : “Tu vas faire une (poussée) dirigée ?”. Je me sens impuissante, incapable. Je m’efforce de pousser tandis que l’Aidesoignante appuie sur mon ventre. Elle s’excuse de me faire mal car elle y met vraiment toute sa force : je me souviens lui esquisser un sourire et lui répondre quelque chose comme “au point où j’en suis”.
Mais je n’arrive pas à pousser correctement. Mon corps m’échappe une nouvelle fois, traître. J’ai du mal à rassembler mes forces et à comprendre comment je dois pousser, maintenant que la sensation de poussée naturelle a disparue. Le SageFemme me dit qu’il va faire une anesthésie locale et, sans même me demander mon avis, enfonce une aiguille d’une taille considérable dans mon aine pour injecter le produit. C’est extrêmement douloureux. Mais pourquoi une
anesthésie maintenant ? Je n’avais pas mal ! Il semble confus de ma réaction et bredouille que maintenant, il est bien obligé de faire l’autre côté… J’en pleure de douleur tandis qu’il pique à nouveau. C’est complètement inutile.
Je pousse encore, mais cette anesthésie locale m’empêche de sentir correctement ce que je fais. Déjà que je n’ai plus envie de pousser depuis un moment, ça devient très compliqué… Le SageFemme me menace : si je n’y arrive pas toute seule, il faudra faire venir le Gynécologue.
Je balbutie en pleurant que je ne comprends pas comment je dois pousser. Finalement, je ne sais trop comment, je parviens à faire émerger la tête chevelue de mon bébé : je vois son reflet dans le carrelage du mur. Mon conjoint va jeter un coup d’oeil ému puis revient vite me tenir la main pour m’encourager. Cette vision furtive me donne la force de la sortir complètement à la poussée suivante.
J’ouvre les yeux le temps de voir ma fille, un peu violette, passer au dessus de mon corps sans s’y poser. Je crois lui avoir dit “Je t’aime”. Le SageFemme et l’AideSoignante partent immédiatement avec elle dans la salle adjacente. Mon homme me regarde avec inquiétude. Je crie : “Vas avec elle !” et il disparaît lui aussi. Cet instant de solitude semble durer une éternité.
Ma fille qui ne pleure pas, mon corps douloureux, vide, écartelé. Par respect pour elle, je ne pleure pas non plus jusqu’à ce que son premier cri me parvienne enfin. Alors les larmes coulent toutes seules. Ma tête est vide, je ne pense plus. Je suis seule. Je suis vide. Je voudrais mes amours près de moi, ma fille, mon homme. L’AideSoignante
passe à côté de mon lit. Je lui demande si tout va bien pour ma fille, et elle me répond avec surprise que oui, bien sûr, qu’elle avait juste besoin qu’on la stimule un peu car elle était fatiguée, mais que tout va bien maintenant. Puis elle me félicite, me souhaite une bonne nuit et s’éclipse.
Le SageFemme revient avec ma fille dans les bras : il propose à mon homme de la prendre en peau à peau pendant qu’il me fait quelques soins. Il appuie sur mon ventre, c’est désagréable, et me demande de pousser pour voir : le placenta sort d’un coup. Le SageFemme nous demande si on veut le voir : on jette un coup d’oeil, mais ça ne nous passionne pas autant que lui. Il m’ausculte. J’ai deux déchirures, sur la lèvre et à l’entrée du vagin, mais le périnée est intact. Il va me recoudre à vif : je suppose qu’il ne peut pas faire une nouvelle anesthésie locale aussi rapidement après la première, bien qu’elle ne fasse absolument pas effet. Je sens tout. C’est insupportable. Il minimise ma douleur sur le ton de l’humour.
Je ne lâche pas des yeux ma fille, blottie nue contre le torse de son Papa, dans une couverture chaude. Cette vision merveilleuse me permet d’endurer en silence la douleur. Ils partagent ces premiers instants et cela me réconforte de savoir qu’ils vont bien, qu’ils sont ensemble, qu’ils se câlinent.
La “couture” est longue et douloureuse. Je n’en peux plus, je suis toujours dans la position où j’ai accouché et mes cuisses tremblent comme des feuilles mortes. Je me sens partir, je suis comme shootée, j’ai de gros vertiges. Je le signale à mon SageFemme qui ne semble pas s’en affoler et termine son travail. Mon homme est impatient de me présenter ma fille et me la dépose dans les bras : son corps chaud contre le mien me fait un bien infini. Elle se met rapidement à gémir et à se tortiller : je lui propose spontanément le sein, qu’elle atrappe facilement pour une
première tétée. Je devrais déborder de bonheur, mais je me sens anesthésiée, vidée. Je contemple ma magnifique petite fille sans parvenir à ressentir quoi que ce soit d’autre que mon épuisement et ma douleur.
Notre SageFemme nous laisse un moment seuls et nous profitons de cette tendre intimité à trois. Je me sens dissociée de mon corps, toujours ivre. Je suppose que cet état second, qui se poursuivra toute la nuit, est un effet des médicaments qui m’ont été injectés. Lorsque le SageFemme revient, ma fille est toujours au sein : j’aurais apprécié qu’il vérifie ma position d’allaitement, mais je n’ai pas le temps de lui demander, car il nous signale qu’il faut monter en chambre. Mon conjoint habille ma fille car je suis trop épuisée pour le faire. Le SageFemme
me nettoie, me met une protection hygiénique et m’aide à m’installer dans le fauteuil roulant. Je ne tiens plus sur mes jambes. Mon homme me dépose ma fille toute emmitouflée dans les bras. La tenir serrée contre moi est déjà un effort physique considérable, dans l’état où je me trouve. Mon homme nous embrasse une dernière fois avant de partir : il n’a pas le droit de passer la nuit avec nous. Je suis installée dans une chambre double. La mère qui est allongée dans le lit à côté du mien dort profondément, elle n’a pas son bébé avec elle. La sonnette destinée à alerter le personnel médical est accrochée dans son lit : il n’y en a qu’une pour nous deux.
Je m’installe seule, maladroitement, avec ma fille dans mon lit car elle a toujours envie de téter.
J’ai très mal au sexe et je sens que je saigne. J’ai des vertiges, des frissons, je tremble. J’ai froid et je me sens toujours shootée : j’ai des pertes d’équilibres et la vue brouillée. Je voudrais me lever pour aller aux toilettes car j’ai envie d’uriner et que j’ai besoin de vérifier mes saignements, mais je ne peux pas me lever seule. Je ne peux pas non plus appeler quelqu’un pour m’aider, puisque la sonnette est inaccessible.
Je vais donc rester ainsi de longues heures. J’essaie de trouver une position confortable pour allaiter et somnoler en même temps. En plein milieu de la nuit, une infirmière entre dans la chambre. Elle vient vérifier quelque chose concernant ma voisine. Je lui demande si elle peut m’aider à aller aux toilettes : elle me répond sèchement que puisque je n’ai pas pris la péridurale, je peux me lever seule. Je lui explique que j’ai très mal et des vertiges importants, mais elle fait mine de ne pas m’entendre. Je me débrouille pour aller seule jusqu’aux toilettes mais je dois
faire plusieurs pauses en chemin car je suis au bord du malaise. La seule réaction de l’infirmière devant mon état sera de m’ordonner de laisser la porte des toilettes ouverte au cas où je m’évanouirais.
Je lui demande si elle peut me procurer d’autres protections hygiéniques, car je saigne très abondamment et les miennes ne sont pas suffisantes : elle rechigne. Elle ne m’en apportera pas de la nuit. Uriner provoque une douleur extrême à cause de la suture récente et je ne sais pas si c’est normal. Lorsque je regagne mon lit, l’infirmière est déjà partie.
J’apprendrais plus tard que le personnel médical de l’établissement est très réticent à acceuillir les mères qui accouchent en plateau technique : en effet, tous seront ignorants, froids et même dédaigneux avec nous. Notre SageFemme nous dira sur le ton de la blague qu’à notre arrivée,
l’équipe soignante a parié avec lui sur le fait que je réclamerais une péridurale et sur l’heure de mon accouchement; et que nous avons “gagné”. Je préfère ne pas rapporter en détails l’attitude du personnel à mon égard : pour simplifier les choses, lorsque je n’ai pas été tout bonnement ignorée, j’ai reçu des critiques et des remarques infantilisantes et moqueuses.
Ainsi, on ne viendra se préoccuper de moi que le lendemain en début d’après-midi: auscultée par une infirmière, j’apprends que j’ai deux hématomes importants aux aines et le sexe tuméfié, ce qui explique mes intenses douleurs. Elle est très étonnée de découvrir qu’on ne m’a pas donné d’antalgique. Je souffre également de crevasses aux seins car personne ne s’est soucié de savoir comment se passait mon allaitement. Plus grave : personne ne s’est préoccupé de savoir comment se portait ma fille, pendant tout ce temps…
Le lendemain, mon homme me trouve dans un état d’épuisement avancé. Je n’ai pas dormi et je n’ai toujours pas reçu le moindre antalgique. Notre SageFemme fait un passage éclair dans la chambre pour vérifier mes saignements et mes sutures : il semble nerveux et confus devant le récit de ma nuit. Il insiste pour me prescrire une contraception hormonale alors qu’il n’y a aucune urgence, et ne se préoccupe pas de savoir si mon allaitement se déroule bien. Il nous dit être très occupé et ne pas pouvoir rester plus longtemps, nous nous verrons demain, lors du suivi à domicile que nous avons organisé.
En effet, nous avions prévu une sortie précoce, mais les transmissions n’ont pas été faites correctement au sein de l’équipe médicale et nous devons attendre de longues heures la visite du pédiatre avant de pouvoir quitter l’établissement. Nous apprenons, lors de cet examen, que les prélèvements faits sur notre bébé afin de vérifier qu’il n’a pas été infecté par le Streptocoque B, ont été perdus dans la nuit. Notre fille subit donc une seconde fois ce geste invasif. Nous devrions théoriquement attendre les résultats d’analyse avant de quitter l’hôpital, mais c’est tout à fait hors de question pour nous. Nous signons une décharge et nous partons aussi rapidement que possible. Je veux retrouver mon cocon, ma maison, mes repères, et pouvoir enfin dormir et être aidée par mon homme. Je veux pouvoir être suffisamment à l’aise et sécure pour enfin prendre le temps de tisser ma relation avec mon bébé, car jusqu’à ce que nous soyons rentrés chez nous, je serais trop mal physiquement et psychiquement pour investir ce lien autrement qu’en répondant à ses besoins primaires.
J’ai accouché il y a 18 mois.
Je peux enfin faire le récit de cette naissance sans être envahie par des émotions négatives, même si j’ai encore besoin de travailler sur ce traumatisme qu’à constitué l’accouchement pour le surpasser définitivement. J’allaite toujours ma fille aujourd’hui, et cet allaitement plein de douceur et de tendresse est une victoire, car à aucun moment je n’ai été conseillée ou guidée malgré mes difficultés de démarrage.
Nous ne savons pas encore quand nous aurons un deuxième enfant, mais une chose est sûre, c’est qu’il viendra au monde chez nous. Je n’aurais jamais pensé adopter un point de vue aussi extrême avant de vivre cette expérience, mais si aucune SageFemme ne peut nous accompagner dans un projet d’accouchement à domicile, nous nous débrouillerons seuls, pour éviter d’avoir à revivre ces évènements.

Dans le Jura

26 Nov
J’ai accouché dans une maternité du Jura.
Mes contractions ont commencé le 28 septembre, je m’était rendue à un Loto, avec mon ami et ma belle-famille, nous étions partie à 50 km de la maternité, durant tout le jeu j’ai ressenti des contractions, j’ai dis à mon ami que si elles ne s’arrêtaient pas nous irions à la maternité à la fin du Loto, arrivé à la fin elles étaient toujours là, nous avons pris la voiture direction la maternité. Arrivés là-bas la sage-femme nous prend en charge dans une chambre. Elle vérifie mon col : il n’est pas plus ouvert que d’habitude, 2 doigts … et elle me fait un monito ; malheureusement après une heure de monito elle nous renvoie à la maison, elle me dit de prendre du Spasfon, mes contractions ne sont pas assez rapprochées … Le lendemain, je n’ai pas dormi de la nuit, mes contractions me réveillaient, j’ai tenté de me reposer tout l’après-midi mais en vain. Je me suis réveillée souvent à cause de ces contractions, le soir après manger je vais aux toilettes et là je vois des caillots de sang, je dis à mon ami cette fois je vais à la maternité tant pis  mais je veux verifier si tout va bien .. rebelotte on reprend la voiture direction la maternité. Arrivée là-bas c’est la même sage-femme qu’hier qui nous accueille, elle est sympa ça va mais au début je la trouvais un peu froide, cette fois encore elle vérifie mon col ah ça a bougé je suis ouverte à 3 doigts, on fait un monito … une heure après elle m’annonce que c’est toujours pas encore rapproché mais elle decide de verifier mon col au cas où et là tadaaaaaaaaa miracle je suis ouverte à 4 doigts, elle me dit : c’est parti, on passe en chambre de naissance, elle m’installe dans la chambre que je trouve superbe, un decor de jungle verte, un grand canapé d’angle pour mon ami, elle me dit d’attendre, elle va chercher l’anesteshiste, pendant ce temps je suis perfusée, habillée, etc. L’anesteshiste arrive, on fait sortir mon ami, cela lui permet d’aller chercher la valise et de prévenir ses parents que je vais accoucher dans la nuit, il est 00h00 nous sommes le 30 septembre et l’anesthesiste me pose la peridurale c’était super je n’ai rien senti, 20 minute après, ça a fait effet, je ne ressentais plus mes jambes, merveilleux, à 00h30 la sage-femme vient pour me percer la poches des eaux … et me dire que je suis ouverte à 7 doigts, elle me dit « Vous avancez super vite c’est génial … moi je suis déstabilisée je m’attendais pas à autant de rapidité mais bon si mon bébé va bien c’est tout ce qui compte, à 1h30 elle vient me re-contrôler et là je suis  dilatée complètement, mais mon fils est trop haut encore, elle me dit qu’elle va poser une perfusion pour l’aider à descendre et qu’il va falloir être efficace dans la poussée car sinon ce sera une cesarienne … deux heures plus tard à 3h30, elle me dit que cette fois il faut y aller parce que le bébé est bien descendu, on m’installe, une autre sage-femme arrive, elle me dit de pousser je ne ressens pas grand chose, je ne sais pas si je pousse bien, mais elle me dit que c’est super et que je pousse super-bien alors je prends toutes mes forces et je pousse comme une folle; elle m’a fait toucher ses cheveux, ça me motive encore plus, je pousse de plus belle et à 3h50  il est là … elle le pose sur moi, mon fils, ma vie … il est encore tout chaud, magnifique, 9 mois de grossesse pour un aboutissement aussi merveilleux, c’était l’apothéose … J’était aux anges, elle me dit que je suis juste un peu déchirée à l’extérieur, ce qui nécessite deux petit points qui ne me gêneront pas pour uriner, j’ai eu un accouchement merveilleux, la sage-femme m’a dit qu’elle était très contente car c’est pas souvent que des accouchement se passent aussi bien, que j’ai été très patiente et que je ne me suis pas plainte, en même temps il n’y avait pas lieu de se plaindre, l’équipe a été super. Mon fils pesait 3 kilo 500 pour 50.5 cm, un beau bébé je suis très fière de mon accouchement et je tiens encore à remercier l’hôpital qui a respecté tout ce que je voulais.

Valérie – Bouches du Rhône – 2012

14 Nov

On a respecté mon envie mais on m’a laissé poireauté pendant 1h dans ma douleur…

Bon, alors… Donc Jour J prévu, le 18 novembre 2012, au contrôle ils ont vu que rien n’avait changé. J’ai donc eu rendez-vous le mardi 20 pour un autre contrôle (monito powa). On arrive là-bas, la sage-femme nous fait “Ah vous rentrez ce soir ?”. Nous on croit qu’elle veut dire qu’on va être à la maison le soir-même… Puis quand elle revient elle nous explique que les gynécologues ont eu une réunion le lundi 19 et ont décidé de mettre le fameux tampon imprégné de prostaglandine. Nous on dit oui si le col n’a pas bougé depuis le 18… La sage-femme examine est nous répète la phrase qu’on a entendu plus d’une fois “Col ouvert à 1 large postérieur”… On pousse donc un gros soupir puis elle nous donne rendez-vous le soir même à 18h (elle m’a pris du sang pour des analyses pour qu’on puisse venir plus tard).

Arrivée donc à 18h, mon homme et moi on part défaitiste car la sage-femme nous explique que le tampon n’agit que minimum 6h après la pose. Elle nous explique qu’elle va me poser ce machin au fond du vagin contre le col (génial la ficelle de 3m de long…).

Bref, je me fais servir le repas à 18h, puis on attend devant la tv 21h. La sage-femme revient et me met le tampon (aïe ça a fait mal !! une impression de fouissement).

Assez rapidement, dans les 15 minutes après la pause, je sens une drôle de sensation, comme si il y avait un cachet effervescent dedans.

Et quelques minutes après, je commence à avoir des contractions douloureuses et régulières. En gros, toutes les 5 minutes. Un peu de douleur mais il suffit de bien respirer et j’ai presque pas mal.

Ensuite je me met sur le côté et essaie de me reposer. J’ai mal comme quand j’ai des règles mais ça va, la douleur est largement supportable. Mon homme finit par se coucher également (ils lui ont filé un lit pour qu’il dorme avec moi) et on dort.

Je me réveille vers 1h30 en gros. Et vers 2h du matin, j’ai très très mal. Je commence à avoir de la peine à supporter les douleurs. Je vois que mon homme s’éveille et je lui dis de venir vers moi et d’appuyer sur les points de pression pour atténuer les douleurs… En temps normal, c’est des points qui font vraiment super mal (au niveau du sacrum), bah là… limite je sens pas la douleur et je lui dis de tenir la pression sur les points tout du long de la contraction.

15 minutes plus tard, de plus en plus mal, je me décide à appeler une sage-femme. Elle arrive et sans même m’ausculter fait “Ce n’est que le début, quand ce sera le vrai travail, vous aurez vraiment mal” (j’étais souriante, parce que j’arrivais encore tout juste à supporter la douleur). Peu après son départ les contractions sont espacées de 2-3 minutes environ.

2h30 du matin, je commence à sentir comme une pression sur le col. Quand la petite appuyait volontairement sur le col ça picotait un peu, bah là, pareil… J’essaie de respirer le mieux que je peux pour atténuer les douleurs… Mais rien n’y fait je sens que ça appuie vers le bas de plus en plus… Je me dis que ça va pas tarder, je demande donc à mon homme de retourner voir la sage-femme pour qu’elle revienne parce que j’ai de plus en plus mal et que je pense pas tenir le coup.

Il revient quelques minutes plus tard et me dit “y a pas de sage-femme de dispo, les 3 salles d’accouchement sont occupés et y a une césarienne…”.

À partir de ce moment-là, j’ai commencé à retenir ce qui descendait… Et plus le temps passait et plus j’avais mal. À un moment donné, j’ai demandé à mon homme de m’aider à aller aux wc parce que là aussi ça poussait et j’allais me faire dessus… À peine les fesses posées, tout est sorti (même le tampon !!!)… Une belle diarrhée !

Vers 3h30, je ne supporte vraiment plus du tout les contractions qui sont espacées en gros de 1-2 minutes max. Je broie la main de mon homme à chaque fois et je respire comme un chien.

Je lui dis “Maintenant va chercher une sage-femme ou qqn de compétent sinon j’accouche sur place !” (Je lui demande aussi d’enlever ma culotte parce que je n’ai plus du tout de doute!).

La sage-femme qui est venue 1h avant m’ausculte et dit “Ah oui, c’est la poche des eaux que vous sentez ! Bon, ben, on va aller en salle d’accouchement hein…”. Mon mari demande “Elle est ouverte à combien ?”. Elle répond “Col effacé”.

Là, ils m’emmènent en 4ème vitesse dans la salle, on me dit que la salle est pas nickel, je répond “je m’en fous, tant que je peux pousser !”

Entre deux contractions on me fait passer sur la table d’accouchement, on me met les étrillés, on m’aide à mettre mes jambes dessus. (Au moment où on me dit de pousser, une crampe à la jambe… ça c’est sympa…)

Après bah, la sage-femme appelée Emeline (pas celle qui m’a gonflé) m’assiste. Une autre sage-femme à côté de moi et mon homme vers ma tête pour me motiver.

Donc, passage de la tête, ça va… Bien qu’au début j’avais pas capté que c’était à cet endroit qu’il fallait pousser ! Emeline a percé la poche des eaux et après, bah, j’ai poussé.

La tête passée, ça va… Par contre j’en ai chié pour les épaules… Plus je poussais et plus j’avais mal. Dès que j’ai réussi après tous les encouragements (je me suis dit que de tte manière je pouvais pas rester comme cela et que autant que je n’ai plus mal !)

3h48, après 10 minutes de poussées, elle est arrivée. 3kg360 (ouf pas si grosse que cela !) pour 49 cm (mesurée le lendemain) !!

Après ils me l’ont mise direct sur moi (mon homme n’a pas pu couper le cordon, il était autour de son cou et de son corps), puis mon homme est parti dans la salle d’à côté pour la peser, contrôler que tout va bien…
Pendant ce temps, Emeline m’a enlevé les morceaux de placenta qui étaient restés accrochés (deux morceaux) puis elle a commencé à me recoudre… 4 points au vagin (rien senti) et 4 points à la peau (j’ai tout senti, il s’était passé trop de temps entre la sortie et qu’on me recouse. En plus ils m’ont refait un point à double qui avait craqué… )

Après, on a dû aller direct dans ma chambre (après m’avoir fait me lever et changer de lit) pour 2h de repos avant de me faire lever ^^. Ils ont essayé de me mettre la petite au sein dans la salle d’accouchement et dans la chambre mais la petite n’y arrivait pas.

Dans les jours qui ont suivi, j’ai essayé de faire téter la petite au sein mais rapidement on a vu qu’elle arrivait pas à bien prendre mes tétons (sont trop gros et grand) et qu’elle a une trop petite bouche.

Coup de blues deux jours avec des larmes et finalement on a décidé que je tirerais le lait pour ce que je peux et que on donnerait un complément en lait artificiel. Ainsi, moins dépendant de mes seins et on peut alterner pour les réveils la nuit.
Lily-rose 073

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En relisant mon récit je vois que j’ai oublié de dire une partie :

 

Révision utérine car 2 morceaux de placenta étaient restés accrochés. Ils ont appuyés sur mon ventre, puis ont cherché dans le col les fragments.

Puis, ils ont commencé à me recoudre. À ce moment, la ptite est arrivée avec Papa. Une vieille puéricultrice est arrivée pour la mise au sein alors qu’on me recousait. Je sursautais à chaque fois qu’on me plantait l’aiguille dans ma peau, la sage-femme me disait de pas bouger mais j’avais tellement mal ! Se faire recoudre à vif !
Et la puéricultrice qui me pinçait les seins pour que la petite tète…

Au final, quand j’étais recousue, on m’a aidé à me déplacer sur mon lit pour vite aller dans ma chambre pour 2h de repos bien mérité… Et c’est là qu’on a vu la première grosse crevasse…

Dès que la petite a demandé à manger, j’ai rappelé une puéricultrice et on a essayé sur mon sein valide…

Re-crevasse !

Le lendemain, mon mari m’apportait des téterelles pour essayer de mieux guider la petite. Re-crevasses !

Au bout d’un moment, une spécialiste de l’allaitement m’a donné un double tire-lait pour stimuler un max. Pendant ce temps nous avons donné de mon lait tiré avec une seringue et un tube d’aspiration.
Ensuite un osthéopathe est passé et a regardé si il y avait un blocage… Ensuite, ils ont regardé si elle avait pas un frein de langue…

Au finale, les sages-femmes et puéricultrices n’arrêtaient pas de se contredire. Et il n’y avait rien à faire pour mes crevasses (on ne m’a par exemple jamais parlé des compresses de lait maternel !).

Puis, 3 jours après la naissance, j’ai eu une poussée de fièvre => la montée de lait, très douloureuse… Et là mon baby blues a commencé. Je ne savais plus quoi faire pour donner de mon lait, je voulais allaiter au sein mais la petite se décourageait et ne prenait pas une bonne position.

Au final c’est une simple dame de nettoyage qui m’a réconforté en me disant qu’elle n’avait pas allaité et que ses enfants l’aimaient quand même. Merci à cette dame joyeuse de m’avoir réconforté de la sorte, sans elle, j’y serais encore !

Après j’ai tiré mon lait pendant environ 2 mois (et même les tire-laits me faisaient des crevasses) puis à force de me sentir « vache à lait », j’ai arrêté le carnage.

Du côté de ma cicatrice, ça a vite cicatrisé, un peu trop vite même et j’ai eu des douleurs pendant pas mal de mois…

Mais c’est surtout la peine et le choc d’avoir enduré autant de douleurs seule (juste avant de pousser et l’allaitement loupé) qui m’ont fait de la peine et qui m’en font encore 1 an après la naissance de ma fille… Nous pensons à lancer bb2, mais… Jamais je ne me laisserais faire comme pour cet accouchement… Quitte à faire semblant d’avoir mal, de crier, je ferais tout pour ne plus souffrir autant… Je demanderais une piqure anesthésiante si il y a déchirure, je demanderais à faire de longs peau à peau avec ma fille… Bref, je ne me laisserais pas faire !

 

#303 Naissance de T. – 2004 – Gironde

14 Nov

Pour notre 2° enfant, je continue le suivi avec mon gynéco habituel, mais par contre, échaudée par l’accouchement du premier, je me renseigne sur les différentes possibilités d’accoucher « autrement », je découvre qu’une maison de naissance est censée ouvrir avant mon accouchement mais lorsque je téléphone aux SF responsables, elles sont malheureusement moins optimistes que moi… Avec raison puisque la maison de naissance, censée ouvrir à la rentrée 2004, n’ouvrira finalement qu’en 2010… Donc, je n’ai pas vraiment de choix, je retourne dans la clinique où accouche mon gynéco, en me disant que cette fois, je suis plus armée que pour mon premier accouchement, je ne partirais pas si tôt, je ne me laisserai pas faire etc…
La grossesse se passe bien, aucun souci à signaler. Le jeudi, jour du terme, arrive sans aucune manifestation de travail. A la clinique où nous allons pour le contrôle « obligatoire », on nous fixe rdv pour un déclenchement le lendemain matin (vous comprenez, après c’est le week end, on ne sait pas qui sera là ou pas, autant déclencher, au moins on peut contrôler). Abasourdis, on ne dit rien mais, de retour chez nous, on prend le temps de réfléchir et on décommande finalement le déclenchement. Arrivés chez nous, une fois notre premier couché, je suis prise d’une frénésie de ménage. Mon mari, épuisé, va se coucher, mais je continue sans répit. Vers 22h, tout est fait, propre, rangé, agréable… Et là, les premières contractions arrivent, rythmées comme pour mon premier, mais beaucoup plus espacées. Bon, je vais prendre un bain bien chaud, histoire de voir si oui ou non c’est un vrai travail. Et je pense aussi à prendre un spasfon, histoire de ne pas attendre 5h à la clinique pour rien… Dans le bain, je ne sens plus rien, somnole et profite du calme de la maison. Vers minuit, je sors enfin de la baignoire et là je me rends compte que non seulement les contractions sont toujours là, mais elles sont plus rapprochées, plus fortes et je dois me mettre dans ma bulle pour les supporter… Ca y est, cette fois, c’est la bonne ! Je réveille mon mari, on charge les affaires dans la voiture (nous sommes à 1h de la clinique), on réveille notre grand pour l’amener chez mes parents et on y va. Sur la route, les contractions s’intensifient mais ça reste encore supportable.
On arrive enfin chez mes parents, mon mari installe le grand dans sa chambre, et on repart pour 1/2h de trajet. On arrive finalement à la clinique vers 2h du matin, le temps d’être pris en charge, il est 2h30 et je suis dilatée à 7cm. On me propose la péridurale que je refuse (je ne suis pas arrivée jusque là pour la prendre maintenant !). Mais voilà, il faut absolument un monitoring, et pour cela, on reste couché sur le dos pendant 1/2h. Or je n’arrive à gérer les contractions que debout, appuyée sur un lit ou un meuble. Durant tout le monitoring, la SF passe et repasse pour me demander si vraiment je ne veux pas la péri, si je suis sûre si… alors que je lui ai bien précisé que je voulais m’en passer ! En désespoir de cause, à la fin du monitoring, j’accepte la péridurale. Tiens, même anesthésiste que la dernière fois, qui ne prévient pas et râle parce que j’ai bougé au moment où il allait piquer… « non mais vous vous rendez compte j’aurais pu piquer à côté » mais cette fois, je ne me laisse pas faire et râle « et si vous m’aviez prévenue, j’aurais su qu’il ne fallait pas bouger, je n’ai pas des yeux derrière la tête pour vous voir ! » il bougonne mais arrête de me crier dessus. Ouf !
Forcément, dès que la péri fait effet, les contractions diminuent et s’arrêtent presque. Donc on augmente l’ocytocine. Mais cela ne donne rien. La SF passe, fait un TV, me dit que la poche des eaux n’est pas rompue « oui je sais, je ne veux pas que vous la rompiez » « ah oui d’accord, pas de soucis » mais je la sens qui gratte pince… Et sa collègue arrive « la poche des eaux n’est pas rompue ? Ben vas y  » « non la dame veut pas, j’ai essayé de le faire à la main mais ça ne marche pas ».. Merci le respect de la demande du patient !
Et puis vers 5h, la SF repasse « ah, vous êtes toujours à 8, on va augmenter encore un peu l’ocytocine comme cela vous accoucherez avant que j’ai fini mon service ». Peu après, j’ai envie de pousser, on appelle la SF qui commence à me dire « bloquez, poussez » je ne l’écoute pas, je me mets à pousser comme je veux, comme je le sens et mon bébé nait enfin, sans épisio, juste une déchirure.
Pour les suites de couches, je me débrouille seule, sans appeler personne, juste une aide soignante adorable qui vient souvent me voir pour discuter et me dit avoir accepter de s’occuper de plus de chambre juste pour pouvoir aussi s’occuper de moi et discuter un peu… Aprés 2 jours, je sens qu’il y a qqch de bizarre au niveau de la cicatrice de la déchirure. La SF à qui je le signale vient vérifier et « ah oui, on avait oublié une compresse, bon ben on va vous mettre sous antibio au cas où parce que là…. ».
En bref, un accouchement non soutenu par l’équipe (qui heureusement aura été plus absente que pour mon premier donc j’ai été plus libre de faire comme je le sentais), des suites de couches déplorables et un départ le plus rapide possible pour me retrouver enfin chez moi avec ma famille.

Premier accouchement : https://moncorpsmonbebemonaccouchement.wordpress.com/2013/11/14/302-naissance-de-s-2003-gironde/

Naissance respectée malgré les complications, séjour à la maternité plus épuisant que l’accouchement!

7 Nov

Français expatriés en Allemagne, nous avons été agréablement surpris par
l’entretien avec un médecin de la maternité, deux mois avant le terme.
Nous y présentions notre projet de naissance : nous souhaitions une
naissance où l’on respecte mes choix d’un accouchement le plus « naturel »
possible : pas de péridurale, pas d’épisiotomie, baignoire si je la
demandais, tétée d’accueil avant de faire les soins, ne pas parler fort
(je fais de l’hyperacousie, c’est important pour moi), don du sang du
cordon. On nous a regardés bizarrement… parce que dans cette « usine à
bébé » de Bavière (3500 accouchements par an), tout ce que je demandais
était parfaitement normal. Quel soulagement de voir que les 6 salles
d’accouchement étaient toutes équipées « nature », sans table
d’accouchement (un vrai lit avec des étriers bien planqués « au cas où »)
et que les premiers soins du bébé (sans sonde ni collyre) étaient
réalisés dans la même pièce, après deux heures de peau à peau avec les
parents !
Le médecin a néanmoins tiqué sur un point qui pourtant nous semblait
tellement « banal » : nous ne souhaitions pas réanimer le bébé en cas de
besoin au-delà de 3 minutes. En Allemagne, le médecin « s’acharne » tant
qu’il estime que c’est possible, 10 à 15 minutes, sur une table
refroidie pour augmenter les réserves du bébé, c’est même une obligation
pour eux de le faire. Les familles n’ont souvent qu’un seul enfant,
entre 35 et 40 ans, et avoir un enfant gravement handicapé leur semble
préférable à pas du tout. Ayant moins de 30 ans et ne souhaitant pas
imposer ce fardeau aux futurs enfants, notre pensée était différente.
Nous avons pu négocier « pas plus de 5 minutes », mais notre demande leur
semblait complètement étrange voire déraisonnable. Ce point m’angoissait
un peu, mais n’ayant aucune complication, j’espérais bien ne pas avoir à
en arriver là.

La fin de la grossesse fut longue et éprouvante pour moi. Dès 21 SA,
bébé avait la tête en bas, posée sur le col, et j’ai été arrêtée un mois
en avance (à 30 SA) pour éviter une naissance prématurée. Et encore, la
gynéco m’aurait arrêtée dès 24 SA si mon boulot ne m’avait pas autant
plu et qu’il était nécessaire pour mon équilibre mental ! Je
m’allongeais dès mon retour à la maison, puis une fois en congé, autant
que possible sans pour autant être en alitement strict. J’en ai vite eu
plus qu’assez mais je le faisais pour le bien de mon bébé. Sans famille
à moins de 800 km et avec peu d’amis sur place (qui travaillaient toute
la semaine), je restais seule en semaine lorsque mon mari était au
travail et je m’ennuyais ferme, j’ai dû relire l’intégralité de ma
bibliothèque pendant cette période…

A 36 SA, on m’annonce un col mou et presque effacé avec une naissance
pour les jours à venir, malgré une absence totale de contractions, avec
un bébé aux alentours de 3kg. Je voulais atteindre 37 SA, c’était mon
but fixé pour cette grossesse. Mais les semaines passaient, et toujours
aucune naissance en vue. Je n’en pouvais plus, le bébé se faisait de
plus en plus lourd, appuyait sur la vessie, me comprimait l’estomac et
les poumons et gigotait comme un diablotin (coups de pieds dans les
côtes gauches, coups de fesses dans les côtes droites, les coudes et
genoux au niveau du nombril, les épaules coincées dans mon bassin côté
droit…) A partir de 37 SA, je sortais presque tous les jours, nous
avons avec mon mari écumé les marchés de Noël et fait de multiples
promenades à une allure d’escargot afin de favoriser naturellement le
début du travail. A la fin, je montais même les étages de mon immeuble à
pied !

Le terme allemand est à 40 SA, et tombait le 27 décembre. Dès le 28, on
m’a demandé de réfléchir à un déclenchement « par comprimé, parce que
l’hormone se répand dans tout le corps et le cerveau comprend plus
rapidement qu’il faut lui aussi qu’il en produise ». Dans cette
maternité, ils considèrent trop dangereux la voie vaginale pour les
contractions violentes que ça engendre. Rien ne pressait, mais ils
voulaient nous informer pour que nous choisissions la date nous-mêmes
afin que la naissance se fasse avant 42 SA, limite autorisée de la
maternité.
Le 30, nous avons tenté un décollement des membranes. Dès que j’ai dit
avoir mal, la gynéco a arrêté la manoeuvre en s’excusant. Mon col était
toujours dans le même état que fin novembre, totalement fermé bien que
très fin, elle ne souhaitait pas continuer pour ne pas forcer le
passage. J’ai apprécié sa tentative (je voulais éviter un déclenchement
médicamenteux) autant que j’ai apprécié qu’elle m’écoute et cesse pour
ne pas me faire mal.

J’ai beaucoup pleuré fin décembre, je me sentais lourde, les muscles
ayant totalement fondus, et puis on m’avait annoncé un bébé pour 2012,
alors je voulais qu’il naisse en 2012, cela tournait à l’idée fixe
(c’est stupide, mais je voulais qu’il aille à l’école à 2 ans 9 mois et
pas un an plus tard…). On m’avait fait peur pendant des mois avec une
naissance prématurée et on ne voyait aucun signe précurseur
d’accouchement. Nous avons opté pour le déclenchement lors de la visite
de contrôle du 2 janvier. Pour ça, il fallait une salle d’accouchement
libre pour nous, en arrivant tôt le matin pour « être les premiers ».

4 janvier, 10h : salles d’accouchement au complet avec 6 accouchements
en cours. Repassez demain matin beaucoup plus tôt.

5 janvier 7h : toujours les mêmes accouchements, tous avec des problèmes
et déjà plus de 20 heures de travail. J’en suis à 41SA+2 alors on me
donne une chambre et on me demande de rester pour être sur place dès
qu’une salle se libère. Chance ! Dans la chambre qu’on m’attribue, une
dame française y est déjà, ça permet de papoter un peu. Elle doit sortir
le 7, son bébé est encore en néonat pour petit poids depuis 2 semaines
et arrive tout juste à réguler sa température.

5 janvier 20h : on me fait prendre la « dose d’essai » pour voir si bébé
et moi résistons bien au médicament. A 22h, on fait rentrer le papa chez
nous, et moi je rejoins ma chambre avec pour consigne de me présenter le
lendemain matin à 7h30 avec mon plateau de petit-déjeuner prêt à être
avalé. Cette dose d’essai m’a été donnée dans une salle de consultation
parce que les 6 salles d’accouchement étaient toujours occupées.
J’ai passé la pire nuit de toute ma grossesse. Les toilettes de la
chambre sont très hauts, comme dans les WC pour handicapés. Avec un bébé
qui appuie sur la vessie, je n’arrive à me soulager que de quelques
gouttes à la fois et je me réveille toutes les heures. Je suis épuisée
quand le réveil sonne à 6h30.

6 janvier 7h30. Je retrouve mon mari devant la zone des salles
d’accouchement. Une salle est libre pour nous, on me fait un monitoring
pendant que je prends mon petit-déjeuner. Ici, on peut manger et boire
pendant l’accouchement, il nous est juste déconseillé de boire des
boissons gazeuses ou excitantes et de manger lourd « comme de la
choucroute par exemple » ! Franchement, ça ne me serait pas venue à
l’idée de prendre un cassoulet entre deux contractions… Le monitoring
se fait sur le côté de manière systématique (à moins que la mère préfère
autrement), donc je peux respirer. J’ai pris l’habitude depuis quelques
semaines d’avoir toujours un livre avec moi pour bouquiner pendant le
monitoring, histoire de passer le temps.

Premier comprimé suivi d’un nouveau monitoring, promenade dans le jardin
de la maternité, puis déjeuner dans ma chambre. Je sens des contractions
mais elles ont presque totalement disparu lors du déjeuner. Deuxième
comprimé, monitoring, promenade dans le jardin, puis dîner. Les
contractions sont régulières mais pas très fortes, je peux manger
assise, discuter avec ma voisine de chambre. Néanmoins, je suis soulagée
de redescendre à 19h en salle d’accouchement pour faire le point. J’ai
de plus en plus de mal à marcher et ça fait de plus en plus mal. La
sage-femme en chef m’annonce que les contractions sont régulières, pas
besoin du 3e et dernier comprimé de la journée. Je reste ici, le col est
ENFIN ouvert (à 1, soyons raisonnables) et le travail a commencé. Je
peux bouger le lit comme je veux, appeler quand j’ai besoin ou si je
désire une anesthésie (sans mentionner explicitement la péridurale),
elle repassera voir si tout va bien plus tard. Le monitoring qu’on me
posera de temps en temps pendant le travail sera sans fil, c’est très
pratique.

21h, elle repasse. Tout va bien, même si j’ai de plus en plus mal. Je
gère de mon mieux, je refuse néanmoins de prendre la main de mon mari.
Je lui explique que je préfère serrer au maximum un coussin ou n’importe
quoi plutôt que de garder dans un coin de ma tête que je risque de lui
faire mal à la main. Je n’arriverais pas à me mettre dans ma bulle si
j’ai cette pensée. Entre les contractions, on papote un peu de tout et
n’importe quoi… mais de moins en moins.

21h30, la baignoire est libre, je peux y aller. L’eau est beaucoup trop
chaude pour moi, mon mari joue avec les robinets. J’y resterai 1h30, je
me sens de plus en plus comme une tortue sur le dos, je n’arrive pas à
gérer les contractions dans cette position, il faut que je revienne à
quatre pattes sur le lit totalement modulable dans la salle
d’accouchement n°4. C’est dans cette baignoire que j’ai commencé à
perdre le bouchon muqueux.

Minuit. Bon, nous n’aurons pas un « petit roi mage », tant mieux ! Après
avoir entendu pendant des mois parler de l’éventuelle arrivée d’un
« petit Jésus », nous ne souhaitions pas que les allusions recommencent,
en Bavière l’Epiphanie est un jour férié fixe (le 6 janvier). Je suis
dilatée à 5 cm, c’est pas trop mal pour un premier accouchement il
parait. La sage-femme est nouvelle, le changement d’équipe a eu lieu
lorsque j’étais dans le bain. Cette sage-femme parle beaucoup trop, je
n’arrive pas à me concentrer. Mon mari finit par lui expliquer, je n’ai
plus de répit entre deux contractions. Du coup, son langage se fait
beaucoup plus synthétique et elle « vise » entre deux contractions, ouf !
Elle m’encourage et me dit que c’est super ce que je fais comme boulot,
ça fait plaisir à entendre. J’ai du mal à retrouver mon allemand alors
mon mari traduit et c’est plus facile pour moi comme ça. Seul souci :
j’ai dû me mettre sur le dos pour vérifier l’état du col et c’est
l’horreur, j’ai mis 15 minutes de douleurs intenses à retrouver ma
position fétiche à quatre pattes. Je n’ose imaginer ce que j’aurais
enduré si j’avais été contrainte à rester dans cette position comme je
le lis si souvent !

1h du matin, je commence sérieusement à me poser des questions sur une
éventuelle péridurale, bon sang que ça fait mal ! Je n’avais pas besoin
de le vocaliser avant minuit mais depuis une heure, j’ai vraiment mal et
je le dis pendant les contractions, ça me fait du bien. Mais je sens que
ça pousse, alors j’appelle la sage-femme. Cette fois, je suis totalement
dilatée ! Super ! J’ai réussi à me passer de la péridurale, elle me
félicite : 6 heures de travail pour un premier bébé, surtout après
déclenchement, c’est très bien. Et puis la poche n’est pas encore
percée, c’est mieux pour le bébé qui se fatigue beaucoup moins. Elle me
félicite et me dit qu’à la prochaine contraction, il faut commencer à
pousser.

Je suis épuisée, debout depuis 6h30 du matin, après une nuit atroce, la
journée passée à marcher et 6 heures de contractions. La contraction
suivante n’arrive pas… n’arrive toujours pas… n’arrivera pas ??? Je
suis si épuisée qu’avec la dilatation totale, les contractions ont
complètement stoppé. Impossible de pousser. Je n’ai même plus mal sur le
dos (position adoptée pour vérifier l’état du col). Je crois bien avoir
même dormi par intermittence entre 1h et 2h du matin. La sage-femme en
profite pour sortir le matériel pour effectuer le don du sang du cordon,
elle est ravie que nous ayons fait ce choix.

2h du matin, ça commence à devenir dangereux pour le bébé même si sa
poche n’est pas encore percée. L’obstétricien arrive (mauvais signe) et
discute avec la sage-femme, on revient sur mon projet de naissance.
J’avais demandé à ce qu’on ne perce pas la poche des eaux
artificiellement ni qu’on m’injecte de l’ocytocine, mais c’était pour ne
pas accélérer le travail. Maintenant qu’il doit reprendre, je suis
d’accord qu’on le fasse. Puisque le bébé n’arrive pas à descendre avec
sa poche (puisqu’il est gros), autant la percer, ça l’aidera à trouver
la sortie ! D’abord la poche des eaux, afin d’éviter les hormones. On
n’y trouvera qu’un demi-litre (bien clair) alors qu’il y en avait un bon
litre à l’échographie de contrôle un jour plus tôt. Il parait que bébé a
bu le reste pour prendre de l’énergie (c’est plein de glucose), tant
mieux ! Toujours rien, alors on m’injecte de l’ocytocine, je suis pour
la première fois reliée à une perfusion même si on m’avait posé le
dispositif doté d’un petit bouchon « au cas où » bien à l’avance. Il a
fallu que le débit soit réglé au maximum pour que les contractions
reprennent enfin, vers 3h du matin. L’obstétricien ne cache pas qu’il
est inquiet, pour ma part je suis très angoissée à l’idée d’une
césarienne. Avoir fait tout ça sans péridurale pour au final aboutir à
une césarienne, il n’en est pas question ! Je suis très motivée pour
sortir bébé toute seule. Ma plus grande crainte pour l’accouchement
était une césarienne, le mot n’a jamais été mentionné mais je le lis
dans les regards de l’obstétricien et de la sage-femme, je suis remontée
à bloc malgré l’épuisement.

Nous somme amusés par une petite remarque de l’obstétricien : « il est
marqué dans votre dossier que le bébé est évalué à 3,5 kg ? » Non, ça
c’était lors de l’échographie de contrôle du 25 décembre, depuis ça a dû
augmenter, non ? Il palpe le ventre et constate que bébé prend bien
toute la place dans mon énorme ventre. « Ah oui, en effet, il va être
plus gros ! » Bon, on s’en doutait un peu, aucune surprise là-dessus, ça
me fait même sourire. Il repart en me donnant une demi-heure avant son
prochain passage. La sage-femme, elle, ne m’a pas quittée depuis 1h du
matin. C’est la chef de l’équipe de nuit, elle n’a pas cessé de courir
depuis le début de son shift mais visiblement je suis le cas à risque de
la nuit, elle laisse les autres salles à ses collègues. Nous aurons
entendu bien des bébés pousser leur premier cri avant que le nôtre n’en
fasse autant !

A partir du moment où j’ai pu enfin pousser, je perds notion du temps.
N’arrivant pas à pousser sur le dos, je reviens à quatre pattes, le
personnel s’adapte à mes besoins. Mon bébé est gros, la tête a du mal à
s’engager. Mais je refuse l’idée de la césarienne, je fais mon maximum.
Sans me le dire, mon mari « discute » avec la sage-femme par petits
papiers interposés. J’ai l’ouïe fine, il ne veut pas me déconcentrer et
il l’aide ainsi pour lui demander de m’encourager et lui explique
pourquoi je suis autant fatiguée. Je ne me suis aperçue de ce petit
manège que lors du dernier échange, alors qu’il n’avait plus qu’un
papier glacé (et bruyant) sous la main, il m’a raconté pour les autres
petits mots bien plus tard.
De son côté, il m’aide de son mieux, se plaçant à côté de la sage-femme.
Il me dit qu’il voit les cheveux de notre bébé, bien foncés, et qu’il en
a beaucoup. Il faudra une heure de poussées pour sortir la tête, j’ai
conscience que l’obstétricien est revenu sur la fin, mais je pousse
autant que possible, je VEUX sortir mon bébé moi-même ! Une heure où ça
brûle à chaque poussée, où j’ai hâte pourtant que la prochaine
contraction arrive car même si, oui, ça fait mal, je sais que je joue
contre la montre. Ça progresse millimètre par millimètre.

Au bout d’un moment, on me fait me remettre sur le dos, il n’y a plus le
choix : il me faut faire quelques flexions des jambes pour sortir les
oreilles de bébé et finir de sortir la tête. On me propose un miroir
mais je n’en veux pas, je veux voir mon bébé une fois sorti. Une légère
pression abdominale pour faciliter la descente de bébé, et soudain,
l’obstétricien me dit très sérieusement que la prochaine poussée sera la
dernière, bébé a les épaules bloquées et il va aller le chercher. Le
rythme cardiaque du bébé est descendu à 110, plus question d’attendre.
En même temps, il appelle d’urgence la pédiatre par talkie-walkie. Je ne
comprends rien, sauf que mon bébé a les épaules bloquées et que c’est
urgent.

A la poussée suivante, il est allé le chercher avec les deux mains (sans
anesthésie, mais j’étais si concentrée sur ma poussée que je n’ai rien
senti) et l’a tiré hors de mon ventre. Notre bébé était amorphe et
couvert de sang (le mien) mais il a pris son inspiration tout doucement,
sans crier. Mon mari m’a dit « il respire ! » avec soulagement. Le cordon
fut coupé en moins de deux secondes et immédiatement ils ont emporté le
bébé dans la salle en face avec le pédiatre. Ils nous ont dit que le
bébé allait bien mais qu’il fallait le mettre quelques minutes sous
surveillance après ce qui lui était arrivé. Notre bébé étant né à 3h57,
il nous a fallu 3 heures pour l’expulsion du bébé à partir de la
dilatation complète !
Notre petit garçon était enfin né, un beau bébé de 3,920 kg.

Au bout de 5 minutes, mon mari a pu aller voir notre bébé (qui l’a
regardé les yeux grands ouverts et lui a tiré la langue !) Cette salle
était en réalité une salle d’opération pour bébé avec tout un éventail
de couveuses différentes selon les besoins du bébé. Le nôtre était
simplement posé sur la table chauffante, a eu par précaution une minute
d’oxygène (qu’ils ont enlevé ensuite car il n’en avait pas besoin) et 10
minutes après sa naissance, notre bébé était de retour sur moi, juste un
peu essuyé, tout nu avec juste un capteur pincé au pied pour le
surveiller. Il y est resté 2 heures et a eu sa tétée d’accueil, suite à
quoi ils ont fait les autres soins (pesée, examen clinique non invasif,
vitamine K à avaler puis habillage, il n’a même pas pleuré). Entre
temps, j’ai dû expulser le placenta (à l’ocytocine, les contractions
étant à nouveau absentes à cause de l’épuisement, mais j’avais perdu
déjà beaucoup de sang et le médecin était inquiet) et me faire recoudre.
J’ai eu une bonne déchirure, mais l’obstétricien n’a pas pratiqué
d’épisiotomie alors que la littérature en fait systématiquement mention
pour les épaules bloquées, j’ai eu de la chance. J’en suis vraiment
satisfaite, mon projet de naissance a une fois de plus été respecté.
J’ai reçu sous anesthésie locale (j’ai horreur des aiguilles… j’ai cru
avoir plus mal lors des piqures anesthésiantes que lors de
l’accouchement !) une bonne douzaine de points de suture, puis j’ai pu
donner la tétée à mon bébé qui me regardait calmement avec de grands yeux.

Au final, le seul point qui n’a pas été respecté dans nos souhaits
(étant donné les circonstances), c’est le don du sang du cordon.
L’urgence de la situation n’a pas permis ce don, mon sang avait un peu
débordé sur le cordon, mais nous en avions été informés à l’avance par
la maternité : le bébé et la maman d’abord, le don c’est du bonus, ça
sert à aider d’autres vies. J’espère le faire la prochaine fois !

J’ai mis un nom sur cette complication : la dystocie des épaules. Le
tableau clinique sur internet est assez effrayant, et je suis vraiment
très reconnaissante à toute l’équipe qui m’a aidée lors de
l’accouchement ! Mon bébé ne garde aucune séquelle, il a juste eu besoin
de quelques séances d’ostéopathie à 2 mois pour débloquer les muscles
des épaules en douceur, ce qui lui a enfin permis de dormir dans un lit
sans hurler. A 5 mois et demi, il a encore une petite faiblesse
musculaire à ce niveau (il se fatigue vite sur le ventre et n’a JAMAIS
dormi les bras au niveau de la tête comme la plupart des bébés) mais
c’est surtout dû au fait que les bras étaient déjà coincés lors de la
grossesse. Le pédiatre est confiant, il récupère une musculature
appropriée à son âge petit à petit, et puisqu’il est très grand et
costaud, la force à récupérer est plus importante que pour un petit
gabarit. A 5 mois et demi, il fait déjà 72 cm pour pas loin de 9 kg !

Etant donné les circonstances, il fallait surveiller mon bébé quelques
heures (saturation en oxygène et rythme cardiaque) et me laisser me
reposer. Il est donc parti à 6h30 du matin dans son petit berceau en
direction de la pouponnière pendant que je me rhabillais. Ayant perdu
pas mal de sang, j’avais la tête qui tournait et mon fer était à 7,5.
J’ai eu un fauteuil roulant pour rejoindre ma chambre, et en passant, la
sage-femme nous a emmené voir notre bébé qui dormait comme un ange dans
son petit berceau. Je lui avais laissé une peluche brodée à son prénom
(par moi-même) dans son berceau, impossible de me tromper ! On m’a
demandé si je voulais lui donner une tétine, j’ai dit non, et on n’en a
plus reparlé.

La suite est malheureusement bien moins sympathique, j’ai eu un séjour à
la maternité plus épuisant que l’accouchement et j’ai été bien contente
de partir !

Ça avait déjà mal commencé avec mon admission et ma nuit pourrie. Nous
étions le 7 janvier à 7h du matin, j’avais dormi quelques heures à peine
depuis le 5 janvier à 6h, et jamais plus d’une heure d’affilée. J’arrive
dans ma chambre, ma voisine de chambre me félicite, la sage-femme me
demande de manger ma banane avant de dormir et de ne pas aller voir mon
bébé avant d’avoir dormi quelques heures. Mon mari me dit bonne nuit, il
tenait à peine debout et voulait rentrer dormir un peu après avoir
appelé rapidement nos parents. Il était si fatigué qu’il n’avait même
pas voulu tenir notre bébé dans les bras dans la salle d’accouchement de
peur de le faire tomber, alors qu’il en avait tellement envie !

J’ai mangé ma banane, puis j’ai voulu aller faire pipi.
Rétrospectivement, je me suis trouvée stupide d’avoir fermé la porte à
clé. J’étais si faible que je me suis sentie perdre la vue et je me suis
appuyée sur le carrelage derrière moi. J’ai perdu quelques secondes
connaissance, j’étais appuyée sur le lavabo. J’ai fait 3 gouttes
(j’avais été sondée deux fois parce que je n’arrivais pas à uriner seule
lors des poussées et que ma vessie bloquait le passage de la tête du
bébé, il faut dire que j’ai bu d’après mon mari au moins 4 litres d’eau
pendant l’accouchement !) et je suis retournée me coucher, je me suis
endormie immédiatement, peu après 7h du matin.

7h30, le petit-déjeuner arrive. La dame le pose très discrètement, ça
m’a réveillée mais je me suis vite rendormie.

7h45, on me demande combien de bouteilles d’eau je voulais pour la
journée… Mais qu’est-ce que j’en sais, moi ? En plus elle est
« légèrement pétillante », mon estomac ne supporte pas, alors chaque
bouteille vidée par mon mari est remplie au robinet d’eau plate pour que
je puisse boire…

8h30. On est lundi matin, c’est le jour où la femme de ménage lave les
sols. Manque de bol, je suis presque au début de sa « tournée ». Elle
allume le plafonnier et le laisse allumé en allant nettoyer la salle de
bain (ça, c’était tous les jours). J’ai éteint la lumière et me suis
pris une réflexion parce qu’il faut bien « qu’elle travaille ». Oui mais
moi j’ai accouché il y a 4 heures et j’ai dormi quelques heures à peine
depuis 2 jours ! Je ne me suis pas rendormie, à 9h j’ai pris le
petit-déjeuner et à 9h30 j’étais à la pouponnière voir mon bébé. J’ai
repensé au séjour à la maternité de ma mère pour mon petit frère : ils
nettoyaient le sol une fois la chambre vidée des mamans, entre deux
occupations de la chambre. Franchement, sur le coup, j’ai maudit la
rigueur « allemande » qui planifie tout et ne tient pas compte de la santé
des gens. Il faut rentrer dans les cases, le nettoyage est prévu tel
jour à telle heure, alors c’est comme ça…

9h30, je vais voir mon bébé qui vient par chance de se réveiller. Une
puéricultrice l’a changé et a terminé d’enlever le sang collé sur lui.
Ici, pas de bain pour bébé avant que le cordon ne soit tombé pour qu’il
sèche sans risque d’infection, et on préconise un bain par semaine les
premiers mois !
Ils me débranchent le capteur (une sorte de pince placée sur le pied
avec un cordon qui sort du pyjama qu’on peut attacher avec une bête
prise sur un appareil qui lit les mesures, pas un truc invasif) et je
lui donne à téter sur place, mais ce n’est pas facile. J’ai des petits
bouts de sein (alors que j’ai des seins déjà énormes depuis le milieu de
la grossesse) et il a du mal à ouvrir la bouche assez grand pour pincer
le sein avec. On me propose de pincer le bout du sein pour l’aider à
gober ce qu’il faut pour téter et on me propose ensuite un embout en
silicone, ce qui a l’air de mieux lui convenir. On a gardé ce bout de
sein pour quelques tétées, puis une autre puéricultrice m’a expliqué
comment m’en passer. On m’explique surtout que la conseillère en
lactation est là 4 jours par semaine une heure par jour. Bon…
La première journée se passe bien, mon bébé est en pleine forme et on
nous autorise à le garder avec mon mari dans la chambre plusieurs heures
de suite sans le brancher sur une machine, et si la nuit suivante se
passe bien, on le récupère au matin après les soins. Super ! La journée
se passe plutôt bien, mais je suis bien fatiguée, j’ai toujours eu du
mal à dormir en journée et je ne ressens pas le besoin de dormir alors
que pourtant il faudrait.

La nuit du 7 au 8, on m’a appelé « quand il avait faim » pour que je
vienne le nourrir. J’étais seule dans ma chambre, au calme. Je me couche
à 21h30, le téléphone sonne à 22h30 : « votre bébé a faim ». Bon. Je le
nourris, je retourne me coucher vers 22h50.
23h30 : « votre bébé a faim ». J’y vais, je constate qu’il avait juste
envie d’une présence et se rendort très vite. Je retourne me coucher…
0h30 : « votre bébé a faim ». Le temps que j’arrive, il dormait déjà !!!
Je leur ai expliqué mes nuits précédentes, et dit qu’il avait mangé à
22h30 et n’avait VRAIMENT pas faim, il voulait juste une présence de
temps en temps, et que s’il avait vraiment faim, il ne se serait pas
calmé. Les puéricultrices de garde m’ont promis de faire plus attention.
4h30 : « votre bébé a faim ». Cette fois, c’était pour de bon, il a eu à
manger, mais moi j’avais pu dormir 4 heures entre temps ! Un record
depuis 4 nuits.
7h30 : petit-déjeuner, je n’ai pas pu me rendormir, une gynéco est venue
voir comment j’allais vers 8h30 et a été très étonnée de me voir assise
en train de prendre mon petit-déjeuner. Apparemment, avec mon taux de
fer si bas, je n’aurais pas pu me lever. Euh… Et j’avais fait quoi la
veille ? Ma tension était normale ou presque (j’ai toujours eu une
tension basse), je me sentais un peu « flottante » par moments mais je me
sentais en pleine forme, je n’avais mal nulle part sauf aux seins (mes
points de suture ne m’ont jamais fait mal), j’avais un bébé magnifique à
câliner, tout était en ordre.

A 9h30, nous allons avec mon mari à la pouponnière et on nous dit que
notre bébé est déjà prêt à revenir avec nous, tout est bon pour lui.
Chouette ! Enfin un petit lit dans ma chambre, des couches à changer, un
petit être à regarder toute la journée. C’était aussi un peu effrayant
d’un coup de se retrouver totalement responsables de ce petit bonhomme,
de devoir deviner ce que signifiaient ses pleurs, s’il avait faim…
Le second lit de ma chambre était occupé par une jeune femme qui avait
perdu les eaux et attendait l’accouchement, elle est descendue vers 18h
et n’est pas remontée, son mari était juste venu chercher quelques
affaires vers 19h. J’ai eu aussi la visite d’un couple d’amis en fin
d’après-midi, ma seule visite à la maternité. J’étais bien contente
d’avoir eu une visite. La famille étant loin, ils allaient venir plus tard.

Mon mari est parti le soir, et je me suis endormie à 22h30, mon bébé
sagement endormi. Et le cauchemar a vraiment commencé, les réveils
impromptus et très matinaux des deux premiers jours n’étaient qu’un
avant-goût.
A 0h30, on entre dans ma chambre pour chercher le lit de la voisine, on
m’explique (parce que je le demande) qu’on va revenir avec la dame et
son bébé sous peu. Mon bébé se réveille, je le berce, il se rendort.
A 1h, la dame arrive avec une petite fille, elle a eu une péridurale et
ne peut pas marcher. Mon bébé se réveille en hurlant, le bruit l’a
réveillé à nouveau.
A 1h30, la dame sonne pour qu’on vienne l’aider à faire pipi, comme on
lui avait expliqué. Mon bébé se réveille en hurlant. Il ne veut pas du
sein, je sors dans le couloir pour le calmer.
A 2h, la petite éternue, je l’ai à peine entendue, mais mon bébé se
réveille à nouveau en hurlant, il a peur du bruit, c’est visible. Je
sors dans le couloir.
Je suis sortie toutes les 15 à 30 minutes dans ce couloir avec mon bébé
hurlant pour le calmer, une fois dans le silence il lui fallait 5
minutes pour se rendormir. Mais pas moi. Et je savais qu’en revenant
dans la chambre, ça allait recommencer.
Une fois le jour arrivé, mon bébé s’est endormi profondément. La petite
pouvait hurler à un mètre de lui (quand on lui changeait sa couche et
prenait sa température sur la table à langer), lui dormait. Mais pas moi.

Mon bébé a commencé à perdre du poids, vu que je n’avais pas encore eu
ma montée de lait. Il s’endormait au sein. 300g, ce n’est pas critique,
surtout sur un bébé de près de 4 kg, mais j’ai fini par céder et lui
donner un petit biberon pour qu’il se calme et que je puisse me reposer
(peine perdue avec la petite qui pleurait le jour quand mon bébé dormait
enfin). Il a à nouveau eu un petit biberon le soir, toujours en
complément de mon collostrum. Je voulais fuir cette maternité,
j’attendais le lendemain, après la visite du 4e jour, où nous aurions le
droit de partir. J’étais moi-même « libérée » officiellement par un
médecin qui avait constaté que tout allait bien pour moi et qui me
conseillait seulement de continuer à prendre du fer après la sortie de
la maternité.

Mon mari me l’a avoué plus tard, mais me voyant si fatiguée, il a
demandé à me transférer dans une chambre seule. Il n’y en avait plus,
toutes les chambres étaient prises, un monde fou avait accouché le 7 et
le 8 janvier (rentrée des classe ?) et ils avaient même dû caser des
mamans au service des cancers de l’utérus à l’étage en dessous !

Le 9 janvier au soir, la petite voisine s’est endormie, toujours avec
ses petits bruits de bébé. Et mon bébé à moi, lui, hurlait à chaque
fois. J’ai échangé quelques sms avec mon mari, j’ai fini par lui
demander de venir, je n’en pouvais plus. Je voulais laisser mon bébé à
la pouponnière mais elle était pleine, 28 berceaux alignés le long du
couloir et dans les salles, autant de mamans épuisées. La sage-femme de
garde a fini par me prendre mon bébé à 1h du matin dans la salle de
garde quand j’ai fondu en larmes dans le couloir (puisque c’était là que
mon bébé pouvait dormir !) en me disant qu’elle avait trop à faire et
que s’il pleurait, elle me le ramènerait. J’avais le coeur brisé de le
laisser, mais je n’en pouvais plus. Elle cherchait à me culpabiliser, en
plus ! « Vous savez, à la maison vous n’aurez personne pour vous prendre
votre bébé la nuit ! » Oui mais à la maison, je n’aurai pas un autre bébé
qui réveille le mien, et le papa pourra s’en occuper pour changer les
couches !

A 2h du matin, mon mari est arrivé (la maternité est ouverte jour et
nuit pour les papas), a récupéré mon bébé (rejoint par 10 autres bébés
entre temps, puisque les 40 bébés « stockés » à la pouponnière
remplissaient tout l’espace disponible…) Il me l’a apporté pour téter
une fois puis l’a récupéré.

3h du matin : mon mari veut changer la couche du bébé. Il vient dans la
chambre et le fait sans allumer la lumière. Il se fait engueuler par la
sage-femme de garde, puisqu’il y a deux mamans dans la chambre, le papa
ne peut pas rester là la nuit. Bon, d’accord. Il avait fait ça pour ne
pas me réveiller.
5h du matin, le bébé a ENCORE fait dans sa couche. C’est normal. Il va
voir la sage-femme de garde pour lui demander une couche. Elle
l’engueule à nouveau en disant qu’elle n’a pas que ça à faire de changer
les couches. Mais… Ce n’est pas ce qu’il lui a demandé !!! Il veut
juste UNE COUCHE et une table à langer et des lingettes. Ah non, il n’y
en a que dans les chambres. Il a dû me réveiller rien que pour changer
une couche, il l’avait mauvaise ! Et il se faisait engueuler parce qu’il
rentrait dans la chambre pour me réveiller alors qu’il n’a pas le droit…
Entre temps, il a aussi donné un biberon au bébé, histoire de me
permettre de dormir un peu.

Au matin, notre bébé avait repris du poids par rapport à son minimum
atteint la veille, et j’ai eu ma montée de lait. La visite obligatoire
du 4e jour validée (et faite à 10h du matin puisque nous avions pris un
créneau très tôt, n’ayant pas dormi), nous étions enfin à midi à la
maison. Et malgré le fait que notre bébé refusait catégoriquement de
dormir dans un lit, nous avons pu nous relayer pour dormir, le poser
dans le transat, sur notre bras pendant que nous somnolions… Ce
n’était pas la panacée, mais au moins, j’ai pu dormir un peu et récupérer.

Je regrette qu’on ne m’ait pas expliqué qu’il fallait adopter
différentes positions au fil de la journée pour la tétée afin d’éviter
un engorgement. La poussée de fièvre à 39° des 14 et 15 janviers
auraient ainsi été évités. La sage-femme qui venait à la maison m’a
beaucoup aidée pour la tétée, nous a guidé pour le premier bain, pesait
le petit bonhomme tous les 3 à 4 jours (à 1 mois, il faisait déjà 5,3 kg
!) A 5 mois et demi, l’allaitement se poursuit, et mis à part à la
maternité, il n’a jamais eu de lait artificiel de sa vie. J’ai même
tellement de lait que je commence tout juste à lui donner les deux seins
par tétée, et que j’ai toujours des fuites la nuit puisqu’il ne se
réveille plus du tout de 22h à 9h depuis 3 semaines.

En conclusion, je ne regrette pas du tout mon choix du milieu
hospitalier pour l’accouchement (à cause de la dystocie des épaules, ça
m’a « vaccinée » contre un accouchement à domicile) mais je crois surtout
que les prochains accouchements se feront quoi qu’il arrive en
Allemagne. Ce que je lis du milieu hospitalier français ne me donne
vraiment pas envie d’y donner naissance !
J’aurais aimé néanmoins plus de compassion pour une maman épuisée qui a
un bébé doté d’une ouïe excellente, et une plus grande aide à la mise en
route de l’allaitement.
J’aurais aimé remercier à nouveau la sage-femme qui m’a aidée à pousser,
nous avons apporté une grande boîte de chocolat le jour de notre départ
avec un petit mot remerciant spécifiquement cette dame mais aussi toute
l’équipe, mais elle était occupée pour un accouchement à ce moment-là.
L’obstétricien, nous l’avons revu 2 jours après l’accouchement. Il est
venu nous dire bonjour et était ravi de me voir en si bonne forme, ça
m’a fait du bien de pouvoir le remercier et qu’il me reconnaisse, je me
suis sentie respectée en tant que jeune maman.

Naissance d’Ambre – Juillet 2013

7 Oct

J’ai déjà raconté un récit d’accouchement ici, un accouchement que j’ai eu du mal à digérer. J’avais très peu pour cette nouvelle grossesse, parce que j’avais eu une césarienne la première fois et que je n’en voulait absolument pas une seconde.

4 Juillet2013

C’est la fin de ma grossesse. Je ne pensais pas tenir jusque là. J’étais persuadée que j’allais accoucher le 23 juin. On est le 4 juillet, et je suis toujours à la maison, à tourner en rond. Je peste. Je me sens lourde, gauche, je n’en peux plus. Je suis à deux jours du terme. Je n’ai jamais été enceinte aussi longtemps. La demoiselle n’a pas l’air de vouloir sortir. D’ailleurs, j’en suis sûre, c’est fini, elle ne sortira jamais. Ou du moins, pas sans aide. Le 7, j’aurais une césarienne. Parce que sinon, elle ne naîtra pas.
Ce matin-là, Aloys, mon petit garçon de 22 mois m’apporte mes chaussures alors que je suis aux toilettes, alors qu’il ne l’a pas fait depuis des mois. Mais je refuse de prendre ça comme un signe. J’ai déjà pris trop de choses comme des signes et j’ai déjà été trop déçue. La journée avance donc, sans que rien ne change. Puis vers 13h, je couche mon bambin et je vais moi aussi rejoindre mon lit pour une sieste bien méritée. Mais je dors mal. J’ai des remontées acides qui me brûlent atrocement. 14H mon homme part au boulot après m’avoir fait un petit bisous, il commence à 14h30. Il me dit ‘à ce soir ! Et en rigolant, je lui réponds : ‘peut être avant !’ comme pratiquement tous les jours depuis 2 semaines. Vers 14h30, après avoir dormi un peu, je décide que j’en ai assez, qu’il faut que je me lève. Mais je suis pas tout à fait décidée. Traîner dans le lit est une meilleure perspective que d’aller faire la vaisselle du midi qui m’attend sur la table. Je me redresse sur un coude, et là… AIE. Ah. Ca ça fait mal. Une belle contraction qui me fait mal. Je m’assieds sur le lit aussi rapidement que je peux et je sens qu’il y a quelque chose qui coule. Vite, je vais aux toilettes, pour voir. Ah, du liquide, et en plus c’est rosé. Bon, eh bien, on va appeler le beau père, je file à la mater !
Je vais chercher le doudou qui est loin d’avoir fini sa sieste, mais qui se lève sans problème, avec le sourire même. Chose rare, puisque d’ordinaire, je mets 3 plombes à le réveiller. Là, il m’attend, souriant, m’aide à l’habiller, bref, il savait qu’aujourd’hui j’allais partir. J’en suis sûre.

J’appelle aussi mon chéri pour lui dire que je vais à la maternité, je lui dis de ne pas bouger, que je le tiens au courant. J’appelle mes parents et envoie un sms à ma sœur. On est tous convaincus que cette fois, c’est la bonne (oui, une fausse alerte de perte de liquide fin juin …).
Arrivée à la maternité après avoir confié mon doudou à ma belle mère, j’ai le droit au coton tige pour savoir si c’est bien du liquide amniotique, mais le résultat n’est pas probant me dit la sage femme. Pour moi, c’est simple : il est devenu gris, donc quoi qu’elle dise, y A du liquide, sinon, il serait resté blanc. Le monito ne montre pas de contractions et le col n’est ouvert qu’à un. Je suis un mystère, elle ne sait pas quoi faire de moi. Elle appelle donc mon gynécologue qui lui dit de me donner une chambre, on avisera le lendemain.

A 15h30, je suis donc en chambre, je m’ennuie, je ne contracte pas, j’ai même oublié mon chargeur. J’ai juste ma valise… Alors je fais des 8 avec mon bassin pour essayer de faire avancer les choses. Je fais même la danse du ventre, dans ma grande chambre double. Finalement, la poche se fissure franchement, et je dois passer aux protections hospitalières. A 22h, une sage femme vient m’examiner à ma demande, elle confirme que la poche est belle et bien fissurée, pas besoin du coton magique, et elle me donne un antibiotique, pour prévenir les infections. Le col, lui, n’a pas bougé et le monito est toujours plat. Rien avance. J’ai peur de la césarienne. Je la sens avancer à grands pas, et j’ai peur.

Mon chéri est passé dans la soirée, m’a ramené mon chargeur et mon livre, je décide donc de lire. Jusqu’à 23h, puis j’éteinds tout et me couche. Mais alors que je commence à vraiment m’endormir, je suis tirée du sommeil par une contraction. Qui pique. Et ça revient. Régulièrement. Et de plus en plus fort. Toute la nuit, j’ai fait des allés et retours dans le petit service de maternité, parce que ma chambre n’était pas assez grande pour contenir les milliards de pas que j’ai fait cette nuit là. Si je ne marchais pas, les contractions me noyaient. J’avais la tête qui tournait, des sueurs froides, une douleur insupportable… Alors je marchais. Malgré les jambes et le dos douloureux, malgré la fatigue, parce que mine de rien, depuis la veille, je n’ai pas vraiment dormi. La nuit la plus longue de ma vie. Les copines avec qui j’ai parlé tous l’aprem par texto dorment, ma mère et mon chéri aussi. Je suis seule avec ma douleur, mais je gère. Vers 4h, j’envoie un message à une amie susceptible d’être réveillée. Elle l’est par miracle et elle m’est d’un grand secours pour ne pas me noyer dans la douleur et la fatigue.

5 juillet 2013

Vers 7h, la douleur se calme un peu, mais j’ai la nausée. Je finis par vomir, juste avant le petit déjeuner. Après, je me sens mieux, alors je mange, je suis persuadée que je vais accoucher aujourd’hui, il me faut des forces ! C’est peine perdue, lui aussi se retrouve aux toilettes !
Vers 9h mon chéri fini par arriver. J’ai un monito, qui me désespère parce que selon lui, mais contractions, c’est de la gnognote. Mais la SF me rassure : la toco ne veut rien dire du tout. Ca me soulage. Juste avant, une autre SF m’a fait un touché vaginal et elle me dit que rien a bougé. J’étais au bord des larmes. Toute cette douleur pour rien. Juste après le monito, cette SF bien gentille me réosculte parce que la première SF m’a dit quelque chose de différent de ce qu’elle a dit en salle de réunion. Et finalement si, le col s’est raccourci un peu, amolli et surtout je suis à 2 petits doigts au lieu du 1 de la veille. C’est pas énorme, mais ça avance ! Je suis aux anges… !

Toute la matinée, je marche, je continue d’avoir mal. Je ne veux pas de la péridurale, mon chéri est là, et je m’accroche à lui comme une moule à son rocher. Seul bémol, c’est qu’il doit partir à 14h30 pour aller travailler. Juste avant qu’il parte, il me convainc d’aller parler avec la SF pour réclamer un examen, et qu’on parle péridurale, car lui, en me voyant, préfèrerait que je la prenne. On parle donc avec cette SF super gentille (finalement, j’ai oublié de demandé l’examen, puisqu’une heure plus tôt j’étais à 3…). Elle me fait promettre de venir demander la péridurale si j’en ai besoin. Je lui dis oui sans y croire. Je racompagne mon chéri en bas, et il part. Sans lui,c ‘est pas possible, au bout de même pas une demi heure, je vais voir les sages femmes pour avoir la péridurale. J’arrive donc en salle d’accouchement et l’anesthésiste arrive à peine 10 minutes après. La pose de la péri m’a fait très mal, j’en ai pleuré sur l’épaule le l’auxilliaire. Mais j’étais pas un cas facile, j’étais prévenue. Il était étonné (et très très content de son travail!) de voir que finalement ça ai marché !

Après, j’ai parlé avec une élève sage femme très gentille, j’ai dormi, je me suis faite examinée (sans douleur, que ça fait du bien!), mais j’étais toujours surprise de voi tout ce sang : mon col saignait depuis la veille, et de plus en plus…le travail avançait plus vite, malgré mon angoisse que la péri le ralentisse. Arrivé à 5, la poche s’est rompue totalement, alors que la sage femme voulait la percer. A partir de là, la péri ne fait plus effet que sur les ¾ de mon utérus, et finira par ne plus faire effet du tout à la fin.

19h, je suis dilatée à 7, on me conseille d’appeler mon compagnon, et qu’il a interet à arriver fissa. On me met en position gynéco. Je commence à réaliser que oui, mon AVAC je vais l’avoir…. 19H30, je suis à 9. Mon compagnon arrive à 19h45, alors que je suis à dilatation complète, et que la sage femme me dit qu’ « on va commencer à essayer de pousser ? ». Toute l’eau qui était restée bloquée par la tête de ma puce est évacuée. Je pousse, je pousse tout ce que je peux, avec la sage femme en bas et mon gynéco qui surveille les contractions et qui me dit quand pousser (accouchement à risque puisqu’ AVAC, c’est pour ça qu’il est là). Mon chéri devient pâle, et on lui ordonne de se coucher par terre jambes relevées. Ca me fait marrer. Un moment, alors que ma mère m’a toujours dit qu’un bébé en phase de faire le grand plongeon ne bouge pas, le gynéco et moi, on se regarde en rigolant, totalement perplexes parce qu’on ne sait pas s’il y a une contraction : la puce bouge comme pas possible !
Puis je n’ai plus envie de pousser. C’est trop dur, j’ai déjà assez poussé ça ne sert à rien du tout, ils ont qu’à finir sans moi, j’en ai marre. Je pousse n’importe comment du coup. Le gynéco me dit en souriant que ça serait dommage de devoir sortir les spatules, il n’en a pas envie ! Et là… là je sens. J’ai envie de pousser. Il FAUT que je pousse. Alors je donne tout ce que j’ai. La tête sort, je le sens, mais il faut que je continue, ça me gêne trop, je continue à pousser, et je crie, j’ai mal, je sens que bébé tourne à l’interieur (et j’entends la sage femme dire qu’elle tourne beaucoup pour ‘un dos à gauche’), je sens la sage femme qui la tire vers l’extérieur, je crie comme j’ai jamais crié et je pousse !

« Arrêtez de pousser! »

Et là je sens les jambes de ma fille sortir de moi. Et on me la pose sur moi. Quand j’ouvre les yeux (ou du moins que je recommence à voir) elle est là, sur moi, toute chaude, toute violette, et magnifique.

20h11
« C’est moi qui aies fait ça ?! Tu es belle ma chérie, tu es magnifique, tu es toute petite! »
Et là, j’entends le gynéco rire et me dire « Ah non ! » Discètement, je soulève le cordon pour vérifier qu’ils ne se sont pas trompés, que c’est bien une fille, et oui, s’en est une, je n’arrive à rien trouver du tout sous ce cordon !
Bientôt on me l’enlève pour la toilette, j’ai juste le temps de dire à la puéricultrice que je ne veux pas qu’elle prenne de bain, mais l’autorise à lui laver les cheveux au sérum phy.
Et là, j’entends…
« 4kg650 ! » Non. Pas possible… Mes deux gynéco m’avaient prévu un bébé de maximum 3kg900, alors autant ?! « 55cm ! » J’hallucine totalement que ma fille nous fasse cette surprise, comme si c’était fait exprès pour que je connaisse les joies de l’accouchement par voie basse ! Il avait raison, elle n’est pas petite !

Pendant la suture (puisque grosse déchirure, mais pas d’épisio) , je regardais ma merveille, en couveuse près de moi, son papa de l’autre côté, et on savourait. Rapidement, nous sommes tous les trois retournés dans la chambre (petite maternité, 2 salles d’accouchements et une maman qui avait besoin de la salle) pour notre toute première tétée….

Ambre est née le 5 juillet 2013, un jour avant le terme, à 20h11 et pesait 4,650kg pour 55cm. Et cette petite géante

nous comble de bonheur!

PicMonkey Collage

Marylene – naissance d’olivia – 71

4 Oct

samedi 29 juin, on avait passé une super journée en famille, à faire les derniers achats etc a 17h roo une contraction…puis une autre et ce a 5 minutes…et pendant 2 heures du coup 2 spasfons en rentrant oh! ça passe a 3 minutes… Zhom part chercher un mcdo a Milo afin d’aller chez mes parents pour qu’on aille juste faire un monito… au cas ou lol
Arrivé a l’hosto on me fait un monito et on décide d’arrêter le travail afin de me transférer a Dijon le lendemain pour une meilleure prise en charge.
Sauf que depuis qu’on m’a injecté le Loxen je suis passé a 2 minutes et ça contracte sur plus d’une minute… Du coup on appelle en urgence le SAMU pour me transférer en espérant que je n’accouche pas dans l’ambulance…
On rigole bien tout le long du trajet, mon col apparemment a légèrement bougé mais pour un 2ème ça peut aller vite donc on se dépêche.

J’arrive a Dijon a 2h30, le dimanche et là par contre j’ai cru vivre un cauchemar… 3 personnes m’ont sautés dessus et j’ai eu le droit en pleine contraction à un TV, une prise de sang et une prise de tensçon… j’ai hurlé de douleur… là par contre le travail a été stoppé quasiment net… l’ambulancière engueule littéralement l’équipe médicale qui la fout dehors… comme je ne contracte plus on me fait repasser une énième écho pour voir le poids de bébé, la quantité de liquide et mon col malgré que j’avais eu tout ces contrôle le lundi d’avant… je monte en chambre…

Le dimanche on m’explique que comme c’est le week-end ils ne m’aideront pas a relancer le travail…je ne verrais personne… je passe la journée sur le parking avec Zhom..
Lundi matin, nouvelle équipe qui veut laisser une chance a bébé de venir seul, on tente un décollement de membranes mais ma cicatrice empêche un touché correct… je passerais ma journée a marcher sur le parking, à monter les escalier et on tente de capter des contrax sur le monito mais RAS…

Mardi matin je devais avoir un tampon d’hormones pour déclencher le travail comme convenu et 1h avant le staff de équipe médicale je sens que ça se remet en route… mon col passe a un bon 2 en moins de 1 heure… pas de tampon direct on passe a l’ocytocine pour aider a rythmer et intensifier les contractions… je ne suis pas prête je pensais qu’il me restait 24h…mais tellement heureuse de sortir de cette chambre…
comme les contractions sont bien installées je ne sens pas de différence avec l’ocytocine… ce n’est pas douloureux… je sens que çà bouge mais pas de douleur…. Par contre chaque TV me fait horriblement mal: je m’arque boute sur la table et les larmes coulent seules… les SF aussi gentilles et douces soient elles ne peuvent pas voir si ca avance…et je sens que bébé n’appuie pas assez et que ca va durer… Les sage femmes commencent a me parler de peridurale non par convenance mais car je ne peux pas rester avec ma cicatrice douloureuse… ça les désole de me le proposer car je gère niquel les contractions… à ce moment la le cœur de nenette commence a chuter a chaque contractions. C’était la seule condition pour laquelle j’aurais accepter la peridurale, si la sante de bébé ou la mienne était en danger et là, bébé a besoin d’accélérer le travail et on ne pourra qu’avec la peridurale car s’il faut partir en césarienne je pourrais être consciente…

L’interne anesthésiste arrive, c’est un amour, moi je pleure de colère contre cette fichue cicatrice douloureuse, contre cette sage-femme qui m’a massacré il y a 31 mois… Il me parle tout doucement, prends le temps de m’écouter, il me masse durant les contractions le temps que les produits fassent effet, on rigole bien, d’ailleurs avec toutes les équipes on a rigolé…
il me met une dose minime et j’ai la poire pour redoser si besoin… au moment de me rallonger sur la table, PLOC !!! je perds les eaux…. Aaaaaah c’est trop bizarre comme sensation..je chuchote a la sage femme « je crois que ca coule… » elle jette un œil et me réponds en chuchotant « je confirme » on éclate de rire!
On me met sur le côté, pour aider à la descente… j’ai alterné les positions depuis le début donc malgré la peri on continue ^^
Changement d’équipe il est 19h30… nouvelle équipe tout aussi agréable que la 1ère, l’étudiante sage femme va rester un moment avec nous, si besoin elle appelle sa collègue mais sinon c’est elle qui s’occupe de nous… mon col est a 6, Zhom decide d’aller manger on a encore le temps.
5 minutes après son départ je suis prise de tremblements je sens que je pars…je me sens mal. La sage femme revient me rassure, elle contrôle et me dis « le col est effacé » « ah d’accord (je reflechis 1 minute) effacé ?? je suis a 10 ?? » elle rigole et me dit que oui j’ai bien retenu le principe lol.
on attends un peu voir si bébé avance ou pas…les sage femmes décident de téléphoner a Zhom pour qu’il se dépêche de revenir…il n’est parti que depuis 40 minutes, il est devant la porte des urgences il a couru ^^
on me fait pousser 1 fois pour voir car je ne supporte plus cette pression dans le bassin, bébé descend tout le bassin en 1 poussée… bon ben la plus de doute on s’y mets!
Zhom arrive, ne comprend pas trop ce qu’il se passe, la sage-femme fait pour me mettre les étriers car je ne sens pas du tout ma jambe gauche je lui dis « non s’il vous plait pas les étriers, les cales pieds mais pas les étriers s’il vous plait » elle me réponds que pas de soucis et me bloque les pieds sur les cale pieds, une sage femme et la puéricultrice m’aide a écarter les jambes durant la poussée et Fx m’aide a me relever a chaque poussée.
En 1 contraction, la tête sort a moitié et là je m’arrête net de pousser et « dis j’en peux plus mon périnée va exploser » ça a fait rire tout le monde mais moi aussi en rigolant ça fait descendre bébé doucement mais je suis incapable de repousser tellement je rie.. allez prochaine contraction je me concentre et en 2 poussées sa tête est sortie.
Bébé avait le cordon autour du coup, la sage-femme clampe et demande a Zhom s’il peut se rapprocher pour couper le cordon, on me demande d’arrêter de pousser mais ce n’est pas moi qui pousse c’est bébé ^^
je l’attrape et hop bébé glisse tout seul avec le reste de liquide amniotique je l’ai sur mon ventre.
Mes premiers mots : « il m’en manque un bout !!!» de nouveau un fou rire chez tout le monde, bébé me paraissait si petit, il était tout blanc
La puéricultrice nous demande « alooors fille ou garcon ?? » euh on a oublie de regardé loool
Elle reprend bébé pour la stimuler un peu (elle avait avaler du liquide)et a ce moment on découvre notre puce au grand complet…
Moi qui crie « c’est une pepette !!!! » et Zhom qui pleure ^^

On est fou de joie !!!

J’ai juste quelques suture dans le vagin car ça a recraqué là où ma cicatrice gênait…donc parfait !!! et la sage-femme m’a fait des coutures en surjet donc reparfait !!! Zhom a fait le 1er peau à peau durant ce temps, ensuite j’ai fait mon 1er vrai câlin a ma fille, elle a rampé et gobé mon sein comme une pro ^^

J’ai récupéré la mobilité de ma jambe le lendemain a 8h30 ^^, olivia a du passer sa 1ère nuit en nurserie sous scop, et de là a commencé la valse des examens pour ma puce mais surtout la découverte de l’allaitement ^^

En fait comme c’était la nuit, pas de chirurgien de dispo sauf de garde donc la puéricultrice nous a surveillé ainsi que la pédiatre de garde pour voir s’il y avait urgence et comme il n’y en avait pas on nous a laissé nos 2 heures de découverte en famille.

#293 Anonyme – le récit d’un AVAC (accouchement par voie basse après une césarienne)

25 Sep

Début de grossesse, je suis heureuse mais les questions sur l’accouchement me tourmentent déja (1er enfant par césarienne pour siége sur bassin limite, qui en me renseignant pour le deuxiéme n’était pas limite). Bref, je refuse la césarienne itérative.

Je décide de prendre en suivi ma sage femme libérale. Je sais qu’elle croit en moi, qu’elle me donnera son avis en se basant sur des textes, lectures… récentes.

Je décide également de choisir une maternité à une heure de chez moi car elle est labellisé amis des bébés et respecte davantage le choix des femmes…

Je vois le gynécologue de cette maternité qui parle pathologie (comme tous les gynécos que j ai rencontré). Il m indique que je risque les forceps (car mes mesures sont dans la norme mais une limite) ou une césarienne aprés un long travail. Je refuse catégoriquement la césarienne programmée. Il respecte mes choix (pas comme à mon premier enfant).

Mon terme approche, bébé toujours au chaud. Le gynécologue me parle de déclenchement au terme. Il sent ma non adhérence à ce projet, il me propose des monitorings et de me revoir quelques jours aprés le terme.

Même si il m’a fait peur, pleurer, douter, il m’a toujours écouté, à sorti ses arguments mais je me suis toujours sentie respectée.

Il me parle cependant du travail devant avancé à un centimétre à l heure!  Je ne suis pas d’accord, ce n est plus d’actualité!!! Je n insiste pas sur ce point car je ne peux pas me batailler sur tout mais, c est noté, j’avance le travail toute seule chez moi pour échapper à cette série médicale!

J’aurais aimée être accompagnée et accoucher à mon domicile mais dans notre département, ce n est pas possible (encore moins avec une césarienne au précédent!!!).

Puis vient la veille du terme, je me réveille sur une contraction, je perds les eaux. Puis, calme plat. Pas de contractions. J’ai peur. Je sais que si je vais à la maternité sans contractions, ils vont tous faire pour que je l’ai cette césarienne. Puis mes contractions arrivent doucement… Je prends mon temps, prépare mon premier (malgré les contractions qui s’accelèrent), j’ai le temps. J’ai retenu que si j’arrive trop tôt, on va m’accrocher au monito, surveiller ma dilatation, me perfuser, me déshabiller pour me mettre une blouse dépersonnalisante…

Les contractions se déchainent, se rapprochent à grande vitesse… J’ai envie de pousser (ce n’est pas possible, ça ne fait que 2heures!!), mon mari me force à partir.

Ma sage femme libérale que j’ai prévenue me rappelle. Elle comprend que je suis en train de donner naissance et que je ne pourrais pas aller dans la maternité choisie. Nous allons donc à la plus proche. Je refuse la position sur le dos (de toute façon, je ne la supporte pas), je me sens bien accroupie sur mes genoux mais les sages femmes ont besoin de voir l’évolution du travail (je ne les sens pas à l’aise du tout). On finit par m’installer sur le coté (compromis). Elles discutent entres elles, je n’entends pas ce qu’elles disent. Je regarde le monito qui est normal. Je leur demande à plusieurs reprises s’il y a un souci, elles me disent que non. L’aide soignante finira par me dire qu’elles s’arrangent car il y a trop d’accouchements. Une des sages femmes me fait plusieurs touchers (plus que des touchers, selon mon mari) sans jamais me prévenir. Je me sens violée dans mon intimité. Puis viens l’heure du « pousser ». Personne ne cherche à savoir ce que je ressens. Oui j’ai envie de pousser mais pas forcément quand elles le disent exactement. Mon accouchement est standardisé comme tous ceux fait par péridurale. On me fait accélérer la poussée (je résiste plus ou moins car j’ai peur des forceps si ça n avance pas assez vite pour eux). Je pense: « y a du monde qui attend ». Mon bébé naîtra, j’aurais l’honneur de l’attrapper et de le mettre directement sur moi. Il y restera trois heures. La sage femme qui est restée a respectée mon choix de ne pas l’aspirer…. Je serais resté à peine 40 min pour accoucher. J’ai eu une grosse déchirure du périnée. Je ne pense pas que cette accélération du travail m’ait permis de garder mon périnée intact!  J’ai failli accoucher chez moi (mon mari n’aurait pas été la, je n’y serai pas aller) à cause de cette peur des protocoles… Vouloir obliger les femmes, les ficeler,… ne feront qu’accentuer les accouchements sauvages qui seront là dangereux pour la mére et l’enfant!

#275 Assia – Algérie 2010‏

7 Mai

Tu es venue au monde un vendredi 16 juillet à 6 : 10 du matin.
Laisse moi te conter la venue au monde d’un ange.
Tout a commencé lorsque j’ai eu trois jours de retard, j’ai décidé de faire un test à 22 : 00 mon coeur battait la chamade mais au fond de moi je le savais, je le sentais et j’en rêvais. Le test était positif et ma joie fut immense. J’ai appelait mon mari en cuisine et je lui est montré le test avec un grand sourire, il m’a prise dans ses bras et il m’a serré très fort en me disant qu’il m’aimait.
L’aventure a commencé, la magie a commencé et notre rêve est devenu réalité.
Neuf mois de bonheur, neuf mois de joie, de stress, de peur mais c’était avant tout neuf mois d’amour. Depuis le premier jour je me suis surprise à mettre la main sur le ventre comme pour le rassurer, je lui parlais quand je me retrouvais seule avec lui car pour moi il était déjà la au fond de moi près de mon coeur.
Ces neufs moi étaient facile et dur par moment, semaient d’embuches qui se sont dissipés au final.
Apres 40 semaines c’était le désert pas la moindre contraction en vue, même pas une minuscule qui me fasse penser que voilà mon tit garçon arrive. Ma gyneco m’a donné rendez vous à l’hôpital ou elle travaille pour me faire un décollement. Le premier n’a pas fait grand chose à part déclencher un faut travail qui n’a duré que quelques heures. Apres deux jours retour à l’hôpital pour un deuxième décollement et je suis repartie chez moi et j’ai passé toute l’apres midi à marcher. Le soir même j’ai ressenti des contractions fortes à minuit. J’ai réveillé mon mari et il a essayé de me faire dormir. Les contractions s’enchainees et j’etais tellement excité que je n’arretais pas de faire des allers retours entre ma chambre et la cuisine. J’ai fini par réveillé ma belle mère qui m’a préparé une tisane qui aussi tôt avalée aussitôt vomie. A 6 du matin je devais aller à l’hôpital car ma gyneco m’avait programmé un troisième décollement. A 8 heure j’etais admise et mon mari s’activait avec les papiers d’admission ma belle mere m’a donné ma valise et m’a dit aurevoir, mon mari aussi. Le voyage vers l’inconnu avait commencé.
Je suis entrée en salle de consultation ou une sage femme assez sympathique m’a faite une dernière écho puis un dernier décollement super mega douloureux que les deux autres et j’etais déjà à deux doigts. On m’a demandé de me déshabiller ( je suis restée en chemise de nuit ) et on m’a mise une perf.
Je suis rentrée dans une salle avec 5 lits et sur chaque lit il y’avait 2 à 3 femmes, y’en avait avec leurs bébés dans les bras et d’autres était la à pleurer à crier de douleur. Je n’étais pas choquée ni apeurée, ni même dégoutée par la saleté des lieux ( je pourrai vous décrire des cafards, du sang partout, des serviettes hygiéniques jettes un peu partout sans parler du liquide amniotique qui recouvrer la salle et le couloir bref et j’en passe ). J’étais heureuse je me sentais forte et chaque contraction douloureuse me faisais me rapprocher encore plus du moment tant attendu. J’ai passé toute la journée du jeudi et toute la nuit à me tordre de douleur tantôt allongée tantôt debout tantôt assise. J’avais tout le temps mon mari avec moi au téléphone sinon c’etait la mere ou ma soeur ou mes Freres qui étaient tous assez inquiets pour moi me sachant seule face à l’inconnu. Mais je n’étais pas seule mon bebe était la et il me faisait comprendre qu’il arrivait.
La nuit du jeudi au vendredi était particulièrement difficile et éprouvante, j’étais fatiguée j’avais faim car je n’avais pas manger depuis plus de 24 heures on avait juste le droit de boire de l’eau tiède avec une chaleur de 40 degré. J’avais peur de ne plus avoir de force à la fin.
Il était 6 heures du matin et je me suis surprise à avoir une envie de pousser. Une femme de ménage a appelé une sage femme et elle m’a emmené en salle de naissance ou une autre femme était entein d’accoucher, elle a branché ma perf et la j’étais terrassée par des contractions insupportables sans repis, la sage femme m’a demandé de pousser et m’encourager, j’ai poussé de toutes mes forces et j’ai hurlé de toutes mes tripes puis un stop un silence, puis le plus merveilleux des cries celui de mon ange. Elle me l’avais mise sur le ventre et je l’ai prise dans mes bras je le contempler et je disais à haute voix alhamdoulilah ya rabi. La sage femme la prise et a mis plusieurs minutes à revenir puis c’était la délivrance je n’ai pas eu mal la sage femme était revenu en me félicitant et m’annoça le poids avec un grand sourire 3 kilo 900 un beau bebe.
Quelques temps c’est écoulé entre la délivrance et le moment ou la sage femme a commencé à me coudre ( excuser le terme ) j’avais pu avoir mon mari au téléphone il était très ému il avait pleurer. La sage femme ne pouvait plus attendre un chirurgien pour venir me recoudre ( terrible déchirure + episio ) et avait commencé toute seule, sa m’a fait tellement mal que je n’ai hurlé que de plus belle. Le cauchemar s’est terminé 30 minutes apres. Une femme de ménage m’a nettoyé m’a habillé et m’a aidé à regagner mon lit tout de suite Apres on me l’a amené mon ange, mon bebe, mon fils ma fierté.
Une femme était venue pour m’emmener dans un lit vide dans le couloir et j’etais en tête à tête avec lui, je l’ai prise dans mes bras et je lui ai récité l’appel à prière ( al adhan ) au creux de l’oreille. Je l’ai couché près de moi j’ai mis Sourat Al Bakara sur mon téléphone et j’ai fermé les yeux. L’apremidi même j’etais chez moi, mon bebe dans son lit et le coeur soulagé.

Je voudrai laisser derrière moi une trace d’un jour, le plus beau jour de ma vie.

A toi mon ange l’amour de ma vie

Assia

Christel et Mehdi, naissance à Levallois Perret – 92

27 Avr

Dans la nuit du 9 juin, je sens un peu de liquide couler, mon bébé, je sais qu’il est l’heure pour nous d’aller à la maternité. Nous t’attendons tous les 3 avec impatience. Mamie vient s’occuper de ta grande sœur pendant que ton papi nous accompagne papa et moi à l’hôpital. Cet endroit m’est familier, c’est là que ta soeur est née. Les mois précédents, nous avons eu la chance de faire petit à petit ta connaissance.

Tous les mois, nous avions RDV avec Mme G haptothérapeute, elle nous a doucement accompagné vers notre projet de naissance. Nous n’avons jamais été déçu par l’équipe. et résonne encore en mois les mots de la sage femme à la naissance de ta sœur « Vous êtes une super maman » 5 mots qui m’ont apportés toute confiance en mes compétences.

Nous arrivons donc avec papa et papi qui a bien du mal à repartir. Il est gentiment raccompagné par les sages femmes à la porte d’entrée. Premiers examens respectueux, le travail n’a pas commencé et c’est bien une fissure de la poche des eaux, je dois rester à la maternité. Ton papa repart travailler et on nous installe toutes les deux dans un lit confortable, je sais que le temps va être long. Pour provoquer l’accouchement, on me propose … de marcher, monter descendre les escaliers, on m’encourage. Les sages femmes me préviennent que si l’accouchement ne se déclenche pas naturellement, on devra le déclencher par médication. Et je marche, je monte, je descends pour que ta naissance puisse être le plus naturel possible.

Victoire, le col s’ouvre peu à peu, Ton papa arrive. On me propose de descendre en salle d’accouchement, je n’ai toujours pas de forte contraction. Chaque toucher est respectueux, on me demande si j’ai mal, on attend que je sois prête…

Je fais la connaissance d’une sage femme et d’une étudiante qui me propose un ballon pour faciliter l’ouverture du col et une écharpe (style écharpe de portage) fixée au plafond. Elle me montre comment les utiliser, et effectivement le ballon est un fabuleux moyen de te faire descendre, Nous pouvons pratiquer les exercices faits pendant les séances d’haptonomie, nous sentons une atmosphère apaisante qui nous permet d’être à l’aise. Les contractions se font plus fortes et je tiens plusieurs heures avec ses méthodes douces. Vers 3 heures du matin, je sens la fatigue et je gère moins bien la douleur, les sages femmes me propose la péridurale que j’accepte volontiers, je la demande pas trop dosée, je veux te sentir (elle était trop dosée pour ta sœur). Encore une fois, je suis écoutée.

Au moment de la naissance, je leur explique que je ne souhaite pas d’épisiotomie sauf si c’est absolument nécessaire. Elle me propose de m’installer sur le côté pour accoucher après quelques poussées, les sages femmes et moi nous rendons compte que cette position n’est pas adaptée à ma physiologie et à ma façon de pousser, je m’installe donc dans les bras de mon mari assis derrière moi sur la table d’accouchement. On a osé demandé si c’était possible car tout semblait possible avec ces sages femmes.

Et j’ai accouché dans ses bras, j’e t’ai pris, mon bébé, alors que tu étais encore en moi et je t’ai sorti.

La sage femme s’est presque excusée parce qu’il y avait une petite déchirure. Au moment de la recoudre, je tremblais comme une feuille, elles ont pris le temps de me rassurer en me caressant les jambes et en rajoutant une dose d’anesthésiant.

Ce fût un très beau moment partagé entre les sages femmes mon mari, ma fille et moi. L’émotion des sages femmes à ma sortie et le grand merci me laisse penser que ce moment fût fort pour elles aussi.

J’étais seule à accoucher cette nuit là, peut-être que cela à jouer.

En suite de couche, j’étais en chambre double, pas super pour faire connaissance avec son bébé et je me suis construit une forteresse pour m’isoler, une sage femme nous a proposé un paravent. Le lendemain nous avons changé de chambre pour une chambre simple. Nous avons pu rester en famille toute la journée jusque tard le soir sans que cela pose aucun problème.

Un très beau moment dans cette maternité respectueuse de chacun. Merci à l’haptothérapeute pour cette préparation unique à la naissance qui nous a permis de partager avec les sages femmes nos désirs pour la naissance de notre puce. Et merci aux Sages femmes de leur accompagnement à chaque instant respectueux.