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#345 Lucie, dans le Val-de-Marne (94)

8 Fév

Je suis enceinte. J’ai 20 ans. Nous sommes en couple depuis 5 ans. Je suis déjà tombée enceinte un an plus tôt et nous avons fait le choix de l’avortement. Suite à cette IVG j’ai fais une dépression qui a nécessité un traitement médicamenteux. Mon traitement est arrêté en Août : au mois d’Octobre, je suis de nouveau enceinte.
Je suis très informée sur ce qu’est l’accouchement en France aujourd’hui : j’ai travaillé comme Auxiliaire de Puériculture dans de grandes maternités parisiennes. Je sais ce dont je ne veux pas. Je ne veux pas de cette violence industrialisée, banalisée. Je ne veux pas me sentir violée, anesthésiée, charcutée, comme je l’ai entendu parfois dans la bouche des mères auprès desquelles j’ai travaillé.
En fait, tout de suite, je veux accoucher chez moi, en sécurité. Là où je me sens bien. Je n’ai jamais été hospitalisée et je n’ai pas envie de commencer, surtout pas pour donner la vie. Je veux accoucher dans mon cocon, avec mon conjoint, la seule personne au monde en qui j’ai une absolue confiance, et éventuellement l’assistance d’une SageFemme.
Je me fantasme accouchant seule dans mon lit ou ma baignoire, en pleine possession de mon corps et gérant
ma douleur naturellement, instinctivement. Cette vision m’apaise et me sécurise.
Mon conjoint me fait confiance dans mes projets : c’est mon corps, mon instinct, je sais ce qui est bon pour notre bébé et moimême.
Il est un peu réticent, à peine, au sujet de l’accouchement à domicile, mais ma profonde conviction et mes arguments (appuyés par une documentation fournie !) ont vite raison de ses doutes.
Je parcours les numéros des SagesFemmes libérales de la région parisienne : l’une part en vacances à la date prévue de mon accouchement, l’autre est très froide au bout du fil et m’informe qu’elle ne prend plus de nouveaux parents. Je suis blessée et effrayée par la complexité de l’affaire : je me vois forcée d’accoucher à l’hôpital, faute d’alternative. Je n’ai pas le choix. Je me résigne à devoir accepter un accouchement en Maternité, et cette pensée me fait violence. Je me sens forcée.
A partir de ce moment de la grossesse, j’ai des phases régulières de panique en imaginant mon accouchement : je me vois ficelée à une table, le sexe ouvert mutilé, la lumière crue, tous ces gens, c’est un viol, voilà, c’est cela dans ma tête, rien d’autre. Mon conjoint ne comprend pas ma terreur et la minimise. Je me renferme. Je garde mon désespoir et ma peur en moi. J’envisage parfois d’accoucher seule à la maison, pendant que mon conjoint sera au travail, de ne pas me rendre à la Maternité. De faire ça toute seule, sans personne pour violer mon intimité. C’est la seule pensée qui m’apaise un peu, même si je sais qu’elle est illusoire : au fond de moi, je sens que je n’ai pas cette force d’être seule face à l’inconnu d’un premier accouchement.
Je découvre le concept du plateau technique, et un SageFemme libéral qui le pratique dans le grand hôpital à deux pas de chez nous. Cela me semble l’option la plus acceptable. Nous le rencontrons : il est sympathique, son approche de la grossesse et de la naissance me plaît, respectueuse et physiologique. Il accorde une grande place à l’entité parentale, pas seulement à la mère, et c’est important pour nous. Mon conjoint aussi est à l’aise avec lui. Nous ferons la route ensemble, même si je garde ce sentiment profond de faire un choix par défaut.
La grossesse se passe très bien physiquement. J’arrête cependant de travailler rapidement car je suis épuisée par les trajets interminables. Je sens que j’ai besoin de temps pour moi, pour me centrer et investir cette grossesse qui fait remonter à la surface d’anciens démons et beaucoup d’angoisses primitives. Quel bouleversement !
Le suivi de grossesse est respectueux : je n’aurais aucun toucher vaginal avant ma dernière consultation, car il n’y a aucune raison valable pour en faire. Je fais, avec mon SageFemme, une préparation à l’accouchement adaptée à mon souhait de ne pas prendre la péridurale : on discute des positions, de la gestion de la douleur, on fait de la sophrologie. Mais mon angoisse persiste malgré toute sa gentillesse. Je sens que je le pousse dans ses retranchements: je voudrais ne pas être perfusée d’office à l’arrivée à la Maternité, par exemple, et je me heurte à un
refus catégorique. Cela peut sembler anodin, mais le fait de sentir que je n’ai pas le droit de refuser un acte invasif creuse un fossé entre nous. Et je ne parviens plus à parler de ce qui me touche et m’inquiète : je le laisse se préoccuper de mon corps qui va si bien et je passe sous silence mon mental qui lui, ne suit pas.
Malgré mes efforts pour faire des choix éclairés, de nombreuses choses ne me conviennent pas. Mon SageFemme
ne fait pas les échographies et me dirige vers une gynécologue.. Son ton est froid. Elle me fait mal, elle a des remarques déplacées sur mon physique, elle ne nous met pas à l’aise. Je me souviens pourquoi je ne suis plus suivie gynécologiquement depuis des années, mais bizarrement, je n’ai pas la force de chercher quelqu’un d’autre. Je me sens piégée dans ma grossesse, dans ce qui m’est imposé à ce sujet : on attend de moi que je sois docile et béate. Je pensais que porter la vie me rendrait forte, puissante et fière; à l’inverse, je me sens infantilisée face au corps médical. Je m’estime “chanceuse” d’avoir opté pour un suivi global où je bénéficie d’un interlocuteur privilégié en la personne de notre SageFemme; je n’imagine pas ce qui se serait passé si j’avais opté pour un suivi plus conventionnel. Au moment où mon SageFemme remplira mon dossier pour la Maternité, il me demandera si
j’ai vécu des agressions sexuelles. Mon conjoint est à côté de moi. Oui, j’ai subis des violences sexuelles quand j’étais adolescente, mais comment vous dire ça maintenant, entre mon poids et mes antécédents familiaux ? Je ne dirais rien, et lui ne s’attardera pas sur mon malaise pourtant bien visible. Rien non plus sur mes addictions passées, quelques questions plus tard : trop tard, je suis fermée, vous m’avez fermée par votre indélicatesse. Dommage. J’aurais tellement eu besoin de parler de tout cela, précisément, de ces angoisses que la grossesse fait ressurgir. On
semble parfois oublier que la grossesse et l’accouchement sont des évènements de la vie sexuelle d’une femme, qu’ils sont dans la continuité de ses expériences, de son vécu. Mon ventre me semble dissocié de moi, on traite ma grossesse comme une personne à part entière.
J’ai du mal à investir ma grossesse, j’ai du mal à me projeter, à caresser mon ventre, à parler à mon bébé. Et je ne peux le dire à personne. A mesure que ma silhouette se transforme et que mon bébé donne des signes de vie, je parviens cependant à tisser ce lien délicat entre lui et moi.
L’échographie nous a montré qu’il s’agit d’une fille et j’en suis très heureuse. J’évite de penser à l’accouchement même si je suis toujours hantée par mes peurs. Je souffre aussi, malgré tout : je me sens lourde, impotente, douloureuse. Mais comme “tout va bien”, je n’ai pas vraiment l’autorisation de me plaindre. Mon conjoint et moi-même,
sentant la fin de la grossesse approcher, nous soudons face à l’inconnu. Mais je me sens toujours isolée et incomprise. Je regrette de ne pas avoir la force de demander de l’aide, mais j’ai la sensation que mon énergie
est monopolisée par et pour mon enfant. J’aurais souhaité qu’on me tende la main, qu’on fasse le premier pas, peut-être en me demandant sincèrement comment je me sentais, en tant que personne et pas seulement en tant que future mère.
La veille de mon terme prévu, je n’ai toujours aucun signe annonciateur de l’accouchement. Mon SageFemme
m’annonce que si je n’ai pas accouché à la date prévue, on me déclenchera à DPA+1 : c’est le protocole de l’hôpital dans lequel il officie et il n’a pas le pouvoir de lutter contre.
Je n’avais pas du tout envisagé cette possibilité et cela me révulse. Je déteste l’idée de mettre mon bébé dehors de force et dans la violence qu’induit un accouchement déclenché artificiellement, alors qu’il ne montre aucun signe de détresse. On ne nous laisse donc aucune chance ! Mais, moi non plus, je n’ai visiblement pas le pouvoir de lutter contre.
Le SageFemme me fait mon premier toucher vaginal pour contrôler l’état du col utérin, qui est légèrement ouvert. Je sens qu’il fait un geste sur mon col que je ne connais pas, désagréable. Il s’aperçoit que je l’ai remarqué et me fait un petit sourire en coin : “Je décolle les membranes”.
Je suis stupéfaite. Le décollement des membranes n’est pas anodin, et il ne m’a pas demandé mon avis. Il a fait ce geste sur mon corps, sur mon sexe, sur mon bébé, sans me demander mon avis. Il prend ce risque sans s’assurer que je sois informée des conséquences que cela peut engendrer.
Je n’arrive plus à parler. J’ai envie qu’on en finisse : j’ai mal partout, je suis épuisée d’avoir peur, d’appréhender, de sentir que mon corps m’échappe, que je ne contrôle rien. Le SageFemme est sûr que je vais accoucher dans la nuit, moi pas. Il s’aperçoit qu’il a oublié de faire un test important concernant la présence de Streptocoque B dans ma flore vaginale, et me demande de passer au laboratoire avant de rentrer chez moi.
Pendant le trajet, je sens que je commence à perdre les eaux. La poche est fissurée. A cause du geste qu’il a posé sans préavis, il a déclenché les évènements. Je marche toute l’après-midi, je passe au laboratoire. Je rentre chez moi. Je nettoie la maison du sol au plafond. Je ne pense plus à rien. Je préviens mon conjoint que l’accouchement ne va plus tarder. On prépare mon sac. Toute la nuit, je prête attention à mes contractions irrégulières, peu douloureuses, que
j’essaie de forcer en roulant du bassin sur mon ballon d’accouchement. Mais le travail n’a pas commencé. Je sais que ce n’est pas le moment, que mon bébé ne viendra pas tout seul, que la poche des eaux ne se serait jamais fissurée naturellement aujourd’hui. Je sais qu’en fait, mon SageFemme m’a déjà déclenchée artificiellement en décollant les membranes, parce qu’il voulait se conformer au protocole de son hôpital. Il n’a pas laissé à mon bébé une chance de
naître naturellement. Et je suis en colère contre lui, en qui j’avais une relative confiance jusqu’alors. Je n’ai même plus peur : je veux juste en finir, je veux que mon enfant naisse. J’ai le sentiment que la naissance de mon bébé est gâchée, et je culpabilise de ne pas mener ma grossesse à terme moimême, de ne pas savoir/pouvoir accoucher par moimême.
Le lendemain matin, les contractions se sont arrêtées. Le SageFemme essaie de me joindre au téléphone et je suis bien obligée de décrocher. Il vient d’avoir les résultats d’analyse : j’ai énormément de Streptocoques B. Comme la poche des eaux est fissurée depuis la veille et qu’il y a un risque d’infection pour le bébé, on doit déclencher l’accouchement. Une raison de plus, j’ai envie de dire. On se donne rendezvous à la Maternité. Il y a comme un sentiment d’urgence, de pression, je me sens forcée, pressée, compressée par son inquiétude.
Arrivés à la Maternité nous allons directement nous installer en salle de travail. C’est une trop grande salle froide carrelée, avec une baie vitrée donnant sur les arbres. Il y a une table d’accouchement sans étriers et face à la table, des placards et du matériel médical. C’est aseptisé, immense, étranger. J’ai du mal à me dire que je vais donner naissance à ma fille ici, dans cet endroit anonyme et froid, mais je me fais violence pour me “mettre dans le bain” :
après tout, je n’ai pas le choix, autant faire de mon mieux pour que cela se passe le moins mal possible. Je fixe mon attention sur le joli paysage par la fenêtre, dans le soleil de fin d’aprèsmidi.
Je passe la blouse de l’hôpital. Je ne veux pas enlever mon bracelet portebonheur, mais c’est obligatoire au cas où une intervention d’urgence serait nécessaire, alors j’obéis. La pose de la perfusion la première de ma vie m’arrache
des larmes de douleur. Comme l’accouchement est déclenché j’ai droit au monitoring en continu : je peux me déplacer sommairement avec, mais mes mouvements perturbent l’enregistrement et je dois sans cesse veiller à ce qu’il reste en place. Le SageFemme me dit de ne pas m’en préoccuper, mais c’est difficile d’occulter ce bruit permanent et tous ces fils. Il me prévient que la douleur des contractions va être plus violente et soudaine que si l’accouchement était spontané : mais plus violente que quoi ? Je n’ai encore jamais accouché !
Je m’assois sur le ballon, mon conjoint face à moi. Je gère les premières contractions ainsi : nous discutons tous les trois tandis que je bouge mon bassin au rythme des vagues qui se succèdent. Très vite, elles sont plus rapprochées et plus puissantes. Le SageFemme me prévient chaque fois qu’il augmente le débit de la perfusion, ce qui est plus anxiogène qu’autre chose. Quand la contraction arrive, je m’enroule sur moimême et je serre très fort les mains de
mon homme. Ce contact physique avec lui m’est indispensable en permanence, c’est la seule chose qui me garde sur Terre; sans ce contact je pars très loin… L’intensité des contractions me stupéfie. A chaque contraction, désormais, je n’entend plus rien, je ne vois plus rien, je suis submergée par cette douleur brûlante qui n’est pas localisée mais générale, dans ma chair et dans ma tête, partout en même temps. Rien à voir avec ce dont on avait parlé pendant la
préparation à l’accouchement.
J’entends les hommes qui discutent sans être capable de donner du sens à leurs mots. Leurs voix sereines me réconfortent cependant entre deux contractions, c’est un fond sonore agréable.
Parfois mon homme m’encourage doucement mais je ne peux pas lui répondre, ma voix ne sors pas. J’ai la sensation d’être dans un monde parallèle, de perdre le contrôle de mon corps, de mes sens, ce qui est déroutant et effrayant. La douleur prend de l’ampleur continuellement. J’ai du mal à reprendre mon souffle.
Je ne parviens plus à gérer la douleur assise, un poids pèse sur mon périnée en permanence.
Je crois que je le mentionne oralement car mon SageFemme me propose de me mettre debout en m’appuyant sur le lit. Je me lève en trébuchant : je me sens ivre. Est-ce que c’est ce qu’il y a dans la perfusion qui me rend ainsi ? Je pose les deux mains sur le lit et une contraction très violente arrive immédiatement. Je suis submergée par la douleur et par la peur. Debout au milieu de ce lieu inconnu, seule, noyée dans ma douleur sans le contact physique de mon homme, je me sens vulnérable, en danger. Je suis terrorisée.
On m’aide à monter sur le lit et je m’y retrouve allongée sur le dos, position fortement anxiogène pour moi, mais j’ai trop mal pour verbaliser mes émotions. Le SageFemme me propose un toucher vaginal pour vérifier l’avancée du travail : le col est ouvert à 4. Cette période de l’accouchement est très confuse dans ma mémoire : je déraille complètement. Je me dis que je ne vais pas survivre, je pleure comme une enfant en m’accrochant à mon homme. Comme s’il pouvait prendre ma douleur, j’attrape la main du SageFemme pour la poser sur mon ventre
pendant une contraction, mais il la retire, visiblement embarrassé.
J’ai une sensation profonde, bestiale, de mort imminente. Ce n’est plus de la douleur, c’est de la souffrance, il n’y a aucune pause entre les contractions. Allongée sur le dos, les cuisses serrées l’une contre l’autre, je me tortille à chaque contraction comme pour la bloquer, la freiner, mais en vain. J’en arrache même ma perfusion à force de me tordre de douleur mon SageFemme me dit qu’il n’a jamais vu ça avant.
Quelque part, le fait que les hommes restent sereins autour de moi me permet malgré tout de garder un contact avec la réalité. On essaie le masque de gaz relaxant, mais c’est pire, car je me sens étouffée en dessous. Le SageFemme
et mon homme me préviennent qu’ils vont sortir un instant. Mon homme me racontera lui avoir demandé s’il était normal que j’ai aussi mal, car il commençait à avoir peur pour moi. Ce moment de solitude est douloureux mais bénéfique : je suis profondément désespérée de ne pas être comprise et aidée, mais je comprends que je vais devoir lutter seule et que je dois trouver par moimême ce qui peut me soulager.
Le SageFemme me fait un nouveau toucher vaginal : le col est ouvert à 6. Il me propose de percer la poche des eaux : cela risque d’être plus intense ensuite, mais aussi d’accélérer considérablement l’avancée du travail, selon lui. J’accepte car j’ai envie d’en finir. Il perce la poche des eaux : j’ai un fou rire en sentant toute cette eau chaude jaillir hors de moi, c’est inattendu, cela me soulage d’un poids ! Nous rions un peu, l’atmosphère redevient plus sereine,
plus confortable. Le SageFemme me propose de m’asseoir en tailleur et installe une barre au dessus du lit de façon à ce que je puisse m’y accrocher au moment des contractions. Il me rappelle de me recentrer sur ma respiration et me propose de pousser sur la barre au moment de l’expiration. Sur un poste radio, il met la musique que nous utilisions pendant les séances de sophrologie : c’est rassurant même si j’en fais très vite abstraction, comme tous les sons
environnants. Dans le brouillard, j’entends la voix de mon SageFemme, cette parole isolée en réponse à mon homme inquiet : “Maintenant, elle est dans sa bulle.”
Je me concentre entièrement sur ma respiration, je la visualise et l’accompagne. Curieusement, la douleur des contractions a disparue : elle est remplacée par une puissante envie de pousser !
En fait, mon corps pousse tout seul, sans que je puisse maîtriser cet effort. Mon utérus est maître de la situation. C’est une sensation qui n’a jamais été mentionnée en cours de préparation à l’accouchement. Je suis soulagée de ne plus avoir mal, de ne plus être dans la douleur vive, mais cette sensation de poussée me déroute et me fait peur. C’est si dur de lâcher le contrôle quand on ne se sent pas parfaitement en confiance et sécurisée… Je ne peux pas.
Je voudrais, mais je ne peux pas. J’aurais tellement besoin d’être dans mon cocon familier, sentir l’odeur de mes draps, de mon homme contre moi, pour pouvoir enfin lâcher prise… Mais ici, de cette façon là, je ne peux pas.
Je signale à mon SageFemme que “ça pousse”. Il me répond simplement de laisser aller. Alors que j’aurais besoin d’être accompagnée, je me sens à nouveau piégée dans mon corps, seule. Malgré moi, je vais lutter contre cette poussée. Entre chaque contraction, je somnole sans m’en apercevoir. Je suis épuisée. Quand la poussée arrive, je suis incapable de la laisser aller. J’ai beau essayer de faire le vide dans mon esprit, mon bassin se bloque et je me retiens. Tous mes muscles tremblent dans cet effort. Je pourrais rester ainsi indéfiniment, suspendue dans le temps, dans les âges, entre deux états, entre deux étapes.
Subitement, j’entends la voix de mon SageFemme, anxieuse : “Bon, il faut y aller.”
J’ouvre les yeux. J’ai la sensation de me réveiller d’une très longue sieste : dehors, il fait nuit ! Je ne comprends pas. La sensation de poussée à disparue. Le SageFemme m’explique que le coeur de mon bébé commence à ralentir et qu’il va falloir pousser pour la faire sortir rapidement, tout en braquant sur mon corps l’énorme projecteur accroché au plafond. Je le vois préparer du matériel et enfiler un masque.
Je ne comprends plus rien. Je ne comprends pas comment j’en suis arrivée là, alors qu’il y a si peu de temps j’étais transpercée par cette poussée si puissante. Pourquoi est-ce qu’il ne m’a pas encouragée à pousser à ce moment là ? Pourquoi m’avoir laisser m’épuiser ainsi dans mes contractions, au point de m’endormir, alors que j’avais juste besoin qu’on m’encourage et qu’on me guide ?
Je suis assise sur le lit, les cuisses ouvertes au maximum, presque accroupie. J’ai toujours des contractions, mais elles semblent ralenties, anesthésiées, endolories comme tout le reste de mon corps. Mon homme est à ma droite et me tient la main. Une Aidesoignante est à ma gauche. Elle demande au SageFemme : “Tu vas faire une (poussée) dirigée ?”. Je me sens impuissante, incapable. Je m’efforce de pousser tandis que l’Aidesoignante appuie sur mon ventre. Elle s’excuse de me faire mal car elle y met vraiment toute sa force : je me souviens lui esquisser un sourire et lui répondre quelque chose comme “au point où j’en suis”.
Mais je n’arrive pas à pousser correctement. Mon corps m’échappe une nouvelle fois, traître. J’ai du mal à rassembler mes forces et à comprendre comment je dois pousser, maintenant que la sensation de poussée naturelle a disparue. Le SageFemme me dit qu’il va faire une anesthésie locale et, sans même me demander mon avis, enfonce une aiguille d’une taille considérable dans mon aine pour injecter le produit. C’est extrêmement douloureux. Mais pourquoi une
anesthésie maintenant ? Je n’avais pas mal ! Il semble confus de ma réaction et bredouille que maintenant, il est bien obligé de faire l’autre côté… J’en pleure de douleur tandis qu’il pique à nouveau. C’est complètement inutile.
Je pousse encore, mais cette anesthésie locale m’empêche de sentir correctement ce que je fais. Déjà que je n’ai plus envie de pousser depuis un moment, ça devient très compliqué… Le SageFemme me menace : si je n’y arrive pas toute seule, il faudra faire venir le Gynécologue.
Je balbutie en pleurant que je ne comprends pas comment je dois pousser. Finalement, je ne sais trop comment, je parviens à faire émerger la tête chevelue de mon bébé : je vois son reflet dans le carrelage du mur. Mon conjoint va jeter un coup d’oeil ému puis revient vite me tenir la main pour m’encourager. Cette vision furtive me donne la force de la sortir complètement à la poussée suivante.
J’ouvre les yeux le temps de voir ma fille, un peu violette, passer au dessus de mon corps sans s’y poser. Je crois lui avoir dit “Je t’aime”. Le SageFemme et l’AideSoignante partent immédiatement avec elle dans la salle adjacente. Mon homme me regarde avec inquiétude. Je crie : “Vas avec elle !” et il disparaît lui aussi. Cet instant de solitude semble durer une éternité.
Ma fille qui ne pleure pas, mon corps douloureux, vide, écartelé. Par respect pour elle, je ne pleure pas non plus jusqu’à ce que son premier cri me parvienne enfin. Alors les larmes coulent toutes seules. Ma tête est vide, je ne pense plus. Je suis seule. Je suis vide. Je voudrais mes amours près de moi, ma fille, mon homme. L’AideSoignante
passe à côté de mon lit. Je lui demande si tout va bien pour ma fille, et elle me répond avec surprise que oui, bien sûr, qu’elle avait juste besoin qu’on la stimule un peu car elle était fatiguée, mais que tout va bien maintenant. Puis elle me félicite, me souhaite une bonne nuit et s’éclipse.
Le SageFemme revient avec ma fille dans les bras : il propose à mon homme de la prendre en peau à peau pendant qu’il me fait quelques soins. Il appuie sur mon ventre, c’est désagréable, et me demande de pousser pour voir : le placenta sort d’un coup. Le SageFemme nous demande si on veut le voir : on jette un coup d’oeil, mais ça ne nous passionne pas autant que lui. Il m’ausculte. J’ai deux déchirures, sur la lèvre et à l’entrée du vagin, mais le périnée est intact. Il va me recoudre à vif : je suppose qu’il ne peut pas faire une nouvelle anesthésie locale aussi rapidement après la première, bien qu’elle ne fasse absolument pas effet. Je sens tout. C’est insupportable. Il minimise ma douleur sur le ton de l’humour.
Je ne lâche pas des yeux ma fille, blottie nue contre le torse de son Papa, dans une couverture chaude. Cette vision merveilleuse me permet d’endurer en silence la douleur. Ils partagent ces premiers instants et cela me réconforte de savoir qu’ils vont bien, qu’ils sont ensemble, qu’ils se câlinent.
La “couture” est longue et douloureuse. Je n’en peux plus, je suis toujours dans la position où j’ai accouché et mes cuisses tremblent comme des feuilles mortes. Je me sens partir, je suis comme shootée, j’ai de gros vertiges. Je le signale à mon SageFemme qui ne semble pas s’en affoler et termine son travail. Mon homme est impatient de me présenter ma fille et me la dépose dans les bras : son corps chaud contre le mien me fait un bien infini. Elle se met rapidement à gémir et à se tortiller : je lui propose spontanément le sein, qu’elle atrappe facilement pour une
première tétée. Je devrais déborder de bonheur, mais je me sens anesthésiée, vidée. Je contemple ma magnifique petite fille sans parvenir à ressentir quoi que ce soit d’autre que mon épuisement et ma douleur.
Notre SageFemme nous laisse un moment seuls et nous profitons de cette tendre intimité à trois. Je me sens dissociée de mon corps, toujours ivre. Je suppose que cet état second, qui se poursuivra toute la nuit, est un effet des médicaments qui m’ont été injectés. Lorsque le SageFemme revient, ma fille est toujours au sein : j’aurais apprécié qu’il vérifie ma position d’allaitement, mais je n’ai pas le temps de lui demander, car il nous signale qu’il faut monter en chambre. Mon conjoint habille ma fille car je suis trop épuisée pour le faire. Le SageFemme
me nettoie, me met une protection hygiénique et m’aide à m’installer dans le fauteuil roulant. Je ne tiens plus sur mes jambes. Mon homme me dépose ma fille toute emmitouflée dans les bras. La tenir serrée contre moi est déjà un effort physique considérable, dans l’état où je me trouve. Mon homme nous embrasse une dernière fois avant de partir : il n’a pas le droit de passer la nuit avec nous. Je suis installée dans une chambre double. La mère qui est allongée dans le lit à côté du mien dort profondément, elle n’a pas son bébé avec elle. La sonnette destinée à alerter le personnel médical est accrochée dans son lit : il n’y en a qu’une pour nous deux.
Je m’installe seule, maladroitement, avec ma fille dans mon lit car elle a toujours envie de téter.
J’ai très mal au sexe et je sens que je saigne. J’ai des vertiges, des frissons, je tremble. J’ai froid et je me sens toujours shootée : j’ai des pertes d’équilibres et la vue brouillée. Je voudrais me lever pour aller aux toilettes car j’ai envie d’uriner et que j’ai besoin de vérifier mes saignements, mais je ne peux pas me lever seule. Je ne peux pas non plus appeler quelqu’un pour m’aider, puisque la sonnette est inaccessible.
Je vais donc rester ainsi de longues heures. J’essaie de trouver une position confortable pour allaiter et somnoler en même temps. En plein milieu de la nuit, une infirmière entre dans la chambre. Elle vient vérifier quelque chose concernant ma voisine. Je lui demande si elle peut m’aider à aller aux toilettes : elle me répond sèchement que puisque je n’ai pas pris la péridurale, je peux me lever seule. Je lui explique que j’ai très mal et des vertiges importants, mais elle fait mine de ne pas m’entendre. Je me débrouille pour aller seule jusqu’aux toilettes mais je dois
faire plusieurs pauses en chemin car je suis au bord du malaise. La seule réaction de l’infirmière devant mon état sera de m’ordonner de laisser la porte des toilettes ouverte au cas où je m’évanouirais.
Je lui demande si elle peut me procurer d’autres protections hygiéniques, car je saigne très abondamment et les miennes ne sont pas suffisantes : elle rechigne. Elle ne m’en apportera pas de la nuit. Uriner provoque une douleur extrême à cause de la suture récente et je ne sais pas si c’est normal. Lorsque je regagne mon lit, l’infirmière est déjà partie.
J’apprendrais plus tard que le personnel médical de l’établissement est très réticent à acceuillir les mères qui accouchent en plateau technique : en effet, tous seront ignorants, froids et même dédaigneux avec nous. Notre SageFemme nous dira sur le ton de la blague qu’à notre arrivée,
l’équipe soignante a parié avec lui sur le fait que je réclamerais une péridurale et sur l’heure de mon accouchement; et que nous avons “gagné”. Je préfère ne pas rapporter en détails l’attitude du personnel à mon égard : pour simplifier les choses, lorsque je n’ai pas été tout bonnement ignorée, j’ai reçu des critiques et des remarques infantilisantes et moqueuses.
Ainsi, on ne viendra se préoccuper de moi que le lendemain en début d’après-midi: auscultée par une infirmière, j’apprends que j’ai deux hématomes importants aux aines et le sexe tuméfié, ce qui explique mes intenses douleurs. Elle est très étonnée de découvrir qu’on ne m’a pas donné d’antalgique. Je souffre également de crevasses aux seins car personne ne s’est soucié de savoir comment se passait mon allaitement. Plus grave : personne ne s’est préoccupé de savoir comment se portait ma fille, pendant tout ce temps…
Le lendemain, mon homme me trouve dans un état d’épuisement avancé. Je n’ai pas dormi et je n’ai toujours pas reçu le moindre antalgique. Notre SageFemme fait un passage éclair dans la chambre pour vérifier mes saignements et mes sutures : il semble nerveux et confus devant le récit de ma nuit. Il insiste pour me prescrire une contraception hormonale alors qu’il n’y a aucune urgence, et ne se préoccupe pas de savoir si mon allaitement se déroule bien. Il nous dit être très occupé et ne pas pouvoir rester plus longtemps, nous nous verrons demain, lors du suivi à domicile que nous avons organisé.
En effet, nous avions prévu une sortie précoce, mais les transmissions n’ont pas été faites correctement au sein de l’équipe médicale et nous devons attendre de longues heures la visite du pédiatre avant de pouvoir quitter l’établissement. Nous apprenons, lors de cet examen, que les prélèvements faits sur notre bébé afin de vérifier qu’il n’a pas été infecté par le Streptocoque B, ont été perdus dans la nuit. Notre fille subit donc une seconde fois ce geste invasif. Nous devrions théoriquement attendre les résultats d’analyse avant de quitter l’hôpital, mais c’est tout à fait hors de question pour nous. Nous signons une décharge et nous partons aussi rapidement que possible. Je veux retrouver mon cocon, ma maison, mes repères, et pouvoir enfin dormir et être aidée par mon homme. Je veux pouvoir être suffisamment à l’aise et sécure pour enfin prendre le temps de tisser ma relation avec mon bébé, car jusqu’à ce que nous soyons rentrés chez nous, je serais trop mal physiquement et psychiquement pour investir ce lien autrement qu’en répondant à ses besoins primaires.
J’ai accouché il y a 18 mois.
Je peux enfin faire le récit de cette naissance sans être envahie par des émotions négatives, même si j’ai encore besoin de travailler sur ce traumatisme qu’à constitué l’accouchement pour le surpasser définitivement. J’allaite toujours ma fille aujourd’hui, et cet allaitement plein de douceur et de tendresse est une victoire, car à aucun moment je n’ai été conseillée ou guidée malgré mes difficultés de démarrage.
Nous ne savons pas encore quand nous aurons un deuxième enfant, mais une chose est sûre, c’est qu’il viendra au monde chez nous. Je n’aurais jamais pensé adopter un point de vue aussi extrême avant de vivre cette expérience, mais si aucune SageFemme ne peut nous accompagner dans un projet d’accouchement à domicile, nous nous débrouillerons seuls, pour éviter d’avoir à revivre ces évènements.

#333 Naissance de Nora et Jean, dans l’Ain en France, 2005

2 Fév

(Tous les noms et prénoms ont été modifiés.)

Pour mon premier enfant, je n’ai pas pensé une seconde qu’il pouvait en être autrement que d’accoucher à la maternité, avec péridurale (pourquoi souffrir alors qu’on peut accoucher sans douleur ?).

Je suis sortie ravie, avec une jolie petite fille. Ce n’est que quelques mois plus tard que j’ai commencé à cogiter sur la naissance de ma fille : pas si idyllique que cela finalement. Je ne savais pas pousser tant la péridurale était forte, Ernestine est restée coincée et une puéricultrice est montée sur mon ventre pour pousser et l’aider à sortir car elle était coincée plus ou moins. Pour ma deuxième grossesse donc, j’ai envisagé un accouchement à domicile (AAD) et j’ai pris contact avec une sage-femme de ma région pour un suivi.

Le 21 juin, date de la première écho, le gynéco me confirme ce que je sentais depuis une semaine : j’attends des jumeaux ! Après la surprise, j’en informe la sage-femme qui accepte de me suivre malgré la présence de 2 bébés.

Je choisis de voir aussi régulièrement le Docteur Yves (gynéco) pour préparer le terrain en cas d’accouchement à la maternité, car si je dois mettre mes enfants au monde en milieu hospitalier, je veux que ce soit le plus naturellement possible. C’est alors que commence le parcours du combattant : il faut savoir que de nos jours, attendre des jumeaux est une maladie. Je n’ai que 30 ans, mais je suis cataloguée grossesse à risque. Le gynéco me prédit outre la prématurité de mes bébés, la césarienne bien entendu, parce que les jumeaux, c’est plus sûr qu’ils naissent par césa.

Les semaines passent, le premier jumeau est en siège, et l’autre en tête. C’est donc la césarienne obligatoire d’après le corps médical. A chaque visite mensuelle je répète que je veux accoucher chez moi si les bébés se positionnent tous les deux en tête et je passe pour une dingue. Mon médecin pense même que je fais partie d’une secte. Pour moi une césarienne serait un drame, car ayant été totalement passive pour mon premier accouchement, je serais de nouveau dépossédée du deuxième. De plus, étant née par césarienne, j’ai vécu le traumatisme d’être séparée de ma mère dès la naissance (suite à des complications) et l’idée de revivre cela en tant que mère me terrifie.

Pendant cinq mois je vais me battre pour ne pas subir de césarienne médico-légale, c’est à dire une césarienne qui ne soit justifiée que par la peur des praticiens de se retrouver devant les tribunaux en cas de problème lors d’un accouchement par voie basse. Je répète inlassablement au Docteur Yves que je ne m’opposerai pas à une césarienne dans le cas où le danger est réel tant pour moi que pour les enfants mais que je la refuse dans tous les autres cas. Ce médecin fait encore des accouchements par siège alors je lui réaffirme que je suis partante. C’est alors qu’il me sort l’argument du « coinçage des têtes » des jumeaux. Le premier en siège, en sortant, pourrait se coincer avec son menton contre le menton du deuxième en tête et c’est la mort assurée pour l’un ou les deux jumeaux. Je lui demande si c’est arrivé souvent mais il ne peut me répondre puisque depuis longtemps, quand ils sont dans cette position, les bébés naissent par césarienne, donc il n’existe pas de chiffres…

Je me renseigne sur ce fameux coinçage des têtes et il s’avère en fait que c’est extrêmement rare, et quasiment exclusivement dans le cas de jumeaux dans la même poche – les miens sont dans deux poches différentes. Le mois suivant, je lui fais part de mes lectures et il en convient. Mais il n’est toujours pas décidé à m’accoucher et me conseille de chercher un autre médecin qui accepterait de ne pas me faire de césa. Pour lui c’est tout vu, il faut programmer une césarienne. Les larmes coulent toutes seules, je lui demande alors si au moins je peux laisser mes bébés décider du jour de leur naissance. Il fait la moue, arguant que les césariennes en urgence (comprenez : césarienne non programmée, c’est à dire une opération qui risque de le tirer du lit à 3h du matin ou un dimanche ou le jour de Noël) sont stressantes pour la mère et pour l’équipe. Je lui dis que je ne présenterai pas au rendez-vous pour accoucher. Il convient donc avec moi que les bébés arriveront quand ce sera le moment pour eux. Je demande à ce que mon compagnon soit présent et là de nouveau refus, à cause des microbes (la belle affaire, mes enfants connaissent bien les germes de leur père, mais bien moins ceux du personnel hospitalier) et j’essuie un NON catégorique. Je prends rendez-vous avec un médecin réputé de Grenoble, réputé pour être ouvert et moins protocolaire. Dans le même temps, j’envoie un courriel au Docteur Gaston sur les conseils d’une sage-femme qui travaille avec lui et me le décrit comme très à l’écoute des mamans. Celui-ci nous reçoit, mon compagnon et moi, très rapidement. Il nous écoutera longuement et se montrera bienveillant. Ce sera le premier praticien à entendre vraiment ce qui nous préoccupe. Il finira par accepter que j’accouche par voie basse avec lui et comme il travaille avec le docteur Yves (le gynéco qui me suit), il m’assure qu’il l’appellera pour le convaincre d’accepter aussi sur le principe. Cependant il me dit bien clairement que tout dépend de l’équipe médicale et que selon celle qui est présente le jour J, ce peut être aussi la césarienne d’office.

Quelques jours plus tard je retourne voir mon gynéco qui me sourit car il a reçu l’appel du Docteur Gaston et il accepte enfin de marquer sur mon dossier « pas de césarienne prophylactique, à la demande de la patiente ». Je lui dis que je ne veux pas de péridurale, pas d’ocytocine, pas de perfusions, que je veux pouvoir déambuler, pas de monitorage en continu. Il me persuade d’accepter la pose d’un cathéter dans le bras et dans le dos, au cas où il faille intervenir rapidement sur le 2e jumeau, pour éviter de faire une anesthésie générale en cas de césarienne inopinée. Je le rassure (il en a besoin !) sur mon intention de me rendre à la maternité dès les premiers signes de travail, pour ne pas les mettre devant le fait accompli, genre un bébé entre les jambes pour éviter la césarienne. Je suis enceinte de 36 semaines et le danger de prématurité est écarté. Il me demande de venir à la maternité pour un contrôle de routine à 38 semaines. J’obtempère, car les bébés n’ont toujours pas changé de position (malgré les moxas, les tisanes, le yoga, l’acupuncteur) et je ne voudrais pas me mettre à dos ce médecin qui me permet théoriquement d’accoucher. La séance de monitorage est un supplice, il y a belle lurette que je ne dors plus sur le dos et l’on me demande de rester dans cette position inconfortable plus d’une heure (enregistrer le coeur de deux bébés, ce n’est pas facile, ils bougent tout le temps et moi aussi car j’ai des contractions dues à la position). Et l’on me dit que je dois revenir le vendredi pour une hospitalisation. Comprenez, je suis à 38+3 et le terme théorique des jumeaux est à 38 semaines, au delà il y a danger… Je leur fais savoir que je ne me présenterai pas à la maternité car je ne suis pas malade et qu’ils ne vont quand même pas envoyer les gendarmes pour venir me chercher…

Je consens à me déplacer tous les jours pour qu’ils fassent leurs examens (à ce que je sache, on ne fait pas de monito la nuit, je n’ai donc aucune raison de rester le soir). Une jeune sage-femme me fait un toucher vaginal très douloureux en me disant que c’est normal (j’ai été bête car quel est l’intérêt de savoir où en est le col à 38 semaines, puisque l’issue est connue : la naissance). J’apprendrai par la suite que cette sage-femme a fait un décollement de membranes, il arrive que dans cette maternité on déclenche les mamans récalcitrantes sans leur avis.

Le 16 décembre, pleine lune, 3h30. Je perds les eaux dans mon lit où je dors avec mon aînée Ernestine. (il y a quelques semaines que j’ai demandé à mon compagnon de dormir dans une autre chambre car il me réveille sans cesse en ronflant, et c’est déjà très difficile pour moi de dormir avec deux bébés presque à terme qui bougent tout le temps, le mal de dos…). Je prépare mes affaires et j’appelle la maternité pour savoir si je dois vraiment venir tout de suite car je n’ai aucune contraction. La sage-femme de garde qui prend mon appel me demande si c’est moi qui veut accoucher bio ! Elle me propose de venir avec ma fille car il y a une chambre de libre où elle pourra continuer de dormir.

4h30, arrivée à la maternité. Toujours pas de contractions, je suis examinée, le liquide amniotique est de la bonne couleur et limpide à souhait. Je me rends dans la salle de travail où l’on me branche au monito. Je demande à rester assise et Bonnie (la sage-femme) est d’accord. Elle appelle le médecin de garde qui n’est pas mon gynéco. Celle-ci m’apparaît très agressive, elle veut que je m’allonge sur le dos, me dit que je vais accoucher au bloc. Je lui répond qu’il y a des trucs inscrit sur mon dossier. Elle rétorque que je suis sous sa responsabilité et que c’est elle qui décide. Je lui dis que je ne veux pas de monito en continu, ce n’est pas obligatoire et que je veux pouvoir déambuler ; elle est visiblement très agacée. Elle me dit que je verrai avec l’anesthésiste, qui ne sera sûrement pas d’accord (en fait il s’en fiche un peu, vu qu’il ne pose qu’un cathéter de péridurale et sans produit). D’ailleurs il se marre devant une vision insolite pour lui : une femme avec un cathéter sans péridurale qui gère ses contractions sur un ballon, c’est du jamais vu. Bonnie m’informe que le médecin est en train d’appeler mon gynéco parce que je suis pénible et de toute façon il prend sa garde à 7h. Par la même occasion elle installe une perfusion car même si je n’ai pas de péridurale pour l’instant, il faut que je soit hydratée au cas où. Je me sens un peu perdue, je ne contrôle pas vraiment ce qui m’arrive.

Je charge Hervé d’appeler mon amie sage-femme qui travaille dans cette maternité et qui m’a assurée qu’elle se déplacerait de nuit comme de jour pour être là avec moi (bien qu’elle soit enceinte, je la remercie encore). Elle aussi prend sa garde à 7h, tout se profile mieux désormais. Lorsque le Docteur Yves arrive, il n’est pas content car j’ai aussi refusé l’ocytocine et il me reproche de ne pas avoir obéi au médecin de garde. Il discute avec l’anesthésiste et je les entends dire que ça va être long (je suis dilatée à 2 cm depuis que je suis arrivée et ça stagne), qu’ils ont une opération à 11h (comprenez une césarienne programmée) et qu’il faudrait que j’aie accouché avant sinon ça va être compliqué. Je me sens misérable, car j’ai l’impression que je ne fais pas les choses comme il faut, que je ne dilate pas assez vite. L’anesthésiste m’envoie une dose test de péridurale et je ne sens plus mes contractions, je pleure et je dis à Hervé que je me suis fait rouler. Heureusement, quelques 45mn plus tard, tout redevient normal. 7h15, mon gynéco me fait du chantage : soit c’est la césarienne, soit c’est l’ocytocine car je ne dilate pas assez vite. La mort dans l’âme, j’accepte la perfusion. Un quart d’heure plus tard, les contractions se rapprochent et se font plus douloureuses. Cependant, je reste sur le ballon, et à chaque vague je respire très fort, j’aide mes bébés comme me l’a conseillé mon amie Véronika et la dilatation se passe tranquillement ainsi. J’ai très peu dormi et je m’assoupis presque entre deux contractions. Fab, mon amie sage-femme, me donne à boire lorsque je lui fais part de ma grande soif. 9h25. J’appelle la nounou d’Ernestine pour savoir comment ça s’est passé avec elle (Hervé l’y a conduite vers 5h30) et je raccroche avec l’arrivée d’une nouvelle vague. Hervé sort pour aller se restaurer rapidement et là une grande douleur me submerge, je préviens Fab que le bébé descend. Elle m’ausculte et me dit qu’elle sent les pieds (ce sont en fait les fesses) de ma fille. Je reste sur le côté, elle me tient la main, je n’ai confiance qu’en elle et son amie Anna qui est là aussi.

Le Docteur Yves revient, une puéricultrice me demande entre deux de mes cris si sa stagiaire peut assister à l’accouchement (j’opine du chef). Ensuite c’est un peu flou ; je m’entends crier des sons tantôt très graves – tantôt très aigus, en tout cas ça vient de loin. J’ai la sensation d’être terriblement animale. Hervé revient et panique un peu ; il me propose de prendre la péridurale mais je refuse. Il est mon rocher, je lui enfonce mes doigts dans la peau des mains tant la douleur est intense. Lorsque Nora s’engage, le gynéco me demande (m’ordonne) de me mettre sur le dos car « pour un siège, c’est sur le dos ». J’obtempère. Il me demande de cesser de crier : je rigole. Je sens un drôle de truc lorsque ma fille sort et je lui demande si j’ai été déchirée ; il me rétorque qu’il a fait une épisiotomie car « pour les sièges, c’est une épisio ». On me la tend pour que je l’embrasse et on me la prend. Le docteur Yves trafique dans mon corps et je lui demande ce qu’il fait : il perce la poche des eaux pour que ça aille vite, il craint que le 2ème se retourne. C’est ainsi que Jean sort 4 mn après sa soeur, tout violet. J’ai à peine le temps de le voir qu’il est emmené à son tour. Les hormones font leur effet, je suis KO, on me ramène d’abord ma fille puis mon fils, c’est très étrange d’en avoir deux, pas assez de place, pas assez de bras. Pendant que le docteur me recoud, je lui demande combien de jours je suis obligée de rester à la maternité. Il secoue la tête en marmonnant : « Mais qu’elle est chiante celle là »… Je ne sais pas ce qu’ils ont fait à mes enfants, s’ils ont été aspirés ou non, je regrette de n’avoir pas eu la force de gérer ça. Les trois jours qui suivent, on me demande de prévenir les puéricultrices pour qu’elles mesurent le dextro des bébés puisqu’ils pèsent moins de 2,5kg chacun. En plus clair, on leur coupe le pied toutes les 2 tétées pour prendre une goutte de sang. Autant dire que je ne les ai jamais appelées. J’ai échappé à la césarienne, le gynéco était très tendu pour cet accouchement mais heureux visiblement d’avoir eu l’occasion de pratiquer son métier d’une façon plus physiologique. Après coup, je me réjouis toujours d’avoir eu la possibilité d’accoucher par voie basse mais je reste persuadée que c’était bien trop médicalisé.

Le docteur Gaston viendra me voir tous les jours pendant près d’une heure durant mon court séjour à la maternité — j’ai pu sortir au bout de 3 jours. Juste pour parler, discuter de cette naissance. J’ai su ensuite que mon cas avait donné lieu à de nombreuses discussions dans les deux maternités concernées — celle où j’ai accouché, et celle dont le docteur Gaston est chef de service. Je sais aussi que mon gynécologue a deux mois plus tard accepté un accouchement par voies basses pour une maman de jumeaux en tête – siège, c’est lui-même qui me l’a dit.

Marion.

#314 Premier accouchement – Haute Garonne – 2011

4 Déc

Bonjour,

J’ai accouché en 2011 de mon premier enfant dans un hôpital universitaire de la haute-garonne (France). Tout au long de ma grossesse je n’ai pas su trouver les personnes qualifiées pour m’accompagner. A vrai dire je n’ai pas non plus trop cherché ! En fait je m’en suis totalement remise au corps médical pour suivre cette grossesse et me dire ce que je devais faire.
Aujourd’hui, avec le recul, je regrette mon choix, j’aurais du prendre les devant, c’était MA grossesse après tout ! Mais par peur de mal faire j’ai préféré faire confiance et suivre le cycle très classique d’une grossesse tout aussi classique.
J’ai eu une grossesse donc très facile. Aucun souci particulier à l’horizon. Et pourtant j’ai choisi de m’inscrire dans une maternité de niveau 3 pour mon accouchement, persuadée de bénéficier ainsi d’un suivi et d’une réactivité à toute épreuve en cas de problème.
Tout ce que j’ai trouvé c’est un personnel débordé, aucun suivi particulier, j’entends par là, une seule et même personne pour suivre mon dossier, histoire de me sentir un peu plus à l’aise. Mais non, à chaque rendez-vous, une personne différente, qui reprend mon dossier de A à Z.
Puis arrive le jour J, je perce la poche des eaux, j’appelle mon homme pour qu’il rentre. Pourtant je devrais accoucher 8 jours plus tard… Est ce que le rendez-vous avec la sage-femme hier y serait pour quelque chose ? Je comprendrais bien plus tard que celle-ci m’avait fait un décollement de membrane sans m’en avoir parlé. Je comprendrais bien plus tard d’où venaient ces douleurs.
Nous voilà donc sur la route pour la maternité. Là bas je suis prise en charge rapidement, contrôle monito, TV etc. C’est sûr, je vais bientôt accoucher.
36h plus tard !
Alors oui pour un premier ça parait normal, le travail est long, mais pas dans ces conditions. JE me suis retrouvée installée dans une chambre double avec très peu d’intimité. Mon homme n’a pas eu le droit de rester passer la nuit avec moi. J’ai donc du subir mon travail seule, aux côtés d’une jeune femme allemande elle aussi seule…
En pleine nuit, épuisée, j’appelle quelqu’un pour savoir où j’en suis, on me demande de changer de lieu pour l’examen [très facile quand les contractions sont là hein !]. La femme qui me prend en charge n’est pas des plus tendre et me répond de manière plutôt sèche. Alors oui je veux bien qu’elle sache ce que c’est d’accoucher, qu’elle ait vu beaucoup de futures mères, n’empêche que moi c’était ma première fois et j’étais effrayée, sans repère aucun.
Le reste de la nuit ne fut pas mieux, j’ai eu droit à une dose de calmant pour tenter de me reposer un peu.
Le lendemain, les choses progressent et j’ai le droit d’aller en salle d’accouchement !
Salle dans laquelle je resterais plusieurs heures, bloquée dans mon lit par la péridurale.
Par manque d’information, par peur de mal gérer la douleur, j’ai demandé la péridurale. Celle-ci a ralenti considérablement le travail, elle avait dévié, j’avais donc une jambe totalement morte et enflée et l’autre qui était bien dosée.
Pompom sur la cerise, voilà que je fais un malaise ! bah oui plus de 24h sans boire ni manger avec les douleurs et la nuit très courte et une dose de péri ça n’aide pas. Oui je n’ai pas eu le droit ni de boire, ni de manger « au cas où » il faudrait m’envoyer au bloc… Je me demande encore pourquoi je n’ai pas insisté pour avoir quelque chose.
Heureusement pour moi, la poussée s’est bien passée et tout s’est bien terminé.
Si je devais faire ma liste de regrets, je regrette de ne pas avoir eu la tétée de bienvenue, je regrette de ne pas avoir pu gérer mon travail tout en étant mobile (avec du matériel et un personnel adapté), je regrette d’avoir demandé la péri, je regrette de ne pas avoir pu choisir ma position pour accoucher, je regrette de ne pas m’être sentie à l’aise dans ce si grand moment d’intimité.
S’en est suivi une aide pour la mise au sein catastrophique, avec une sage-femme de la vieille école me conseillant de lui donner un peu de biberon si jamais je n’arrivais pas à l’allaiter, à peine 2h après l’accouchement…
Pour mon second enfant, je sais ce que je ferais et surtout ce que je ne ferais pas. J’ai vu qu’une maison de naissance ouvrait ses portes en début d’année prochaine. J’espère vraiment pouvoir en bénéficier !

Supamam !

Merci pour votre travail !

#300 Hélène – Avril 2006 – Ille et Vilaine

7 Nov

Ici commence ma douleur, le récit de mon accouchement

Je vais tenter de rembobiner une partie de ma vie qui d’habitude me fait souffrir une fois l’an. J’accepte aujourd’hui de m’y replonger afin d’apporter une pierre à l’édifice et faire comprendre qu’il est temps, grands temps de respecter les femmes lors de leur accouchement.

Je peux pas vraiment dire le jour où tout a basculé. Parce qu’en réalité, le recul m’a permi de voir que tout a commencé quelques jours auparavant. Évidemment, ou heureusement, certaines dates m’échappent. Disons que cela c’est déclenché à la 36ème semaine d’aménorrhée, à la fin de mon cours de préparation à l’accouchement quand j’ai fait par de ma prise de poids fulgurante ( 5 kilos en 3 jours), la sage femme m’a prise la tension. Je ne me souviens plus exactement quelle en était la mesure mais j’en avais suffisamment pour qu’elle m’envoie en surveillance à la maternité.
J’ai donc eu une première surveillance, avec monitoring et tensiomètre pendant quelques heures. La tension s’est calmée, on m’a laissé repartir avec une prescription de bandelettes urinaire, sans plus d’explication. Je devais vérifier régulièrement qu’il n’y ait pas d’albumine dans mes urines. Déjà là j’aurais aimer qu’on me dise ce qu’on vérifiait, je le savais très bien, je suis une patiente qui s’informe beaucoup, mais j’aurais souhaité qu’on me le dise. « Madame, on vérifie la présence d’albumine pour écarter l’hypothèse d’une toxémie gravidique ».
J’ai donc vérifié souvent mes urines, les bandelettes restaient correctes juste les leucocytes qui réagissaient un peu par moment, mais la sage femme m’a expliqué que c’était normal et que la réaction sur la bandelette restait très faible, vraiment pas de quoi s’inquiéter. Je vérifiais également ma tension, tension + albumine, c’est les signes précurseurs de la toxémie gravidique, je restais très vigilante.
Le lundi 3 avril 2006 au soir j’ai refait de la tension, on part avec mon mari à la maternité. Je reste sous surveillance monitoring+tensiomètre jusqu’à 23heures, puis je suis prise en consultation par le gynéco de garde. Là comme à leur habitude, j’ai le droit à un énième touché vaginal pour vérifier l’évolution du col. Il me fait un mal de chien, j’encaisse la douleur sans rien dire, me disant qu’il fait preuve de moins de délicatesse que mon gynéco habituel. Je sors de la consultation, j’ai mal, je dois rentrer, j’ai 30 km à faire en voiture, il est préférable que j’aille au toilette avant. Là je découvre que je saigne, au moment où je sors dans le couloir je croise le gynéco de garde, je lui en fais part avec inquiétude. Il me dis de ne pas m’en faire et de rentrer chez moi et conclut curieusement cet entretien en me disant «  peut être à toute à l’heure ! ». Mon mari et moi en restons étonner se disant que s’était quand même prématuré pour accoucher, mon terme étant pour le 28 avril 2006.
Le lendemain matin, mardi 4 avril, j’avais mon rdv du 9ème mois avec mon gynéco habituel, la route a été éprouvante, j’avais passé une mauvaise nuit, et j’ai eu mal au bas ventre tout le long de la route sans pour autant y identifier des contractions. Arrivée à la maternité, j’appelle ma meilleure amie qui habite à deux pas, je lui demande qu’elle me ramène chez moi à l’issue de mon rdv je sens que j’en aurai pas la force.
Il est pas loin de 10 h quand le gynéco me prend en consultation, il me prend ma tension qui est bonne, là il me fait encore un touché vaginal, je suis dilaté à 4, il me dit de passer dans l’autre bâtiment je suis en passe d’accoucher. Je réalise pas bien, je n’ai a proprement parler pas eu de contractions, j’ai des douleurs comme mes règles mais pas plus intense, je sors de ma consultation ma meilleure amie est là et m’attend dans la salle d’attente, je lui explique que je suis en train d’accoucher, elle croit que je la charrie. J’arrive donc dans le bâtiment adjacent celui des consultations, je m’annonce comme étant en train d’accoucher et sortant de mon rdv du 9ème mois. On m’installe dans une chambre, on me demande de récolter mes urines sur une bandelette, je sais maintenant les lire, les albumines restent muettes, ce qui me rassure. Le gynéco de garde me fait encore un touché vaginal, il me demande ce qu’est ce liquide que je perds. Je pense que c’est juste des fuites urinaires c’est courant en fin de grossesse, je porte un gros bébé, il appuie partout sur mes côtes et sur la vessie. Il me dit sur un ton condescendant que non ce n’est pas des fuites urinaires et voilà tout ce qu’il m’apprend et sort de la chambre. Je reste là telle une conne en me disant que j’ai une fissure de la poche des eaux, que c’est ce qu’il a sous entendu.
Mon mari arrive au moment où on me passe en salle de travail. Il prend le relais de mon amie qui restait jusqu’ici à mes cotés. Je suis semi allongée dans un lit avec le packaging regrettable d’un accouchement surmédicalisé. Je souhaitais pourtant un accouchement des plus naturels. On me pose un cathéter, sans m’expliquer à quoi servent les poches qui l’alimentent, je le regrette. Bien que je le sache déjà, j’aurais aimé que la sage femme fasse l’effort de m’expliquer ces gestes médicales alors même qu’un accouchement est un acte naturel, régit pas les lois de la nature où le corps médical de mon point de vue ne devrait intervenir qu’en cas de soucis.
On me laisse quelques temps avec la perfusion, le monito et le tensiomètre. Tout est normal, même le monito, j’ai bien des contractions mais le graphique montre clairement qu’elles sont de très faibles intensités. La sage-femme vérifie mon col, je suis dilaté à 6 il est un peu plus d’onze heure, du coup elle revient avec une longue aiguille et un bassinet. Elle me dit qu’elle va percer la poche des eaux. Là je commence à m’opposer, sans agressivité, je lui demande quelle nécessite de me la percer, elle va bien finir par rompre toute seule, sinon c’est que l’accouchement n’est pas pour maintenant. Elle insiste en me disant que cela va accélérer le travail. J’ai pas demandé à ce que ça aille plus vite, j’ai tout mon temps, je ne souffre pas de mes contractions. Elle persiste, prétextant une procédure habituelle, en me disant que l’anesthésiste va suivre. Bref, elle me perce la poche des eaux, je vois le liquide s’écouler, ça m’interpelle, je lui demande si c’est normal la couleur du liquide. Elle me réponds que oui, je me persuade que c’est elle la pro elle sait ce qu’elle fait. Mais le liquide amniotique est teinté marron. On persiste à me prendre pour une andouille, mais j’ai fait le choix de leur faire confiance et de me dire qu’ils savent ce qu’ils font, et je reste tout de même détendue. L’anesthésiste arrive, je lui dis que je ne souhaite pas de péridurale, que je ne vois pas l’intérêt, je ne souffre pas de mes contractions. La sage-femme est encore présente et soutient son collègue, je risque de beaucoup souffrir avec la poche des eaux percés les contractions sont plus douloureuses. Je reste septique, l’anesthésiste fini par me dire que les accouchements c’est pas comme au restaurant, c’est pas « à la carte ». J’abdique, alors que je connais mes capacités à encaisser la douleur, est-il si difficile que ça de respecter les choix des patients ? Il me pose sa péridurale, je suis consciente qu’il a galéré, pourtant j’ai prévenu lors du rdv anesthésiste que j’étais très sensible du dos à cause de ponctions lombaires pratiquées enfant sans anesthésie, mais l’ont-il seulement pris en compte, pris connaissance, noté sur mon dossier ?
La péridurale ne fait aucune différence, on attend, le travail s’est arrêté. Il est 16h maintenant. La sage-femme vient me voir. Elle me dit que si dans une heure la travail n’a pas avancé je passe en césarienne. Je suis surprise, pour un premier accouchement, on me laisse si peu de temps de travail, j’en ai lu des récits d’accouchement pendant ma grossesse. Je sais qu’un premier accouchement peut être très long, et là au bout de 6h de travail, on me passe au bloc. Je ne comprends pas, j’ai pas le temps d’acquiescer et qu’elle est déjà repartie. Les sentiments sont partagé, entre la sensation d’être une petite fille qu’on réprimande, « si t ‘as pas fait ton travail, on t’opère » et l’acceptation de devoir faire confiance au corps médical, se dire qu’ils ne font pas ça sans raison ? Oui mais alors pourquoi ? Une heure se passe, je conviens avec mon mari, que je veux qu’il suive notre enfant, pas question qu’il m’attende devant le bloc. Je veux que notre fils voit un de ses parents au moins.
Le travail n’a pas repris, finalement, ils m’ont laissé plus de temps, il est pas loin de 17h30 …
La sage-femme revient avec une tondeuse pour me couper les poils pubiens, elle n’y va pas en douceur, et elle me fait un mal de chien. Je réalise que ce n’est pas normal, mais là encore je n’ai pas le temps de lui dire, elle est déjà repartie. J’en fais part à mon mari, « c’est quand même pas normal de sentir le rasage avec une péri ? » Il essaye de me rassurer. On me passe sur un brancard, je demande la présence de mon mari dans le bloc, ils n’y voient aucune objection. Mon mari part se préparer. J’arrive au bloc, en scrutant la porte, j’ai froid, je claque des dents. On me badigeonne de bétadine. Ils respecte le protocole, sauf que la réponse n’est pas celle attendue :
« Madame, est ce que vous sentez du froid ?
Oui
A droite ou à gauche ?
Partout
Je lis sur leurs visages une certaine surprise. Ils s’affairent autour de moi, on me mets les bras en croix on me sangle les poignets, les jambes, le torse.
Ils commencent à basculer la table, dans le but de faire circuler le produit de la péridural, en vain. L’obstétricien demande une anesthésie générale que l’anesthésiste refuse. On ne me consulte pas je n’ai pas mon mot à dire, la sentence tombe : « on peut plus attendre, on doit commencer ».
Là, tout devient confus, heureusement la douleur trop fulgurante m’a laissé qu’un voile de souvenirs, juste de petites anecdotes. J’ai développé comme un syndrome de Stockholm vis à vis de mon bourreau, l’anesthésiste pourtant responsable de la mauvaise mise en place de ma péridurale, celui là même qui venait de refuser mon anesthésie générale est devenu mon point de repère, ma bouée de survie. Il me guide, me tend un masque pour m’aider à gérer la douleur, je me focalise sur lui parce que mon mari n’est pas là, je me reporte sur lui, le seul visage que je connais. Il me parle, me dit de respirer, car je suis plus capable de faire ça seule. Il doit s’absenter, comme il ne me dit plus de respirer j’ai arrêté de le faire. Une femme, une infirmière ? Me dit « respirez madame, respirez». C’est trop dure j’ai trop mal, ça dure trop longtemps. L’anesthésiste revient reprend sa liturgie : respirez, respirez, respirez … On vient de m’arracher les tripes, on m’interpelle, je tourne la tête, on me montre mon fils, je n’ai pas le temps de le voir, ni même l’honneur de le nommer. On m’a juste dis qu’il était très beau.
Je suis seule et vide, on est en train de me recoudre «  Arrêtez de bouger madame ! ». Cela semble durer une éternité, ça n’en était pas loin 1h30 de boucherie. Lorsqu’ils ont fini, je me mets à pleurer, l’anesthésiste me demande pourquoi ? POURQUOI !!
Quand je sors du bloc je suis mise en salle de réveil, le temps de me transférer dans ma chambre. Chambre qui n’aura pas été préparée pour une césarisée. Mon mari est là, semble soulagé, il n’a pas pu rentrer au bloc, ils lui ont juste dis que ça se passait mal et qu’il ne pouvait pas rentrer. Il a notre fils dans les bras, il le pose sur moi. Je suis incapable d’éprouver quoi que ce soit. Pourtant il me prend en photo, cette photo j’ai juste envie de la détruire.
J’aimerais dire que ça se finit là, mais le reste n’a était qu’un enchaînement de contrariétés dû au personnel médical, dû à l’incompétence de ressentir la moindre empathie. Je n’étais qu’une pauvre césarisée, rien de révolutionnaire la dedans.
Mercredi, matin, :« allez debout madame, faut se lever !
Je peux pas, j’ai trop mal.
Elles disent toute ça, mais votre douleur est psychologique. C’est juste que vous imaginez où a coupé le scalpel. ». J’avais juste envie de lui hurler dessus !
Je lui réclame mes cachets pour éviter la montée de lait, mais visiblement aucun de mes choix ne peut être respectés. Je les aurais 3 jours plus tard après les avoir réclamer de nombreuses fois. Avec des arguments bidons, du genre « ah mais vous auriez dû les apporter ». Oui mais voilà j’ai accouché avec 4 semaines d’avance donc les cachets je les ai pas…
Je leur ai signalé que je faisais une allergie, j’avais le dos en feu et il me démangeait énormément, ça n’a jamais été prise en compte. C’est ma mère qui a acheté un traitement en pharmacie et mon mari m’appliquait la crème pour soulager mon calvaire. Il existait également un psy envoyé lors des accouchement difficile, je ne l’ai jamais vu.
Lorsque j’ai été enceinte de mon deuxième, j’ai demandé mon dossier médicale. J’ai appris que je commençait une toxémie gravidique, que mon fils était en souffrance fœtal … Mais auparavant sur le carnet de santé de mon fils, j’ai appris que mon accouchement avait été déclenché, à aucun moment je n’ai été prévenue de ce déclenchement. J’avais bien compris qu’on m’avait décollé les membranes le lundi soir, mais cet acte également aurait dû mettre mentionné.
Aujourd’hui, 7 ans après, cette césarienne m’a laissé en héritage une adhérence, j’en ai fait part au gynéco mais là encore « c’est assez fréquent » fut sa seule réponse…

Hélène

#275 Assia – Algérie 2010‏

7 Mai

Tu es venue au monde un vendredi 16 juillet à 6 : 10 du matin.
Laisse moi te conter la venue au monde d’un ange.
Tout a commencé lorsque j’ai eu trois jours de retard, j’ai décidé de faire un test à 22 : 00 mon coeur battait la chamade mais au fond de moi je le savais, je le sentais et j’en rêvais. Le test était positif et ma joie fut immense. J’ai appelait mon mari en cuisine et je lui est montré le test avec un grand sourire, il m’a prise dans ses bras et il m’a serré très fort en me disant qu’il m’aimait.
L’aventure a commencé, la magie a commencé et notre rêve est devenu réalité.
Neuf mois de bonheur, neuf mois de joie, de stress, de peur mais c’était avant tout neuf mois d’amour. Depuis le premier jour je me suis surprise à mettre la main sur le ventre comme pour le rassurer, je lui parlais quand je me retrouvais seule avec lui car pour moi il était déjà la au fond de moi près de mon coeur.
Ces neufs moi étaient facile et dur par moment, semaient d’embuches qui se sont dissipés au final.
Apres 40 semaines c’était le désert pas la moindre contraction en vue, même pas une minuscule qui me fasse penser que voilà mon tit garçon arrive. Ma gyneco m’a donné rendez vous à l’hôpital ou elle travaille pour me faire un décollement. Le premier n’a pas fait grand chose à part déclencher un faut travail qui n’a duré que quelques heures. Apres deux jours retour à l’hôpital pour un deuxième décollement et je suis repartie chez moi et j’ai passé toute l’apres midi à marcher. Le soir même j’ai ressenti des contractions fortes à minuit. J’ai réveillé mon mari et il a essayé de me faire dormir. Les contractions s’enchainees et j’etais tellement excité que je n’arretais pas de faire des allers retours entre ma chambre et la cuisine. J’ai fini par réveillé ma belle mère qui m’a préparé une tisane qui aussi tôt avalée aussitôt vomie. A 6 du matin je devais aller à l’hôpital car ma gyneco m’avait programmé un troisième décollement. A 8 heure j’etais admise et mon mari s’activait avec les papiers d’admission ma belle mere m’a donné ma valise et m’a dit aurevoir, mon mari aussi. Le voyage vers l’inconnu avait commencé.
Je suis entrée en salle de consultation ou une sage femme assez sympathique m’a faite une dernière écho puis un dernier décollement super mega douloureux que les deux autres et j’etais déjà à deux doigts. On m’a demandé de me déshabiller ( je suis restée en chemise de nuit ) et on m’a mise une perf.
Je suis rentrée dans une salle avec 5 lits et sur chaque lit il y’avait 2 à 3 femmes, y’en avait avec leurs bébés dans les bras et d’autres était la à pleurer à crier de douleur. Je n’étais pas choquée ni apeurée, ni même dégoutée par la saleté des lieux ( je pourrai vous décrire des cafards, du sang partout, des serviettes hygiéniques jettes un peu partout sans parler du liquide amniotique qui recouvrer la salle et le couloir bref et j’en passe ). J’étais heureuse je me sentais forte et chaque contraction douloureuse me faisais me rapprocher encore plus du moment tant attendu. J’ai passé toute la journée du jeudi et toute la nuit à me tordre de douleur tantôt allongée tantôt debout tantôt assise. J’avais tout le temps mon mari avec moi au téléphone sinon c’etait la mere ou ma soeur ou mes Freres qui étaient tous assez inquiets pour moi me sachant seule face à l’inconnu. Mais je n’étais pas seule mon bebe était la et il me faisait comprendre qu’il arrivait.
La nuit du jeudi au vendredi était particulièrement difficile et éprouvante, j’étais fatiguée j’avais faim car je n’avais pas manger depuis plus de 24 heures on avait juste le droit de boire de l’eau tiède avec une chaleur de 40 degré. J’avais peur de ne plus avoir de force à la fin.
Il était 6 heures du matin et je me suis surprise à avoir une envie de pousser. Une femme de ménage a appelé une sage femme et elle m’a emmené en salle de naissance ou une autre femme était entein d’accoucher, elle a branché ma perf et la j’étais terrassée par des contractions insupportables sans repis, la sage femme m’a demandé de pousser et m’encourager, j’ai poussé de toutes mes forces et j’ai hurlé de toutes mes tripes puis un stop un silence, puis le plus merveilleux des cries celui de mon ange. Elle me l’avais mise sur le ventre et je l’ai prise dans mes bras je le contempler et je disais à haute voix alhamdoulilah ya rabi. La sage femme la prise et a mis plusieurs minutes à revenir puis c’était la délivrance je n’ai pas eu mal la sage femme était revenu en me félicitant et m’annoça le poids avec un grand sourire 3 kilo 900 un beau bebe.
Quelques temps c’est écoulé entre la délivrance et le moment ou la sage femme a commencé à me coudre ( excuser le terme ) j’avais pu avoir mon mari au téléphone il était très ému il avait pleurer. La sage femme ne pouvait plus attendre un chirurgien pour venir me recoudre ( terrible déchirure + episio ) et avait commencé toute seule, sa m’a fait tellement mal que je n’ai hurlé que de plus belle. Le cauchemar s’est terminé 30 minutes apres. Une femme de ménage m’a nettoyé m’a habillé et m’a aidé à regagner mon lit tout de suite Apres on me l’a amené mon ange, mon bebe, mon fils ma fierté.
Une femme était venue pour m’emmener dans un lit vide dans le couloir et j’etais en tête à tête avec lui, je l’ai prise dans mes bras et je lui ai récité l’appel à prière ( al adhan ) au creux de l’oreille. Je l’ai couché près de moi j’ai mis Sourat Al Bakara sur mon téléphone et j’ai fermé les yeux. L’apremidi même j’etais chez moi, mon bebe dans son lit et le coeur soulagé.

Je voudrai laisser derrière moi une trace d’un jour, le plus beau jour de ma vie.

A toi mon ange l’amour de ma vie

Assia

#257 Hélène, dans le Val de Marne

12 Avr

6 mois de grossesse heureuse mais responsable

Après des différents familiaux, des soucis professionnels, 3 ans d’anorexie, je sors la tête de l’eau, envisage le futur avec optimisme et envisage de fonder une famille avec mon compagnon. Je mets encore quelques années à vraiment réduire les missions professionnelles qui m’obligent à prendre des anti-paludéens incompatibles avec une grossesse.

Je tombe enceinte la veille de mon départ pour le Mozambique. Confiante dans le système français, je me heurte à son inadaptabilité aux cas particuliers :

* Déclaration de grossesse OBLIGATOIRE mais impossible à faire à distance

* Impossibilité de s’inscrire en maternité à distance mais obligation de respecter le calendrier de rendez vous…

Sur place, dans ce pays des « bonnes gens », la grossesse est accompagnée de toute la joie que l’on pourrait en attendre, sans que cela soit perçu comme un évènement nécessitant un suivi médical soutenu. Je vis cette grossesse comme je l’entends, me régalant de fruits exotiques (cela doit être plein de vitamines), continuant la natation régulière parce que cela me fait du bien, ne dédaignant aucune sortie en 4×4 tant qu’aucune douleur ne m’indique que j’abuse de mes capacités.

Comme tous les expatriés nous savons que se faire soigner à l’étranger est une source de stress qu’il est largement préférable d’éviter par la prévention. Après quelques rendez vous dans les cliniques occidentales, il est évident qu’un suivi correct selon nos standards n’est pas possible dans ce pays. Je suis donc suivie mensuellement par un gynéco en Afrique du Sud, les prises de sang sont faites au Mozambique. Avec un aller-retour à 3 mois de grossesse en France, je pense conjuguer ainsi le système français à la mode locale.

Nous découvrons alors que le suivi imposé par les gynécos français implique une longue liste de tests dont l’utilité n’est pas expliquée (notamment le suivi des agglutinines irrégulières qui impliquerait que je n’aurais pas déclaré le père naturel), des compléments nutritionnels qui ne tiennent absolument pas compte du fait que je profite d’une alimentation surement plus favorisée qu’en France. Le gynécologue sud-africain se contente de nous expliquer l’utilité ou non des résultats des tests et des compléments. Il constate que mon bébé sera un « beau » bébé sans en faire un facteur de stress.

Inversement, face à notre inquiétude de contracter le paludisme qui peut causer la mort de la mère ou du fœtus, il nous indique comment évaluer si notre cadre de vie est « à risque » et donc nous permettre de décider si une médication est nécessaire, me prescrit une médication en m’indiquant les résultats des études (efficacité, effets secondaires, fiabilité des résultats)

Bref, nous sommes considérés comme des futurs parents qui sont à même de prendre les décisions qui s’imposent. Nous décidons de ne pas prendre de traitement mais de mettre en place toutes les mesures pour éviter de contracter le palu. La prévention paye. Au final, en 6 mois, je ne suis pas piquée une seule fois.

Issue d’une famille de médecins exerçant dans le secteur public, je fais confiance à notre système, et je m’inscris dans la maternité proche de chez nous. Lors de la première visite lors de mon aller-retour en France, nous comprenons rapidement que nous ne rentrons pas dans les normes. Nous ne pourrons respecter le calendrier de rendez vous, un point essentiel pour la sage-femme. L’esprit blagueur de mon compagnon dérange manifestement. La SF nous rappelle que le sujet est sérieux. Apparemment, faut pas rigoler quand on attend un enfant.

Retour dans un monde médicalisé.

On rentre en France, soulagés de ne plus avoir à craindre les maladies tropicales et nous rentrons docilement dans le moule des visites mensuelles + échographie+ cours de préparation à l’accouchement. Evidemment, pendant ces cours, j’apprends qu’avec mes 15kg supplémentaires j’ai dépassé la barre des 12kg autorisés. Mais comme je fais toujours mes 1,5 à 2km de natation 2 fois par semaine (hors barème autorisé aussi), nous restons sur le principe de ma gynéco de ville « si la mère va bien, l’enfant va bien ». D’ailleurs, pendant ces cours auxquels mon homme participe, nous comprenons rapidement que tout doit être normé (température de la chambre du bébé, de salle de bain, du sport mais pas trop…). J’émets l’hypothèse que si je fais trop de sport, mon corps devrait me signaler l’abus, mais la SF ne semble pas convaincue.

Comme nous faisons confiance au système médical français, nous avons bien rapporté d’Afrique tous les résultats de prise de sang, échographie… La SF qui me suit tient à ce que je laisse bien une photocopie de toutes ces pièces (même le dossier médical en Afrikaaner !) Elle ne réagit pas quand on lui dit que le gynéco sud africain prévoit un gros bébé (surtout quand on connait le gabarit des sud-africains, il suffit de regarder quelques matchs de rugby)

Par contre, on ne me donne aucune piste pour gérer lorsque je parle de ma peur de l’accouchement et surtout des aiguilles. L’anesthésiste dans une salle comble de futurs parents, présente la péridurale comme aussi banale qu’une anesthésie chez le dentiste.. La refuser serait donc une aberration. Lors d’un des cours, on nous fait visiter les salles de travail. Comme chaque fois en milieu hospitalier, je me sens tout de suite en milieu inhospitalier, mon homme aussi. Mais on ne nous demande pas vraiment ce que l’on en pense. Je ne peux imaginer que je vais passer 10h de travail (torture en latin) dans cette salle. Je décide donc que je ne viendrai à la maternité que le plus tard possible. Comme nous habitons juste à côté, je ne mets pas mon enfant en danger.

J’arrive à la dernière visite, saturée par toutes ces visites en milieu hospitalier, contente que ce soit la dernière avant le grand jour. De nouveau, la SF est accompagnée d’une stagiaire. J’ai donc droit à 2 touchers vaginaux. Mais la sage-femme note que mon taux de glucose est au dessus du seuil. On lui explique que, de retour de 6 mois d’Afrique, nous avons certainement fait des excès de chair. Elle me conseille donc de me mettre au régime prescrit en cas de diabète. Elle me demande aussi de refaire tous les examens et me signale qu’en cas de diabète gestationnel (mais elle en doute fortement), il faudra envisager un déclenchement. Je suis donc repartie pour 2 autres prises de sang (résultat dans les clous), échographie (un gros bébé prévu à 4kg100 comme moi à ma naissance), et monitoring. Pendant ce temps, les piqures et le régime commencent à me faire déprimer. Je pleure un jour sur deux.

Mon dossier me poursuit

Jeudi, le déclenchement a été noté dans le dossier

Pour ce monitoring qui me semble une formalité, je conseille à mon homme de rester à la maison pour une fois. La SF qui me fait le monitoring me confirme ce que je sentais : mon bébé va bien. Puis enchaîne ‘bon, vous revenez Lundi pour le déclenchement.’ En voyant ma surprise, elle comprend qu’on (le chef de service) l’avait écrit dans mon dossier sans m’en informer et elle me conseille de revenir le soir aux urgences pour un nouveau monitoring et pour demander des explications au médecin. Pour ce qui est du diabète gestationnel, elle me confirme que, au vu des derniers résultats, je n’en fais pas vraiment. Elle me répète plusieurs fois qu’elle met le terme entre guillemets. Mais je suis convaincue maintenant que les guillemets n’ont jamais effacé la mention aux yeux des médecins.

Je rentre à la maison et annonce la bonne nouvelle à mon homme ‘bébé va bien’ et la mauvaise. Il considère qu’un déclenchement programmé le Jeudi pour le Lundi ressemble à s’y méprendre à une manière de remplir le programme de la maternité. Je fais quelques recherches sur internet sur le déclenchement et découvre que cela multiplie par trois le risque de césarienne. Je suis donc opposée au déclenchement.

J’appelle ma mère pour savoir comment je suis née : par déclenchement à J+4 car ne me décidais pas à sortir. Je commence à croire que ma fille fera de même. J’appelle ma tante gynéco qui me conseille de faire confiance au gynéco de la maternité.

Nous revenons donc le soir avec mon homme et 2 revues (écolo, grave erreur) pour passer le temps du monitoring. Evidemment, comme mon cas n’est pas une urgence, on me laisse avec le monitoring pendant une heure, heure pendant laquelle nous voyons défiler 4 sages-femmes suivant qu’il faut remettre du papier dans l’appareil, ou quelles viennent récupérer du matériel dans ma salle. Elles ne se présentent pas toutes, et je me sens comme un meuble posé dans un coin, mais surveillé par cet appareil qui doit détecter la moindre faiblesse de mon bébé. Au bout d’une heure, une jeune sage-femme vient me débrancher et me répète : ‘bon vous revenez Lundi pour le déclenchement’ Je demande le résultat du monito (mon bébé va bien?) et à voir le médecin. Le médecin n’a pas le temps. Aussi la SF tente de me convaincre d’accepter le déclenchement ‘un simple coup de pouce à la nature’. Comme je ne semble pas convaincue, elle m’assène que puisque je fais du diabète gestationnel, j’ai « le choix entre le risque de mort fœtale et le déclenchement ». Evidemment, je fonds en larme. Mon homme quant à lui bondit de son fauteuil pour lui dire d’apprendre à lire car le dossier montre que je ne fais pas de diabète. Nous repartons furieux, moi en larmes, sans plus d’explications qu’auparavant, mais plus de doutes.

Vendredi, je veux des explications

Je vais au dernier cour de préparation à l’accouchement avec plaisir car il s’agit de balnéothérapie. Je confie mes angoisses à la SF et une amie. Les deux me soutiennent pour aller voir un gynéco de la maternité. L’amie m’accompagne jusqu’à sa porte car sinon, je n’en aurais jamais eu la force. Le gynéco me reçoit entre deux patientes. Il est épuisé, cela fait plusieurs fois qu’il repousse son départ en congé. Effectivement je ne fais pas de diabète gestationnel (ouf pas de risque de mort fœtale), mais mon taux de sucre dans le sang est assez élevé et, par voie de conséquence, mon bébé sera gros et risque de ne pas pouvoir naître par voie basse. J’argumente que je suis moi-même née à 4kg100 par voie basse, mais le gynéco me rétorque que mon bébé risque une dystocie des épaules. Apprenant que personne n’a vérifié l’état de mon col, il m’examine et constate que celui-ci n’est pas mûr. Il me concède alors une nouvelle série d’examens avant de prendre une décision : je dois refaire une prise de sang qui donnera mon niveau de glucose en moyenne sur le dernier mois, puis revenir lundi pour un monitoring et un examen du col. Le gyneco me confirme qu’on ne décidera d’un declenchement que lorsque les conditions locales seront favorables.

Je me renseigne sur la dystocie des épaules. En bref, si la tête du bébé passe et que les épaules coincent, l’effet ventouse risque d’étouffer le bébé. Les alternatives sont alors de tenter une manipulation douloureuse, d’utiliser un crochet pour sortir une épaule ou de casser l’épaule du bébé pour le sortir. Je commence à sentir tout le poids de ma décision si je refuse le déclenchement.

Samedi, en pleurs

En pleurs toute la journée, je ne suis pas en état d’aller faire une prise de sang encore moins à jeun. Je passe voir mon père qui essaie de me réconforter pendant que ma petite sœur me rassure ‘tous les déclenchements qu’elle a vu pendant son stage en gynéco se sont bien passés’.

Dimanche, je prends sur moi

Afin de surpasser ma peur des aiguilles, je travaille avec une amie en Programmation neuro-linguistique. J’en sors un peu plus forte et décidée à surpasser cette peur à force de volonté. En me convainquant avant chaque piqure que je ne la subis pas mais que j’ai décidé de l’avoir, j’arrive à avoir moins peur de cette intrusion.

Lundi, tentative de dialogue avec le gynéco

Nouvelle prise de sang pour évaluer la glycémie. Nouveau rendez vous avec le gynéco. Dans le couloir déjà, il me reproche de ne pas avoir emporté ma valise pour la maternité, puis de ne pas avoir fait la prise de sang le samedi. Je lui réponds que je pleurais trop pour pouvoir la faire. Il répète à mon homme ce qu’il m’a dit : ‘[Je ne fais] pas de diabète mais de l’intolérance au glucose et la SANCTION est un déclenchement avant terme’. Manifestement, résultat de glycémie ou pas, la décision a été prise par le chef de service même pas par le gynéco qui argumente, la validité du déclenchement.

Pour contrer notre argument que ‘la nature fait bien les choses’, il nous rappelle que chez les femmes qui accouchent au bord du champ, le taux d’enfants mal formés est beaucoup plus haut. On se sent alors responsable de ce qui pourrait mal tourner si on refuse le déclenchement.

Il nous conseille pour provoquer la naissance de faire l’amour et d’aller au ciné. Il nous explique en quoi consiste un déclenchement au gel puis à l’ocytocine par perfusion. J’explique que, autant je supporte très bien la douleur, autant je ne supporte pas les piqures. Il me confirme qu’en cas de déclenchement à l’ocytocine, je me retrouverai branchée à une perfusion.

– et puis, de toutes les façons, en cas de déclenchement la péridurale est systématique. D’autant plus que votre bébé étant gros, si on doit faire une manipulation, vous ne supporterez pas la douleur sans péridurale.

– Par expérience je sais que je supporte particulièrement bien la douleur

– Les douleurs de l’accouchement sont insupportables, pires qu’une colique néphrétique. Même ma femme qui supporte bien la douleur ne supportait pas celle-ci. Vous savez, les 2 grandes avancées de obstétrique du 20ème siècle sont la péridurale et le monitoring. Et puis, au moins, avec une péridurale, si on doit vous faire une césarienne, vous êtes déjà prête.

Je comprends que je ne dois pas me considérer comme plus forte que les autres femmes et surtout pas plus que l’avancée technologique. Alors, je me repose sur lui : je lui demande de me proposer quelque chose pour surmonter ma peur et mes crises de larme à l’approche de la naissance, il me fait une prescription pour une solution prescrite en cas de stress aux examens. Comme mon col n’est toujours pas ouvert, il me demande de revenir le mercredi, avec ma valise cette fois.

Question de responsabilité, je ne peux pas partir sans un monitoring, qui dure comme d’habitude. Alors que le rythme de ma fille est toujours aussi stable, une SF vient remuer un peu mon ventre pour vérifier qu’elle s’active un peu. On en profite pour demander des explications : valeurs mini, maxi ? De nouveau seuls dans la salle de travail, mon homme fait passer diverses musiques et constate que ma fille s’active lorsqu’il passe Dany Brillant. On s’amuse de faire connaissance avec ses goûts.

Mardi, j’essaie de contrôler ma panique

Devant le peu de résultats du médicament prescrit par le gynéco, du ciné et des câlins avec mon homme, je consulte le web pour trouver une alternative douce au déclenchement. J’écarte ce qui parait presque dangereux (huile de ricin…) et je surmonte en partie ma peur des aiguilles pour consulter un acupuncteur. Il me prévient qu’il ne peut pas faire grand-chose pour une première séance. Effectivement, rien ne se passe.

La piscine municipale ferme pour les vacances et je sais qu’un des exécutoires à mon stress disparait. Je n’en peux plus de pleurer sur mon manque de pouvoir, sur la responsabilité que j’ai l’impression de porter (protéger ce bébé dans mon ventre qui finit sa croissance, ou lui éviter une naissance catastrophe ?), sur l’hypocrisie des médecins qui utilisent leur connaissances non pour nous informer mais pour nous faire suivre le chemin qu’ils ont défini. D’épuisement, je décide de leur faire confiance. Après tout, la moitié des membres de ma famille sont médecins, ils doivent être bons quelque part. Nous dînons en amoureux au restaurant, et je me permets de manger du fromage au lait non pasteurisé !

Mercredi, je fais confiance, j’espère, espoir déçu.

Confiante en théorie, mais avec les tripes nouées, nous allons à la maternité en moto (toujours pas de contre indication puisque non répertorié dans le protocole, et puis le but c’est bien qu’elle sorte non ?). En bonne élève, j’ai pris un petit déjeuner léger et utilisé un laxatif. A la maternité, nouveau monitoring, nouveau toucher vaginal. Mon col n’a que peu bougé. Seuls devant le monitoring nous essayons de rigoler avec mon homme, après tout, c’est un beau jour, notre fille va naître aujourd’hui. Puisqu’elle semble aimer Dany Brillant, mon homme lui fait écouter, et son petit cœur montre qu’elle s’active, toujours dans les limites indiquées par la SF.

Le gynéco vient avec sa remplaçante (il part en congé vendredi). Il est prêt à me donner un sursis de 2 jours. Le lait non pasteurisé de la veille aurait il le temps de contaminer ma fille dans ce délai ? La remplaçante note l’accélération cardiaque. L’explication « Dany Brillant » ne semble pas percutant, il faut dire que la remplaçante est étrangère. Elle parle de tachycardie. Le gynéco tempère. Il me laisse le choix de la décision. La mention de tachycardie rajoute une couche au stress des derniers jours, je ne le supporterai plus très longtemps, il faut qu’on en finisse, j’accepte de rester pour le déclenchement.

Après la réunion de service, une infirmière stagiaire vient me faire une prise de sang. J’accepte de servir à sa formation, après tout, aujourd’hui est un beau jour, ma fille va naître. Elle a du mal à trouver la veine et me laisse avec un hématome impressionnant, mais je ne suis pas tombée dans les pommes. Je suis fière de moi. Am, une douce SF vient se présenter et m’explique ce qu’elle va faire : pose du gel dans le vagin, pas douloureux mais risque d’irriter le vagin, ensuite je dois rester allongée 1/2h sous monitoring. Comme d’habitude, comme mon cas n’est pas une urgence, après la pose du gel, on me laisse un temps indéterminé branchée au monitoring, à regarder la courbe des contractions qui commence à apparaitre. De mon côté, je ne les sens pas du tout.

Au bout d’un temps certain, on me libère pour que j’aille me reposer dans ma chambre, puis redescendre dans l’après midi pour un nouveau, interminable monitoring, pendant lequel nous n’osons plus mettre de musique de peur que le monitoring soit considéré comme défavorable. Même courbe, avec des contractions un peu plus grandes sur le graphique, aucune sensation de contraction, juste le bas-ventre tout dur. A 19h, nouveau toucher vaginal, le col n’a pas (ou peu) bougé, on me renvoie en chambre, en me disant qu’il se passera peut être quelque chose pendant la nuit (la nature pourrait prendre le relais). En sortant des urgences, je trouve ma famille qui attendait ma fille et me voit sortir à petits pas comme une petite vieille. A jeun depuis le matin, on m’avait réservé un plateau mais arrivée en chambre, il n’y a rien. Heureusement la femme de salle se met en 4 pour me trouver quelque chose.

Je me réveille au milieu de la nuit et constate que mon bas-ventre n’est plus dur. L’effet du gel semble avoir disparu. Ma fille ne naitra pas aujourd’hui.

Jeudi, deuxième déception

Au réveil, pas le temps d’attendre le petit déjeuner, je suis appelée aux urgences pour être examinée avant la réunion de service. Examen, col qui n’a pas bougé, réunion de service, la SF vient m’annoncer qu’ils ont décidé de retenter un déclenchement au gel. Elle sera accompagnée aujourd’hui d’une stagiaire qui a un visage et un sourire tout doux et qui semble à peine sortie de l’adolescence. Mon homme leur explique que si je ne mange pas un peu, je ne supporterai certainement pas une nouvelle journée. Après mure réflexion, ils acceptent (tiens elle a aussi des besoins comme celui-ci ?) Evidemment il n’y a aucun plateau repas, mais mon homme sort de son sac du pain de campagne, du beurre demi sel, de la confiture, je retrouve le sourire, le temps d’un petit déjeuner en salle de travail, pendant lequel nous avons droit à de l’intimité :-).

Nouvelle pose du gel, nouveau monitoring, nouveau toucher vaginal par la stagiaire, le col n’a pas bougé. J’ose à peine bouger de peur qu’un mauvais contact du monitoring ne déclenche une alerte. Je pleure une heure sur 2. Retour en chambre et nouveau monitoring l’après midi. Mon homme rencontre dans le couloir des consultations Rosalia, une des SF des cours de préparation. Comme elle s’enquiert de moi, mon homme lui demande de venir me rendre visite. J’ai l’impression que c’est un peu du monde normal qui rentre aux urgences. Comme je lui dis que je me sens toute ankylosée de rester allongée sur le côté, elle me dit que je peux bouger, m’assoir. Révélation, j’ai le droit de vivre, un peu.

Fin de l’après midi, mon bas-ventre est dur, la stagiaire examine mon col, après 2 poses de gel, je serre les dents, pas mieux. La SF en titre m’annonce alors qu’elle doit vérifier les conclusions de la stagiaire. Si j’ai mal, je lui dis. J’ai mal, je crie pour qu’elle arrête. Elle arrête « un peu avant de recommencer ». J’ai mal, je ne comprends pas ce qu’elle fait, ce n’est pas un examen, la stagiaire l’a déjà fait, pourquoi forcer jusqu’au fond de moi. Je me sens trahie, je me débats. Mon homme me tient d’un côté, la stagiaire de l’autre, pendant que la SF cherche quoi au fond de mon vagin, mon bébé que j’ai protégé pendant 9 mois ? Je me sens violée, pas le droit de mettre ce mot sur un acte médical, je pleure.

Retour en chambre, je ne sais même plus si j’ai le droit de manger. Quelle importance ? Je me réveille à 3h. Plus de ventre dur, le gel n’a plus d’effet. Les crises de larmes m’empêchent de dormir. A 4h, je décide d’aller marcher dans le parc de la maternité. Je passe plusieurs fois devant les grilles ouvertes du parc. Qu’est ce qui m’empêche de sortir ? Je ne suis pas prisonnière. Et pourtant, je suis convaincue que je n’ai pas le droit de sortir, comme un animal qui ne sortirait pas de sa cage de peur de la punition.

Vendredi

Dernière volonté, refusée

Comme je suis un être humain doué de raison, j’analyse la situation. J’ai peur de finir sur la table d’opération, et cette peur me détruit. J’ai besoin de repos, de retourner dans un environnement civil. Je pourrai ensuite revenir vers les médecins avec l’esprit clair. Les médecins m’ont prévenue, après 2 tentatives de gel (exceptionnellement 3), ils me déclencheront à l’ocytocine par perf, césarienne en cas d’échec. Je vais leur proposer un marché : je rentre me reposer 2 jours chez moi, je reviens sereine pour la dernière étape du déclenchement.

Je retourne aux urgences lorsqu’elles ouvrent comme on va à l’abattoir. Nous sommes reçus par Au, une douce et jeune SF. Examen du col qui n’a pas bougé (je le savais !), réunion de service, ils ont décidé le déclenchement à l’ocytocine. Je propose mon marché.

* Laissez moi rentrer à la maison pour le week-end, je reviendrai plus reposée pour la suite.

* C’est impossible : la dernière fois que nous avons accepté, la femme n’est pas revenue lorsqu’elle a perdu les eaux et son enfant est mort.

Je ne peux pas leur dire que je ne suis pas cette femme. J’insiste.

* Je n’habite pas loin, je peux venir au moindre soucis

* Non, nous avons eu un mois catastrophe, moralement, on ne peux pas se permettre de prendre de risques.

* Est-ce que l’on peut au moins attendre que je me repose.

* Non, il faut continuer le déclenchement. Ces deux jours de déclenchements ont dû fatiguer le bébé.

Je croyais que c’était juste un coup de pouce à la nature, ce coup de pouce aurait il été un peu trop fort ? Pourquoi cette fatigue ne se verrait pas sur le monitoring tout puissant ? Je suis en chemise de nuit et en chaussons, je ne peux plus m’enfuir, ni physiquement, ni moralement. Je fonds en larme dans les bras de mon homme. Le gynéco me dit « je vous laisse avec lui pour réfléchir ». Réfléchir à quoi ? Ils ont fait l’instruction, ils posent les questions, et les réponses non conformes ne sont pas prises en compte, sortent des arguments massue à chaque velléité de non conformisme. Mon homme les croit « il n’y a pas d’autre solution ». Je crois mon homme.

Mais je ne veux plus de cette douleur morale. Je renonce à toute volonté, je me mets entre leurs mains, mais je demande qu’on me donne un calmant pour que j’arrête de sangloter, sinon cela ressemblera trop à un abattoir. Encore une fois, je demande au gynéco qu’il m’indique la SF qui s’occupera de moi aujourd’hui, que je ne voie pas défiler tous ces visages étrangers qui connaissent mieux que moi, cet appareil de monitoring, ces instruments qui m’entourent et qui me parlent s’ils en ont le temps.

Déclenchement à l’ocytocine

On m’envoie une SF pour m’administrer le calmant et la perfusion. Elle s’appelle C, je l’ai déjà vue lors d’un monitoring, entrer, changer le rouleau, repartir sans même se présenter. Je me sens en territoire ennemi. Le calmant se fait par piqûre, dommage pour moi, je serre les dents. Elle s’apprête à me poser la perfusion

Mon homme prévient

* Elle ne supporte pas les piqures.

* Il faudra bien qu’elle y passe.

* Je vous dis juste cela parce qu’elle ne supporte pas de voir l’aiguille.

* Eh bien moi je ne supporte pas que l’on me dise ce que je dois faire. Et puis elle n’a qu’à pas la regarder, l’aiguille.

Je sors de mon apathie

* Evidemment que je ne la regarderai pas, … (sans lui dire ce que je pense d’elle)

Evidemment la pose de la perfusion me fait mal, vu mon appréhension, c’était couru.

Le gynéco m’annonce que c’est Catherine qui me suivra, je demande Au, il me l’accorde. Il part ce soir en vacances. Si le travail n’a pas démarré à 17 H, il faudra faire la césarienne.

On suit les contractions sur le monitoring, elles sont encore plus pitoyables que la veille.

Mon homme n’en peut plus de cette attente mais ne veut pas me laisser seule. Il appelle mon père. Une SF qui ne m’a jamais suivie le voit « Non, il est interdit de se relayer auprès de la parturiente , ce n’est pas un moulin ». D’un moulin au moins j’aurais pu sortir ! Mon père argumente calmement, je pleure, la SF appelle sa chef qui accepte. Ouf j’ai droit à un visage familier prêt de moi, et mon homme a le droit d’aller manger et respirer un peu. Du côté des contractions toujours rien de notable. Pour ce qui est du monito, il n’existe même plus, d’ailleurs le bébé qu’il surveille devient si peu important par rapport à ces contractions qui ne viennent toujours pas.

Dans l’après midi, le gynéco confirme que je vais avoir une césarienne. Je ne pense et ne sens plus rien, je subis le protocole. On me prépare et me pose la péridurale, à peine peur. Rosalia, la SF des cours de préparation traverse la frontière des urgences et vient me tenir les mains pour la pose de la péri. Qu’est ce que cela fait du bien un visage connu et compatissant qui me dit que tout va bien se passer. A la pose de la peri, le cœur de ma fille flanche un peu, agitation, je ne suis même plus en état de m’inquiéter. Même inquiète, que pourrais-je faire ?

On me mets un masque à oxygène. Ajouté au calmant du matin, à la fatigue nerveuse, je suis complètement shootée. Je ne sais même pas où est mon homme, je ne demande même pas.

J’attends. Le gynéco passe

* – Vous êtes encore là !

Eh oui, d’autres urgences passent avant moi, je le leur avait pourtant dit que ma fille n’était pas pressée de sortir.

* Bon ben c’est mon remplaçant qui vous opèrera.

Quelle importance ? Vous avez trompé ma confiance, alors vous ou un autre. J’attends. Am revient pour sa garde du soir. Elle est contente de pouvoir voir ma fille naître. Moi, je ne sais même plus si je suis contente qu’elle naisse. Est-ce une manière de me faire croire que je retrouve un visage familier ? Elle aussi a utilisé ses arguments médicaux pour me faire accepter ce que je ne voulais pas. Je veux sortir de ce cauchemar. On vient me chercher pour passer au bloc.

Passage au bloc, je subis, je veux dormir.

Puisque je ne peux rien faire, autant que je me repose. Je ferme les yeux. J’entends le gynéco, un étranger, qui demande que l’on me mette une couverture.

* Vous voulez dire une couverture chauffante ?

* Non, une couverture !

* ????

On me met un drap. L’infirmière revient avec une couverture.

* C’est ce que vous vouliez ?

* Mais non, c’est interdit au bloc, ce que je voulais c’est…

Et il montre le drap qui me recouvre. Mon dieu (si vous existez) faites que son manque de maîtrise du français ne l’handicape pas pendant l’opération !

Je sais que si je vois mon sang, je risque de tomber dans les pommes, alors je ferme les yeux. Je me repose, je dors ? De temps à autre, quelqu’un me demande si je vais bien. J’ouvre les yeux et réponds oui. Cela a de l’importance pour vous ? Je sens que l’on pousse sur mon ventre. Quelqu’un me dit « Regardez ! » Je vois un paquet de papier dans les bras d’une personne masquée. Entre 2 plis, je distingue qu’il s’agit d’un bébé. Je souris, c’est probablement ce que l’on attend de moi. On ne me pose pas mon bébé sur le ventre, on ne me le met pas au sein, il est vrai que je n’ai rien demandé. J’attends. On pousse toujours sur mon ventre. On me transfère sur un lit. Je vois mon sang sur la table d’opération.

On me transfère en salle de réveil. Je discute avec la femme à côté de moi. J’attends. Mon homme passe et me montre fièrement notre fille toute habillée dans son berceau en plastique. On lui a donné un biberon à lui faire boire. Il leur a dit que je voulais allaiter. Ça ne change rien, elle a eu le biberon et elle dort. Je ne ressens rien. Je devrais ? On me remonte en chambre. L’infirmière demande à sa collègue

* où est l’enfant

* probablement dans la chambre de la mère avec le père

* mais c’est interdit (pourquoi ? on aurait dû la laisser seule ?)

* oui, mais avec Am… (hé oui, les protocoles ça se contourne)

Retour en chambre, ma fille dort, mon homme me réconforte puis part, fier comme un nouveau papa. Mon homme me demande

* A quoi tu penses quand tu regardes notre fille ?

* J’espère qu’elle ne nous reprochera pas trop de choses quand elle arrivera à l’adolescence.

Ma fille part en nursery pour la nuit. Je ne m’en plains pas, car je ne demande qu’à dormir, oublier.

Samedi, j’attends que le temps passe, découverte de l’allaitement.

Le lendemain, la famille vient nous féliciter. De quoi ? Je n’ai fait que pleurer et subir. Avec ma sonde urinaire, je me sens sale, je voudrais prendre une douche. La température dans la chambre accentue encore cette impression. On attend qu’il n’y ait plus personne pour ouvrir la fenêtre, mon homme va faire le tour de l’étage avec notre fille. On se fait remonter les bretelles quand le personnel s’aperçoit que la température du radiateur a été baissée. Pourtant, on voit bien que notre fille bien couverte n’est pas incommodée par la température.

L’administration d’anti-douleur par perfusion est efficace, je ne prends aucun des antalgiques en comprimés que l’on me propose. Après la césarienne, c’est régime potage-thé-yaourt. Heureusement que mon homme m’apporte des compléments que je mange avec parcimonie et culpabilité. Et pourtant, je suis convaincue que mon système accepterait bien un régime un peu plus consistant. J’attends que le temps passe. Ma fille passe de main en main, j’essaie de l’allaiter, quelques crevasses, quelques appels aux puéricultrices super disponible dans leur très grande majorité.

On m’apporte une feuille sur laquelle je dois noter les horaires et durées de tété (où je découvre qu’en cas d’allaitement, la fréquence est beaucoup plus élevée, tiens ça va pas être de tout repos).

La puéricultrice pèse ma fille :

* 3,5kg

Mon homme commente

* Tiens elle a perdu 400g

* Ah bon.

* Ben oui, 3,9kg (c’est écrit sur le berceau) moins 3,5kg, ca fait 400g

* Ah, il va falloir que je vérifie sur mes abaques.

* ????

La puericultrice revient :

* Elle a perdu 10% de son poids. Il va falloir lui donner du biberon en complément des tétés.

Heureusement qu’on ne savait pas que cela pouvait rendre l’allaitement plus difficile. On aurait pu émettre un avis ! Par contre, on ne peut s’empêcher de penser que 10% de 3, 9kg, cela laisse de belles joues rondes à notre fille. Pas de quoi s’inquiéter quand je vois le bébé de ma voisine, une crevette. On fait ce que l’on nous dit.

Dimanche, on commence à prendre nos marques

Retrait de la sonde urinaire. Physiquement, j’encaisse bien le coup, j’arrive à me lever, à traverser la chambre. Je respecte l’interdit d’une douche seule, j’attends mon homme pour le faire. Heureusement que le bandage compressif m’empêche de voir la cicatrice. De toutes les façons, l’intimité ce n’est pas pour ici : défilé aléatoire et continuel du personnel, avec une personne différente à chaque fois (tension et prise de température, piqure anti-phlébite, plateau repas, bain du bébé, pesée du bébé…). De nouveau, aucun des visages connus, ni des consultations pré-natales, ni des urgences. Leur tâche est finie, on passe au service suivant.

Pendant la nuit, je me réveille car une douleur diffuse m’empêche de dormir. J’appelle l’infirmier de garde qui modifie quelque chose à la perf. J’arrive à me rendormir.

La SF confirme que tout va bien. Je ne suis toujours pas allée à la selle (avec 3 jours de diète + 2 de régime, je n’ai pas grand-chose à éliminer) mais quelques gaz lui suffisent : j’aurai droit à des repas normaux. Enfin ! Je déambule dans les couloirs et croise Laetitia, césarisée le même jour que moi. Elle encaisse moins bien. Mais comme sa fille est en néo-nat, elle soulève des montagnes pour pouvoir se lever et aller la voir, le premier jour en chaise roulante, le deuxième en se tractant contre les rambardes du couloir. Je vois qu’on lui sert un plateau repas normal, le mien arrive : potage + yaourt, suivant les indications du dossier ! Et merde, à partir de maintenant, je planque de la nourriture dans mon armoire, même quand on commence à m’apporter des repas normaux.

J’attends le pédiatre avec impatience : ma fille semble en pleine santé, mais je crains un diagnostic différent. C’est bien pour cela que l’on nous garde à la maternité !

L’allaitement m’a fait des crevasses. La puéricultrice me dit de me faire apporter des bouts de sein en silicone par mon homme. Si j’ai besoin d’aide même pendant la nuit, que je n’hésite pas à appeler. Bêtement, je n’ose pas appeler la nuit.

Lundi

Au matin, à l’heure de la tétée, j’appelle la puéricultrice de garde pour qu’elle m’aide à allaiter avec les bouts de sein. Elle me dit qu’elle arrive de suite. 10 minutes plus tard, je la rappelle, elle me dit de faire patienter ma fille en lui donnant mon petit doigt à téter. 40 minutes plus tard, elle arrive, ma fille s’est endormie sur mon petit doigt. La puéricultrice me dit que les bouts de sein, ça ne sert à rien. Puisque j’ai choisi d’allaiter, je n’ai qu’à supporter la douleur jusqu’à ce que les crevasses guérissent. Elle réveille ma fille, la met sur mon sein. Celle-ci fait quelques mouvements de succion. La puéricultrice me dit ‘Ben ça marche’ et repart. Ma fille se rendort !

Le pédiatre passe. Bougon, il manipule ma fille

* hm, hm

* ??? (maman inquiète qui n’ose pas poser de question)

* ça va

Je ne demanderai pas plus. Comme dit ma cousine (médecin !) il a choisi d’être pédiatre pour s’occuper des enfants, pas des parents !

Je déambule dans les couloirs, en portant ma fille dans les bras. « Ah non, ça c’est interdit ! Après une césarienne vous risqueriez de tomber ! » En voyant Laetitia qui se traîne contre les rambardes, je comprends les craintes de la maternité. Mais qu’est ce que j’ai envie de sortir !

Je passe devant la porte de la psychologue. « absente car en conférence ». J’aurais peut être discuté avec elle. Mais de quoi , je vais bien ?

Mardi

Pendant qu’on aère la chambre, mon homme porte Hombeline dans les couloirs. « Ah non, ça c’est interdit ! Vous risqueriez de tomber ! » C’est vrai que la vie comporte des risques, mais manifestement, la maternité ne veut pas du moindre risque. Vivement que l’on sorte d’ici !

La sage-femme passe m’examiner et aborde précautionneusement le thème de la contraception

* éviter de tomber enceinte avant 3 mois, un an serait mieux.

* Oui, faites moi l’ordonnance tout de suite

Je ne veux plus jamais courir le risque d’être enceinte, de remettre les pieds dans une maternité, je ne parle même pas du risque d’accoucher par césarienne.

Mercredi

La nuit a été très dure, j’ai l’impression que ma fille n’a jamais dormi plus de 20 minutes d’affilée. J’ai appelé la puéricultrice de garde mais on m’a répondu que tous les bébés de la maternité étaient énervés et que les puéricultrices non plus n’arrivaient pas à les calmer. Nous finissons par nous endormir à 7h du matin.

A 8h, la porte s’ouvre, la lumière s’allume.

* – Bonjour, je suis stagiaire infirmière, je vais vous faire une prise de sang et votre piqure pour éviter la phlébite (enfin celle de tous les matins) Je vais vous mettre le garrot et attendre ma collègue.

* – Je vous préviens, j’ai tendance à faire des malaises quand on me fait des piqûres. Mais si vous êtes rapide, tout se passera bien.

Je sors aujourd’hui, je peux bien servir une dernière fois de cobaye. Il faut bien qu’elle se forme ! Et puis hier matin, elle a fait la piqûre contre la phlébite et elle ne m’a pas fait mal.

L’infirmière en titre arrive et explique à l’infirmière

* Tu passes le coton, oui, encore une fois… Tu repères bien la veine, non plus comme ceci…

* S’il vous plait faites vite !

Ça ne finira donc jamais ? Je suis fatiguée, je fonds en larme. L’infirmière me conseille

* Vous êtes fatiguée, il faut dormir quand votre fille dort !

« C’est justement ce que je faisais quand vous m’avez réveillée ». Je voudrais qu’elles finissent et sortent.

* Maintenant on va vous faire la piqûre contre la phlébite.

* On ne peut pas s’en passer ? Je sors dans 2h de la maternité !

* Non, c’est le protocole. Et puis, c’est au cas où vous ne sortiriez pas aujourd’hui.

« Non, ce n’est pas possible, c’est une éventualité que je ne peux même pas imaginer. Allez, que ça finisse et vite. »

* Bon mais alors c’est vous l’infirmière en titre qui la faites.

* Mais je ne la ferai pas mieux.

* Oui mais plus vite.

Elles sortent me laissant en larmes. Je me calme. En attendant le petit déjeuner, je vais prendre une douche pour me détendre. Ensuite mon homme arrivera pour faire prendre le bain à Hombeline. Ce sera un autre moment agréable.

A peine entrée dans la douche, la puéricultrice, celle qui m’avait laissée 40 minutes avec mon petit doigt dans la bouche de ma fille, entre

* Mettez votre bébé en body pour la pesée, je reviens de suite.

* J’ai le temps de prendre ma douche ?

* Non

Elle repart. Sale, fatiguée, affamée, en pleurs, je regarde ma fille et je décide de ne pas la déshabiller alors que je ne sais même pas quand la puéricultrice revient. Elle revient

* Vous n’avez pas déshabillé votre bébé

* Non

Elle la déshabille ou moi (« quelle importance puisque vous décidez de tout ? »), la pèse, 3,5x0kg. Je réagis

* Tiens elle a perdu 10g depuis hier

* Alors, ce n’est pas sûr que vous sortiez.

Je fonds en larmes, ce n’est pas vrai, ce cauchemar ne finira donc jamais. On m’a mis la pression pour entrer à la maternité parce qu’elle était trop grosse. On l’a fait sortir de mon ventre pour la même raison. On ne veut pas me laisser sortir parce qu’elle est trop petite. Mais elle fait plus de 3,5kg, plus que la majorité des bébés ici ! Même la fille de Laetitia qui n’est pas encore sortie de néo-nat parce qu’elle est si petite, sortira peut être aujourd’hui. Quelle autre preuve de santé voulez vous ? Qu’est ce que je vous ai fait pour que vous m’enfermiez ainsi à tourner en rond dans vos couloirs ? J’ai accepté vos conseils, vos décisions, je vous ai laissé découper mon ventre, que pourrais-je faire de plus ? Si vous voulez de meilleurs chiffres, je pourrais revenir tous les jours pour la pesée. Mais mon expérience m’a montré qu’on ne ma laissera pas sortir de peur que je ne revienne pas !

* Ce n’est pas possible, je n’en peux plus, cela fait 8 jours que je suis ici !

* Bon, je vais voir si on peut faire une exception.

Ma fille réveillée a faim, elle se met à pleurer. La puéricultrice me la rend pour que je la rhabille et la nourrisse.

* Et arrêtez de pleurer, sinon, elle risque de ne pas téter.

Impossible de répondre à ceci ! Mon homme arrive, me réconforte un peu, baigne Hombeline. Je me lave, je mange. La puéricultrice nous donne sa conclusion et mon homme réagit.

* J’ai demandé, on la laisse sortir.

* De toutes les façons, on serait sortis

* Mais, c’est pour son bien ! Après vérification dans son dossier, elle avait perdu du poids par rapport à la veille car vous aviez arrêté le supplément au biberon. Mais elle avait gagné par rapport à son poids le plus bas. Donc le critère de sortie est bien rempli.

Evidemment, vos critères avaient juste oublié que d’un jour sur l’autre, un bébé ne mange pas la même chose !

Peur du souvenir, d’être touchée, insensible à mon enfant

Pendant les mois qui suivent, je ne supporte plus aucun toucher vaginal, préférant éviter la rééducation périnéale, plutôt que d’en repasser par là. 6 mois ont passé. Plus de relations sexuelles non plus. Je ne supporte toujours pas quelqu’un me touche. Je fonds régulièrement en larmes en repensant à la naissance, dans le bus, devant mon PC au boulot… Alors quand on me dit ‘la mère et l’enfant vont bien’, je ne peux pas être d’accord.

D’ailleurs, ma fille est devenue un boulet pour moi. Je n’arrive pas à comprendre ses cris, ses besoins de sommeil. Je suis épuisée dès 10h du matin. Ma généraliste me prescrit un congé pathologique parce que « si vous reprenez le boulot dans cet état, vous allez faire une dépression ». Elle m’aide à gérer le sommeil de ma fille, mais mon homme s’inquiète : je gère la logistique mais je ne joue pas avec elle, il a l’impression qu’il va devoir l’élever seul.

Une lente guérison

Sur un forum d’aide aux femmes césarisées, je trouve des femmes qui sont passées par ces sentiments. Je découvre aussi que la césarienne est d’abord un acte médical réalisé en cas d’urgence vitale. La mienne ne me parait pas justifiée. Je comprends que je ne sors pas de la contradiction suivante

* Comme maman, j’ai été et resterai responsable de ce qui arrive à ma fille. Je veux être toujours forte pour la protéger.

* Comme femme, j’ai été faible par rapport au corps médical. Mais, vu leur poids, je ne devrais pas me considérer comme coupable de mes choix.

Je demande mon dossier médical que je reçois par la poste. J’y vois le petit grain de sable «une valeur pathologique » se transformer en une pathologie « diabète gestationnel » entre guillemets puis sans guillemets. J’y lis jour après jour, heure après heure, la mesure de l’ouverture de mon col. Nulle part je n’y trouve trace de mes inquiétudes (paludisme, peur des aiguilles, de la césarienne) de mes refus (déclenchement, péridurale).

Certaines mentions sont carrément erronées : pourquoi la SF mentionne-t-elle des contractions douloureuses ? Rien non plus sur un geste médical plus qu’invasif, ce décollement des membranes ou forçage du col qui m’a fait hurler n’existe même pas dans la mémoire de la maternité. Ai-je eu les bras attachés pendant l’opération. Cela ne compte pas non plus pour eux.

D’ailleurs, tout ce qui ne rentre pas dans leurs cases n’est pas noté. Toutes ces heures à pleurer ne sont nulle part mentionnées. Pour eux cela ne fait pas partie du travail. Cela peut donc recommencer pour d’autres mères, seule l’ouverture du col comptera.

Des femmes de l’association Césarine mettent un mot sur mon malaise, la dépression, et me poussent à agir pour sortir la tête de l’eau car je ne m’en sors manifestement pas en attendant juste que le temps fasse son œuvre. J’écris une lettre à la maternité demandant à faire corriger les erreurs, comme pour corriger les bugs de cet accouchement. Le gynéco me rappelle de suite pour me recevoir longuement en entretien. Il admet que le déclenchement a été décidé suite à plusieurs détails peu significatifs mais qui l’ont fait douter sans indication claire pour un déclenchement, qu’il a été fait sur conditions locales défavorables contrairement à ce qui avait été convenu entre nous. Un embryon d’excuse. Il conclut l’entretien en demandant à la secrétaire de fixer un rendez vous avec le chef de service qui « expliquera la décision initiale de déclencher ». Je comprends que l’enchainement de décision est aussi une cascade hiérarchique, gynéco qui obéit au chef de service, sage-femme qui obéit au gynéco… Et moi dans tout cela ?

Le gynéco me conseille de passer voir la psy de la mater, et me donne aussi les coordonnées d’une psy libérale. La psy de la mater pose un diagnostic « syndrome de choc post-traumatique » et me conseille de trouver un praticien en EMDR (Eye Motion Desensitization and Reprogramming, une forme d’hypnose) car elle-même n’a pas pu obtenir ce type de formation. La psy conseillée par le gynéco est du genre qui écoute sans dire un mot, aucun réconfort. Un psy pratiquant l’EMDR me permet de sortir des cauchemars et au travers d’un simple « tous les médecins ne sont pas bons » m’autorise enfin à sortir toute ma colère contre ce système hospitalier qui nous traite comme des pions, des matrices à peine bonnes à enfanter.

J’ai encore besoin de comprendre si on m’a fait un décollement des membranes. Je dois donc passer par le CRUQPC pour obtenir ce rendez vous. La sage-femme me reçoit dans une salle d’examen. Je suis incapable de m’assoir sur le lit d’examen le temps de l’entretien. Elle me confirme qu’elle a bien tenté un décollement des membranes « parce qu’elle a obéi » Je lui dis en pleurant que je l’ai vécu comme un viol en présence de mon homme. Encore aujourd’hui, j’ai du mal à comprendre qu’elle ne se soit pas rendue compte qu’elle avait aussi le droit de désobéir, ne serait ce que de respecter mon droit à l’information. Elle me regarde partir en larmes en me disant « cela me gêne de vous laisser partir dans cet état ». Un sacré gâchis difficile à rattraper effectivement.

Epilogue

Ma fille a maintenant 4 ans. J’ai fini par l’aimer comme mon enfant mais sans jamais trouver le plaisir innocent que j’aurai avec mon fils. Tous les petits soucis de santé de ma fille me rappellent systématique cette naissance arrachée à mon ventre. J’ai appris à affirmer mes besoins mais aussi à ne plus faire confiance aveuglément aux médecins, très peu dans notre système médical et, malheureusement, j’ai clairement perdu une bonne partie de ma confiance en moi et en mon homme.

#256 – Chemin de naissances, les trois accouchements de Sylvie

10 Avr

Chemin de naissances…

31 octobre 2004. C’est la Saint Quentin aujourd’hui…

Il est environ 7h du matin et je suis impatiente depuis un moment d’aller, enfin, faire ce test de grossesse… Je tremble toute entière… Mais enfin! Après tout il faut juste « faire pipi » et attendre… Et quelle attente… Je reste là… Devant ce bâtonnet blanc et mauve qui va m’indiquer dans les secondes à venir si je vais devenir « Maman »…

Mon cœur bat tellement vite… Pierre dort…

Mon Dieu que ces quelques secondes sont longues…

Enfin, une deuxième ligne apparaît légèrement… Je suis tellement fatiguée, est-elle bien réelle? … Oui!!! Elle est légère mais bien là! Les mots tout bas sortent tout seuls; « Je suis enceinte »!! Et les larmes commencent à couler … En pyjama, je retraverse rapidement, comme dans un rêve, le couloir me séparant de ma chambre. Je ne peux pas attendre, je m’assois à côté de mon homme qui dort toujours et je le pousse doucement… Les larmes ne s’arrêtent plus… « Mon Amour… » Il ouvre les yeux et me regarde intrigué, un peu inquiet de me voir pleurer… « Je suis enceinte »… Je pleure et le plus magique des sourires se colle à mes lèvres sans plus pouvoir me quitter…

Pierre me prend dans ses bras, nous partageons tellement de tendresse et de joie…

Je n’ai que 21 ans, nous sommes mariés depuis à peine 2 mois et j’ai l’impression d’avoir attendu ce moment si longtemps pourtant…

A ce moment là, nous n’avons pas encore internet à notre disposition (tant mieux… ?) et nous faisons le choix, à 3 mois de grossesse de déménager pour un petit nid plus douillet. Nous sommes donc un peu plus éloignés de la famille et de nos proches, et je n’ai pas de voiture. Je n’aime pas conduire de toute façon et vivre dans ce petit coin de campagne me plaît.

Je vis donc cette grossesse assez calmement, sans influence, parlant beaucoup « intérieurement »  à notre bébé. Déjà très sensible avant la grossesse, cela s’accentue encore et je deviens réellement hyper sensible à tout, la moindre chose, le moindre mot dit, ou non-dit d’ailleurs, le moindre évènement me touche énormément.

Nous ne choisissons pas un suivi de grossesse particulier, nous allons régulièrement chez le gynécologue, « comme tout le monde » pour « voir si tout va bien » et faisons les examens prescrits. Nous ne nous posons même pas la question. Nous ne sommes pas informés qu’il existe d’autres possibilités de suivi de grossesse… Ou, simplement, que nous avons le choix de réaliser ou non les examens prescrits par le gynécologue…

Ma maman est sage-femme et en partie responsable du service de maternité depuis un moment. Je sais que je peux lui poser mes questions, lui téléphoner quand je veux si besoin et ce simple fait est suffisant pour moi. Je suis rassurée. Le service de maternité m’est familier. Je ne suis donc assez sereine et nous nous émerveillons chaque jour de la grossesse et des plaisirs des premiers contacts que nous avons avec notre bébé.

Je lis un livre ou l’autre concernant la grossesse de façon générale mais je ne plonge pas pour autant dans un tas de lectures. Nous choisissons cependant, comme préparation à la naissance, des séances d’haptonomie dont j’ai appris l’existence et le principe durant ma formation d’éducatrice, ce qui m’énormément plu.

Pour le reste, j’attends sans doute simplement les « informations spontanées » de la part de ma maman… Nous ne nous posons pas vraiment de questions particulières mais sommes pourtant naturellement curieux et excités de l’aventure que nous allons vivre! De la nouvelle vie que nous allons commencer…

(…)

Doucement, la grossesse touche à sa fin, nous sommes mi-juin, il commence à faire chaud… Notre bébé est théoriquement prévu pour le 26 mais je ne suis pas braquée sur la date. Je me réjouis de l’avoir tout contre moi, je suis impatiente de vivre cette naissance, découvrir si il est un petit gars ou une petite fille, de voir Pierre avec notre tout-petit dans ses bras… Mais j’adore être enceinte… Je caresse mon ventre si rond… Dans la cuisine, dans mon bain, dans mon lit, dans le fauteuil… Je prends énormément de plaisir à le voir et le sentir bouger et je lui parle…

Je me souviens m’être adressée à mon bébé en lui disant « (…) garde toujours confiance en toi, n’oublie jamais ça »…

Après un des derniers RDV chez le gynécologue, je sors stressée, j’ai peur, une foule de questions m’envahissent… Le problème vient de mon bassin… Ou de mon bébé… Ou les deux… Mon bassin semble très étroit et mon bébé approche des 3,500kg/4kg…  « Si bébé est « trop gros », il faudra faire une césarienne… »

Je suis déçue, tout allait si bien jusque là ! … Il faut aller passer une pelvimétrie (radio du bassin) pour voir si notre bébé pourra s’engager dans le bassin et passer… Je n’ai pas envie de passer cette pelvimétrie et l’idée de la césarienne me donne envie de pleurer.

(…)Je passe finalement cette radio et manque de m’évanouir car, devant rester couchée sur le dos un moment, ma veine cave était écrasée avec le poids de bébé… « Ne bougez pas, ne bougez pas! » Ils en ont de bonnes eux! Je me sens « tomber dans les pommes » moi! Je voudrais les y voir! … Tout ça pour  entendre dire que mon bassin n’est pas très grand mais qu’en principe « ça devrait passer »… (En bref, un très mauvais moment à passer pour n’avoir pas plus d’infos pertinentes au bout du compte…)

Préférant me rassurer, je garde ces mots: « ça devrait passer » en tête et met de côté l’idée de la césarienne…

Les jours suivants, j’essaie de marcher beaucoup pour stimuler un peu le travail. Il paraît que l’huile de ricin pourrait déclencher le travail, j’en prends donc de temps en temps… Rien ne semble bouger cependant…

Mais je me sens BIEN enceinte, j’ai beaucoup de plaisir à porter mon bébé malgré un sacrum bien douloureux et n’ai, au fond de moi, pas plus envie que ça que le travail commence déjà…

Quelques jours plus tard. Nous sommes le 21 juin. Chez le gynécologue, j’ai à nouveau droit, comme tous les mois depuis le début de la grossesse et comme tous les quelques jours depuis 2 semaines à une échographie, et un toucher vaginal. Bébé est toujours bien « haut ». Au niveau du col, rien de très spécial: un peu mou, toujours fermé. Je pense que c’est cette fois là, j’ai eu mal… Il a « décollé les membranes » ou il a essayé…

Fin de la consultation, il  nous dit qu’il a peur que le bébé grossisse encore et que pour finir il ne sache pas passer, il faudrait alors faire une césarienne. … (Et voilà que ça recommence…). Il nous propose donc d’entrer à la clinique le soir même et d’essayer d’induire le travail durant la nuit pour que l’accouchement se fasse demain. (…) J’ai un moment de doutes… Nous nous regardons Pierre et moi. Je ne suis pas plus certaine que ça et en même temps il me stresse avec sa menace de césarienne (puisque c’est bien ça finalement, une menace…) J’hésite… Il reprend, voyant notre hésitation: « On essaie. Si le travail se met en route, vous restez. Sinon, on attendra… » Vu sous cet angle, nous « cédons » et acceptons. Nous rentrons donc préparer nos affaires et nous nous mettons en route pour la clinique…

Une infirmière viendra placer un premier comprimé près du col vers minuit. Pierre a pris un lit d’appoint, il passe la nuit avec moi! Je ne dors pas, Pierre non-plus. Impossible de fermer l’œil!! Nous allons probablement être parents dans les heures qui suivent! Nous allons enfin voir et prendre notre petit dans nos bras! Garçon? Fille? … Nous sommes excités, nous nous posons un tas de questions, nous imaginons notre bébé et nous avons tellement hâte de ce moment!

Les heures passent et je guette les contractions… Rien…

6heures… Je dois me lever et aller en salle de travail où l’on me mettra sous perfusion… (Je ne sais même pas à ce moment là ce que je vais recevoir comme produits, etc.!) On ne m’explique pas très clairement mais je ne pose pas de questions non plus… Peut –être le fait d’être avec des collègues de ma maman me donne t’il un sentiment de (trop grande) confiance et me fait oublier le reste… Je ne sais pas mais nous suivons, Pierre et moi, « comme des moutons » ce que l’on nous dit de faire et/ou ne pas faire.

On me place le monitoring. Les contractions commencent à se faire sentir et sont très vite vraiment douloureuses… Je ne m’attendais pas à une montée si vive de la douleur et je n’ai pas le temps de bien comprendre ce qui se passe, de me laisser aller vers l’accueil de mon bébé sereinement. En fait, je ne suis pas vraiment connectée à lui du tout… le contexte (joie, réjouissance, stress, incompréhension de cette soudaine douleur, etc.) me fait un peu perdre pied et je commence à pleurer… Evidemment, ma maman (sage-femme donc) arrive à ce moment là. Difficile pour une maman de voir sa fille avoir mal. Elle me propose donc de demander la péridurale… Non, je ne la souhaite pas. »L’anesthésiste est justement là… Peut-être qu’après il sera trop tard… » … Je finis par céder (une fois de plus…). On me pose la péridurale, le monitoring est alors branché en continu et les capteurs me font mal à cause de la peau tendue de mon ventre qui contracte. C’est si gênant que je demande à ma maman pour enlever ça ou le changer de position. Je pense qu’elle prend ça comme un « caprice » ou ne se rend pas bien compte de la gêne que ça m’occasionne et n’entend pas réellement ma demande…. Les capteurs resteront là jusqu’à ce que je les bouge un peu moi-même…

Les heures passent, je suis couchée dans ce lit en attendant, comme si mon bébé devait faire ce chemin tout seul… Comme s’il n’avait pas besoin de moi. Je l’aime pourtant déjà si fort! Mais je suis perdue…

On me change de position, un peu sur le côté gauche, un peu sur le côté droit, un peu plus redressée, un peu moins… On me sonde pour vider ma vessie… Quel geste désagréable… Un toucher vaginal, puis encore un autre par une autre sage-femme pour avoir son avis…!

Le travail se poursuit, mon col s’ouvre malgré tout, les contractions sont toujours là et petit à petit l’effet de la péridurale se fait moins sentir mais je choisis de ne pas appuyer sur bouton pour prolonger les effets de l’anesthésie mais bien pour sentir un peu mieux mon corps.

14h, changement de pause, ce sont donc de nouvelles sages-femmes qui me « suivront »… (Ma maman, elle, restera bien sûr.)

Vers le milieu d’après-midi, on décide de percer la poche des eaux, sans doute pour  tenter d’accélérer le travail… S’en suivent à nouveau des touchers, palpations de mon ventre et manipulations pour voir comment ce bébé est mis. Il est encore si haut…

Au milieu de tout cela, aucune parole ne sera adressée à mon tout petit, laissé « seul » à trouver son chemin… Aucune explication… Aucun encouragement lui étant directement adressé… Non pas par méchanceté ou malveillance bien sûr mais… de toute évidence, une routine installée, un (maudit!) protocole à respecter, un manque de sensibilité (?), une banalisation du moment précieux qu’est la naissance pour l’enfant à naître et ses parents,… ça, sans doute! Un accouchement, une naissance, une de plus parmi toutes les autres…

17h, mon col est entièrement ouvert. Le gynécologue est arrivé. On fait un essai de poussée « pour voir »… (De mon côté, j’ai une jambe toute endormie, l’autre moins… Et je ne sens pas que je dois pousser, mais on me le dit, alors…) Une fois, deux fois… Rien ne bouge et notre bébé ne s’engage pas. Il est haut! Toujours et encore haut comme nous l’entendons sans cesse répéter depuis le matin. Cela fait  11h… Son rythme cardiaque s’accélère nettement durant les poussées. Je vois bien que ce n’est pas bon. Le gynécologue fait une drôle de tête, ma maman aussi. Ils sortent en me disant qu’on va laisser le rythme reprendre un peu puis que l’on réessayera d’ici 5/10 minutes… Je prends peur, je suis vraiment inquiète pour mon enfant et je n’ai même plus envie d’essayer de pousser sachant ce qui se passe. J’ai envie de pleurer, de tout recommencer à zéro, je n’ai plus envie d’être là et je veux qu’on nous laisse tranquilles… Je vis tout cela mais de l’intérieur car je ne dis rien ou si peu, à Pierre avec qui je partage mes peurs et ma déception…

2ème essai de poussée… Je n’y mets sans doute pas tout mon cœur… Et rien ne change. Le rythme cardiaque est toujours mauvais. Je me sens si seule dans mes angoisses.

« Sylvie, on va préparer la salle de césarienne. On va essayer encore une poussée là-bas puis, si ça ne va pas on sera déjà prêts pour faire une césarienne, OK? » (…) A la fin de cette phrase, un point d’interrogation qui en provoque tellement en moi… Je n’ai le courage que d’acquiescer… A quoi bon? Personne ne semble avoir le temps de me demander ce que MOI je vis, si j’ai des questions, des craintes, comment je me sens et quels sont mes besoins? Et Pierre? …

Personne ne vient nous expliquer comment cela peut se passer…

Malgré tout, j’ai encore tellement d’espoirs de voir notre bébé naître par voie basse… J’essaie de rassembler mes forces et mise tout là-dessus…

Avec le recul, je me demande comment j’ai pu garder tant d’espoirs alors que pour le corps médical l’issue devait être tellement évidente… La poussée en salle de césarienne, c’était juste pour « enjoliver » non?  …

Transfert en salle de césarienne… Il fait si froid ici! Je grelotte, je suis nue avec une insignifiante blouse d’hôpital sur moi en guise de réconfort. Pierre doit s’habiller avec blouse et bonnet et attendre quelques instants que tout soit prêt… Si il y a une personne dont j’ai besoin par dessus tout, c’est pourtant bien lui…

Le gynécologue, deux sages-femmes et Pierre autour de moi pour cet ultime essai de voir naître notre tout-petit… Bien sûr, c’était joué d’avance… Et la crainte augmentant lorsque je vois les forceps arriver n’aide pas… Difficile de se sentir en sécurité, détendue, heureuse et de mettre tout son cœur pour son accouchement dans de telles conditions… La décision de césarienne est prise… C’est le branle-bas de combat autour de moi. Je me sens me décomposer, je me rempli d’une infinie tristesse et d’un immense sentiment d’échec, j’avais tellement rêvé mon accouchement… J’étais bien loin d’imaginer que ça tournerait de cette façon. Je m’en veux, je meurs de froid, je suis tellement angoissée pour mon bébé et moi. Je ne trouve autour de moi aucune oreille attentive, aucun mot doux de réconfort, pas d’explication. Pierre est aussi désemparé… Mais il est à mes côtés.

L’anesthésiste arrive, avec l’assistante gynécologue, j’ai l’impression d’un final de pièce de théâtre où tous les acteurs se rassemblent pour venir saluer! Il y a tellement de monde qui s’agite autour de nous et prépare l’opération…

Ils commencent…

Après ces désagréables sensations d’être bousculée et remuée de l’intérieur, je vois enfin mon bébé sortir… Ca y est, il est enfin là… Mon, Bébé, notre tout petit… Pierre m’annonce: « C’est un garçon ma Puce! » Je suis si heureuse! Ce cadeau, cette surprise de découvrir le sexe de notre bébé, au moins personne ne nous l’a volée… Notre petit Quentin est né!

J’ai à peine le temps de le voir quelques si petites secondes que déjà on l’emmène dans la petite pièce de soins à côté. Pierre va avec. Personne ne me dit si tout va bien… Je suis toujours inquiète et ne sais pas profiter pleinement de ce moment qui devrait être si merveilleux!

Maman et Pierre reviendront près de moi un peu plus tard avec Quentin, un moment avant de le voir qui me sembla être si long! Pierre le mettra tout contre ma joue. Je ne le vois pas bien car je suis couchée et lui est déjà emmailloté et porte un petit bonnet. Spontanément, je déplace mon bras droit (sous perfusion) pour le toucher, le caresser… Mais je suis bien vite rappelée à l’ordre par l’anesthésiste. On ne bouge pas! … Je viens de voir mon premier enfant et je ne peux pas le toucher…

Je tremble de colère, de froid, de tristesse, de découragement… On me recoud durant ce temps et ça n’en finit pas…

« Tu pourras l’avoir après… » Dans le brouhaha, je comprends vaguement que je ne vais pas encore pouvoir voir Quentin  tout de suite mais que l’on compte me mettre en salle de réveil (pour surveillance) juste après la fin de la suture! … Ca gronde à l’intérieur de moi-même, je suis tellement en colère! Je dois tout deviner! Personne n’avait pris la peine de me dire ça!!! Mais moi je ne VEUX PAS aller dans cette foutue salle de réveil et être séparée de mon bébé!! Comment peut-on faire ça!?!?! Séparer une maman de son bébé qui vient de naître! C’est insensé!

« Ecoute, Sylvie, on va réduire le temps au strict minimum et puis on vient te rechercher pour te ramener dans ta chambre, tu ne resteras qu’une demi-heure » … Mais ça ne m’intéresse pas moi!! Je me sens bien, je ne veux pas aller là et être loin de Pierre et Quentin! Qu’on me laisse dans le couloir avec eux et qu’on surveille là! Je veux qu’on nous laisse tranquilles plus que tout! … La demi-heure passée en salle de réveil sera la plus longue de ma vie et me laissera à tout jamais un goût très amer de la maternité…

Lorsque je rejoins ENFIN Pierre et notre petit bonhomme, dans ma chambre, j’ai tellement envie de pleurer pour décharger toute cette déception vécue, ce stress intense, mes remords et mes regrets … Je mets Quentin au sein et le garde contre moi… Nous sommes pour la première fois juste tous les 3… Et ce moment me rend heureuse! (…) Mais tout ce que nous venons de vivre vient de détruire entièrement la belle image que j’avais toujours eue de la maternité… Il me reste à « apprivoiser » tout ce vécu brut…

Alors que je n’ai rejoins ma chambre que depuis une heure ou deux, un autre gynécologue, que je ne connais pas, entre en même temps que ma maman. Elle lui dit « Voilà ma fille qui vient d’avoir son petit garçon. » Elle précise que c’était une césarienne et il répond en me regardant: « Ah! Ben comme ça vous saurez comment ça se passera les prochaines fois! » … Il m’achève et j’ai envie de le frapper! Il entre, sans se présenter, sans dire bonjour et voilà toutes les paroles réconfortantes auxquelles j’ai droit… Mon Dieu, est-ce possible d’éprouver autant de colère alors que mon enfant vient de naître?!?!!

Chaque jour durant des mois et des mois, je n’ai pu empêcher les larmes de couler encore et encore… Sans être soulagée…

Bien sûr j’étais tout à fait consciente et tellement reconnaissante pour cette chance que nous avions d’avoir un enfant et en bonne santé. J’allais physiquement bien aussi, j’avais une belle relation avec mon petit bonhomme à qui j’ai énormément parlé et expliqué le pourquoi de toute cette tristesse en précisant que bien sûr il n’y était pour rien et qu’en rien je ne lui en voulais! A côté de cela, l’allaitement se passait merveilleusement bien! Sans aucune question ou presque, tout simplement… Comme une évidence…

Mais cela n’empêche pas les autres sentiments bien présents, découlant du contexte de cette naissance… Les ressentis sont là. Tristesse, remords, colère, déception, et tant d’autres sentiments…  Ils s’imposent et il faut bien faire avec… Les écouter, essayer de les comprendre et de voir ce que ça implique pour l’avenir quant auquel nous nous posons énormément de questions et ne sommes pas rassurés. Il faut essayer de faire « bonne figure » devant les gens qui ne cessent de répéter « tout va bien Sylvie! Ton petit bonhomme et toi êtes en bonne santé, c’est ce qui compte! » … (Même si c’est, évidemment, vrai que c’est le plus important! Il n’en est pas moins difficile de vivre avec ce vécu douloureux et le deuil de l’accouchement rêvé.) J’ai aussi entendu « Sylvie, fais attention, ne sois pas triste parce qu’alors le petit il le ressent hein »… Ou encore, comme une prédiction: « vraiment, ça serait mieux de vous préparer à autre césarienne parce qu’avec un bassin trop petit en plus… » … Autant de paroles qu’il faut essayer de digérer en plus du reste…

Débute ici un long chemin de réflexion concernant la grossesse et sa prise en charge, l’écoute et le respect des futur-parents et de l’enfant à naître, l’information donnée aux couples tant durant la grossesse que durant la naissance et le post-partum pour leur permettre de faire des choix éclairés, en connaissance de cause, cela étant primordial.

Il ne s’agit pas d’un combat contre le personnel (para-)médical mais bien de prendre conscience de l’importance des choix à faire susceptibles de se présenter durant la grossesse et la naissance et de ce que ceux-ci impliquent afin de vivre ces moments de façon plus sereine et plus respectueuse.

C’est ainsi que lorsque  j’ai eu la chance d’être enceinte de notre deuxième enfant, j’ai fait le choix de noter ce qui me posait encore question, ce qui me faisait peur, ce que je souhaitais réellement et qui avait de l’importance pour nous. Nous avons identifié clairement nos besoins afin d’inscrire dans un projet de naissance les choix que nous avions faits après nous être informés clairement sur chaque point. Ce qui nous a permis d’être beaucoup plus sereins le jour de la naissance puisque nous avions fait part de notre projet au gynécologue et l’avions déposé au préalable à la maternité.

Mon souhait le plus cher à ce moment étant de faire tout mon possible pour donner naissance à notre enfant dans des conditions agréables, dans une ambiance sereine où nous étions impliqués et respectés. Je souhaitais plus que tout essayer un accouchement par voie basse, sans péridurale (convaincue des effets néfastes de l’induction de l’accouchement et de la péridurale, lors de la naissance de Quentin…).

Il nous a fallu une bonne dose de confiance en nous… « Nous » en couple, mais également « nous » et notre bébé à venir… Car un projet comme celui-là n’est pas toujours bien vu… Vouloir accoucher par voie basse après une césarienne… Cela est encore parfois perçu comme de l’inconscience. D’où l’importance d’être toujours bien informés, le mieux possible et de façon objective, afin de savoir de quoi on parle et de prendre de la distance et d’évaluer la pertinence des informations que l’on reçoit (que ce soit du corps médical ou des livres, des « on-dit », etc.) Cela permet également de poser des questions plus ciblées au personnel (para)médical et de faire des choix, quels qu’ils soient, tout à fait éclairés.

Le 30 septembre 2007, après du chemin parcouru à travers beaucoup de réflexions…, nous avons accueilli avec beaucoup d’émotions notre petit Simon… Né par voie basse et sans péridurale…

Le travail ayant débuté (presque…) seul (après un toucher vaginal de fin de grossesse…), n’ayant pas souhaité de péridurale pour pouvoir toujours bouger et surtout ayant souhaité de l’aide, un accompagnement, des encouragements  afin de m’aider à ne pas me tourner vers cette option, j’ai pu marcher et changer de position selon MES ressentis, selon MES besoins, MES envies… J’ai pu profiter du pouvoir de l’eau en prenant une douche chaude durant les fortes contractions. Notre bébé, pourtant encore bien haut et pas engagé au début du travail, est descendu et s’est engagé dans mon bassin (que l’on supposait pourtant encore si étroit par rapport au poids de mon enfant…). Mon col s’est ouvert de façon régulière et Simon est né… Tout simplement…

Dommage que l’on ait percé la poche des eaux (avec mon consentement cela dit…), dommage pour la position gynécologique (tellement inconfortable et gênante voire humiliante!) que  je n’avais bien sûr pas choisie… Dommage pour l’épisiotomie (dont je n’ai pas été prévenue avant!!) si douloureuse à cicatriser, dommage de ne n’avoir pas pu pousser alors que mon corps me l’imposait si clairement… et d’avoir dû pousser au moment où d’autres décidaient pour moi…

Mais quel chemin, quelle ambiance différente de la première naissance que nous avions vécue! Quel bonheur et quelle joie d’être « récompensés » d’avoir eu confiance en nous!!! …

C’est un sentiment très fort en tant que maman de pouvoir retrouver cette confiance en son corps qui avait été si vite détruite…

Lorsque j’ai eu mon petit bonhomme dans les bras et que j’ai un peu réalisé que nos choix avaient porté leurs fruits j’ai eu l’envie furieuse de rendre espoir à toutes les mamans ayant vécu une césarienne de façon douloureuse, de leur dire: « Si! Croyez-en vous! Faites-vous confiance! A vous et votre enfant à naître… » On peut vivre une naissance heureuse même après un vécu difficile et même si tous les souhaits ne sont pas « assouvis ». Je sais aussi que si j’avais dû, à nouveau, vivre une césarienne, elle m’aurait été beaucoup plus douce que la première car nous avions préparé cette naissance sous les différents angles. Et notre projet nous aidait dans ce sens.

J’avais donc envie de partager cette joie si intense! J’ai eu envie d’accompagner les futures-mamans, les futurs-parents… Comme un hommage à leur rendre. Et j’ai décidé de devenir doula…

Beaucoup de lectures, de vidéos et de rencontres exceptionnelles, l’écoute de mamans de mon entourage, ou croisées par hasard, la chance d’avoir pu suivre une formation d’accompagnante à la naissance au Québec, mes questionnements à des professionnels et des (futurs-) parents, et le prolongement de mes propres réflexions personnelles m’ont poussée toujours plus loin sur cette route que je poursuis encore…

C’est pour ma 3ème grossesse, informée alors que l’on pouvait être suivie uniquement par une sage-femme pour une grossesse se présentant « normalement », que ce choix est devenu une évidence! Avec le projet d’un accouchement en maison de naissance. …Mais il me reste à ce moment là l’épine qu’un AVAC (Accouchement Vaginal Après une Césarienne), même avec un accouchement par voie basse déjà réussi entre les deux, reste un AVAC… Il m’a donc fallu chercher un peu pour trouver une sage-femme qui soit d’accord et à l’aise de me suivre durant ma grossesse mais aussi l’accouchement en maison de naissance.

Ce choix de départ nous a permis d’expliquer les raisons pour lesquelles nous nous tournions vers elle et elle de comprendre cela, de cibler nos besoins et ainsi nous guider au mieux.

Nous avons alors vécu un suivi de grossesse tout particulièrement respectueux, en étant informés clairement concernant les choix que nous avions à faire et ce que cela impliquait ou non. Avec beaucoup de bienveillance, elle a été présente et nous a accompagnés jusqu’à la fin de notre grossesse… et après! Nous avons fait connaissance et beaucoup discuté. C’est important et tellement plus agréable de partager réellement des moments ensemble, de créer une relation de confiance, avec la personne qui sera sans doute présente lors de la naissance de son enfant!

Au fil des mois, notre choix s’est plutôt orienté vers l’accouchement à domicile et nous avons préparé cela ensemble. Nous, en réalisant à nouveau un projet de naissance, « notre » sage-femme en prenant connaissance de celui-ci, et chacun de nous en tenant compte des attentes, besoins et « conditions » de tous. Un accouchement à domicile, ne s’improvise pas et l’on ne sait, finalement, qu’au tout dernier moment, si celui-ci se déroulera en effet à domicile ou non.

Le 29 novembre 2011, notre sage-femme est en France pour accompagner une autre maman qui doit elle aussi accoucher à ce moment… C’est alors sa collègue, qui travaille dans la même optique et que nous avons également rencontrée avant la fin de la grossesse, que nous appelons pour nous accompagner car j’ai perdu les eaux durant la nuit. Le travail s’est mis en route, les contractions sont déjà fortes et augmentent encore.

Lorsqu’elle arrive, le travail est bien avancé… Ma sœur et la marraine de notre bébé à naître sont présentes chez nous pour s’occuper de nos grands qui n’iront pas à l’école aujourd’hui… jour tout spécial pour chacun de nous. Nous sommes en confiance, tout se passe bien et est bien organisé… Une petite heure plus tard, tendrement accompagnée par mon homme qui me soutient depuis le début et sous l’œil bienveillant mais discret de la sage-femme, notre petite Fanny naît dans, notre chambre, tout en douceur… Pour notre plus grand BONHEUR!!!! …

Pas de « dommage pour ceci, pour cela… », à l’exception peut-être que la sage-femme qui nous accompagnait depuis le début n’ait pas été là… Mais comme nous étions préparés et nous étions rencontrés avant, tout s’est vraiment bien déroulé et dans une relation de confiance.

Pas de péridurale, pas d’épisiotomie, pas de position gynécologique ni de poussée imposée, pas besoin « d’exclure » les enfants, ils sont là, dans la maison, pas loin de nous. Pas de gestes invasifs, pas un nombre incalculable de va et vient de personnes entrant dans ma chambre sans demander s’ils ne dérangent pas, …

Juste…Respect, Soutien, Tendresse et Douceur, Confiance, Bienveillance, Simplicité… et un Bonheur infini à partager de rencontrer notre enfant dont nous ne connaissions pas le sexe, une petite fille, Fanny, venue agrandir notre famille…

MERCI…

Chemin de naissances, chemin de vie,… Ensemble et avec chacun de nos enfants nous grandissons, nous apprenons, nous nous éveillons. Laissons-les nous guider… en confiance…

# 193 Maryline 2010

28 Fév

Quelques mois après l’arrêt de ma contraception, je me sens bizarre, nauséeuse, fatiguée. J’essaie de me souvenir de la date de mes dernières règles, je ne me souviens plus exactement, mais j’ai du retard. Je suis sûre que je suis enceinte, je fais un test, il est positif. J’avais une prise de sang à faire je ne sais plus pour quelle raison, je demande au labo d’en profiter pour confirmer que je suis bien enceinte, et je prends rendez-vous avec la gynéco de ville qui me suit habituellement. Je ne l’aime pas trop, elle n’est pas très aimable, mais c’est la seule gynéco du coin qui donne des rendez-vous dans la semaine (les autres que j’ai essayé de contacter, de toutes façons, ils ne prennent pas de nouvelles patientes). Elle me demande la date de mes dernières règles, je lui donne une date approximative (en fait, je me souviens que c’était un lundi, mais j’hésite entre 2 semaines), mais je lui explique que de toutes façons, j’ai toujours été irrégulière, et qu’à mon avis, cette date ne sert pas à grand chose. J’ai eu l’impression que du fait que je ne sâche pas cette date, elle m’a prise pour une espèce de « cassos », irresponsable, analphabète ou je ne sais quoi. Elle regarde le résultat de ma prise de sang, et râle parce qu’ils n’ont pas fait de dosage pour tenter de dater la grossesse. On prend alors rendez-vous pour une échographie quelques jours plus tard. Je fais donc une première connaissance avec ma crevette ce matin là. Elle détermine en fonction de la taille de l’embryon que la date de début de grossesse est le 27 octobre 2009. Un mardi donc. Sur le coup, un mardi, je trouve ça bizarre. Car si je ne connais pas la date de mes règles, je sais avec certitude (en fonction du programme TV…) que la date du rapport fécondant, c’était la nuit du dimanche au lundi (monsieur n’était pas en forme en octobre, donc on n’a pas eu 36 rapports, c’est forcément ce jour là. Et je me souviens que le lundi, j’ai ressenti une légère douleur côté gauche il me semble, comme cela me le fait parfois autour de l’ovulation (pas à chaque cycle, mais cette fois là, je me souviens l’avoir ressenti). Après, que la fécondation n’ai eu lieu réellement que le lendemain, c’est pas impossible, mais sur le coup, je penche plutôt pour un début de grossesse le lundi 26 octobre. Bon tout ça, la gynéco ne me laisse pas le temps d’en parler, c’est du genre pressée.

Arrive ensuite le jour de l’échographie officielle du 1er trimestre. Elle fait ce qu’elle a à faire, me renvoie chez moi, et là, en classant mes papiers, je constate qu’elle a changé la date de début de grossesse au vendredi 23 octobre. Curieux, elle a rien dit, je me demande si c’est une erreur ou si c’est fait exprès. Surtout que le 23, c’est pas possible étant donné que le rapport fécondant a eu lieu après (et que je ne suis pas la vierge Marie). Je n’ai pas pensé que cette date aurait une incidence sur la suite du déroulement de ma grossesse, je me suis naïvement dit que comme ça, je serais en congé mat quelques jours plus tôt, donc je n’ai pas relevé.

Sauf que dans la clinique où je me suis inscrite (il y en a 3 dans le coin : une clinique privée, une clinique mutualiste et un hôpital, j’ai choisit la plus près de chez moi, c’est la clinique privée), le protocole, c’est d’essayer de déclencher dès le jour J.

J’arrive donc là-bas pour un contrôle le vendredi 23 juillet 2010, je vois d’abord une sage-femme qui me fait un monito, puis un gynéco. Ayant entendu parlé du décollement de membrane, je lui précise bien que je ne veut pas qu’il le pratique. J’ai entendu dire que pas mal de gynécos le pratiquaient au cours d’examen sans même demander l’avis de la maman. Il me répond une fois que je suis installée en position gynécologique avec son doigt dans le vagin qu’il va regarder mon col, et que si c’est « favorable », il va déclencher. Je refus catégoriquement l’idée d’un déclenchement, il répète inlassablement « si le col est favorable, il va déclencher ». Je me sens prise au piège avec les quatre fers en l’air et un doigt dans le vagin, puis il finit par dire, que « le col est long et tonique », donc il déclenche pas aujourd’hui.

Je suis plutôt outrée de son comportement, et j’ai surtout très très mal. Je ne peux quasiment plus marcher, je marche comme un canard en fait. Je me demande qu’est-ce qu’il a bien pu faire pour que j’ai mal comme ça: il a dû enfoncer son doigt dans mon col comme un forçat ! Je me sens un peu perdue, humiliée aussi, avec le sentiment de m’être laissée faire…

D’après le protocole de la clinique, j’y retourne 2 jours plus tard pour un nouvel examen (la douleur est partie). Cette fois, je suis bien décidée à ne pas me laisser faire ! Mon compagnon qui ne peut pas venir avec moi m’encourage par un « cette fois, les laisse pas te défoncer le cul ». C’est un autre gynéco qui me reçoit. Je suis sur la défensive, je lui explique que la dernière personne que j’ai vue m’a fait mal, qu’il me parlait de déclenchement, et que c’était hors de question, j’essaie de lui expliquer pour la date qui n’est pas bonne, mais il ne prend pas le temps de m’écouter. par contre, il est beaucoup plus sympa que l’autre, et il commence à me dire que de toutes façons, il connaît une méthode de déclenchement totalement bio. Il a piqué ma curiosité, je me dis qu’il va peut-être me parler du fameux « déclenchement à l’italienne » qui consiste à faire un câlin avec le papa, ce qui a parfois pour conséquence de démarrer le travail. Je baisse la garde, je m’installe sur la table d’examen, il met son doigt, et il dit « bon vous voyez, là je suis en train de faire un décollement des membranes, ça va déclencher spontanément le travail ». Là, je suis carrément dégoûtée, je me sens trahie, bernée, bref totalement écoeurée.

Dans l’après-midi, j’ai quelques douleurs, de légers saignements, mais pas de réelles contractions.

2 jours plus tard, donc à officiellement J+4, je retourne de nouveau à la clinique, mais cette fois, je prépare un « projet de naissance express »: je prend le 1er que je trouve sur internet du style : « je ne veux pas de péri, pas de déclenchement, pas d’épisio etc. » et je signe. J’ai trouvé un texte qui n’est quand même pas trop extrémiste non plus, je ne suis pas anti-médecin, mais je veux être respectée et pouvoir disposer de mon corps.

C’est encore une autre personne qui me reçoit, une femme cette fois. Elle regarde le résultat du monito que je viens de faire et me dit :

« Votre fils va très bien »

Moi : est-ce que vous avez pris connaissance de mon projet de naissance ? (j’avais donné le document à la sage-femme qui lui a transmis)

– ah, c’est vous … (avec un ton qui veut tout dire…) Mais votre fils, il est en souffrance foetale !

– vous venez de me dire qu’il va bien

– oui, mais on voit pas tout sur un monito

Après, elle commence à me dire « vous savez, j’ai fait option éthique dans mes études, ne pas déclencher par convenance pour la mère, bla, bla, bla » (bon, là, elle inverse un peu les rôles je trouve).

Bref, je reste catégorique, pas de déclenchement, je tente vainement de lui expliquer pour les dates, que je ne suis pas vraiment à J+4 en plus, mais elle ne me laisse pas. Elle refuse donc de m’examiner, et elle me dit d’aller dans une autre clinique (elle m’indique la clinique mutualiste et me fait un plan sur une ordonnance pour m’expliquer l’accès).

J’arrive là-bas, j’ai une petit peu envie de rigoler quand j’explique que je viens de me faire virer de la maternité. Au début, ils ne veulent pas de moi non plus, je fini par pleurer, et ils acceptent finalement de m’inscrire.Ils m’expliquent que d’après leur protocole à eux, ils déclenchent systématiquement à J+5 dernier délai, par mesure de sécurité, j’ai beau raconter mon histoire de date, ils m’expliquent qu’ils ne veulent pas déroger à leur protocole.

Je finis par rentrer chez moi en fin d’après-midi. Je vais me coucher le soir comme d’habitude. J’ai en principe rendre-vous pour un déclenchement le lendemain matin à 8h. J’essaie un peu de réfléchir aux conséquences de na pas y aller et d’attendre que bébé pointe le bout de son nez quand il aura décidé… Vers 2 h du matin, des contractions de plus en plus fortes, bon ben finalement, il n’y aura pas besoin de déclenchement, c’et parti ! J’arrive à la clinique vers 5 – 6 heures, je ne sais plus trop. Une sage-femme avec une aura que je ne saurais décrire m’accueille (j’ai su plus tard que cette femme là avait mis au monde son dernier à domicile). Par contre, elle m’explique qu’elle finit bientôt sa garde et elle me présente la sage-femme qui va prendre le relais. Ce n’est pas le même profile: beaucoup plus jeune, très scolaire. je comprend assez vite qu’il n’y aura pas de place pour la physiologie avec elle. Je demande à pouvoir marcher, le seul moyen pour moi de calmer mes contractions de plus en plus douloureuse (je ne suis que à 3). Elle me dit OK, mais faut passer un monito d’abord, en principe 20 minutes. Mais je ne sais pas pourquoi, elle fait durer le monito « 20 minutes encore ». Mon col progresse un peu, 1 cm par heure. Il est 10h environ, je suis toujours sous monito, je commence à plus supporter, mon col est à 5. Je réitère ma demande de marcher « oui, oui, tout-à-l’heure », je n’en peux plus, une heure plus tard, toutjours le monito, toujours à 5, un heure après, idem. Je commence à craquer, je redemande à marcher, je lui dit que la douleur est insupportable. Elle me répond « Il n’y a plus que la péridurale maintenant, et on va mettre une perf d’ocytocyne ». C’est tout ce que je ne voulais pas, mais j’abandonne, je n’en peux tellement plus que je finis par réclamer cette p… de péri. Il me faudra quasiment 2 heures de « torture » avant d’y avoir droit, le temps de refaire une prise de sang vu que le terme est dépassé. Gros soulagement quand l’anesthésiste arrive, j’aurais vendu mon âme au diable à ce moment là (j’en ai encore honte d’ailleurs). Après, c’est assez logiquement que j’ai eu droit à la perf d’ocytocyne (finalement pas longtemps car le bébé supportait pas trop), rupture des membranes, poussage en force et en position gynéco (« inspirez, bloquez, poussez »), et poussage quand la sage-femme a décidé (le gynéco était dans le coin, donc c’était le moment, car à son avis, il y aurait besoin des ventouses pour finir). Finalement, il y a pas eu besoin des ventouses ni du gynéco (j’ai poussé comme une malade, merci le hémorroïdes après), et dans la suite logique de cette façon de pousser, épisio.

Aujourd’hui, je n’en veux pas à cette petite sage-femme, elle a fait comme on lui a appris, et elle m’a toujours expliqué ce qu’elle comptait faire avant de le faire, et d’attendre mon accord.

J’en veux aux gynécos de la 1ère clinique, j’hésite aujourd’hui à entamer une procédure contre eux (j’ai déjà fait la liste des articles du Code de la Santé Publique qu’ils n’ont pas respectés).

Et je m’en veux surtout à moi-même, de ne pas avoir suffisamment défendu mes convictions.

Maryline

# 113 Un déclenchement imposé en raison d’une estimation de croissance erronée – France – 2011

16 Fév

Marion a bientôt 22 mois. Je ne me suis toujours pas vraiment remise de ma grossesse et de l’accouchement. J’ai encore pas mal de douleurs physiques et psychologiques.

 Le suivi a été assuré par « les » sages-femmes de la maternité de la ville où je vivais. Comme j’arrivais tout juste dans la région et que je ne connaissais personne, j’ai fait au plus simple. Chaque mois une sage-femme différente, des rendez-vous catastrophiques, tous plus stressants les uns que les autres. Au troisième trimestre, ils ont décidé que le bébé avait un retard de croissance et m’ont encore plus fliquée, échographie de contrôle tous les mois, monitorings à gogo, festival de touchers vaginaux.

 A 8 mois une gynécologue que je n’avais jamais vue décide qu’il est temps d’accoucher, que je ne nourris pas bien mon bébé (c’est une phrase que je vais entendre encore souvent…quelle idée de vouloir allaiter sa fille alors que déjà enceinte je n’étais pas capable de la nourrir correctement)… pourtant les trèèèèèèèèèèès nombreuses échographies que j’ai faites montrent le contraire. Je sors en pleurant du rendez-vous, et j’accepte le déclenchement. Puis en rentrant je fais marcher un peu mon cerveau, je parle avec mon mari et ma mère, ma tante appelle un ami obstétricien et j’appelle pour refuser. Elles ne sont pas contentes… je dois faire un monitoring 2 fois par semaine et un examen. Au deuxième rendez-vous la sage-femme pratique un décollement des membranes (je l’ai compris après). J’ai eu tellement tellement mal, alors que ça ne devait être qu’un toucher vaginal et je ne comprenais pas pourquoi…dans la nuit j’ai commencé à perdre les eaux, la poche était fissurée, et je saignais. Nous nous sommes  rendus à l’hôpital. Je n’avais aucune contraction, ni le lendemain, ni le surlendemain. L’attente était infernale. J’ai fini par céder et accepter le déclenchement le samedi matin, au moyen d’un gel injecté sur le col. Je n’étais pas du tout prête à accoucher, ni physiquement, ni dans ma tête et ma fille non plus. 15 minutes plus tard, les contractions sont apparues, toutes les 2 ou 3 minutes et ça a duré de 7h du matin jusqu’à 18h quand elle est née.

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Marion 055

Marion 057J’ai géré la douleur comme j’ai pu, seule toute la journée avec mon mari qui en a pris plein la tête… une sage-femme passait de temps en temps me masser le dos et me proposer la péridurale. Je dansais en écoutant Rihanna et Gorillaz, me contorsionnais dans tous les sens, bougeais sans cesse pour aider le bébé et accélérer le travail. En milieu d’après-midi, je demande à prendre un bain et elles acceptent, malgré la fissure de la poche des eaux, je pense que c’est parce que je suis sous antibiotiques. Ça permet d’accélérer la dilatation et c’est bien efficace. Puis je n’en peux plus, je sens que je vais craquer, et je ne me sens pas assez soutenue pour affronter la suite, j’ai peur  et je demande la péridurale. Une fois posée je me repose et je suis plus zen. Par contre les contractions s’espacent et la sage-femme menace d’injecter d’autres hormones pour accélérer les choses mais je ne veux pas.

Au final, quand j’arrive à dilatation je ne sens rien et la sage-femme propose de pousser. ce que je fais, très fort, pendant 20 minutes avec presque pas de résultat. LA sage-femme m’encourage comme elle peut, il faut pousser comme pour faire caca, dit-elle… ça n’aide pas beaucoup. Je voudrai changer de position mais elle ne veut pas. Elle me dit que mon périnée refuse de céder à un tout petit endroit, qu’il est trop tonique… et j’accepte le coup de ciseau, une nouvelle violence infligée à mon intimité… j’aurai mieux fait de lui mettre un coup de pied dans la tête. Marion sort, d’un seul coup, ce qui déchire une autre partie… elle est là et je suis super heureuse. L’accouchement s’est bien passé, oui, oui, tout va bien, je suis radieuse.  Marion fait 2.7 kg, 2 semaines avant terme… autant pour le retard de croissance…

22 mois après j’ai mal car ma grossesse a été un enfer, on me l’a gâchée, parce que je n’étais pas prête à accoucher et ma fille non plus, parce que l’épisiotomie a laissé une cicatrice affreusement douloureuse qui me lance presque tous les jours. De même, la déchirure s’est mal refermée et je suis mutilée, à un endroit sensible de mon corps…

On apprend de ses erreurs. Pour le prochain bébé que nous essayons de fabriquer depuis quelques mois, ça sera un suivi global par une sage-femme en qui j’ai totale confiance et, peut être, si tout va bien un aad (accouchement à domicile), sinon un accouchement à l’hôpital, accompagnée d’une doula et de mon chéri.

Le savoir c’est le pouvoir. Tant que les femmes seront ignares tous ces grands médecins à l’égo démesuré auront tous les pouvoirs sur nos corps et sur la naissance de nos enfants. Et les violences infligées dans ces moments ne cesseront pas. Les féministes se trompent de cheval de bataille : ce n’est pas la maternité ou l’allaitement  qui avilissent les femmes, mais la manière dont elles sont traitées dans ces moments clés de leur féminité. Le pouvoir d’une femme qui accouche physiologiquement dérange. Elle sait le faire, seule, dans la mesure où elle est correctement soutenue et accompagnée.