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#339 Le deuxième accouchement de Anne, Belgique

7 Fév

Madame, Monsieur,

Le contenu  de cette lettre que vous êtes en train de lire avait été fait il y a 4 ans mais je l’avais jetée. En effet, écrire enfin cette lettre et vous l’envoyer est pour moi, la dernière étape d’un long cheminement sur une épreuve que j’ai eu à traverser. Je ne l’ai pas envoyée plus tôt car je savais que la réponse que vous me donneriez n’enlèverait rien à notre souffrance voir même la discréditerait probablement. Aujourd’hui, nous réclamons une justice…non pas pour moi égoïstement  mais surtout pour ma fille. En effet, depuis quelques mois, Emma a des difficultés comportementales. Bien logiquement, nous avons mis ça sur le compte de l’arrivée de sa sœur car ça a commencé lorsque j’étais enceinte. Aussi, après des mois et même des années de galères car Emma est une petite fille tourmentée depuis toujours, nous avons décidé de faire un bilan dans une ASBL pour enfants en difficultés. Là, une expertise psychologique, neuro-psychologique et logopédique a été réalisée par des spécialistes. Cette semaine, nous avons reçu le rapport et il semblerait qu’elle soit toujours traumatisée par sa naissance et qu’elle a des difficultés d’apprentissage type TDAH et des troubles de la compréhension verbale. Il nous semble très clair que rien ne peut dire formellement que sa naissance et la grossesse soit en cause mais rien ne dit l’inverse non plus. Aussi, elle ne m’a pas encore posé de questions sur sa naissance  mais au vu de ces circonstances, je vais devoir lui expliquer. Cette démarche vis à vis de vous nous semble difficile car je sais que notre vécu risque d’être discrédité mais tant pis…Emma a le droit de savoir que son papa et sa maman demandent des comptes pour elle, pour elle se construire plus tard.

Voici mon histoire de sa conception à la période post-partum… Il y a 5 ans après avoir traversé un AIT suite à une hypofibrinolyse modérée, j’étais enceinte d’un bébé attendu depuis très longtemps, une grossesse longtemps post-posée pour stabiliser ma santé. J’ai eu connaissance de ma grossesse le 18 octobre 2008. C’est Mme V. qui me suivait, nous avons eu un bon contact soignant-soignée mais elle m’annonce de suite qu’elle est enceinte et donc, elle ne pourra suivre en intégralité ma grossesse. Au premier trimestre, j’étais malade avec des nausées mais ça ne se passait pas si mal. Ensuite, vers 8 semaines, j’ai attrapé une bronchite qui m’a donné une dyspnée à l’effort invalidante. Lors d’une consultation chez Mme V., elle constate le problème et demande un avis cardiologique qui sera effectué dans l’hôpital le plus proche de mon domicile, l’examen sans particularité et le cardiologue (Dr L.) m’a ensuite envoyée chez le pneumologue (Dr H.) qui m’a diagnostiqué vers le mois de février une hyperréactivité bronchique. Il a instauré un traitement à base de Qvar. Début mars, j’étais donc à environ 23 semaines, Mme V. est partie en congé prénatal et j’ai donc été suivie successivement par Mme C. qui m’a accordé 10 min de consultation pour moi alors qu’elle ne connaissait pas et surtout que je n’étais pas spécialement bien. Devant ce manque d’intérêt, j’ai longtemps hésité avant de changer et en concertation avec la sage-femme indépendante qui me suivait, j’ai été dirigée contrainte et forcée par les secrétaires chez Mme J. à la consultation ONE car pas de place ailleurs. Début du suivi, à part des contractions et  toujours cette dyspnée importante à l’effort qui me ronge.  Je me suis plainte plusieurs fois d’être à court d’haleine et d’être oppressée…Mme J. m’avait fait un papier pour donner à mon pneumologue en disant que le Qvar contenait de la cortisone et que ça donnait un retard de croissance intra-utérin et qu’elle n’était pas vraiment contre mais pas pour non plus, elle voulait autre chose comme traitement. J’ai donc contacté le pneumologue qui s’est interrogé sur la raison de cette demande car il m’a dit que la corticothérapie est essentielle dans un traitement de l’asthme atopique, il a ajouté du Ventolin, il avait raison. J’avais également des contractions et j’ai donc été mise sous U********* 2 comp 3X/ jour ainsi que de l’A***** suivi d’un repos au lit car j’avais des contractions très fréquemment sans modification de mon col. A savoir que j’ai des antécédents de choléstase gravidique pour ma première grossesse et que le bilan hépatique n’a pas réalisé fréquemment semble t il. Le suivi a donc continué avec un test de O’sullivan positif, un triangle hyperglycémique réalisé également montrant juste la nécessité de suivre des mesures diététiques sans sucre. A signaler également, j’avais téléphoné 1X à Mme J. pour des contractions et l’accueil a été plutôt glacial. En consultation, je pesais mes mots à savoir que j’avais une sage-femme libérale qui venait à la maison me faire des monitos et elle avait envoyé un courrier avec le rapport de tous les monitos et elle m’a chargée de dire à la sage-femme que ses rapports ne servaient à rien alors qu’il lui était tout à fait possible de l’appeler et de lui dire directement. Bref, j’ai du entendre les doléances de Mme J. sur des autres praticiens en plus de la charge d’une grossesse déjà bien compliquée. Aussi, au vu de mon problème de coagulation, je prenais et je prends toujours de la cardioaspirine 100 mg à vie mais à 35 semaines, l’aspirine a été stoppée en vue de passer à la c******. Il existait un schéma fait par la coagulopathe(Mme M) avec une proposition de F******. J’avais pas forcément facile à me déplacer et j’y suis allée péniblement tout ça pour m’entendre dire qu’elle ne donnerait pas ce que Mme M. avait préconisé. Je ne savais pas vraiment comment je devais faire pour l’accouchement car elle ne m’a rien expliqué, ni à quel moment je devais arrêté la C****** et comment juger si je devais la faire ou pas chaque jour, à savoir que je contractais toujours énormément et que c’était très dur à juger à savoir que je ne suis ni médecin, ni sage-femme. A 36 semaines, j’avais tellement ras le bol de ce manque de sérieux car je contractais toujours, j’étais tellement dyspnéïque que je ne savais plus marcher 100 mètres sans devoir m’arrêter tellement j’étais tachycarde à 160-180 à l’effort. J’avais extrêmement mal partout du à l’alitement et aux dorsalgies chroniques. Je décide donc de reprendre mon dossier et d’aller ailleurs. Malheureusement, le lendemain de mes démarches…mon ventre a commencé à me gratter intensément et je me rends compte que mes médicaments habituels me rendent malades.  Donc vu les contacts que j’avais avec Mme J. j’ai contacté ma sage-femme qui me renvoie en urgence chez mon médecin traitant, celui-ci est très inquiet et me fait une prise de sang. Quelques heures plus tard, je reçois les résultats et le verdict tombe, mes enzymes hépatiques sont au plafond. Elle contacte donc la gynécologue sans arriver à lui parler et elle me le signale. Fin de cette journée, Mme J. m’appelle en me disant que je n’ai pas à la déranger en consultation, je lui signale que je ne l’ai pas appelée mais que c’était mon médecin traitant. Elle baisse immédiatement d’un ton et me demande ce qu’il se passe, je lui explique que mon ventre me gratte que mes enzymes hépatiques sont très élevés. Elle me dit que c’est très grave, qu’il faut que j’accouche la semaine d’après mais je dois avoir un monitoring fœtal journalier obligatoirement car je risque de perdre mon bébé. Je lui demande si c’est la seule solution et je doute un peu, je lui demande si c’est le seul traitement et elle me répond que si je refuse le déclenchement de mon accouchement, elle refuse de continuer à faire mon suivi. Contrainte et forcée, la mort dans l’âme et surtout dégoûtée, je n’ai pas d’autre choix que de me plier à sa volonté et j’annule toutes mes démarches pour aller ailleurs. A ce moment là, je n’ai donc plus été vue par Mme J. depuis 3 semaines…

 

Le jour J à 6h(le 3 juin 2009), je suis arrivée mais la peur au ventre avec un asthme instable non contrôlé malgré le Q*** et le v*******, une choléstase gravidique aigüe, un utérus contractile, un diabète non insulino-requérant sans vraiment avoir eu un suivi correct et une écoute, des douleurs chroniques que l’ostéopathe n’est pas parvenu à contrôler vu la grossesse… sans même avoir été rassurée par la gynécologue. Mon médecin traitant étant aussi perplexe que ma sage-femme sur la qualité du suivi. Voilà, à ce moment là, je me suis dit que je n’étais pas dans les conditions optimales pour mettre au monde ma petite fille. Ensuite, vers 9h, on s’occupe de moi, La sage-femme m’examine et m’explique que mon col est ouvert à 2 cm et que ce n’est pas gagné car je ne suis qu’à 37 semaines. Elle me met donc un gel qui brûle et fait mûrir mon col…puis une seconde fois plus tard dans la matinée car pas de résultat…puis la perfusion avec les occytocines sont placées vers 11h30 puis vers 12h30, le cathéter péridural. Soudainement vers 14h environ au changement de service, j’ai eu affaire à une dénommée «C.» une jeune sage femme du quartier de naissance. Elle est entrée sans même m’avoir examinée, elle dit d’emblée que la péridurale ralentissait mon travail et m’a dit qu’il était désormais plus possible d’injecter l’anesthésiant dans le cathéter mais elle a augmenté la perfusion en doublant la vitesse de perfusion. Je n’ai rien dit et j’ai essayé de mettre en pratique ce que ma sage-femme m’avait appris en préparation à l’accouchement. Mais plus le temps passait et plus ça devenait ingérable. Sur 3 ou 4 heures de temps, je suis passée de quelques cc/h  à 125 cc/h de solution de synthocinon. Pour ensuite se terminer par moi à quatre pattes, en détresse respiratoire avec la perfusion qui coulait en écoulement libre avec la roulette à fond.  Ensuite, 2h avant d’accouchement, quand j’ai vu que je n’arrivais plus à respirer, je me suis mise à pleurer car je sentais que ça n’allait pas. J’ai dit à cette «C.» plusieurs fois que je n’allais pas bien avant…je n’ai jamais vu la gynécologue, jamais la sage-femme ne m’a mis de l’oxygène ni même pris ma saturation, je ne respirais pas bien du tout. Ensuite, J’ai senti l’angoisse m’envahir  et il n’y a rien de pire que ça… jusqu’à ce que je rassemble mes dernières mots de ceux que j’arrivais encore à prononcer à ce moment là à savoir qu’accoucher comme ça en 2009,c’est un scandale !! Que même une vache, on ne lui fait pas ça !! Cette soignante m’a répondu que je n’avais pas le choix, que j’étais là pour raison médicale, la raison médicale explique la brutalité ? Elle est partie quelques instants pour ensuite revenir, ouvrir la porte de la pompe et l’ouvrir à fond, me mettre à quatre pattes et s’en aller juste après. Je me sentie abandonnée dans ma détresse et pas que morale mais physique aussi. Je pleurais sans même savoir parler…et puis, je me suis remise sur mon dos car j’étouffais. Mon mari l’a rappelée et elle est revenue…elle a dit sans même m’avoir regardée en face et en regardant mon ventre et mon anatomie intime : »et bien voilà madame, à 4 pattes, ça marche bien pour faire descendre le bébé… » Elle a ensuite appelé Mme J. qui une fois entrée, s’est inquiétée de mon état respiratoire…ENFIN !!!  Elle s’est énervée sur la sage-femme en lui disant, il faut du V******* tout de suite, elle a couru voir dans sa pharmacie et elle n’en avait pas. Donc, elle nous a dit que ça n’irait pas si je n’avais pas mes puffs alors elle s’est tournée vers mon mari pour voir s’ il avait mon puff de V*******. J’ai essayé comme j’ai pu d’inspirer mes puffs mais tout n’est pas arrivé dans mes bronches donc, Mme J. a dit : « allez !!! Vous allez devoir mettre le paquet car ça risque de mal se terminer si vous ne poussez pas efficacement » J’ai donc rassemblé le reste de force qu’il me restait et j’ai poussé 3 fois et ça a suffit…toujours sans oxygène, sans monitoring, sans saturomètre… Quand j’ai accueilli ma petite fille enfin quand j’ai essayé de l’accueillir…je me suis dit que le bon dieu avait été avec nous ce jour là…que j’étais en vie et qu’elle aussi…La détresse respiratoire s’est levée car j’ai refait des puffs de v******** et que les contractions se sont arrêtées. Après cela, ma petite fille n’a pas été vue par un pédiatre car le poids était supérieur à 2kg 300. C’est la réponse qui m’a été donnée par les sage-femmes lorsque j’ai demandé si elle devait aller en néonatalogie.

J’ai accouché à 18h24 et je suis arrivée vers 22h30-23h dans ma chambre à la maternité. Ensuite, après m’être endormie vers 1h du matin, une sage-femme du quartier de naissance est revenue me faire signer les papiers pour le don de sang de cordon. Jusque là ok mais vers 6h, elle est revenue me réveiller, encore pour me faire signer les mêmes papiers signés 5h plus tôt car perdus… Tout ça pour apprendre 15 jours plus tard qu’ au vu du délai entre le prélèvement et l’analyse, le don n’avait pas pu être traité.

Le séjour en maternité s’est très bien passé et ça m’a aidé un peu à commencer ma reconstruction mentale et physique. Le lendemain, Mme J. est passée me voir visiblement embêtée et inquiète de mon état respiratoire et a reconnu verbalement qu’il aurait fallu un meilleur suivi pneumo, qu’elle aurait du insister. Il était un peu tard pour ça et Mme H m’a vue en post-partum et m’a instauré un traitement correct et je la remercie rien que pour ça ; J’ai eu un traitement à base de s******* 50/500, m********** 10mg, v******* et f******** a***.

Pendant des mois, j’ai vécu avec ce qu’on appelle un stress post-traumatique du à l’accouchement mais je ne savais pas qu’on pouvait en souffrir suite à un accouchement… J’ai fait des cauchemars pendant des mois du personnel soignant en train de me courir après pour me faire accoucher… j’avais des angoisses, je n’étais pas bien. En février 2012 donc 3 ans en vue de me lancer dans une autre grossesse et pour tourner la page, j’ai entrepris une thérapie par l’hypnose et ça a très bien marché. Je ne pleure plus le jour anniversaire de ma fille et je vais bien mais la route a été si longue. Aujourd’hui, je vais bien. Malgré tout, je viens d’avoir une 3ème petite fille le 27 juin 2013 après un combat acharné qui a mobilisé sage-femmes indépendantes, hospitalières, diabétologues, pneumologues et gynécologues. J’ai eu les mêmes complications pour cette grossesse que pour la grossesse d’Emma, hormis que cette fois, le personnel soignant m’a écoutée et suivie comme il se doit. Ce fût une expérience douloureuse mais tellement positive.  Je n’ai strictement rien à reprocher lors de ma prise en charge de cette 3ème grossesse. Mais quand on voit l’énergie que chaque soignant a dépensé pour que ma fille et moi, nous nous en sortions sans encombre. On peut être en mesure de se dire que Emma et Moi, nous sommes des miraculées. Cependant, cette dernière grossesse m’a donné les pires angoisses car on ne peut pas faire un black out sur tout. Cela dit, je tiens à dire que hormis la situation difficile que j’ai eu à traverser en 2009, Vous avez un personnel soignant qui est formidable mais comme partout il y a des personnes moins professionnelles à certains moments et quand vous tombez sur des personnes comme celles-là à un moment comme une grossesse et un accouchement, ça laisse une marque indélébile non pas que pour la maman mais aussi pour l’enfant et le futur adulte qui se construit. Pour ma dernière grossesse, elle a bien été préparée et je suis allée voir Mme H à Bruxelles, une spécialiste des grossesses à risque bien connue dans le milieu et elle m’a confirmé qu’il y a eu des manquements dans ma prise en charge.

Je suis désolée d’avoir été si longue mais tous ces évènements s’étalent sur des années…Nous n’attendons pas grand-chose de vous, mon travail sur moi-même est terminé mais celui de ma fille ne fait que commencer et la route sera très longue. Nous voudrions que les manquements soient reconnus et que vous reconnaissiez votre responsabilité. Nous voudrions que vous reconnaissiez la souffrance psychologique de notre fille et la nôtre même si nous avons dépassé ce cap. Je n’ai qu’un souhait que chaque femme enceinte ait droit à une prise en charge dans sa globalité. Que plus jamais une horreur pareille ne se reproduise…

Bien à vous.

Anne P.

Infirmière 32 ans

Maman de 3 petites filles.

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#279 Pascaline – région lyonnaise

8 Mai

J’ai accouché il y a 7 mois, difficile de dire si on a écouté mon projet de naissance, je ne sais pas si j’ai vraiment eu le choix d’en avoir un.
J’ai vécu les 6 premiers mois de ma grossesse à me préparer à un accouchement physiologique.
Je m’étais inscrite dans une maternité de niveau III qui vient de faire construire un pôle physio (région de Lyon).
Et puis au 6ème mois, on me trouve un diabète gestationnel. Je passe sur la façon dont je l’ai appris. (Ma gynéco a manqué de tact.)
Au premier rdv avec la sage-femme de la maternité au 7ème mois, je lui fais part de mon projet, elle ne le lit pas, ne veut même pas en discuter, visiblement il est trop tôt.
L’orientation vers le pôle physio ne se fait qu’au 9ème mois. Inutile de parler donc de quoi que ce soit. Mais, jusque là, je rentrais encore dans les fameux critères.
On m’hospitalise un jour pour me montrer les dextros et on me fait rencontrer une diététicienne qui m’explique les choses à savoir pour un régime sans sucre.
Je stabilise donc mon diabète, ne prends quasi pas de poids pendant les 3 derniers mois. Sauf qu’aux échos mon bébé est en siège décomplété, ça se confirme au 7ème mois, et il est « gros ».
Je précise que je mesure 1,78m et son père 1,85m.
D’entrée de jeu, on me propose la version. Et on me fait comprendre que je n’ai pas d’autre choix.
En réfléchissant avec mon conjoint en rentrant chez moi, je n’ai pas envie de la version. Je trouve cela trop invasif pour moi et pour le bébé.
J’écris donc à la sage-femme qui m’a prescrit cette version et je lui dis que je refuse. Elle me dit qu’il faut que j’y aille quand même, pour rencontrer un médecin quitte à refuser la version après en avoir discuté.
Nous y allons donc. On nous fait miroiter la suite logique, une césarienne obligatoire. Car gros bébé en perspective à cause du diabète et en siège de surcroît. Mais on ne m’oblige finalement pas à faire la version. Même si on me culpabilise un maximum.
On me dit qu’il faut passer une radio de mes hanches pour voir s’il pourrait passer. Après les tests tout semble encore possible. On me dit, je cite, « Vous avez des hanches comme un boulevard ».
Bien sûr que moi je veux toujours mon accouchement physio.
Je ne veux pas d’une césarienne qui va me couper de toutes les sensations de la mise au monde. Je suis née par césarienne programmée, et je ne veux pas de ça pour mon bébé.
Je veux que mon bébé choisisse de venir quand il veut, et qu’il connaisse l’expérience du passage, du rituel qu’est la naissance…
Je ne voulais prendre le risque de devoir accoucher tous mes enfants comme ça non plus. J’avais peur que ça influe sur ma montée de lait… Bref j’avais plein d’arguments.
Mais dans ce cas-là, ils m’imposeront au moins la péridurale, s’ils m’autorisent un accouchement par voie basse.
On me prescrit à 15 jours du terme une énième écho pour voir si elle s’est retournée toute seule et comment elle grossit. Le bébé a stoppé sa courbe, et grossit moins, mais toujours en siège.
Le médecin de garde refuse tout accouchement par voie basse, et l’inscrit dans mon dossier, car la procédure préconise une césarienne programmée pour les bébés estimés à plus de 3,8kg.
Il me laisse néanmoins 15 jours pour accoucher naturellement. Après séances d’ostéo, d’acuponcture, en tous genres, le bébé ne veut pas sortir, ni se retourner.
A 4 jours du terme, la dernière écho évalue le bébé à 3,813kg, soit 13g de trop pour la fameuse procédure. La médecin de garde ne souhaite pas s’opposer à la sentence apposée par le précédent médecin dans le dossier.
Elle ne semble pas très fière d’elle et me dit texto : j’espère que le bébé fera plus de 3,8kg car sinon vous allez nous en vouloir.
Le lendemain soir je rentre à la maternité pour une césarienne programmée le lendemain matin. Le monitoring laisse entrevoir une possible détresse foetale (c’est pas flagrant visiblement), une heure après je suis au bloc.
J’avais demandé que mon compagnon soit avec moi au bloc, pas possible, j’avais demandé un peau à peau sur moi à la sortie du bébé, pas possible.
Un peau à peau avec le papa, pas eu le temps. Au finale Gabrielle pesait 3,750kg.
J’ai été très stressée les 3 derniers mois de ma grossesse. Le diabète a été très anxiogène pour moi, car j’ai été très mal accompagnée dans le traitement de cette pathologie.
Après il y eut la gestion du siège, qui en a rajouté une couche.

Au final la détresse « discutable » du bébé (c’était pas super évident, ils ont tranché car il y avait de la place au bloc) fait que je me dis que c’était peut-être mieux comme ça.

Mais le doute demeure.

La suite de couches a été assez difficile. En salle de réveil, j’ai insisté auprès de la puéricultrice pour mettre ma fille au sein (elle ne voulait pas à cause de l’éventualité d’avoir de nouveau à aspirer ses poumons).
Elle a tout de suite bien tété. Mais elle était très en demande tout le temps. J’ai été très peu accompagnée dans la mise au sein. Ce qui fait que rapidement j’ai eu des crevasses.
J’ai accouché dans la nuit de mercredi au jeudi. Cette nuit-là l’équipe de puéri de nuit, ont pris le bébé et me l’ont ramené au petit matin, quand elle a demandé le sein.
Idem pour la seconde nuit. Nuit complète pour le bébé comme pour moi. Et puis le vendredi, 2ème nuit de vie pour mon bébé, changement d’équipe. Je m’étais levée 1 minute dans la journée.
Quand j’ai dit à la puéri de nuit, ah c’est vous qui allez veiller sur mon bébé cette nuit, elle m’a répondu sèchement : votre bébé est un J+3, vous allez quand-même bien commencer à vous en occuper. (faux, elle était J+2)
J’étais bouche bée, j’ai dit OK et j’ai rien dormi de la nuit.
La journée d’après s’est bien passé. La nuit suivante par contre, j’ai eu ma montée de lait. Et j’ai eu aussi un énorme baby-blues, car crevée, et mes mamelons me faisaient un mal de chien (crevasses), je savais plus trop quoi faire de mon bébé glouton qui ne faisait que pleurer pour téter. Je passe l’épisode de la sage femme de nuit qui à 4heures du mat, gratte mon bébé comme une hystérique pour qu’elle reste éveillée pendant la tétée, et qui fourre mes mamelons endoloris dans sa bouche comme une brute, tout ça pour me montrer comment on met au sein son bébé. J’étais au bout du rouleau, complètement hagarde, j’ai même pas eu la présence d’esprit de lui dire de stopper le massacre et de nous respecter un peu plus moi et ma fille.
Alors que la maternité doit être faite pour vous seconder dans vos débuts de mère, là, je n’avais qu’une hâte, rentrer chez moi pour me reposer et trouver mes propres solutions. (on ne m’a JAMAIS parlé de l’efficacité des téterelles quand on a des crevasses, on ne m’a jamais proposé de biberons de complément pour rassasier ma fille).
J’ai rencontré des gens formidables dans cette maternité, certains m’ont beaucoup aidé, d’autres m’ont au moins entendue. J’ai tendance à dire que c’est une question de rencontres, d’individus et d’atomes crochus.
Mais certaines personnes sont vraiment trop dans le médical pur, ou dans leurs croyances, et pas dans le respect du lien à créer entre la mère et le bébé, ce qui pour moi est crucial.
Je me dis qu’une maman pas bien entourée, peut vraiment avoir du mal à rencontrer son bébé à ce moment-là, si personne est là pour veiller.
J’ai eu beaucoup de colère, très très longtemps après. L’allaitement a été très dur à tenir (3 mois, et c’est mon bébé qui a décidé de stopper). Je ne sais pas si c’est lié ou non.
Aujourd’hui, c’est derrière moi, mais ça restera toujours un gros regret, et j’aurais toujours le doute de savoir si on aurait pu faire autrement.
Et surtout je croise les doigts pour que cette césarienne n’ait aucune incidence sur ma prochaine grossesse, et mon prochain accouchement.

Dernière parenthèse, inutile de préciser, que pendant tout cette procédure avant accouchement, mon compagnon a été nié, ignoré, il a fait tapisserie pendant tous les rdv médicaux de l’hôpital.
On ne lui a jamais demandé quel était son avis, quelle était sa décision.

Pascaline

#196 Séverine, Nord (59), Octobre 2010

28 Fév

Déja maman de 3 enfants de 10, 9 et 6 ans et demi, on m’annonce que je suis déja à 2 mois et demi de grossesse lors d’une echographie pour un tout autre problème ! Nous voilà donc partie pour une nouvelle aventure, une nouvelle vie …

La grossesse se passe à peu près bien hormis une fissure de la poche des eaux à 4 mois et demi de grossesse donc un gros suivi à la maison et un diabète gestationnel avec 4 injections d’insuline journalière. J’ai une echo tout les 15 jours et à 35 SA on me dit le jour de l’echo « on vous garde le diabète est trop élevé et il forme un couche de graisse autour du coeur du bébé » ! Sans me demander si je vais bien ou comment je prends la chose, on me met en chambre. Là on m’annonce qu’on va me faire des injections pour les poumons du bébé pendant 2 jours et que l’on va me déclencher l’accouchement ! Je ne suis absolument pas prête, j’avais tellement de temps encore à partager avec mon bébé dans mon ventre, on était bien toutes les 2, on avait pas besoin de ça, et pourtant on me fait comprendre que j’ai pas le choix et que c’est comme ça …

Le lundi matin, à 35 SA et 4 jours, on me met en salle de travail pour me déclencher ! On me dit que cela devrait aller vite car c’est mon 4ème bébé et que les contractions ont bien commencé depuis 2 jours. En bonne et gentille dame, je les crois et leur fais confiance! Comme c’est mon 4ème déclenchement (mes ainés ont tous été déclenchés à terme), je sais que ce sera long, donc on patiente. Je dois surveiller ma glycémie toutes les heures car, étant à jeun, je fais un malaise dans l’après-midi, et là, on a le culot de me dire que c’est pas le moment de manger !! Je trouve la dame un peu bête sur les bords mais je reste calme, je ne vais pas m’énerver pour si peu, les contractions sont fortes mais on attend pour la péridurale car ça ralentit le travail de la poser trop tôt donc je patiente …

Le lendemain matin, je souffre atrocement. On me donne un masque avec un gaz pour me soulager mais j’en peux plus. Je suis dans ce lit depuis la veille déja et mon col s’est à peine ouvert d’un centimètre … Je savais que ce serait long mais pas à ce point ! Mes ainés me manquent, mon mari est génial, il fait des allers et retours entre l’école, la maternité et la maison. Ce n’est pas facile pour lui non plus de me voir souffrir à ce point. Mais on fait avec et on patiente… Je souffre, je pleure car je suis toujours pas prête psychologiquement à accoucher si tôt (même si ça vous parait pas si tôt que ça, j’ai toujours été au bout de mes grossesses donc là, je le ressens comme un echec)… J’ai faim, on me donne juste de l’eau sucré et une tranche de pain. Le mardi soir, mon col n’est ouvert qu’à 2.5 cm, j’ai l’impression que j’accoucherai jamais. On me dit de pousser souvent pour aider bébé à descendre car il a du mal. Je m’exécute comme souvent, mon mari me dit que je suis géniale, que je suis la meilleure (que ça fait du bien dans ces moments de souffrance!) ! La nuit tombe et avec elle l’espoir d’accoucher dans la nuit …

Le mercredi matin se lève, toujours pas accouché, j’ai tellement mal que je n’arrive plus à bouger, j’en peux plus d’être allongée sur ce maudit lit depuis 2 jours et d’être au même point presque (col ouvert à 3 cm après la nuit de contractions)… La sage-femme appelle le medecin-chef, car elle commence à comprendre qu’il doit y avoir un souci. Pourquoi mon bébé ne descend-t-il pas ? Il nous dit que mon bébé prend son temps pour descendre mais que tout se passe bien… Ca fait 2 jours que je leur dis qu’il doit y avoir un problème, je le sens, c’est pas normal que ça traine comme ça et puis j’ai trop mal, je ne supporte plus les contractions, le fait d’être allongée, je veux me lever, on me l’interdit formellement car je risque de causer du tort à mon bébé, de risquer l’enroulement du codon autour de son cou… J’ai plus de force, on accepte enfin de me donner un potage et un yaourt car ma glycémie est au plus bas … Et puis je vous ai pas encore dit, mais le coeur de mon bébé faiblit très souvent ! Elle commence a être fatiguée elle aussi, ma pauvre bébé d’amour, qui n’est même pas encore née et qu’on fait déjà souffrir … La nuit qui suivra sera horrible, je vais faire plusieurs malaises, des chutes de tension, le coeur de mon bébé sera très faible et malgré ça, on me laissera encore comme ça…

Le jeudi matin, je suis épuisée, plus de force, même pour pleurer. On me pose enfin la péridurale (je crois qu’à ce moment là, je me suis sentie planer, soulagée). On réclame une echo pour voir notre bébé car on sent que rien ne va comme cela devrait !! On insiste, mon mari ira même jusqu’à menacer de m’emmener dans une autre maternité car on veut pas perdre notre bébé!! Et il ne supporte plus de me voir dans cet état, je fais 39° de fièvre, j’ai mal, j’ai faim, mes enfants me manquent terriblement, nous sommes fatigués et à bout …

L’après-midi, un nouveau médecin, arrive, m’examine, trouve le bébé encore très haut et ordonne enfin une echographie ! On aura pas le temps d’aller la faire, le coeur de mon bébé descend en flèche, il est en difficulté, on m’annonce une césarienne en urgence … Exactement les mots que je ne voulais pas entendre, un échec total ! Je les supplie car je n’en veux pas, je veux accoucher moi même ! Pourquoi j’y arrive pas bon sang ? Je me sens tellement nulle et absolument pas prête, mais même pas le temps de réfléchir que la sonde est posée et je me retrouve dans ce bloc glacial, rempli de personnes inconnues et surtout, sans mon mari, qui m’a toujours assisté lors de mes accouchements ! Je demande s’il peut rester, on me répond que non c’est interdit, il me quittera en pleurant…

Deux pédiatres arrivent, je demande pourquoi, on me répond que mon bébé aura certainement besoin d’aide. On m’ouvre le ventre en 2 secondes et on me sort mon bébé. On me la montre par dessus le champ stérile, elle bouge pas, elle réagit pas, on dirait une poupée de chiffon sans réaction et hop, ils filent de l’autre côté de la pièce pour s’en occuper. Je demande pourquoi elle pleure pas, on me dit que l’accouchement l’a épuisé mais que ça ira, qu’il ne faut pas m’inquiéter, je reste figée et je prie le ciel pour entendre les cris de mon bébé… Quelques secondes plus tard (qui m’ont parues une éternité) , j’entends ENFIN les pleurs de ma fille … Je craque, je pleure à n’en plus finir tellement je suis soulagée de voir que ces 4 jours de souffrances se terminent, et qu’enfin mon bébé est là et en vie ! On la met en couveuse et moi en salle de réveil. Ma fille est née à 18h , je l’ai vu pour la 1ère fois à 22h30 en remontant dans ma chambre (on m’a laissé en salle de réveil car j’ai fait une hémorragie et une mauvaise allergie au produit) mais tout s’est bien terminé. J’ai une belle petite fille de 3kg600 en pleine forme malgré un début difficile …

Je regrette qu’on ne nous ai pas écouté, surement que mon accouchement se serait passé autrement ! C’est certain même. Bien sur, je n’ai eu aucune aide car pour eux c’était pas traumatisant du tout de rester 4 jours pour accoucher dans la souffrance et l’incompétence de certains! Je leur en veux du traumatisme qu’ils m’ont causé, de cette césarienne pour laquelle j’ai mis plus de 10 mois avant de m’en remettre ! Jusque là je ne disais pas j’ai accouché mais on m’a retiré ma fille ! Depuis, un grand pas a été fait, j’ai compris que je n’avais pas été nulle mais que c’est l’équipe médicale qui le fut !! Moi j’ai tenu, et ça grâce/pour mon bébé …

#137 Magali, dans le Maine et Loire, 2011

23 Fév

Je m’appelle Magali et j’ai accouché deux fois dans le Maine et Loire, en France. J’ai eu mon premier enfant en 1998, mon accouchement fut très laborieux et douloureux avec déchirure, épisiotomie et forceps, mon séjour en maternité ne fut pas mieux, j’en garde un très mauvais souvenir, j’étais seule (sans papa) et démunie, mon retour à la maison fut difficile avec des hémorroïdes aussi douloureux que l’accouchement lui-même. J’ai mis du temps avant de faire un deuxième enfant, le traumatisme de mon premier accouchement restait vif.

C’est en septembre 2010 que j’apprends ma deuxième grossesse. J’étais très contente de cette nouvelle en me jurant bien que celle-ci, avec ma maturité sera en accord avec mes désirs d’enfantement, soit, le moins médicalisé possible.

J’avais acquis de l’expérience et des connaissances sur mon corps de femme. Je voulais accoucher le plus naturellement du monde et allaiter longtemps mon bébé.

Je choisis d’accoucher dans une clinique, je m’y prends au quatrième mois pour l’inscription, mais hélas, il n’ y a plus de sage-femme disponible, c’est donc à contre cœur que je m’inscris dans le même CHU que pour la naissance de mon premier enfant.

La préparation à l’accouchement est prise en charge par le CHU, je m’y inscrits, je suis inquiète, pose les questions, travaille sur mon angoisse…. C’est vers le 6ème mois que j’apprends que je fais un diabète gestationnel et que je dois suivre un régime très strict. Je le suis à la lettre mais mon taux de glucose reste trop élevé, on me dit que je ne suis pas le régime comme il faut, j’affirme le contraire, finalement vers le septième mois, on m’hospitalise pour suivre le régime. au bout de dix jours d’hospitalisation, on m’informe que je vais prendre de l’insuline. J’avais donc bien suivi mon régime…

Je suis surveillée de très près, on me dit que mon accouchement sera provoqué car il n’est pas bon d’être diabétique et enceinte. Mon col est bien fermé, voire récalcitrant (j’ai subi une cautérisation du col quelques années auparavant) le col cicatriciel est plus difficile à mûrir, etc…

Le terme était prévu pour le 10 juin 2011, on me dit et redit que mon accouchement sera provoqué, on me parle tampon, ocytocine mais je retourne chez moi…

Une sage-femme vient à domicile, je l’ai contactée via la PMI, j’aime sa venue, elle est très maternelle et douce, elle me rassure. Je lui parle de mon ancienne expérience et de mes craintes, elle me dit que cette fois ci, ça sera facile, elle le sent, etc…

Je suis au plus bas niveau moral, on m’oriente vers une psychanalyste de la maternité spécialisée dans la grossesse. Je lui confie mes craintes, travaille sur mon vécu, mon passé… ces séances me font du bien.

La sage femme de la PMI me propose un suivi à domicile pour l’allaitement, j’accepte volontiers, car il est très important pour moi de réussir mon allaitement. Elle me renvoie à un collègue, mais avec mes problèmes de diabète, je suis déjà très encadrée et je n’y donne pas suite, faute de temps. De plus la sage femme s’absente pendant au moins trois semaines…

Un matin, le 7 juin, je ressens des contractions, je vais donc à la maternité, on me renvoie chez moi car je reste complètement fermée. Le soir, je sens un liquide chaud entre mes jambes, je perds les eaux, je suis toute excitée, nous retournons à la maternité, ils me disent que je suis complètement fermée et que mon col n’est pas « mûr » mais ils vont me garder sous observation avec des antibiotiques. J’arrive dans une chambre avec une autre femme sur le point d’accoucher. Je reste dans cette chambre trois longs jours avec des contractions dites « dans les reins ».

Je n’en peux plus, je suis épuisée et j’ai de plus en plus de mal à gérer mes contractions. Au bout du troisième jours, je « pète un câble » en disant que je veux une césarienne, que je n’arriverai jamais à accoucher, que je suis trop fatiguée… finalement une sage-femme compréhensive me donne de la morphine car mon col reste totalement fermé, trois jours et rien ne bouge…

L’effet de la morphine est immédiat, je m’endors, c’est assez étrange, je suis là, je sens la douleur mais c’est comme si j’étais observatrice, en dehors de moi, je finis par m’endormir.

Le matin, je suis complètement shootée, la sage femme regarde mon col, je suis absente mais je comprends que je suis dilatée à 4 et que nous allons en salle d’accouchement, mon compagnon arrive.

J’émerge, la douleur revient, encore plus intense et non stop. Je hurle comme une louve, c’est le seul moyen que j’ai trouvé pour gérer ma douleur, la sage femme me dit qu’on dirait un chant prénatal.

L’anesthésiste finit par arriver, je vais enfin avoir une péridurale, les contractions sont continues, la douleur atroce, je m’assois pour la piqûre mais ne peux m’empêcher de hurler comme une louve, l’anesthésiste, dit à la sage femme, comme si je n’existait pas :

« -Faites la taire ou je ne fais pas la péridurale! »

La sage femme tente de m’épauler, je finis par serrer les dents et taire ma douleur, l’effet est immédiat. L’anesthésiste sort. Je suis en colère, je reproche ce manque d’empathie, cet abus de pouvoir, je déteste être à la merci de ce genre de bonne femme, trouve cela anormal. Je finis par me calmer et j’oublie pour me concentrer sur mon « travail ».

On me donne de l’ocytocine pour accélérer la dilatation. Une heure plus tard, je dis à mon compagnon que je sens le bébé descendre, nous appelons la sage femme, je suis dilatée à dix. J’entame la poussée, la sage-femme est adorable, très douce, elle me propose une position sur le côté pour accoucher, j’accepte, finalement ce ne sera pas possible, le cordon est enroulé plusieurs fois autour du cou du bébé. L’expulsion arrive, elle coupe rapidement le cordon, j’avais demandé à ce que mon fils reste le plus longtemps attaché au cordon afin que la transition ne soit pas brutale, ce ne fut pas possible, je fais du peau à peau, lui donne le sein, l’accouchement est terminé. Nous sommes heureux, nous sommes le 10 juin 2011 …

Mon séjour à la maternité fut un enfer. Mes trois jours de contractions m’avaient épuisée, j’étais avec une personne dans la chambre, malgré mon désir d’être seule. L’autre maman est sympa, ça va.

Les « va et vient « des auxiliaires, sage femme, puéricultrice, pédiatre, de jour comme de nuit, n’arrangeaient pas mon état de fatigue. L’allaitement était laborieux, mon fils ne tétait pas et j’avais peu de lait. Au bout de deux jours je n’avais toujours pas de montée de lait. Il me proposent un complément spécial allaitement à la paille que je finis par accepter sous la contrainte, mon fils perdait trop de poids…

Une auxiliaire s’est donnée comme mission de m’en apprendre sur l’allaitement, déjà, elle prenait mon fils pour le changer, il hurlait, elle avait des réflexions déplacées, « ha t’es bien un garçon pour brailler comme ça », je le mets au sein devant elle, elle se saisit de mon téton et le pince fort pour lui enfiler dans la bouche, je crie « aïe » ça n’a pas l’air de lui plaire, elle pince les joues de mon fils pour le stimuler, il crie fort, je commence à être agacée… elle me stresse…

Plus tard, Elle revient prendre mon fils « pour calculer son taux de glucose » (alors que les autres faisaient cela avec moi et sans cris) J’entends hurler mon fils, je me lève vais voir dans les couloirs où elle l’a « embarqué », elle revient avec le petit hurlant, elle me dit « je ne vais pas le manger vous savez ! » je lui réponds que « je n’aime pas être éloignée de mon fils et surtout quand il hurle »… je lui prends et le calme.

On me reproche le co-dodo, me propose plusieurs fois de prendre le petit pour que je puisse me reposer, pas question, si elle veulent que je me repose, il faut arrêter de rentrer toutes les 5 min dans la chambre… c’est au bout de trois jours que l’auxiliaire qui m’agace rentre dans ma chambre à 1 heure du matin, me réveille pour l’allaitement, le petit dort, elle le réveille, le pose sur mon sein, recommence à me triturer les tétons, à pincer les joues de mon fils en m’affirmant qu’il n’a pas mal malgré ses pleurs, cette fois ci, s’en est trop, je lui explique que sa méthode me stresse, elle me répond que je suis bien compliquée, qu’il ne faut pas être une chochotte pour allaiter, je me mets à pleurer, et lui dit qu’elle n’a pas à me parler comme ça, qu’elle est en train de me dire que je suis incompétente en tant que mère, elle hurle en me disant qu’elle n’a jamais dit ça, je répond non, mais c’est tout comme… elle me dit qu’elle est très compétente pour l’allaitement que les autres mères sont moins compliquées, qu’elle n’ont aucun problème pour allaiter grâce à ses conseils, je lui rétorque que apparemment pour moi, ça ne va pas, etc… pour finir, elle me dit qu’elle ne viendra plus me voir, je lui réponds tant mieux ! Elle décline toute responsabilité quand à mes problèmes, elle sort, me laissant en larmes ! Je n’ai pas dormi de la nuit, j’ai pleuré en regardant mon bébé et en me sentant incapable !

Le lendemain une autre auxiliaire entre dans ma chambre et me trouve en larmes, complètement déconfite, elle tente de me calmer, m’explique qu’il ne faut pas s’angoisser que je finirai par allaiter et qu’il existait plusieurs façons de faire… Finalement je me retrouve avec un tire lait et un complément pour mon fils qui semble mieux téter le biberon que mon sein… je n’ai jamais senti une montée de lait, alors que 14 ans auparavant, j’avais les seins qui avaient triplé de volume et j’avais pu allaiter ma fille pendant trois mois, sans aucun conseil, ni soucis… là, rien… de plus j’avais très peu de lait. Je suis rentrée chez moi le lendemain, avec mon tire lait, j’ai allaité un mois et demi en tirant mon lait… puis j’ai abandonné, « lâché prise », je n’avais aucun plaisir à allaiter mon fils ainsi et je devais tout de même lui donner un complément… j’ai fait une grosse dépression post-natale… mais ça, c’est une autre histoire…

J’en veux beaucoup à cette femme qui m’a donné le sentiment d’être incapable, de ne pas être une mère « normale », d’être trop « compliquée » pour l’allaitement, d’être trop « chochotte », oui, je lui en veux de m’avoir volé ma sérénité des premiers jours. Je n’aurai pas d’autres enfants.