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#349 Deuxième accouchement – En province, années 90

17 Fév

Pays : France

CHU d’une ville moyenne de Province.

Deuxième accouchement
Aux alentours du terme, mon compagnon se blessa sérieusement … pompiers, hospitalisation … je pris les mesures « ad hoc » : une amie – qui devait prendre ma grande durant l’accouchement et mon séjour à l’hosto – prit ma fille immédiatement, afin de faciliter les choses. Et je me retrouvais seule, avec l’accouchement ultra proche, sans voiture – mais ça c’était pas nouveau – … seule dans cette grande maison, mais en paix … étrangement, je n’avais pas peur, j’étais en même temps apaisée et excitée par la proximité de l’accouchement. Mon premier accouchement me semblait avoir eu lieu dans une autre vie, et je me sentais en confiance avec la maternité. 12 ans et quelques jours s’étaient écoulés … ce n’était pas la même maternité, pas les mêmes personnes … les choses avaient dû évoluer, non ? Mon gros motif d’inquiétude allait vers mon compagnon … je savais qu’il souffrait, et je ne savais pas s’il pourrait être là à l’accouchement – même si nous étions dans le même hosto …

Le lendemain de l’accident de mon compagnon, j’ai passé l’après midi avec lui, à l’hosto ; en rentrant, j’ai lu, comme d’habitude, répété mes exercices de relaxation et soufflé doucement sur les contractions – pas besoin de faire semblant, les contractions s’enchaînaient mais sans être douloureuses. J’étais fatiguée …
Je m’endormis facilement. Et … à minuit tapante, réveillée par une douleur foudroyante dans les reins. Je me suis retrouvée 12 ans en arrière, exactement. La même douleur … la même heure ! Je sus de suite que le top départ venait d’être donné. Je me levais. Je savais d’expérience que rester couchée empirerait la douleur sans faciliter l’avancement du travail. Je savais qu’il fallait que je bouge ! Et je n’avais aucun besoin de me forcer : j’avais besoin de bouger. Et les contractions, exactement comme pour ma fille, se sont enchaînées de suite toutes les 5 min.
Je me suis habillée, après avoir vérifié mon col : effacé totalement, tête du bébé bombante que je sentais sous mes doigts – quelle émotion ! – … pareil que les semaines précédentes, pas de changement. Je marchais dans le couloir … durant des heures, j’ai marché dans ce couloir, avec une chanson mise en boucle sur la chaîne : « Puisque tu pars » de Jean-Jacques Goldman. Cela me semblait particulièrement de circonstance … je chantais à plein poumons en même temps, parfois je hurlais la chanson – pov voisins … au bout de 3 heures, les choses avaient bougé : le col s’était ouvert (une mandarine), le travail devenait plus fort, les contractions plus rapprochées et longues … je n’étais pas pressée de partir … mais je me demandais si en attendant trop je pourrais encore appeler les pompiers … finalement j’appelais mon amie qui s’occupait de ma grande – c’était convenu entre nous – pour la prévenir que j’allais partir à la maternité. Puis j’appelais les pompiers … rentrée brutale dans l’atmosphère « médicale », première grosse rupture de ma bulle …

Je fis le 18 :
Et les échanges, qui m’ont stupéfaits, ont donné quelque chose comme :
« Bonjour, voilà … je m’appelle xxxx xxxx, j’habite au ….., et je suis en travail. En train d’accoucher. Oui je suis sûre. Vous pouvez envoyer une voiture ?
– votre voix est trop calme ; vous ne paniquez pas … vous n’avez pas la voix d’une femme en travail, croyez moi j’en ai entendu !
– Contractions toutes les 4/5 mn depuis minuit, de plus en plus douloureuses et longues ; c’est mon deuxième. Si vous avez besoin, je peux crier et paniquer … mais je n’en vois pas la nécessité.
– Vous êtes seule ?
– Oui mon compagnon vient d’être hospitalisé suite à un accident. Ma fille est chez une amie. Personne pour m’emmener à proximité.
– Donnez moi votre numéro de téléphone. Le médecin modérateur vous rappelle rapidement. »

J’attendis quelques minutes à tournicoter autour du téléphone. La douleur s’était amplifiée, je n’osais plus chanter avec la musique, de peur de louper l’appel. Le téléphone sonna enfin, et … re ! . Je dus recommencer à zéro, les mêmes infos … génial en plein travail ce genre de dialogue, surréaliste je dirais même. Le médecin commença à réagir comme mon précédent interlocuteur. Puis il eut l’intelligence de percuter que toutes les 4/5 mn environ, je cessais de parler pour souffler longuement fort. Il me promit d’envoyer une ambulance rapidement. Il fallait que je me tienne prête.
Aucun problème. Un dernier TV avant la route. Ca avançait bien !
Je vérifiais mes bagages pour la xième fois. Coupais l’eau, et disjonctais le compteur d’électricité. J’étais très calme ; je fermais la maison, je les sortis dans la rue et commençais à faire les cent pas. Je pensais que quand je reviendrais, bébé serait dans mes bras … cela me semblait invraisemblable !
Je ne pouvais plus chanter … le temps me semblait interminable à faire des allers et retours en attendant l’ambulance. Je savais que ce n’était pas évident à trouver ma rue, mais quand même … enfin je vis un véhicule s’arrêter à quelques 2 dizaines de mètres, au bout de la rue (qui faisait intersection avec une autre rue).

Une personne en descendit, et commença à lire les plaques des rues : perdue et cherchant sa route de toute évidence … je marchais vers le véhicule, et une fois assez près, j’appelais. La personne me regarda comme une extra terrestre …
« Vous êtes les ambulanciers appelés pour mme xxxx en travail ? c’est vous ?
– euh oui … me dites pas que c’est pour vous !
– si pourquoi ?
– ben vous avez pas l’air en travail … »

A ce moment une contraction me foudroie, je m’appuie en soufflant comme un phoque contre une voiture. Ca m’évite de répondre … punaise c’est quoi cet archétype qu’ils sont tous dans le crâne ? une femme en travail ne marche pas ? ne parle pas normalement ?
Je siffle « vous en voyez beaucoup des femmes enceintes là maintenant à cette heure à vous attendre dans la rue ? »
Il me demande :
« Vos bagages sont où ?
– Devant la maison, suivez moi. »

Je marche d’un bon pas, l’ambulance roulant doucement derrière moi. La situation n’est pas loin d’être comique … Je prends mes sacs pour les charger dans le véhicule, l’ambulancier – ils sont deux, un au volant avec qui je n’échangerais pas un mot, et mon interlocuteur – m’arrête net : c’est pas à moi à faire cela …. Ça commence déjà à me gonfler tout ça … je ne suis pas handicapée zut ! Ensuite, il me demande si il peut vérifier la dilatation – savoir si on a le temps d’arriver à la maternité, ou si il faut appeler le SAMU de suite. De mieux en mieux. Je me retiens de lui dire qu’on a le temps, que je dois être autour de 3 ou 4 selon mes dernières estimations : je crois que cela l’achèverait. Il faut retourner dans la maison. Génial … j’ouvre la maison, re joncte le compteur d’électricité, toucher rapide sur le canapé : mes estimations sont confirmées.
Sitôt le toucher fini, je me rhabille et redisjoncte le compteur avant de fermer la maison. Je le suis dans l’ambulance. A peine entrée dans le véhicule, je reste debout, un peu pliée, recherchant du regard à quoi je vais pouvoir me cramponner à chaque contraction. Je sens alors une pesée sur mes épaules :
« Couchez vous sur le dos, je vais vous sangler » …
QUOI ?
MEME PAS EN REVE !
Je me dégage brutalement, et trouve du regard ce que je cherchais : deux poignées pendent du plafond du véhicule. Je les cramponne en soufflant tandis que la contraction passe. Nous n’avons toujours pas démarré. L’ambulancier tente de me convaincre de me coucher. Je lui dis très nettement que je ne me coucherais pas, et que ce n’est pas négociable. Il me parle des assurances … j’oppose un visage totalement fermé à ses arguments. Au bout d’un moment, je lui dis que je vais rappeler le 18 : je ne vais pas passer mon accouchement à argumenter dans une ambulance ! Il percute qu’il a affaire à un mur … me dit de m’asseoir alors, de me caler sur la paroi … je dis « oui » mais à chaque contraction j’aggripe les poignées du plafond en me redressant … il frappe au carreau pour dire au conducteur de démarrer. Nous parlons un peu, entre chaque contraction. Le trajet dure entre 20 et 30 mn, autant le passer le plus agréablement possible. Rapidement, je le vois chronométrer les contractions, la durée entre et la durée de chaque. Il me demande si je ne me sens pas mouillée ; si je n’ai pas envie de pousser … je lui dis que non, qu’il se détende, que l’accouchement n’est pas imminent. Il ne semble pas convaincu, et frappe au carreau pour dire à son collègue d’accélérer. Il a gagné, il me fout le stress.
Il se gare près des urgences maternité. Je ne le sais pas, mais la meilleure partie de mon accouchement est derrière moi … ces heures où j’étais seule à marcher en chantant. Un moment dont je garde un souvenir intense et ému …
Je me couche sur le côté sur le brancard, le temps de le descendre de l’ambulance et de monter à la maternité. Dans l’ascenseur, je suis debout près du brancard – décidément, la position couchée et moi sommes incompatibles. L’a pas l’air heureux, mon ambulancier … une aide-soignante nous accueille … je sors de l’ascenseur avec une partie de mes bagages dans les mains, l’ambulancier sur les talons qui me répète de laisser tout ça, qu’il va s’en occuper … je me retourne pour lui dire que « ZUT je ne suis pas handicapée à la fin ! » … je suis l’aide-soignante pour ranger mes affaires ; l’ambulancier va faire les formalités, et nous nous serrons la main ; il me souhaite bonne chance en souriant.

L’aide-soignante est souriante, avenante. Elle me demande si elle peut vérifier la dilatation ? je lui dis que l’ambulancier l’a fait il y a une petite heure, que c’était à 4 environ. Elle lève les yeux au ciel d’un air de dire qu’il n’y connaît rien … oups une grosse contraction me cloue, je souffle appuyée sur la table d’examen, puis j’y monte ; je suis maintenant à 6 qu’elle me dit, ça avance vite … Je lui demande où sont les toilettes, j’ai besoin de faire une vidange sérieuse avant tout. Je sens que c’est le bon moment … un tit suppo de microval va m’y aider. Comme cela prend un peu de temps, elle vient aux nouvelles, je la rassure, je ne suis pas en train d’accoucher dans les wc !
Puis direction salle de travail. Je me mets en « tenue » … non je ne peux pas mettre le tshirt que j’avais emmené spécialement pour accoucher : il n’est pas ouvert dans le dos, ce n’est pas possible à cause de la péridurale. Comment ça je ne veux pas de péridurale ? enfin, elle me dit que je verrais avec la sage-femme … qu’elle va chercher, alors que je fais les cent pas dans la salle de travail, en m’arrêtant, m’appuyant et soufflant à chaque contraction. La sage-femme arrive … elle vient juste de se réveiller. Je suis la 4ème ou la 5ème de la nuit, et c’est sa deuxième nuit de garde. Elle me dit de monter sur la table, on va faire un monito et un TV pour savoir où ça en est … commencent à me bassiner avec les TV ! Je dis que sa collègue – oups pardon, l’aide-soignante – vient de m’en faire un, que je suis à 6 … elle accepte de surseoir au TV, mais c’est parti pour le monito. Et moi, j’entre en enfer. Dans la foulée du monito, on me pose une perf et le brassard de tension avant que j’ai eu le temps de dire ouf.
Il faut que je me couche à plat dos. Pas le choix. Elle me dit une demi-heure de monito pour voir où ça en est. Je tape sur la table et jure à chaque contraction. Paraît que j’ai un sacré vocabulaire. Elle me propose la péri à plusieurs reprises, je refuse net. Elle me dit de me calmer – elle est gentille elle … je lui réponds que je me calmerais bien plus facilement si j’étais debout. Elle ne répond pas. La demi-heure est longue à s’écouler … Entre temps, je lui explique la situation : mon compagnon en chirurgie, opéré hier … peut-il être présent à la naissance de son enfant ? elle me répond qu’il est interdit de changer un patient de service. Oups, un sacré coup sur le moral. Voyant la demi-heure terminée, et que mon bb a un RCF parfait, je m’assois. Evidemment, ça sonne … j’ai fais bouger les capteurs. La sage-femme me dit de me recoucher … ah non alors, pas question ! Et même mieux, non seulement je ne vais pas me recoucher, mais je vais me lever. La sage-femme proteste, me parle de responsabilité légale si il arrivait quoique ce soit, l’enregistrement du RCF est obligatoire, et qu’elle a elle aussi des enfants, et ainsi de suite … Je réponds que c’est intolérable, insupportablement douloureux de rester couchée, donc je ne reste pas couchée. Point. Et je ré-attaque pour mon compagnon … je n’envisage pas d’accoucher sans lui ! Non que j’ai besoin de lui, mais je sais qu’il veut voir son enfant naître. J’ai mal choisi mon moment … je me rends compte aujourd’hui que j’ai fais une erreur de stratégie de taille. La sage-femme me re-dit ce qu’elle m’a dit précédemment. Mais ajoute :
« Cependant, si vous faites un effort, j’en ferais un aussi. Si vous vous couchez, j’appelle le service de chirurgie pour demander qu’on fasse venir votre compagnon. Et l’anesthésiste aussi, comme vous avez l’air de beaucoup souffrir » … Elle me regarde droit dans les yeux, la main posée sur le téléphone intérieur. Je suis suffoquée. Incapable de réfléchir, je dois avoir tout du poisson sorti de l’eau, bouche ouverte et yeux vides. Finalement j’acquiesce, la rage au cœur. Elle me demande de me recoucher, me fait un TV – je suis à 8 … une péri posée à 8 ? à la vitesse où le travail avance ? … elle me dit que l’anesthésiste arrive, ainsi que mon compagnon. Je jure comme un charretier en attendant, en tapant sur la table. Elle me répète de ne pas m’épuiser, et que ce n’est pas trop joli de dire cela alors que son enfant est en train de naître. Je ne relève pas. A un moment entre deux contractions, je dis que je ne veux pas d’épisiotomie. Elle répond qu’on verra. Je souffle, jure et dit que c’est tout vu. Que si je vois les ciseaux, je tape. Et si elle coupe sans que je m’en rende compte, on se parlera par avocats. L’anesthésiste arrive. Pas réveillé, encore moins que la sage-femme. Il râle … je suis sa 4ème – ou 5ème ? – de la nuit. Me dit de m’asseoir et faire le dos rond. Pas un bonsoir, rien … je m’assois, et une contraction arrive, je crie qu’il ne me touche pas durant la contraction. Il n’apprécie pas du tout … ensuite je me mets au mieux possible, il pique et je crie de nouveau : une douleur incroyable, inattendue, aigue, insupportable me fulgure dans le dos. Je lui dis de faire l’anesthésie locale, que ça fait trop mal. Il ne répond pas … une contraction de nouveau, alors qu’il va pour me piquer une deuxième fois. Je bouge, et me mets debout. Le monito sonne, la sage-femme l’arrête. L’anesthésiste râle et m’engueule, que j’arrête de faire du cinéma parce que lui voudrait bien aller dormir. Je souffle comme un phoque sans lui répondre, et me remets en position. Je suis tendue, j’ai peur d’avoir mal … et j’ai de nouveau très mal. L’anesthésiste me dit de me détendre, que j’ai le dos dur comme du béton. Je réponds que je peux pas me détendre vu comment il me fait mal, qu’il fasse la pré-anesthésie d’abord ! Il me dit que c’est déjà fait. Je réplique que c’est pas possible, j’ai déjà eu une péri, et je n’ai rien de rien senti. Là il me fait un mal de chien. Bref, de mots doux en noms d’oiseaux, deux ou trois contractions passent. Puis je me remets encore en position … il dit que c’est le dernier essai, qu’après il va chercher l’anesthésiste … je sursaute … QUOI ? il n’est pas anesthésiste ? non interne me répond il. C’est le pompon … je sers de cobaye …
Je sens ses mains dans mon dos, je souffle souffle souffle … le pieu qui entre, me fourrage le dos, c’est atroce … enfin l’impression que quelque chose cède, ça fait encore plus mal d’un coup puis plus rien. Il me dit que ça y est … je lui jette un œil noir de colère … il part. La sage-femme me fait me recoucher, remet le monito correctement, rebranche les alarmes. J’ai mal, très mal, je suis énervée, complètement sortie de ma bulle. La péri fait enfin effet … peu après, la sage-femme refait un toucher, car je lui dis que je sens une envie de pousser … elle me dit qu’effectivement je suis à complète. Elle arrête le débit de la péri … tout ce cirque pour quoi ? une demi heure de soulagement ? pffffffffff ….
Je reparle de l’épisio … et lui demande aussi d’éteindre le scialytique, que bébé ne soit pas ébloui à la naissance. Elle le fait.
Des bruits de voix dans le couloir, c’est mon compagnon. Nous échangeons une brève accolade, quelques mots. Il ne saura jamais le prix que j’ai payé pour sa présence. Très vite, il se sent mal, sort prendre un café.
Entre temps, échange houleux avec la sage-femme … je ne veux pas d’épisio. Non négociable … elle ne semble pas comprendre et me réponds « Je verrais » ; la réponse part de suite « C’est tout de suite vu : je vois des ciseaux, je tape, vous coupez en douce, je vous colle mon tonton avocat sur le dos » !!!
Le papa revient rapidement, car bébé arrive.
C’est le moment des « Inspirez bloquez poussez !!! » … je suis mal dans cette position, j’étouffe et j’ai l’impression de pas être efficace du tout. Je m’épuise … cela va durer une demi-heure, comme pour ma grande. Sans expression abdominale … et sans épisiotomie. Le scialytique est éteint ; bébé est en occipito sacré, comme sa grande sœur (je peux voir tout ce qui se passe entre mes jambes dans le scialytique éteint qui fait miroir), la sage-femme dégage la tête, les épaules et me dit de l’attraper. Il hurle de suite … il est couché sur moi, violet puis rouge écarlate, et il hurle, hurle, hurle … mes mains sont posées sur lui, je lui parle, cherche ses yeux mais il est crispé sur ses hurlements. Il est 5h30 … ce deuxième accouchement aura duré presque 3 fois moins que le précédent. L’aide-soignante le prend, dit qu’elle va lui faire « les soins » … je me tords pour la suivre des yeux, la sage-femme me tend un miroir en me disant « C‘est juste derrière vous » … et j’ai droit aux images en même temps que le son … je ne regarde pas longtemps, j’ai les tripes en vrac … je suis révulsée de ce qu’ils lui font subir, j’ai envie de balancer le miroir sur la femme qui torture mon bébé, me lever, cogner !!! La sage-femme me dit « Je vous fait un point, il y a une petite déchirure » … je m’en fous, mon bébé hurle … je sens une lassitude énorme m’envahir, et je suis tirée comme par un élastique 12 ans en arrière, où un autre bébé hurlait à s’en faire péter les cordes vocales, pour les mêmes raisons. Je me sens vide, je me sens mal … enfin les hurlements s’apaisent … la séance de torture est terminée, et la voix du papa réussit à calmer un peu bébé. Dès que la suture est finie, bébé revient sur moi. Et nous nous regardons enfin. Je me sens un peu mieux. Il est blond aux yeux bleus, comme sa grande sœur. Mais il ne lui ressemble pas du tout. Je me sens vibrer d’émotions pour ce bébé … c’est tellement nouveau. Et c’est tellement ce que j’avais espéré pour ma grande que cela me fait mal en même temps.

La sage-femme me demande si je veux allaiter. Je réponds que oui. Une puéricultrice vient pour la mise au sein. Ensuite elle me dit d’un air navré :
« Je suis désolée Madame …
– ?
– il n’y a plus de couveuse, vous allez devoir garder votre bébé sur vous jusqu’à votre installation en chambre.
– ?
– D’habitude, le bébé va deux heures en couveuse après la naissance, comme ça il peut se réchauffer et la maman peut se reposer …
– Et bien c’est une chance qu’il n’y ait plus de couveuse. Je n’aurais sûrement pas accepté cela !! Le meilleur endroit pour réchauffer bébé, c’est mon corps … et comment voulez vous que je me repose séparée de mon enfant ? »

Elle me regarde comme si j’étais une extra-terrestre, et c’est réciproque. Ils imaginaient peut-être que j’aurais laissé faire ça ?
Ce qu’ils feront subir de pire à mon enfant dans cette maternité, est à venir … toute l’après midi, on va me mettre doucement la pression pour que j’accepte que bébé aille en nurserie la nuit … au soir, usée, j’accepterais, avec la promesse que bébé me serait ramené dès qu’il demanderait, promesse que je ferais à mon fils. Il hurlera de 23 h à 6h30 du matin, sans s’arrêter … refusant les bibs, se débattant dans les bras … au petit matin, il me sera rendu rouge, épuisé, mais toujours hurlant … je mettrais longtemps à l’apaiser … je mettrais longtemps aussi à m’apaiser, car je suis bouleversée de savoir ce qu’il a subi …
S’ensuivront dix ans de difficulté de sommeil sérieuses pour mon fils : dès que je le pose dans son lit, il hurle, je mets des heures à l’apaiser, l’endormir … je le pose dans son lit, et une fois sur deux ça repart pour un tour.
Plus grand il verbalisera ses difficultés d’endormissement : « j’ai peur que des voleurs ne viennent m’enlever à toi » …
Rien ni fera, aucune de mes assurances, la porte fermée à double tour, le chien … RIEN.
Il a la peur chevillée au corps, et moi butée bornée qui ne comprend rien.
Il me faudra dix ans pour relier les difficultés de sommeil de mon grand avec cette première nuit.
Evidemment que je ne pouvais pas le rassurer : il SAVAIT qu’on pouvait venir le chercher et l’emmener très longtemps loin de moi (un nouveau-né n’a aucun sens du temps, il a du avoir l’impression d’appeler dans le vide durant une éternité) … il le savait parce qu’il l’avait DÉJÀ vécu.

Au final, je suis heureuse … j’ai une capacité d’enterrer ce qui s’est mal passé effarante, comme pour mon aînée. Je remercie la sage-femme ; évidemment, par rapport aux premières que j’ai connues, elle est formidable … évidemment par rapport à mon premier accouchement celui-là a été réussi … j’étais bien plus active, décideuse … il n’a pas duré trop longtemps pour m’user … surtout pas d’épisiotomie, et la rencontre avec mon bébé avait été émouvante et chaleureuse.
Oui, évidemment … mais quand j’ai été enceinte une 3ème fois, tout est remonté, en même temps, mes deux premiers accouchements, et toutes les émotions qui allaient avec.
J’ai tout fait – et réussi – pour ne pas remettre un orteil dans en hosto.
Je voulais – et je l’ai fais – accoucher, et ne plus me faire accoucher.
Je voulais être active, DÉCIDER, SUIVRE MES BESOINS et ne plus subir, négocier, dire amen et le regretter ensuite très longtemps.
Je ne voulais pas la lune … juste qu’on me foute la paix, et qu’on me laisse accoucher, par mes propres moyens.
Je n’ai pas eu la lune … j’ai eu bien mieux : j’ai eu la lune, le système solaire et la voie lactée en prime.
Ca n’a pas été comme je l’avais si souvent rêvé : ça a été mieux, à un point que je n’aurais pu imaginer dans mes rêves les plus fous.
La contre-partie : ce 3ème accouchement m’a fait prendre conscience de façon aigüe ce qui nous avait été volé, saccagé, pillé, piétiné à mes premiers accouchements.

Blandine

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Lien vers le premier récit de Blandine : #327 – Premier accouchement – Paris, années 80

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Anne, 1er accouchement – mai 2013, Paris‏

8 Jan
Je suis tellement heureuse d’être enceinte. Et mon mari est ravi également. Nous avons hâte de rencontrer ce petit bébé qui a grandi pendant 9 mois bien au chaud dans mon ventre. Ce moment est prévu pour le 16 mai…

Seulement, malgré la date qui approche, je ne sens rien venir. Je n’ai pas eu véritablement de contractions pendant ma grossesse, mais je pensais que ça finirait par arriver… Et rien.

A la date du terme, nous allons faire un check up à la maternité. Mon col n’est pas prêt, même pas ouvert à 1, à peine ramolli. Le bébé va bien.
On y retourne deux jours après. Rien de nouveau. On nous précise que si rien ne s’est passé dans trois jours, l’accouchement sera déclenché.
Deux jours après, nouveau check-up. Le col n’a pas avancé. Rendez-vous le lendemain matin pour le déclenchement.
Comme le col n’est pas prêt, on me pose un tampon de prostaglandine. Je passe la journée sans qu’il se passe quoi que ce soit, mes parents viennent me voir, on bavarde. Le soir vers 22h, je commence à sentir quelque chose. On va faire un monitoring. Je suis en pré-travail, il faut attendre. Je commence à avoir un peu mal. Avec mon mari, on décide d’essayer de dormir un peu. A 4h du matin, les contractions commencent à être douloureuses mais espacées et irrégulières. Je n’arrive plus à dormir. On descend pour que je puisse prendre un bain pour me détendre. ça marche et on retourne se coucher jusqu’à 7h, heure, où je ressens à nouveau les contractions.
J’essaie le ballon, je marche, je parle avec mon mari. Tout va bien.
On retourne faire un monitoring et un examen et on nous dit de revenir vers 14h.
14h, on descend tranquillement, je n’ai même pas pris mon coussin. Et là on nous annonce que je vais rester, le travail est -enfin- en cours! Mon mari remonte en vitesse chercher les affaires.
Je suis à deux. On me pose une perfusion, glucose et ocytocine pour accélérer le travail.
Je suis à trois, on me propose la péridurale, j’accepte même si je gère encore bien, je sais qu’un accouchement déclenché peut être très douloureux.
L’anesthésiste est en retard. Les contractions deviennent vraiment douloureuses (je dois être à quatre). Je bouge beaucoup, m’agite, m’agrippe à mon mari. J’ai mal.
L’anesthésiste arrive, au bout de 3 essais elle me pose la péridurale, j’étais trop crispée. Soulagement quasi immédiat. Youpi, je n’ai plus mal!
Dans la maternité que j’ai choisie, la dose de péridurale est à renouveler (environ toutes les heures ou toutes les deux heures, selon la tolérance à la douleur).
Une sage-femme me perce la poche des eaux, une autre me pose une sonde urinaire.
Le temps passe… Je commence à me gratter, vraiment beaucoup. La sage-femme est embêtée, elle vérifie le col (qui est à 5) et prévient l’anesthésiste du fait que je fais une réaction à la morphine.
L’anesthésiste me prépare un autre produit. Justement je commence à avoir très mal et je demande une nouvelle dose. Nouveau produit, on attend 10 minutes qui me paraissent très longues, j’ai toujours très mal, l’anesthésiste teste un autre produit, 10 minutes après toujours aucun effet, je la supplie de me redonner de la morphine. Entre temps, la sage-femme très sympathique me fait respirer du protoxyde d’azote. J’ai toujours très mal, ça ne marche pas, mais j’arrive à calmer un peu ma respiration.
On me remet une dose de produit. Je me sens complètement shootée (j’ai eu trois doses de produit en 40 minutes) mais ça finit par faire un peu effet, même si les contractions montent en intensité et deviennent très violentes.
Je tremble comme une feuille puis je m’endors. Trente minutes après, réveil en sursaut. La sage-femme m’examine et me dis : ça y est, vous êtes à 10! Il va falloir pousser! (j’ai à peine le temps de réaliser que je suis passée de 5 à 10 de dilatation en 45 minutes).
Je tremble toujours, je n’arrive pas à soulever mes jambes et à me positionner dans les étriers. Tout ça me semble complètement irréel. Mon mari se met derrière moi sur la table d’accouchement et aide la sage-femme à soulever mes jambes. Il m’encourage, ça fait même rire la sage-femme.
Mes poussées sont efficaces mais je ne les sens pas. Le rythme du bébé commence à inquiéter la sage-femme, elle appelle la gynécologue. Elle arrive et me dit : encore un essai, si le bébé ne sort pas, on devra y aller aux forceps. Je pense en moi même : non pas les forceps!, je pousse du mieux que je peux, elle va chercher les forceps, je la vois les manier mais ne sens rien. Je vois aussi les ciseaux pour l’épisiotomie.
Mon mari me dit : je vois la tête, pousse ma chérie! Je pousse et notre fils est là, il est magnifique, les yeux bien ouverts. Il a le cordon autour du cou donc il ne pleure pas tout de suite mais très vite je l’entends. Je répète : mon bébé, c’est mon bébé, il est tellement beau. La sage-femme et l’obstétricienne sourient.
Le placenta sort, je demande s’il est complet, on me dit que oui, je suis rassurée. On me met notre fils sur ma peau. On l’aime déjà infiniment, c’est incroyable l’aventure qu’on a vécue!
J’appelle mes parents dès que la sage-femme et l’obstétricienne (qui a recousu mes trois points d’épisiotomie, ça a été très bien fait) sont sorties. Mon mari a déjà envoyé des messages à nos familles.
J’ai du mal à réaliser ce qui vient de se passer. Même six mois après d’ailleurs! Mais ce que j’ai vécu, avec l’aide et la présence de mon mari, qui a été vraiment génial, je ne l’oublierai jamais.
J’ai apprécié l’encadrement, pour l’allaitement également car je ne sais pas si j’aurais si bien réussi sans toutes ces personnes qui m’ont aidée. D’ailleurs encore aujourd’hui j’allaite matin, soir et nuit mon petit loulou.
Bilan : même si mon accouchement ne s’est pas du tout passé comme je l’avais prévu/voulu, j’en  garde un merveilleux souvenir.
J’estime que mon accouchement a été accompagné de manière très respectueuse par l’équipe.

Un accouchement respecté, Angers – 2013‏

8 Jan

J’ai accouché de mon premier enfant, un petit garçon, le 30 mars 2013 et j’ai été encadrée par équipe exceptionnelle (dont faisait partie mon compagnon!)

Tout au long de ma grossesse, je suis allée régulièrement au CHU pour les échos, les RDV du 8ème et 9ème mois, l’anesthésiste.
Et j’avais une idée assez précise de l’accouchement que je voulais : le plus naturel possible. Et mon compagnon toujours très ouvert, de me suivre dans l’aventure sans sourciller : « l’haptonomie? ouais on essaie » « les couches lavables? ouais on essaie »

1ère écho compliquée : on me dit de bien boire et ne pas faire pipi mais on nous reçoit en retard, ma vessie prête à exploser et là : « ah il va falloir vider votre vessie de 3/4 car on ne voit rien du tout! » Vider ma vessie de 3/4… il est rigolo lui! Bref, on a finit par réussir à tout voir et tout va bien!

2ème écho, rebelote! Mais pareil, l’échographiste finit par voir tout ce qu’il a besoin de voir, bébé est en pleine forme.

Il va falloir commencer la préparation à l’accouchement, je ne veux pas m’y prendre au dernier moment. Et heureusement, à quelques jours près, il était trop tard pour commencer l’hapto! Fin décembre, nous commençons à préparer l’accouchement avec une sage-femme « exceptionnellement exceptionnelle » qui nous a appris à écouter et ressentir bébé pour l’amener vers la sortie le jour où il sera prêt : « Monsieur, il faudra le guider vers l’entrée du toboggan!!! » Hum… beh on essaiera! 

3ème écho : tout va bien!

Visite du 8ème mois : tout va bien!
Visite du 9ème mois : tout va bien!
Visite avec l’anesthésiste : qu’est-ce qu’elle me gonfle! « Vous ne voulez pas de péridurale? C’est votre premier enfant, vous ne savez pas! » Ah mais si je sais, je n’en veux pas, je veux être dans une salle physio, je veux faire part de mon projet de naissance. « Trop tard pour le projet me dit-elle, il fallait le donner bien plus tôt. » C’est ce qu’on verra…

Le jour venu, vendredi 29 mars, mon compagnon part travailler mais j’ai mal au ventre depuis 6h du matin. « Tu es sûre que ça va aller? Tu ne t’es jamais plainte de toute ta grossesse, je crois que c’est le jour! »
« Mais non, part travailler tranquille, ça attendra ce soir »
Oui mais à 10h : « Chéri, reviens me chercher s’il te plaît »

11h15 : arrivée à la maternité, très bon accueil
« Madame, vu ce que vous me dites, je ne pense pas que c’est pour aujourd’hui mais on va vous examiner pour être sûr… Ahah, col ouvert à 4 cm vous restez avec nous.
Alors, dans votre dossier vous dites vouloir un accouchement le plus naturel possible. Un petit bain à 37°C, ça vous dit? » Et comment, j’ai même apporté mon maillot de bain!

12h30, les contractions se rapprochent, je veux sortir du bain, je suis sûre que bébé sera là dans l’après-midi…
(euh, je vais peut-être planter le suspens mais bébé est né à 3h31 le samedi matin soit 15 heures plus tard!!!)

On nous installe dans une salle où on m’examine régulièrement, l’étudiant « sage-homme » me faisant 2 fausses joies en disant « 7 cm euh non 5,5 cm en fait » Euh merci mais la prochaine fois tu te tais! Le pauvre, il s’est fait enguirlandé par son tuteur, je n’en ai pas rajouté une couche. L’après-midi est passé comme ça…

20h : changement d’équipe. Les filles prennent le temps de parler avec nous « alors, votre projet de naissance… » Quoi? Je n’ai rien donné car on m’avait dit que c’était trop tard. Elles me répondent qu’il n’est jamais trop tard et que lors de mes visites du 8ème et 9ème mois, la sage-femme que j’avais rencontrée a tout noté. Alors ils en tiennent compte à notre arrivée. Je suis tellement contente et rassurée.
Dans la foulée, on nous propose l’acupuncture pour faire avancer le travail et pour que cela soit moins douloureux. Et ça marche! Enfin, pas trop pour la douleur mais je suis soutenue par toute l’équipe et le futur-papa qui fait preuve d’une patience extrême et d’un calme incroyable.

0h : la sage-femme vient me voir et me dit que ça se complique car bébé n’est pas bien placé (il regarde en l’air) et ne descend pas, il est en souffrance. J’ai le choix : on continue encore un peu ou on pose une péridurale. Mais si on attend trop, c’est une césarienne en urgence.
Et là, je me dit que je ne veux quand même pas prendre de risque à ce point. Tant pis, posez-moi la péridurale, je suis quand même fière de ce que j’ai fait. « Vous pouvez » me répondent-elle aussi déçues que moi.

La suite, vous la connaissez presque : j’ai accouché par voies basses à 3h31, le samedi 30 mars 2013 d’un petit garçon en pleine forme.
Je ne remercierai jamais assez les équipes présentes d’avoir été à notre écoute et de nous avoir fait passer un moment magique.
Pour les autres, j’y retournerai, c’est sûr!

Do – 2ème accouchement – Aveyron 2013‏

8 Jan

4 ans après mon premier accouchement, que j’ai très mal vécu, me revoilà enceinte. Mon mari n’a toujours pas digéré de n’avoir pas pu voir sa première fille naître, il aimerait que j’accouche dans un autre établissement. Mais, là où nous habitons, il n’y a pas d’autre choix possible. Je lui ai dit : « On souhaite aller dans l’Aveyron, alors débrouille-toi pour trouver un travail avant la naissance ! » Mission accomplie nous déménageons 1 mois avant mon accouchement, gros soulagement de la part de nous deux.

Suivi de Grossesse dans notre ancienne région, la sage-femme qui me fait ma 2ème échographie m’annonce : « Vous faites un beau diabète gestationnel ! Il faut manger moins de sucre ! » et puis « Vous avez trop de liquide, c’est normal avec votre diabète ! ah non, d’après les mesures, tout va bien » « c’est étonnant, le bébé n’est pas gros ! » Donc, régime sans sucre et sans graisse pendant 4 mois … et 6 piqûres par jour pour vérifier ma glycémie. Je prends très peu de poids, mais bébé grossit normalement en pompant sur mes réserves (mes vêtements de grossesse deviennent trop grands au niveau des hanches).

J’arrive en Aveyron pour le rendez-vous du 9ème mois : « Ils ont été vache avec vous, pour nous vous n’avez pas de diabète ».

Toutes les personnes m’ayant examinées sont choquées des cicatrices de mon premier accouchement, alors qu’on me disait là-bas que c’était normal.

Pendant 10 jours, j’ai des contractions tous les soirs pendant 1 à 2 h, toutes les 5 min, mais, dès que je m’allonge, elles s’arrêtent. J’attends un autre signe pour pouvoir partir à la maternité.

Un soir, nous sortons à un petit concert dans le village. En rentrant à la maison, mes contractions du soir sont là, avec une douleur très légèrement supérieure. Je me couche et m’endors. A 1h40, je suis réveillée par une grosse contraction. Je me lève et m’aperçois que les 2 suivantes arrivent toutes les 3 minutes. Je réveille mon mari en lui disant qu’il faut partir vite. Branle-bas de combat : prendre les valises, notre fille, le chat : personne ne reviendra à la maison pendant 4 jours. Sachant qu’on ne me donnerait pas à manger à la maternité et pensant que ça sera surement long (17 heures pour la 1ère) je mange des bananes pour accumuler des forces.

2h20 nous partons, j’appelle mes parents, pour leur dire que l’on va venir déposer la grande.

Les virages de la route de montagne sont assez dur à supporter. J’ai de plus en plus mal et avec la position assise, je n’arrive pas à gérer les contractions. Je hurle de plus en plus dans la voiture et sens que tout s’accélère au bout de 20 min de trajet il reste encore 40 min … J’appelle mes parents pour qu’ils nous rejoignent à la maternité.

Nous arrivons à la maternité à 3h15. Mon mari me laisse aux urgences pendant qu’il attend mes parents pour laisser notre fille.

Je suis accueillie par une jeune sage-femme, quand elle me voie souffler très fort pendant les contractions me dit : « Faut vous calmer, sinon vous n’arriverez pas à garder du souffle jusqu’au bout » Elle demande si je souhaite la péridurale je lui réponds : « J’en voulais pas mais j’ai trop mal, oui je la veux ! » Elle m’examine et me dit : « Vous êtes à 8 cm, pour la péridurale ça me semble difficile. Je vais préparer la salle d’accouchement. » Je lui suis très reconnaissante de m’avoir annoncé avec une telle douceur que ça ne serait pas possible, de toute façon, au fond de moi, je ne la voulais pas.

Arrivée en salle d’accouchement, je n’ai qu’une peur, que mon mari n’arrive pas à temps, qu’il loupe une deuxième fois ce moment. Il arrive, ouf ! J’ai envie de pousser alors je pousse : la poche des eaux se rompt.

La sage-femme me dit de faire comme je le sens : je pousse lorsque j’en ai envie, arrête quand je veux. Au milieu de mes poussée : un éclair dans ma tête : je ne veux pas ravoir de grosses déchirures, je dis à la sage-femme : « Si y a besoin de couper, vous coupez ! » Elle me regarde d’un air effaré : « Nous n’en sommes pas là ! »

C’est magique, j’ai toutes les sensations qui m’avaient manquée lors de mon premier accouchement. Je sens la tête de bébé progresser au fur et à mesure de mes poussées. La tête est dehors, la sage-femme me demander d’arrêter de pousser, car il y a un double cordon autour du cou de bébé, elle est obligée de couper le cordon. 3h35 bébé est parmi nous. On me la pose sur le ventre et nous pouvons faire connaissance tranquillement. Moment magique ! A peine sortie, elle ouvre la bouche et cherche à téter. Je la mets au sein pour sa première tété, elle y restera 1h.

La sage-femme me recoud, trois petits points sur ma grosse cicatrice qui a un peu craquée. Elle est choquée lorsqu’on lui raconte mon 1er accouchement et essaie de me recoudre pour que j’ai le moins de gène possible. Elle a très bien fait car je n’ai eu aucune douleur.

Je remercie énormément cette sage-femme qui m’a permis de vivre pleinement mon accouchement. Elle est une petite fée qui a aidé ma fille à naître.

En résumé, mon accouchement fut très rapide, très intense mais tellement MAGIQUE !

Mon mari est sur un nuage d’avoir pu assister jusqu’au bout à la naissance de sa fille. Dès le lendemain je lui ai dit : « Nous aurons un 3ème ! », peut-être qu’à ce moment là, il pourra couper le cordon…

Dans cette maternité, les pères sont les bienvenus, ils ont à leur disposition un fauteuil se transformant en lit : il en profitera. Les aînés ont à leur disposition une salle de jeux, ça aura permis à notre grande de voir que l’on peut passer du temps pour elle, même s’il y a une petite sœur.

Lien vers le premier témoignage de Do : #323 – Do – 1er accouchement – Yonne 2009

#322 – Un accouchement volé – novembre 2009

7 Jan

Je vous remercie de nous permettre un moyen d’expression quant à ce sujet mal maîtrisé qu’est l’écoute des mamans.
J’ai 34 ans, à nouveau enceinte depuis un petit mois. Mon premier enfant a 4 ans aujourd’hui. Il s’appelle Enzo et l’accouchement a été une réelle épreuve, pour moi, mais aussi pour mon compagnon qui se sentait impuissant et interdit face à notre gynécologue.

2009 : Début de grossesse en février
J’ai des soucis de santé qui posent de vrais risques pour moi et mon enfant de l’ordre génétique. Pour être plus claire, j’ai un déficit en Protéine S sur le facteur V de mes gènes. Ce qui entraîne des complications au niveau de ma circulation sanguine.
Mon gynécologue a fait un bon suivi, prise de sang toutes les semaines dès le troisième mois et piqûres d’anti-coagulants 2 fois par jour, depuis mon 6ème mois de grossesse jusqu’à la fin de mon retour de couches, bas de contention, etc.
Ma grossesse s’est très bien passé, j’étais sereine en plus car j’étais suivie aussi par une jeune sage-femme hypnothérapeute et sophrologue, avec laquelle j’avais fais un réel travail de projection.
Cette sage-femme travaille dans la même structure que mon gynécologue de l’époque.
Mes problèmes de santé me classant dans les « hauts risques » voir limite « à très hauts risques », mon gynécologue a changé d’attitude avec moi dès le 7ème mois de grossesse, voulant me préparer à un accouchement déclenché. Car dans sa tête, ce ne serait pas autrement.
J’ai essayé de discuter avec lui lors de cette consultation, de lui expliquer que si aucun soucis médicaux ne venaient contrarier le bon déroulement de la fin de grossesse et le jour J de l’accouchement … de laisser les choses se faire d’elles-mêmes. Je refusais d’être en situation de “sur-médicalisation” et je sentais déjà que cela en prenait le chemin.
Il m’a fait comprendre que je ne pourrais pas maîtriser mon accouchement.
Cela m’a toujours heurté, car même si cela se passe mal, on doit pouvoir rester les premières actrices de nos accouchements.
Ma grossesse s’est très bien passée, jusqu’à une semaine du terme, où là, je sentais vraiment mon gynécologue en panique quant à mon déficit sanguin. Et moi qui était sereine, prête dans ma tête au travail, mon gynécologue m’a épuisée physiquement sur cette dernière semaine, et stressée.
Les discussions étaient de plus en plus tendues avec lui, car moi je ne voulais pas déclencher le travail et je ne voulais pas non plus de péridurale.
Il a commencé par me culpabiliser en me disant que j’étais une irresponsable de ne pas vouloir écouter et obéir à ses prédications. J’ai plus ou moins cédé …
Je m’explique :
La dernière semaine, il m’a fait descendre à B. 2 fois par jour pour faire monitoring et décollement des membranes une fois par jour. A cette époque, j’habitais sur les hauteurs à 30 minutes de B. Les deux allers-retours me prenaient donc deux heures par jour et m’ont littéralement épuisée.
Moi, qui était sereine jusque là, c’est le stress qui a pris le dessus, car plus les jours avançaient et plus les décollements de membranes me faisaient souffrir et devenaient dangereux.
Le terme était prévu pour le 5 novembre, le 2, mon gynécologue n’a pas voulu me laisser repartir chez moi car je commençais à faire des hypertonies au lieu de faire des contractions. Il a demandé aux sages-femmes de me coller une languette pour déclencher le travail.
J’avais déjà la vulve en feu à cause des décollements répétés tout au long de la semaine et ce “truc” n’a rien arrangé.
Et puis, franchement, rien que les décollements de membranes sont une épreuve en soi car c’est extrêmement douloureux, la sage-femme qui le pratiquait me disait que cela donnait de “l’amour au col”. Je sais que c’était pour me rassurer qu’elle me disait ça mais j’avais juste l’impression de me faire fouiller comme une vache, “alors tu parles d’un amour, toi” !! Rien de plus, ni rien de moins !!! D’ailleurs, je subis encore, 4 ans après, des problèmes réguliers d’irritations et de démangeaisons importantes depuis ces mésaventures.
Les sages-femmes, le jour de mon accouchement ont vraiment pris un rôle primordial pour nous, car elles n’étaient pas en accord avec le gynécologue quant au bon déroulement de mon accouchement.
Elles m’ont expliqué que cela n’aurait pas dû se passer comme ça, étant donné que nous allions bien, mon fils et moi.
Et les hypertonies que je faisais étaient dues aux décollements de membranes trop répétés et qui n’avaient pas lieu d’être. Ce n’est d’ailleurs pas elles qui me les faisaient.
Deux heures avant d’entrer en salle de travail, mon compagnon et moi avons vu notre gynécologue et cela s’est très mal passé. Je lui ai dis que je n’étais pas contente de me voir aussi stressée et que je me sentais extrêmement fatiguée pour ce qui m’attendait. Nous nous sommes engueulés, il m’a dit que, de toute façon, je n’étais pas médecin et que ce n’était pas à moi de décider de la bonne marche de mon accouchement ! J’en ai pleuré et lui ai répondu que dans la mesure où tout se déroulait normalement je devais rester maitresse de mon corps et de mon évènement.
Lors de cette altercation, les sages-femmes m’ont soutenues dans mon épreuve. Elles se sont opposées au gynécologue, en expliquant tant bien que mal que rien ne justifiait une telle prise en charge.
Elles m’ont d’ailleurs soutenues jusqu’à la fin car elles m’ont évité la césarienne.
Je suppose que le stress a beaucoup bloqué le travail car malgré le déclenchement, mon col ne s’ouvrait pas, ce qui stressait mon gynécologue.
A cinq heures de travail à 3 cm d’ouverture, j’ai cédé pour la péridurale car j’étais épuisée. Mais la dose a été mal dosée, j’avais la jambe gauche comme celle d’une poupée de chiffon et ressentait tout de l’autre côté. Au bout de huit heures passées à 3 cm, le gynécologue commençait à faire pression sur les sages-femmes pour qu’elles me transfèrent en bloc pour une césarienne.
Elles ne me l’ont pas dit à ce moment-là pour ne pas me bouleverser car j’étais très en colère après lui et il ne valait d’ailleurs mieux pas qu’il se pointe dans la salle d’accouchement !
Elles lui ont tenu tête et au bout de 10 heures de travail, toujours à 3, la plus ancienne d’entre-elles m’a fait prendre une position hyper inconfortable pour accélérer le travail. J’ai tenu cette position pendant 2 heures de temps, mais cela a été efficace car Enzo est né à la fin de ces 2 heures … sans césarienne !! La péridurale m’a perturbée tout autant que le reste car les sensations étaient très étranges, du fait que je ne ressentais absolument rien du côté gauche et absolument tout du côté droit. J’ai juste déchirée un peu mais sinon cela s’est très bien fini pour nous !
Je ne remercierai jamais assez les sages-femmes présentes pour ce qu’elles ont fait pour nous. Elles ont rassuré mon homme, qui était un peu perdu face à la culpabilisation permanente dans laquelle nous plaçaient le gynécologue.
Car elles ont fait barrage face au gynécologue et elles ont fait preuve d’un grand savoir-faire et d’un grand professionnalisme.
Les gynécologues obstétriciens ont monopolisé l’accouchement !! Mais les sages-femmes ont des millénaires d’expérience en ce domaine et le fait que ce soit en général des femmes, elles savent ce que cela représente en terme de douleurs, en terme d’amour-propre pour une femme et en savoir-faire technique bien évidement !!
Car je tiens quand même à dire que les gynécologue hommes sont maladroits avec les femmes enceintes et parce qu’ils sont médecins, ils pensent avoir tous les droits. Mais, c’est notre corps qui ressent toutes les sensations et la nature est bien faite. Il faut faire beaucoup plus confiance en notre capacité à accoucher !! Certes, la médecine obstétrique a considérablement réduit les décès de mères et enfants lors des naissances Mais ils n’ont pas les connaissances requises comme peuvent les avoir les sages-femmes et ne justifie en rien cette prise de pouvoir de la part des médecins obstétriciens.
Alors, étant donné que les restrictions budgétaires réduisent le nombre de maternités en France comme ailleurs. Et que l’on se retrouve à plus de trois quarts d’heure d’une maternité et que du coup cela représente un risque non négligeable pour les grossesses. Qu’une femme et son bébé meurent parce qu’ils n’ont pas eu le temps d’arriver à la maternité est aberrant !! Tout aussi aberrant que la sur-médicalisation, je demande à voir des maisons de naissance éclore un peu partout et que ces maisons soient gérées avant tout par des sages-femmes. Et qu’elles n’appellent les obstétriciens qu’en cas de besoin médical !!!
J’avais fais un petit projet de naissance pour Enzo : Pas de péridurale, pas de position couchée sur le dos avec les pieds dans les étriers, de la musique douce, éclairage doux, … mais je n’ai rien pu faire de tout cela, rien n’a été respecté. Je demandais à marcher pendant le travail car je sentais que j’en avais besoin mais même ça on me l’a refusé.

Alors comme je suis à nouveau enceinte et que cela aura prit son temps, je ne souhaite pas revivre la même chose.

Même si je comprend mieux aujourd’hui la réaction de ce gynécologue et que je ne lui en tiens plus rigueur, je ne le reprends pas pour ma seconde grossesse et mon projet de naissance sera beaucoup plus pointu et sera anticipé avec les sages-femmes. Car je souhaite vraiment être mieux écoutée et pouvoir “accoucher” et non “me faire accoucher” !! La différence est énorme et j’ai toujours le sentiment de m’être fait voler ce moment !! Pendant un accouchement, on est fragilisée, c’est vrai !! Mais on est pas que fragiles … on est fortes aussi, comme jamais on ne peut l’être dans notre quotidien … merci aux hormones pour cela !!!

Voilà, j’espère que mon expérience pourra servir à faire évoluer les choses en ce domaine.
Je vous remercie de tout coeur de la parole donnée.

J’espère vraiment que cette action que je trouve très bien, apportera une vraie avancée permettant la reconnaissance des sages-femmes en milieu hospitalier avec un vrai statut propre, permettant de voir d’autres vocations naitre en ce domaine et augmenter le nombre des 22000 sages-femmes actuelles.

Je souhaite vraiment voir se développer les maisons de naissance au même titre que les maisons de santé. Nous avons réellement besoin de cette proximité pour l’accès aux soins, prodigués par les sages-femmes (qui ont les mêmes responsabilités pénales que les gynécologues obstétriques), aux suivis des grossesses, aux conseils et à l’écoute.

Nos sages-femmes (et sages-hommes d’ailleurs) sont formidables et il est temps de leur témoigner la reconnaissance qu’elles méritent. Enfin, je sais que la reconnaissance des familles leur est pleinement acquise malheureusement insuffisante …

Cordialement.
Laëtitia M

Une naissance à domicile, septembre 2010

7 Jan

Septembre 2010

Je me réveille un papillon sur le coeur, semi sourire aux lèvres … Je pressens quelque chose … Je me lève et quelques instants plus tard, petit splash! tu t’annonces enfin! Je perds les eaux! Mon coeur se gonfle de joie, çà y est, c’est parti! Je fond de bonheur, mais je me dis, « ne te précipites pas, les contractons n’ont pas commencées, on va peut être attendre longtemps avant que la naissance arrive » J’entends Yoann qui est occupé au téléphone dans le salon, j’ai hâte de lui dire!

Je sors de la salle de bain et il suffit à mon homme de voir ma mine enjouée pour comprendre qu’il y a du nouveau. Nous nous serrons dans les bras l’un de l’autre, tout émus de l’évènement qui nous attend … Mais biiiip, on sonne à l’interphone, des amis arrivent pour boire un café, sauf que je ne me sens pas d’humeur sociable, alors hop je file au lit, et savoure toujours avec la grosse banane au visage ces derniers moments seule à seule. Dans ma tête défile cette belle grossesse que nous avons vécue à fond du début à la fin.

9 mois d’une grossesse merveilleuse, je me sens bien, épanouie, belle, et surtout heureuse, remplie de bonheur, et d’amour (au sens propre!)

Depuis quelques jours cependant, je deviens impatiente, je n’arrive pas à penser à autre chose qu’à l’accouchement et passe chaque minute à guetter les signes de ton arrivée. J’ai tellement hâte! De te connaitre, mais aussi de vivre cette naissance à laquelle je pense depuis des mois. Je me sens fin prête, mon homme aussi. Nous avons passé des heures à discuter de cette naissance, nous imaginant des scénarios possibles, confiants, et fiers des notre choix.

Ce projet de naissance à domicile, nous l’avons mené depuis bien longtemps, bien avant le début de la grossesse, influencés et encouragés par des proches qui ont déjà vécu la grande expérience d’une naissance naturelle, physiologique comme disent les bouquins. Pour moi, c’est une évidence, hors de question de me retrouvée allongée, branchée et les pieds dans les étriers. Je suis d’une nature indépendante, et je me sens capable d’affronter la douleur qui accompagnera la venue de mon bébé. Je pense à cette douleur comme à un rite initiatique, quelque chose qui m’aidera à m’ouvrir, à faire naître cette enfant.

Il y a quelques années, j’avais rencontré une sage-femme qui accompagne des naissances à domicile. A l’époque, je m’étais déjà dit « C’est elle, c’est elle qui sera là pour mes accouchements! » Et effectivement, dès le 2ème mois de grossesse, nous allons la rencontrer pendant une longue entrevue et elle nous confirme qu’elle est d’accord pour nous suivre. Dès ce premier rendez-vous, mon homme et moi ressentons cette ambiance ultra-zen dégagée par N.

Chaque mois, nous passons 1h30 tous les 3 à discuter de pleins de choses, de nos questionnements de futurs parents, et tout simplement de la vie! De beaux silences ponctuent régulièrement nos discussions, c’est toi, mon bébé qui t’immisce dans la conversation! Parfois, N. apprend à mon homme des massages de shia-tsu pour me soulager des petits maux de grossesse, quel bonheur!

Séance après séance, notre relation se construit, N. m’étonne de cette attitude ouverte et disponible, jamais elle ne nous imposera quoique ce soit. D’ailleurs dès le début du suivi, elle me dit que j’ai le droit de changer d’avis, que jusqu’à la dernière minute, je peux décider de partir à la clinique. Même si je n’en ai pas pas l’intention, cela me fait du bien de me sentir « autorisée ». Je ne veux pas que cet accouchement devienne un challenge, je souhaite seulement les meilleures conditions à la venue de ma fille.

Au final, nous parlerons assez peu du futur accouchement en lui même. Moi qui pensais qu’il me fallait « apprendre » à respirer, ou à me mettre dans certaines positions.. Et bien non! Avec N., je me sens encouragée à suivre mon instinct, à me faire confiance.

Pourtant une fois chez moi, chaque soir pendant le dernier trimestre de la grossesse, je lisais. J’en avais besoin, besoin de lire des témoignages d’abord. Et j’ai ensuite dévoré le livre d’Isabelle Barbant « Une naissance heureuse ». J’étais infiniment curieuse de savoir ce que j’allais vivre, ressentir, à tel point que je suis devenue quasi insomniaque, chaque nuit, je pensais avec envie à cette naissance..

Et nous voici au matin du 23 septembre, à 2 jours du terme prévu. Vers 10 heures, je me lève et vais rejoindre mon homme qui cherche à régler certains impératifs professionnels pour nous être disponible dans les jours qui vont venir. Et là, une fois debout, une première contraction arrive. Je la reconnais tout de suite, c’est exactement la même douleur que pendant mes règles. Je saute de joie, enfin une contraction douloureuse!! En effet, ces derniers jours, à chaque contraction je me demandais si l’accouchement démarrait, mais là c’est sûr, c’est différent! Je me sens rassurée car N. nous avait dit qu’après une perte des eaux, les contractions ne démarrent pas toujours naturellement.

Yoann part pour une petite heure, je me retrouve seule sans homme ni enfant pour la dernière fois! J’appelle N. en prenant mon petit déjeuner et lui explique où j’en suis. Elle me propose qu’on se rappelle tout au long de la journée, qu’elle pourra venir soit dans l’après-midi, soit en soirée après ses rendez-vous. Je lui dis : « Fais ta journée tranquillement, on se voit ce soir, je te rappelle! »

Je décide alors d’aller me promener dans le quartier. Je me souviendrai toute ma vie du chemin que j’ai parcouru ce matin-là. Les contractions se sont nettement rapprochées, mais de manière assez anarchiques. Parfois j’en avais 2 en 3 minutes, parfois aucune pendant 10 minutes. A chaque contraction, je me suis mise à expirer très doucement (pas besoin d’apprendre, çà vient tout seul!), et puis je prenais appui sur ce qui me tombait sous la main, un mur d’immeuble, une voiture! Entre 2 contractions, j’appelle quelques personnes de ma famille pour les prévenir. Ma mère est étonnée de m’entendre lui dire « ah en voilà une, elle fait mal, mais ouha, chouette, elle arrive ».

De retour à la maison, je décide d’aller m’allonger pour prendre des forces. Forte des enseignements du livre d’Isabelle Barbant, je veille à me positionner correctement pour ne pas bloquer le travail. Je me mets donc sur le coté, jambe du dessus très haute. Je m’assoupis entre 2 contractions qui sont toujours aussi irrégulières, irrégulières mais tout de même fréquentes.

Mon homme arrive à la maison, et comprend que c’est vraiment parti! Nous déjeunons tous les deux, sans nous rendre compte que quelques heures plus tard, notre fille sera là. Pendant tout l’après-midi, les contractions continuent à ce rythme irrégulier, ce qui nous fait croire que l’accouchement n’est pas pour tout-de-suite. Je ne sais pas pourquoi, mais tant que les contractions ne sont pas « régulièrement espacées », je me dis que je suis en « pré-travail » et que à sa venue prévue pour 19h, N. m’annoncera que je ne suis dilatée qu’à 2 cm. Je me préparais à l’idée d’un accouchement long. Mais avec du recul, je me dis aussi que si nous n’avons pas appelé N. plus tôt, c’est aussi que nous avions envie de vivre cette phase de la naissance à 2. C’est si beaux de vivre ces moments avec son amoureux …

Je me souviens qu’à un moment, me voyant tourner comme une lionne en cage, Yoann me propose de refaire un tour du quartier. Nous descendons l’immeuble, faisons 100 mètres, et je me plie en 2, morte de rire, je ne peux pas avancer car je continue de perdre les eaux, et que des flots coulent!! Nous sommes en plein fou rire, là, dans la rue, sans savoir que l’accouchement est déjà bien avancé.

Je continue donc de « prendre les contractions une par une », en me concentrant sur mon col pour l’ouvrir « en pensée ». Je marche dans l’appartement, je regarde de séries télé sur le ballon d’accouchement, tout cela en étant toujours persuadée que le travail n’avance pas. Après un dernier tour dehors, je décide de prendre un bain.

Une fois dans l’eau, je me concentre sur mon bébé, lui parle doucement, et là je me dis « allez tu vas pas y passer 3 jours, n’aies pas peur, accouche! » Je sors du bain et annonce à mon homme qui dessine tranquillou dans le salon, « C’est parti, je prends un goûter et après j’accouche! » Je dis cela en riant pourtant c’est bien ce qui va se passer!

Après ce fameux goûter, vers 17h, je vais m’installer dans la chambre du bébé, là où nous avons prévu d’accoucher. Mais je ne tiens plus en place, je vais aux toilettes, reviens dans le salon, m’appuyant et poussant les murs à chaque contraction, ça commence à faire vraiment mal, là!

De retour dans la chambre, je me mets sur le coté, mais la douleur devient insupportable. Yoann me masse vigoureusement le bas du dos, c’est là que se situe la douleur. Cela me fait un bien fou, j’ai d’ailleurs pris l’habitude de dire que Yoann et ses massages, c’était ma péridurale à moi! Les contractions s’accélèrent, la tempête commence!

Je me positionne à genoux, la tête sur une pile d’oreillers. Dans ma tête je me dis « Au secours, si çà, c’est le début de la dilatation, je vais péter un plomb! ». Sauf que peu de temps après, à un moment, je sens la tornade des contractions s’arrêter nette. Mon corps « s’arc-boute » en arrière, je me retrouve à quatre pattes, et je crie à Yoann « çà pooousse!!! » Il est 19H, et ce n’est qu’à ce moment-là que nous comprenons que nous sommes VRAIMENT en train d’accoucher et que nous sommes seuls, la sage-femme vivant à plus d’une demi-heure de chez nous. Yoann parvient à ne pas paniquer, et appelle N. qui lui explique calmement comment agir si le bébé arrive avant elle!

Yoann a alors le tact de ne pas me dire que la sage-femme était encore chez elle, et me fait croire qu’elle est sur la route … J’ai hâte qu’elle arrive car pour moi, il est hors de question d’accoucher tous les 2.

La douleur est partie, je suis maintenant dans l’énergie de la poussée, mais qui est complètement involontaire. Je ne pousse pas, c’est mon corps qui pousse, je bouge sans m’en rendre compte, mon corps agit sans ma tête! Quelle force! et quelle fatigue! Ces poussées m’exténuent, je pense d’ailleurs que je m’endormais entre 2.

Même si mon corps pousse très fort, ma tête le retient quand même un peu car j’ai besoin de ma sage-femme pour aller au bout de cette énergie. A un moment je dis quelque chose que Yoann ne comprend pas. Il me demande « Qu’est ce que tu veux? », et à ce moment on entend l’interphone sonner. Je réponds : « C’est çaaa que je veux!! » Yoann sort alors de la pièce pour ouvrir à N. et là je sens les poussées décupler d’intensité …

Il va encore se passer une deuxième heure de poussées régulières et très fortes! Ma fille avance centimètre par centimètre, doucement mais surement!! N. écoute son coeur et nous confirme que tout se passe bien pour elle. Elle me demande si je veux qu’elle m’ausculte, j’accepte bien sûr car j’ai encore besoin qu’elle m’assure que je suis complètement dilatée, alors que tout prouve que c’est bien le cas! effectivement elle me dit : « Oui, oui, elle est juste là, ta petite puce. »

Nous nous concentrons tous les 3, je sens les mains de N. qui me masse les jambes car j’ai des crampes, Yoann me passe régulièrement des linges mouillés sur le visage et la nuque car j’ai très chaud. Je ressemble à une lionne, à quatre pattes, les cheveux trempés, Yoann me dira après à quel point il m’a trouvé belle.

Mon bébé approche, au bout d’un moment, je sens qu’on atteint la phase finale. Mon sexe me brule énormément, j’ai très mal, je suis très impressionnée par cette sensation, un peu choquée de ce qui m’arrive. Mais il faut continuer! Alors je m’accroche, il faut en finir! Je sens sa tête arriver, je la touche de mes mains, sensation douce, chaude, humide et molle. Mais … nooooon! sa tête re-rentre, au secours!! Alors, là, non, je rassemble mes dernières forces, et je la pousse très fort, je la veux dehors maintenant!

Elle finit par glisser d’un coup, je m’écroule en avant sur le lit, j’avoue que là, j’ai quelques minutes de flou, de fatigue extrême qui m’ont fait décrocher des évènements!

Ah si, un des premiers souvenirs de sa vie, c’est cet instant inoubliable où N. après l’avoir réceptionnée la pose sur le lit, et deux mains se posent sur elle, la mienne et celle de Yoann. Nos mains touchent son ventre chaud, glissant, je vois Yoann incroyablement ému. Cet instant-là, c’est peut-être le moment le plus fort de ma vie. Je me souviens très précisément de la sensation de cette nouvelle peau, la main de mon homme partageant la même expérience tactile. Il pleure, ébahi.

Mon bébé pleure, je ne sais plus lequel de nous deux la prend dans ses bras. On a tous les deux le réflexe de se déshabiller, besoin d’être peau nue comme elle. Elle pleure encore, c’est qu’elle en fait du chemin pour en arriver là!

Quelques câlins plus tard, je m’allonge sur le coté et pose ma fille contre moi pour sa première tétée. La lionne est toujours là, c’est comme si j’avais déjà allaité des dizaines d’enfants, c’est naturel et facile pour moi, comme si ce n’étais pas un début, alors que c’est mon premier enfant. Pour elle, c’est moins évident, elle tourne autour du pot une dizaine de minutes, renifle tout autour du sein, lèche, cherche, et pour finir, s’y accroche et se met à téter parfaitement bien. Je dis : « Elle ne sera pas difficile à nourrir, celle-là!! », l’avenir prouvera que j’avais raison, elle est restée très gourmande!

Pendant cette première tétée, le placenta sort alors que je pousse sans savoir si je pousse assez, mais si, il est sorti, ouf, tout est fini et tout s’est bien passé! Pour cet accouchement à domicile, on avait tout préparé, prévu (matériel médical, médicament en cas d’hémorragie, bouteille d’oxygène, …) mais je savais d’instinct qu’on n’aurait pas besoin de tout ça. J’avais juste une appréhension pour le placenta, peur qu’il ne sorte pas, ou pas d’un coup, alors là, c’est le soulagement final, on a réussi, on a été au bout de ce projet de vie incroyable, un moment de partage entre mon homme et moi, entre mon corps et moi, une rencontre parfaite avec notre fille.

Je dis souvent que le gros avantage d’un accouchement à domicile, c’est après! Quel bonheur! On mange ce que l’on aime, on dort quand on en a besoin.

Notre enfant est née à 21h, et à minuit, on se couchait tous les 3 dans le lit où elle est née. Bon, on ne peut pas dire qu’on ait vraiment dormi!! mais on était ensemble, heureux, sur un nuage!

Lucie, Yoann, et Coline, Rennes, France, 2010

Second accouchement respecté V – 2013

7 Jan
Naissance du ptideuz le 21 mai 2013 à j-5 à T.

Dans la nuit de dimanche à lundi, je commence à avoir des contractions, des gentilles qui me réveillent mais ne m’empêchent pas de me rendormir, ça dure toute la nuit et elles continuent le lendemain toute la journée. Elles s’intensifient un peu au fur et à mesure de la journée pour commencer à devenir franchement dérangeantes vers 18h/19h. Elles se régularisent aussi, toutes les 5/7 min, quand une contraction arrive, je suis obligée de me concentrer et de respirer. Je prends 2 spasfons.

Le repas se passe, et ensuite je m’occupe de crapaud glouton avec l’aide de chéri. Je fais un énorme câlin à mon fils et lui dit que peut-être demain matin c’est sa mamie qui sera là au réveil car papa et maman seront peut-être à la maternité pour l’arrivée du bébé. J’ai un serrement au cœur, c’est peut-être son dernier câlin de fils unique.

J’ai tellement fait de faux travail pour mon 1er que j’ai encore des doutes sur le fait que ce soit le vrai travail qui commence. 21h30 j’appelle la maternité qui me dit de venir, je vais quand même tenter un bain voir si ça calme les contractions. 22h je décide qu’on va partir, on appelle ma mère, crapaud ne dort toujours pas, il m’appelle, et je vais le câliner à chaque fois. 22h30 encore un gros câlin, ma mère est arrivée, nous partons, je pleure de laisser mon grand.

23h30 on arrive à la maternité, monito et contrôle du col. Je dis à la sage-femme que si je suis à 2 cm je saute par la fenêtre car je suis fatiguée, je n’ai pas envie d’accoucher j’ai envie de dormir alors il faut que ça aille vite ! Et elle me dit que je suis à 2 doigts large, je suis dépitée ! et je suis si mal avec le monito, mais les contractions sont bien là, bien régulières, bien visibles, c’est bien pour cette nuit ! La sage-femme lit mon projet de naissance, elle me rassure sur son respect et elle propose qu’on me fasse couler un bain. Chéri me demande si c’est que j’ai moins mal que pour notre 1er ou si c’est que je gère mieux la douleur. En tout cas, les contractions ne sont pas dans les reins et c’est déjà pas mal, même si j’ai une barre dans le bas du ventre qui me cisaille à chaque contraction.

Au bout d’un moment, je me mets à vomir pendant les contractions, je suis abattue, je ne me sens pas l’âme courageuse ce soir. Je n’ai plus rien a vomir, je vais dans le bain, il est 00h30 je suis à 3 doigts larges. J’accueille les contractions les une après les autres, et la sage-femme me propose une séance d’hypnose pour m’aider, j’accepte. Je demande un contrôle du col (j’avoue mon obsession pendant cet accouchement) je suis à 4 doigts larges. Pour la séance, je suis allongée sur le coté, une jambe repliée, la sage-femme me fait choisir dans ma tête mon endroit de détente, me demande quel est mon accouchement idéal, puis me fais visualiser mon image du passage et de l’ouverture pour faire venir mon bébé, elle me dit d’accueillir chaque contraction avec plaisir car elle ouvre le passage et guide mon enfant, que nous allons nous rencontrer. Ça me fait du bien, ça me repose et à chaque contraction je dis à mon bébé, viens, tu vas voir la vie c’est formidable tu as des parents et un grand frère qui t’attendent et qui t’aime déjà, la vie c’est un cadeau, viens mon bébé.

Fin de la séance, je suis à 5, j’en profite pour lui demander un massage du col qui m’avait tant soulagé pour mon 1er accouchement, elle me le fait sur 3 contractions et ça me fait encore du bien, je suis à 6.
Je me mets debout pour gérer les contractions en m’appuyant sur le rebord du lit, je souffle, je visualise l’ouverture, je parle à mon bébé intérieurement. Je demande un lavement car je commence a voir envie d’aller à la selle je n’ai pas envie d’y aller toutes les 5 min. Je vais faire le lavement mais les contractions s’enchainent, je reviens, je vois l’heure dans le couloir, 2h10, combien de temps ça va durer ? Combien de temps je vais tenir ? Je reviens en salle de naissance, les contractions sont quasiment continues, j’ai envie d’aller à la selle, je demande a ce que chéri sorte, il en profite pour aller au toilettes car il reconnaît mes gémissements qui annonçaient le début de la fin et se dit que j’aurai besoin de lui après.

La sage-femme me dit que c’est le bébé qui appuie, elle propose une petite toilette, je me mets sur lit, elle me dit que la tête est là, je la touche, le poche des eaux se rompt un peu, ploc, c’est vrai, ce n’est pas possible !! Mais c’est tellement fort ! Je me mets à 4 pattes, je crie, je m’allonge sur le coté, non, je remets à 4 pattes et crie encore, je voudrais appeler chéri mais ce n’est qu’un son rauque qui sort de ma bouche. L’auxiliaire court le chercher, je voudrais attendre mais la tête est déjà sortie et mon corps pousse, je crie, mon bébé sort entier avec tout le liquide, je n’ai même pas le temps de l’attraper, il crie. La sage-femme l’essuie et me le donne. Chéri arrive, tout tremblant. Le cordon a déjà cessé de battre, mais il tremble trop pour le couper, c’est donc moi qui le fait. Je regarde entre ses jambes, c’est encore un garçon, je suis un peu surprise (dans la voiture on se disait que ce serait une fille car on ne trouvait pas de prénom garçon) mais contente. Il est 2h20. Un peu plus tard nous nous mettons d’accord sur le prénom.

La délivrance se passe sans accro, la sage-femme préfère me faire 2/3 points même si la déchirure est minime. Quand on sait que son périmètre crânien est de 37/37,5 je m’en sors plutôt bien.

Retour à la maison le lendemain car j’ai demandé une sortie précoce qui n’a posé aucun soucis à la mater.

Lien vers le Premier accouchement respecté de V – 2011- Corrèze

Naissance de Justine, en maison de naissance, 2013

7 Jan

Nuit du 3 au 4 janvier 2013
Je suis chez mes parents en visite à la suite de mon rendez-vous avec ma sage-femme en après-midi. Depuis ce fameux rendez-vous, j’ai des contractions et je me demande si ça peut annoncer le début d’un travail quelconque. Je remarque que quelques contractions se présentent l’une après l’autre avec une certaine intensité. J’essaye de ne pas en tenir compte puisque c’est arrivé bien des fois et que ça finissait toujours par s’arrêter tout seul. Sauf que cette fois-ci, elles sont régulières et font mal. Je décide donc d’appeler ma sage-femme et de la mettre au courant. Elle me suggère donc de revenir la voir en fin de soirée pour vérifier si quelque chose a changé. Ce n’est pas ma sage-femme qui est de garde, mais peu m’importe, J. est très compétente et j’ai déjà eu la chance de la rencontrer et de constater qu’elle est tout aussi gentille que ma sage-femme. Effectivement, je suis à 6 cm et complètement dilatée. YÉ !
Marc qui était retourné à la maison pour s’occuper des chevaux, car nous avions décidé de dormir à Nicolet reçoit mon coup de fil pour le mettre au courant. Il arrive donc à la maison de naissance tout excité à l’idée d’enfin rencontrer sa fille. Nous choisissons une chambre et puisque nous sommes les seuls, nous avons l’embarras du choix. On s’installe confortablement, la chambre est douillette, chaude et des chandelles sont allumées. On est si bien. On prend le temps de s’embrasser moi et Marc, de se dire que tout va bien aller, on prend une ou deux photos pour avoir des souvenirs.
Le travail continue d’aller en augmentant. J. passe nous voir et discute avec nous. Tout est calme, je me sens si bien avec eux. Je passe le ¾ de mon temps sur le ballon, car c’est ce qui me soulage le mieux des contractions. Marc me masse et J. me parle. Au bout de quelques heures, je décide d’aller dans le bain, mais surprise, les contractions s’arrêtent. Déception. Moi qui croyais rencontrer ma fille, ce ne sera pas pour aujourd’hui. On repart donc à la maison bredouille. Je passe le lendemain à pleurer parce que je croyais que le grand moment était arrivé.

Nuit du 6 au 7 janvier 2013
Il est tard, et j’écoute la télévision. Marc décide d’aller se coucher, mais moi je ne trouve pas le sommeil. J’ai quelques contractions, mais je n’ai pas envie de calculer, car je ne veux pas me faire de faux espoirs. Sauf qu’après avoir décidé de prendre un bain, je remarque que les contractions sont toujours présentes. Je réveille Marc qui calcule et on appelle la sage-femme, car le temps est venu d’aller à la maison de naissance 🙂
On quitte il est environ minuit. Le trajet en voiture est pénible, car les contractions sont de plus en plus fortes et assis, ce n’est pas facile à gérer. Enfin, on arrive il est 1 h du matin et je suis tout sourire. J. aussi. Encore une fois, on choisit la chambre qu’on préfère et je décide d’y aller pour une différente de la dernière fois, question de repartir à neuf. Mon meilleur ami m’y attend: le ballon. J’y passe quelques heures et je commence à trouver que ça fait mal, accoucher. Je me laisse le loisir de pleurer un peu, je suis sereine, même si c’est douloureux. Marc est merveilleux, toujours à côté de moi à l’écoute de mes moindres besoins.
Viens ensuite le temps du bain. Je veux accoucher dans l’eau et comme je suis à 8 cm, c’est le bon temps pour y aller. Je commence à avoir de la difficulté à maîtriser les sons qui sortent de ma bouche malgré moi. Ça fait mal et la seule façon que j’ai de laisser sortir le trop plein c’est de crier. Tout le monde est compréhensif et je l’apprécie. Un problème se présente alors: la bande de col ne laisse pas passer la tête de ma fille et je pousse depuis 2 heures pour rien. Ma sage-femme arrive pour prendre le relai, je suis si contente de la voir. Elle vérifie et me suggère d’essayer moi-même d’appuyer pour déplacer la bande de col pour laisser la place à Justine. Ça fait trop mal. Mais si je veux en finir au plus vite, on doit essayer. C’est donc L. qui s’en charge. Jamais de toute ma vie j’ai eu aussi mal. Je pleure, je regarde Marc en lui demandant de faire quelque chose, que je n’en peux plus, c’est trop intense. Je crie pendant que L. essaye de m’aider, c’est TROP difficile … je n’en peux vraiment plus.
Marc sort de la chambre, il en a assez de me voir souffrir, il a besoin d’air. Je décide de sortir du bain, je ne suis plus bien dedans. Je passe environ une demi-heure (je crois, car la notion du temps est difficile à savoir quand on accouche) assise sur la toilette à me reprendre tranquillement. Les sons deviennent plus graves dans ma gorge, je suis capable de focuser. L’ambiance change, je suis calme, résignée à la douleur et prête à voir ma fille. Je décide d’accoucher dans mon lit, couchée sur le côté, ma sage-femme qui tient ma jambe.
1 h 30 de poussée intense, Marc regarde tout ce qui se passe, mais moi je préfère me concentrer sur ce que j’ai à faire. Les sensations sont différentes et moins pénibles. Je sens ma fille qui s’en vient, une contraction à la fois. Je suis fière de moi, je pousse bien et Justine approche. La tête sort enfin. Je souris, car je sais que la contraction suivante, le reste de son corps sortira. Je dis à Marc: Regarde bien, la contraction d’après, une poussée et elle est avec nous. Et effectivement, la contraction suivante, je donne tout ce que j’ai et je sens tout son petit corps qui glisse tranquillement du mien. On dépose mon petit trésor sur mon ventre. Elle est chaude et humide, mais elle ne dit rien. Pourquoi elle ne dit rien ?! J. la prend avec elle et m’explique que Justine a besoin d’un peu d’aide pour démarrer sa respiration. Je demande à Marc d’accompagner notre cocotte juste pour voir comment elle va. Moi-même je la vois du coin de l’œil, car l’unité est directement dans notre chambre. Finalement, seulement 3 minutes après, j’ai mon bébé dans les bras, car elle va très bien. Je suis tellement soulagée que tout soit terminé.
On nous apporte un grand plateau de fruits et de croissants, car on est affamé. J’ai ma Justine au sein, Marc à côté de moi qui m’aide à manger et je suis si HEUREUSE. Fatiguée, mais heureuse.
Je revivrais ce moment encore et encore. Donner la vie est la plus belle chose qu’on puisse accomplir et je suis fière de l’avoir fait en maison de naissance de façon naturelle. J’ai non seulement eu la chance et le privilège de vivre tout à fond, mais aussi de rencontrer deux femmes formidables qui vont faire partie de mes souvenirs pour toujours.
Merci à la maison des naissances de la R. pour leur accueil et merci à mon chum qui a été un partenaire formidable dans cette belle aventure.
P.S. Certains éléments sont peut-être racontés à peu près, car mes souvenirs sont un peu brouillons par moment 🙂

Venue au monde en Maison de Naissance de mon premier enfant, 2011

7 Jan

Avant même de tomber enceinte, je m’étais vaguement intéressée au concept des maisons de naissance. Je n’ai jamais particulièrement apprécié le milieu médical, et je ne m’y sentais pas du tout à l’aise, ni rassurée.

Ce fut donc une évidence de me tourner vers la seule Maison de Naissance disponible dans cette grande ville de Suisse lorsque j’ai appris ma grossesse. La gynécologue qui me suivait essayait de me décourager et surtout, culpabilisait mon mari qui n’était pas franchement rassuré par mon choix au début. Il faut dire qu’il n’a jamais connu de grossesses physiologiques dans sa famille et aurait au début préféré m’aliter sous monitoring pour les prochains 9 mois … Maintenant, c’est un défenseur des Maisons de Naissance.

Dès le début du suivi, je n’ai pas du tout apprécié l’attitude de ma gynécologue. Elle était constamment à la recherche de pathologies, de choses qui lui confirmait que la grossesse était « à problèmes ». Face à mon refus de faire une prise de sang mensuelle pour vérifier la toxoplasmose (contre laquelle je n’étais pas immunisée), elle n’a pas hésité de me qualifier d’irresponsable – bien que je lui expliquais que cette pratique n’était plus conseillé depuis des années par l’office fédéral de santé, car le traitement prévu en cas d’infection n’a jamais prouvé une quelconque efficacité …
Elle n’a clairement pas appréciée mon attitude critique et informée, et lors de mon annonce que le suivi allait dorénavant se faire par ma sage-femme, qui lui transmettrait tous les résultat et m’adresserait vers elle uniquement en cas de complications, elle m’a tout bonnement mise à la porte. Ceci, ce fut lors de la première échographie, à 12 semaines de grossesse.
Je vous laisse imaginer les discussions avec mon mari qui ont suivi … il était présent ce jour-là, et m’a même sermonnée d’arrêter de remettre en question l’autorité médicale.

Je n’ai pas fléchi. Mon corps, mon accouchement. Je sentais très précisément ce qui était bon pour moi, j’étais confiante et détendue, et ce n’était certainement pas un suivi alarmiste qu’il me fallait.

Au fil des rendez-vous avec ma sage-femme, celle qui dirigeait la Maison de Naissance, mon mari prenait confiance. Elle était douce, calme, faisait un minimum d’interventions et travaillait surtout en prévention. Je me suis sentie très en sécurité tout le long.
Elle m’a annoncé à un moment donné que le bébé se trouvait bien la tête en bas mais « un peu vrillé, rien d’inquiétant ». Elle a alors copieusement évité de me parler de « position postérieure » sachant pertinemment que j’allais me renseigner sur le sujet et probablement angoisser. Par contre, elle m’a prescrit des exercices de position à prendre tous les jours pendant au moins 20 minutes les derniers semaines, afin que bébé « apprenne à se tourner pour faciliter sa sortie ».

Le seul moment de stress de ma grossesse, une fois suivie par cette sage-femme, était le dépassement du terme. Dans cette ville, il était tout bonnement légalement interdit d’accoucher en Maison de Naissance 10 jours après le terme (40 + 10 au maximum) et j’aurais été d’office provoquée dans la mégastructure hospitalière de la place. Après plusieurs tentatives toutes douces de mettre les choses en marche (promenades, faire l’amour, bain chaud, nettoyer les vitres, faire des escaliers,…) sans succès, ma sage-femme m’a envoyé en centre spécialisé d’échographie pour vérifier que tout était en ordre, puis m’a transmise sa recette pour un cocktail sans alcool, sensé aider aux contractions.

Une heure après avoir ingéré la dernière goutte de celui-ci, des toutes petites contractions se faisaient ressentir. Je me suis isolée, et j’ai même envoyé mon mari qui doutait que CE jour était LE jour, faire une ballade, afin de pouvoir me construire ma bulle et accueillir sans aucune distraction ces contractions. Comment je voulais qu’elles deviennent plus fortes, pour rencontrer notre bébé!

Trois heures après, les contractions devenaient plus régulières et fortes, et n’ont pas fléchi lorsque j’ai pris un bain chaud, comme me l’avait recommandé la sage-femme lors de l’entretien téléphonique quelques minutes auparavant. Nous nous sommes donc préparés et finalement arrivés à 22 heures à la Maison de Naissance. Le trajet ne fut pas sympathique, les virages font mauvais ménage avec les contractions et je ne pouvais pas bouger …
En arrivant, la Maison de Naissance était éclairée au moyen de bougies et de lumières tamisées, il y avait de la musique douce et des senteurs relaxants, tout était si accueillant. Mon excitation face à l’arrivée imminente de notre bébé était à son comble et je me sentais si bien, arrivée là-bas, dans cet antre accueillant et rassurant.

Là, la sage-femme m’ausculte (mon deuxième toucher vaginal de toute la grossesse, depuis qu’elle me suivait!) et m’annonce que mon col est ouvert à seulement 1 cm, qu’on était en début de travail. J’étais déçue, je m’attendais à plus vu l’intensité des contractions dans la voiture. Néanmoins, c’était largement gérable et je rigolais même avec mon mari entre deux contractions.
Je vais aussi aux toilettes pour vomir et aller à la selle, visiblement mon corps se déleste de toute cargaison inutile. Je me demande comment font les femmes en salle de naissance, ou il y a rarement des toilettes tout près? Est-ce la raison pourquoi certaines se retrouvent dans la position humiliante de déféquer au moment même qu’elles donnent naissance?
La sage-femme nous a donc dit qu’elle allait nous laisser et passer dans un petit moment pour voir l’avancement, et qu’on pouvait bien sur l’appeler à tout moment. Elle habite une maison adjacente à la Maison de Naissance.

A 23:30, elle repasse et là mes contractions sont clairement plus fortes – sûrement aussi du à la poche rompue sous le toucher vaginal (évidemment pas percée volontairement par la sage-femme, mais la simple irritation du col en touchant a provoqué la rupture). Plus question de bouger, ni même de ballon ou de rigolade, mes contractions sont si fortes que je me suis depuis un moment installée sur le lit (chose que je ne me voyais absolument pas faire avant, je suis du genre bougeotte) sur le coté gauche, et je m’endors entre deux contractions. Mon corps me dicte très clairement ce qu’il y a à faire, je me laisse emporter par mon instinct.
Plus tard, j’apprenais que la position allongée sur le coté gauche pendant les contractions d’ouverture, est la position qu’on fait prendre aux femmes lorsque le bébé se présente en position postérieure … Mon corps me l’a indiqué tout seul.

Elle me propose alors de faire l’impasse sur l’examen du col, puisque sous l’effet des contractions ça allait être désagréable et qu’on avait le temps de laisser faire des choses, le monitoring qu’elle fait à ce moment montrait que tout allait très bien. Elle me demande si je veux être soulagée au moyen de TENS (electrostimulation) ou de massages. Je ne veux rien du tout, juste de la présence de mon mari, sans un mot, ni toucher. Je me dis que je préférais garder ces options pour plus tard, au cas ou ça s’intensifie d’avantage.

A peine une heure plus tard, je ressens une irrésistible envie de pousser. Si forte que j’ai toujours de la peine à croire que certaines femmes se voient dire « arrêtez de pousser » et arrivent réellement à retenir cette impulsion. Impossible pour moi, à peu près comme arrêter de recracher alors qu’on est en plein en train de vomir… (pardon pour la comparaison). Je dis à mon mari d’appeler immédiatement la sage-femme, qui arrive sur les chapeaux de roue en disant « ouh, elle chante, c’est pour maintenant! je vois des cheveux! » et prépare tout en un rien de temps. Elle me dit de me mettre à quatre pattes. Je suis si prise par les contractions d’expulsion que je ne me vois pas tenir sur mes bras, et je demande à mon mari de se mettre lui aussi à quatre pattes, en perpendiculaire, afin que je puisse apposer le haut de mon corps sur son dos.
En trois ou quatre poussées de plus, notre enfant naît. Il est 0:56. Je prends immédiatement le bébé contre moi, il est magnifique, parfait, et sent merveilleusement bon. La sage-femme vérifie le score APGAR (pouls, respiration, couleur de peau, tonus, réaction à la stimulation) alors que le bébé est en peau-à-peau, il est 10/10/10/10/10. A 1:06, le bébé se met à chercher le sein et je le laisse « ramper » jusqu’au téton ou il retrouve visiblement le nirvana – et moi aussi. Quel moment émouvant et puissant! Quelques minutes plus tard, j’expulse le placenta.

Je suis indemne, j’ai pas de déchirure mais uniquement un petit étirement que la sage-femme recoud pour des raisons esthétiques, après m’avoir anesthésiée. Le bébé est confié à son papa et posé contre son torse nu pendant le temps qu’elle m’examine.
Ensuite, je prends une longue douche pendant que l’on nous prépare un repas pour nous redonner des forces. Bébé est placé dans un hamac et roupille paisiblement pendant que nous nous délectons du met tout chaud au milieu de la nuit.

Nous nous couchons à 3 dans le grand lit et passons une merveilleuse nuit ensemble, en famille.

Pas un seul regret. Au contraire, je me sens renforcée, plus moi-même, plus « entière » grâce à cette expérience. J’ai tellement apprécié de pouvoir la partager avec l’homme que j’aime, son soutien était si précieux et efficace. Aujourd’hui, je ne peux m’empêcher de trouver cruel la séparation du papa du reste de la famille, pourtant si « habituelle » dans la majorité des hôpitaux et cliniques. Il fait partie de la famille au même titre que maman et bébé!

Et maintenant, numéro deux est en route – j’espère réitérer l’expérience, cette fois-ci, pourquoi pas, dans la baignoire de cette même Maison de Naissance.

La naissance de Tristan, 3ème bébé de Lauren – en Allemagne

22 Déc
J’ai 3 enfants, mes 2 premiers sont nés en Irlande, à Cork, ce n’était pas des accouchements physiologiques, je n’avais même pas envisagé cette méthode car je n’avais alors pas l’ouverture d’esprit que j’ai aujourd’hui.
2 accouchements où j’ai été passive, en attendant qu’on me dise : « Poussez madame ! »
Mais pour ma 3ème grossesse, en ayant beaucoup discuté avec des mamans sur Facebook, je decide qu’il en sera autrement. Je veux me reconcilier avec ce processus, le rendre naturel et normal, qu’on me rende le pouvoir, qu’on me laisse faire, je veux un personnel qui ne soit pas intrusifs mais qui m’assiste juste au cas où.Tristan est né en Allemagne.
Voici mon récit.
C’est donc ma 3ème grossesse et on me détecte un petit diabète gestationnel. Je dis à mon gynécologue que j’accouche toujours après terme (déclenchement des 2 autres, pour bb1 à 10 jours après le terme et pour bb2 4 jours après, décollement des membranes sans me demander mon avis…), donc je souhaitais de tout coeur que Tristan naisse le jour où il le décide, que tout se fasse en douceur sans « qu’on le mette dehors ». Mais gygy me dit qu’avec le diabète gestationnel, je serai déclenchée le jour du terme… Arf, je suis dégoûtée, je sais que je vais y avoir droit. Je n’ai pas de contractions à 9 mois, juste des Braxton Hicks, rien de bien méchant.
Le 6 janvier, date de péremption, tout le monde dehors! Je tiens à avoir un accouchement physiologique, je veux me reconcilier avec ce processus de la naissance, je veux qu’on me rende le pouvoir, de me laisser faire seule. Dans ma maternité allemande, je suis ravie de voir qu’ils sont équipés comme des « salles nature » avec un lit ergonomique, des ballons, une baignoire, des écharpes pour se suspendre et des tabourets de naissance. C’est ce que je voulais. J’avais espéré que Tristan se décide avant pour échapper au déclenchement, mais je ne me faisait pas d’illusions… arf salete de diabète gestationnel, si je ne l’avais pas eu, j’aurais laissé faire la nature…
Donc le 6 janvier, à 40 SA, on va a la maternité. Mon mari est là avec moi et il traduit pour moi car je ne parle pas allemand et ils parlent très peu l’anglais… L’obstétricienne me demande comment s’est passé mon precedent accouchement, alors je lui racconte vite fait, que deuz était un gros bébé (4,460 kg), qu’il n’avait pas la position adéquate (au lieu d’avoir la tête tournée vers le bas, de regarder en bas, elle était tournée vers le haut) quand j’étais à 8 cm. Il est parvenu à se retourner en 1h jusqu’à la dilatation complète mais sûrement cette rotation plus son gros poids, ont fait qu’il s’est cassé la clavicule :/). L’obstétricienne allemande ne comprend pas très bien, malentendu… elle me fait une écho pour déterminer le poids de Tristan. Il fait autour des 4kg comme ses frères. Alors elle me propose une césarienne, car elle me dit que parfois les gros bébés peuvent avoir le nerfs de l’épaule coincé dans le passage du bassin et que ça peut entraîner une paralysie du bras… Mon mari devient blanc comme un linge, mais, dans ma tête, la decision est toute prise, j’aurai certainement pas de césarienne, j’ai très bien pu sortir deux patates de 4kg, alors je ne vois pas pourquoi ça poserait problème pour celui-là! Donc, va pour la voie basse. On m’examine, col verrouillé à double-tour, comme je l’avais imaginé, postérieur long de 2cm. On me pose le tampon au niveau du col. Comme arrive midi, on me donne mon plateau repas, j’apprécie parce que, pour les 2 autres (nés en Irlande), on ne m’avait pas donné mon repas à midi et je crevais de faim! Donc je mange absolument tout pour bien prendre des forces. J’ai la bonne idée d’aller aux toilettes aussi LOL. Et j’attends.Une heure plus tard, ça commence. Alors je marche, tant que je le peux. Ca va vite, la douleur augmente vite, alors je retourne dans mon lit, pour m’allonger sur le côté. Les sages-femmes me donnent un sac de noyaux de cerise chauds pour mettre sur les reins, ça soulage. La douleur augmente, alors pour m’aider à la canaliser, je pousse des longs « ooooooooohhhh!! », je ne crie pas car je tiens à garder un peu de dignité LOL. Les sages-femmes m’examinent à 15h, je suis dilatée à 4 et ça va très vite, il faut que j’aille en salle de naissance. On n’a pas le temps de me couler un bain, arf, j’aurais voulu accoucher dans l’eau!! Mais avec la douleur des contractions toutes les minutes, je ne peux pas vraiment argumenter. Je tiens à rester à la verticale le plus possible pour aider Tristan à descendre, alors je m’appuie juste contre le lit, les mains crispées sur le matelas.
Ces vagues de douleurs sont terribles mais, entre chaques contractions, je me dis : « Je l’ai supportée celle-là, je l’ai supportée!! Notre corps est fait pour supporter cette douleur, tu peux le faire!! » Mais quand même, la péridurale m’effleure l’esprit, j’ai trop mal… Arf non!!! Je peux y arriver!! Je m’allonge sur le côté pour que la sage-femme m’examine. Ma poche des eaux est toujours intacte, bombée. On a du me la percer pour les 2 autres aussi… Le coeur de Tristan ralentit, la sage-femme me demande de me tourner, arf j’ai si mal, mais je me tourne quand même. Elle me demande si elle peut percer la poche des eaux, que ca va accélérer les choses. Je lui donne son accord, splash… et une minute après, je ressens cet ordre formidable que me dicte mon corps : POUSSE!!!! Je ne peux pas me retenir, mais je suis dans la mauvaise position, allongée sur mes coudes. Je vois la tête de la sf et ses yeux qui s’ecarquillent, elle ne s’attendait pas à ce qu’il arrive si vite, c’est le moment M! Elle me dit : « Lauren, get up right now, your baby is coming! » (Lauren, debout, votre bébé arrive!) J’ai juste le temps de me lever, de me mettre sur le tabouret de naissance et d’empoigner les écharpes, que la prochaine contraction arrive. Je pousse. La douleur cesse, je ressens juste un petite brûlure. Sa tête est dehors. Deux minutes après, une autre contraction, j’envois toute mon énergie, je tire sur les echarpes et là, les épaules passent, Tristan arrive, dans la douceur des lumières tamisées de la salle, la sage-femme l’attrape, il pousse déjà son premier cri. Encore une contraction, le placenta est dehors. On me défait les attaches de ma robe de princesse et on me met Tristan en peau à peau contre moi, toute tremblante. Je n’oublierai jamais son odeur, je m’enivre avec. Il est tout chaud, tout contre moi, le temps s’arrête. Je me sens comme la femme la plus forte de l’univers. 10 minutes après, la sage-femme prend Tristan, elle le pèse et le mesure, 3,780 kg (le plus léger de la fratrie) et 54 cm (le plus grand de la fratrie 😉 ) je me suis allongée sur la table, je me languis qu’elles aient finit. Elle me donne Tristan, je le mets tout contre ma peau, contre mon sein. Il machouille ses petites poings pendant 20 minutes puis trouve mon sein auquel il s’accrochera pendant plus d’une heure. Voila 🙂
Lauren