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#348 Karine, la naissance de joséphine en 2007

13 Fév

En mai 2005, le CIANE a transmis à la haute autorité de la santé (HAS) un dossier de saisine afin qu’elle fasse une étude sur l’évaluation des risques et codification de la pratique de l’expression abdominale dans la phase deux et trois de l’accouchement.
En avril 2007, cette dernière a fait paraître un communiqué de presse, après 10 ans de recherche, sur cette technique, dans lequel, elle a rendu des recommandations.
Son argumentaire tournait autour de trois points :
1) Il n’y a pas d’indications médicalement validées pour réaliser une expression abdominale. Le vécu traumatique des patientes et de leur entourage et l’existence de complications, rares mais graves, justifient l’abandon de cet usage.
2) Dans les situations qui nécessitent d’écourter la 2e phase de l’accouchement, le recours, en fonction du contexte clinique, à une extraction instrumentale (forceps, ventouse obstétricale, spatules) ou à une césarienne est recommandé.
3) Si une expression abdominale est pratiquée malgré les recommandations précédentes, elle doit être notée dans le dossier médical de la patiente par la personne en charge de l’accouchement, en précisant le contexte, les modalités de réalisation et les difficultés éventuellement rencontrées.

Pourtant, le 7 septembre 2007, soit cinq mois plus tard, j’ai subi cette pratique, pendant plus d’une heure, sans raison apparente, qui aujourd’hui me laissent des séquelles neurologiques soulagées par aucune thérapeutique. En effet, le jour de mon accouchement, une personne, missionnée par la sage femme en charge de ce dernier, est entrée dans la salle, muni d’un tabouret pour la surélevée et a appuyé, de tout son poids et de toutes ses forces, à chaque effort de poussées, le haut de mon abdomen, pendant 2 heures. Pour cela, elle s’est servie de ses mains, ses coudes et /ou d’un drap l’entourant.
Depuis 4 ans je suis assistée dans tous les actes de la vie quotidienne. Je ne peux plus m’asseoir et m’occuper de ma fille de 6 ans sans aide. Deux équipes pluridisciplinaires, spécialisées dans les algies pelviennes et périnéales, m’ont diagnostiqué des lésions sur les nerfs pudendaux, ilio hypogastrique inguinal, phrénique, vague et autres neuropathies des membres supérieurs associés à un syndrome polyagique diffus. L’expression abdominale a un lien prédominant avec les séquelles dont je souffre aujourd’hui d’après ces spécialistes. Je suis suivie en centre anti douleurs depuis lors. Il est certain qu’avant cet accouchement, je menais une vie tout à fait normale.
Bien évidemment, aucune trace de cette pratique n’apparait dans mon dossier médical malgré l’obligation qui en est faite par la Haute Autorité de la Santé.
Y figurent seulement ma fragilité psychologique au moment des faits car un an auparavant nous avions fait le choix mon mari et moi-même d’interrompre médicalement ma grossesse en raison de la trisomie 21 de ma première fille ; Prétexte souvent utilisé par l’équipe soignante pour se dédouaner de questions embarrassantes posées par mon mari ou bien par moi-même relatives à mes douleurs post accouchement et aux pleurs de notre fille au moment des repas et à la digestion. Il est vrai qu’il est tellement plus aisé de mettre sur le compte du psychologique pour expliquer les raisons de certaines douleurs inhabituelles après un accouchement, lorsque les mots manquent ou lorsqu’on se sent fautif ou bien peut-être que l’on a peur d’un contentieux.
Pour les ecchymoses sur l’intégralité de mon abdomen, les violentes douleurs ressenties en coup de poignard dans le bas-ventre côté droit, mes difficultés respiratoires etc. il m’a été répondu que tout était normal que mon accouchement s’était déroulé normalement, que je venais tout simplement de vivre un vrai marathon ; que les pleurs de ma fille qui buvait que 10 millilitres par biberon (ce qui faisait un sous total de 14 biberons par 24 heures), n’étaient qu’une question d’adaptation alimentaire et cela ne traduisait en aucun cas une souffrance de mon bébé.
Pourtant, après avoir fait une cyanose à 15 jours de vie, ma fille a été hospitalisée d’urgence, pendant plusieurs jours, pour une œsophagite sévère associée à un reflux Gastro-oesophagien. D’après les spécialistes du CHU, elle devait souffrir de cette pathologie depuis sa naissance. Elle a été soignée pour cela pendant 18 mois et a connu un régime alimentaire et position d’endormissement très particulier. Nous avons profité d’une légère accalmie après ces 18 mois de difficultés. Mais ce fut de courte durée, car peu de temps après, Joséphine s’est plaint de douleurs crâniennes, cervicaux brachiales, dorsales, pelviennes, périnéales et de douleurs dans la jambe droite. Si elle doit dessiner trop longtemps, elle ressent très rapidement des douleurs dans le bras droit l’empêchant de dessiner et colorier trop longtemps. Elle ne peut également faire de la trottinette car très rapidement elle ressent des douleurs dans la jambe droite.
Y a-t-il un lien de causalité avec l’expression abdominale ? Il semblerait que oui, d’après les examens passés, l’avis de certains médecins et le témoignage d’un ostéopathe que ma fille consulte. Il s’agirait de douleurs périnatales. Ils mettent en évidence la pression exercée sur le crâne de Joséphine lors de l’accouchement causée par l’expression abdominale.

Dans tous les cas, ce qui n’est plus à démontrer, c’est que de nombreux établissements de la naissance continuent à prendre trop souvent les dires ou actions des mamans pour des comportements hystériques ou anxiogènes. En l’espèce, il est probant, que l’équipe de mon accouchement et de son suivi a commis une grossière erreur en ignorant ou en minimisant notre inquiétude relative à mes douleurs et celle de mon enfant s’appuyant trop facilement sur une fragilité qui de surcroît était légitime, au moment des faits.

Aujourd’hui, pour avoir recueilli et lus plusieurs témoignages, via les forums autour de la naissance, je constate malheureusement et avec un grand regret que l’expression abdominale est toujours exercée, malgré la preuve de son inefficacité. Elle occasionne toujours autant de lésions sur le périnée et laisse à chaque fois un souvenir barbare et indélébile de l’accouchement pour les 2 parents : Sans écarter bien évidemment les risques encourus sur le bébé comme en témoignent de nombreux procès et spécialistes.
Pourtant, Juriste de formation, mon but n’est pas de porter cette affaire devant les tribunaux mais plutôt, au regard des éléments précités, utiliser mon énergie et mes compétences juridiques au profit d’actions visant à transformer les recommandations de la H. A S., en une interdiction formelle, voir légale de pratiquer l’expression abdominale. J’aimerais que les futures mères soient informées de cette technique barbare afin qu’elles puissent, le jour de leur accouchement, dire NON à l’expression abdominale ou du moins avoir le choix. Choix qui ne m’a pas été offert lors de mon accouchement.

Aujourd’hui, les procès ou bien les recommandations de cette autorité n’ont aucun impact sur certains acteurs de la naissance. Il est donc urgent d’agir.

Doit- on faire appel au quatrième pouvoir de la Vème république, pour essayer de mobiliser l’opinion publique et peut-être faire pression sur ces personnes ? Doit-on mobiliser le ministère de la santé ? Dénoncer certains hôpitaux ou cliniques qui continuent à couvrir leurs médecins ou sage-femme ignorant les recommandations de la haute autorité de la santé ?
Je ne sais pas mais ferais tout mon possible pour que cela s’arrête.

karine

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Naissance respectée de jumeaux, dans le 92

9 Fév

Suivie en accompagnement global par le groupe naissance en région parisienne, on m’avait vendu le respect de la physiologie, du terme 41SA, aucun geste médical non motivé etc.
effectivement j’ai eu peu d’échographie, très peu de toucher vaginal (peut-être 3), et pas de déclenchement… même si je suis allée voir un acupuncteur le 23 décembre à 40SA +4, le gynéco commençant à stresser pas mal. Mon col était ouvert à 4 ou 5 cm, depuis déjà une ou deux semaines. Le premier jumeau est en siège. Nous ne connaissons pas les sexes. J’ai déjà fait 2 accouchements sans péridurale, mais à chaque fois avec une anesthésie générale pour une révision utérine.

J’ai écrit à peu près ça le jour de la naissance :

Je n’arrivais pas à trouver le sommeil. Vers 1h du matin je me suis levée. Vers 1h20 j’ai trouvé que les contractions faisaient plus mal que d’habitude. Elles étaient interminables, impossible de déterminer une fréquence. Vers 1h40 j’ai appelé F. (FCD). ma sage-femme : elle m’a donné rendez-vous à la maternité. Nous avons rassemblé les dernières affaires, et réveillé mon père qui était resté pour garde les aînés. Les grands dormaient trop profondément… Arrivée à la maternité vers 2h, en même temps que F. qu’on trouve à la porte. Dans la salle de naissance elle me dit que je suis presque à dilatation complète. Nous gérons les contractions douloureuses. Moi debout penchée appuyée sur un plan de travail, D (le papa) massant le bas du dos. les mains caressantes de F. sur les fesses font du bien aussi. Nous essayons de bien nous comprendre pour que D. comprenne ce que je demande « masse le point », « masse de bas en haut ». La douleur, grâce à ces massages, est vraiment beaucoup plus facilement supportable. du liquide commence à couler. Nous n’avons pas oublié les remèdes homéopathiques. F. prend une veine, très difficilement (elle y arrive enfin à la troisième tentative..) elle écoute le coeur des bébés. N. (le gynéco) arrive. Après 30 minutes.1h ils me demandent de laisser pousser… mais je ne sens rien qui pousse !

Je m’installe à genoux sur la table d’accouchement, notamment parce que je commençais à me sentir mal (baisse de tension). La tête dans les oreillers, je suis mieux. J’ondule… les contractions sont très douloureuses j’ai vraiment besoin des massages. D. et F. se relayent. Ils me demandent encore de pousser alors que je ne sens pas pousser. je fais du mieux que je peux… Et effectivement, je sens passer les fesses, puis .. les épaules.. ? puis la tête du premier bébé : moment magique, incroyable ! Ils me disent de l’attraper. Mais de ne pas le tirer trop fort sur le cordon. C’est une fille ! je déboutonne ma chemise pour l’avoir contre moi. Elle est belle ! Peut-être la pédiatre entre à ce moment-là, prend son pouls. Le cordon est coupé.

N. me dit qu’il va encore avoir besoin de moi dans 5 min. Il est 3h. Ma première fille va contre le ventre de son papa.

N. a besoin que je sois sur le dos pour vérifier la présentation du deuxième bébé. Je suis heureuses et épuisée, je veux voir mon premier bébé, il est sous le T-shirt de son papa ! Pour le deuxième, c’est bien une tête, F. maintient le bébé dans l’axe. Je peux me remettre à genoux (difficilement, je n’ai pas envie). N. perce la deuxième poche avant. « c’est obligatoire ? » je demande. « oui c’est obligatoire » il répond. Je tremble de tous mes membres difficile d’y retourner. Les contractions reprennent même si je les sens peu au début : mon ventre est déjà beaucoup plus distendu. Je dois de nouveau pousser « dans le vide ». Voyant que ça me gêne de pousser quand ils demandent, N. me dit que je peux gérer comme je veux. Je n’aime pas sentir ses doigts, ça me fait mal, je râle. Il comprend que quelque chose n’est pas tout à fait comme attendu, ça devrait être plus facile. Il me fait m’installer sur le côté, une jambe dans l’étrier, l’autre sur son épaule. Je pousse le plus fort possible.. (en bloquant, depuis le début, j’y arrive mieux qu’en soufflant comme ils demandent). D. est loin, avec le premier bébé.. Je pousse tellement sur N. qu’il ne peut plus opérer, F. remplace son épaule. « elle a de la force », dit-il ! Finalement la tête du deuxième sort, et ils me demandent d’arrêter de pousser, de laisser sortir le reste du bébé. Ouf ! Je l’attrape et la met sur moi, elle est un peu bleue, c’est une fille ! On me rassure sur sa couleur.

La pédiatre passe faire un deuxième tour et je récupère mes deux bébés sur moi. L’anesthésiste passe la tête pour nous féliciter. N. prévient que ça n’est pas fini, il reste la délivrance.

Je sens effectivement N. appuyer sur le ventre, ça fait mal ; je sens le sang couler. Je me concentre sur le si beau visage de ma première fille, pour l’instant je vois peu la deuxième, qui est bien confortablement sur mon sein. Je pousse pour le placenta, je le sens passer. . N. n’a pas l’air de vouloir en finir, il en reste, je me concentre sur le visage de mes filles, il me fait mal en appuyant sur le ventre. F. injecte (pour la deuxième fois ?)du syntocinon pour aider. Et finalement il arrête, mais je dois lui demander si c’est bon. « pour l’instant oui » dit-il.  « Ah mais dites-le je m’inquiète moi ». Finalement il « vérifie » encore une fois Argh !

On enlève complètement chemise et soutien gorge, et nous restons là tranquillement à proposer le sein. On prend ma tension qui est bonne. Vers 4h15 je crois on pense à aller peser les petites. Avant d’aller en chambre et que D. déballe les affaires, N. m’explique que la deuxième était en « os » (occipito-sacré) c’est à dire le regard tourné vers le ventre de la maman plutôt que vers les fesses. Il vient de me répéter que c’est un sacré exploit de l’avoir sortie sans instruments… Eh bien, un siège, un OS, voie basse sans péridurale, on peut être fiers de nous ! Et tout ça en 2h Smile (1h30 à la maternité)

Elles pesaient 2kg880 et 3kg170 à la naissance.

#345 Lucie, dans le Val-de-Marne (94)

8 Fév

Je suis enceinte. J’ai 20 ans. Nous sommes en couple depuis 5 ans. Je suis déjà tombée enceinte un an plus tôt et nous avons fait le choix de l’avortement. Suite à cette IVG j’ai fais une dépression qui a nécessité un traitement médicamenteux. Mon traitement est arrêté en Août : au mois d’Octobre, je suis de nouveau enceinte.
Je suis très informée sur ce qu’est l’accouchement en France aujourd’hui : j’ai travaillé comme Auxiliaire de Puériculture dans de grandes maternités parisiennes. Je sais ce dont je ne veux pas. Je ne veux pas de cette violence industrialisée, banalisée. Je ne veux pas me sentir violée, anesthésiée, charcutée, comme je l’ai entendu parfois dans la bouche des mères auprès desquelles j’ai travaillé.
En fait, tout de suite, je veux accoucher chez moi, en sécurité. Là où je me sens bien. Je n’ai jamais été hospitalisée et je n’ai pas envie de commencer, surtout pas pour donner la vie. Je veux accoucher dans mon cocon, avec mon conjoint, la seule personne au monde en qui j’ai une absolue confiance, et éventuellement l’assistance d’une SageFemme.
Je me fantasme accouchant seule dans mon lit ou ma baignoire, en pleine possession de mon corps et gérant
ma douleur naturellement, instinctivement. Cette vision m’apaise et me sécurise.
Mon conjoint me fait confiance dans mes projets : c’est mon corps, mon instinct, je sais ce qui est bon pour notre bébé et moimême.
Il est un peu réticent, à peine, au sujet de l’accouchement à domicile, mais ma profonde conviction et mes arguments (appuyés par une documentation fournie !) ont vite raison de ses doutes.
Je parcours les numéros des SagesFemmes libérales de la région parisienne : l’une part en vacances à la date prévue de mon accouchement, l’autre est très froide au bout du fil et m’informe qu’elle ne prend plus de nouveaux parents. Je suis blessée et effrayée par la complexité de l’affaire : je me vois forcée d’accoucher à l’hôpital, faute d’alternative. Je n’ai pas le choix. Je me résigne à devoir accepter un accouchement en Maternité, et cette pensée me fait violence. Je me sens forcée.
A partir de ce moment de la grossesse, j’ai des phases régulières de panique en imaginant mon accouchement : je me vois ficelée à une table, le sexe ouvert mutilé, la lumière crue, tous ces gens, c’est un viol, voilà, c’est cela dans ma tête, rien d’autre. Mon conjoint ne comprend pas ma terreur et la minimise. Je me renferme. Je garde mon désespoir et ma peur en moi. J’envisage parfois d’accoucher seule à la maison, pendant que mon conjoint sera au travail, de ne pas me rendre à la Maternité. De faire ça toute seule, sans personne pour violer mon intimité. C’est la seule pensée qui m’apaise un peu, même si je sais qu’elle est illusoire : au fond de moi, je sens que je n’ai pas cette force d’être seule face à l’inconnu d’un premier accouchement.
Je découvre le concept du plateau technique, et un SageFemme libéral qui le pratique dans le grand hôpital à deux pas de chez nous. Cela me semble l’option la plus acceptable. Nous le rencontrons : il est sympathique, son approche de la grossesse et de la naissance me plaît, respectueuse et physiologique. Il accorde une grande place à l’entité parentale, pas seulement à la mère, et c’est important pour nous. Mon conjoint aussi est à l’aise avec lui. Nous ferons la route ensemble, même si je garde ce sentiment profond de faire un choix par défaut.
La grossesse se passe très bien physiquement. J’arrête cependant de travailler rapidement car je suis épuisée par les trajets interminables. Je sens que j’ai besoin de temps pour moi, pour me centrer et investir cette grossesse qui fait remonter à la surface d’anciens démons et beaucoup d’angoisses primitives. Quel bouleversement !
Le suivi de grossesse est respectueux : je n’aurais aucun toucher vaginal avant ma dernière consultation, car il n’y a aucune raison valable pour en faire. Je fais, avec mon SageFemme, une préparation à l’accouchement adaptée à mon souhait de ne pas prendre la péridurale : on discute des positions, de la gestion de la douleur, on fait de la sophrologie. Mais mon angoisse persiste malgré toute sa gentillesse. Je sens que je le pousse dans ses retranchements: je voudrais ne pas être perfusée d’office à l’arrivée à la Maternité, par exemple, et je me heurte à un
refus catégorique. Cela peut sembler anodin, mais le fait de sentir que je n’ai pas le droit de refuser un acte invasif creuse un fossé entre nous. Et je ne parviens plus à parler de ce qui me touche et m’inquiète : je le laisse se préoccuper de mon corps qui va si bien et je passe sous silence mon mental qui lui, ne suit pas.
Malgré mes efforts pour faire des choix éclairés, de nombreuses choses ne me conviennent pas. Mon SageFemme
ne fait pas les échographies et me dirige vers une gynécologue.. Son ton est froid. Elle me fait mal, elle a des remarques déplacées sur mon physique, elle ne nous met pas à l’aise. Je me souviens pourquoi je ne suis plus suivie gynécologiquement depuis des années, mais bizarrement, je n’ai pas la force de chercher quelqu’un d’autre. Je me sens piégée dans ma grossesse, dans ce qui m’est imposé à ce sujet : on attend de moi que je sois docile et béate. Je pensais que porter la vie me rendrait forte, puissante et fière; à l’inverse, je me sens infantilisée face au corps médical. Je m’estime “chanceuse” d’avoir opté pour un suivi global où je bénéficie d’un interlocuteur privilégié en la personne de notre SageFemme; je n’imagine pas ce qui se serait passé si j’avais opté pour un suivi plus conventionnel. Au moment où mon SageFemme remplira mon dossier pour la Maternité, il me demandera si
j’ai vécu des agressions sexuelles. Mon conjoint est à côté de moi. Oui, j’ai subis des violences sexuelles quand j’étais adolescente, mais comment vous dire ça maintenant, entre mon poids et mes antécédents familiaux ? Je ne dirais rien, et lui ne s’attardera pas sur mon malaise pourtant bien visible. Rien non plus sur mes addictions passées, quelques questions plus tard : trop tard, je suis fermée, vous m’avez fermée par votre indélicatesse. Dommage. J’aurais tellement eu besoin de parler de tout cela, précisément, de ces angoisses que la grossesse fait ressurgir. On
semble parfois oublier que la grossesse et l’accouchement sont des évènements de la vie sexuelle d’une femme, qu’ils sont dans la continuité de ses expériences, de son vécu. Mon ventre me semble dissocié de moi, on traite ma grossesse comme une personne à part entière.
J’ai du mal à investir ma grossesse, j’ai du mal à me projeter, à caresser mon ventre, à parler à mon bébé. Et je ne peux le dire à personne. A mesure que ma silhouette se transforme et que mon bébé donne des signes de vie, je parviens cependant à tisser ce lien délicat entre lui et moi.
L’échographie nous a montré qu’il s’agit d’une fille et j’en suis très heureuse. J’évite de penser à l’accouchement même si je suis toujours hantée par mes peurs. Je souffre aussi, malgré tout : je me sens lourde, impotente, douloureuse. Mais comme “tout va bien”, je n’ai pas vraiment l’autorisation de me plaindre. Mon conjoint et moi-même,
sentant la fin de la grossesse approcher, nous soudons face à l’inconnu. Mais je me sens toujours isolée et incomprise. Je regrette de ne pas avoir la force de demander de l’aide, mais j’ai la sensation que mon énergie
est monopolisée par et pour mon enfant. J’aurais souhaité qu’on me tende la main, qu’on fasse le premier pas, peut-être en me demandant sincèrement comment je me sentais, en tant que personne et pas seulement en tant que future mère.
La veille de mon terme prévu, je n’ai toujours aucun signe annonciateur de l’accouchement. Mon SageFemme
m’annonce que si je n’ai pas accouché à la date prévue, on me déclenchera à DPA+1 : c’est le protocole de l’hôpital dans lequel il officie et il n’a pas le pouvoir de lutter contre.
Je n’avais pas du tout envisagé cette possibilité et cela me révulse. Je déteste l’idée de mettre mon bébé dehors de force et dans la violence qu’induit un accouchement déclenché artificiellement, alors qu’il ne montre aucun signe de détresse. On ne nous laisse donc aucune chance ! Mais, moi non plus, je n’ai visiblement pas le pouvoir de lutter contre.
Le SageFemme me fait mon premier toucher vaginal pour contrôler l’état du col utérin, qui est légèrement ouvert. Je sens qu’il fait un geste sur mon col que je ne connais pas, désagréable. Il s’aperçoit que je l’ai remarqué et me fait un petit sourire en coin : “Je décolle les membranes”.
Je suis stupéfaite. Le décollement des membranes n’est pas anodin, et il ne m’a pas demandé mon avis. Il a fait ce geste sur mon corps, sur mon sexe, sur mon bébé, sans me demander mon avis. Il prend ce risque sans s’assurer que je sois informée des conséquences que cela peut engendrer.
Je n’arrive plus à parler. J’ai envie qu’on en finisse : j’ai mal partout, je suis épuisée d’avoir peur, d’appréhender, de sentir que mon corps m’échappe, que je ne contrôle rien. Le SageFemme est sûr que je vais accoucher dans la nuit, moi pas. Il s’aperçoit qu’il a oublié de faire un test important concernant la présence de Streptocoque B dans ma flore vaginale, et me demande de passer au laboratoire avant de rentrer chez moi.
Pendant le trajet, je sens que je commence à perdre les eaux. La poche est fissurée. A cause du geste qu’il a posé sans préavis, il a déclenché les évènements. Je marche toute l’après-midi, je passe au laboratoire. Je rentre chez moi. Je nettoie la maison du sol au plafond. Je ne pense plus à rien. Je préviens mon conjoint que l’accouchement ne va plus tarder. On prépare mon sac. Toute la nuit, je prête attention à mes contractions irrégulières, peu douloureuses, que
j’essaie de forcer en roulant du bassin sur mon ballon d’accouchement. Mais le travail n’a pas commencé. Je sais que ce n’est pas le moment, que mon bébé ne viendra pas tout seul, que la poche des eaux ne se serait jamais fissurée naturellement aujourd’hui. Je sais qu’en fait, mon SageFemme m’a déjà déclenchée artificiellement en décollant les membranes, parce qu’il voulait se conformer au protocole de son hôpital. Il n’a pas laissé à mon bébé une chance de
naître naturellement. Et je suis en colère contre lui, en qui j’avais une relative confiance jusqu’alors. Je n’ai même plus peur : je veux juste en finir, je veux que mon enfant naisse. J’ai le sentiment que la naissance de mon bébé est gâchée, et je culpabilise de ne pas mener ma grossesse à terme moimême, de ne pas savoir/pouvoir accoucher par moimême.
Le lendemain matin, les contractions se sont arrêtées. Le SageFemme essaie de me joindre au téléphone et je suis bien obligée de décrocher. Il vient d’avoir les résultats d’analyse : j’ai énormément de Streptocoques B. Comme la poche des eaux est fissurée depuis la veille et qu’il y a un risque d’infection pour le bébé, on doit déclencher l’accouchement. Une raison de plus, j’ai envie de dire. On se donne rendezvous à la Maternité. Il y a comme un sentiment d’urgence, de pression, je me sens forcée, pressée, compressée par son inquiétude.
Arrivés à la Maternité nous allons directement nous installer en salle de travail. C’est une trop grande salle froide carrelée, avec une baie vitrée donnant sur les arbres. Il y a une table d’accouchement sans étriers et face à la table, des placards et du matériel médical. C’est aseptisé, immense, étranger. J’ai du mal à me dire que je vais donner naissance à ma fille ici, dans cet endroit anonyme et froid, mais je me fais violence pour me “mettre dans le bain” :
après tout, je n’ai pas le choix, autant faire de mon mieux pour que cela se passe le moins mal possible. Je fixe mon attention sur le joli paysage par la fenêtre, dans le soleil de fin d’aprèsmidi.
Je passe la blouse de l’hôpital. Je ne veux pas enlever mon bracelet portebonheur, mais c’est obligatoire au cas où une intervention d’urgence serait nécessaire, alors j’obéis. La pose de la perfusion la première de ma vie m’arrache
des larmes de douleur. Comme l’accouchement est déclenché j’ai droit au monitoring en continu : je peux me déplacer sommairement avec, mais mes mouvements perturbent l’enregistrement et je dois sans cesse veiller à ce qu’il reste en place. Le SageFemme me dit de ne pas m’en préoccuper, mais c’est difficile d’occulter ce bruit permanent et tous ces fils. Il me prévient que la douleur des contractions va être plus violente et soudaine que si l’accouchement était spontané : mais plus violente que quoi ? Je n’ai encore jamais accouché !
Je m’assois sur le ballon, mon conjoint face à moi. Je gère les premières contractions ainsi : nous discutons tous les trois tandis que je bouge mon bassin au rythme des vagues qui se succèdent. Très vite, elles sont plus rapprochées et plus puissantes. Le SageFemme me prévient chaque fois qu’il augmente le débit de la perfusion, ce qui est plus anxiogène qu’autre chose. Quand la contraction arrive, je m’enroule sur moimême et je serre très fort les mains de
mon homme. Ce contact physique avec lui m’est indispensable en permanence, c’est la seule chose qui me garde sur Terre; sans ce contact je pars très loin… L’intensité des contractions me stupéfie. A chaque contraction, désormais, je n’entend plus rien, je ne vois plus rien, je suis submergée par cette douleur brûlante qui n’est pas localisée mais générale, dans ma chair et dans ma tête, partout en même temps. Rien à voir avec ce dont on avait parlé pendant la
préparation à l’accouchement.
J’entends les hommes qui discutent sans être capable de donner du sens à leurs mots. Leurs voix sereines me réconfortent cependant entre deux contractions, c’est un fond sonore agréable.
Parfois mon homme m’encourage doucement mais je ne peux pas lui répondre, ma voix ne sors pas. J’ai la sensation d’être dans un monde parallèle, de perdre le contrôle de mon corps, de mes sens, ce qui est déroutant et effrayant. La douleur prend de l’ampleur continuellement. J’ai du mal à reprendre mon souffle.
Je ne parviens plus à gérer la douleur assise, un poids pèse sur mon périnée en permanence.
Je crois que je le mentionne oralement car mon SageFemme me propose de me mettre debout en m’appuyant sur le lit. Je me lève en trébuchant : je me sens ivre. Est-ce que c’est ce qu’il y a dans la perfusion qui me rend ainsi ? Je pose les deux mains sur le lit et une contraction très violente arrive immédiatement. Je suis submergée par la douleur et par la peur. Debout au milieu de ce lieu inconnu, seule, noyée dans ma douleur sans le contact physique de mon homme, je me sens vulnérable, en danger. Je suis terrorisée.
On m’aide à monter sur le lit et je m’y retrouve allongée sur le dos, position fortement anxiogène pour moi, mais j’ai trop mal pour verbaliser mes émotions. Le SageFemme me propose un toucher vaginal pour vérifier l’avancée du travail : le col est ouvert à 4. Cette période de l’accouchement est très confuse dans ma mémoire : je déraille complètement. Je me dis que je ne vais pas survivre, je pleure comme une enfant en m’accrochant à mon homme. Comme s’il pouvait prendre ma douleur, j’attrape la main du SageFemme pour la poser sur mon ventre
pendant une contraction, mais il la retire, visiblement embarrassé.
J’ai une sensation profonde, bestiale, de mort imminente. Ce n’est plus de la douleur, c’est de la souffrance, il n’y a aucune pause entre les contractions. Allongée sur le dos, les cuisses serrées l’une contre l’autre, je me tortille à chaque contraction comme pour la bloquer, la freiner, mais en vain. J’en arrache même ma perfusion à force de me tordre de douleur mon SageFemme me dit qu’il n’a jamais vu ça avant.
Quelque part, le fait que les hommes restent sereins autour de moi me permet malgré tout de garder un contact avec la réalité. On essaie le masque de gaz relaxant, mais c’est pire, car je me sens étouffée en dessous. Le SageFemme
et mon homme me préviennent qu’ils vont sortir un instant. Mon homme me racontera lui avoir demandé s’il était normal que j’ai aussi mal, car il commençait à avoir peur pour moi. Ce moment de solitude est douloureux mais bénéfique : je suis profondément désespérée de ne pas être comprise et aidée, mais je comprends que je vais devoir lutter seule et que je dois trouver par moimême ce qui peut me soulager.
Le SageFemme me fait un nouveau toucher vaginal : le col est ouvert à 6. Il me propose de percer la poche des eaux : cela risque d’être plus intense ensuite, mais aussi d’accélérer considérablement l’avancée du travail, selon lui. J’accepte car j’ai envie d’en finir. Il perce la poche des eaux : j’ai un fou rire en sentant toute cette eau chaude jaillir hors de moi, c’est inattendu, cela me soulage d’un poids ! Nous rions un peu, l’atmosphère redevient plus sereine,
plus confortable. Le SageFemme me propose de m’asseoir en tailleur et installe une barre au dessus du lit de façon à ce que je puisse m’y accrocher au moment des contractions. Il me rappelle de me recentrer sur ma respiration et me propose de pousser sur la barre au moment de l’expiration. Sur un poste radio, il met la musique que nous utilisions pendant les séances de sophrologie : c’est rassurant même si j’en fais très vite abstraction, comme tous les sons
environnants. Dans le brouillard, j’entends la voix de mon SageFemme, cette parole isolée en réponse à mon homme inquiet : “Maintenant, elle est dans sa bulle.”
Je me concentre entièrement sur ma respiration, je la visualise et l’accompagne. Curieusement, la douleur des contractions a disparue : elle est remplacée par une puissante envie de pousser !
En fait, mon corps pousse tout seul, sans que je puisse maîtriser cet effort. Mon utérus est maître de la situation. C’est une sensation qui n’a jamais été mentionnée en cours de préparation à l’accouchement. Je suis soulagée de ne plus avoir mal, de ne plus être dans la douleur vive, mais cette sensation de poussée me déroute et me fait peur. C’est si dur de lâcher le contrôle quand on ne se sent pas parfaitement en confiance et sécurisée… Je ne peux pas.
Je voudrais, mais je ne peux pas. J’aurais tellement besoin d’être dans mon cocon familier, sentir l’odeur de mes draps, de mon homme contre moi, pour pouvoir enfin lâcher prise… Mais ici, de cette façon là, je ne peux pas.
Je signale à mon SageFemme que “ça pousse”. Il me répond simplement de laisser aller. Alors que j’aurais besoin d’être accompagnée, je me sens à nouveau piégée dans mon corps, seule. Malgré moi, je vais lutter contre cette poussée. Entre chaque contraction, je somnole sans m’en apercevoir. Je suis épuisée. Quand la poussée arrive, je suis incapable de la laisser aller. J’ai beau essayer de faire le vide dans mon esprit, mon bassin se bloque et je me retiens. Tous mes muscles tremblent dans cet effort. Je pourrais rester ainsi indéfiniment, suspendue dans le temps, dans les âges, entre deux états, entre deux étapes.
Subitement, j’entends la voix de mon SageFemme, anxieuse : “Bon, il faut y aller.”
J’ouvre les yeux. J’ai la sensation de me réveiller d’une très longue sieste : dehors, il fait nuit ! Je ne comprends pas. La sensation de poussée à disparue. Le SageFemme m’explique que le coeur de mon bébé commence à ralentir et qu’il va falloir pousser pour la faire sortir rapidement, tout en braquant sur mon corps l’énorme projecteur accroché au plafond. Je le vois préparer du matériel et enfiler un masque.
Je ne comprends plus rien. Je ne comprends pas comment j’en suis arrivée là, alors qu’il y a si peu de temps j’étais transpercée par cette poussée si puissante. Pourquoi est-ce qu’il ne m’a pas encouragée à pousser à ce moment là ? Pourquoi m’avoir laisser m’épuiser ainsi dans mes contractions, au point de m’endormir, alors que j’avais juste besoin qu’on m’encourage et qu’on me guide ?
Je suis assise sur le lit, les cuisses ouvertes au maximum, presque accroupie. J’ai toujours des contractions, mais elles semblent ralenties, anesthésiées, endolories comme tout le reste de mon corps. Mon homme est à ma droite et me tient la main. Une Aidesoignante est à ma gauche. Elle demande au SageFemme : “Tu vas faire une (poussée) dirigée ?”. Je me sens impuissante, incapable. Je m’efforce de pousser tandis que l’Aidesoignante appuie sur mon ventre. Elle s’excuse de me faire mal car elle y met vraiment toute sa force : je me souviens lui esquisser un sourire et lui répondre quelque chose comme “au point où j’en suis”.
Mais je n’arrive pas à pousser correctement. Mon corps m’échappe une nouvelle fois, traître. J’ai du mal à rassembler mes forces et à comprendre comment je dois pousser, maintenant que la sensation de poussée naturelle a disparue. Le SageFemme me dit qu’il va faire une anesthésie locale et, sans même me demander mon avis, enfonce une aiguille d’une taille considérable dans mon aine pour injecter le produit. C’est extrêmement douloureux. Mais pourquoi une
anesthésie maintenant ? Je n’avais pas mal ! Il semble confus de ma réaction et bredouille que maintenant, il est bien obligé de faire l’autre côté… J’en pleure de douleur tandis qu’il pique à nouveau. C’est complètement inutile.
Je pousse encore, mais cette anesthésie locale m’empêche de sentir correctement ce que je fais. Déjà que je n’ai plus envie de pousser depuis un moment, ça devient très compliqué… Le SageFemme me menace : si je n’y arrive pas toute seule, il faudra faire venir le Gynécologue.
Je balbutie en pleurant que je ne comprends pas comment je dois pousser. Finalement, je ne sais trop comment, je parviens à faire émerger la tête chevelue de mon bébé : je vois son reflet dans le carrelage du mur. Mon conjoint va jeter un coup d’oeil ému puis revient vite me tenir la main pour m’encourager. Cette vision furtive me donne la force de la sortir complètement à la poussée suivante.
J’ouvre les yeux le temps de voir ma fille, un peu violette, passer au dessus de mon corps sans s’y poser. Je crois lui avoir dit “Je t’aime”. Le SageFemme et l’AideSoignante partent immédiatement avec elle dans la salle adjacente. Mon homme me regarde avec inquiétude. Je crie : “Vas avec elle !” et il disparaît lui aussi. Cet instant de solitude semble durer une éternité.
Ma fille qui ne pleure pas, mon corps douloureux, vide, écartelé. Par respect pour elle, je ne pleure pas non plus jusqu’à ce que son premier cri me parvienne enfin. Alors les larmes coulent toutes seules. Ma tête est vide, je ne pense plus. Je suis seule. Je suis vide. Je voudrais mes amours près de moi, ma fille, mon homme. L’AideSoignante
passe à côté de mon lit. Je lui demande si tout va bien pour ma fille, et elle me répond avec surprise que oui, bien sûr, qu’elle avait juste besoin qu’on la stimule un peu car elle était fatiguée, mais que tout va bien maintenant. Puis elle me félicite, me souhaite une bonne nuit et s’éclipse.
Le SageFemme revient avec ma fille dans les bras : il propose à mon homme de la prendre en peau à peau pendant qu’il me fait quelques soins. Il appuie sur mon ventre, c’est désagréable, et me demande de pousser pour voir : le placenta sort d’un coup. Le SageFemme nous demande si on veut le voir : on jette un coup d’oeil, mais ça ne nous passionne pas autant que lui. Il m’ausculte. J’ai deux déchirures, sur la lèvre et à l’entrée du vagin, mais le périnée est intact. Il va me recoudre à vif : je suppose qu’il ne peut pas faire une nouvelle anesthésie locale aussi rapidement après la première, bien qu’elle ne fasse absolument pas effet. Je sens tout. C’est insupportable. Il minimise ma douleur sur le ton de l’humour.
Je ne lâche pas des yeux ma fille, blottie nue contre le torse de son Papa, dans une couverture chaude. Cette vision merveilleuse me permet d’endurer en silence la douleur. Ils partagent ces premiers instants et cela me réconforte de savoir qu’ils vont bien, qu’ils sont ensemble, qu’ils se câlinent.
La “couture” est longue et douloureuse. Je n’en peux plus, je suis toujours dans la position où j’ai accouché et mes cuisses tremblent comme des feuilles mortes. Je me sens partir, je suis comme shootée, j’ai de gros vertiges. Je le signale à mon SageFemme qui ne semble pas s’en affoler et termine son travail. Mon homme est impatient de me présenter ma fille et me la dépose dans les bras : son corps chaud contre le mien me fait un bien infini. Elle se met rapidement à gémir et à se tortiller : je lui propose spontanément le sein, qu’elle atrappe facilement pour une
première tétée. Je devrais déborder de bonheur, mais je me sens anesthésiée, vidée. Je contemple ma magnifique petite fille sans parvenir à ressentir quoi que ce soit d’autre que mon épuisement et ma douleur.
Notre SageFemme nous laisse un moment seuls et nous profitons de cette tendre intimité à trois. Je me sens dissociée de mon corps, toujours ivre. Je suppose que cet état second, qui se poursuivra toute la nuit, est un effet des médicaments qui m’ont été injectés. Lorsque le SageFemme revient, ma fille est toujours au sein : j’aurais apprécié qu’il vérifie ma position d’allaitement, mais je n’ai pas le temps de lui demander, car il nous signale qu’il faut monter en chambre. Mon conjoint habille ma fille car je suis trop épuisée pour le faire. Le SageFemme
me nettoie, me met une protection hygiénique et m’aide à m’installer dans le fauteuil roulant. Je ne tiens plus sur mes jambes. Mon homme me dépose ma fille toute emmitouflée dans les bras. La tenir serrée contre moi est déjà un effort physique considérable, dans l’état où je me trouve. Mon homme nous embrasse une dernière fois avant de partir : il n’a pas le droit de passer la nuit avec nous. Je suis installée dans une chambre double. La mère qui est allongée dans le lit à côté du mien dort profondément, elle n’a pas son bébé avec elle. La sonnette destinée à alerter le personnel médical est accrochée dans son lit : il n’y en a qu’une pour nous deux.
Je m’installe seule, maladroitement, avec ma fille dans mon lit car elle a toujours envie de téter.
J’ai très mal au sexe et je sens que je saigne. J’ai des vertiges, des frissons, je tremble. J’ai froid et je me sens toujours shootée : j’ai des pertes d’équilibres et la vue brouillée. Je voudrais me lever pour aller aux toilettes car j’ai envie d’uriner et que j’ai besoin de vérifier mes saignements, mais je ne peux pas me lever seule. Je ne peux pas non plus appeler quelqu’un pour m’aider, puisque la sonnette est inaccessible.
Je vais donc rester ainsi de longues heures. J’essaie de trouver une position confortable pour allaiter et somnoler en même temps. En plein milieu de la nuit, une infirmière entre dans la chambre. Elle vient vérifier quelque chose concernant ma voisine. Je lui demande si elle peut m’aider à aller aux toilettes : elle me répond sèchement que puisque je n’ai pas pris la péridurale, je peux me lever seule. Je lui explique que j’ai très mal et des vertiges importants, mais elle fait mine de ne pas m’entendre. Je me débrouille pour aller seule jusqu’aux toilettes mais je dois
faire plusieurs pauses en chemin car je suis au bord du malaise. La seule réaction de l’infirmière devant mon état sera de m’ordonner de laisser la porte des toilettes ouverte au cas où je m’évanouirais.
Je lui demande si elle peut me procurer d’autres protections hygiéniques, car je saigne très abondamment et les miennes ne sont pas suffisantes : elle rechigne. Elle ne m’en apportera pas de la nuit. Uriner provoque une douleur extrême à cause de la suture récente et je ne sais pas si c’est normal. Lorsque je regagne mon lit, l’infirmière est déjà partie.
J’apprendrais plus tard que le personnel médical de l’établissement est très réticent à acceuillir les mères qui accouchent en plateau technique : en effet, tous seront ignorants, froids et même dédaigneux avec nous. Notre SageFemme nous dira sur le ton de la blague qu’à notre arrivée,
l’équipe soignante a parié avec lui sur le fait que je réclamerais une péridurale et sur l’heure de mon accouchement; et que nous avons “gagné”. Je préfère ne pas rapporter en détails l’attitude du personnel à mon égard : pour simplifier les choses, lorsque je n’ai pas été tout bonnement ignorée, j’ai reçu des critiques et des remarques infantilisantes et moqueuses.
Ainsi, on ne viendra se préoccuper de moi que le lendemain en début d’après-midi: auscultée par une infirmière, j’apprends que j’ai deux hématomes importants aux aines et le sexe tuméfié, ce qui explique mes intenses douleurs. Elle est très étonnée de découvrir qu’on ne m’a pas donné d’antalgique. Je souffre également de crevasses aux seins car personne ne s’est soucié de savoir comment se passait mon allaitement. Plus grave : personne ne s’est préoccupé de savoir comment se portait ma fille, pendant tout ce temps…
Le lendemain, mon homme me trouve dans un état d’épuisement avancé. Je n’ai pas dormi et je n’ai toujours pas reçu le moindre antalgique. Notre SageFemme fait un passage éclair dans la chambre pour vérifier mes saignements et mes sutures : il semble nerveux et confus devant le récit de ma nuit. Il insiste pour me prescrire une contraception hormonale alors qu’il n’y a aucune urgence, et ne se préoccupe pas de savoir si mon allaitement se déroule bien. Il nous dit être très occupé et ne pas pouvoir rester plus longtemps, nous nous verrons demain, lors du suivi à domicile que nous avons organisé.
En effet, nous avions prévu une sortie précoce, mais les transmissions n’ont pas été faites correctement au sein de l’équipe médicale et nous devons attendre de longues heures la visite du pédiatre avant de pouvoir quitter l’établissement. Nous apprenons, lors de cet examen, que les prélèvements faits sur notre bébé afin de vérifier qu’il n’a pas été infecté par le Streptocoque B, ont été perdus dans la nuit. Notre fille subit donc une seconde fois ce geste invasif. Nous devrions théoriquement attendre les résultats d’analyse avant de quitter l’hôpital, mais c’est tout à fait hors de question pour nous. Nous signons une décharge et nous partons aussi rapidement que possible. Je veux retrouver mon cocon, ma maison, mes repères, et pouvoir enfin dormir et être aidée par mon homme. Je veux pouvoir être suffisamment à l’aise et sécure pour enfin prendre le temps de tisser ma relation avec mon bébé, car jusqu’à ce que nous soyons rentrés chez nous, je serais trop mal physiquement et psychiquement pour investir ce lien autrement qu’en répondant à ses besoins primaires.
J’ai accouché il y a 18 mois.
Je peux enfin faire le récit de cette naissance sans être envahie par des émotions négatives, même si j’ai encore besoin de travailler sur ce traumatisme qu’à constitué l’accouchement pour le surpasser définitivement. J’allaite toujours ma fille aujourd’hui, et cet allaitement plein de douceur et de tendresse est une victoire, car à aucun moment je n’ai été conseillée ou guidée malgré mes difficultés de démarrage.
Nous ne savons pas encore quand nous aurons un deuxième enfant, mais une chose est sûre, c’est qu’il viendra au monde chez nous. Je n’aurais jamais pensé adopter un point de vue aussi extrême avant de vivre cette expérience, mais si aucune SageFemme ne peut nous accompagner dans un projet d’accouchement à domicile, nous nous débrouillerons seuls, pour éviter d’avoir à revivre ces évènements.

#327 – Premier accouchement – Paris, années 80

8 Jan

Pays : france

Clinique réputée en région parisienne.

Premier accouchement :

La grossesse n’était pas du tout prévue.
Je dus « tomber enceinte » (je n’aime pas cette expression) au cours du mois de juin. Je n’en sais foutrement rien : vu que j’étais sous pilule, et que j’ai eu mes règles durant des mois après ce début de grossesse, des règles « anormales » certes mais des règles quand même, c’est à partir de la date de naissance de ma fille que je suis remontée à sa période de conception. Je pris un peu d’abdomen au fil des semaines et des mois. Je me sentais « lourde », même si j’entrais toujours sans problème dans mes jeans taille 42/44. Certes, je ne fumais plus car cela me filait des nausées carabinées, mais sinon rien n’avait changé.
A l’époque … je « faisais la route », pouce en l’air et nez au vent, avec le futur papa. J’avais une vie bohème. Je n’ai découvert la grossesse que vers 4 mois et demi, pendant les vendanges … dans ma famille, une fille ne revenait pas avec le gros ventre, sans la bague au doigt. Pas question de me marier … je suis allée en foyer finir ma grossesse.
Nous étions en février … je commençais à trouver le temps long.
La visite des 8 mois avait été … il n’y a pas de mot. Je suis arrivée, on m’a dit d’aller dans le petit cabinet, de me déshabiller, d’ouvrir la porte du fond et de m’installer nue sur la table d’examen, pieds dans les étriers. Devant mon sexe, un rideau. Une main tire le rideau, et derrière … le toubib et une dizaine d’externes / étudiants, ou je ne sais quoi – que des hommes. Je suis totalement sous le choc, en sidération. Je subis un tv de la part de chaque personne, y compris du toubib. Les étudiants sont gênés, pas un ne me regarde dans les yeux. Et moi j’ai tout du poisson brutalement jeté hors de l’eau.
Une fois rhabillée, il y a eu une prise de tête avec le toubib : il m’avait donné rendez-vous pour le 15 février, pour la visite des 9 mois. A cette date, j’étais convaincue que bébé serait né. J’ai comme complètement gommé ce qui vient juste de se passer.

Le 8 février, un dimanche, je vais rendre visite à une amie qui vient d’accoucher, c’est à l’autre bout de Paris.
Je me couche épuisée. Je ne pense plus à rien … Vers minuit, je suis réveillée par une dispute qui éclate près de ma chambre. Le temps de comprendre, une douleur brutale me broie le dos. Le dos ? je m’assois, incrédule : il se passe quoi ? aurais-je déconné cette journée-là ? La douleur pulse et revient toutes les 5 min. Mon ventre durcit à la même cadence. Ce sont donc des contractions douloureuses … mais le dos ? pourquoi cette brûlure atroce dans le dos ? en soufflant et retenant mes gémissements, je vérifie que tout est prêt pour le départ. J’attends un peu, puis je vais prévenir la sage-femme de garde au foyer. Elle confirme le début de travail, mais ne semble pressée que d’une chose : que je décolle pour qu’elle retourne dormir. Devant son attitude, je refoule les questions que me brûlent les lèvres. L’ambulance arrive, je m’assois à l’avant, et la première chose que me dit l’ambulancier c’est : « Euh je suis nouveau. Vous savez comment on va à l’hopital x ? » Ca, c’est le pompon … me voilà avec un plan sur les genoux, le dos broyé toutes les 5 mn, à chercher la route pour un ambulancier débutant !
Après ce qui me semble un temps infini, nous arrivons enfin à l’hôpital. Je me présente à la maternité, et j’entre dans le circuit … la sage-femme de garde m’examine. Ca clashe dès le départ. Elle râle parce que je refuse qu’elle me touche durant la contraction, me dit « col long fermé, bébé haut et pas engagé. Z’êtes pas en travail ma petite, ce sont des contractions de fin de grossesse ! »
Je rétorque que des contractions de fin de grossesse, j’en ai depuis deux mois, et que ça, ça n’a rien à voir. Elle monte sur ses grands chevaux. Moi aussi. J’ai peur, j’ai mal, très mal, et je me fais engueuler pour rien, alors que j’applique à la lettre ce qu’on m’a dit de faire ? alors là y a comme un lézard, et pas qu’un petit ! Je SAIS que le travail a commencé, c’est MON corps, comment cette abrutie pourrait savoir mieux que moi ? Je suis en rogne, mais derrière il y a beaucoup de détresse, de souffrance, de peur. De noms d’oiseaux en engueulades, la sage-femme me colle en salle commune. Et disparaît, sans un mot. Evidemment, je suis censée m’allonger sur le lit, mais rien à faire, c’est insupportable. Je m’assois, tire le plateau roulant, met un oreiller dessus et m’appuie sur le tout. Je sombre dans le sommeil … et suis réveillée toutes les 5 mn par cette douleur, de pire en pire. Je pleure, je mords l’oreiller, je ne comprends rien, je me sens seule comme jamais, entrée dans un cauchemar sans fin. Une voix douce, amicale, me surprend :
« Ca va pas ? »

Je lève le nez. Apparemment tout le monde ne dort pas. Il ne fait pas entièrement noir dans cette salle, juste sombre. Pas très loin de mon lit, une femme est installée, calée par nombre d’oreillers.
Elle me sourit. Elle a une perfusion dans le bras Elle me demande :
« C’est votre premier ? »
J’acquiesce. Cette voix douce, apaisante, cette attention, cela me fait un bien fou ! mais cela me porte aussi au bord des larmes …
« J’ai mal au dos …
– oui cela arrive … j’ai trois enfants, là je suis enceinte du 4ème mais il semblait vouloir sortir bien trop tôt, je suis hospitalisée pour menace d’accouchement prématuré. »
De somnolences en contractions, cette voix va m’aider à traverser la nuit. Son calme, son assurance, son empathie vont faire bien plus que je ne me suis rendue compte sur le coup. La femme qui me parle connaît ce que je vis, elle l’a déjà vécu plusieurs fois et en est sortie vivante. Donc moi aussi … il n’y a pas de raison. Ce sera un des rares rayons de soleil de ces moments douloureux.
L’hôpital n’est pas silencieux. Des cris, des pleurs, des gémissements traversent de façon plus ou moins durable la salle. La sage-femme vient m’examiner toutes les heures : elle commence par râler en me découvrant sur le plateau, puis me relève, prend l’oreiller, pousse le plateau roulant et me recouche en disant « Vous serez mieux comme ça » … au début j’ai protesté, au bout d’un moment je laisse faire. Puis le toucher vaginal – elle n’accepte pas que je refuse qu’elle me touche durant une contraction, mais je m’en fous, je serre les jambes si j’ai une contraction et elle est bien obligée d’attendre. Puis écoute du cœur, et une piqûre « pour calmer la douleur ». Je suis tellement mal que je ne m’étonne pas que sa piqûre de « calmant » non seulement ne calme rien mais semble empirer les choses. Depuis le début, je demande la péridurale – pas si courante dans les années 1980, ce à quoi la sage-femme me répond « Pas d’anesthésiste disponible » systématiquement.
A un moment, la sage-femme, exaspérée sans doute de me trouver toujours dans cette position assise, prend le plateau roulant sur lequel je m’appuie et va le mettre à l’autre bout de la salle. Dès qu’elle tourne les talons et sort de la salle, je me lève péniblement et en me cramponnant de pied de lit en pied de lit, craignant de tomber sans pouvoir me relever, je vais le rechercher.
A 7h et quelques, grand brouhaha : le petit déjeuner. Je regarde les autres manger, le dos broyé.

Vers xxh et des brouettes (je perds le fil des heures après le petit déjeuner), changement de rythme : la sage-femme me donne un suppo, me dit d’aller aux toilettes, de le mettre, d’attendre la vidange et d’aller dans la salle de travail xxx (xième porte à gauche). Elle m’y rejoindra. Devant ma tête éberluée – aussi bien pour le suppo que pour me rendre à pied en salle de travail, elle me rétorque :
« Vous pouvez marcher, vous avez traversé la salle pour reprendre votre plateau. Et ça vous fera le plus grand bien » …
Toujours aussi douée pour savoir mieux que moi ce qui est bon pour moi …

Je mets un temps fou pour aller aux wc. La pose du suppo, et la vidange qui s’ensuit se passent dans la douleur. Je me sens de plus en plus mal. Mouches devant les yeux, vertiges, jambes flageolantes … je suis à jeun depuis la veille, je n’ai pas faim mais je me sens très faible. Et je crève de soif ! la soif restera un souvenir cuisant de souffrance particulière, en plus du reste … je suis tellement occupée à ne pas tomber que je ne percute même pas que je pourrais boire au robinet pour se laver les mains. Appuyée au mur, je rejoins la salle de travail à l’allure d’un escargot bourré. Je monte difficilement sur la table, je me mets à califourchon, jambes pendantes et appuyée en avant sur mes mains. C’est un peu moins pire. Mais ça ne dure pas : la sage-femme déboule. Me couche sur le dos, monitoring, perfusion, brassard de tension. Et « Non, pas d’anesthésiste disponible » …

Je suis seule désormais. Il n’y a plus la voix chaleureuse et soutenante de la maman en MAP. Il y a des cris dans les salles d’à côté, et cela me hérisse de peur. Et surtout je n’en peux plus. J’ai atteint le bout du bout là, je suis rendue au-delà de ce que j’imaginais pouvoir supporter. Je jure comme un charretier à chaque contraction, m’épuisant pour rien. La douleur me broie dans un étau insoutenable, de plus en plus fort, de plus en plus longtemps, de plus en plus souvent. Je pense à maman, et je me dis que non, impossible qu’elle aie accepté de vivre cela 5 fois. Je pense au « Prisonnier », ce feuilleton où un homme est parachuté sans raison dans un endroit absurde. Je me demande si la personne qui a écrit ce feuilleton n’aurait pas accouché, parce que je me sens exactement dans cette situation là. Et puis au fil des minutes, je pense de moins en moins, et je sombre dans le cauchemar.
A un moment, je craque. Je m’assois, évidemment ça sonne partout, et j’arrache tout : monitoring, brassard de tension, perf. J’envoie tout voler, avec un plaisir incommensurable. La sage-femme arrive au galop, et s’arrête pile à l’entrée de la salle, clouée par le spectacle. J’ai repris ma position, assise appuyée sur les mains. Quand elle fait mine de s’avancer, je hurle
« JE VEUX UNE PERIDURALE. VOUS NE ME TOUCHEREZ PAS TANT QUE JE N’AURAIS PAS DE PERIDURALE. ET N’APPROCHEZ PAS ! JE N’HESITERAIS PAS A ME DEFENDRE. »

Je suis tout en même temps épuisée, et portée par une rage violente, habitée par une seule obsession : avoir une péridurale. J’ai envie qu’elle s’approche, qu’elle tente de me recoucher de force, je voudrais taper, taper, taper … ça gronde au fond de moi, sur fond de douleur crucifiante. Mes yeux sont plantés dans les siens, et cela doit lui faire tilt … elle disparaît. Peu après, j’entends un pas dans le couloir : ce n’est pas celui de la sage-femme. On frappe à la porte : ce ne sont pas les manières de la sage femme. Je dis d’entrer, et une jeune femme toute pimpante en blouse rose apparaît, un grand sourire aux lèvres.
« Je viens vous poser la péridurale » …

Ah ben ça alors … je suis sidérée. Si j’avais su qu’il suffisait de piquer une grosse colère pour l’avoir, je me serais épargné bien des heures de souffrance ! Une anesthésiste s’est miraculeusement libérée dans les minutes qui ont suivi mon coup d’éclat. Elle s’approche de moi, et me dit « Il faudrait remettre le monitoring, il faut que je surveille les réactions de votre bébé aux produits » … Tout ce qu’elle veut ! Elle me ré-arnache, et je me laisse faire avec bonne grâce. Elle me parle tout en agissant, et veut très, très vite savoir comment cela se fait que je connaisse la péridurale ? c’est rare une maman qui en ait entendu parler … je souffle :
« J’ai très, très mal, depuis très longtemps. Alors s’il vous plait, faites ce que vous avez à faire. Quand je n’aurais plus mal, je vous raconterais tout ce que vous voulez savoir.
– Je comprends … suis je bête ! Je vous enquiquine avec mes questions, et vous vous souffrez. Cela ne sera plus long maintenant. »
Elle est rapide et efficace. Je me sens BIEN. En confiance. Cela me fait tellement de bien que j’en pleurerais ! Elle m’explique ce qu’elle fait en le faisant :
« Désinfection de la zone à piquer. Piqûre de pré-anesthésie, attention ça va piquer … Non ? parfait alors. Maintenant on attend quelques secondes … voilà, vous sentez quand je pique ? non ? faites le dos bien rond … ah contraction, soufflez fort, on attend. Voilà je peux y aller ? ne bougez surtout plus quoiqu’il arrive … parfait. Vous avez eu mal ? Non ? parfait. J’enfile le tuyau, retire l’aiguille, voilà, je vous scotche le tuyau sur l’épaule. Ca va ? Bon, je surélève la table, vous allez vous installer. Le tuyau ne vous gêne pas ? » …
Tout en l’écoutant, je regarde le monitoring. Et je vois une contraction monter, monter … et JE N’AI PAS MAL. RIEN. Pas un pincement même. Je lui prends le bras, lui montre l’écran :
« J’ai une contraction et vous savez quoi ? JE NE SENS RIEN ! MERCIIIIIII ! »

Elle se fige. Regarde le monitoring. Regarde mon visage réjoui. De toute évidence, quelque chose ne va pas. Et puis elle me sort, d’un ton qui a changé, qui n’est plus amical mais médical, cette phrase qui me sidère :
« Ce n’est pas possible. Le produit met 15/20 mn à agir. Et je viens juste de vous l’injecter. Vous DEVEZ avoir mal ! »
Gloups et re-gloups. Voilà que je n’ai plus mal (mais alors plus mal du tout) alors que je devrais avoir encore mal. Ca me perturbe, sa réaction : encore une qui croit plus ses théories que la parole du patient. Mais tant pis ! je ne souffre plus, et c’est grâce à elle. Je lui dis :
« Vous voulez savoir comment je connais la péridurale ?
– Oui bien sûr ! »
Mais je sens que le cœur n’y est plus, quelque chose a cassé. Je la sens perturbée, perplexe par ce qu’elle vient de voir en direct : une péridurale agir immédiatement. Cela va à l’encontre de tout ce qu’elle sait sur la question. De tout ce que je sais aussi, car je sais que le produit met du temps à agir. Mais je m’en fous : j’apprécie.
Je lui relate succinctement mes heures passée à la FNAC, et toute l’information que j’ai pu y glaner. Dont la péridurale. Un bouquin explique ce que c’est, comment c’est fait. Dit aussi que le produit ne traverse pas le placenta. Que la technique est encore peu répandue en France. Mais que si on peut en bénéficier, qu’il faut en profiter. Au bout d’un moment, j’entends le pas de la sage-femme dans le couloir. L’anesthésiste prend congé, en me disant que le produit agit deux heures environ, mais qu’on peut en remettre si nécessaire. Je la remercie encore une fois.

La sage-femme a le visage fermé. On ne peut pas dire que ce soit le grand amour entre nous … elle me dit qu’il faut qu’elle regarde où en est la dilatation. OK pas de problème. Je demande si je peux avoir de l’eau, elle dit non, après l’accouchement. Que je risque gros si je bois et que … et que … et que … Elle repart, sans un mot, non sans avoir ajouté quelque chose dans la perfusion. La soif me torture. Mais je n’ai plus mal. Je m’endors …
C’est la douleur qui me réveille vraiment. Il me semble que la sage-femme soit passée à un moment ou à un autre, mais j’étais semi-consciente. Ca recommence à pulser dans le dos, méchamment. Je sonne. Elle arrive, je redemande une dose de péri … elle m’examine – pas durant la contraction – et me dit : « Non vous êtes quasi à complète, il va falloir pousser ; nous avons appelé le papa, comme vous nous aviez demandé, il ne devrait pas tarder. Je vais vous installer ».

Et me voilà pieds dans les étriers, jambes écartées, sexe ouvert … et la porte est grande ouverte. Je ne suis pas spécialement pudique, mais ça coince. Je donnerais n’importe quoi pour retourner dans les bras de morphée, mais rien à faire. La douleur est de nouveau insupportable, et de plus en plus insupportable. La pièce se remplit brutalement … mon compagnon, intimidé et qui ne sait pas où se mettre, interne, sages-femmes – c’est le changement d’équipe, les anciennes finissent et les nouvelles sont déjà là, plus une étudiante pile poil entre mes jambes derrière la sage-femme. Comme je jure en tapant la table, une sage-femme me sort « Faisiez pas cette tête là quand il est entré, hein ? bah il va sortir maintenant » … Et moi épinglée comme un insecte sur cette table, clouée de douleur, perdue, en plein cauchemar … mon compagnon essaie de me réconforter, me brumatise le visage plein pot – j’aime pas et je lui dit, je veux pas de flotte sur la figure, je veux BOIRE ! Une sage-femme me dit :
« On va essayer de vous faire pousser » …
Et c’est parti … « inspirez bloquez poussez … poussez … POUSSEZ ! » … une fois, deux fois … je pousse comme on me dit, je ne sens rien sinon la douleur, et je pousse … mais deux fois par contraction, pas trois comme on me l’ordonne. A la fin de la deuxième je suis HS, absolument incapable de remettre ça une 3ème fois à suivre. Mon compagnon m’encourage, l’interne m’engueule, une contraction, deux contractions … je reprends mon souffle et je siffle sèchement « Ta gueule, connard, c’est moi qui accouche » … c’est parti du cœur comme on dit, sortie de l’interne qui va se placer près des sages femmes. En rétorsion, je me retrouve avec deux sages-femmes qui font des pompes sur mon ventre, en pesant et appuyant de toutes leurs forces vers le bas. Je comprendrais après que c’est la fin du service des unes, qui veulent me finir avant de partir, et que les autres leur donne un coup de main, pour régler ça au plus vite. J’entends des bruits métalliques, et je jette un œil. La sage-femme entre mes jambes cache sa main … je bouge, je repousse les sages-femmes sur mon ventre avec brutalité.
« Vous faites quoi, là ? Dites-moi ce que vous voulez faire ! Une épisiotomie ? »
La sage-femme acquiesce. Des bribes de mes lectures reviennent « faciliter la sortie du bébé » … la fin du cauchemar est donc proche ? Et c’est reparti pour un tour, douleur, pousser, pousser et claaaaaaaaaaccccccc … ce bruit immonde des ciseaux coupant ma chair me fait sursauter (je ne peux supporter encore aujourd’hui d’entendre quelqu’un découper un lapin ou une volaille crue …). Et je pousseeeeeee ….
Je vois la jeune élève entre mes jambes changer de couleur. Elle a le teint très mat, et elle blanchit à vue d’œil. Bizarrement je suis détachée de ce que je vis, ailleurs, fascinée par son changement de teint qui devient rapidement d’un joli vert olive … j’avais jamais vu ça ! Elle a un haut-le-cœur, recule encore en titubant contre le mur, porte sa main devant la bouche, et sort rapidement, pas du tout assurée sur ses jambes … je reviens sur terre : quelle horreur sort d’entre mes jambes ? Je n’ai pas le temps de m’appesantir sur cette question existentielle. Des douleurs supplémentaires viennent me labourer : l’impression d’être brutalement écartelée, écartelée au delà de l’imaginable, et une brûlure intense, inimaginable. La sage-femme me dit « c’est presque fini » …
Je crois comprendre que le bébé est presque entièrement sorti, mais alors ce sont ses pieds qui raccrochent ? je suis limite du délire … et soudain j’entends un bébé hurler, tout près … je sursaute, et quelqu’un me dit « C’est votre bébé qui crie, il y a juste sa tête de sortie et il crie ! ». Je pousse encore, dégagement des épaules, et le reste suit … on me pose mon bébé sur mon ventre, c’est une fille. Elle se tait dès qu’elle est sur moi, et nous nous regardons. C’est une étrangère. Je la regarde, elle a les yeux bleus clair, semble être blonde … elle a la bouche de son père. Mais rien ne passe … je suis fatiguée, épuisée, soulagée que le cauchemar soit enfin fini – il ne l’est pas, mais ça je ne le sais pas encore. Ce bébé me fait le même effet que les autres bébés … on l’emmène, mon compagnon s’en va, et la salle se vide d’un coup. Je me retrouve seule … j’entends un bébé hurler à la mort, est-ce ma fille ? Un homme en blouse blanche entre, il s’assoit entre mes jambes, sans dire un mot, et … pique mon sexe. Je crie de douleur et de surprise. Il est cinglé ou quoi ? Il me dit :
« Vous avez eu une épisiotomie, il faut suturer.
– Pas à vif ?!
– Vous êtes sous péridurale, ça ne fait pas mal !
– La péridurale n’agit plus, ça fait très mal !
– Ne faites pas l’enfant, arrêtez de bouger, vous perdez du sang, il faut suturer vite.
– Si vous me retouchez une seule fois sans anesthésie, et je me fous de savoir comment vous ferez, je vous refais la mâchoire ! » Je suis fumasse – et terrorisée ! comment imaginer subir une suture à vif après tout ce que je viens de traverser ? je n’en peux plus, ça ne va donc jamais finir ? L’interne parlemente encore, je répète d’un ton de plus en plus violent : « Si vous me touchez, je tape ! » tout en bougeant – pas très fort mais assez pour l’empêcher de piquer. Il y a une tentative avec le spray aussi anesthésique que de l’eau, et il sent le souffle de mon pied près de son visage … Finalement, il se lève, en soupirant très fort … va chercher ce qui est nécessaire, revient, se rassoit et me dit :
« Je vais piquer – c’est l’anesthésie, alors on reste calme ! quelques injections autour de la zone à suturer, ce n’est pas très agréable, mais c’est vous qui le voulez ! »
Je ne bouge pas un cil. La sensation n’a rien à voir avec la piqûre de suture précédente, bien moins douloureuse, et puis c’est pour la bonne cause. Il anesthésie, me prévient qu’il va piquer plusieurs fois doucement pour vérifier si l’anesthésie est efficace avant de commencer à suturer … il semble tenir à ses dents on dirait ! Il va être parfait jusqu’au bout ! en cours de suture, il ré-injecte de lui même des doses d’anesthésique, en me prévenant systématiquement de ce qu’il fait … Heureusement que j’ai protesté : la suture dure plus d’une heure … j’imagine sans anesthésie locale, si je m’étais laissée faire : une vraie torture.

On me ramène ma fille en couveuse fermée. Elle est éveillée, on se regarde à travers la vitre. J’attend un miracle qui ne viendra pas …
Je suis installée au bout de je ne sais pas combien de temps dans une chambre double. Il y a une grande bouteille d’eau, la personne qui m’accompagne me dit de boire doucement … tu parles, elle a à peine tourné les talons que je bois la bouteille en entier en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Je planque la bouteille vide, et je sonne pour qu’on m’en rapporte une autre, qui sera vidée à peine moins vite que la précédente.

Durant les jours qui vont suivre, le cauchemar prend une autre allure : je suis épuisée, et j’ai l’impression de perdre beaucoup de sang. Beaucoup trop de sang. Je trempe les serviettes XXL nuit en deux heures parfois. Et ça dure … je le dis. Plusieurs fois. Je me plains aussi de ma fatigue. On me remonte les bretelles. Faut que j’arrête de m’écouter. Faut que je me reprenne. Faut que j’aille prendre une bonne douche. Que j’arrête de faire l’enfant. Et j’en oublie. Une seule personne va m’écouter – qu’elle soit bénie ! – une infirmière. Un vrai rayon de soleil. Elle va venir tous les jours, passer quelques minutes ou plus avec moi ; discuter, de tout, de rien, de sa vie, de la mienne. Elle prend au sérieux ce que je dis, mais personne ne l’écoute.
Et puis … nous sommes à J + 3 … je me lève pour prendre mon bébé, lui donner son biberon. Et je tombe sur le berceau. Net et sans bavure, comme fauchée. Je suis dans un état bizarre : j’entends tout, mais ne peux ni bouger, ni parler, ni même ouvrir les yeux. J’entends les appels de ma voisine, sa sonnette qu’elle presse à répétition, les bruits de pas précipités, les phrases échangées. Tout. Et puis quelqu’un fait un geste hautement technique, nécessitant beaucoup de matériels et de connaissance – je suppose, sinon pourquoi n’a-t-il pas été fait de suite ? – il baisse ma paupière inférieure et dit « elle est complètement anémiée » … une autre voix ajoute « et elle perd pas mal … » …
Je me retrouve sur mon lit, avec une perf et un traitement.
Personne n’est allé voir du côté du périnée / vagin ce qui se passait.

Des années après, une gynécologue me montrera par un endoscope que mon col a été déchiré lors de l’accouchement – et pas qu’un peu.
Il y a quelques mois, j’ai appris qu’une déchirure du col était toujours à rechercher en cas de pertes de sang anormalement fortes et prolongées, et qu’une suture sous anesthésie générale était nécessaire quasi toujours.

La boucle est bouclée, j’ai enfin compris ce qui s’était passé ! Plus de 20 ans après. … leur expression abdo totalement inutile (qui a de plus lésé mon périnée en profondeur, qui ne s’en est jamais remis), a fait passer bébé en force dans le col, qui a déchiré. Saignements anormalement abondants, mais qui n’ont inquiétés personne. Ca a cicatrisé comme ça a pu, et heureusement ça n’a pas empêché mon col de faire son boulot correctement pour mes deux autres grossesses.

Blandine

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Lien vers le second récit de Blandine : #349 Deuxième accouchement – En province, années 90

#324 – Le prix à payer pour …

8 Jan
Voici le témoignage de mon accouchement, à Paris, qui m’a fait vivre l’enfer. Les conséquences de mon accouchement ont été longues et j’ignore combien de temps elles dureront. J’y pense encore douloureusement.
Merci de votre lecture.

Le 10 septembre 2013, lors de ma visite du 9ème mois, dans cette maternité parisienne qui se veut physiologique et naturelle, alors que, pour la première fois, on ne me fait pas le toucher vaginal systématique, dont j’apprends qu’il n’est en fait pas obligatoire, la sage-femme m’annonce que le bébé est encore haut, et me conseille de faire une séance d’acupuncture pour faire descendre le bébé et déclencher les contractions. L’acupuncture me va bien, j’en ai assez de dévoiler mon intimité à la ville entière, depuis plus de huit mois.

À peine sortie de la maternité, je prends rendez-vous pour le lendemain matin. J’arriverai chez l’acupuncteur après une nuit très courte suite à une longue insomnie.

Je passe toute la journée du 11 à sentir que quelque chose a bougé.

Le 11 à presque minuit, en me redressant pour aller me coucher parce que je suis extrêmement fatiguée de cette courte nuit et cette longue journée, je sens un liquide chaud couler entre mes jambes. Devant la tête que je fais, mon compagnon me demande, comme à chaque fois que je fais une drôle de tête depuis un mois : « Tu vas accoucher ? ». Cette fois-ci, je réponds que c’est bien possible. Je file aux toilettes et cela se confirme, j’ai perdu les eaux. Le liquide amniotique est clair.

Alors que je me dis que j’ai quatre heures devant moi avant de devoir partir, et que je vais en profiter pour dormir un peu, mon compagnon appelle la maternité, qui nous dit de venir immédiatement. Nous arrivons une heure et demie plus tard, après que j’aie assouvi ma petite lubie de soudainement me maquiller et vérifier mes valises.

À la maternité, on me place sur une table pour un monitoring après avoir vérifié ma dilatation : 1 doigt. Malheureusement, le bébé bouge beaucoup, il est très dur d’avoir un monitoring constant pendant 20 minutes. Il nous faudra deux heures et demie avant d’y parvenir. Je suis déjà épuisée.

On nous met dans une chambre dans les étages. Je ne sens pas les contractions et je m’endors aisément. À 7 heures du matin, de grosses contractions me réveillent. Je parviens malgré tout à me rendormir sur le petit bout de lit qu’il me reste – nous sommes deux sur un lit 1 place. À 11 heures, je me réveille pour de bon, avec toute la douleur des contractions. Je prends de l’huile de ricin pour accélérer l’accouchement, mais ça ne changera rien.

De 12h à 16h, mon compagnon et moi faisons des aller-retours dans les escaliers et le jardin de la maternité. Quand les contractions deviennent trop fortes, je vais prendre des douches chaudes qui me font oublier la douleur.

Vers 16h, les contractions sont vraiment rapprochées et douloureuses. J’appelle l’infirmière, qui confirmera le besoin de me faire redescendre en salle de naissance.

À nouveau, on me place pour un monitoring. Je dois rester allongée alors que seul le mouvement fait passer la douleur. Comme le bébé bouge toujours beaucoup, il faut encore longtemps avant d’en avoir un fiable. Je suis toujours à 1 doigt de dilatation.

J’explique à l’équipe que j’aimerais accoucher dans l’eau, que je n’ai pas le streptocoque B, et que l’eau chaude m’aide à gérer les contractions. Malheureusement, la salle de naissance avec la baignoire est occupée à ce moment-là, et l’équipe a un peu la flemme de me faire couler un bain dans une autre salle et de me transférer plus tard.

Après de longues minutes à insister, on me laisse finalement remonter dans ma chambre pour prendre une douche chaude.

La douche dure longtemps. Je redescends en salle de naissance à 19h, on me remet le monitoring. J’explique que je veux marcher. Qu’être statique est insupportable. Je demande le monitoring sans fil dont on m’a parlé pendant les séances de préparation à l’accouchement. On m’explique que les capteurs ont été balancés par erreur un mois plus tôt. Je ne tiens plus allongée. On me donne un ballon et très franchement ça ne change rien, je veux juste marcher.

On nous laisse marcher dans les couloirs entre les salles de naissance, et mon compagnon et moi déambulons pendant longtemps, en balançant nos hanches. Les sages-femmes nous surnomment « les danseurs ».

Malgré le mouvement, les contractions deviennent plus fortes et moins faciles à gérer. On veut me refaire un monitoring. Je fuis ces moments extrêmement douloureux qui disent toujours la même chose : tout va bien. Je ne sais par quel miracle, une sage-femme passera par ma chambre. Je lui explique à elle aussi que j’aimerais accoucher dans l’eau et qu’en attendant, j’ai mal, alors que l’eau chaude me fait du bien. Elle m’explique que les deux baignoires, qui ne sont pas des baignoires d’accouchement mais des baignoires de travail, sont libres depuis longtemps, et s’étonne que personne ne m’ait proposé de prendre un bain. Elle me fait couler un bain chaud et mon compagnon et moi nous retrouvons dans une petite pièce calme, à la lumière tamisée, où nous mettons notre musique et nos huiles essentielles à l’abri du corps médical. Ce moment est magique. Les contractions deviennent plus fortes mais mon ami me passe de l’eau sur le ventre quand elles viennent et je gère la douleur. Quand elles deviennent trop fortes, nous retournons marcher en balançant nos hanches, puis je reviens dans l’eau, puis nous remarchons, en alternant. Mais à un moment, je sens les contractions devenir vraiment plus douloureuses et plus intenses, et je vomis de douleur. À ce moment-là, je sens que je suis en train de m’épuiser, et que je vais peut-être devoir renoncer à mon rêve d’accoucher dans l’eau. J’annonce à mon ami que je vais demander un check-up, que si le travail a bien avancé, j’attendrai sans péridurale, et que sinon, je vais la demander.

Il est bientôt minuit et je suis à un doigt et demi. Je perds pied. Les sages-femmes me disent que c’est normal, mais je suis épuisée et je ne veux pas ne pas avoir la force de pousser mon bébé hors de moi. Ce que je crains plus que tout, c’est l’épisiotomie. Je la crains tellement que je l’ai fait noter dans mon dossier médical, et que j’ai annoncé à tout le monde que je préférais la déchirure. Alors, pour ne pas perdre cette force, je demande la péridurale. Tant pis pour l’accouchement dans l’eau, au moins je pourrai choisir ma position d’accouchement pour minimiser les risques de déchirure et d’épisiotomie, c’est dans la charte de cette maternité que l’on peut choisir sa position d’accouchement. L’anesthésiste vient me poser la péridurale. Il me pique la colonne vertébrale une douzaine de fois avant de mettre l’aiguille correctement, m’engueule parce que je me plains que cette aiguille me fait mal, et s’en va tout de suite après.

Quand la péridurale commence à faire effet, c’est le soulagement total. Je m’endors aussitôt. Malheureusement, la péridurale a ralenti le travail, on me propose de faire une séance d’acupuncture pour le relancer. La sage-femme acupunctrice viendra une heure et demie plus tard, et ça ne fonctionnera pas. On me rajoute de l’ocytocine dans la perfusion. Puis la douleur me réveille un peu plus tard, on me réinjecte une dose. Elle ne fait pas effet. Une deuxième dose ne fait pas effet non plus. Une troisième non plus. Épuisée, je me rendors entre chaque contraction, et je me réveille submergée par la douleur à chaque fois. Les sages-femmes vont voir l’anesthésiste, qui leur conseille d’augmenter les doses. Ça ne fonctionne toujours pas. De les rapprocher. Ça ne marche pas non plus.

Je finis par comprendre que la douleur est bel et bien réinstallée et que la péridurale ne fera plus effet. Je veux marcher, c’est la seule chose qui me fait du bien. Mais on me l’interdit, maintenant il faut un monitoring constant, on me propose le ballon qui ne fait toujours rien. J’arrive à m’échapper de temps en temps quand je vais faire pipi, et encore, je vois bien que ça fait chier l’équipe qui me propose à plusieurs reprises de me sonder alors que je suis parfaitement en état de marcher.

L’anesthésiste de garde change. Le nouvel anesthésiste comprend bien ma douleur, tente encore quelques injections de péridurale un peu plus fortes.

J’ai un répit d’une demi-heure. Je compte en profiter pour me reposer, mais impossible : l’équipe soignante a changé, et si les sages-femmes de nuit acceptaient que mon compagnon vienne les voir directement parce que la sonnette de mon lit ne marchait pas, ça n’est pas du goût de l’équipe de jour. Cette demi-heure de répit sans douleur, c’est précisément celle qu’ils choisiront pour envoyer un technicien pour réparer la sonnette de mon lit. On ouvre grand les rideaux, la chambre est remplie de lumière et de gens, impossible de me reposer.

Le bébé pousse sur mon rectum, je demande si c’est normal. On me dit que oui.

Il est 13h30. On m’explique que cela fait deux heures que je suis à dilatation complète. Je m’étonne de ne pas avoir été prévenue avant. Les sages-femmes me disent qu’il va falloir faire une manœuvre interne parce que le bébé « n’est pas dans le bon sens ». On ne me dira pas qu’il est en OS. Je dois être trop cruche pour comprendre, même si je connais l’intégralité des termes médicaux depuis mon arrivée – je suis bien renseignée.

L’anesthésiste revient. Il m’explique que ma péridurale a été posée n’importe comment, qu’elle est beaucoup trop haute et que c’est pour cela qu’elle ne peut pas faire effet. Il me dit qu’il veut la reposer, et faire en premier lieu une rachianesthésie puis laisser un cathéter pour la péridurale. Il me dit que cela peut couper le bloc moteur, mais ayant déjà eu une rachianesthésie pour une opération du genou, je sais que je peux gérer. J’accepte.

Je veux aller faire pipi. Je me lève, et je marche, certes avec l’aide de mon compagnon, l’infirmière derrière pousse la perfusion, mais je marche. À mi-chemin des toilettes, la sage-femme nous arrête : elle refuse que j’aille aux toilettes avec la rachianesthésie et préfère que je fasse pipi dans un pot. J’explique que je n’y arriverai pas, je suis pudique, je l’ai toujours été, j’ai besoin d’être dans une petite pièce fermée à clé pour pouvoir me laisser aller. Elle refuse, et propose qu’on vide la chambre. Je me retrouve seule sur mon lit d’accouchement, avec un pot sous les fesses, le sentiment que tout le monde peut entrer à n’importe quel moment, et bien sûr, je n’y arrive pas. « C’est pas grave, on va vous sonder. » Une humiliation nécessaire ?

On me donne le ballon pour que je me mette à quatre pattes pour voir si le bébé descend. Ça ne marche pas, je ne suis pas du tout à l’aise avec ce ballon qu’on essaie de me refourguer depuis le début. L’interne du service arrive pour la manœuvre interne, il a des mains gigantesques alors que la rachi commence à passer et que je n’ai pas encore eu de dose de péridurale. On m’en injecte une, mais j’ai peur. L’interne est un homme et ça me met mal à l’aise. Il me fait la blague la plus nulle de tous les temps : « Ah oui, j’ai vu votre dossier, vous êtes la patiente qui a fait préciser qu’elle n’aimait pas l’épisiotomie. Bon, ben du coup, je vous la fais tout de suite ? ».

Je n’ai pas beaucoup le sens de l’humour et cette fois-ci c’est trop. Je regarde les sages-femmes et je leur demande s’il est possible que la manœuvre interne soit exécutée par une femme.

La femme en question était déjà dans la salle, derrière moi, et prend très mal le fait que je refuse l’interne : « Ce n’est pas un homme ! C’est le DOCTEUR *** ! », comme si les médecins n’avaient pas de sexe.

Tout le service entre dans ma salle de naissance au moment de la manœuvre. Je suis à poil, avec un bébé dans le ventre, des contractions douloureuses, je vais prendre un avant-bras entier dans la chatte et en plus je suis sur la place publique ?!? J’explose, je hurle « On a besoin d’être 12 dans cette pièce ou quoi ? ». Les personnes inutiles repartent aussitôt, les autres se font discrètes et se collent au mur.

La manœuvre marche un peu mais pas totalement. La médecin commence à me parler sur un ton doucereux de césarienne. Je regarde le monitoring, et ma tension : tout le monde va bien. Je lui dis que je vais bien, que le bébé va bien, et qu’on peut attendre un peu de voir comment la manœuvre va continuer. Je lui dis que je voudrais éviter la césarienne, que la primo-infection du bébé doit se faire si possible par les bactéries « amies » du vagin de la mère et non les bactéries du milieu hospitalier. Elle me montre clairement qu’elle n’apprécie pas les arguments médicaux (« Je suis médecin, c’est moi qui sais, et vous, vous êtes là pour accoucher, pas pour réfléchir, d’accord ? Alors vous restez dans l’émotionnel là, l’hémisphère droit, et vous arrêtez avec le rationnel ! ») et me rétorque que si j’allaite, alors on s’en fout.

Elle insiste pour la césarienne « Ce n’est pas un échec, c’est juste une autre voie » et mon ami lui fait remarquer que « L’autre voie madame, on l’ouvre au scalpel ». Elle est agacée de notre insistance et déclare revenir une demi-heure plus tard. On m’installe sur le côté avec un pied dans l’étrier.

Là, je sais que j’ai une demi-heure pour que le bébé soit dans le bassin, car s’il est dans le bassin, elle ne pourra plus opérer.

Je suis devenue mon bassin, vraiment. J’ai fait des mantras, j’ai chanté, j’ai médité, j’ai visualisé.

28 minutes plus tard, la sage-femme entre dans la pièce, vérifie et m’annonce : « Le bébé est dans le bassin, et vous êtes vraiment grande-ouverte, il a toute la place de passer ».

2 minutes après, la médecin entre, et demande où j’en suis. La sage-femme lui dit que le bébé descend. Mauvaise nouvelle pour elle.

Soudainement, le besoin de pousser. Je me redresse.

La médecin m’appuie sur l’épaule. « – Je veux me redresser ».

« – Vous n’avez pas la force ».

Je lui dis que j’ai la force, que je veux me redresser, me mettre à quatre pattes ou accroupie. Elle me répond que je n’ai pas la force, qu’elle est médecin, qu’elle et l’équipe soignante savent mieux que moi, ils ont « une conscience plus générale » de mon état. J’insiste, elle me dit que ça suffit, qu’elle m’avait déjà dit d’arrêter de réfléchir. Elle explique que je me suis déjà mise à quatre pattes tout à l’heure, et que ça n’avait rien changé, comme si la situation avait quelque chose à voir. Comme elle voit que je ne lâche pas l’affaire, elle se tourne vers la sage-femme qui avait été si gentille avec moi depuis le début et me dit : « puisque vous ne voulez pas m’écouter moi, on va faire comme la sage-femme le dit : qu’en dites-vous, N. ? », comme si une sage-femme allait s’opposer à la cheffe de service…

J’arrête de lutter, je suis en position gynécologique, je me sens humiliée, vulnérable. Je pousse. Je pousse encore. Apparemment je pousse bien. Mais pour une raison que j’ignore, on décide de me faire faire un test pour savoir si je pousse mieux en soufflant ou en bloquant ma respiration. À partir de là, on m’ordonnera de respirer, bloquer, pousser, respirer, bloquer, pousser, alors que pousser est un besoin vital et que je sens bien mon corps capable d’y parvenir tout seul.

Le bébé s’arrête dans le bassin. Je veux me redresser, alors elle demande à l’infirmière de mettre ses coudes dans mon ventre « pour empêcher le bébé de remonter entre les contractions ». Super pour la détente progressive de mon périnée ! Elle veut prendre les forceps. Je refuse, je ne veux pas d’épisiotomie. Elle me dit que ça n’est pas obligatoire, encore moins avec la ventouse. J’accepte la ventouse parce qu’on m’avait dit que ça ne servait qu’à redresser la tête du bébé, et qu’il faisait le reste du travail tout seul.

Mais en fait, elle tire dessus. Je sens le bébé descendre incroyablement vite. Elle essaie de remettre un coup de ventouse, mais la ventouse lâche. Le bébé continue à descendre, je touche sa tête. Il est juste au bord.

Il ne sort pas. On me dit qu’il va falloir faire une épisiotomie. Je ne veux pas. On me dit qu’il le faut. Je refuse. La médecin insiste. Je pleure que je ne veux pas. Elle hurle que ça suffit. Je continue à dire que je ne veux pas, que je veux encore pousser. Je jette un œil aux constantes vitales du bébé, il va bien. Voyant que je refuse, ils tentent de pousser mon compagnon à me faire accepter. Ils lui font peur, lui font croire que le bébé va mal. Et lui se penche vers moi : « Cécile, il faut qu’il naisse ce bébé ».

La plus grande solitude du monde. Je pleure que je ne veux pas. Je veux me redresser. La sage-femme coupe.

J’attrape le bébé et le pose sur mon ventre. Je n’ai même pas regardé si c’était une fille ou un garçon. On vient de me découper.

Agpar à 10 : ce bébé va très bien. Il n’y avait pas d’urgence. On m’a coupée. Découpée. Comme un vulgaire bout de viande, je n’avais pas de consentement à donner. Sauf que l’épisiotomie est hémorragique.

Tout à coup on décide que le bébé respire mal et qu’il faut l’emmener se faire aspirer. En fait, il faut sortir le bébé et le papa parce que mon épisiotomie est hémorragique, qu’on m’a donc fait une délivrance artificielle, que j’ai fait une rupture placentaire et que je suis donc en train de faire une hémorragie de la délivrance. Et hop, une petite révision utérine, c’est cadeau. Cependant, je souffre sans savoir ce qui se passe, tout ceci je l’apprends à la lecture de mon dossier médical, des semaines plus tard.

On me recoud avec une injection mais je sens les points. Pendant qu’on me recoud je demande combien il y a de points. La sage-femme reste vague, prétextant qu’ « on ne peut pas vraiment compter comme ça ». Elle ne me regardera plus jamais dans les yeux. La médecin, ce monstre, me dit que cette épisiotomie est « toute petite ». Le lendemain je verrai les 13 points externes et les infirmières seront impressionnées par la « grande taille » de cette coupure. Pourquoi m’avoir menti sinon par sadisme ?

Et finalement, la sage-femme, avant que mon bébé ne revienne : « je vais vous faire un toucher rectal », parce que je n’avais pas été assez humiliée jusque là. Mon bébé revient avec son papa, on me le pose sur le ventre. Il tète goulument. Je n’arrive pas à saisir la magie de ce moment, on m’a découpée. Je voulais accoucher dans la position de mon choix et ne pas subir d’épisiotomie, mais on ne m’a pas laissé le choix.

Pendant que le papa remonte chercher des habits de bébé, on teste ma glycémie, je suis à 10. On m’explique que je ne vais pas avoir besoin de transfusion. Je m’étonne que cela soit même une option envisagée, personne ne m’avait dit que j’avais fait une hémorragie. Je le saurai quelques semaines plus tard en lisant mon dossier.

En sortant de la salle d’accouchement pour remonter dans la chambre, nous croisons la médecin. Elle vient nous voir et nous dit qu’elle a eu raison d’être sèche, qu’il le fallait. Pourquoi ? Toujours pas d’explication. Je suis censée accorder une confiance aveugle au corps médical sans même le remettre en question. Puis elle me dit : « une épisiotomie, c’est le prix à payer pour être une fille jeune et en bonne santé ». Le prix à payer, merci madame.

Nous montons dans la chambre et nous sommes dévastés. Je pleure pendant des jours et des jours. Je ne trouve aucune joie dans cette naissance, aucun bonheur. Je revis sans cesse la scène, j’imagine comment elle aurait pu se passer autrement, je rêve de vengeance, je me cloître dans mon incompréhension, j’interroge tout le monde et personne ne comprend. Mon compagnon est dévasté aussi. Il ne sait pas si je parviendrai à m’en relever. L’incompréhension entre nous est totale. Je lui en veux de m’avoir dit que je devais accepter de me faire découper. Il faudra tomber le troisième jour sur une puéricultrice merveilleuse pour que l’on nous écoute vraiment. Et des mois pour que mon compagnon m’explique qu’il m’a dit ça pour savoir quoi faire, pas pour écouter les médecins.

Je ne supporte pas les anti-inflammatoires. Alors je souffre de mon épisiotomie. Je peine à me lever, à m’asseoir, à m’allonger, à marcher. La douleur physique ajoute à la douleur morale.

Le quatrième jour, une infirmière me fait la morale parce qu’elle ne comprend pas bien pourquoi je me plains. « Une déchirure, ça, c’est traumatisant. Pas une épisiotomie ». Elle me dit que dans cette maternité, on ne fait des épisiotomies que quand c’est nécessaire, et « on n’en fait presque pas, on en fait que 25% ». Je lui demande si une femme sur quatre c’est « presque pas ». Je suis blessée qu’elle ne comprenne pas mon traumatisme, qu’elle nie ma douleur.

La cicatrice est grande, j’ai peur d’aller à la selle et que ça tire sur les fils. Je serai constipée pendant 4 semaines, et m’en tirerai avec des hémorroïdes que l’accouchement m’avait malgré tout épargnées.

Je quitte la maternité avec l’impression de quitter l’enfer. Malgré ça, je pense à l’accouchement tout le temps. Je pleure plusieurs fois par jour, je revis la scène en permanence. Chaque moment de solitude fait monter les larmes. Je ne comprends pas comment j’arriverai à dépasser ça un jour.

La cicatrice me fait mal pendant des semaines.

Je demande mon dossier médical. On me l’enverra en retard parce que la médecin a demandé à rajouter des annotations.

Mon compagnon et moi reprenons les rapports à tout juste six semaines. C’est atrocement douloureux.

Le lendemain, j’ai rendez-vous à la maternité pour la visite de suite de couches. La médecin sur laquelle je tombe ne trouve pas mon dossier. Elle part le chercher, ne le trouve pas, et va donc voir la médecin qui a assisté à mon accouchement. Elle revient confuse, me parle directement de mon épisiotomie alors que je n’ai toujours rien dit, et me déclare « vous savez, on avait vraiment besoin de vous la faire ». Je demande pourquoi, elle me répond que sinon, je risquais une déchirure. Je réponds que j’aurais préféré la déchirure, « ah non, vous ne pouvez pas préférer ça ». Puis je lui dis qu’on ne m’a pas parlé de déchirure pendant l’accouchement de toute façon. Un éclair de panique passe sur son visage. « – Ah bon, on vous a parlé de quoi ? », « -De rien, on m’a juste dit que le bébé devait naître ». Elle me dit que c’est vrai, que l’expulsion a duré 38 minutes, qu’à partir de 20 minutes c’est dangereux pour le bébé. Je suis étonnée d’apprendre ça, je ne l’ai jamais lu nulle part. Je lui dis que sa collègue m’a empêchée d’accoucher dans la position de mon choix, elle me répond que c’est normal, qu’on ne peut accoucher que sur le dos. Quand je lui rétorque que ça n’est pas du tout ce que l’on m’a appris pendant les séances de préparation à l’accouchement, ni la charte de la maternité qui l’emploie, elle invente carrément un bon gros mensonge et me dit qu’on peut se mettre dans la position qu’on veut pendant le travail, mais pas pendant l’expulsion. Comme cette médecin est la médecin-coordinatrice de la maternité, je sais que je ne pourrai même pas saisir la CRUQ de l’établissement. J’ai beau pleurer toutes les larmes de mon corps dans son bureau, elle ne me parlera pas de la dépression post-partum. Elle veut juste que je sorte de son bureau, et couvrir sa collègue.

La semaine suivante, je commence la rééducation du périnée. J’ai choisi une sage-femme libérale à côté de chez moi. Je lui explique mon accouchement. C’est une sage-femme de la vieille école, elle ne comprend pas que je puisse me plaindre d’une épisiotomie. « Moi j’en ai eu une pour tous mes accouchements, et ça va très bien. » Quand elle me demande si j’ai mal aux rapports et que je réponds que oui, elle rétorque « c’est dans la tête ».

Après 6 séances à souffrir le martyre (« votre périnée répond bien, mais la sonde vous permettra de voir votre score ! » Sympa les chocs électriques sur la cicatrice), je me rends compte que je souffre à l’entrée du vagin mais que je ne sens rien derrière. La sage-femme m’explique que l’épisiotomie m’a coupé les nerfs, que c’est normal, que parfois ça ne repousse pas « mais ce n’est pas très grave, ce n’est pas la partie sympa du vagin ». Déprimée, je vais voir ma gynécologue habituelle, celle qui a suivi ma grossesse jusqu’au septième mois. Je lui raconte mon accouchement et elle est navrée. Elle regarde ma cicatrice et me dit que certains fils à l’intérieur se sont mal résorbés, que j’ai une boule à l’entrée du vagin et que c’est cette boule qui est douloureuse. Elle m’annonce aussi que je fais une dépression post-partum. Pour la première fois, quelqu’un me dit que je ne vais pas bien, et que cet état n’est pas un état normal, et qu’il est possible d’en sortir. Elle m’envoie voir une sage-femme spécialisée dans les douleurs périnéales et un psychologue. La sage-femme diagnostique des névromes et me propose de les traiter par courant antalgique.

Nous sommes à trois mois de l’accouchement, et pour la première fois, j’ai l’impression que je vais aller mieux un jour, même si j’en doute souvent. Je pense toujours à l’accouchement tous les jours, je revis la scène, je pleure souvent.

Aujourd’hui, j’ai envie de me battre, de porter plainte contre cette femme, de prévenir les autres femmes enceintes. C’est peut-être un début.

Grand-Duché de Luxembourg – Accouchement non respecté (mais presque !)

7 Jan

Grand-Duché de Luxembourg – Accouchement non respecté (mais presque !)

J’avais lu que les méthodes de calcul du terme dit «anticipé » d’une grossesse, différaient d’un pays à l’autre, y compris au sein de l’UE. De fait, la naissance de notre 1er bébé était-elle anticipée à un certain jour « J » selon la méthode luxembourgeoise et à J+7 selon la méthode française. Il faut savoir que ce calcul impacte, en cas de dépassement dudit terme, la décision de déclencher médicalement l’accouchement, et, par voie de conséquence, la possibilité ou non d’accoucher sans acte médicaux lourds. Désirant accoucher naturellement, j’avais gardé précieusement le clignotant allumé, dans un coin de la tête. Je n’imaginais pas encore à quel point cela allait bouleverser le terme de ma (première, j’insiste) grossesse …

J’ai eu la chance de vivre une grossesse sans problème, et d’aimer cette période si particulière des prémices de la relation entre Chéri, Petit Bout et moi.

Dès le début, j’ai douté du gynécologue (« Dr Speed ») qui l’a pourtant suivi à 98%. Il semblait avoir les connaissances médicales requises mais il était très (trop ?) pressé, il n’avait jamais le temps de m’expliquer quoi que ce soit ; chaque échographie se concluait par un très lapidaire « Tout est ok ». J’avais pourtant des questions et tant besoin d’être rassurée !

S’il avait voulu y jeter un œil, Dr Speed aurait lu dans notre projet de naissance, notre désir de limiter au minimum les actes médicaux. Je voulais notamment éviter la péridurale, qui allonge le temps de travail et augmente le risque de recours aux forceps, à la ventouse et autres accessoires qui sont autant de sources de souffrances supplémentaires pour le bébé à naître. J’éprouvais le besoin d’être épaulée, soutenue par le médecin qui suivait ma grossesse, mais le fossé allait grandissant entre mes besoins, mes choix, mes convictions et l’attitude de Dr Speed. Son comportement me laissait présager que je serais un simple numéro devant accoucher en X heures, montre en main, avec une évolution du travail conforme aux protocoles établis par des bureaucrates raisonnant en termes de coûts financiers, d’optimisation des ressources et avides de placer le plus d’actes médicaux lucratifs possibles.
Comment Dr Speed pourrait-il prendre le temps de laisser faire la nature le jour de l’accouchement, alors qu’il ne le prenait pas le temps de m’informer durant la grossesse ?? Ma grossesse se déroulait bien mais mon inquiétude allait grandissante et ce que j’allais bientôt découvrir à la maternité n’allait pas arranger mon état…

Conviée à une réunion d’information organisée par la maternité où j’étais censée accoucher (la « Maternité « Usine »») je fus fortement étonnée d’apprendre qu’un lavage intestinal et un rasage étaient systématiquement pratiqués à l’arrivée des futures mamans à la maternité. Pourquoi imposer ces actes générateurs d’un stress supplémentaire à la mère et l’enfant ?? … Il est pourtant reconnu que cela peut avoir un impact négatif !?!

Des recherches un peu plus poussées me permirent d’accéder à des statistiques, certes assez anciennes, sur les actes médicaux pratiqués par diverses maternités du Grand-Duché de Luxembourg : la Maternité « Usine » avait un taux extrêmement élevé de péridurales, épisiotomies, etc.

Malgré cela, durant tous ces mois de grossesse, j’étais restée une patiente de Dr Speed ; je lui avais trouvé des excuses et m’étais (presque) convaincue que tout était normal et qu’aucune explication n’était nécessaire, que Dr Speed savait ce qu’il faisait et que mon inconfort provenait de ma peur de l’inconnu, de la peur de l’accouchement et du fait de devenir mère. C’est vrai, après tout, c’était ma 1ère grossesse, Dr Speed en avait connus pléthore, alors comment pouvais-je me permettre de le juger ? Il était le pro, le savant, j’étais l’inculte, novice dans les accouchements. Pour lui redonner du crédit, je gardais en tête qu’entre 2 portes, à 3 semaines du terme anticipé, il avait rapidement « confirmé » que je pourrais essayer d’accoucher dans la baignoire (ce que je souhaitais) mais il avait rapidement rajouté qu’il ne fallait pas mettre de côté les autres options. Quant à la Maternité Usine, elle aussi semblait laisser les mères (tenter d’) accoucher naturellement…

En fin de grossesse (9ème mois) mon instinct me disait pourtant que si je ne faisais rien, on n’allait pas me soutenir pour accoucher naturellement et qu’au contraire, on m’inciterait à prendre la péridurale et qu’au final, on me « volerait » mon accouchement et que Petit Bout souffrirait plus, ce que je regretterais toute ma vie. Mes amis me disaient que c’était insensé de vouloir accoucher sans péridurale de nos jours, ou que je m’inquiétais sans raison, que j’exagérais. Ils trouvaient mille et une excuses à la Maternité « Usine » et à Dr Speed. J’étais seule face à mes angoisses. Désespérée, j’ai appelé la BabyHotline de l’Initiativ Liewensufank (« IL »). Grand miracle, j’ai trouvé pour la 1ère fois oreille attentive (Ute Rock) et, enfin, on ne me prenait pas pour une folle, au contraire, mes craintes étaient comp-rises !!

Après cet appel, j’ai entrepris de changer de gynécologue et de maternité, mais je me suis rapidement résignée à ne rien faire; ne m’avait-on pas appris à ne pas faire de vague et à obéir?? Pour qui est-ce que je me prenais ?? Je me sentais plus intelligente que les autres, les spécialistes ou quoi ?! Et puis, encore une fois, entre 2 portes, j’avais finalement entendu que je pouvais tenter un « accouchement naturel » mais « qu’il ne fallait pas que je me bloque à toute autre option ». Alors pourquoi changer de médecin et de maternité, et ce aussi tardivement ? Non, j’avais décidé de ne rien faire car changer pour une maternité Amies des Bébés et des Mamans (« MABEMA ») signifiait que je prenais mon accouchement en mains, que je décidais activement d’essayer d’accoucher naturellement, sans péridurale… que je décidais de vivre l’accouchement dont j’avais toujours rêvé mais aussi que je décidais d’avoir mal et d’être celle qui éventuellement implorerait d’avoir une péridurale (car normalement, on ne me l’imposerait pas, là-bas). Ainsi donc, je perdrais le privilège de blâmer les autres, je serais la seule responsable de ma déception. Il est tellement plus facile et doux de blâmer les autres que soi-même… d’être la victime que l’auteur responsable…

Tout s’est bousculé lors d’une visite de contrôle chez Dr Speed le matin-même du terme du jour J: en m’examinant, la sage-femme a remarqué que le liquide amniotique avait diminué. Mr. Speed est arrivé, elle lui a fait part de ses observations, et il lui déclara que « de ce fait, puisqu’on est à terme, il faut déclencher l’accouchement le [J+1] ou [le J+2] au plus tard. Ah, non, pas [le J+2] [à cause d’un impératif personnel]». Il ne s’adressait qu’à la sage-femme. J’étais là, mais je n’existais pas. Il ne m’expliquait rien, ne proposait aucune alternative. J’étais désemparée et sous le choc.

Déclencher l’accouchement signifiait avoir des contractions beaucoup plus douloureuses et donc un risque accru de recours à la péridurale, sinon à la césarienne (j’avais lu que la péridurale pouvait réduire l’effet des contractions et ainsi une césarienne devenait la seule solution pour que le « travail » avance). Mr. Speed est reparti, la sage-femme s’est empressée d’appeler la Maternité Usine qui lui indique que je dois m’y rendre le lendemain, soit à J+1, à 6H30 du matin pour le déclenchement médicalisé … Je n’arrive pas à me contenir et pleure devant cette sage-femme en disant que je ne m’attendais pas à cette annonce brutale et que ça commence mal pour un accouchement naturel. Elle me répond gentiment que Mr. Speed ne fait pas cela contre moi mais pour le bien du bébé car finalement c’est sa santé qui est en danger. Je sors du cabinet en pleure et n’arrive pas à me résoudre à cette décision. Reprenant mes esprits, je réalise que cet argument de la santé du bébé (qui pèse lourd sur une – future – mère) n’est peut-être pas tout à fait vrai parce qu’au début Mr. Speed a dit que ça pouvait attendre J+2 puis il s’est rétracté car il avait un autre impératif – privé. Selon la méthode de calcul française, la grossesse n’était-elle d’ailleurs encore à son terme ? Alors pourquoi déclencher s’il n’y a rien de pathologique ? Pourquoi violenter mon Bébé en le forçant à sortir s’il n’est pas prêt ? Était-ce trop demander d’attendre au moins un jour de plus pour laisser une chance supplémentaire à Dame Nature ?

Je suis au pied du mur : si je ne veux pas qu’on me vole mon accouchement et qu’on violente Bébé, je dois agir. Si je ne fais rien, je me sentirai misérable et m’en voudrai toute ma vie.

J’appelle donc la MABEMA et explique la situation à la personne que j’ai au bout du fil, C., une sage-femme extrêmement professionnelle et humaine. Elle me trouve un rdv d’urgence pour un 2ème avis médical avec un gynécologue (« Dr Force Tranquille »). Elle me donne par ailleurs un rdv à la MABEMA dans l’après-midi pour constituer un « dossier maternité ». Je commence à retrouver espoir. Je rencontre Dr Force Tranquille; il décide que le déclenchement n’est, pour le moment, pas requis. Il décide aussi de me suivre quotidiennement par un CTG. Je suis rassurée, c’est ce qu’on pouvait me proposer de mieux ; Attendre mais faire un suivi renforcé pour que je reste sereine. C’est décidé, j’accoucherai à la MABEMA ! Chéri me laisse faire, même si je crois qu’il me prend un peu pour une folle, de changer de maternité au dernier moment.

Enfin, à J+7 (donc juste à terme selon la méthode de calcul française !) de petites contractions, qui deviennent rapidement régulières, se font sentir. Quelle réelle joie! Seule à la maison, je marche un peu pour calmer la douleur. Au bout d’1h30 je prends un bain ; les contractions ne passent pas, c’est confirmé, c’est pour ce soir ! Je suis heureuse. En attendant l’arrivée de Chéri, je suis mon instinct et je me berce à quatre pattes par terre pour réduire la douleur ou mieux la supporter. Je me motive en pensant que calme et repos suivent tempête et douleur de chaque contraction. Au bout de 2h, Chéri arrive du travail, l’émotion se lit dans son regard mais il ne perd pas son sang-froid et vérifie qu’on a bien tout ce dont on a besoin pour la maternité (la valise est prête depuis belle lurette). Il me laisse donner le « go » pour le départ direction la maternité, qui se trouve à 15 minutes de chez nous. Lors de notre arrivée à MABEMA (3 heures après le début des contractions), j’ai la joie de retrouver la fameuse C., qui est de garde ce soir-là. Ma bonne étoile brille. J’ai rapidement été invitée à m’installer dans la baignoire, conformément à notre projet de naissance (qui avait été lu !). Les contractions s’adoucissent un moment par l’effet de l’eau… puis elles s’intensifient de nouveau, mais elles sont toujours suivies d’une période de calme. Je me demande comment font toutes ces femmes qui accouchent sans péridurale. Quelle heure est-il ? Depuis combien de temps suis-je dans cette baignoire ? Est-ce que la nuit est tombée ? J’ai envie de vomir et j’ai soif, très soif. Chéri me donne de l’eau. J’ai mal… de plus en plus mal, alors finalement, je me résigne à la demander, cette fameuse péridurale dont je ne voulais pas… La sage-femme et Chéri me confortent et m’encouragent sans répondre à ma requête, certes émise timidement. J’ai l’impression de « sortir » de moi, de « partir ». Je n’ai plus de notion de temps. Je redemande la péridurale « plus tard », sans grande conviction et on me dit que dans dix minutes le col sera complètement dilaté et que la douleur diminuera. Dix minutes ? Allez, c’est possible de tenir ! Alors je tiens bon, toujours grandement soutenue par Chéri et la sage-femme.

Sans me donner la raison, la sage-femme me suggère de rompre la poche des eaux alors que le travail avance bien. Je ne comprends pas pourquoi, notre projet de naissance indiquait pourtant que je ne voulais pas de cet acte. Je suis dans un état second, je n’ai pas la force de réfléchir, ni de contester, ni de lutter contre cette proposition/décision. Je communique seulement mes craintes d’une douleur plus aiguë après cette rupture, mais la sage-femme le fait quand même. Je l’ai laissé faire … La phase d’expulsion commence, mon corps fait un spasme incontrôlable pour aider Petit Bout à sortir … puis plus rien, juste de « petites contractions ». Je ne comprends pas. Apparemment je serais en train de m’affaiblir, alors la sage-femme et Dr Force Tranquille me suggèrent de faire le reste du travail sur la « table normal » en position gynécologique. Je n’arrive pas à réfléchir ni même à discuter, je suis dans un état second (mais je ne perdrai jamais conscience) … Le projet de naissance indiquait pourtant de me proposer des positions aidant la sortie du bébé…. Là encore, je n’ai pas la force ni même l’idée de réagir … Alors je m’allonge, comme ils me le demandent, sur le dos. Il faut que je pousse mais apparemment je ne le fais pas correctement … Les contractions n’expulsent pas bébé du ventre, et la sage-femme pousse elle-même sur mon ventre pour sortir le bébé. La douleur des contractions semble avoir diminué, et ses gestes ne me font pas mal. Pourtant ces gestes me dérangent, d’ailleurs là encore, notre projet de naissance indiquait qu’on ne les souhaitait pas. Peut-être qu’ils ont été pratiqués pour de bonnes raisons, on ne me le dira jamais…. La tête de Petit Bout commence à se voir, mais le travail est apparemment lent. J’ai peur de la déchirure et cela me bloque. Dr Force Tranquille décide finalement de faire une épisiotomie. Là non plus, je n’ai pas lutté contre …

A notre grand bonheur, notre Petit Bout est arrivé dans ce monde sans péridurale et en douceur, en moins de 10 heures.

Trop de choses se bousculaient dans ma tête juste après son arrivée. C’est un miracle de voir ce petit être sortir de son corps. Je n’ai pas pu en dormir de la nuit. J’ai déposé Petit Bout à côté de moi, dans le lit, et l’ai observé toute la nuit durant. Chéri est resté à nos côtés, sur un lit d’appoint. Quel bonheur d’être enfin réunis tous les trois … Je n’ai pas eu de coup de foudre pour mon bébé, contrairement à ce qu’on peut lire dans des magazines, mais l’amour que je lui porte est indescriptible et n’a cessé de grandir depuis qu’il est entré dans ma vie.

Notre projet de naissance n’a pas été (pu être ?) respecté à la lettre et je regretterai certainement longtemps que la poche des eaux ait été rompue par la sage-femme (on ne m’a pas donné la raison de cette intervention). Je regretterai aussi longtemps d’avoir été mise en position gynécologique, et pas en position latérale ou à quatre pattes, où l’expulsion est plus facile. Ces dernières positions auraient peut-être évité l’épisiotomie qui a facilité l’arrivée de Petit Bout mais qui a aussi réduit les sensations de son passage … mais je venais de tellement loin … J’ai eu la chance d’avoir un accouchement rapide et c’est certainement cela qui m’a aidé à « coopérer » avec la douleur et à ne pas recourir à la péridurale. J’ai aussi eu la chance de croiser les bonnes personnes au bon moment et d’avoir eu les encouragements qu’il me fallait aux moments-clefs.

Le plus important dans tout cela, ce n’est pas d’avoir réussi à accoucher sans péridurale mais c’est de m’être sentie, au dernier moment, soutenue dans ma démarche et dans mes choix, d’avoir été rassurée et entendue … Les femmes doivent aujourd’hui se battre pour gagner le droit à un accouchement naturel. Il semble pourtant que c’est une question de bon sens !

La course au rendement (ou un brin de misogynie dans le monde médical?) rabaisse et ne respecte pas les femmes en ne leur permettant pas de se faire confiance et de faire confiance au pouvoir et à la force que Dame Nature leur a donné…

Quand est-ce que les femmes seront mises en confiance et rassurées quant à leur capacité à enfanter sans aide médicale, lorsqu’elles le souhaitent et bien sûr lorsque la grossesse le permet? A quand les maisons de naissance à Luxembourg ?!

Je fais ce témoignage dans le simple espoir que d’autres femmes s’y reconnaîtront et qu’il contribuera à leur donner la force de s’imposer raisonnablement devant la blouse blanche et de se faire confiance… Je remercie l’IL, Ute Rock, C. et Dr Force Tranquille de nous avoir accompagné dans cette belle aventure, ainsi que ma sœurette, qui est un peu mon ange gardien ! Et surtout, je remercie mon Chéri, qui est le port dans lequel je trouve chaque jour calme et bonheur.

– DoudouDiwana

PS : J’ai beaucoup réfléchi et relu les témoignages de votre site. Voici le texte un peu modifié et finalement, j’aimerai le voir classer dans respecté, car sans l’intervention du 2ème gynécologue (qui a accepté de ne pas déclencher et de faire le travail dans l’eau) j’aurai été l’objet d’une vraie boucherie …

#319 – Anonyme Verviers Belgique‏

7 Jan

Je souhaitais accoucher à la maison mais cela n’était pas possible car mon compagnon voulait assister à la naissance mais était angoissé par rapport à sa propre naissance où il avait risqué de perdre la vie. Nous avions néanmoins décidé de faire appel à une sage-femme indépendante pour attendre un peu à la maison avant de nous rendre ensemble à la maternité. Je souhaitais respecter un maximum la physiologie de l’accouchement et désirais essayer de me passer de la péridurale.

Jeudi dans la soirée, je ressens les premières contractions pourtant je ne les reconnaîtrai qu’à-posteriori. Vendredi soir, ça se précise, nous informons la sage-femme qui passe à la maison pour faire un monito. Bébé bouge beaucoup. Je ne suis pas inquiète. Elle me dit que le travail peut s’arrêter et me conseille de me reposer la nuit et de l’appeler chez elle en cas de besoin. Pourtant vers minuit impossible de fermer l’œil. Je décide donc de faire ce qui me détend le plus : prendre un bon bain. La totale, huiles essentielles en diffusion, playlist préférée et petite lumière d’ambiance. La nuit sera comme un véritable feu d’artifice : moi en tête-à-tête avec mon bébé. Je me voyais bien accoucher seule tellement je me sentais bien. Le jour se lève. Je suis très fatiguée après cette nuit aquatique.

Mon homme appelle la sage-femme pour un nouveau monito. Le toucher apporte une décourageante nouvelle : je ne suis qu’à  2 cm. La sage-femme craint que mon utérus ne fatigue à force de contracter trop longtemps. Elle me conseille de m’activer et de faire le ménage. Je n’ai qu’une envie ne rien faire dans mon lit , je suis d’humeur assez grise. Bien obligée, je me bouge, lessive, vaisselle, etc.,  je m’arrête et repars entre chaque contraction. A 15h, je suis morte de fatigue et je réussis à m’endormir. La sage-feeme indépendante nous rejoindra à 18h. Nous passons une bonne partie de la soirée dans la salle de bain. 23h à 5 cm nous nous mettons en route pour l’hôpital. Mon homme ne voulait pas à avoir à gérer un incident seul dans la voiture. J’embarque donc avec ma protectrice. Chaque changement d’ambiance provoque en moi un stress qui accentue la douleur : sortie du bain, dehors, dans la voiture, à la maternité. Arrivée à l’hôpital par les urgences, mon homme m’attend avec une chaise roulante. J’ai du mal à marcher mais la position assise est impossible à tenir pendant les contractions. Accueil bienveillant d’une sage-femme en salle d’accouchement. On me propose une blouse que je refuse, je m’allonge pour un monito et on me place une entrée pour la perf. Depuis le début, je gère chaque contraction en l’accompagnant de Ôooo long et graves. Le travail n’avance pas assez vite aux yeux des sages-femmes, on m’injecte du Buscopan je dilate immédiatement. Je perds les eaux debout, plus tard je ne couperai à l’ocytocine synthétique, les contractions seront alors une vraie torture. Laissée pour un instant seule avec C., je demandrai la péri, elle ne relaiera heureusement pas ma demande. Je suis maintenant à dilatation complète et pourtant je ne ressens pas le besoin de pousser. Bourrelet de col antérieur, je supplie d’arrêter les toucher vaginaux. Je ne sais pas si c’est ceux-ci, la contraction ou l’incompatibilité de la position avec la gestion de la douleur qui me font tant souffrir. Pourtant une sage-femme de l’hôpital m’enlèvera ce bourrelet dans une souffrance déchirante. Tout à coup, je vois qu’on intensifie l’éclairage qui devient aveuglant. Le gynécologue de garde arrive. La position couchée avec étrier ne me convient pas. On tentera de négocier le coucher sur le côté mais il refuse, j’aurai juste le droit de garder les pieds sur la table. Je vois le gynécologue qui prépare ses instrument. Il capte mon regard : « Ne vous inquiétez pas madame je ne fais que désinfecter ». Ivre de fatigue et incapable de parler je pense «  Prends moi pour une conne ! », dans un sursaut je trouve la force d’articuler « Faut pas clamper le cordon ». Réaction d’une des dames de l’hôpital : « Elle délire certainement », le gynécologue me demande de m’expliquer, je n’en ai pas la force.
On m’exhorte de pousser, on me dit que ce que je fais n’est pas bon. Je cherche le regard de mon accompagnatrice comme un agneau apeuré. Elle me fait oui de la tête, oui je peux y arriver. Je pousse de toutes mes forces, c’est comme si j’enfonçais un poignard dans mon propre bras. La tête est sortie le gynéco coupe le cordon enroulé autour de son cou, pas le choix, me dira-t-il. On me pousse sur le ventre, c’est désagréable. Mon bébé est là, je ne veux qu’elle, on me la dépose sur le ventre mais elle n’a pas encore pleuré. Après quelques secondes, ils la retirent, elle pleure, tout va bien nous nous cherchons des yeux : « Alors c’était toi qui était dans mon ventre ? »
Tout devient calme, on me recoud de l’incontournée épisiotomie. On tente la tétée de bienvenue, comme l’avenir nous le dira la puce est impatiente et exigeante avec elle-même, elle s’énervera de ne pas y arriver.

#305 Accouchement déclenché mal vécu‏, Nancy, 2010

25 Nov

J’ai « accouché », oui je mets les guillemets car pour moi, je n’ai pas mis au monde ma fille, mais on me la sortie du ventre, en juillet 2010, à Nancy.

On dit c’est le plus beau jour de votre vie, or pour moi ce ne fut pas le cas, le plus beau moment, c’est lorsque j’ai pu avoir ma fille contre moi et l’allaiter.
Ma grossesse s’est bien passée, mis à part chevilles gonflées en fin de grossesse due à la rétention d’eau… Mon terme était prévu début août, mon gynécologue qui me suivait partait en vacances et me l’avait dit, malgré tout, lors de mon dernier contrôle, il a préféré déclencher l’accouchement, parce que j’étais gonflée à cause de la rétention d’eau. (Je me demande aujourd’hui si ce n’était pas parce qu’il partait en vacances la semaine avant mon terme) Je n’étais pas en danger, mon col était bien fermé, et ma fille en forme… Je ne savais pas, j’ai dit oui, et mon mari trouvait l’idée plutôt bien, car ça nous évitait le stress du départ à la maternité, tout était programmé! Il m’a donné RDV à la maternité un dimanche de juillet à 20h.
A 21h, on m’appliquait le gel pour avoir des contractions. Et on m’installa dans une chambre. « Prenez une douche, détendez-vous » me dit une sage-femme… J’ai pris une douche, j’avais mal dans les reins, mais je ne savais pas ce que c’était… Des contractions?? peut-être, peut-être pas… j’avais mal en continu (aujourd’hui je ne pense pas que c’étaient des contractions…)… Mon mari, impuissant fasse à cette douleur qui m’ennuyait, appela une sage-femme (ou infirmière) et demanda à ce qu’on me donne quelque chose pour calmer cette douleur, à 23h, on m’installa dans un « box », oui c’est comme ça qu’on appelle les pièces pour accoucher… comme les chevaux, hop dans un box, avec le foin… On m’a allongée, branchée, monitoring, tension  ….etc…
Les sages femmes ont alors pris la décision de m’introduire un produit dans les veines « Pour accélérer le travail » m’ont-elles dit… Je me laissais faire…
Puis on m’a fait la péridurale (ou avant) je ne sais plus, mais ce que je sais c’est que mon col n’était pas dilaté, ah, la, je n’avais plus mal dans les reins, je ne sentais plus mes jambes…
Et à partir de ce moment là, je n’ai plus eu de contractions… J’ai passé la nuit allongée, branchée, pourtant je n’était pas malade, je venais juste mettre au monde mon enfant…
A 7h du matin, mon col se dilatait un peu (quand même), ils ont pris la décision de me percer la poche des eaux…
A 10h30 mon col était enfin dilaté, on m’a demandé alors de pousser, j’ai le souvenir qu’une sage-femme m’ait appuyé sur le ventre et m’a fait mal, pour forcer (oui, toujours forcer…) le bébé à venir…
Mais rien n’y a fait, à 11h15 le gynécologue m’annonça très serein : « On va faire une césarienne, enlevez tous vos bijoux »… le monde venait de s’écrouler autour de moi, juste à l’annone de ces quelques mots… Pourquoi… ?? était-ce de ma faute, je n’ai pas su pousser comme il fallait, je mettais en danger mon bébé? toutes ces questions dans ma tête… sans réponse… j’ai eu une nouvelle fois à faire avec l’anesthésiste, on m’a mise sur un brancard, je pleurais… mais on ne s’en souciait pas…
Arrivée au bloc, j’étais encore plus inquiète, la panique m’envahissait, je pleurais, je n’arrivais pas à me contenir, les sages-femmes présentes près de ma tête, me mirent un masque, quelle idée, je ne respirais plus!! elles m’ont tenus les bras. Je n’ai que le souvenir du regard de mon mari sur moi, impuissant, et autant affolé que moi mais qui essayait tant bien que mal de me soutenir, de me rassurer…
J’ai été rassurée et lui aussi, quand nous avons entendu les premiers cris de notre fille… « ça y est!! elle est là!! Tu l’entends ? » me disait-il…
Puis, une sage-femme est passée avec mon bébé, dans la couveuse, en me disant : « Regardez c’est votre fille », j’ai vu la boîte passer, dedans une petite poupée yeux grands ouverts et pleins de cheveux sur la tête… Et mon mari suivre la boîte… il était midi. On ne me l’a pas posée sur moi, je ne l’ai pas embrassée, je ne l’ai pas sentie, je ne savais même pas si elle allait bien…
Je me suis retrouvée seule, on m’a recousue… emmenée en salle de réveil… j’ai dormi, à 13h30, je me réveillais, j’avais froid, très froid, à-coté de moi, un vieil homme qui avait du subir une chimio, en face une dame s’est mise à crier, avec un tube dans la gorge… où étais-je? Nous étions au moins 10 brancards les uns à-coté des autres… Et les infirmières, à-coté de moi, près de la fenêtre discutaient.
Tout de suite j’ai demandé une couverture, et on m’a mis le chauffage dans les jambes, puis elles m’ont appuyé sur le ventre… ça faisait mal… Mais tout ce que je voulais c’était voir ma fille. « Où est ma fille? et mon mari?? Quand puis je la voir? » questions que je ne cessé de poser aux infirmières… les réponses :  » vous aurez tout le temps de voir votre fille après, vous avez toute la vie; elle doit aller bien, on ne sait pas. »
Je pleurais, je voulais savoir, je voulais la voir, la toucher, la sentir, l’embrasser… J’ai pleuré jusqu’à 15h30 quand enfin, on m’a dit : « Vous allez pouvoir voir votre fille », on m’a alors emmenée au milieu de la pièce toujours sur le brancard avec un vieillard qui dormait encore à moitié, et une dame, tous 3 sur brancards, en travers…
Un jeune homme est alors passé devant la salle, une infirmière l’a interpellé : « T’es tout seul aujourd’hui? – oui , répondit il, aujourd’hui je suis le seul brancardier, là je suis en pause, je reviens après… »
J’ai attendu, à 16h enfin, ce jeune homme est revenu, « C’est à qui le tour, qui dois je emmener? » j’ai tout de suite crié « MOI!! » … il vérifia sur nos brancard, et dis « Non, c’est au tour de Monsieur », j’ai cru que j’allais devenir hystérique… « Je veux voir ma fille!!! Emmenez-moi en premier, ça fait depuis 13h30 que je le demande », alors l’infirmière est intervenue, et a dit au jeune brancardier de m’emmener…
On a pris l’ascenseur, je suis rentrée dans une chambre, où il n’y avait personne, j’ai failli encore pleurer, quand soudain à peine le brancardier parti, la porte s’ouvrit, c’était mon mari, et ma fille !!!!! Quel soulagement, qu’elle était belle!!! Tout allait pour le mieux pour elle, et là ce sont non plus des larmes de tristesse mais des larmes de joie qui ont pu s’échapper de mes yeux… On me l’a mise au sein, j’ai adoré cet instant, le plus beau de ma vie…
Malheureusement, les heures de repas pour elle ne se sont pas bien passées, car les auxiliaires stagiaires ne me mettaient pas ma fille correctement au sein, j’ai eu tout de suite des crevasses douloureuses, et ma césarienne me faisait souffrir, j’ai du arrêter l’allaitement, avant les premières montées de lait… Mon séjour n’était pas des meilleurs, j’avais été tellement déçue par l’équipe médicale que je n’avais plus confiance, je dormais mal (les sages-femmes avaient leur bureau en face de ma chambre, et bien sûr n’étaient pas discrètes)…
Bref, une expérience comme je n’en souhaite à personne… Je n’ai pas accouché de ma fille, j’en garde des « séquelles » psychologiques et physiques. J’ai voulu témoigner, car je suis enceinte du deuxième aujourd’hui (un petit garçon), je dois accoucher pour Noël, dans une autre maternité (j’ai déménagé) mais ayant vécu une mauvaise expérience,  j’espère ne pas revivre ces moments là, je veux accoucher, et le plus NATURELLEMENT possible, sans me mettre en danger, ni mettre en danger la santé de mon bébé. Ce qui est certain, c’est que je ne me laisserai plus faire comme ça a pu être le cas il y a 3 ans…

#304 – Accouchement en 2006 – Essone

25 Nov
J’ai accouché le 3 avril 2006, à O., dans l’Essonne. Selon mon médecin, et le personnel : c’était un bel accouchement et tout s’est bien passé.

Sur le moment, je l’ai plutôt bien vécu : trop heureuse de serrer mon bébé dans mes bras, trop heureuse d’être en bonne santé, et d’avoir un bébé en bonne santé.

Néanmoins, je ne peux pas dire que ce fut un accouchement sans nuages…

Je suis arrivée tôt le matin, vers 7h, après rupture de la poche des eaux. Pas de stress, de très bonne humeur : j’étais sur le point de vivre le plus beau moment de ma vie, que pouvait-il m’arriver de mieux?

Après examen, la sage femme annonce à mon compagnon qu ce n’est que le début (je ne suis même pas en travail), qu’on me garde à cause de la rupture, mais qu’il peut aller travailler tranquille, on a le temps…

Evidemment, bourreau de travail, il saute sur l’occasion d’être déculpabilisé par le corps médical, et me laisse, seule.

Je suis d’abord installée dans ma chambre. Je regarde la télé, je lis. On me laisse gérer les premières contractions de travail : de toutes manières, j’ai dit que je ne souhaitais pas de péri.

Vers 10h on m’installe en salle d’accouchement. Je trouve les contractions très gérables. Je n’embête personne, on vient me voir à intervalles réguliers. J’ai faim, mon estomac se tord dans tous les sens, à la rigueur, c’est presque plus désagréable que les contractions!
13h : le travail avance bien, très bien, la sage-femme cherche à joindre le papa (il lui faut 2h pour rentrer) pour lui demander de rentrer vite, car bébé risque d’arriver dans l’après-midi.
à 14h : on me conseille la péri : je redis que je n’en veux pas. Le travail avance bien, je me sens en forme, je trouve cela gérable.
L’anesthésiste qui est là pour une autre maman vient me voir, et me gronde presque : dans une demi-heure, elle monte au bloc pour une opération, après il sera trop tard pour la demander, hors de question qu’elle descende en urgence si je ne gère pas. Elle me dit que les contractions là, ce n’est rien à-côté de celles que j’aurai à la fin, que je suis peut être là encore pour 7 ou 8 heures, que ce ne sera pas la peine de pleurer ensuite, que je suis mazo de préférer avoir mal.
Je demande si je peux à la rigueur avoir une toute petite dose, car je veux sentir ce qui se passe, je veux mettre au monde mon bébé (et non être accouchée par quelqu’un… je veux être active).
Elle me pose la péri à 15h, avec une dose de 12mg/heure (je crois, je me souviens du 12!), en me disant qu’elle est peu dosée.
Entre-temps mon compagnon est arrivé.
Une demi-heure après, je ne sens plus rien à partir de la taille, et mon corps non plus d’ailleurs : les contractions deviennent inefficaces, bébé s’endort…
Vers 18h, la sage-femme appelle l’anesthésiste pour changer la seringue de la péri (à tiens, je croyais qu’elle passerait le reste de la journée au bloc… étonnant).
A son entrée, je lui demande à ce qu’elle soit moins dosée, car je ne sens rien. Elle râle en disant qu’elle est déjà pas beaucoup dosée, que dans ces cas là, autant pas avoir de péri (ben tiens, mais au départ, je vous rappelle que je n’en voulais pas!) et dose à 9 (mg/heure?).
Le travail ne progresse pas plus pour autant. Alors vers 19h on m’installe pour accoucher, car le bébé fatigue, fait de l’arythmie, et moi je monte en fièvre, sans qu’on sache pourquoi.
J’ai du mal à sortir bébé, parce que je ne sens rien, même pas les contraction : on me dit quoi faire et quand, et je m’exécute en bon soldat, à l’aveugle, parce que je ne sens rien du tout. Bébé est potelé (4k110), ne sort pas vite, fatigue, alors on appelle le gynéco (ouf, le mien est de garde), et on y va aux forceps + expression abdominale. J’ai ouvert de grands yeux quand la sageefemme est montée sur la table, effrayée. Elle m’a rassurée me disant que ça ne me ferait pas mal avec la péri. A moi non, mais le bébé, lui n’est pas sous péri!!!! j’ai dans ma tête l’image de son petit squelette tout comprimé contre mon coccyx, et je me dis que ça ne doit pas être bien. Mais on me rappelle qu’il faut qu’elle sorte, maintenant!

Je dois reconnaître à mon gynéco d’avoir prévenu qu’il me faisait une épisio, et de m’avoir promis qu’elle serait toute petite. De fait, je n’ai eu que deux points.

Par la suite, j’ai vécu deux autres moments désagréables.

Après avoir eu 15 minutes de peau à peau avec bébé, et une première têtée, le papa l’a accompagnée pour les soins.

J’attendais la fin de la péri pour retourner en chambre. L’équipe de nuit à fait son entrée dans la salle (auxiliaire puer, et aides soignantes), en râlant sur l’état dans lequel la précédente équipe avait laissé la salle, en employant le terme de « boucherie » (à la délivrance, mon placenta a échappé des mains du gynéco et est allé s’écraser au sol éclaboussant entièrement la salle, je reconnais qu’on a refait la peinture… mais nous en avions bien ri!), tout cela sans même me dire bonjour! Finie la magie de la naissance, retour au monde réel et trivial : tout cela s’est envolée avec un seul mot : c’était une « boucherie ». Je passe l’humiliation pour moi, et la culpabilité (je me suis excusée 20 fois, et je voulais quitter cet endroit).

Dans la nuit qui a suivi, j’ai découvert après plusieurs sensations de malaise lorsque j’étais allongée que mon lit était bizarrement réglé : tête plus basse que le corps, et pieds surélevés.

J’ai cherché pendant une demi-heure comment le régler sans succès. Je me suis donc résignée à déranger encore le personnel. La personne qui est venue m’a répondu qu’elle ne savait pas comment le régler, qu’elle n’était pas mécanicienne. Elle a parlé tout fort et réveillé bébé. J’ai proposé alors de faire mon lit à l’envers (tête aux pieds, pour être couchée plus confortablement). Je me suis fait envoyer balader, car ce « n’était pas son travail »!!!

Alors à 2h du matin, j’ai défait et refait mon lit, avec bébé dans les bras, alors que j’avais accouché 6 heures plus tôt…

Le reste du séjour s’est bien passé. La surveillante ayant appris mes mésaventures est venue s’excuser pour son personnel peu diplomate, et j’ai été chouchoutée… ce qui m’a permis de garder de tout cela un bon souvenir malgré tout.

Cependant aujourd’hui, alors que je m’apprête à faire le projet d’un bébé, de nouvelles questions arrivent : sans péri, est-ce que les contractions seraient restées efficaces, est-ce que ma fille serait née plus « naturellement » (sans avoir été poussée d’un côté, tirée de l’autre).

J’ai constaté que de nombreuses mamans dans mon entourage ont vécu des choses similaires avec la péri (contractions moins efficaces, forceps pour finir, …).

J’ai eu le sentiment qu’on décidait pour moi (parce que eux savaient). J’ai eu le sentiment d’avoir été poussée au-delà de mon désir vers ce qui convenait aux équipes.

Je fais l’impasse sur les conseils catastrophiques en matière d’allaitement que j’ai reçu par la suite. Ou le fait qu’on ait donné du lait maternisé à mon bébé contre ma volonté, parce que la montée de lait tardait (elle est arrivée quelques heures après…).

Si mon mari (qui n’est pas le papa de ma première fille) n’était pas aussi paniqué par l’acte, j’aurais aimé accoucher à domicile pour le futur bébé. Aujourd’hui les restrictions d’assurances risquent de décourager les Sages-Femmes qui le pratiquaient encore, rendant mon projet impossible à mener à terme.

En revanche, je suis plus forte, plus sûre de moi, et j’aurai mon mari à mes côtés, pour imposer mes souhaits, et les faire respecter, me faire respecter.

Je pense que certains établissements sont plus à l’écoute que d’autres pour cela, et je prendrai le temps de faire un vrai choix!

H.

#301 Anonyme – Doubs

14 Nov

Tout a commencé un lundi très tôt le matin, je perds les eaux lors de l’un de mes nombreux allers retours aux toilettes.
Voilà le top départ tant attendu après ces longs mois de grossesse…

Je réveille le futur papa et on monte dans la voiture. Je suis calme et confiante, je repense à mon projet de naissance qui a été ajouté au dossier il y a quelques jours, je mettais en avant mon besoin de savoir ce qu’il se passe médicalement et ma crainte d’être « exposée à demi nue » à trop de personnes.

Si les équipes font attention à ces deux points, pas de risque que je vive trop mal ce moment… je suis impatiente de découvrir ce qui m’attend et de voir enfin la bouille de notre fils !

Arrivée à la mat à 3h, on nous accueillent et nous installent en salle de pré travail. Vérification que la poche des eaux est bien percée, c’est bien ça. « Mme, votre travail devrait se lancer, vous aller accoucher ! »

Première contraction… dans le dos ?! On ne m’a jamais expliqué qu’on pouvait avoir des contractions dans le dos, ça fait terriblement mal. On me dit que ça arrive, sans plus d’explications, on m’explique que la péridurale pourra être mise en place qu’une fois un enregistrement continu de 15mn effectué. Pas de problème de mon côté, si c’est comme ça que ça fonctionne, c’est qu’il doit y avoir une bonne raison…

Pose du monito, ils n’arrivent pas à capter les contractions et perdent tout le temps le coeur de bébé, les élèves sage femme passent me le remettre deux puis trois fois en me disant à chaque fois « désolée Madame, ça retarde encore un peu la péridurale on a pas eu les 15mn complètes ».
Je commence à me demander si cette « règle » est vraiment nécessaire, les contractions me provoquent des douleurs que je ne supporte pas du tout, j’ai besoin que d’une chose… un anti douleur !

Je commence à demander quelque chose pour la douleur aux élèves sage femmes, en attendant la péri, je leur dit que j’en peut plus… Une sage femme diplômée prend le relais et décide de me passer en salle de travail.
L’équipe au complet débarque pour une tentative de mise en place de sonde « en interne » (lecture du mode d’emploi à l’appuis…) afin d’avoir un tracé correct, mon besoin d’intimité en prend un coup.
La nouvelle sonde ne portant pas ses fruits et le travail aillant bien avancé l’équipe décide d’appeler l’anesthésiste, il est 7h30 !

L’interne en anesthésie arrive rapidement, il me pique une fois… raté, deux fois… raté. La forte douleur d’une de mes contractions me fait me toucher le dos, l’anesthésiste s’énerve « Je vous ai dit de ne pas toucher ! A cause de vous je dois tout re désinfecter!! ».
Je m’excuse, troisième essai… encore raté.
L’interne appelle sa chef qui me piquera une quatrième puis une cinquième fois, la péri est enfin en place au bout d’une heure quinze à faire le dos rond avec les contractions !

Je suis épuisée, je demande au futur papa de quitter la pièce pour me reposer un peu. Je m’endors une heure.

Un peu avant 10h, on me réveille pour une vérification du col, je suis à 10 ! Je me dis ça y est c’est parti, il va falloir assurer…

La sage femme, elle, me dit qu’elle n’arrive pas a sentir comment est la tête de bébé, qu’elle va demander au médecin de faire une écho pour voir ce qu’il en est.
Elle s’en va, le futur papa et moi on se sent bêtes, je me rends compte qu’on ne m’a rien dit à ce sujet depuis notre arrivée, je commence à douter de ce que me dit ou cache l’équipe.

Après le contrôle échographique, le médecin me dit que le bébé n’est pas tout à faire dans la bonne position, on me dit que je vais devoir faire du ballon pour essayer de lui faire trouver la bonne position pour la sortie.
Là, je me transforme en « femme de cirque », me voilà entrain de faire du ballon sur la table d’accouchement parce que le protocole dit qu’avec la péridurale on n’a pas le droit de descendre de la table !!
Le futur papa trouve ça dangereux et essai de me sécuriser, moi j’essai de faire au mieux. On m’a dit que j’avais 2h30 pour le faire bouger (un protocole de plus…).

Contrôle au bout d’une heure, rien n’a bougé, au bout de deux, rien non plus. Au bout de 2h30 une sage femme entre et me dit « Essayez de pousser Mme ».
Comment ça ? Là comme ça ?? Sans poignées ? Sans étriers ??
« Oui, allez y poussez pour voir, c’est pour vérifier quelque chose ».
Je n’ai jamais poussé de ma vie, j’essai une poussée, sans doute très mauvaise…

La sage femme me dit alors « Nous allons aller dans une pièce plus grande pour avoir plus de place ».
Je comprend qu’on m’emmène au bloc et la confiance qu’il me restait en l’équipe vient de s’écrouler… « une salle plus grande! ».
Je me rends compte qu’on ne m’a toujours pas expliqué la complication en cours, je comprends que je ne saurai rien. Je me referme sur moi même et essai de penser qu’à notre fils qui doit arriver.

Arrivée au bloc, une dizaine de personnes entre pour assister à l’accouchement, j’ai l’impression d’être humiliée, je suis là les fesses à l’air devant tous ces inconnus… je ne comprends rien à ce qu’il se passe.

Maintenant tout s’enchaîne, on me demande de pousser sur la table du bloc (le dos à plat), on me dit de ne plus appuyer sur la péri, les douleurs reviennent, une sage femme m’écrase le ventre pour aider bébé à sortir, on me gronde parce que je ne pousse pas assez bien, puis on me dit l’inverse…
Le médecin de garde fait son entrée, il fait sortir la moitié des personnes présentes dans la pièce (merci Monsieur !), il refait une écho et me dit que mon bébé ne regarde pas dans le bon sens et qu’il est coincé au dessus de mon bassin.
Je me rend compte que je pousse depuis 45mn alors que mon fils est coincé, mes larmes coulent, le médecin monte la ventouse dans mon bassin et retourne bébé, je ressent un douleur horrible, j’explose ! (ils appellent ça une « ventouse d’insertion »)

On me réactive la péridurale et me demande une dernière fois de pousser, en 4 fois mon fils est dehors. Il est 13h12
Je ne le verrai pas, il part immédiatement dans les bras d’une puéricultrice pour être désencombré, je pleure, mon accouchement est raté.

Après une révision utérine accompagnée d’une hémorragie de la délivrance (pour couronner le tout), je ferai enfin connaissance avec mon fils 4 heures après mon accouchement.

Je comprendrai tous les « aléas » de mon accouchement une fois mon dossier médical en mains.