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Do – 2ème accouchement – Aveyron 2013‏

8 Jan

4 ans après mon premier accouchement, que j’ai très mal vécu, me revoilà enceinte. Mon mari n’a toujours pas digéré de n’avoir pas pu voir sa première fille naître, il aimerait que j’accouche dans un autre établissement. Mais, là où nous habitons, il n’y a pas d’autre choix possible. Je lui ai dit : « On souhaite aller dans l’Aveyron, alors débrouille-toi pour trouver un travail avant la naissance ! » Mission accomplie nous déménageons 1 mois avant mon accouchement, gros soulagement de la part de nous deux.

Suivi de Grossesse dans notre ancienne région, la sage-femme qui me fait ma 2ème échographie m’annonce : « Vous faites un beau diabète gestationnel ! Il faut manger moins de sucre ! » et puis « Vous avez trop de liquide, c’est normal avec votre diabète ! ah non, d’après les mesures, tout va bien » « c’est étonnant, le bébé n’est pas gros ! » Donc, régime sans sucre et sans graisse pendant 4 mois … et 6 piqûres par jour pour vérifier ma glycémie. Je prends très peu de poids, mais bébé grossit normalement en pompant sur mes réserves (mes vêtements de grossesse deviennent trop grands au niveau des hanches).

J’arrive en Aveyron pour le rendez-vous du 9ème mois : « Ils ont été vache avec vous, pour nous vous n’avez pas de diabète ».

Toutes les personnes m’ayant examinées sont choquées des cicatrices de mon premier accouchement, alors qu’on me disait là-bas que c’était normal.

Pendant 10 jours, j’ai des contractions tous les soirs pendant 1 à 2 h, toutes les 5 min, mais, dès que je m’allonge, elles s’arrêtent. J’attends un autre signe pour pouvoir partir à la maternité.

Un soir, nous sortons à un petit concert dans le village. En rentrant à la maison, mes contractions du soir sont là, avec une douleur très légèrement supérieure. Je me couche et m’endors. A 1h40, je suis réveillée par une grosse contraction. Je me lève et m’aperçois que les 2 suivantes arrivent toutes les 3 minutes. Je réveille mon mari en lui disant qu’il faut partir vite. Branle-bas de combat : prendre les valises, notre fille, le chat : personne ne reviendra à la maison pendant 4 jours. Sachant qu’on ne me donnerait pas à manger à la maternité et pensant que ça sera surement long (17 heures pour la 1ère) je mange des bananes pour accumuler des forces.

2h20 nous partons, j’appelle mes parents, pour leur dire que l’on va venir déposer la grande.

Les virages de la route de montagne sont assez dur à supporter. J’ai de plus en plus mal et avec la position assise, je n’arrive pas à gérer les contractions. Je hurle de plus en plus dans la voiture et sens que tout s’accélère au bout de 20 min de trajet il reste encore 40 min … J’appelle mes parents pour qu’ils nous rejoignent à la maternité.

Nous arrivons à la maternité à 3h15. Mon mari me laisse aux urgences pendant qu’il attend mes parents pour laisser notre fille.

Je suis accueillie par une jeune sage-femme, quand elle me voie souffler très fort pendant les contractions me dit : « Faut vous calmer, sinon vous n’arriverez pas à garder du souffle jusqu’au bout » Elle demande si je souhaite la péridurale je lui réponds : « J’en voulais pas mais j’ai trop mal, oui je la veux ! » Elle m’examine et me dit : « Vous êtes à 8 cm, pour la péridurale ça me semble difficile. Je vais préparer la salle d’accouchement. » Je lui suis très reconnaissante de m’avoir annoncé avec une telle douceur que ça ne serait pas possible, de toute façon, au fond de moi, je ne la voulais pas.

Arrivée en salle d’accouchement, je n’ai qu’une peur, que mon mari n’arrive pas à temps, qu’il loupe une deuxième fois ce moment. Il arrive, ouf ! J’ai envie de pousser alors je pousse : la poche des eaux se rompt.

La sage-femme me dit de faire comme je le sens : je pousse lorsque j’en ai envie, arrête quand je veux. Au milieu de mes poussée : un éclair dans ma tête : je ne veux pas ravoir de grosses déchirures, je dis à la sage-femme : « Si y a besoin de couper, vous coupez ! » Elle me regarde d’un air effaré : « Nous n’en sommes pas là ! »

C’est magique, j’ai toutes les sensations qui m’avaient manquée lors de mon premier accouchement. Je sens la tête de bébé progresser au fur et à mesure de mes poussées. La tête est dehors, la sage-femme me demander d’arrêter de pousser, car il y a un double cordon autour du cou de bébé, elle est obligée de couper le cordon. 3h35 bébé est parmi nous. On me la pose sur le ventre et nous pouvons faire connaissance tranquillement. Moment magique ! A peine sortie, elle ouvre la bouche et cherche à téter. Je la mets au sein pour sa première tété, elle y restera 1h.

La sage-femme me recoud, trois petits points sur ma grosse cicatrice qui a un peu craquée. Elle est choquée lorsqu’on lui raconte mon 1er accouchement et essaie de me recoudre pour que j’ai le moins de gène possible. Elle a très bien fait car je n’ai eu aucune douleur.

Je remercie énormément cette sage-femme qui m’a permis de vivre pleinement mon accouchement. Elle est une petite fée qui a aidé ma fille à naître.

En résumé, mon accouchement fut très rapide, très intense mais tellement MAGIQUE !

Mon mari est sur un nuage d’avoir pu assister jusqu’au bout à la naissance de sa fille. Dès le lendemain je lui ai dit : « Nous aurons un 3ème ! », peut-être qu’à ce moment là, il pourra couper le cordon…

Dans cette maternité, les pères sont les bienvenus, ils ont à leur disposition un fauteuil se transformant en lit : il en profitera. Les aînés ont à leur disposition une salle de jeux, ça aura permis à notre grande de voir que l’on peut passer du temps pour elle, même s’il y a une petite sœur.

Lien vers le premier témoignage de Do : #323 – Do – 1er accouchement – Yonne 2009

#321 – 2 naissances au Québec en 2008 et 2011

7 Jan

récit en plusieurs étapes

24 janvier 2011
J’écris ces lignes alors que je devrais dormir. Mon homme est parti pour une heure avec notre petite Charlotte qui aura 3 semaines demain. Il voulait que je me repose. Notre grande Zoé (2 ans) est à la garderie.

Mes deux filles, mes enfants. La première, issue d’une grossesse euphorique et insouciante, la deuxième, d’une grossesse angoissée et fatiguée de travailler à temps plein en m’occupant d’un petit monstre à l’aube de son terrible two et en faisant pousser des petits pieds. Deux êtres qui sont mon plus grand accomplissement : je les ai quand même conçues et portées et je les éduque du mieux que je peux. Deux petits êtres qui sont aussi mon plus grand échec : malgré toute ma bonne volonté, je n’ai pas été capable de les mettre au monde ni de les allaiter exclusivement.

Même si j’ai rencontré les deux au début de ma première grossesse pour faire un choix éclairé, la décision d’être suivie par une médecin généraliste ou une sage-femme s’est prise toute seule. Dès que j’ai mis les pieds à la maison des naissances, j’ai su que c’est dans un environnement comme celui-là que je voulais vivre un des événements les plus importants de ma vie, celui ce mettre au monde mon premier enfant. Je n’avais alors aucun doute en ma capacité d’accomplir ce que des millions de mammifères femelles font depuis la nuit des temps. Il allait aussi de soi que j’allaiterais. Ce n’était pas un choix, mais une évidence. Je trouvais les hauts taux de césarienne alarmants au Québec et même si je savais en théorie que certaines de ces chirurgies étaient nécessaires, j’y voyais surtout l’impatience du personnel médical et sa volonté à tout vouloir contrôler. En choisissant d’être suivie par une sage-femme, je me sentais, à tort, à l’abri.

J’avais bien sûr la crainte de devoir être transférée, particulièrement quand j’ai vu le symbolique 42 semaines approcher à grands pas. Finalement, le travail a commencé « naturellement » alors que, désespérée, je tentais de stimuler mes mamelons au tire-lait manuel à 41 semaines et 5 jours et demi, c’est-à-dire à un jour et demi d’une menace de déclenchement. Il était 22 h. J’étais encouragée lorsque les membranes ont rompu vers 4 h du matin. Vers 8 h, mes contractions étaient plus rapprochées et le premier examen de la sage-femme était encourageant, j’étais déjà dilatée à 6 cm. On est donc partis, mon homme et moi, pour la maison des naissances, certains que ce ne serait qu’une histoire de quelques heures. Mais l’examen vaginal (très douloureux, une façon de me sortir de ma bulle à coup sûr), le fait de quitter la maison et le trajet de 30 minutes ont sensiblement ralenti le travail. Malgré tous mes efforts pour changer de positions, utiliser la gravité, rester active, il m’a fallu près de 12 heures à atteindre 9 cm de dilatation. J’attendais alors avec impatience l’envie de pousser qui devait être imminente, mais à sa place est venue l’inquiétude sur le cœur fœtal qui s’emballait de temps à autre. Vers 22 h, la sage-femme nous a dit que j’avais fait tout ce que je pouvais, mais qu’il nous faudrait plus pour faire sortir le bébé qui commençait à montrer des signes de fatigue. Elle ne voulait pas me décourager, mais j’ai appris par la suite que la dilatation avait régressé d’un centimètre. Moi qui avais jusque-là réussi à gérer la douleur d’une façon qui nous surprenait tous les deux, mon homme et moi, je me suis aussitôt effondrée à l’idée d’être transférée à l’hôpital. Je ne savais pas encore ce qui m’attendait, mais déjà j’avais l’impression d’avoir échoué. Tellement, que je ne me souviens même pas avoir eu vraiment peur pour le bébé. Toute mon attention était centrée sur ce constat : je n’étais pas à la hauteur. Les événements survenus à l’hôpital ont été encore pires que ce je craignais. On a d’abord essayé le Pitocin, même si le gynécologue de garde estimait à 5 % les chances que ça fonctionne. J’ai demandé une péridurale. J’aurais toléré mes propres contractions pendant des heures sans broncher, mais l’idée de devoir supporter des contractions artificielles semblait psychologiquement au-dessus de mes forces. Voyant qu’il n’y avait toujours pas de progrès après une heure (j’ai su par la suite que la tête du bébé était défléchie, ce qui l’empêchait de s’engager dans le bassin et d’ainsi finir de dilater le col), je me suis résignée à signer l’autorisation pour la césarienne avec l’impression de m’enfoncer un tire-bouchon dans le cœur, pour citer Bob Dylan. Ils ont alors augmenté la dose de péridurale pendant que mon homme s’habillait pour assister à la chirurgie. Finalement, ils ne l’ont jamais laissé entrer. On m’a demandé à quelques reprises si je le sentais lorsqu’on appuyait sur mon ventre… puis je me suis réveillée. J’ai alors compris qu’on m’avait endormie et que mon bébé était née sans moi. On ne m’a pas demandé mon consentement pour cette anesthésie générale, ni même informée qu’on allait procéder ainsi. Mon dossier médical, que j’ai consulté par la suite, ne permet pas de comprendre où était l’urgence. Il y est noté : « AG (péri inadéquate) », tout simplement, et aucun monitoring du cœur pendant cette étape n’est rapporté. L’hypothèse la plus probable est que monsieur l’anesthésiste s’est fait réveiller en pleine nuit et qu’il n’a pas eu la patience d’attendre. Je me suis réveillée avec un ventre sans sensation que je devinais vide, seule, hormis des infirmières inconnues qui me croyaient encore endormie et qui discutaient de ma « belle petite fille », alors que j’avais spécifié vouloir moi-même découvrir le sexe du bébé. Lorsque j’ai été en mesure de parler, j’ai demandé à voir mon homme et mon bébé, ce qu’on m’a refusé, puisque mes jambes étaient toujours endormies (oui, la péridurale avait fini par embarquer!), ce qui bien entendu était pour moi un non-sens total, mais j’étais trop faible pour argumenter. Ce fut le début de notre vie de famille. Tom dans une pièce, Zoé dans une autre et moi dans les vapes. Génial. On dit que la première heure est critique pour l’attachement mère-enfant et l’allaitement. Et bien dans mon cas, cette séparation de plusieurs heures à la naissance s’est soldée en plusieurs semaines à n’aimer ma fille qu’en théorie et en une lactation qui malgré tous mes efforts, n’a jamais été suffisante pour allaiter exclusivement.

Je savais dès la naissance de Zoé que je voulais un AVAC pour la prochaine grossesse. Le gynécologue se faisait encourageant, il ne voyait même pas d’objections à ce que je sois encore suivie pas une sage-femme, ce qui est bien, considérant que plusieurs d’entre eux proposent encore systématiquement des césariennes itératives. J’ai dès lors commencé à m’informer sur l’AVAC. Encore une fois, je n’ai pas eu à prendre de décision, c’était pour moi la seule option envisageable. J’étais seulement contente que mes lectures viennent confirmer à ma tête ce que mes tripes sentaient déjà : l’accouchement vaginal était dans la plupart des cas (dont le mien) la façon la plus avantageuse et sécuritaire de donner naissance, même après une césarienne. J’espérais aussi que cela viendrait en partie réparer mon premier accouchement raté, me confirmant ainsi que j’étais une vraie femme, capable de donner naissance et, je l’espérais, de nourrir mes enfants.

Je suis tombée enceinte une première fois lorsque Zoé avait 11 mois. Une semaine de bonheur. Je ne saurai jamais si c’est mon corps qui n’a pas su le garder ou si c’est le petit qui était mal formé ou qui n’a pas tenu le coup, mais pendant quelque temps, il a existé dans mon ventre un petit amas de cellules que je ne connaîtrai jamais. Pourtant, il m’aurait appelé « Maman »…

Les quelques cycles suivants viendront avec des règles amenant un nouveau genre de déception. Ce n’est plus juste la hâte d’être enceinte, mais aussi la peine de ne pas l’être. Quatre mois plus tard, ça y est de nouveau. J’avais décidé d’attendre deux semaines de retard pour faire le test afin d’avoir au moins dépassé le stade de la grossesse précédente, mais je flanche au bout d’une journée. Je suis trop fébrile, j’ai peur de ne pas être enceinte et en même temps, j’ai peur de l’être et de le perdre à nouveau. Je décide donc d’éliminer au moins une des peurs, et voilà! un beau « + » rose sur un bâtonnet de plastique blanc.

24 août 2011
Charlotte s’est endormie dans l’auto et je suis assise sur le siège passager en attendant qu’elle se réveille. Elle aura 8 mois dans une dizaine de jours. Je viens de tomber sur mon récit inachevé. C’est un bon moment pour le continuer.

J’ai passé le premier trimestre enceinte de Charlotte à angoisser. J’avais peur de perdre mon bébé une seconde fois et j’ai eu une frousse lorsqu’il y a eu des cas de 5e maladie à la garderie de Zoé et qu’il a fallu 3 semaines avant de savoir si j’étais immunisée. Mais plus encore, j’angoissais au sujet de la naissance. J’étais au bureau, incapable de me concentrer sur mon travail, à chercher des articles scientifiques sur l’AVAC.

La naissance de Zoé tourne en boucle dans ma tête et j’arrive toujours au même point de départ. Si j’étais restée à la maison, ça se serait peut-être passé autrement. C’est aujourd’hui tellement évident que l’accouchement à domicile est la meilleure option. Je m’en veux d’avoir choisi la maison des naissances seulement pour le luxe de ne pas avoir à gérer le ménage et les repas pendant deux jours. J’en veux aussi à ma sage-femme de ne pas avoir confronté mon choix. Je lui avais pourtant fait part du fait que ma seule crainte était d’être transférée et elle n’aurait eu qu’à me dire qu’il y avait plus de transferts en maison de naissance qu’à domicile, que le trajet cause souvent un ralentissement du travail, pour que je brandisse mon stylo en disant « Où est-ce que je signe? »

Ma sage-femme (la même) m’informe que l’Ordre des sages-femmes émettra de nouvelles recommandations concernant les AVAC à l’automne. Je ne saurai donc pas avant le 3e trimestre si je peux espérer un accouchement à domicile, ou même avec une sage-femme. Je devrai aussi attendre à 36 semaines de grossesse pour faire mesurer ma cicatrice afin de voir si le risque de rupture utérine est acceptable. Cette étude est encore expérimentale, mais après quelques recherches, je trouve que c’est prometteur. Si tout est favorable, ça me donnera un argument en défense de l’AVAC si je dois terminer mon suivi à l’hôpital et j’aime l’idée de contribuer à faire avancer la recherche sur l’AVAC.

Finalement, l’Ordre des sages-femmes ne change pas ses directives. Une bonne chose de réglée, mon accouchement à domicile n’est pas compromis. Ma sage-femme principale quitte la région et j’en ressens un grand soulagement. Je repars vraiment à neuf. L’environnement, le personnel présent, tout sera différent du contexte entourant la naissance de Zoé.

Je « magasine » entre-temps une accompagnante (doula). Je croyais avant que ce rôle était entièrement assumé par la sage-femme, mais je comprends maintenant qu’un biais venant de leur formation médicale et de leur responsabilité est inévitable. J’ai besoin d’une personne dont la seule fonction est de m’assurer une présence réconfortante, à l’abri des considérations médicales. Les accompagnantes sont rares dans la région, mais je finis par choisir Cathy (nom fictif). On partage la même vision et le fait qu’elle ait vécu elle-même de beaux accouchements légitimise mon désir d’en vivre un.

Je fais plusieurs lectures : témoignages sur l’AVAC, récits d’accouchements naturels… J’essaie aussi de me garder en forme. Je marche pour aller travailler. J’ai quelques rendez-vous en ostéopathie afin de favoriser une bonne mobilité du bassin.

À 36 semaines, nous nous rendons à Québec pour la mesure de cicatrice. Je suis très angoissée, mais finalement, les résultats sont excellents. Le risque de rupture est faible et même si j’ai catégoriquement refusé qu’on chiffre mes chances de succès (ou qu’on me donne un estimé du poids du bébé), le gynécologue responsable de l’étude est très optimiste. Je suis encouragée.

Mon accompagnante et ma sage-femme m’incitent à faire des exercices de visualisation de l’accouchement. C’est très difficile pour moi qui suis une personne rationnelle ayant peu d’imagination, mais je m’y exerce.

J’arrête de travailler à 38 semaines de grossesse. Je suis énorme, j’ai de la difficulté à marcher et j’ai vraiment hâte que le travail commence. Je n’ose pas encore parler d’accouchement, je trouve ça présomptueux. Je parle plutôt de la naissance ou de l’arrivée du bébé, mais je commence vraiment à croire que ça se passera bien.

J’ai cependant peur de dépasser le terme. Le gynécologue que j’ai vu pour la mesure de ma cicatrice était plus encourageant que ce que je croyais concernant les déclenchements. Ce n’est pas contre-indiqué si le col est complètement effacé et dilaté à au moins 2 cm, mais je ne suis pas encore là. J’ai accepté le décollement des membranes à partir de 39 semaines (même si je suis contre en théorie), parce que cela réduit les risques de dépassement et que je ne veux pas ajouter une source de stress.

À 40 semaines et 4 jours, je me lève pour aller aux toilettes vers minuit. Je constate qu’il y a beaucoup de liquide. Les membranes ont rompu. Je suis d’abord soulagée. Cette fois-ci, je n’aurai pas le stress d’approcher les 42 semaines. Mais je réalise rapidement que le compteur commence à tourner. Si le travail ne commence pas dans les 24 prochaines heures, il faudra me transférer à cause des risques d’infection (sont-ils vraiment documentés?). J’appelle Louise (nom fictif), la sage-femme qui est de garde. Elle vient m’examiner. Il n’y a pas de progrès depuis le dernier décollement. Elle nous conseille d’essayer de nous reposer pour l’instant et d’attendre au matin avant d’essayer de stimuler le début du travail. Je réussis à dormir un peu malgré l’anxiété.

Vers 7 h, toujours pas de contractions. J’appelle Cathy pour lui faire part des derniers événements. Elle arrive chez moi environ une heure plus tard. Louise repasse aussi nous voir en début de matinée. On explore les différentes options. Je fais plusieurs séances de tire-lait électrique. Même si je suis sceptique, on se procure des granules homéopathiques et on prend même rendez-vous chez l’acuponcteur. On s’y rend à pied, espérant que le mouvement et la gravité feront leur œuvre. Je craque pendant la première séance. Ça fait deux ans que je me prépare pour ce grand moment, pour enfin avoir une chance de me racheter. Pourtant, je n’aurai peut-être même pas l’opportunité de l’essayer! Cathy et Louise voient ma détresse et me demandent ce qui me ferait le plus de bien à ce stade. J’ai seulement envie de prendre ma guitare et de chanter. On retourne donc à la maison et je m’installe sur le ballon avec ma guitare. Comme d’habitude, ça me fait du bien, ça m’apaise et ça libère mon surplus d’émotions. Mais je ne me sens pas du tout sur le point d’accoucher. La présence de Zoé commence à être dérangeante. Ma mère l’emmène chez mon père. J’aurai deux autres traitements d’acuponcture durant la journée, sans aucun résultat. On parle d’huile de ricin. Louise n’est pas convaincue. Elle dit que c’est violent et qu’on ne sait pas trop l’effet que ça peut avoir sur un AVAC. Je réponds qu’une césarienne, je trouve ça très violent aussi, mais en réalité, je ne suis pas du tout à l’aise avec l’idée de perdre le contrôle de mes intestins. On décide finalement de ne pas le tenter, choix que je conteste encore aujourd’hui. Louise croit qu’on serait mieux de transférer à l’hôpital en fin d’après-midi plutôt que d’attendre en pleine nuit. On risque ainsi de trouver un personnel plus accommodant. Je refuse. Si je dois transférer, ce sera à la dernière minute. En fin d’après-midi, Cathy nous suggère de monter la piscine de naissance qu’on a achetée pour l’occasion. Le fait d’être dans l’eau aura peut-être pour effet de me relaxer et de suggérer à mon corps qu’il est temps qu’il fasse son travail. On passe près de trois heures dans la piscine. Tom, que je trouvais très distant ces derniers temps, est soudainement présent. Il m’aide à faire mes exercices de visualisation. Je réalise tout de suite qu’il a été coaché par Cathy et je lui en suis reconnaissante. Les filles reviennent vers 7 h. Louise m’examine encore. Rien n’a bougé. On se met d’accord pour transférer à minuit s’il n’y a pas de nouveau. Cathy nous suggère d’aller marcher. On opte pour Rocher Blanc. C’est sur le bord du fleuve, c’est tranquille. On s’y promène pendant près d’une heure avec le vent de janvier qui pince en répétant I will give birth comme mantra. Je trouve que ça « punch » plus en anglais. Une partie de moi trouve ça ridicule, mais je n’ai vraiment rien à perdre. Finalement, on revient chez nous vers 22 h et on décide de se reposer.

À minuit, on se rend à l’hôpital. Je fonds en larmes pour la Xième fois. Louise et Cathy nous rejoignent. La gynécologue qui nous reçoit accepte d’attendre au lendemain avant de planifier une césarienne à condition que je sois sous antibiotiques pour prévenir la plupart des infections. Mais elle nous explique que cela ne sera efficace que quelques heures. On se repose un peu tous les deux collés sur le minuscule lit d’hôpital.

6 juin 2012
Charlotte a eu 17 mois il y a deux jours. Je nage dans mes souvenirs d’enfantement depuis quelques semaines. J’ai fait visiter la Maison De Naissance à une amie à nous qui aimerait y être suivie pour sa grossesse. Je me doutais que ce serait émotif et j’avais raison. Surtout lorsque je lui ai présenté les deux sages-femmes en disant que Louise  était là quand j’avais essayé de donner naissance à Charlotte et que les deux sages-femmes m’ont répondu en même temps : « Ben non, dis pas que t’as pas accouché! » (!&!*&!?*!&?!! Que je le dise ou non, un fait demeure : JE N’AI PAS ACCOUCHÉ!) J’ai justement aussi écrit un article sur les phrases plates (celle-là en fait partie) à dire aux femmes ayant subi une césarienne pour la revue En attendant bébé et je suis en train de considérer pour la première fois de porter plainte contre l’anesthésiste qui m’a endormie sans mon consentement. C’est en essayant de formuler un premier jet que je tombe sur mon récit inachevé.

Les contractions que j’espérais tant ne sont pas venues avec le matin. Nous attendons que la nouvelle gynécologue de garde passe nous voir. Mon col n’a pas bougé et la gynécologue n’a rien de neuf à proposer. Mon col n’est toujours pas assez mûr pour un déclenchement et elle reparle des risques d’infection qui supposément sont trop élevés pour attendre plus longtemps. Pourtant, ce risque n’est apparemment pas connu ni des sages-femmes ni des gynécologues. J’accepte donc une autre césarienne, parce qu’on réussit à me faire assez peur avec un risque mal documenté. J’en veux à Louise de ne pas avoir été plus informée, mais je m’en veux encore plus de ne pas avoir fait de recherche sur le sujet. J’avais prévu plein de scénarios (peut-être trop), mais pas celui-là. La césarienne est donc planifiée pour la matinée. J’ai établi un plan de naissance très clair. Il n’est pas question de reproduire le même scénario qu’à la naissance de Zoé. Au final, ce plan est loin d’être respecté dans sa totalité, mais je sens quand même que le personnel y est sensible.

8 décembre 2012
Je ne vais pas très bien. Il y a un peu plus d’un an, j’ai pris conscience que je n’avais pas à pardonner (à moi, à la sage-femme, au gynéco, à l’anesthésiste, aux infirmières, à la société et à la vie en général) ce qui s’est passé, parce que c’est à mes yeux impardonnable. Tenter d’accepter serait comme une trahison envers moi-même. Suite à cette révélation, je réussissais à garder mon traumatisme sous contrôle, sauf deux ou trois épisodes mensuels que je gérais assez bien. Mais dans les derniers mois, j’ai été confrontée à beaucoup d’autres sources de stress d’origines diverses et mes batteries sont à plat. Pendant 3 semaines, les 2-3 épisodes par mois se sont transformés en 2-3 par jours. Je voyais la dépression s’installer et j’ai eu peur. J’ai décidé de réduire toutes mes activités au minimum, de me concentrer sur l’essentiel et de revoir la psychologue que j’ai vue en trois phases déjà depuis la naissance de Zoé. En une semaine, je me sens déjà beaucoup mieux. Mais c’est de courte durée, et après un autre trois semaines, j’ai encore l’impression de sombrer. Je savais très bien que la naissance de mes filles n’était pas une histoire réglée, mais je ne m’attendais pas à ce que ça ressurgisse avec autant de force quand je suis à terre pour d’autres raisons. Comme si une bête attendait dans un coin que je sois fragile pour pouvoir mieux attaquer. Je suis très active sur la page Facebook de Momma Trauma, une page dédiée à la violence périnatale et au syndrome de stress post-traumatique suite à l’accouchement. Je m’en doutais déjà, mais c’est de plus en plus clair pour moi que c’est le bon diagnostic. Plus que jamais j’envisage de porter plainte contre l’anesthésiste en particulier et les pratiques obstétricales du centre hospitalier en général. Ce témoignage me servira de base dans mes démarches. Zoé aura quatre ans dans une semaine. C’est un bon moment pour continuer.

Je veux avoir l’assurance que je ne serai pas séparée de mon bébé et que je pourrai allaiter dans la salle de réveil. On ne peut pas me le garantir. L’infirmière dit qu’elle amènera le bébé dans la chambre de réveil si elle a le temps. Je la sens sincère et compatissante, mais elle a quand même un travail à accomplir et elle est débordée. Je mange un peu en cachette avant de me faire dire que je dois rester à jeun. Ça m’insulte. Je sais que c’est au cas où ils « doivent » faire une anesthésie générale, mais sachant très bien que ce n’est pas ce qui a arrêté l’anesthésiste la dernière fois (j’avais mangé et bu comme je voulais avant d’arriver à l’hôpital), j’ai l’impression qu’on rit de moi. On veut que je mette une jaquette d’hôpital et que j’enlève mes sous-vêtements. Je n’en vois pas la nécessité à ce stade et je trouve ça humiliant. On argumente, mais il n’y a rien à faire. C’est apparemment le protocole.

Je pars sur une civière pour la salle d’anesthésie. Je pleure silencieusement, Tom à mes côtés. Le technicien essaie de se faire rassurant : « Ben oui, je le sais que tu as peur, mais tu vas voir, ça va bien se passer. » J’ai envie de hurler que je n’ai pas peur, mais que je suis triste, fâchée, indignée, désespérée, détruite!!!!!!! Mais à quoi bon? Lui aussi, il fait juste son travail. J’insiste beaucoup pour que Tom assiste à l’anesthésie. Rien à faire. Je me retrouve encore une fois seule entre les mains du personnel médical en qui je n’ai aucunement confiance. On procède à la rachidienne. Bientôt, j’ai de la difficulté à respirer et je suis un peu paniquée. Ça ne semble pas les impressionner, ils sont habitués. Tom revient pour l’opération. On a tenté de négocier qu’il reste avec bébé si je dois en être séparée, mais que Cathy m’accompagne en salle de réveil. Là aussi, on se bute à un mur. Je devrai encore une fois vivre cette étape seule. Ils procèdent à la chirurgie. Ils sortent le bébé et cette fois, je peux moi-même découvrir que nous avons une autre petite fille. Je dois insister pour qu’on la mette sur moi tout de suite. Je crie. Tom insiste en français du mieux qu’il peut. Est-ce qu’ils font exprès ou quoi? Pas besoin de l’essuyer! Ils la déposent finalement sur mon cou pendant quelques minutes, ou quelques secondes? C’est le seul endroit de mon corps que je sens encore. Un des membres de l’équipe m’informe qu’il est en train de me mettre un suppositoire pour la douleur. La raison pour laquelle il ressent le besoin de m’en avertir m’échappe complètement. Est-ce que ça pourrait être plus humiliant? Visiblement, ce n’est pour eux que de la routine.

Finalement, je réussis à avoir ma fille quelques minutes en salle de réveil. Elle doit déjà avoir une vingtaine de minutes de vie. Ses 20 premières minutes, et je les ai manquées encore une fois! J’essaie de la mettre au sein. Elle tète un peu, mieux que Zoé à cet âge. Je suis un peu encouragée. Mais c’est de courte durée. Pas plus de 24 heures plus tard, je commence déjà à angoisser au sujet de la montée laiteuse. L’accouchement que je désirais tant n’a pas eu lieu. Je suis très consciente qu’il me faudra ajouter un autre deuil par-dessus celui de la naissance de Zoé, mais je n’ai pas le temps d’y penser pour l’instant. Je dois me concentrer sur l’allaitement. Je sais très bien que la montée laiteuse peut prendre plusieurs jours et encore plus dans le cas des césariennes, mais ça ne m’empêche pas d’entrevoir le pire. Au bout de deux jours, on m’informe que ma fille fait de l’hypoglycémie et qu’il « faut » commencer à la supplémenter. Après, c’est une jaunisse. Il lui « faut » de la photothérapie. Je suis très consciente que si elle était née à la maison comme prévu, tout cela aurait pris des proportions moindres. On m’aurait encouragée à allaiter plutôt que de s’énerver avec des tests bidon. Mais je n’ai pas l’énergie pour argumenter. On rentre chez nous au bout de quatre jours. Je n’aurai finalement pas de montée laiteuse encore une fois. Césarienne, séparation mère-bébé, stress, fatigue, grand état de tristesse et d’angoisse. Pas exactement un départ optimal une fois de plus.

En résumé, je croyais que mon corps était fait pour enfanter et que la naissance de mes enfants ferait les plus beaux jours de ma vie. Ce fut les pires. Je croyais que comme tous les mammifères, je nourrirais mes enfants exclusivement de mon lait pendant leurs premiers mois de vie. J’ai persévéré avec l’allaitement mixte (préparation commerciale et don de mes amies) au DAA, en tandem même, et je suis fière de dire que je les allaite encore toutes les deux aujourd’hui. La dimension affective est clairement prédominante sur la dimension nutritive, mais bon, c’est une petite victoire dans un océan d’échecs et de déceptions.

Nous avons décidé, pour plusieurs raisons, de ne plus avoir d’enfants. J’essaie de me faire à l’idée que je ne connaîtrai jamais ce que c’est de mettre au monde son enfant et d’avoir un départ optimal pour l’attachement et l’allaitement. Maintenant que cet espoir n’est plus, il ne me reste que la colère, la tristesse, la culpabilité et le ressentiment. Je sais que c’est cliché, mais je ne suis pas prête à les laisser aller. Voilà.

10 novembre 2013
Je me trouve présentement dans un chalet sur le bord d’un lac. Je fais une retraite de  48 heures avec 1 seul point à l’ordre du jour : terminer de rédiger ma plainte. Quelle bonne idée j’ai eue! Je procrastine depuis beaucoup trop longtemps en me disant que ce n’est pas le moment de me mettre à terre. Évidemment, il n’y a jamais de bon moment pour ça. Aussi bien en finir.

 

– Eli Blanc

#319 – Anonyme Verviers Belgique‏

7 Jan

Je souhaitais accoucher à la maison mais cela n’était pas possible car mon compagnon voulait assister à la naissance mais était angoissé par rapport à sa propre naissance où il avait risqué de perdre la vie. Nous avions néanmoins décidé de faire appel à une sage-femme indépendante pour attendre un peu à la maison avant de nous rendre ensemble à la maternité. Je souhaitais respecter un maximum la physiologie de l’accouchement et désirais essayer de me passer de la péridurale.

Jeudi dans la soirée, je ressens les premières contractions pourtant je ne les reconnaîtrai qu’à-posteriori. Vendredi soir, ça se précise, nous informons la sage-femme qui passe à la maison pour faire un monito. Bébé bouge beaucoup. Je ne suis pas inquiète. Elle me dit que le travail peut s’arrêter et me conseille de me reposer la nuit et de l’appeler chez elle en cas de besoin. Pourtant vers minuit impossible de fermer l’œil. Je décide donc de faire ce qui me détend le plus : prendre un bon bain. La totale, huiles essentielles en diffusion, playlist préférée et petite lumière d’ambiance. La nuit sera comme un véritable feu d’artifice : moi en tête-à-tête avec mon bébé. Je me voyais bien accoucher seule tellement je me sentais bien. Le jour se lève. Je suis très fatiguée après cette nuit aquatique.

Mon homme appelle la sage-femme pour un nouveau monito. Le toucher apporte une décourageante nouvelle : je ne suis qu’à  2 cm. La sage-femme craint que mon utérus ne fatigue à force de contracter trop longtemps. Elle me conseille de m’activer et de faire le ménage. Je n’ai qu’une envie ne rien faire dans mon lit , je suis d’humeur assez grise. Bien obligée, je me bouge, lessive, vaisselle, etc.,  je m’arrête et repars entre chaque contraction. A 15h, je suis morte de fatigue et je réussis à m’endormir. La sage-feeme indépendante nous rejoindra à 18h. Nous passons une bonne partie de la soirée dans la salle de bain. 23h à 5 cm nous nous mettons en route pour l’hôpital. Mon homme ne voulait pas à avoir à gérer un incident seul dans la voiture. J’embarque donc avec ma protectrice. Chaque changement d’ambiance provoque en moi un stress qui accentue la douleur : sortie du bain, dehors, dans la voiture, à la maternité. Arrivée à l’hôpital par les urgences, mon homme m’attend avec une chaise roulante. J’ai du mal à marcher mais la position assise est impossible à tenir pendant les contractions. Accueil bienveillant d’une sage-femme en salle d’accouchement. On me propose une blouse que je refuse, je m’allonge pour un monito et on me place une entrée pour la perf. Depuis le début, je gère chaque contraction en l’accompagnant de Ôooo long et graves. Le travail n’avance pas assez vite aux yeux des sages-femmes, on m’injecte du Buscopan je dilate immédiatement. Je perds les eaux debout, plus tard je ne couperai à l’ocytocine synthétique, les contractions seront alors une vraie torture. Laissée pour un instant seule avec C., je demandrai la péri, elle ne relaiera heureusement pas ma demande. Je suis maintenant à dilatation complète et pourtant je ne ressens pas le besoin de pousser. Bourrelet de col antérieur, je supplie d’arrêter les toucher vaginaux. Je ne sais pas si c’est ceux-ci, la contraction ou l’incompatibilité de la position avec la gestion de la douleur qui me font tant souffrir. Pourtant une sage-femme de l’hôpital m’enlèvera ce bourrelet dans une souffrance déchirante. Tout à coup, je vois qu’on intensifie l’éclairage qui devient aveuglant. Le gynécologue de garde arrive. La position couchée avec étrier ne me convient pas. On tentera de négocier le coucher sur le côté mais il refuse, j’aurai juste le droit de garder les pieds sur la table. Je vois le gynécologue qui prépare ses instrument. Il capte mon regard : « Ne vous inquiétez pas madame je ne fais que désinfecter ». Ivre de fatigue et incapable de parler je pense «  Prends moi pour une conne ! », dans un sursaut je trouve la force d’articuler « Faut pas clamper le cordon ». Réaction d’une des dames de l’hôpital : « Elle délire certainement », le gynécologue me demande de m’expliquer, je n’en ai pas la force.
On m’exhorte de pousser, on me dit que ce que je fais n’est pas bon. Je cherche le regard de mon accompagnatrice comme un agneau apeuré. Elle me fait oui de la tête, oui je peux y arriver. Je pousse de toutes mes forces, c’est comme si j’enfonçais un poignard dans mon propre bras. La tête est sortie le gynéco coupe le cordon enroulé autour de son cou, pas le choix, me dira-t-il. On me pousse sur le ventre, c’est désagréable. Mon bébé est là, je ne veux qu’elle, on me la dépose sur le ventre mais elle n’a pas encore pleuré. Après quelques secondes, ils la retirent, elle pleure, tout va bien nous nous cherchons des yeux : « Alors c’était toi qui était dans mon ventre ? »
Tout devient calme, on me recoud de l’incontournée épisiotomie. On tente la tétée de bienvenue, comme l’avenir nous le dira la puce est impatiente et exigeante avec elle-même, elle s’énervera de ne pas y arriver.

Accouchement à la maternité avec une sage-femme indépendante – Suisse

22 Déc
Lundi 19 aout à 3h30 du matin sont arrivées les premières contractions. Nous avons prévenu par SMS notre sage-femme qui avait assuré le suivi de grossesse vers 5h30. Elle nous a dit de surveiller, le pré-travail avait du commencer. Les contractions plus ou moins régulières ont continué jusqu’à 13h30 et là perte des eaux! On rappelle la sage-femme. Elle nous dit de manger et qu’elle passe nous voir à la maison vers 14h30. Elle arrive et là c’est parti pour les grosses contractions: je prends un bain, je ressors, mon mari me masse le bas du dos, je suis dans ma bulle, j’essaye d’appliquer la pleine conscience, ça fonctionne bien. La sage-femme nous dit que le travail a bien commencé, elle repart vers 15h30 et reviendra nous voir d’ici une heure. A 16h20 dans mon bain les douleurs deviennent insupportables: mon mari rappelle la sage-femme, il faudrait partir à la maternité! Elle arrive chez nous à 16h40, contrôle mon col, il est dilaté à 6: on est parti pour la maternité. La douleur me prend tout le corps, je monte dans la voiture et pendant le trajet je sens la tête du bebe qui pousse! 17h10 on arrive à la maternité, je dis juste à mon mari entre deux hurlements : « Elle sort! ». Vite vite, on me met dans une chaise roulante et on part dans la salle d’accouchement, ma sage-femme me rassure et me dit de pousser. Heureusement qu’elle est là pour m’encourager car la douleur est insupportable. Elle prend ma main et me fait sentir la tête du bébé! Elle est presque là! Deux poussées et la voilà dehors. A 17h32 notre petite Louise a débarqué. Le périnée bien préparé, je n’ai pas besoin de suture. Comme tout est OK et que notre petite merveille va bien, 24 heures après nous pouvons rentrer à la maison. Un accouchement express et physiologique mais magnifique!
Anonyme

Troisième accouchement – Namur – 2013

28 Nov
Un 3ème bébé, un bébé surprise … un immense bonheur!

3 grossesses, 3 accouchements, 3 enfants !! Tous différents!

Je peux dire que la première grossesse fut parfaite! Aucun bobo, aucune crainte, naissance de ma fille à 39 semaines!
Mais accouchement long, très long, isolés avec le papa dans une salle d’accouchement, passages de mille personnes dans la salle durant le travail, anesthésiste désagréable, sage-femme distante et pas du tout encourageante, non-respect du projet de naissance, épisiotomie ratée, un mois sans réussir à m’asseoir après la naissance!
L’arrivée de ma première fille, un BONHEUR qui fait tout oublier!

Même si !!!
Un autre parcours fut mené pour la naissance de mon fils deux ans plus tard!
Un besoin de plus, d’autre chose, un besoin de pouvoir gérer les choses jusqu’au bout!
Une grossesse plus difficile, deux mois alitée (contractions et ouverture du col à 28 semaines).
Accouchement en maison de naissance à 37 semaines et 2 jours!
De l’intimité, du calme, du respect … un bonheur !!!
Mon fils est né après 12h de travail, de la manière la plus sereine au monde! Un rêve, mon rêve! 3,6 kg à 37 semaines de grossesse, un beau gros bébé! Pas d’épisiotomie, pas de déchirure, un allaitement exceptionnel!

Un 3ème bébé surprise, une autre grossesse
Une grossesse qu’il a d’abord fallu accepter!
Puis 5 mois alitée (dès les 16 semaines de grossesse et jusque 37 semaines)
Un printemps et un été dans un canapé à ne pas pouvoir porter les grands, jouer avec eux, les conduire à l’école, prendre le soleil!
Une organisation énorme durant les deux mois d’été!
L’aide d’une jeune fille au pair exceptionnelle!
Des grands enfants patients, adorables … les meilleurs! Mes amours !
L’arrêt des médicaments à 37 semaines avec l’idée que bébé viendra très vite comme son grand frère!
Et bien NON!
Ma fille a souhaité rester 3 semaines encore dans mon ventre! un bonheur! je revivais! j’ai profité un maximum de cette fin de grossesse!
4 novembre 2013, le jour du terme, 1h du matin!
Je pense au grand frère; né le 4 nov 2009, il a 4 ans aujourd’hui!
Les cadeaux sont prêts!
J’attends le matin pour les lui donner!
1h : je me couche, me disant qu’il est bien trop tard! Je n’arrivais pas à dormir ce soir-là!
2h : du liquide coule, pas énormément mais assez pour me faire penser à la poche des eaux! Je ne l’ai jamais perdue, les deux grands sont nés coiffés!
Je téléphone à ma sage-femme, elle me dit de me reposer et d’attendre les contractions!
Je me recouche sans réussir à dormir! jusque 4h j’ai bien eu 3 ou 4 contractions, douloureuses mais sans plus !
4h, PAFFFFF la poche se rompt complètement!
L’inondation dans ma salle de bain! ça ne s’arrête pas!
Directement les contractions deviennent bien plus fortes!
J’appelle ma maman pour qu’elle vienne garder les enfants (heureusement, elle habite à 200 m) et la sage-femme pour la prévenir qu’on sera à la maison de naissance dans 30 min!
Le voyage en voiture digne d’un film! Des contractions énormes et rapprochées! Obligation de s’arrêter à chacune d’entre elles!
4h45 on arrive, je m’installe, la sage-femme m’examine 6 cm! J’ai bien travaillé en même pas 1h de temps!
La tête du bébé appuie sur le col, les contractions y sont centralisées et extrêmement fortes!
Trop fortes, trop rapides! Je n’ai pas réussi à gérer!
6h : je dit au papa d’aller chercher la sage-femme et de lui dire que je veux partir! Je ne tiens pas, je suis tendue, je ne fais pas d’endorphine, je panique, j’étouffe!
Elle vient discuter quelques minutes avec moi pour être certaine que je prenne la bonne décision!
C’est décidé, je ne reviendrai pas en arrière!
Je m’habille, je remonte en voiture, accompagnée de ma sage-femme et je pars vers la maternité à 300 m de là!

De nouveau un scène digne d’un film!
J’entre par les urgences et la sage-femme veut que je prenne une chaise roulante!
Je refuse
A savoir pourquoi??? Que se passe-t-il dans la tête d’une femme en travail??
L’horreur au moins 600 m de couloirs et deux ascenseurs avec des contractions toutes les 2 min et d’une durée d’au moins 2 min!
Je ne voulais plus souffrir, je les supportais donc très mal! Puis j’étais plus âgée, plus mûre, plus expérimentée, je connaissais mieux mon corps! Alors pourquoi je n’y arrivais pas?

On m’installe en salle de travail, l’anesthésiste sera là dans 30 min, grand max!

Ma sage-femme est toujours à mes côtés, elle m’encourage, elle me dit qu’elle accompagne mon bébé, que le papa l’accompagne aussi! Que ma fille n’est pas seule à faire son travail!

On m’examine (7 cm)

L’anesthésiste arrive et la péridurale est très vite faite! Elle a été très gentille, compréhensive! Il doit être 7h du matin, je revis un petit peu mais j’ai encore très mal! Les contractions sont énormes!

Une seule sage-femme nous accompagne! La mienne est partie, je ne l’ai même pas remarqué!
La sage-femme de la maternité est parfaite, discrete, présente, encourageante!

7h30 ça pousse, je le sens

Je suis à 10cm

Mon gynécologue arrive bien vite! Je suis contente de le voir, il m’a toujours soutenue dans mes projets d’accouchements naturels!

Je lui demande de pouvoir accoucher couchée sur le côté! Il est hors de question que j’accouche en position gynécologique! Il dit OUI sans hésiter et ajoute : « Je vous laisse faire. »

Je sentais mes contractions mais n’avais plus mal!
A chacune je poussais « en soufflant, pas en bloquant », doucement, à mon aise! Personne ne me disait rien!
Après 4 poussées, ma fille est née, il était 8h02 en ce 4 novembre 2013!
Elle est née le jour de son terme et surtout le même jour que son grand frère!

Cet accouchement fut exceptionnel! Je ne pouvais pas imaginer mieux!
Même si j’aurai toujours un petit regret de ne pas être restée à la maison de naissance!
J’ai mis moi-même au monde ma fille! La péridurale était sans doute nécessaire, ce jour-là, cette année-là !!! Il en était ainsi pour moi!
Personne ne m’a jugée, ni ma sage femme de la maison de naissance, ni le personne de la maternité!
Personne ne m’a dit quoi faire durant le travail et la poussée!

Pas d’épisiotomie bien entendu, juste un point (pour l’esthétique m’a dit mon gynécologue) lié aux épaules larges de ma fille!
3,6 kg et 51 cm! Un bébé super zen, super super zen et en pleine santé!

Nous avons quitté l’hopital en fin d’après-midi vers 17h! Ici encore, nous n’avons eu aucune remarque, aucun jugement! Juste une demande que ma fille soit d’abord vue par le pédiatre! Ce qui est normal!

Le soir, nous fêtions en famille les 4 ans du grand frère!

Et la vie a repris! Nous étions juste 5 à la maison!

Voici l’histoire d’un accouchement respecté en milieu hospitalier!

Pourtant le même endroit que pour ma fille 6 ans avant!
Une maternité qui a bien évolué, qui a grandi, qui a décidé de respecter les mamans! Sachant que mon gynécologue y est pour beaucoup!

Ma fille a 3 semaines à présent! Elle  déja presque pris 1 kg (vive l’allaitement) et est en pleine forme!
De mon coté, deux jours après la naissance, je n’avais plus mal nulle part! Je pouvais, en douceur, refaire mes activités quotidiennes normales, aller chercher les grands à l’école, recevoir la famille et les amis!

Je n’aurai plus de bébé, je ne souhaite pas revivre une grossesse alitée et stressante!

3 grossesse, 3 naissances différentes!

Je suis la maman la plus heureuse du monde !!!!!!

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Lien vers le récit des précédents accouchements de Céline : Céline, en maison de naissance – 2009, Belgique

Naissance de Gabriel

25 Nov

Jeudi au matin, je suis réveillée par des contractions à 3h du matin. D’abord non douloureuses, elles le deviennent vers 4h et s’intensifient petit à petit. Vers 7h se pose la question pour mon conjoint de partir ou non au travail. Les contractions sont toujours espacées de 10 minutes et douloureuses, mais je ne sens pas que c’est le bon moment. Il part donc au travail, mais a du mal à se concentrer. Vers 9h, les contractions diminuent un peu et s’espacent. C’est un jour de tempête, le vent souffle dans la maison. Cela faisait une semaine que j’étais malade, et ne pouvait dormir la nuit, allant mieux le mercredi, j’avais demande à bébé de me donner une journée pour me reposer, il a bien entendu le message apparemment.

Dans la journée, je me repose, je vais voir ma mère et ma sœur. Etrange comme ce contact, avant de devenir maman a de l’importance pour moi. Vers 14h, retour à la maison. Il y a toujours des contractions, au rythme d’une à deux par heure. J’appelle Aude, la sage-femme, simplement pour l’entendre et la tenir au courant de ces contractions. Vers 15h, les contractions se rapprochent et redeviennent un peu douloureuses. Elles resteront jusqu’à 22h puis s’apaiseront et ta maman va pouvoir dormir. 0h, réveil et contractions plus fortes. Je grignote des raisins secs, me lève pour m’accroupir lors des contractions, puis m’assoupis entre chaque. Elles sont toujours espacées de 5 à 10’. Martin dort profondément. 3h00, je m’endors. 3h20 : je me réveille, car la poche des eaux vient de se rompre. C’est l’inondation dans la chambre. Je réveille Martin : 3h22, une heure qui restera dans sa mémoire. Petite douche pour l’une, café pour l’autre et nous nous installons dans la voiture pour le départ. Les contractions commencent à se préciser. Il est 3h45 lorsque nous partons.

4h00, j’appelle Aude pour la prévenir de notre arrivée. Curieusement, elle s’était déjà réveillée d’elle-même. Les contractions s’intensifient rapidement, et sont toutes les 3’ à présent. Il nous tarde d’arriver à la maternité.

4h50 : arrivée à la maternité. Aude est déjà là à nous attendre. Monitoring de contrôle alors que je me tiens debout et marche de long en large.

5h30, nous ne sommes qu’à 2 doigts, il faut attendre.

6h30 : direction la douche, une douche bien chaude, accompagnée d’une berceuse et des caresses d’Aude. Détente et bien-être, entre deux contractions bien sévères.

7h05 environ : 6cm souple, mais c’est dur maintenant, et je demande une anesthésie. Aude décide de prélever un bilan et poser la voie veineuse. Elle sort de la pièce, mais une contraction t’amène bien plus bas et je dis à Martin d’aller la chercher. Oui, DC / PM*, tu es presque là bébé. A deux, ils m’aident à attraper la barre du bout du lit, à quatre pattes. Ne manquent plus que la table d’accouchement et l’auxiliaire. Je suis soulagée de voir arriver Yvette avec la table. Ça y’est, nous pouvons y aller. Quelques contractions plus tard, tu sors, jolie petite tête ronde avec un tour de cordon. 7h26 !! Encore deux poussées pour les épaules ! Aude te dépose au-dessous de moi. Je me redresse et te regarde, petit garçon aux yeux grands ouverts, qui a à peine crié puis reste calme. Je te découvre mon petit et t’essuie doucement, sous le regard de ton papa, les larmes aux yeux.

C’était le 28 Décembre 2012, 25 ans après la naissance de ton oncle.

Je m’étais préparée à tout, mais rien ne correspond à la réalité et au torrent d’émotions et de sensations vécues ce jour-là.

(*) DC/PM signifie : dilatation complète, bébé étant dans la partie moyenne du bassin.

Naissance de Lilian – mai 2013, Région Centre

25 Août

Le 28 mai au soir, j’ai pris un bain. Depuis plusieurs jours, tous les soirs, il me fallait mon bain, car je faisais beaucoup de « faux travail » comme on dit, et un bain chaud est très efficace pour calmer les contractions utérines. J’étais très attirée par l’eau ces derniers temps, et je ne pouvais malheureusement pas aller à la piscine.
Alors j’appréciais énormément ce moment en tête à tête avec mon bébé et mon corps.
Me voici donc dans mon bain. Et je reparle au bébé, à travers mon ventre. En lui disant qu’il est libre. Libre d’arriver quand il le pourra, et quand il le décidera. Et que je suis prête à l’accueillir, au bout du chemin qu’il devra trouver dans les méandres de mon bassin. Je vais l’aider, au maximum de mes possibilités, pour souffrir avec lui. Je lui promets que je ne le laisserai pas seul dans la tourmente. Et après ce sera super, on se fera un câlin !
Je reste environ 2 h dans ce bain, je fais de la relaxation. Et en sortant de l’eau, tiens donc une contraction ! Mais une contractounette comme je les appelle. C’est-à-dire peu douloureuse, mais je suis surprise qu’elle se manifeste alors que je viens de me relaxer complètement.
On regarde un film avec mon chéri, puis on en entame un autre, car je n’ai vraiment pas envie de dormir. D’habitude à cette heure je dors déjà depuis longtemps. Au bout de 15 min du deuxième film, une contraction, de celles que j’attendais depuis des jours, celle qui te dis : « c’est pour cette nuit », une bien longue et puissante. Il est minuit et demi. Alors je demande à V. de minuter jusqu’à la suivante. : 5 minutes. Mais sur le coup je ne veux pas savoir le rythme. Je cherche à rentrer dans ma bulle avec mon bébé. Je commence à onduler du ventre et à faire des exercices de respiration. Tout en visualisant mon bébé, tête en bas, prêt à sortir. Je dis à V que je sens qu’il faut aller à la maternité tout de suite, le bébé pousse bien sur mon col !
Je gère bien les contractions qui s’enchainent. Mais elles me semblent très rapides. Vincent, finalise déjà le départ à la maternité, avec les dernières affaires à charger. Il appelle les urgences de la maternité pour leur dire qu’on arrive dans une demi-heure. J’entends qu’il dit « contractions espacées de moins de 5 minutes ». Wouahou, ça démarre sur les chapeaux de roue. Je sais déjà que cette délivrance sera très rapide et très intense.
Nous sommes dans la voiture. Il est 1h45. Je mets un cd de musique trip hop, un peu planante. Et je commence à faire du chant prénatal. Des sons bien graves, bien longs, bien forts. Et j’entends Vincent qui chante avec moi. Sa voix très grave me raccroche au sol. Car les vibrations de la voiture en position assise ont tendance à me stresser et à me faire couiner. Non, je reviens à mon bébé, j’imagine que nos deux voix grave sont un flux d’oxygène pour notre bébé, qui m’appuie déjà beaucoup tout en bas.
Nous traversons des bois interminables, avec des risques de croiser du gibier. V. klaxonne pour éloigner les éventuelles biches ou sangliers. Le bois se termine juste avant la maternité… Quand j’y repense maintenant, ils ont du nous entendre arriver : tut tut tut on arrive, tut tut tut on va avoir un bébé !!! C’était comme si Vincent annonçait au monde entier que son bébé allait naître ! tut tut tut !
Nous arrivons à la maternité. V. se présente seul à la sonnette, car je suis terrassée par une contraction et je me sens assez mal. Je reprends mes esprits, et je vois l’auxiliaire arriver à la portière en courant avec un fauteuil, « ca va madame ? le bébé est là ? » « Non, non, il va pas tarder mais je peux marcher » « ouf, vous m’avez fait peur ». Elle me plait cette auxiliaire, elle est rigolote et bienveillante.
Je m’engouffre dans la maternité, et là, la sage-femme de garde arrive avec un grand sourire : eh oui on se connait déjà, elle s’était occupée de moi pour une fausse alerte la semaine passée ! C’est Lydie. Elle me propose comme test : ascenseur ou escalier ? Je choisis les escaliers, car j’ai vraiment besoin de bouger après ce voyage de 30 minutes assise ! Ça fait du bien mais je sens que le bébé est très bas quand même…
On s’installe pour le monitoring, impossible pour moi de rester sur le dos. Je me connecte à cet instant aux millions de femmes à qui on a imposé cette position, eh bien, je ne peux pas rester sur le dos, je les admire toutes ces « anciennes », car la douleur est pour moi intenable. Heureusement on peut faire le monitoring sur le côté. Tout se passe bien pour bébé. On palpe le col : dilaté à 7 cm !!! Il ne me reste que 3 cm à ouvrir avant de pouvoir toucher et embrasser mon bébé !!! La sage-femme me félicite d’avoir pris les escaliers ! Et me dit « on va passer en salle de naissance directement » « ah bon ? le bébé arrive vraiment ? » « oui vous avez déjà bien avancé sans nous ! Voulez-vous un bain ? » Mais bien sûr ! Le bain c’est un cadeau pour mon corps à cet instant ! Alors on se met en marche pour la salle de naissance. J’ai choisi la salle nature. Un endroit pas trop grand, avec des lumières bleues (on peut choisir la couleur rouge vert jaune bleu…) , des gros ballons, deux écharpes pendues au plafond, et un lit immense, de 3 mètres sur 3 je crois. Au milieu trône la baignoire ronde et profonde. L’eau y coule déjà. Je me dépêche d’y entrer dans ce paradis d’eau ! Car je n’ai jamais été autant attirée par l’eau qu’en cette fin de grossesse et cette nuit d’accouchement. Après une heure, la sage-femme me propose de regarder ou en est la dilatation. Le col est ouvert à 9, et nous sommes arrivés depuis à peine une heure trente. C’est très rapide ! Je dis à mon bébé que le passage est ouvert, je me concentre sur sa descente. Les contractions défilent et sont très atténuées grâce à l’eau, et à mon mari qui est là, toujours là; Il me brumise, il me parle un peu, il met de la musique, je continue à chanter, dans mon monde avec le bébé. Et bam une énorme contraction qui me fait hurler « ça pousse ça pousse !!! » La sage-femme arrive et je viens juste de rompre la poche des eaux dans l’eau, ça a fait comme un nuage en forme de champignon… Et moi qui croyais que le bébé arrivait, eh bien non, pas encore… Et mauvaise nouvelle pour moi, il faut sortir de l’eau. C’est très difficile, je me souviens que ce moment a été un tournant dans l’intensité de cet accouchement… Je suis tombée à genou et j’ai fait la majorité du travail à genou ou à quatre pattes. Position idéale pour que mon chéri me masse. Il ne m’a jamais massé aussi fort, ni aussi bien, c’était exactement ce dont j’avais besoin : des grandes mains puissantes qui s’enfoncent dans mon dos, et qui répondent à ces contractions si intenses dans mes reins !
Je sens à un moment que je suis comme écartelée et la sage-femme m’encourage à pousser, mais je n’y arrive pas !!! Je fais des « ho hissss » en chant prénatal, mais ça ne me soulage plus. Alors j’arrête de chanter les deux contractions suivantes… Grosse erreur, la douleur est insupportable, je pense immédiatement à la péridurale (d’ailleurs impossible à ce stade de l’accouchement)!!! Je reprends donc mes sons graves au prochain spasme, et la douleur redescend très vite. Par contre je n’arrive toujours pas à sortir mon bébé. Je sens le monitoring permanent. Je me dis que mon bébé est là tout près, mais rien n’y fait. La sage-femme me dit « allez, il faut vraiment aider ton bébé » « oui je veux l’aider, de tout mon cœur, de tout mon corps », la sage-femme me propose de l’aide, que j’accepte. Alors il va falloir passer de la position à genoux parterre à la position allongée sur le lit, avec mon mari derrière moi, pour que la sage-femme ait accès à la délivrance. Cette position je la tiens deux secondes montre en main ; je me plains et roule sur le côté. Beaucoup plus confortable si je puis dire, alors que ce sont là les contractions les plus fortes. Je sens mon bébé faire le yoyo, car mes poussées ne sont pas assez fortes ! Et ça m’énerve vraiment, je deviens vulgaire et très en colère contre moi-même de ne pas être capable d’aider mon bébé !!! J’entends que la sage femme me parle, mais je ne comprends pas ce qu’elle me dit : la musique est trop forte !!! C’est Amy Whinehouse, choisi dans l’urgence par mon petit mari. Génial, mais là, ça ne m’aide plus ! Vincent baisse le poste… Ah ça va mieux, et je peux faire équipe avec Lydie ! Puis je parle à mon bébé je me souviens lui dire, enfin lui hurler plutôt « allez mon bébé sort !! » Le fait d’extérioriser cette colère permet finalement la sortie de la tête. Puis le corps sort comme sur un toboggan… A ce moment mon mari m’a dit par la suite qu’il a eu besoin de ses deux bras pour pousser contre ma main. C’est inimaginable, la force de cette poussée. Simplement, les corps parlent… Avec en fond le Cd d’Amy Whinehouse…
On me tend mon petit, avec ses grands yeux, je me souviens de son regard et de son cri rauque. C’est un petit garçon ! Je le savais ! On l’appelle Lilian ! Il est grand ! Le papa coupe le cordon puis prends notre fils sur lui car je dois maintenant repousser pour le placenta. Je trouve ça difficile, alors que c’est rien du tout comparé à ce qu’il vient de se passer ! L’auxiliaire note l’heure de naissance : 5h20, le 29 mai. Les filles me disent que mon mari a même poussé avec moi de toutes ses forces ! En fait, il a réussi à se faire sa place dans la bulle, et il a suivi jusqu’au bout !
Lilian crie toujours avec sa voix rauque, et je m’inquiète (déjà !). La puéricultrice m’explique qu’il a dû boire la tasse en sortant et que du coup quelques mucosités le gênent. Elle l’aspire un peu, et Lilian se calme par la suite. Elle me dit aussi qu’il s’est engagé avec une main sous le menton, à la façon d’un penseur ! Je comprends alors pourquoi on doit me recoudre un peu (2 points, ça va) ! Je grelotte, cet instant me parait très long. Je veux juste être au chaud avec mon bébé sur moi… Le papa discute déjà avec lui et avec humour… et je les vois tous les deux, c’est très émouvant, ce sont mes deux hommes à moi.
Les deux heures de peau à peau passent trop vite, je pense à chanter une belle chanson à Lilian pour l’accueillir. Celle que j’ai chantée depuis quelques semaines quand il était encore dans mon ventre. Le papa sort fumer une cigarette, il l’a bien méritée sa pause, car il s’est beaucoup donné dans cet accouchement. Il a pris son rôle au sérieux et m’a accompagnée de la meilleure manière qui soit ! Je le félicite et mon bébé aussi. Je leur dis que je suis très fière d’eux : on l’a fait ! Cet accouchement sans violence, on l’a fait !!! Puis, après la mise au sein très timide de la part de mon bébé, il finit par s’endormir. Contre moi. Bien au chaud, car depuis la sage-femme m’a ramené des couvertures. On remonte ensuite dans la chambre, avec mon bébé contre moi… Je ne le quitte pas, et je n’en reviens pas de le voir enfin. Je t’ai tellement imaginé, et tu es là, tout chaud, tout blotti contre moi. Tu dors paisiblement, et je t’admire sous toutes les coutures. Je n’en reviens pas que tu sois là. Je n’en reviens pas de tout cet amour qui vient de se déverser sur nous trois. Je me sens très forte ; Aucune envie de dormir, de me reposer. Juste envie d’être là, de t’écouter respirer.

Merci à Lilian pour la belle descente qu’il a réalisée en 5h! Merci à V., mon chéri, qui a été ma béquille inestimable pendant cet accouchement. Merci à L la sage-femme passionnée par son métier, M l’auxiliaire puéricultrice, toutes deux pour leur douceur et leur professionnalisme. Merci à Anne, qui m’a appris et guidée dans le chant prénatal en quelques séances magiques. Merci à l’eau et au chant prénatal d’avoir pu m’aider à accompagner Lilian dans cette spirale de sensations fortes.

Zoubida – Algérie, 2008

2 Mar

La naissance de Chafia : le plus respecté de mes 3 accouchements.

Ma petite Chafia est née le 4 Mai 2008 à 21h55, voici le recit de sa naissance:

Je rêvais d’un accouchement à domicilie, mais Hamid, mon mari, avait trop peur et il ne voulait pas, je m’étais donc résignée à l’idée d’aller à l’hôpital mais à faire durer le travail à la maison un maximum, en espérant arriver à l’hôpital juste pour l’expulsion.

Le bébé n’avait fait sa culbute que vendredi 2 Mai, et depuis, j’avais pas mal de contractions, samedi j’ai commencé à perdre le bouchon muqueux, dimanche vers 16 heures les contractions ont commencé à avoir un rythme, toutes les 7 min, se rapprochant par moment, mais ce qui était frappant, c’était mon humeur, j’avais une forte envie de m’isoler, de ne voir et de n’entendre personne.

Hamid est rentré du boulot vers 17 h (il est médecin réanimateur-anesthésiste à l’hôpital d’une petite ville dans campagne à 120 km d’Alger) les contractions se rapprochaient et s’intensifiaient, je ne voulais pas trop l’alarmé pour ne pas me retrouvée trop tôt à l’hôpital.

Devant mon humeur, il décide de me laisser seule et de prendre la petite faire une balade (la grande était chez ma mère), les contractions revenaient en moyenne toutes les 4 min. J’étais sure que c’était le travail, mais je temporisais. Avant de sortir il me propose de demander à la gynécologue de garde avec qui il s’entendait bien, de venir m’examiner pour voir ou j’en étais, j’ai trouvé que c’était une très bonne idée. Donc sa balade consistait à aller l’hôpital chercher la gynécologue.

Je suis restée seule à la maison, ou j’appréciais pleinement ma condition de mammifère mais néanmoins humain capable de s’émerveiller devant la grandeur de la nature.

Au bout d’un certain temps Hamid me téléphone et me dit : « la gynécologue est au bloc, elle pratique une césarienne, elle termine tout de suite » je lui dis « attend la et ramène la, les contractions sont intenses et rapprochées, toutes les 3 min » en fait c’était plutôt toutes les 2 à 1 min.

Ils finissent par arriver à la maison, mon mari, avec la petite, la gynécologue et une sage femme avec tout le matériel qu’il faut pour les rassurer 😉 mon mari lui disant que les contractions étaient très rapprochées, elle s’est dit qu’elle allait peut être me trouvée à dilatation complète.

Elle m’examine : 7 cm, elle me dit : « on a encore le temps d’aller à l’hôpital » je la supplie de rester, pour ce qu’il restait à faire…. elle me dit « non, non, pour votre sécurité madame » je sentais que c’était plus pour sa sécurité, ils sont plus formés pour faire face à des situations pathologiques qu’à des situations physiologiques, moi j’avais confiance, je n’en serais pas arrivée à 7 cm aussi facilement s’il y avais un problème.

Je fini par céder.

Une fois dans la voiture, les contractions se sont espacées et affaiblies, ce qui confirme que toute interférence dans une naissance peut être interprétée par l’organisme comme un danger et qu’il faut « ralentir » le travail pour faire face au danger. D’ailleurs en arrivant à l’hôpital, j’étais toujours à 7 cm !

La gynécologue voulait me placer une perfusion de syntocinon pour « m’aider » j’ai refusé en lui rappelant que j’espérais un accouchement naturel, elle me dit : « d’accords, je te laisse seule un moment, je laisse les envies de pousser venir, je ne te ferais ni perfusion, ni épisiotomie »

Quand elle revient je suis à 9 cm, elle re-propose une perfusion, en disant que les contractions n’étaient pas assez efficaces, elle fini par me l’imposée, elle charge mon mari de la placée, et comme je l’avais « endoctriné » il met un temps fou à la placer : le bébé finit par sortir, sans perfusion !! On me donne la petite tout de suite, on respecte mon désir de ne pas couper le cordon rapidement, elle est mise au sein dès la naissance, elle ne tête pas mais c’est un premier contact.

Comme elle a crié, qu’elle respirait bien, qu’elle était bien colorée, elle n’a pas été aspirée.

J’avais deux petites éraflures très superficielles que la gynécologue a tenu à reprendre, un point de chaque coté.

Dès que j’ai été habillée, la gynécologue est allée chercher ma petite Rabea qui été restée avec des collègues à mon mari, elle a pu donc souhaiter la bienvenue à sa sœur au bloc d’accouchement.

Voyant que tout allait bien, et voyant ma répulsion pour une surmédicalisation inutile, la gynécologue me donne le choix entre rester à l’hôpital et rentrer à la maison après 2 heures de surveillance, mon mari pouvant assurer la suite à la maison. Mon choix était clair. Donc 3 heures après l’accouchement, j’étais à la maison.

Voila, je n’ai pas eu mon accouchement à domicile, mais après deux accouchement déclenchés, surmédicalisés, je suis très heureuse d’avoir vécu cette belle expérience très proche de ce que j’espérais.

Zoubida. Alger, Algérie.

#158 Emma, Nice, Novembre 2012

25 Fév

Une belle leçon de vie

L’arrivée de Raphaël était prévue aux environs du 10 novembre. La semaine qui précède le terme, de nombreux signes ont annoncé son arrivée, les gens ne cessaient de me dire que peut-être le bébé allait arriver en avance, j’avais pourtant prévu beaucoup de choses pour la semaine avant le terme. Un dîner familial le samedi, une après-midi avec une copine le mardi etc… Au yoga le jeudi matin, la professeur me conseillait de faire attention pour que les postures ne déclenchent pas le travail et je ne cessais de dire que le bébé était prévu pour le week-end suivant et qu’il n’y avait aucune raison pour qu’il arrive avant !

Le matin du 2 novembre 2012 vers 1h du matin je vais aux toilettes comme à mon habitude et en me relevant du siège je sens couler un liquide chaud. Je pense « elles sont abondantes ces pertes blanches », je soupire et je retourne me coucher. Je me rendors vite et suis à nouveau réveillée vers 3h30. Je retourne aux toilettes et à ce moment je découvre que mon pantalon et mes sous-vêtements sont mouillés. Je comprends immédiatement ce qui se passe. Ma sage-femme m’avait évoqué les différents signes d’un début de travail. Pour moi c’était une fissure de la poche des eaux ! J’avais imaginé tellement de fois comment cela débuterait… Je me sens bizarrement sereine, pas du tout angoissée, je suis tout simplement prête à faire l’une des plus incroyables expériences de ma vie. Je prend une douche rapide et je change de bas de pyjama ce qui réveille, le futur papa. Il me demande si tout va bien et je lui réponds « tout va bien, je viens de perdre les eaux, va te recoucher ». Il me regarde incrédule mais devant mon air confiant il retourne se coucher. Je fais de même en me disant que j’appellerai ma sage-femme le lendemain matin pour qu’elle soit au courant de ce premier signe.

A peine quelques minutes plus tard, je sens une première crampe d’estomac (ce que j’interprète ainsi sur le moment), deux autres vont suivre à quelques minutes d’intervalle. Je me lève car les contractions sont très désagréables allongée sur le lit. Je vais m’installer dans le canapé et je trouve une position confortable, les contractions s’enchaînent à une dizaine de minutes d’intervalles, je regarde la télévision, il est 4h du matin et je goûte le plaisir, dans la pénombre de ma salle à manger, de vivre pleinement l’instant.

Le papa se lève enfin et je lui dis la phrase qui tourne dans ma tête depuis plusieurs minutes : « j’ai des contractions depuis 4h du matin, le travail a commencé ». J’appelle aussi ma mère pour lui raconter les derniers événements. Je propose à à mon conjoint d’aller travailler ce matin, les contractions ne se sont pas intensifiées et le travail est toujours long pour un premier enfant. Il hésite, tourne en rond dans la maison et décide finalement de partir pour la matinée, nous devons nous rappeler vers midi pour faire le point. J’ai beaucoup insisté pour qu’il parte au travail, j’avais envie de vivre mes contractions tranquillement sans personne pour me déranger, je ne connais pas ces sensations et j’ai envie de vivre ça seule.

Une fois mon homme parti, j’appelle la sage-femme pour lui expliquer la situation et elle me demande si je désire qu’elle vienne, je lui dis que c’est inutile pour le moment,

Elle viendra en début d’après-midi si je ne la rappelle pas d’ici là. La matinée passe lentement, je reste dans le rocking-chair, je m’y sens bien. Vers le milieu de la matinée je me lève et m’active pour aider le travail, vers la fin de la matinée les contractions s’espacent un peu et j’ai peur que ça soit un faux travail.

Vers 12h mon conjoint rentre du boulot et les contractions se rapprochent à nouveau, en quelque sorte j’ai dû retenir l’avancée du travail car j’étais seule à la maison. Les contractions continuent au même rythme et la sage-femme arrive vers 16h00, je commençais à m’inquiéter qu’elle n’arrive pas. Pendant trois heures les contractions s’intensifient, je passe sur le ballon pour mieux les gérer et respirer à mon aise, le papa me masse le dos pendant un moment mais finalement je gère bien seule. La nuit arrive et je me lève pour mieux gérer les dernières contractions. A un moment de l’après-midi j’ai regardé ma sage-femme pour lui demander si, à son avis le travail avançait et elle m’a dit que tout allait bien, qu’elle faisait le moins d’examen possible, et que si j’avais besoin, je n’avais qu’à demander. A ce moment-là, j’ai répondu que je sentais que les choses avançaient et que je n’en avais pas besoin pour le moment.

Vers 20h je sens les contractions de plus en plus fortes, je me lève, m’appuie sur la table et accompagne les contractions par la respiration, entre deux je parle avec la sage-femme et mon conjoint et lorsque je sens une contraction qui arrive je m’enferme dans ma bulle. A ce moment, je demande à Alexandre de m’examiner, je suis dilatée à 10, je suis en travail depuis 4h du matin !!! Ma sage-femme passe en phase active, jusque là elle n’était pas intervenue. Les contractions sont plus fortes et je sens que le bébé pousse, elle propose de me suspendre aux bras de mon conjoint pour aider la descente. Il monte sur le canapé et m’attrape sous les bras : après une contraction ou deux je sens une progression mais rapidement la position m’est inconfortable et je décide d’en changer.

A partir de là les choses deviennent floues : la sage-femme tente de m’aider à trouver la position idéale et entre chaque position je marche en essayant d’accompagner mon bébé. Après la suspension, la sage-femme me fait me mettre à quatre pattes mais la douleur me fait perdre mes moyens et je perds la concentration au bout de deux respirations profondes. La sage-femme me propose un bain, j y entre et sens un véritable soulagement, les contractions sont beaucoup plus supportables. Je reprends courage et confiance, la sage-femme et Fred en alternance me versent de l’eau sur le ventre. Au bout de 3 ou 4 contractions, la douleur m’envahit à nouveau. Je ne cesse de répéter que je n’en peux plus et que je ne comprends pas ce qui se passe et elle me demande ce que je pense devoir faire pour aider. J’ai le sentiment que je dois me mettre debout pour aider à faire descendre mon fils dans mon bassin et je sors de la baignoire. Pendant encore une heure je vais essayer de faire avancer le travail, je passe beaucoup de temps assise sur les toilettes je marche en faisant bouger mon bassin, je tremble de froid et de fatigue entre chaque contraction. La sage-femme tente une dernière méthode. Nous descendons et remontons les escaliers de mon immeuble mais rien n y fait. La SF me fait un dernier examen et le bébé n’est toujours pas descendu dans mon bassin (j’appris par la suite qu’il était même remonté plus haut). A ce moment-là je suis allongée sur le canapé et la SF me parle doucement de mon transfert à la clinique, il serait bon pour moi que je demande la péridurale car je souffre trop.

Mon conjoint et la SF préparent en vitesse ma valise pendant que je m’habille entre deux contractions. Je reste debout à les regarder pendant qu’ils s’affairent, je suis en état de choc et je ne pense plus qu’au moment où on me soulagera de ma douleur. Nous descendons à la voiture et la sage-femme repart de son côté, je monte dans la voiture sans même dire au revoir, je suis trop épuisée. Le trajet me semble interminable, j’ai 3 ou 4 contractions dans la voiture et deux en montant à la clinique.

En arrivant au 1er étage nous sonnons et je suis accueillie par la sage-femme de garde au moment où une contraction me plie en deux, elle me demande de me calmer et de m’expliquer la situation. Je lui réponds au milieu de la contraction que je ne peux pas, à mon avis elle doit me prendre pour une douillette. Elle m’accompagne néanmoins en me tenant par le bras dans la salle d’accouchement où je commence à me déshabiller, la contraction est passée et je peux lui expliquer la situation.

Lorsque je lui dis que je devais accoucher à domicile elle me lance un regard surpris et choqué. A ce moment je suis dans un tel état que ce qu’elle pense m’est égal et je lui signifie clairement. A mon ton elle comprend qu’elle doit m’écouter et je peux enfin lui expliquer que je suis dilatée à 10 et que j’étais en poussée depuis 4h. Réaction de la sage-femme indignée « Quoi, votre sage-femme vous fait pousser depuis 4h ». Ce à quoi je réponds que ça pousse tout seul !

Elle m’allonge sur le lit et m’ausculte (en pleine contraction ! j’ai eu très mal !). Je suis bien dilatée à 10. Elle me demande si je veux qu’on appelle l’anesthésiste et s’exécute rapidement. 10 mn plus tard je suis enfin soulagée et je respire. Fred est resté dehors on ne l’a pas laissé entrer mais ça ne m’a pas gênée j’étais trop concentrée sur ma douleur. Mon conjoint rentre dans la salle au moment où l’anesthésiste arrive et on lui demande donc de sortir pendant qu’on me pose la rachianesthésie. Il arrive ensuite et reste auprès de moi. Il me rassure.

Le gynécologue arrive mais je n’ai plus aucune sensation depuis 15 mn et les minutes importent peu je ne souffre plus, de plus j’ai confiance en ce gynécologue, il connait ma situation et mon choix d’AAD qu’il respecte. Il a le sourire et me rassure. Un dernier examen et il m’annonce que mon bébé est descendu dans le moyen bassin ! Quelle surprise ! ça a du se passer dans la voiture, la sage-femme de l’hôpital me dit que ça arrive mais je comprends déjà que j’avais un blocage psychologique. Avec le recul je comprends mieux que ce diagnostic m’a peut être certainement évité une césarienne mais sur le moment ça ne m’a pas traversé l’esprit ! Le gynécologue s’affaire et je demande ce qui se passe, on ne fait que me désinfecter la vulve, c’est la dernière fois que je demande ce qui se passe, je vais passer le reste de l’accouchement à faire ce qu’on me demande.

Le gynécologue s’active, on m’a posé une perfusion à mon arrivée avec une solution saline et j’ai un tensiomètre à l’autre bras, la sage-femme m’a déserré le monitoring et de toute façon il ne me gêne pas le haut de mon ventre est déjà bas. La sage-femme touche mon ventre pour sentir les contractions venir et me demander de pousser un bloquant ma respiration. Après quelques contractions, le gynécologue décide d’utiliser la ventouse pour aider le bébé. Je n’ai aucune sensation et je me sens déconnectée de ce qui est en train de se passer même si je fais tout pour rester en lien avec mon bébé.

Après quelques contractions et peut-être 30-45mn on me demande de faire un autre type de poussée et tout de suite après le gynécologue me demander d’arrêter de pousser (à ce moment là il me fait une épisiotomie mais personne ne me le dit) et avant même que je comprenne j’entends dire le gynéco qu’on peut attraper le bébé, mon conjoint et moi avec les mains et en 3 secondes il est sur mon ventre. Quel soulagement, le temps s’arrête, je ne vois même pas bien son visage mais je l’entends chouiner et expulser de ses muqueuses les liquides qui s y trouvent ; il n’a même pas pleuré ! Le temps s’arrête et je ne pense à rien à part à la petite vie qui se tient sur moi. On me laisse Raphaël sur le ventre un bon moment et le gynéco me recoud, il prend son temps, il paraît que j’ai beaucoup saigné. J’apprendrais plus tard que le placenta est sorti tout de suite après le bébé, on ne me l’a pas dit. La sage-femme m’a ausculté le ventre à plusieurs reprises et je pensais que c’était parce qu’elle surveillait la sortie du placenta.

Le reste est assez rapide, la première chose que je dis à mon conjoint après avoir accouché c’est que je veux partir très vite de l’hôpital, nous avons rencontré quelques difficultés et beaucoup de mauvaise volonté mais nous avons pu sortir à 12h.

J’ai accouché le 3 novembre 2012 à 2h05 du matin à Nice, après près de 22 heures de travail. J’ai connu un accouchement à la fois très beau et violent sur le plan physique et psychologique, le fait de pouvoir tout sentir et ressentir en étant chez moi y compris la douleur d’un travail qui n’avance plus m’a rendu plus forte. J’ai dû aussi accepter la clinique et ses protocoles. Bien que très respectueuse et dans une optique physiologique l’équipe qui m’a accouchée…. m’a accouchée, alors que je voulais accoucher par moi-même.

Pour terminer je voudrais évoquer rapidement la manque de considération et la mauvais prise en charge des femmes qui viennent d’accoucher : à partir du moment où l’on m’a monté dans la chambre je me suis sentie abandonné, la personne qui est venue pour l’allaitement m’a balancé à la figure un discours tout fait sur un ton peu chaleureux et je ne l’ai pas revu avant mon départ ! Du coup je n’ai pas eu le réflexe de mettre mon fils au sein rapidement, et j’ai connu une semaine d’angoisse et de difficultés pour mettre en route l’allaitement. J’ai eu la chance à ma sortie de la clinique de retrouver ma sage-femme ainsi que ma famille qui ont été les guides dans mon nouveau statut de maman.

Naissance respectée dans le Rhône

19 Fév

Naissance de notre fille en France, dans le département du Rhône. Merci aux sages-femmes qui nous ont écoutés, respectés et accompagnés avec bienveillance dans cette naissance.

Je suis enceinte de mon premier enfant. J et moi avons choisi de faire naître notre fille à la maison, avec notre sage-femme. Pour tout accouchement à domicile, il est conseillé de choisir un hôpital de repli (si la sage-femme n’est pas disponible le jour J ou transfert en cours de travail). J’ai donc également été suivie dans un petit hôpital que j’ai choisi pour les naissances physiologiques qu’il propose. La grossesse se déroule parfaitement, et je me prépare à l’accouchement avec joie et motivation : sophrologie, lectures, homéopathie, tisanes, massages,… Le terme arrive et je ne ressens toujours aucune contraction. Notre sage-femme nous laisse jusqu’à 41 SA + 6 jours pour accoucher à la maison. Je dois tout de même me rendre à l’hôpital tous les deux jours pour surveiller que tout va bien.

Les jours passent et je redoute le déclenchement imposé par l’hôpital si bébé n’est pas venu d’ici 41 SA+6. L’après-midi des 41SA+4, nous allons donc à la maternité faire un dernier contrôle avant un éventuel déclenchement deux jours après. La sage-femme, A, m’examine pour voir où en est mon col : ouvert à 3! C’est déjà ça de fait pour l’accouchement! On décide de faire un décollement des membranes suivi d’une séance d’acupuncture pour donner un petit coup de pouce à la nature. Le monitoring montre que les contractions sont plus rapprochées et plus importantes qu’une heure avant… moi je ne sens rien. A nous conseille de nous coucher tôt ce soir et de nous reposer, car cela pourrait selon elle se déclencher durant la nuit.

Nous rentrons et mangeons un peu pour se remplir l’estomac sans le brusquer, car la veille, nous avons eu une intoxication alimentaire dans un restaurant qui nous a valu une nuit sans sommeil ponctuée de vomissements. Le soir, je commence à sentir quelques contractions, mais rien de très douloureux. Je vais prendre un bain pour les calmer un peu. Je prends aussi du spasfon. Nous allons nous mettre au lit et regarder un épisode de série. Mais la fatigue et les contractions m’empêchant de me concentrer, je préfère interrompre l’épisode et dormir.

De minuit à 2h du matin, je vais somnoler, dormir avec des phases de réveil le temps des quelques contractions. Vers 2h, celles-ci commencent à être plus intenses et plus fréquentes, mais je les pense encore trop éloignées pour envisager que l’accouchement est imminent. J propose de les chronométrer. Elle reviennent toutes les 5 minutes et me demandent de respirer profondément pour me soulager. Malgré cela, je me demande encore si cela annonce vraiment l’accouchement, ou si c’est seulement l’utérus qui travaille suite au décollement. La réponse ne tarde pas à se faire savoir : vers 3h du matin, je sens un craquement dans mon ventre et me vois alors commencer à mouiller abondamment le lit. La poche des eaux s’est rompue.

J appelle la sage-femme et lui laisse un message pour la prévenir de la situation. En attendant qu’elle rappelle, J s’occupe de préparer le lit pour l’accouchement. Pendant ce temps, je prends mon homéopathie pour l’accouchement et gère mes contractions. Je redoute que celles-ci deviennent plus difficilement supportables en raison de la perte des eaux mais finalement, j’ai l’impression que celles-ci sont moins fortes. La sage-femme rappelle pour nous dire qu’elle est actuellement chez un autre couple pour un accouchement, à 1h de route de chez nous. Elle me conseille de prendre un bain et de la tenir au courant de la suite. Elle en a pour minimum 4h, le temps de terminer l’accouchement, de rester pour surveiller et de rentrer. Elle dit à J que de mon côté, cela risque d’être un peu long pour un premier bébé. Je vais prendre un petit bain, mais je ne suis pas bien installée dans la baignoire. Je gère mes contractions comme je peux, un peu sur le ballon, un peu debout ou accroupie. S’en suit un deuxième appel de la sage-femme pour savoir si tout se passe bien et nous informer que de son côté, l’accouchement ne progresse pas beaucoup. Je sens à ce moment-là mon bébé bouger et cela me rassure, car j’angoissais jusqu’ici de ne plus le sentir. Peu de temps après, je dis à J que je veux aller à la maternité, que je ne veux pas rester seule car je sens que ça va aller vite.

Nous prenons la voiture. Je m’attends à ce que le trajet soit pénible, et à ma grande surprise, je ressens plutôt un soulagement. Peut-être que les vibrations soulagent mon utérus, ou bien aident mon col à se dilater. Arrivés à la maternité, je passe en salle d’examen où on me pose un monitoring quelques minutes. La sage-femme m’examine et m’annonce que je suis dilatée à 8. Au moment de descendre de la table d’examen, je craque, pleure et dis que je n’en peux plus. Je me sens exténuée de n’avoir presque pas dormi depuis deux jours. Je demande à J de me donner une grosse dose de chaque tube de granules pour accélérer le travail et diminuer la douleur.On passe en salle nature (salle réservée aux naissances physiologiques). Une deuxième sage-

femme nous rejoint. Je sens mon bébé qui descend dans le bassin. Je dis aux sages-femmes que je ne sais pas comment me mettre. Je m’installe sur le lit dans une sorte de 4 pattes avec des oreillers pour m’appuyer, ou un ballon, je ne sais plus. Je ne ressens plus vraiment les contractions, j’ai juste envie de pousser.

Une des sages-femmes me masse le bas du dos, et cela me fait du bien. Je ne sais plus bien où est J à ce moment-là. Je crois qu’il me tient la main, me masse aussi un peu le dos. Je prends conscience que la travail de dilatation est en fait terminé depuis que je suis entrée dans la salle d’accouchement, puisque je ne ressens plus les contractions comme avant mais seulement des envies de pousser. Chaque poussée est difficile. Je n’arrive pas à pousser longtemps. Je suis fatiguée, je craque. Ce que je ressens dans mon bassin est très douloureux. Je sens que cela appuie sur mes os. Une sage-femme me demande si elle peut me poser un cathéter : je dis que je n’en veux pas. Ce n’est pas le moment, je veux qu’on me laisse tranquille. Après une hésitation, elles acceptent de ne pas me l’installer. Je me mets sur le côté gauche avec la jambe droite en l’air tenue par les sages-femmes pour pouvoir me reposer entre les poussées. J’ai l’impression que je n’y arriverai jamais. Sentir qu’après chaque poussée le bébé remonte me décourage. Je répète que je veux dormir. Je suis si fatiguée : je n’ai pas dormi depuis deux jours. Les sages-femmes m’encouragent à continuer, à tenir la poussée plus longtemps. Elles me rassurent en me disant que le bébé descend bien.

Je change de côté et me mets sur le côté droit. Une des sages-femmes part dans une autre salle d’accouchement. Le temps me paraît long, je suis épuisée, j’ai mal, je veux dormir. La sage-femme me redonne du courage quand elle me dit qu’elle voit les cheveux. Je commence à sentir mon périnée qui s’étire, j’ai la sensation que c’est trop serré, que ça ne passera pas. Je dis à la sage-femme que je sens que la peau bloque le passage. Elle me propose des massages du périnée. J retire sa main que je tenais fermement durant chaque poussée pour venir remplacer la sage-femme qui commence les massages. C’est lui qui me tient maintenant la jambe. Il voit ma fille progresser et je trouve ça beau qu’il soit le premier à la voir naître.

Je ressens le bienfait du massage, mais je répète que ça ne va pas passer. La sage-femme a cette parole qui va vraiment m’aider : il faut que je « lâche » ce bébé. J’arrête alors de me contracter, de me bloquer à l’approche de la douleur que je ressens quand la tête tire sur mon périnée. Je me mets à pousser plus fort, plus longuement, j’essaie de lâcher prise et de ne plus penser à cette peau qui pourrait se déchirer. C’est alors que ma fille vient. Je me sens écartelée, j’accompagne la poussée autant que possible et je sens la tête passer. Je bascule alors instinctivement sur le ventre et dis « elle est sortie? Il faut qu’elle sorte ». La sensation de tiraillement est insoutenable. Je pousse encore et je sens le corps qui glisse à l’extérieur de moi puis entends mon bébé qui pleure. Il est 7h25 et ma fille est née.

Les souvenirs se brouillent un peu, je suis sur une autre planète, mais je me souviens que l’on m’aide alors à m’installer sur le dos, couchée ou semi-assise je ne sais plus, on me couvre le bas du corps avec un drap, et on me pose ma fille dans les bras. Une fois sur moi, je la découvre, elle sent si bon, sa peau est toute douce et chaude, elle me paraît tellement bronzée. Je la mets ensuite au sein pour la première tétée. Vient ensuite le pénible moment de la délivrance : il faudra l’aide d’A, la sage-femme de la veille, pour faire sortir le placenta. Ensuite, les sages-femmes l’examineront et nous le montreront. Mon périnée est intact, j’en suis à la fois fière et rassurée, moi qui redoutais tant une déchirure.

Après une heure passée tous les trois, une puéricultrice vient pour peser ma fille et nous aider à l’habiller. Elle pèse 3 kg 980! Je n’aurais jamais cru pouvoir mettre au monde un tel bébé, moi qui suis toute fine! Nous apprendrons le lendemain que sa taille est proportionnelle à son poids puisqu’elle mesure 52 cm! Lorsque nous l’habillons J et moi, je découvre mieux son visage et ses grands yeux noirs qu’elle entrouvre. Elle est belle et paisible. L’odeur de sa peau chaude et veloutée imprègne déjà ses petits vêtements. Nous nous préparons maintenant à quitter la salle nature pour rejoindre une chambre et commencer une nouvelle vie à trois…