Tag Archives: gynécologue démotivant

#322 – Un accouchement volé – novembre 2009

7 Jan

Je vous remercie de nous permettre un moyen d’expression quant à ce sujet mal maîtrisé qu’est l’écoute des mamans.
J’ai 34 ans, à nouveau enceinte depuis un petit mois. Mon premier enfant a 4 ans aujourd’hui. Il s’appelle Enzo et l’accouchement a été une réelle épreuve, pour moi, mais aussi pour mon compagnon qui se sentait impuissant et interdit face à notre gynécologue.

2009 : Début de grossesse en février
J’ai des soucis de santé qui posent de vrais risques pour moi et mon enfant de l’ordre génétique. Pour être plus claire, j’ai un déficit en Protéine S sur le facteur V de mes gènes. Ce qui entraîne des complications au niveau de ma circulation sanguine.
Mon gynécologue a fait un bon suivi, prise de sang toutes les semaines dès le troisième mois et piqûres d’anti-coagulants 2 fois par jour, depuis mon 6ème mois de grossesse jusqu’à la fin de mon retour de couches, bas de contention, etc.
Ma grossesse s’est très bien passé, j’étais sereine en plus car j’étais suivie aussi par une jeune sage-femme hypnothérapeute et sophrologue, avec laquelle j’avais fais un réel travail de projection.
Cette sage-femme travaille dans la même structure que mon gynécologue de l’époque.
Mes problèmes de santé me classant dans les « hauts risques » voir limite « à très hauts risques », mon gynécologue a changé d’attitude avec moi dès le 7ème mois de grossesse, voulant me préparer à un accouchement déclenché. Car dans sa tête, ce ne serait pas autrement.
J’ai essayé de discuter avec lui lors de cette consultation, de lui expliquer que si aucun soucis médicaux ne venaient contrarier le bon déroulement de la fin de grossesse et le jour J de l’accouchement … de laisser les choses se faire d’elles-mêmes. Je refusais d’être en situation de “sur-médicalisation” et je sentais déjà que cela en prenait le chemin.
Il m’a fait comprendre que je ne pourrais pas maîtriser mon accouchement.
Cela m’a toujours heurté, car même si cela se passe mal, on doit pouvoir rester les premières actrices de nos accouchements.
Ma grossesse s’est très bien passée, jusqu’à une semaine du terme, où là, je sentais vraiment mon gynécologue en panique quant à mon déficit sanguin. Et moi qui était sereine, prête dans ma tête au travail, mon gynécologue m’a épuisée physiquement sur cette dernière semaine, et stressée.
Les discussions étaient de plus en plus tendues avec lui, car moi je ne voulais pas déclencher le travail et je ne voulais pas non plus de péridurale.
Il a commencé par me culpabiliser en me disant que j’étais une irresponsable de ne pas vouloir écouter et obéir à ses prédications. J’ai plus ou moins cédé …
Je m’explique :
La dernière semaine, il m’a fait descendre à B. 2 fois par jour pour faire monitoring et décollement des membranes une fois par jour. A cette époque, j’habitais sur les hauteurs à 30 minutes de B. Les deux allers-retours me prenaient donc deux heures par jour et m’ont littéralement épuisée.
Moi, qui était sereine jusque là, c’est le stress qui a pris le dessus, car plus les jours avançaient et plus les décollements de membranes me faisaient souffrir et devenaient dangereux.
Le terme était prévu pour le 5 novembre, le 2, mon gynécologue n’a pas voulu me laisser repartir chez moi car je commençais à faire des hypertonies au lieu de faire des contractions. Il a demandé aux sages-femmes de me coller une languette pour déclencher le travail.
J’avais déjà la vulve en feu à cause des décollements répétés tout au long de la semaine et ce “truc” n’a rien arrangé.
Et puis, franchement, rien que les décollements de membranes sont une épreuve en soi car c’est extrêmement douloureux, la sage-femme qui le pratiquait me disait que cela donnait de “l’amour au col”. Je sais que c’était pour me rassurer qu’elle me disait ça mais j’avais juste l’impression de me faire fouiller comme une vache, “alors tu parles d’un amour, toi” !! Rien de plus, ni rien de moins !!! D’ailleurs, je subis encore, 4 ans après, des problèmes réguliers d’irritations et de démangeaisons importantes depuis ces mésaventures.
Les sages-femmes, le jour de mon accouchement ont vraiment pris un rôle primordial pour nous, car elles n’étaient pas en accord avec le gynécologue quant au bon déroulement de mon accouchement.
Elles m’ont expliqué que cela n’aurait pas dû se passer comme ça, étant donné que nous allions bien, mon fils et moi.
Et les hypertonies que je faisais étaient dues aux décollements de membranes trop répétés et qui n’avaient pas lieu d’être. Ce n’est d’ailleurs pas elles qui me les faisaient.
Deux heures avant d’entrer en salle de travail, mon compagnon et moi avons vu notre gynécologue et cela s’est très mal passé. Je lui ai dis que je n’étais pas contente de me voir aussi stressée et que je me sentais extrêmement fatiguée pour ce qui m’attendait. Nous nous sommes engueulés, il m’a dit que, de toute façon, je n’étais pas médecin et que ce n’était pas à moi de décider de la bonne marche de mon accouchement ! J’en ai pleuré et lui ai répondu que dans la mesure où tout se déroulait normalement je devais rester maitresse de mon corps et de mon évènement.
Lors de cette altercation, les sages-femmes m’ont soutenues dans mon épreuve. Elles se sont opposées au gynécologue, en expliquant tant bien que mal que rien ne justifiait une telle prise en charge.
Elles m’ont d’ailleurs soutenues jusqu’à la fin car elles m’ont évité la césarienne.
Je suppose que le stress a beaucoup bloqué le travail car malgré le déclenchement, mon col ne s’ouvrait pas, ce qui stressait mon gynécologue.
A cinq heures de travail à 3 cm d’ouverture, j’ai cédé pour la péridurale car j’étais épuisée. Mais la dose a été mal dosée, j’avais la jambe gauche comme celle d’une poupée de chiffon et ressentait tout de l’autre côté. Au bout de huit heures passées à 3 cm, le gynécologue commençait à faire pression sur les sages-femmes pour qu’elles me transfèrent en bloc pour une césarienne.
Elles ne me l’ont pas dit à ce moment-là pour ne pas me bouleverser car j’étais très en colère après lui et il ne valait d’ailleurs mieux pas qu’il se pointe dans la salle d’accouchement !
Elles lui ont tenu tête et au bout de 10 heures de travail, toujours à 3, la plus ancienne d’entre-elles m’a fait prendre une position hyper inconfortable pour accélérer le travail. J’ai tenu cette position pendant 2 heures de temps, mais cela a été efficace car Enzo est né à la fin de ces 2 heures … sans césarienne !! La péridurale m’a perturbée tout autant que le reste car les sensations étaient très étranges, du fait que je ne ressentais absolument rien du côté gauche et absolument tout du côté droit. J’ai juste déchirée un peu mais sinon cela s’est très bien fini pour nous !
Je ne remercierai jamais assez les sages-femmes présentes pour ce qu’elles ont fait pour nous. Elles ont rassuré mon homme, qui était un peu perdu face à la culpabilisation permanente dans laquelle nous plaçaient le gynécologue.
Car elles ont fait barrage face au gynécologue et elles ont fait preuve d’un grand savoir-faire et d’un grand professionnalisme.
Les gynécologues obstétriciens ont monopolisé l’accouchement !! Mais les sages-femmes ont des millénaires d’expérience en ce domaine et le fait que ce soit en général des femmes, elles savent ce que cela représente en terme de douleurs, en terme d’amour-propre pour une femme et en savoir-faire technique bien évidement !!
Car je tiens quand même à dire que les gynécologue hommes sont maladroits avec les femmes enceintes et parce qu’ils sont médecins, ils pensent avoir tous les droits. Mais, c’est notre corps qui ressent toutes les sensations et la nature est bien faite. Il faut faire beaucoup plus confiance en notre capacité à accoucher !! Certes, la médecine obstétrique a considérablement réduit les décès de mères et enfants lors des naissances Mais ils n’ont pas les connaissances requises comme peuvent les avoir les sages-femmes et ne justifie en rien cette prise de pouvoir de la part des médecins obstétriciens.
Alors, étant donné que les restrictions budgétaires réduisent le nombre de maternités en France comme ailleurs. Et que l’on se retrouve à plus de trois quarts d’heure d’une maternité et que du coup cela représente un risque non négligeable pour les grossesses. Qu’une femme et son bébé meurent parce qu’ils n’ont pas eu le temps d’arriver à la maternité est aberrant !! Tout aussi aberrant que la sur-médicalisation, je demande à voir des maisons de naissance éclore un peu partout et que ces maisons soient gérées avant tout par des sages-femmes. Et qu’elles n’appellent les obstétriciens qu’en cas de besoin médical !!!
J’avais fais un petit projet de naissance pour Enzo : Pas de péridurale, pas de position couchée sur le dos avec les pieds dans les étriers, de la musique douce, éclairage doux, … mais je n’ai rien pu faire de tout cela, rien n’a été respecté. Je demandais à marcher pendant le travail car je sentais que j’en avais besoin mais même ça on me l’a refusé.

Alors comme je suis à nouveau enceinte et que cela aura prit son temps, je ne souhaite pas revivre la même chose.

Même si je comprend mieux aujourd’hui la réaction de ce gynécologue et que je ne lui en tiens plus rigueur, je ne le reprends pas pour ma seconde grossesse et mon projet de naissance sera beaucoup plus pointu et sera anticipé avec les sages-femmes. Car je souhaite vraiment être mieux écoutée et pouvoir “accoucher” et non “me faire accoucher” !! La différence est énorme et j’ai toujours le sentiment de m’être fait voler ce moment !! Pendant un accouchement, on est fragilisée, c’est vrai !! Mais on est pas que fragiles … on est fortes aussi, comme jamais on ne peut l’être dans notre quotidien … merci aux hormones pour cela !!!

Voilà, j’espère que mon expérience pourra servir à faire évoluer les choses en ce domaine.
Je vous remercie de tout coeur de la parole donnée.

J’espère vraiment que cette action que je trouve très bien, apportera une vraie avancée permettant la reconnaissance des sages-femmes en milieu hospitalier avec un vrai statut propre, permettant de voir d’autres vocations naitre en ce domaine et augmenter le nombre des 22000 sages-femmes actuelles.

Je souhaite vraiment voir se développer les maisons de naissance au même titre que les maisons de santé. Nous avons réellement besoin de cette proximité pour l’accès aux soins, prodigués par les sages-femmes (qui ont les mêmes responsabilités pénales que les gynécologues obstétriques), aux suivis des grossesses, aux conseils et à l’écoute.

Nos sages-femmes (et sages-hommes d’ailleurs) sont formidables et il est temps de leur témoigner la reconnaissance qu’elles méritent. Enfin, je sais que la reconnaissance des familles leur est pleinement acquise malheureusement insuffisante …

Cordialement.
Laëtitia M

Publicités

#320 Cheminement entre 2 naissances, 2010 et 2013

7 Jan

Récit de mes deux naissances en 2010 et en 2013

Ma mère a accouché par voie basse de 3 enfants, à la maternité, dont deux sans péridurale (pour la 3e naissance, un gynécologue pressé lui a administré de l’ocytocine et elle n’a pas « tenu », mais regrettait de ne pas avoir pu sentir ce bébé naître). Elle considérait l’accouchement comme quelque chose de naturel et en me décrivant cela, me disait que « c’était passé comme une lettre à la poste ». J’ai donc grandi avec cette idée-là…

Ma première grossesse s’est déroulée merveilleusement bien. J’étais si heureuse et fière d’être enceinte! Quelques nausées à peine les 3 premiers mois et quelques insomnies. J’ai passé 9 mois sur mon petit nuage, planant dans l’euphorie à l’idée de ce petit être qui grandissait en moi. J’étais en pleine forme et globalement sereine mais me posais 1001 questions, sur la grossesse, l’évolution du bébé, les préparatifs, … je lisais beaucoup à ce sujet, des lectures plutôt « classiques ». Je ne m’en suis pas posé beaucoup quant au suivi de la grossesse et à la naissance en tant que telle. J’étais suivie par mon gynécologue, qui ne surmédicalisait pas du tout, me consacrait 15-20 minutes maximum (je préparais ma liste de questions pour être sûre de ne rien oublier, mais je sentais bien que le temps m’était compté). J’avais une échographie mensuelle que j’attendais avec impatience : quelle émotion de voir mon bébé bouger, grandir. La maternité dans laquelle mon gynécologue exerçait avait le label « Ami des bébés » et jouissait d’une excellente réputation. Le choix coulait de source. Aux alentours de 7 mois de grossesse, j’ai été assister à une journée organisée par l’association Alternatives, qui présentait et permettait d’expérimenter quelques techniques de préparation à la naissance. J’ai eu un coup de cœur pour l’haptonomie, mais cela ne parlait pas à mon mari, dommage… Ce fut une journée idyllique, sous le signe de l’écoute, du respect, de la complicité entre femmes… qui a semé des graines qui n’ont germé que bien plus tard… En fin de grossesse, mon gynécologue m’a recommandé des séances de préparation à la naissance chez une kiné. C’était des séances essentiellement collectives: exercices de respiration, exemples de postures qui favorisent la descente du bébé et la naissance, une explication du déroulement de l’accouchement, … Un mois avant la date prévue, nous avons été visiter la maternité en question. Cela me projetait vers ce moment tant attendu où nous allions faire enfin la connaissance de notre bébé et cela m’emplit d’impatience joyeuse. Lors d’un des derniers rendez-vous chez le gynécologue, je lui ai dit que je ne désirais pas d’épisiotomie. Il a eu une réponse un peu évasive qui aurait dû me mettre la puce à l’oreille… Une semaine avant terme, j’ai perdu les eaux en garant la voiture devant chez nous… j’étais très surprise et bouleversée : dans 24h, j’allais enfin pouvoir serrer mon bébé dans les bras! Nous nous sommes rapidement mis en route vers la maternité. Les contractions ont démarré, tout doucement. La sage-femme qui était de garde nous a accueillis chaleureusement et était super! Occupée par d’autres tâches, elle venait de temps à autre pour voir l’évolution et prendre des nouvelles. Nous avions à disposition une belle salle de naissance avec ballon, baignoire, … j’ai fait les 100 pas dans les couloirs pour accélérer le travail, puis des exercices sur le ballon. Les contractions sont devenues plus intenses. Je n’avais pas peur, essayais de me détendre un maximum pour favoriser le travail. La sage-femme m’a dit lors d’un de ses passages qu’elle sentait que je pouvais accoucher sans péridurale. Elle m’a fait couler un bain qui a accentué encore l’intensité des sensations. Je ne savais pas à quoi m’attendre, je ne savais pas jusqu’où ça allait aller, je ne savais plus comment gérer… alors j’ai demandé une péridurale. Cela m’a soulagée, mais je crois qu’elle était trop fortement dosée : plus de sensations du tout et un tracé plat pour les contractions. J’ai pu dormir quelques heures, mais l’inquiétude montait en moi : et si le travail s’était arrêté? Et si cela finissait en césarienne ? A l’aube, la sage-femme a revérifié l’ouverture et, contre toute attente, j’étais à 10 cm. Elle a appelé le gynécologue. On a coupé la péridurale et injecté de l’ocytocine, je crois. La poussée a été très dure car je ne sentais rien, ni quand pousser, ni comment. Je faisais au plus fort, mais les paroles du gynécologue étaient décourageantes et négatives, celles de la sage-femme, motivantes! J’ai cru que je n’y arriverais jamais! A un moment donné, pressé je crois, de retrouver son lit et trouvant sans doute que cela durait trop longtemps, il m’a fait une épisiotomie. Il voulait aussi que la sage-femme appuie sur mon ventre pour accélérer la sortie, mais je sentais bien qu’elle était réticente, d’ailleurs, elle fit semblant de pousser… Pourtant, le bébé et moi allions bien, il était loin d’être gros et cela ne faisait pas une heure que je poussais… il finit par arriver enfin mon petit gars: un petit moustique de 2kg730, un peu palot, mais en bonne santé, qu’on a immédiatement mis en peau-à-peau sur moi pendant 2 longues et merveilleuses heures. Un moment bouleversant! Un séjour agréable en maternité où tout le monde était aux petits soins pour moi, prêt à répondre à toutes mes questions de nuit comme de jour. Cela m’a donné confiance car la mise en route de l’allaitement a été difficile : petit moustique n’arrivait pas bien à attraper le sein… j’ai dû m’accrocher, mais j’étais très décidée… pour finir, je l’ai allaité quasiment 2 ans mon moustique!

Bilan après 1 an: rien à redire quant à l’hôpital et la présence chaleureuse des sages-femmes et infirmières. J’étais très contente au début de la façon dont s’est déroulé l’accouchement, mais petit à petit, je me suis dit que ça aurait pu se passer autrement, plus naturellement…Je me suis rapidement jurée de changer de gynécologue pour la grossesse suivante.

Le temps a passé. J’ai eu l’occasion de longuement discuter avec deux copines, l’une qui avait accouché dans une maison de naissance et la seconde qui, enceinte, prévoyait d’accoucher sur un plateau-technique. L’idée a fait son chemin et, avant même d’être enceinte de mon second enfant, je savais que je voulais être suivie par une sage-femme et accoucher, si tout se déroulait bien, sur un plateau-technique, à deux pas de chez moi.

Quand les deux petites barres bleues tant attendues se sont affichées sur le test de grossesse, j’en ai à nouveau pleuré de bonheur! 1ère échographie qui m’a permis de voir ce petit haricot magique immobile et voir et écouter ce petit cœur battre. Moment bouleversant. J’ai ensuite pris rapidement contact avec les 4 sages-femmes qui allaient me suivre. Ce suivi était si différent, si humain et dans un cadre si chaleureux! Un RDV mensuel d’une heure, rien que pour moi, où confortablement installée dans un fauteuil ou sur un lit couvert de coussins moelleux, je pouvais parler de ma grossesse, mes petits maux, mes interrogations, mes émotions et inquiétudes, … en même temps que se faisait la prise de sang, que l’on écoutait le petit coeur battre, que l’on mesurait ce ventre qui s’arrondissait mois après mois. Une approche globale, une écoute exceptionnelle, qui me donnait confiance en moi, en mes ressentis, en mon bébé, en la naissance qui se rapprochait doucement. C’était exactement ce dont j’avais besoin. Cette 2ème grossesse était beaucoup plus fatigante, du fait de l’aîné, dont il fallait s’occuper, du fait d’un travail qui me sollicitait alors beaucoup plus. Je me sentais sur-sollicitée de toutes parts, les nerfs à fleur de peau… et venait cette oasis de paix et de sérénité qui me ressourçait. Mes lectures ont été toutes autres: Isabelle Brabant « Une naissance heureuse » et Ina May Gaskin « Le guide de la naissance naturelle ». J’ai eu 3 échographies à la maternité où j’allais accoucher, dont l’une qui a un peu ébranlé ma confiance en moi. Le gynécologue, un anxieux, a fait une fixette sur le poids du bébé, plus petit que la moyenne, disait-il (estimation du poids à la naissance: 3kg tout de même, c’est pas énorme, mais je suis de corpulence mince et mon aîné était plus maigrichon que cela) et insistait sur les causes médicales possibles… Les sages-femmes m’ont rassurée. Bienveillantes, elles ne prenaient toutefois aucun risque et j’étais rigoureusement suivie : une dernière écho prescrite en fin de grossesse (avec une autre gynécologue cette fois !) a dissipé les dernières interrogations. Un mois avant la naissance, nous avons visité la maternité. Même sentiment d’impatience joyeuse. Si toutes les conditions était réunies, je pourrais bénéficier de la salle « nature » avec une grande baignoire de naissance, un ballon, une écharpe suspendue, … et donner naissance en présence de mon mari, de ma sage-femme (celle qui serait de garde à ce moment-là) et de la sage-femme de garde de l’hôpital uniquement. C’est ce qu’on appelle un « plateau-technique », un nom bien barbare pour quelque chose de si simple : une salle de naissance « nature » mise à la disposition de ma sage-femme libérale. Pour la préparation à la naissance, j’ai fait de l’hypno-naissance: des lectures en la matière, des exercices de relaxation profonde, de visualisation et de respiration, écouté des suggestions positives pour une naissance naturelle, regardé sur Internet des « hypnonaissances » (à voir !). J’ai aussi rédigé mon projet de naissance. Le jour « J » prévu, alors que j’étais convaincue que ma petite belette poindrait plus tôt le bout de son nez, toujours rien… le soir vers 9h30, quelques contractions commencent doucement. Je suis convaincue que c’est un pré-travail et m’en rends à peine compte. Elles s’intensifient rapidement et je finis par me décider à terminer mes bagages, puis à demander à mon mari de chronométrer: toutes les 3-4 minutes (oh oh, quand même!). J’appelle ma sage-femme qui nous donne rendez-vous à la maternité et à ma mère qui doit venir garder mon p’tit bonhomme endormi, qui ne se doute de rien. Les contractions, c’est du costaud, aussi intense que quand j’ai supplié pour avoir une péridurale lors de mon précédent accouchement. Quand elles arrivent, je me mets dans ma position fétiche et reste concentrée, détendue. Je suis déjà un peu dans un autre monde, sans doute l’effet des endorphines. On arrive à la maternité vers minuit et demi (heureusement que c’était à 3 minutes en voiture, car j’étais agenouillée à l’arrière, seule position possible). Accueil chaleureux de ma sage-femme qui avait mis des lumières tamisées et tout préparé. Du silence, du calme, de la sérénité et les mots toujours justes, toujours au bon moment, de ma sage-femme qui comprend ce que je ressens, me guide, m’aide à rester concentrée, à ne pas perdre pied… au bout d’un moment, elle mesure l’ouverture et m’annonce à ma grande surprise que j’étais à 7 cm. Elle me fait couler un bain bien chaud dans lequel je plonge, toujours dans ma position fétiche. J’ai les yeux toujours fermés et suis dans mon monde. Des mains m’épongent le front avec un gant de toilette frais, me tendent une paille pour je boive de l’eau fraîche, me caressent le dos doucement pour favoriser la sécrétion d’endorphines. Je ne sais si ce sont celles de ma sage-femme ou de mon mari. Les contractions ne m’offrent plus aucun répit. Elles arrivent, telles un raz-de-marée, refluent pour revenir aussitôt. Et, petit à petit, une sensation nouvelle se précise à chaque contraction: mon corps se met à pousser, tout seul. Je comprends, ma sage-femme comprend. Cela fait du bien cette sensation et en même temps, c’est tellement gigantesque. A un moment, je dis : « Je n’en peux plus », même si je sais bien que ça ne sert à rien… ma sage-femme me dit que dans 3 ou 4 poussées le bébé sera là. Cela me donne du courage pour accepter ces sensations si incroyablement intenses… je sens la tête du bébé qui arrive, recule après la contraction, puis sort à la suivante. Ma sage-femme me demande de continuer à pousser pour dégager le reste du corps. Et je me retourne, pour recevoir ma belette dans mes bras, toujours dans l’eau. Je suis bouleversée. Il est 2h18 du matin.

Bilan après quelques mois: je ne serai jamais assez reconnaissante à mes sages-femmes qui m’ont accompagnée et soutenue pour que je puisse vivre cette expérience extraordinaire et si intense. Un merci tout particulier à A. Ce fut une merveilleuse naissance. Je n’aurais pu rêver mieux. Faire confiance à son corps qui sait très bien ce qu’il doit faire, mettre son cerveau en mode off et se laisser aller, malgré l’intensité des sensations… J’ai eu du mal à atterrir après avoir vécu quelque chose de si transcendant…