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#342 Deux récits de césarienne dans le 92, France

8 Fév

Ma deuxième grossesse s’est aussi bien passée que la première, pas de problème de santé et en pleine forme jusqu’au bout. Seul l’accouchement a été « problématique ».
Lors de la première, j’avais prévu un accouchement à domicile avec mon mari et une sage-femme. J’étais aussi suivie à l’hôpital afin d’avoir un dossier là-bas, au cas où je ne puisse pas accoucher à domicile. J’avais fait un projet de naissance physiologique, très mal accueilli par le responsable du service de maternité. Malheureusement j’ai dépassé le terme (41SA+5jours) et comme à l’hôpital les monitorings ont montré des anomalies de rythme cardiaque, j’y suis restée et j’ai été déclenchée sur un col non mature. Je m’inquiétais pour mon enfant et j’ai demandé une césarienne qui m’a été refusée au motif que ce n’était pas à moi de décider mais à eux. Je crois plutôt qu’il voulaient suivre mon projet de naissance voie basse, ce qui était absurde puisque j’avais bien écrit dedans que je ne voulais cela qu’en l’absence de tout risque. Au bout de 36h finalement j’ai eu une césarienne d’urgence (mon bébé fatigant vraiment) pour échec de déclenchement, après avoir subi la totale: perçage de la poche des eaux, perfusion, ocytocine, péridurale, etc, avec un défilé de personnes dans la salle. Cela dit je n’ai pas souffert mais c’était bien loin de mon idée d’un accouchement de rêve. Ça a été hyper-médicalisé. Mon fils ainé pesait 4,360kg à la naissance. Je l’ai à peine vu, et j’ai du aller attendre seule pendant 2 heures en salle de réveil avec des gens malades qui se réveillaient d’opérations diverses, 2 heures avant de pouvoir mettre mon fils au sein. J’ai eu une cicatrice de travers, avec un gros bourrelet de chair qui s’est formé au-dessus, car la cicatrice était trop basse et les peaux ont adhéré. Difficile de cacher ce bourrelet, visible même sous un maillot de bain.
Pour cette deuxième grossesse, j’attendais des jumeaux. Cela a remis en cause tout ce que j’aurais voulu pour l’accouchement: j’aurais enfin voulu accoucher à domicile, cela n’allait encore pas pouvoir être le cas.

Je me suis inscrite sur des forums de césarisées et me suis documentée sur les bénéfices et risques d’une voie basse de jumeaux sur utérus cicatriciel, comparé à une césarienne itérative. J’ai lu les recommandations scientifiques et mon choix s’est porté sur la voie basse.
J’avais fait une FIV. Le gynécologue qui me suivait, dans une clinique privée des Yvelines où j’habite, m’a tout de suite dit qu’avec lui ce serait une césarienne programmée à 38SA. Quand j’ai voulu argumenter il m’a dit sur un ton sec que je ne trouverai personne qui accepte autre chose et que, si je n’acceptais pas, il faudrait que je trouve un autre gynécologue, qu’il ne me suivrait plus car il ne suivait que celles qui accouchaient avec lui. Sympa!
Je suis ensuite allée voir l’hôpital public d’à côté, où j’avais accouché la première fois, sans beaucoup d’enthousiasme, vu la façon dont avait été accueillie mon projet de naissance de mon ainé. Le même gynécologue responsable de la maternité m’a accueillie et, quand j’ai parlé de ma volonté d’accoucher par voie basse, ce qu’on appelle un AVAC (accouchement voie basse après césarienne), il a été méprisant et très autoritaire, me prenant de haut et me disant que ce n’est pas moi qui décidait, que ce serait une césarienne à 38SA et rien d’autre. J’ai voulu lui donner mes arguments mais il n’a même pas voulu les écouter, pourtant je m’étais longuement documentée sur les risques d’une voie basse sur utérus cicatriciel et sur les risques comparés d’une 2ème césarienne, et j’avais fait mon choix en connaissance de cause, mais il m’a prise de haut en me disant que je ne trouverai personne qui accepte. Il m’a ensuite fait un toucher vaginal, inutile à ce stade, sans ménagement et douloureux.
Ça a été difficile de trouver une équipe qui accepte une voie basse. Grâce aux forums de césarisées, j’ai trouvé dans d’autres départements 2 hôpitaux qui acceptaient une voie basse mais médicalisée (péridurale, puis extraction du 2ème jumeau en allant le chercher à la main). Et j’ai trouvé un groupe physiologique dans le 92 qui acceptait une voie basse non médicalisée, une naissance physiologique. J’ai donc été suivie par une sage-femme libérale de ce groupe, connue pour faire des accouchements à domicile, et j’ai vu à 3 reprises le gynécologue qui participerait. L’accouchement était prévu en plateau technique dans une clinique privée. Le tarif était très cher, et non remboursé par la sécurité sociale.
Le suivi s’est bien passé, hormis le fait que la sage-femme est particulière: elle est persuadée que toutes celles qui ont eu une césarienne ont été victimes d’inceste. Elle essaiera de me « psychologiser » mais sur les forums on m’avait prévenue alors je ne m’en formaliserai pas. J’aurais dû!
Au début mon projet de naissance a été accepté. Le gynécologue m’avait même dit qu’il ne me mettrait jamais la pression sur le dépassement de terme et ne me déclencherait pas et qu’au pire ce serait une césarienne à 42SA.
Puis quand j’ai approché du terme, vers 38SA, je les ai senti se raidir. Tout d’un coup ils voulaient relire mon projet de naissance et remettaient en cause plusieurs choses. Le gyneco voulait me faire des touchers vaginaux inutiles et s’énervait que je refuse (alors que c’était dans mon projet de naissance) et disait que c’était indispensable sans me fournir un argument médical, et se vexait que je demande des explications. Pour lui c’était un manque de confiance de ma part. Alors que j’avais toujours dit et écrit que j’accepterai tout à partir du moment où on me donnait un argument médical. Je les avais choisi pour être intégrée au processus de décision et ne pas subir mon accouchement comme à l’hôpital et j’étais bien déçue.
Ils ont parlé de déclenchement à partir de 39SA et je ne voulais pas. J’avais l’impression de m’être fait avoir: au début ils m’avaient dit que mon projet de naissance ne posait aucun problème, puis à la fin ils remettaient tout en question.
À 40SA+1 jour, les contractions se déclenchent. La sage-femme, qui avait promis de venir chez moi vérifier le col et faire le pré-travail à domicile, refuse et me demande sur un ton directif d’aller à la maternité. J’arrive avec une accompagnante (une mère de 8 enfants rencontrée virtuellement sur Facebook, et ayant accouché chez elle de jumelles). La sage-femme est désagréable, agressive. Je lui dis que j’ai été contrariée qu’elle ne vienne pas chez moi comme prévu, elle me rétorque qu’elle n’avait pas envie que je veuille rester accoucher chez moi. Je lui demande pourquoi un tel manque de confiance, elle me répond que comme je n’ai pas confiance en eux, eux non plus. Je dis que ce n’est pas parce que je refuse certains actes non justifiés que je n’ai pas confiance, et que c’était dans mon projet de naissance, et que je veux clarifier la situation avec elle, qu’on en parle avant que j’aille en salle de travail sinon ça va me bloquer, elle refuse catégoriquement de parler et s’énerve.
Puis elle me fait un toucher vaginal, je ne suis quasiment pas dilatée, et elle râle comme si c’était ma faute!
Je passerai 23h avec elle faisant la gueule, agressive parfois, et me disant des choses désagréables (« de toute façon tu n’y arrivera pas », « le deuxième jumeau ne va pas sortir », etc). A chaque fois que j’étais dans la même pièce qu’elle mes contractions ralentissaient, puis quand elle sortait pour fumer sa cigarette, le travail recommençait à s’intensifier.
Heureusement ma copine m’encourageait.
Quand j’en suis arrivée à 3 de dilatation, le gynécologue est passé pour m’engueuler car je refusais la voie veineuse, et m’a dit que je les « utilisais » (j’appris plus tard qu’il n’avait toujours pas digéré mon refus du toucher vaginal). J’étais en larmes, je ne comprenais pas pourquoi ils m’agressaient alors que si je les avais choisi c’était pour vivre un moment intime et entourée de gens bienveillants. J’essayais de lui demander la raison médicale de me poser à ce moment là une voie veineuse, aucun argument ne me fut donné, ils étaient outrés que je pose la question. L’anesthésiste est venu, m’a expliqué en quoi ça pouvait lui être utile (enfin une personne respectueuse et qui consent à me donner des explications) et bien qu’il n’y ait pas d’utilité absolue (c’est plus du confort pour eux), j’acceptais pour leur faire plaisir.
Puis les heures qui ont suivies je fis tout mon possible pour dilater (montée des escaliers, etc).
La sage-femme vérifie et je suis presque à 7 de dilatation. Elle veut qu’on quitte la salle nature très intime et confortable pour aller en salle de naissance, ce dont je n’ai pas du tout envie. J’ai peur que ça bloque la progression du travail et je demande à rester encore un peu. Refus catégorique de la sage-femme qui m’ordonne de la suivre. Arrivée en salle naissance, elle m’interdit d’en sortir et de continuer à monter et descendre les escaliers. Elle veut que je monte sur la table, je refuse. Ma copine met une couverture par terre et je m’accroupis en me tenant au lit. La sage-femme me fixe d’un air toujours aussi désagréable et mes contractions ralentissent, le travail stagne. Elle s’éclipse sans aucune explication. Je sors dans le couloir et l’entend dire au gyneco qu’elle fait préparer le bloc pour la césarienne. Elle ne m’en aura même pas parler avant! Pourtant je vais bien et le monitoring montre que les bébés aussi vont bien.
Le gyneco revient, il n’est plus agressif et dit vouloir m’aider. Je vient de fissurer la poche des eaux. Il propose de finir de la percer et j’accepte. Je dilate à 8. Alors il me dit qu’il va essayer une manœuvre manuelle et sinon c’est la césarienne. Je demande pourquoi vu que le monito est bon, il ne me donne aucune raison mais exige que je fasse un choix entre les 2 options qu’il me donne. J’accepte la manœuvre mais je demande la péridurale ou un anesthésique, il refuse (pourtant il n’y avait pas urgence et l’anesthésiste avait dit qu’il pouvait venir à tout moment). Je lui dit qu’avec la péridurale si le travail ralentit il peut quand même utiliser de l’ocytocine puisqu’il l’a fait pour une autre patiente avec qui j’avais sympathisé, qui m’avait raconté son accouchement, et qui avait comme moi stagné à 7. La sage-femme me dit que ça ne me regarde pas ce qu’ils ont fait avec elle ( sauf qu’elle m’a tout écrit en detail!) et le gynécologue marmonne que moi c’est différent (pourquoi? je ne sais pas).
J’accepte donc la manœuvre. Deux sages-femmes m’écartent et me tiennent les jambes et lui plonge sa main profondément et tente d’écarter le col avec ses doigts. La douleur est atroce. Il me dit de pousser pendant les contractions, mais comment pousser alors qu’il enfonce son bras… c’est impossible et trop douloureux, surtout allongée sur le dos. Je lui crie d’arrêter. J’en suis à 9 de dilatation. Je lui redemande la péridurale pour réessayer mais il refuse.
Je me demande dans quelle mesure cette manœuvre n’était pas faite exprès pour que j’accepte la césarienne.
Je suis donc charcutée pour la deuxième fois. Mes bébés vont bien et je peux les allaiter de suite après avoir été recousue, mais la déception de n’avoir pas pu les mettre au monde naturellement est grande, et je suis mortifiée des moments si importants de la naissance qui ont été si tendus et stressants.
J’avais le sentiment que ça aurait pu se passer autrement, qu’il ne m’aurait fallu que du calme, de la bienveillance, de l’intimité pour y arriver. Plus tard le gynécologue me dira que la poche du deuxième jumeau bloquait le passage du premier. Si c’est vrai je ne peux me plaindre que de l’ambiance qui a régné.
Je me sens heureuse de ce que j’ai pu faire pendant cet accouchement. J’ai réussi à gérer sans péridurale les contractions jusqu’à dilatation quasi-complète. Mais je suis en colère contre ma sage-femme  qui a été vraiment nocive et m’a gâché ce moment. Je me demande si j’aurais réussi avec une autre équipe en acceptant une péridurale d’office, je ne le saurais jamais.
C’était à 41 ans sans doute mon dernier accouchement et raté encore une fois. Et si jamais je devais tomber  enceinte dans 3 ou 4 ans (très peu probable), j’ai un utérus ayant eu 2 césariennes et aucun gynécologue ne m’autorisera à tenter une voie basse. Cela veut donc dire que tout espoir de vivre ce moment naturellement est fichu.
J’ai vite mis de côté cet accouchement décevant et me suis consacrée à mes bébés.

#341 La naissance de jumeaux, dont un petit ange – 2012

8 Fév

J’ai 25 ans, 1an 1/2 d’attente avant d’être enceinte. Le jour de la 1ère écho, trop pressée et stressée à la fois!! Super, le gynéco qui annonce des juju!!! Wahou, l’aventure commence. Jusqu’a 6 mois 1/2 tout roule pas malade rien du tout et des échos tous les mois. 6ème écho la bouche en coeur nous arrivons pour voir nos loulous à l’ecran!! La tête du gynéco change, il sort de la piéce, revient tout blanc… Il annonce le décès de ma fille…
Il explique la suite, donc je porterais mes 2 enfants jusqu’à terme et j’accoucherais naturellement.
10 jours avant ma DPA, contractions toutes les 5 minutes. Je décide d’aller a la mater, monito, on me dit c’est du faux travail. Ok.
Le lendemain toutes les 3 minutes rebelotte j’y retourne. Monito. Le col a peu bouger. On decide de me garder pour la nuit et que sa serait justement dans la nuit. On continue le monito. L’equipe de jour finit son service. Une sage femme rentre dans la chambre, ne se présente pas, elle me fait un examen qui me fait hurler de douleur! Elle me dit le col est trop haut, mais je ne sais pas ce que je touche, si c’est le crâne ou bien un orbite… bref elle part de la chambre me laisse sous monito. 5 minutes plus tard elle revient en furie dans la chambre, me hurle dessus en disant « degagez du lit, j’ai une femme à dilatation complète! Allez vous habiller dans le couloir ». Elle me tire du lit par les bras. Je fais ce qu’elle me dit, choquée par ses propos et au bout des larmes. Je lui demande: mais les contractions… pas pu finir ma phrase elle crie « allez voir ma collègue, elle va vous donner un suppo »…
Retour à la maison difficile. Pas dormi de la nuit.
Le lendemain je ne pouvais plus marcher. Je retourne a la mater! Et la un sketch total! J’ai eu le droit à 5 échos entre 15h et 21h. Et plus d’une 15aine de touchers et tous cela parce que personne ne savait se qu’il « touchait »…
Un stress, une angoisse depuis la veille, une peur qu’il arrive quelque chose a mon bébé vivant!
J’ai été finalement declenchée. Mise sous morphine pour la douleur.
Une péridurale qui ne marche pas du coté gauche…
Et au moment de la dilatation complète, une sensation étrange: quelque chose glisse de moi! Juste le temps de dire à mon mari d’apeller une sage femme qu’elle rattrape ma fille au vol! Une fois mise dans un sac « poubelle » elle me demande: « vous voulez la voir?! »
Mon garçon a eu du mal à sortir, il était trop haut, beaucoup d’effort et d’aide du gynéco.
Le placenta qui est sorti a plus de 30 min et bien sûr un début d’hémorragie…
Tout compte fait, AUCUNE personne du personnel soignant de la maternité ne savait que j’attendais 2 bébés! Ils m’ont laissée souffrir du jeudi au dimanche midi!
Voilà mon histoire… aujourd’hui mon fils va fêter ses 2 ans au mois d’avril et lui c’est ma plus belle fierté.

#333 Naissance de Nora et Jean, dans l’Ain en France, 2005

2 Fév

(Tous les noms et prénoms ont été modifiés.)

Pour mon premier enfant, je n’ai pas pensé une seconde qu’il pouvait en être autrement que d’accoucher à la maternité, avec péridurale (pourquoi souffrir alors qu’on peut accoucher sans douleur ?).

Je suis sortie ravie, avec une jolie petite fille. Ce n’est que quelques mois plus tard que j’ai commencé à cogiter sur la naissance de ma fille : pas si idyllique que cela finalement. Je ne savais pas pousser tant la péridurale était forte, Ernestine est restée coincée et une puéricultrice est montée sur mon ventre pour pousser et l’aider à sortir car elle était coincée plus ou moins. Pour ma deuxième grossesse donc, j’ai envisagé un accouchement à domicile (AAD) et j’ai pris contact avec une sage-femme de ma région pour un suivi.

Le 21 juin, date de la première écho, le gynéco me confirme ce que je sentais depuis une semaine : j’attends des jumeaux ! Après la surprise, j’en informe la sage-femme qui accepte de me suivre malgré la présence de 2 bébés.

Je choisis de voir aussi régulièrement le Docteur Yves (gynéco) pour préparer le terrain en cas d’accouchement à la maternité, car si je dois mettre mes enfants au monde en milieu hospitalier, je veux que ce soit le plus naturellement possible. C’est alors que commence le parcours du combattant : il faut savoir que de nos jours, attendre des jumeaux est une maladie. Je n’ai que 30 ans, mais je suis cataloguée grossesse à risque. Le gynéco me prédit outre la prématurité de mes bébés, la césarienne bien entendu, parce que les jumeaux, c’est plus sûr qu’ils naissent par césa.

Les semaines passent, le premier jumeau est en siège, et l’autre en tête. C’est donc la césarienne obligatoire d’après le corps médical. A chaque visite mensuelle je répète que je veux accoucher chez moi si les bébés se positionnent tous les deux en tête et je passe pour une dingue. Mon médecin pense même que je fais partie d’une secte. Pour moi une césarienne serait un drame, car ayant été totalement passive pour mon premier accouchement, je serais de nouveau dépossédée du deuxième. De plus, étant née par césarienne, j’ai vécu le traumatisme d’être séparée de ma mère dès la naissance (suite à des complications) et l’idée de revivre cela en tant que mère me terrifie.

Pendant cinq mois je vais me battre pour ne pas subir de césarienne médico-légale, c’est à dire une césarienne qui ne soit justifiée que par la peur des praticiens de se retrouver devant les tribunaux en cas de problème lors d’un accouchement par voie basse. Je répète inlassablement au Docteur Yves que je ne m’opposerai pas à une césarienne dans le cas où le danger est réel tant pour moi que pour les enfants mais que je la refuse dans tous les autres cas. Ce médecin fait encore des accouchements par siège alors je lui réaffirme que je suis partante. C’est alors qu’il me sort l’argument du « coinçage des têtes » des jumeaux. Le premier en siège, en sortant, pourrait se coincer avec son menton contre le menton du deuxième en tête et c’est la mort assurée pour l’un ou les deux jumeaux. Je lui demande si c’est arrivé souvent mais il ne peut me répondre puisque depuis longtemps, quand ils sont dans cette position, les bébés naissent par césarienne, donc il n’existe pas de chiffres…

Je me renseigne sur ce fameux coinçage des têtes et il s’avère en fait que c’est extrêmement rare, et quasiment exclusivement dans le cas de jumeaux dans la même poche – les miens sont dans deux poches différentes. Le mois suivant, je lui fais part de mes lectures et il en convient. Mais il n’est toujours pas décidé à m’accoucher et me conseille de chercher un autre médecin qui accepterait de ne pas me faire de césa. Pour lui c’est tout vu, il faut programmer une césarienne. Les larmes coulent toutes seules, je lui demande alors si au moins je peux laisser mes bébés décider du jour de leur naissance. Il fait la moue, arguant que les césariennes en urgence (comprenez : césarienne non programmée, c’est à dire une opération qui risque de le tirer du lit à 3h du matin ou un dimanche ou le jour de Noël) sont stressantes pour la mère et pour l’équipe. Je lui dis que je ne présenterai pas au rendez-vous pour accoucher. Il convient donc avec moi que les bébés arriveront quand ce sera le moment pour eux. Je demande à ce que mon compagnon soit présent et là de nouveau refus, à cause des microbes (la belle affaire, mes enfants connaissent bien les germes de leur père, mais bien moins ceux du personnel hospitalier) et j’essuie un NON catégorique. Je prends rendez-vous avec un médecin réputé de Grenoble, réputé pour être ouvert et moins protocolaire. Dans le même temps, j’envoie un courriel au Docteur Gaston sur les conseils d’une sage-femme qui travaille avec lui et me le décrit comme très à l’écoute des mamans. Celui-ci nous reçoit, mon compagnon et moi, très rapidement. Il nous écoutera longuement et se montrera bienveillant. Ce sera le premier praticien à entendre vraiment ce qui nous préoccupe. Il finira par accepter que j’accouche par voie basse avec lui et comme il travaille avec le docteur Yves (le gynéco qui me suit), il m’assure qu’il l’appellera pour le convaincre d’accepter aussi sur le principe. Cependant il me dit bien clairement que tout dépend de l’équipe médicale et que selon celle qui est présente le jour J, ce peut être aussi la césarienne d’office.

Quelques jours plus tard je retourne voir mon gynéco qui me sourit car il a reçu l’appel du Docteur Gaston et il accepte enfin de marquer sur mon dossier « pas de césarienne prophylactique, à la demande de la patiente ». Je lui dis que je ne veux pas de péridurale, pas d’ocytocine, pas de perfusions, que je veux pouvoir déambuler, pas de monitorage en continu. Il me persuade d’accepter la pose d’un cathéter dans le bras et dans le dos, au cas où il faille intervenir rapidement sur le 2e jumeau, pour éviter de faire une anesthésie générale en cas de césarienne inopinée. Je le rassure (il en a besoin !) sur mon intention de me rendre à la maternité dès les premiers signes de travail, pour ne pas les mettre devant le fait accompli, genre un bébé entre les jambes pour éviter la césarienne. Je suis enceinte de 36 semaines et le danger de prématurité est écarté. Il me demande de venir à la maternité pour un contrôle de routine à 38 semaines. J’obtempère, car les bébés n’ont toujours pas changé de position (malgré les moxas, les tisanes, le yoga, l’acupuncteur) et je ne voudrais pas me mettre à dos ce médecin qui me permet théoriquement d’accoucher. La séance de monitorage est un supplice, il y a belle lurette que je ne dors plus sur le dos et l’on me demande de rester dans cette position inconfortable plus d’une heure (enregistrer le coeur de deux bébés, ce n’est pas facile, ils bougent tout le temps et moi aussi car j’ai des contractions dues à la position). Et l’on me dit que je dois revenir le vendredi pour une hospitalisation. Comprenez, je suis à 38+3 et le terme théorique des jumeaux est à 38 semaines, au delà il y a danger… Je leur fais savoir que je ne me présenterai pas à la maternité car je ne suis pas malade et qu’ils ne vont quand même pas envoyer les gendarmes pour venir me chercher…

Je consens à me déplacer tous les jours pour qu’ils fassent leurs examens (à ce que je sache, on ne fait pas de monito la nuit, je n’ai donc aucune raison de rester le soir). Une jeune sage-femme me fait un toucher vaginal très douloureux en me disant que c’est normal (j’ai été bête car quel est l’intérêt de savoir où en est le col à 38 semaines, puisque l’issue est connue : la naissance). J’apprendrai par la suite que cette sage-femme a fait un décollement de membranes, il arrive que dans cette maternité on déclenche les mamans récalcitrantes sans leur avis.

Le 16 décembre, pleine lune, 3h30. Je perds les eaux dans mon lit où je dors avec mon aînée Ernestine. (il y a quelques semaines que j’ai demandé à mon compagnon de dormir dans une autre chambre car il me réveille sans cesse en ronflant, et c’est déjà très difficile pour moi de dormir avec deux bébés presque à terme qui bougent tout le temps, le mal de dos…). Je prépare mes affaires et j’appelle la maternité pour savoir si je dois vraiment venir tout de suite car je n’ai aucune contraction. La sage-femme de garde qui prend mon appel me demande si c’est moi qui veut accoucher bio ! Elle me propose de venir avec ma fille car il y a une chambre de libre où elle pourra continuer de dormir.

4h30, arrivée à la maternité. Toujours pas de contractions, je suis examinée, le liquide amniotique est de la bonne couleur et limpide à souhait. Je me rends dans la salle de travail où l’on me branche au monito. Je demande à rester assise et Bonnie (la sage-femme) est d’accord. Elle appelle le médecin de garde qui n’est pas mon gynéco. Celle-ci m’apparaît très agressive, elle veut que je m’allonge sur le dos, me dit que je vais accoucher au bloc. Je lui répond qu’il y a des trucs inscrit sur mon dossier. Elle rétorque que je suis sous sa responsabilité et que c’est elle qui décide. Je lui dis que je ne veux pas de monito en continu, ce n’est pas obligatoire et que je veux pouvoir déambuler ; elle est visiblement très agacée. Elle me dit que je verrai avec l’anesthésiste, qui ne sera sûrement pas d’accord (en fait il s’en fiche un peu, vu qu’il ne pose qu’un cathéter de péridurale et sans produit). D’ailleurs il se marre devant une vision insolite pour lui : une femme avec un cathéter sans péridurale qui gère ses contractions sur un ballon, c’est du jamais vu. Bonnie m’informe que le médecin est en train d’appeler mon gynéco parce que je suis pénible et de toute façon il prend sa garde à 7h. Par la même occasion elle installe une perfusion car même si je n’ai pas de péridurale pour l’instant, il faut que je soit hydratée au cas où. Je me sens un peu perdue, je ne contrôle pas vraiment ce qui m’arrive.

Je charge Hervé d’appeler mon amie sage-femme qui travaille dans cette maternité et qui m’a assurée qu’elle se déplacerait de nuit comme de jour pour être là avec moi (bien qu’elle soit enceinte, je la remercie encore). Elle aussi prend sa garde à 7h, tout se profile mieux désormais. Lorsque le Docteur Yves arrive, il n’est pas content car j’ai aussi refusé l’ocytocine et il me reproche de ne pas avoir obéi au médecin de garde. Il discute avec l’anesthésiste et je les entends dire que ça va être long (je suis dilatée à 2 cm depuis que je suis arrivée et ça stagne), qu’ils ont une opération à 11h (comprenez une césarienne programmée) et qu’il faudrait que j’aie accouché avant sinon ça va être compliqué. Je me sens misérable, car j’ai l’impression que je ne fais pas les choses comme il faut, que je ne dilate pas assez vite. L’anesthésiste m’envoie une dose test de péridurale et je ne sens plus mes contractions, je pleure et je dis à Hervé que je me suis fait rouler. Heureusement, quelques 45mn plus tard, tout redevient normal. 7h15, mon gynéco me fait du chantage : soit c’est la césarienne, soit c’est l’ocytocine car je ne dilate pas assez vite. La mort dans l’âme, j’accepte la perfusion. Un quart d’heure plus tard, les contractions se rapprochent et se font plus douloureuses. Cependant, je reste sur le ballon, et à chaque vague je respire très fort, j’aide mes bébés comme me l’a conseillé mon amie Véronika et la dilatation se passe tranquillement ainsi. J’ai très peu dormi et je m’assoupis presque entre deux contractions. Fab, mon amie sage-femme, me donne à boire lorsque je lui fais part de ma grande soif. 9h25. J’appelle la nounou d’Ernestine pour savoir comment ça s’est passé avec elle (Hervé l’y a conduite vers 5h30) et je raccroche avec l’arrivée d’une nouvelle vague. Hervé sort pour aller se restaurer rapidement et là une grande douleur me submerge, je préviens Fab que le bébé descend. Elle m’ausculte et me dit qu’elle sent les pieds (ce sont en fait les fesses) de ma fille. Je reste sur le côté, elle me tient la main, je n’ai confiance qu’en elle et son amie Anna qui est là aussi.

Le Docteur Yves revient, une puéricultrice me demande entre deux de mes cris si sa stagiaire peut assister à l’accouchement (j’opine du chef). Ensuite c’est un peu flou ; je m’entends crier des sons tantôt très graves – tantôt très aigus, en tout cas ça vient de loin. J’ai la sensation d’être terriblement animale. Hervé revient et panique un peu ; il me propose de prendre la péridurale mais je refuse. Il est mon rocher, je lui enfonce mes doigts dans la peau des mains tant la douleur est intense. Lorsque Nora s’engage, le gynéco me demande (m’ordonne) de me mettre sur le dos car « pour un siège, c’est sur le dos ». J’obtempère. Il me demande de cesser de crier : je rigole. Je sens un drôle de truc lorsque ma fille sort et je lui demande si j’ai été déchirée ; il me rétorque qu’il a fait une épisiotomie car « pour les sièges, c’est une épisio ». On me la tend pour que je l’embrasse et on me la prend. Le docteur Yves trafique dans mon corps et je lui demande ce qu’il fait : il perce la poche des eaux pour que ça aille vite, il craint que le 2ème se retourne. C’est ainsi que Jean sort 4 mn après sa soeur, tout violet. J’ai à peine le temps de le voir qu’il est emmené à son tour. Les hormones font leur effet, je suis KO, on me ramène d’abord ma fille puis mon fils, c’est très étrange d’en avoir deux, pas assez de place, pas assez de bras. Pendant que le docteur me recoud, je lui demande combien de jours je suis obligée de rester à la maternité. Il secoue la tête en marmonnant : « Mais qu’elle est chiante celle là »… Je ne sais pas ce qu’ils ont fait à mes enfants, s’ils ont été aspirés ou non, je regrette de n’avoir pas eu la force de gérer ça. Les trois jours qui suivent, on me demande de prévenir les puéricultrices pour qu’elles mesurent le dextro des bébés puisqu’ils pèsent moins de 2,5kg chacun. En plus clair, on leur coupe le pied toutes les 2 tétées pour prendre une goutte de sang. Autant dire que je ne les ai jamais appelées. J’ai échappé à la césarienne, le gynéco était très tendu pour cet accouchement mais heureux visiblement d’avoir eu l’occasion de pratiquer son métier d’une façon plus physiologique. Après coup, je me réjouis toujours d’avoir eu la possibilité d’accoucher par voie basse mais je reste persuadée que c’était bien trop médicalisé.

Le docteur Gaston viendra me voir tous les jours pendant près d’une heure durant mon court séjour à la maternité — j’ai pu sortir au bout de 3 jours. Juste pour parler, discuter de cette naissance. J’ai su ensuite que mon cas avait donné lieu à de nombreuses discussions dans les deux maternités concernées — celle où j’ai accouché, et celle dont le docteur Gaston est chef de service. Je sais aussi que mon gynécologue a deux mois plus tard accepté un accouchement par voies basses pour une maman de jumeaux en tête – siège, c’est lui-même qui me l’a dit.

Marion.

2 accouchements, en Belgique (Brabant Wallon)

26 Nov

Je suis loin d’avoir eu les accouchements dont je rêvais, mais ce n’est pas pour autant que, globalement, je me suis sentie bafouée dans le respect de la majorité de mes choix.

Toute l’histoire de mes enfants est médicalisée, du début à la fin, et pourtant, nous avons eu la chance de rencontrer des membres du corps médical humains, pour la plupart attentifs et à l’écoute.  Je voudrais les remercier pour ça, et pour toutes les vies que ces personnes créent et sauvent chaque jour.

Après une longue attente douloureuse, nous plongeons tête la première dans le monde de la PMA. Les journées et les semaines rythmées par les injections à heure fixe, les échographies, les prises de sang à en avoir les veines abîmées… Le stress de l’heure du déclenchement de l’ovulation, la ponction d’ovocytes, l’hyperstimulation, avec ponction de liquide ascitique presque sans anesthésie parce que mes veines étaient impossibles à pénétrer (déshydratation), les journées d’hospitalisation puis de repos strict, seule, sans soutien, parce que c’était notre choix… La déception de devoir encore attendre, puis l’excitation du nouveau traitement, la course aux prises de sang et échographies, enfin le transfert. Envers et contre tout, malgré l’impudeur totale de toutes ces situations, mon mari et moi arrivions toujours à garder un peu de magie et de tendresse, en rêvant de lumières tamisées, de musique douce, de caresses, au lieu de la violence et de la froideur de ces lumières vives, des voix autour de nous s’essayant à des plaisanteries qui sonnaient faux, des protocoles déshumanisés au possible (“Madame X: 2 embryons, insémination intra-utérine”).

C’est finalement un seul beau bébé qui a choisi de faire son nid en moi, durant ce beau mois d’octobre 2009. Que d’émotions et de larmes de joie le matin de ce test de grossesse! Je n’ai pas attendu la prise de sang (encore une), pas question qu’on m’enlève ce moment magique: attendre, le coeur battant à tout rompre, de voir si la 2ième barre du test allait se montrer!

Nous avons quitté la PMA pour un temps, trouvé une gynécologue parfaite: humaine, attentive, à l’écoute de nos questions, qui ne prescrivait jamais d’examens non indispensables (jamais il n’a été question pour elle de me faire passer le test ‘o sullivan pour le diabète par exemple), faisait les prises de sang elle-même, délicate lors des examens (TV seulement en fin de grossesse), et disponible à toute heure du jour ou de la nuit, WE compris, pour aider ses patientes à mettre au monde leur enfant.
La grossesse s’est très bien passée, nous avons fait de l’haptonomie en préparation à la naissance, nous parlions beaucoup à notre bébé tant désiré, tant attendu. Nous voulions pour lui une naissance douce mais sécurisée. Je préférais accoucher à l’hôpital, d’autant que je savais que ma gynécologue serait présente : ça me rassurait beaucoup.
Nous avons fait un projet de naissance, demandant entre autre que je puisse rester mobile le plus longtemps possible, qu’on évite l’épisiotomie, qu’on évite de percer la poche des eaux de façon artificielle, qu’on n’emmène pas mon bébé loin de moi, que le Papa ait toute sa place, qu’il puisse couper le cordon, etc.

36SA et quelques. Ma prise de sang mensuelle n’est pas bonne et la gynécologue m’appelle personnellement pour me fixer un nouveau rendez-vous le mardi suivant.
Le matin, je pars travailler comme d’habitude, je quitte mon boulot juste dans l’idée d’un aller-retour pour un contrôle, mais je n’y retourne jamais. Ma gynéco m’invite fermement à rentrer me reposer et veut me revoir le vendredi, avant le WE.
Je ne suis pas très inquiète car, bien qu’elle suive mon évolution de près, elle n’est pas alarmiste, reste calme et m’explique juste ce qu’il faut en des termes simples pour que je comprenne la situation sans que ça induise en moi aucune panique.  Le vendredi, j’ai toujours plus de protéines dans les urines, la tension toujours haute (15/10) malgré le traitement per-os qu’elle m’a donné. Elle promet de m’appeler en fin de journée pour me tenir au courant des résultats de prise de sang.

Je rentre chez moi, m’allonge, parle à mon bébé, caresse mon ventre, profite du calme. J’ai quelques contractions comme depuis le 4ième mois de grossesse, mais pas de travail en vue. Vers 17h30, la gynécologue m’appelle personnellement. Sa voix est calme, posée, elle prend toutes les précautions pour ne pas m’alarmer outre mesure, mais quand elle me dit de boucler ma valise et de me rendre à la maternité “pour surveillance pendant le week-end”, je prends conscience que la pré-éclampsie se confirme et que mon bébé et moi-même sommes peut-être en danger. Je panique, je fonds en larmes, j’appelle mon mari pour qu’il revienne au plus vite, j’appelle ma maman qui essaye de me rassurer tant bien que mal. J’arrive enfin à retrouver un peu de sérénité, je termine ma valise, rajoute 2-3 bouquins dedans en prévision d’un long week-end d’ennui et dès que mon mari arrive, nous prenons la route de la maternité.

Arrivée sur place à 20h, une sage-femme m’accueille avec le sourire en me demandant si je suis la patiente de A. (prénom de ma gynéco-bonne fée). Je lui remets mon dossier médical (dans lequel j’ai glissé mon projet de naissance). Comme (soit-disant) toutes les chambres sont prises, on m’installe en salle de travail pour prendre mes paramètres. Monitoring ok, tension 16/11, protéines dans les urines +++, la prise de sang de ce matin montrait une augmentation en flèche du taux d’acide urique et une chute des plaquettes… C’est pas bon du tout.

21h, l’assistant de gynécologie qui est de garde pour la nuit vient m’annoncer froidement que vu la situation et à ce terme de la grossesse (37 SA+2), mon bébé sera plus en sécurité dehors que dedans. “A minuit on vous déclenche, reposez-vous” et il tourne les talons…

Mon mari rentre à la maison manger un morceau, prendre une douche, ramener l’appareil photo, les derniers vêtements pour bébé qui séchaient encore et est de retour vers 23h.
Durant son absence, j’essaye de me reposer sur le lit qu’on a installé dans la salle, mais je parle surtout à mon bébé et je prie. Dans quelques heures, je serai maman.

Samedi 19 juin, 00:30, une sage femme entre, re-monitoring, pose d’un cachet au niveau du col et d’un cathéter “au cas où”. Je suis à 1,5 cm d’ouverture. Le protocole est lancé. Vers 1h00, on m’enlève le monitoring, on apporte une couverture pour que mon mari puisse dormir un peu sur la table d’accouchement et on nous laisse dormir jusqu’au matin.
Vers 6h00, les contractions commencent à être un peu douloureuses, je ne peux plus rester couchée ni sur le dos, ni sur le côté. Je me mets à 4 pattes dans le lit et fais des mouvements circulaires du bassin à chaque contraction en respirant profondément.
7h30, on réveille le futur papa et la sage-femme m’examine. Je suis à 2 doigts larges, un 2ième cachet ne sera pas nécessaire : le travail a commencé. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, me voilà branchée au monitoring non stop, et au tensiomètre qui prend ma tension toutes les 3 minutes. Je demande à rester mobile. La sage-femme m’apporte un ballon, qu’elle place juste à côté du lit, de sorte que je puisse l’utiliser malgré le monitoring et le tensiomètre. Je fais du ballon jusque 11h, avec mon mari qui m’aide à chaque contraction en appuyant sur mon sacrum. La sage-femme a proposé de la musique. Le travail est rythmé par le même CD qui tourne en boucle, mais ça me convient. Je suis dans ma bulle et je gère bien, je visualise l’ouverture du passage pour mon bébé.

11h00, je suis à 4cm. L’anesthésiste de garde (c’est le WE) est dans le service, et on ne me laisse pas trop le choix: on me pose la péridurale en me disant que ça fera baisser la tension. J’étais bien, dans ma bulle, j’aurais bien continué encore mais on me fait comprendre que c’est maintenant ou jamais et je n’ose pas refuser.

Avec la péridurale je dois rester couchée. On regarde un petit bout de film avec mon mari, il trouve le temps long. A cause de la péridurale aussi, le travail ralenti, les contractions sont moins régulières, plus espacées, moins fortes. Un traitement en appelle un autre, me voilà sous ocytocine. Le travail reprend. Je suis à 5 cm d’ouverture, mais mon bébé est encore trop haut. La SF nous suggère de faire de l’haptonomie pour le faire descendre. Nous passons une petite demi-heure à faire descendre notre bébé par l’haptonomie. Quand la sage-femme revient, il est bien descendu et elle perce la poche des eaux. Je demande si c’est vraiment nécessaire mais elle dit que ça va accélérer le travail. Je laisse faire.
En effet, le travail s’accélère, les contractions sont plus rapprochées, plus douloureuses. C’est impressionnant à voir sur le monitoring. La péridurale ne fait presque plus d’effet. En 3 contractions, je passe de 6 cm à 8 cm d’ouverture. Je suis tellement surprise par l’intensité de la douleur que je me mets à pleurer juste au moment où ma gynécologue-bonne fée arrive.
En 1 heure, je suis passée de 5 cm à dilatation complète. J’ai trop mal sur le dos, je demande à me mettre sur le côté. On fait un test de poussée dans cette position. Je voudrais accoucher comme ça, mais la sage-femme me demande de me remettre sur le dos pour que la gynécologue puisse m’examiner. J’ai tellement mal en bougeant que j’abdique: je ne veux plus bouger, j’accoucherai sur le dos. La douleur a changé, je sens mon bassin comme brûlant, écartelé.
J’ai très peu de souvenir des poussées, aucune idée du temps de l’expulsion. Le papa va voir quand la gynéco annonce qu’elle tient entre ses doigts une mèche de cheveux de notre tout petit. Encore quelques poussées et voilà C. sur mon ventre. Dès que je le vois, je le trouve si beau! Il ne pleure pas, me regarde avec ses grand yeux. Mon mari coupe le cordon, puis a la présence d’esprit de sortir l’appareil photo pour immortaliser les premiers instants. C. gémit un peu, il a un peu de difficultés à respirer. On appelle le pédiatre qui lui fait une petite aspiration sur la table prévue pour les soins juste à côté de moi, puis on me rend mon bébé pour un peau-à-peau de presque 2 heures.

J’expulse encore le placenta. La gynécologue et la sage-femme appuient fort sur mon ventre, ça fait trop mal! La gynécologue va quitter la chambre, quand elle voit la sage-femme appuyer encore sur mon ventre et une floppée de gros caillots de sang sortir. D’un seul coup son air devient grave, sa voix claque à l’attention de l’étudiante sage-femme: “Redonnez-moi une blouse!” Je fais une hémorragie. Elle me dit juste : “Je vous embête encore un peu.”,  et elle plonge sa main, son avant-bras dans mon utérus pour me fait une révision utérine. C’est douloureux. Elle sort un petit morceau de placenta qui était resté là. Elle a eu le bon réflex. Mon périnée est aussi intact.

Enfin la salle se vide. Plus de pédiatre, plus de gynécologue, plus de sage-femme, ni d’étudiante sage-femme, juste nous 3.

C. met un peu de temps avant de prendre le sein, mais quand il se décide, il  boit gouluement. Je crois bien que c’est ça, le bonheur!

 

Octobre 2011, c’est reparti pour le traitement, les échographies de contrôle, les prises de sang, le transfert d’embryons. Cette fois ce sont 2 petits coeurs qui se mettent à battre en moi! Une nouvelle grossesse pleine de questions, d’inquiétudes pour notre future organisation.
La grossesse se passe bien, le suivi médical est un peu plus intensif  (échographies plus poussées, chez un spécialiste en diagnostic anténatal).  A partir du 5ième mois, un des bébés trouve sa place la tête contre mon col, blotti le long de mon côté droit. L’autre bébé fait des cabrioles dans le reste de l’espace, mais a une fichue tendance à aller coincer sa tête sous mes côtes, ce qui rend toutes mes positions inconfortables. Très tôt dans la grossesse, j’ai des contractions, une vingtaine par jour. Le col tient bon, mais raccourcit à chaque contrôle. Je suis arrêtée à 26 SA. Rien que la position assise me donne des contractions, alors je deviens copine avec la position allongée sur mon canapé. J’essaye de vivre le plus sereinement possible la distance que ça crée malgré tout avec mon “grand” de pas encore 2 ans.

Je rêve d’un accouchement par voie basse, passé 37 SA, pour éviter la néonat, je me fais un film parfait, le peau-à-peau partagé avec le papa… Mais passé 32 SA, ma gynéco commence à me parler chaque semaine de la possibilité d’une césarienne, car le bébé le plus haut est en transverse. Je pleure de devoir en passer par là, mais j’ai le temps de m’y préparer, et je rédige un projet de naissance en partant sur le scénario de la césarienne.

Lors de mon rendez-vous des 35 semaines, la prise de sang s’emballe. De nouveau: pré-éclampsie. Ma gynéco demande que j’entre à la maternité pour surveillance. C’est donc chose faite le jeudi 7 juin dans l’après-midi: analyses d’urines sur 24h, plusieurs monitorings, prise de sang, etc.
Ma tension était correcte, la prise de sang moyennement stable. Rien de catastrophique, j’ai au fond de moi l’espoir de rentrer chez moi pour le WE. C’est trop tôt, je veux tenir mes bébés encore au chaud.

Vendredi 8 juin, re-monitoring (un bébé tachycarde), re-prise de sang, tension un peu élevée. On me fait une échographie pour vérifier le positionnement des bébés et un doppler pour vérifier que tout va bien au niveau des cordons.
On envoit les urines au labo. Entre-temps, ma gynécologue qui était dans l’hôpital pour un autre accouchement, passe me voir. Elle s’assied à côté de mon lit et m’explique qu’elle a reçu les résultats de la prise de sang du matin. L’acide urique a augmenté, les plaquettes sont de nouveau en chute libre, etc. Elle préfère ne pas prendre le risque d’attendre car au vu de mes antécédents et du fait qu’il y a 2 bébés, la situation peu devenir catastrophique en moins d’une heure. Elle m’annonce une césarienne dans l’après-midi, quand une salle d’opération se libèrera. Elle prend quelques minutes pour répondre à mes questions: “Est-ce que le papa pourra être présent?” elle me répond que ça ne lui pose pas de problème, mais que c’est l’anesthésiste qui décide; “est-ce que mes bébés vont aller en néonat?”: 48h pour surveillance au moins…

A peine est-elle sortie de la chambre (je n’ai pas encore digéré l’information) que 2 sages-femmes entrent dans ma chambre, prennent ma tension (qui explose, évidemment, vu le stress de ce que je viens d’encaisser), me donnent de l’isobétadine pour que je prenne une douche, me rasent le haut du pubis. J’arrive quand même à prendre quelques minutes pour prévenir mon mari. On ne m’a pas donné d’heure. Mon plus grand stress est qu’on m’emmène au bloc alors qu’il n’est pas encore arrivé.

Je donne aussi des coups de téléphone pour organiser la garde de mon aîné qui se trouve à la crèche. Lorsque tout est réglé, je me douche (au moins j’ai la paix) puis j’essaye de me relaxer. On me met sous monitoring jusqu’au départ en salle d’opération. Ma puce tachycarde, le monito bip chaque fois qu’elle dépasse 200 bpm. Au bout d’un moment, comme ça m’angoisse, je demande qu’on coupe cette alarme pour me permettre d’essayer de retrouver un peu de sérénité et de parler à mes bébés.
Lorsque mon mari arrive enfin, je fonds en larmes de soulagement.

On nous emmène finalement un peu passé 18h. J’ai froid, je tremble de façon incontrôlée. Plus j’essaye de me maitriser, plus les tremblements sont forts. Je ne sais toujours pas si mon mari pourra être avec moi.

Dans la pièce attenante à la salle d’opération, l’anesthésiste nous annonce enfin que mon mari pourra être à mes côtés, ma gynécologue vient me saluer en mettant son masque et me rassure d’un sourire. Pour me poser la rachianesthésie, je dois m’asseoir sur la table d’opération et faire le dos rond (facile avec un ventre énorme, 1 tête dans les côtes et l’autre contre le col). Une infirmière me propose de m’appuyer sur elle. Elle m’invite à vraiment me laisser aller, elle a bien chaud, je lui demande si je peux l’enserrer par la taille et poser ma tête sur son épaule. Elle est rassurante, un vrai contact humain qui me fera beaucoup de bien.

Lorsqu’on me couche, tout le monde s’agite autour de moi: pose de perfusion, tension, prise de pulsations cardiaques, barbouillage de désinfectant, pose du champ, … Sont présents la gynécologue, l’assistante gynécologue, 2 sages-femmes, 2 infirmières, 2 pédiatres, l’anesthésiste… Enfin on vient asseoir mon mari à côté de moi, et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, B. est sorti. Je verse une larme en entendant son cri, ça me fait réaliser! Je peux le voir (il ressemble à son frère!), le toucher une minute puis on l’emmène.
Deux minutes plus tard, C. crie à son tour, tousse un peu, elle a avalé un peu de sang et de liquide mais elle va bien, je peux la voir aussi. Mon mari ne sait pas trop s’il doit rester avec moi ou rejoindre les bébés, je l’envoie suivre nos enfants avec mission de veiller sur eux et de faire le peau-à-peau dont je serai privée.

On me recoud puis je pars en salle de réveil, où je n’ai de cesse d’essayer de faire bouger mes orteils pour pouvoir rejoindre vite vite mes bébés et mon mari. Mais on est vendredi soir, il n’y a qu’une infirmière pour gérer tous les patients en salle de réveil et un seul brancardier qui met des heures à revenir entre chaque patient. Au bout d’une heure j’arrive à bouger mes orteils, mais je ne remonterai que 2 heures après leur naissance.
Mon mari m’attend dans ma chambre, sans les bébés. Il a fait plus d’une heure de peau-à-peau avec les 2 bébés, il leur a donné à boire (du lait artificiel évidemment) à la seringue. Une sage-femme vient faire ma toilette puis je peux enfin aller voir mes bébés en néonat, pas loin de 4 heures après leur naissance, alors que j’aurais tellement aimé être là pour leur expliquer ce qu’il s’est passé, pourquoi on les a arrachés comme ça de mon ventre. Je prends un, puis l’autre dans mes bras. J’essaye une mise au sein mais je ne me rappelle plus si elle est concluante…

Je passe la nuit sans dormir, à surveiller les heures et tirer un maximum de colostrum que je mets dans des petites seringues, pour que mes loulous aient un peu de mon lait toutes les 3 heures. Au milieu de la nuit j’appelle une sage-femme, je suis en pleurs tellement j’ai mal, malgré la perf d’antidouleur et la pompe à morphine! L’ocytocine dans la perf est réglée comme pour une maman qui n’allaite pas, donc la dose de médoc plus la stimulation due au tirage intensif de mon colostrum fait contracter énormément mon utérus. La sage-femme diminue la vitesse de la perfusion parce que j’insiste pour qu’elle fasse quelque chose.

Le lendemain, une bonne surprise : comme mes bébés ont été stables toute la nuit (et qu’il y a 9 bébés en néonat pour une seule sage-femme de garde le WE), on me les amène dans ma chambre! Une seule condition à ça : les allaiter toutes les 3 heures ET leur donner un complément de 5ml (lait maternel si j’arrive à avoir assez, ou lait artificiel si je n’y arrive pas).
Je tiens à mon allaitement, et comme ils sont petits (2kg180 et 2kg340) et que je les veux près de moi, j’accepte. Toutes les 3 heures, je les change pour bien les réveiller, et je les mets aux seins (avec de l’aide au début pour la tétée en simultané). Je vois, sens et entends parfaitement qu’ils tètent très bien, prennent de bonnes quantités et lâchent le sein d’eux-même au bout de 15-20 minutes lorsqu’ils ont assez bu. Cette histoire de complément ne sert strictement à rien, mais je tire encore en plus entre les tétées. Mais mon corps a des limites et le lendemain on me demande de donner 10 ml de complément à chacun en plus des tétées. Je les vois arriver avec leurs biberons de lait artificiel… Je refuse et dois négocier avec le pédiatre, qui accepte finalement de ne pas donner de complément à condition que je les pèse avant et après chaque tétée pour vérifier qu’ils ont bien bu.
C’est absolument inutile à mes yeux, mais je n’ai pas le choix.

A partir du 4ième jour, j’arrive à installer seule mes bébés pour la tétée en simultané. La 7ième nuit, veille de mon départ de la maternité, une sage-femme exige que je l’appelle pour qu’elle puisse “observer et vérifier” comment je mets mes bébés au sein! C’était comme un examen de sortie, si je n’y arrivais pas, je ne pouvais pas sortir… J’ai donc patiemment changé mes bébés, les ai installés prudemment sur mon lit, ai positionné mon coussin d’allaitement, 1 bébé, puis l’autre, sous l’oeil scrutateur de la sage-femme qui a pu noter sur son dossier que j’étais apte à m’occuper de mes bébés seule… Je me suis sentie infantilisée au possible, mais nous avons pu rentrer à la maison.

Ma gynéco-bonne fée est passé chaque jour voir comment j’allais, répondre à mes questions, vérifier ma cicatrice, me tenir informée de l’évolution de mes prises de sang. Elle a été extra.

Nous sommes environ 1 an après la naissance de mes jumeaux. Ces histoires imparfaites mais avec beaucoup de bons côtés malgré tout, restent gravés dans mon coeur. Mon projet est de suivre une formation d’accompagnante à la naissance, afin d’aider les futures mamans à avoir confiance en elles, en leur ressenti, à leur apporter toute l’information nécessaire pour leur permettre de faire des choix éclairés, Leurs choix, et les rendre actrices de leur grossesse et de leur accouchement.

#306 S. accouchement de jumeaux prématurés, à Bruxelles – 2011

25 Nov

J’ai eu une grossesse difficile. Grossesse gémellaire monochoriale-biamniotique (un placenta – deux poches, jumeaux monozygotes). A 19 SA + 3 jours, on me diagnostique un syndrome transfuseur-transfusé (STT- dysfonctionnement du placenta, je passerai sous silence le fait qu’une semaine avant j’étais allée aux urgences car je savais qu’il y avait un problème mais je m’étais gentiment fait remballer). Mon monde s’effondre. Mon gynécologue est très humain et nous aide beaucoup. Il nous parle avec franchise et humanité. Les chances de perdre nos petits garçons sont grandes. Mais on tente le tout pour le tout : à 19SA + 5 jours, à l’aube, je subis un laser du placenta, opération très délicate dont on ne sait si elle va fonctionner. J’affronte cela seule, le papa n’étant pas autorisé à passer la nuit près de moi. Les jours passent, les bébés réagissent bien et j’évite la rupture de la poche des eaux. Les semaines se suivent et je subis maintes échographies (cardiaques, cérébrales, etc.) car le STT aurait pu laisser des séquelles chez les petits.  

12 janvier 2011, 31 SA+ 5 jours : échographie + contrôle du col. Tout va bien. On programme la césarienne au 24 février, à 38 SA (protocole après un laser…). Mon col est bien long et fermé. J’ai des contractions depuis un mois mais elles ne semblent pas avoir de conséquences.

Le soir, je me sens mal. Les contractions me gênent. Je vais dormir.

6h le lendemain, le 13 janvier. Je suis réveillée par une très grosse douleur aux reins. Je ne comprends pas ce que c’est. Mon ventre durcit. Je vais faire couler un bain. Mon mari débarque. Je lui dis que je contracte beaucoup et que j’ai mal au dos. Il chronomètre : contractions toutes les 3-5 min. « On va aux urgences »,  il me dit. Moi, naïve, « tout allait bien hier, laisse moi me laver d’abord ». Je me lave, sors du bain et m’habille. Passage aux toilettes et là, je vois que j’ai perdu le bouchon muqueux. Je comprends qu’il y a urgence. On prend la voiture. Il y a du verglas et des embouteillages. On met 2 heures pour arriver à la maternité (au lieu de 25 min). Un calvaire pour moi ! En route, j’appelle ma belle-mère qui est sage-femme. J’ai mal. Elle me rassure (bien que j’aie su après qu’elle avait compris que j’allais accoucher mais ne voulait pas me stresser. Elle, par contre était morte de stress, de peur que j’accouche en voiture).

J’arrive à la maternité. L’assistante (interne gynécologue) me reçoit froidement : « on vous a vue hier et tout allait bien ». Elle m’examine, mon col est ouvert à 2 cm. Elle me sangle au monitoring. J’ai mal, je pleure. Je me détache plusieurs fois pour aller vomir. La sage-femme râle de devoir remettre le monito. Mon gynécologue n’arrive pas : « il dit que les contractions sont fortes mais pas régulières. Il est occupé et viendra après, madame ». Pendant ce temps, je souffre. Mon mari est désespéré car il voit que ça ne va pas. Je ne suis pas de nature douillette mais là, je perds le contrôle. Mes séances d’haptonomie ne m’aident pas. Je ne peux percevoir les contractions comme une aide à faire sortir mes bébés car je ne veux pas qu’ils sortent. Je sais que ça ne va pas, je le sens, mais personne ne m’écoute. Je perds un peu de liquide amniotique et du sang. On appelle l’assistante : « Le gynécologue va vous examiner ». À 12h30 environ, après 3h30, mon gynécologue me fait venir en salle d’échographie. Il me voit arriver (en marchant ! ben oui, pourquoi aurais-je eu besoin d’une chaise roulante ???). Son visage se décompose. Après ces longs mois, il me connaît bien, sait que je ne suis pas douillette. Là, il perçoit ma douleur et me dit « Oh, vous semblez souffrir ». Echographie du col : il est effacé. Je suis ouverte à 5 cm environ.

Il panique ! On doit tenter d’arrêter le travail. Mais mes urines montrent une infection. On doit faire une ponction du liquide amniotique pour voir s’il est contaminé.

Là, je vis un moment surréaliste. On m’amène dans une pièce sombre. Je souffre comme pas possible, 2 gynécologues et 2 sages-femmes avec blouse et masque m’entourent. On m’enfonce une énorme aiguille dans l’utérus : « ne bougez pas madame ou l’aiguille va toucher la tête d’un bébé ». Je vois dans l’écran cette aiguille et la tête d’un de mes fils (H.) juste à-côté. Et moi qui contracte non stop, je dois souffrir sans bouger. Mon homme est blanc mais fort. Un roc !

On m’amène dans une chambre. Les sages-femmes s’y reprennent à 3 fois pour me mettre la perfusion. Il faut arrêter le travail ! Mais ma douleur n’est toujours par prise en compte. Tout d’un coup, le lit est trempé. La sage femme panique et appelle l’assistante. Celle-ci arrive et m’examine. Je suis à 8cm d’ouverture. Elle me regarde : « Désolée, on ne peut plus rien faire. On doit faire une césarienne ». Je pleure. Mon gynécologue arrive. « Mes bébés vont mourir ??? » « Non, vos enfants sont costauds. A ce stade ils sont viables».

Les salles de césarienne sont toutes occupées. Je dois descendre 11 étages plus bas, en salle d’opération. Mon mari ne peut donc pas venir. J’arrive. L’anesthésiste me pose la rachi-anesthésie. Le soulagement est quasi immédiat. Le gynécologue vient près de moi : «  Vos bébés sont forts. Vous devriez les appeler Nitro et Glycérine. Ils sont de la dynamite ! ». Je souris. Je me calme. J’ai confiance.

L’anesthésiste reste près de moi et me parle d’une voix douce pour m’expliquer ce qu’il se passe. Je sens  qu’on bouge dans mon ventre. Puis un cri. H. est sorti et pleure. Je pleure aussi car je réalise à quel point j’avais peur qu’il ne respire pas. Et mon soulagement est partagé. J’entends les pédiatres se réjouir. L’un d’eux amène H. près de moi. Je l’embrasse. « Madame, si vous le souhaitez, vous pourrez les allaiter ». Cette phrase du pédiatre fut un électrochoc. Et signa le début de mon combat pour que mes chéris n’aient que mon lait.

Pendant ce temps, J. est sorti. Mon deuxième amour crie aussi, un second cri de vie. Je l’embrasse.

Je suis arrivée à 9h et mes chéris sont nés à 13h54 et 14h. 1kg660 et 1kg770. Si petits mais si forts. J’apprends ensuite qu’ils devaient sortir, mon liquide était contaminé par l’infection.

Ils partent en néonat’, on me recoud, je vais 2h en salle de réveil. Je ne devais revoir mes loulous que le lendemain, mais les brancardiers, pédiatres et infirmières font tout pour que je puisse accéder à la néonatologie malgré mon état et mon immense lit que je ne peux quitter. Je peux donc faire du peau-à-peau. Ils sont petits mais j’ai confiance, ils seront battants.

Je demande un tire-lait. Malgré des infirmières peu coopérantes au début (malheureusement j’ai passé 2 jours au service de chirurgie gynécologique avant d’être transférée à la maternité, par manque de place), je m’accroche. Je tire mon lait toutes les 3 heures jours et nuits. Merci au personnel de la néonat qui m’a super soutenue. Ma montée de lait fut énorme. J’aurais pu nourrir 4 bébés.

Ils ne reçoivent que mon lait. Et 3 semaines après la naissance, ils tètent efficacement et sont de moins en moins gavés par sonde. Un mois après leur naissance, ils sortent (alors qu’ils devaient rester 2 mois à l’hôpital). Poids de sortie : 2kg320 et 2kg355. Mes chéris auront tété 32 mois, sevrés par l’arrivée dans mon bidou, de bébé 3.

J’ai un bon souvenir de la néonat (enfin vu le contexte car ça reste un traumatisme de vivre la prématurité). J’ai été soutenue, écoutée, encouragée dans mon allaitement.

Par contre, je reste traumatisée par mon accouchement. Je ne pense pas avoir vécu un accouchement réellement respecté. En tout cas, ma douleur et mon ressenti ne l’ont pas été durant le travail. La douleur non entendue, l’indifférence de l’assistante, la peur panique de perdre mes bébés… Je crois que d’écrire cela pour la première fois me libère un peu…

S.

Séverine, naissance de Samuel et Noah, Août 2012, en Seine et Marne

6 Juin

2012-08-13 17.32.50J’apprends lors de mon premier rendez-vous pour mon suivi de grossesse que j’attends des jumeaux ! Je suis émue, heureuse… et fière aussi !
Je connaîs bien mon gynéco, il m’a suivie pour mes grossesses précédentes (deux), c’est le chef de service, il exerce à l’hôpital, comme ça mon suivi se fait dans la mater ou j’accoucherai à 20km de chez moi. Il me dirige toutefois vers sa collègue, plus habituée aux « gémellaires et aussi plus disponible pour un suivi qui se doit d’être plus important que pour une grossesse simple. J’aurais donc droit à chacune de mes consultations à une échographie.
Ma grossesse se passe plutôt bien, mis à part l’inquiétude qu’une grossesse gémellaire peut apporter, la peur d’accoucher beaucoup trop tôt, de perdre un bébé, qu’il y en ait un des deux qui grossisse moins bien que l’autre…etc, et mis à part bien sure les douleurs et petits « bobos » habituels. J’ai quand même de très forte douleurs ligamentaires. A 6 mois, je suis aussi grosse qu’une singleton à terme. Mais ma gynéco est extra, elle me donne confiance, me dit de « m’écouter ». Le suivi est super ! Contrairement à mes grossesses précédentes pendant lesquelles j’ai du être hospitalisée car mon col s’ouvrait dès 4/5 mois de grossesse, là mon col tiens bon ! Je suis peut-être moins stressée, quoique.. !? Plus mûres aussi (j’ai 33 ans, j’en avait 20 et 21 pour mes filles), plus sereine, plus à l’écoute de mon corps.
A mon rendez-vous des 7 mois mon col est ouvert à 1 cm, je m’y attendais car j’avais eu plus de contractions ces derniers temps, mais je suis rassurée: à presque 32 SA mes bébés sont « viables » ! On ne vit pas une grossesse gémellaire comme une grossesse « simple », chaque semaine est une victoire ! On m’hospitalise 2 jours pour une cure de célestène, pour activer la maturation des poumons au cas où… Je m’y attendais, j’avais même préparer une petite valise ! Quand je sors de l’hôpital je termine les derniers petits achats pour les bébés, il vaut mieux se tenir prêts ! J’aimerai tenir encore 2 semaines…
Quelques jours plus tard, mon mari part travailler et peu après son départ j’ai comme une fuite urinaire, je vais au toilette et quelques minutes après, encore une ! Là je me dit que non, c’est un peu plus que ça ! La poche doit être fissurée, j’appelle mon mari pour qu’il revienne me chercher et on pars à la mater. Je n’ai pas plus de contractions que d’habitude, je me dit que peut-être on va m’hospitaliser pour essayer de faire tenir quelques jours de plus car je suis à 32 SA + 4 jours.
Arrivés aux urgences mater, on me confirme que je perds bien les eaux, on me fait un long monitoring, une échographie , perf… Le gynéco de garde veut me faire la cure de céléstène, je lui indique que je l’ai déjà eue ! (a-t-il lu mon dossier???) Sur le monito, les contractions sont quand mêmes régulières, mais pas douloureuses. Comme c’est une maternité de niveau II, il manque une semaine et demie pour que j’accouche ici, d’ailleurs on ne me dit pas que je vais accoucher, on me dit que je vais être transféré dans une mater de niveau supérieur, par chance il y a une place à moins de 50 km de chez moi ! On m’explique que peut-être on va pouvoir me faire tenir un peu plus ; 24h peut-être…
Je pars donc avec une ambulance du SAMU. Mon mari me rejoindra en voiture. Une équipe sympa, l’ambulancier met sa main sur mon ventre pendant les contractions, sa femme est enceinte, en fin de grossesse. Les contractions s’intensifient avec le trajet (ça remue une ambulance du SAMU!), elles deviennent douloureuses, et plus fréquentes, environ toutes les 5minutes.
Arrivés sur place, on ne me met pas en salle de naissance directement, mais dans une salle d’examen, on contrôle mon col, il est à 4cm, on ne pourra pas arrêter les contractions (sans blague?!). On me met en salle de naissance, me monitor, mon mari arrive, on nous laisse seuls, nous expliquant qu’on est quand même surveillés via le monitoring… Je suis sous anticoagulant depuis le début de ma grossesse, aussi on me dit que ça risque d’être limite niveau temps pour la péri car il faut un certain laps de temps entre la dernière injection et la péri (je ne sait plus combien…) , mais on appelle quand même l’anesthésiste. Moi je m’en fiche je n’en veut pas de la péri ! Les contractions sont maintenant bien douloureuses et très rapprochées, tout va si vite ! Je sers fort la main de mon mari à chaque contraction, j’essaie de souffler, de gérer la douleur . Je dit à mon mari que je sent que ça pousse, il appelle la sage-femme, elle me refait un TV, je suis à complète dilatation, je suis arrivée il y a une heure environ ! Une échographe arrive, mon mari la préviens qu’elle n’aura sans doute pas le temps elle fait vite, très vite (les bébés n’ont pas changés de place : J1 en céphalique, J2 en siège latéral.) Je dit à mon mari qu’il faut quand même se décider pour le prénom du 2ème car on ne s’était toujours pas mis d’accord ! La sage-femme appelle son équipe RAPIDEMENT ! Tout le monde arrive dans la salle de naissance : en plus de l’échographe et de la sage femme déjà là, une autre sage femme, deux puéricultrices, deux obstétriciens, deux infirmières, l’anesthésiste…12 personnes au total !
L’anesthésiste me met sous un masque avec du protoxyde d’azote. On me dit de pousser, mais il y a tant de monde et tout va tellement vite que je suis un peu « déconnectée », mon mari me le répète, là je capte ! Je pousse fort, une fois, Samuel est là ! On me le tend pour un petit bisous bisou, puis on doit l’emmener. Même après J2 n’est toujours pas dans le bon sens, on doit me faire « une version interne » , sans péri, je le sens passé, c’est vraiment pas agréable ! En plus c’est l’élève obstétricienne qui essaie en premier, et… n’y arrive pas, alors le gynéco en chef recommence ! Lui me fait vraiment mal ! Mais ça y est, bébé est dans le bon sens, je peu pousser, une fois, deux fois, et Noah est là ! Oh c’est magique! Lui aussi un petit bisous et il pars ! Je suis heureuse, les larmes aux yeux. Mon mari pars voir les petits, il reviens avec les puéricultrices et nos deux bébés dans une couveuse ! Ils me les ont emmenés que je les vois avant de les emmenés en néo-nat. Ils sont plus gros que ce que j’avais imaginé vu le terme : 1kg7 et 1kg9 ! Ils respirent seuls ! De vrais champions !
Je n’ai pas eu d’épisio, juste une petite (vraiment petite) déchirure. On me garde 2 heures en observation, je suis debout juste après ! Je retournerais voire mes deux merveilles vers 22h dans le service de néonat’. Ils y resteront 2 semaines, puis 2 semaines en néonat de l’hôpital près de chez moi. Des vrais champions !
J’ai commencé à perdre les eaux à midi, mes fils sont nés à 16h53 et 17h04, tout à été très vite, s’est bien passé, et je garde un bon souvenir de mon accouchement.

Séverine – 2012, Seine et Marne – accouchement respecté de jumeaux

8 Mai

Samuel & Noah, les jumeaux de Séverine

Séverine, naissance de Samuel et Noah, 13Août 2012, en Seine et Marne.

J’apprends lors de mon premier rendez-vous pour mon suivi de grossesse que j’attends des jumeaux ! Je suis émue, heureuse… et fière aussi !
Je connaît bien mon gynéco, il m’a suivie pour mes grossesses précédentes (deux), c’est le chef de service, il exerce à l’hôpital, comme ça mon suivi se fait dans la mater où j’accoucherai à 20km de chez moi. Il me dirige toutefois vers sa collègue, plus habituée aux « gémellaires et aussi plus disponible pour un suivi qui se doit d’être plus important que pour une grossesse simple. J’aurais donc droit à chacune de mes consultations à une échographie.
Ma grossesse se passe plutôt bien, mis à part l’inquiétude qu’une grossesse gémellaire peut apporter, la peur d’accoucher beaucoup trop tôt, de perdre un bébé, qu’il y en ait un des deux qui grossisse moins bien que l’autre, etc., et mis à part bien sûr les douleurs et petits « bobos » habituels. J’ai quand même de très forte douleurs ligamentaires. A 6 mois, je suis aussi grosse qu’une singleton à terme. Mais ma gynéco est extra, elle me donne confiance, me dit de « m’écouter ». Le suivi est super ! Contrairement à mes grossesses précédentes pendant lesquelles j’ai du être hospitalisée car mon col s’ouvrait dès 4/5 mois de grossesse, là mon col tient bon ! Je suis peut-être moins stressée, quoique.. !? Plus mûre aussi (j’ai 33ans, j’en avait 20 et 21 pour mes filles), plus sereine, plus à l’écoute de mon corps.
A mon rendez-vous des 7 mois mon col est ouvert à 1cm, je m’y attendais car j’avais eu plus de contractions ces derniers temps, mais je suis rassurée : à presque 32 SA mes bébés sont « viables » ! On ne vit pas une grossesse gémellaire comme une grossesse « simple », chaque semaine est une victoire ! On m’hospitalise 2 jours pour une cure de célestène, pour activer la maturation des poumons au cas où… Je m’y attendais, j’avais même préparé une petite valise ! Quand je sors de l’hôpital je termine les derniers petits achats pour les bébés, il vaut mieux se tenir prêts ! J’aimerai tenir encore 2 semaines…
Quelques jours plus tard, mon mari part travailler et peu après son départ j’ai comme une fuite urinaire, je vais au toilette et quelques minutes après, encore une ! Là je me dit que non, c’est un peu plus que ça ! La poche doit être fissurée, j’appelle mon mari pour qu’il revienne me chercher et on part à la maternité. Je n’ai pas plus de contractions que d’habitude, je me dit que peut-être on va m’hospitaliser pour essayer de faire tenir quelques jours de plus car je suis à 32 SA + 4 jours.
Arrivés aux urgences mater, on me confirme que je perds bien les eaux, on me fait un long monitoring, une échographie, une perf… Le gynéco de garde veut me faire la cure de céléstène, je lui indique que je l’ai déjà eue ! (a-t-il lu mon dossier???) Sur le monito, les contractions sont quand mêmes régulières, mais pas douloureuses. Comme c’est une maternité de niveau II, il manque une semaine et demie pour que j’accouche ici, d’ailleurs on ne me dit pas que je vais accoucher, on me dit que je vais être transférée dans une mater de niveau supérieur, par chance il y a une place à moins de 50km de chez moi ! On m’explique que peut-être on va pouvoir me faire tenir un peu plus ; 24h peut-être…
Je pars donc avec une ambulance du SAMU. Mon mari me rejoindra en voiture. Une équipe sympa, l’ambulancier met sa main sur mon ventre pendant les contractions, sa femme est enceinte, en fin de grossesse. Les contractions s’intensifient avec le trajet (ça remue une ambulance du SAMU!), elles deviennent douloureuses, et plus fréquentes, environ toutes les 5 minutes.
Arrivés sur place, on ne me met pas en salle de naissance directement, mais dans une salle d’examen, on contrôle mon col, il est à 4cm, on ne pourra pas arrêter les contractions (sans blague?!). On me met en salle de naissance, me place sous monitoring, mon mari arrive, on nous laisse seuls, nous expliquant qu’on est quand même surveillés via le monitoring… Je suis sous anticoagulant depuis le début de ma grossesse, aussi on me dit que ça risque d’être limite niveau temps pour la péri car il faut un certain laps de temps entre la dernière injection et la péri (je ne sait plus combien…), mais on appelle quand même l’anesthésiste. Moi je m’en fiche je n’en veut pas de la péri ! Les contractions sont maintenant bien douloureuses et très rapprochées, tout va si vite ! Je sers fort la main de mon mari à chaque contraction, j’essaie de souffler, de gérer la douleur. Je dis à mon mari que je sens que ça pousse, il appelle la sage-femme, elle me refait un TV, je suis à complète, je suis arrivée il y a une heure environ ! Une échographe arrive, mon mari la prévient qu’elle n’aura sans doute pas le temps elle fait vite, très vite (les bébés n’ont pas changés de place : J1 en céphalique, J2 en siège latéral.) Je dis à mon mari qu’il faut quand même se décider pour le prénom du 2ème car on ne s’était toujours pas mis d’accord ! La sage-femme appelle son équipe RAPIDEMENT ! Tout le monde arrive dans la salle de naissance : en plus de l’échographe et de la sage femme déjà là, une autre sage-femme, deux puéricultrices, deux obstétriciens, deux infirmières, l’anesthésiste… 12 personnes au total !
L’anesthésiste me met sous un masque avec du protoxyde d’azote. On me dit de pousser, mais il y a tant de monde et tout va tellement vite que je suis un peu « déconnectée », mon mari me le répète, là je capte ! Je pousse fort, une fois, Samuel est là ! On me le tend pour un petit bisou, puis on doit l’emmener. Même après J2 n’est toujours pas dans le bon sens, on doit me faire « une version interne » , sans péri, je le sens passé, c’est vraiment pas agréable ! En plus c’est l’élève obstétricienne qui essaie en premier, et… n’y arrive pas, alors le gynéco en chef recommence ! Lui me fait vraiment mal ! Mais ça y est, bébé est dans le bon sens, je peux pousser, une fois, deux fois, et Noah est là ! Oh c’est magique! Lui aussi un petit bisou et il part ! Je suis heureuse, les larmes aux yeux. Mon mari part voir les petits, il revient avec les puéricultrices et nos deux bébés dans une couveuse ! Ils me les ont emmenés pour que je les vois avant de les emmener en néo-nat. Ils sont plus gros que ce que j’avais imaginé vu le terme : 1kg7 et 1kg9 ! Ils respirent seuls ! De vrais champions !
Je n’ai pas eu d’épisio, juste une petite (vraiment petite) déchirure. On me garde 2 heures en observation, je suis debout juste après ! Je retournerais voire mes deux merveilles vers 22h dans le service de néonat’. Ils y resteront 2 semaines, puis 2 semaines en néonat de l’hopital près de chez moi. Des vrais champions !
J’ai commencé à perdre les eaux à midi, mes fils sont nés à 16h53 et 17h04, tout a été très vite, s’est bien passé, et je garde un bon souvenir de mon accouchement.

Séverine

Les jumeaux de Séverine, Samuel et Noah

Les jumeaux de Séverine, Samuel et Noah

Pauline, dans le territoire de Belfort, Franche-Comté

5 Avr

J’ai accouché de mes jumeaux en 2007, j’étais jeune, c’était mes premiers, mais je savais déjà que je voulais essayer d’accoucher sans péridurale. Malheureusement, pour une grossesse gémellaire on ne nous laisse pas vraiment le choix. Le risque de césarienne est très important. Mais quand je suis arrivée en salle d’accouchement vers 14h après avoir eu un décollement des membranes la veille, et la perte du bouchon muqueux deux jours avant, suivie de contractions de plus en plus douloureuses, je voulais quand même résister aux personnels de l’hôpital. Je me sentais plutôt bien pourtant, j’avais mal mais la douleur était encore supportable. Mais la sage-femme, l’anesthésiste et le médecin m’ont fortement incitée à prendre la péridurale.

J’ai donc cédé, on m’a emmenée faire une radio pour voir comment les bébés étaient placés, et on m’a dit qu’à mon retour j’aurais la péridurale. Je suis partie avec une boule dans la gorge et les larmes aux yeux. Lorsque je suis revenue, l’anesthésiste m’a posé la péri avec bien du mal car j’avais le dos « plein d’eau ». J’ai commencé à ressentir les effets mais que du côté droit. Je dois avouer que ça m’a soulagée bien-sûr de mes contractions mais surtout des touchers vaginaux qui sont finalement le plus douloureux (enfin pour moi, et on ne s’y attend pas). Sans oublier que je suis restée au moins 20 minutes les jambes en l’air pendant qu’un interne cherchait à prélever du sang sur la tête du premier bébé pour mesurer son taux d’oxygène dans le sang. Je ne pense pas que j’aurais pu supporter ça sans anesthésie. Mais finalement le prélèvement n’était pas assez important pour être utilisé.

Les heures ont passé (assez vite d’ailleurs) et vers 18h/19h, on a commencé à me parler de la césarienne car mon fils commençait à avoir des soucis de rythme cardiaque. Les contractions ne faisaient pas effet, le travail n’avançait pas. L’anesthésiste est venu me voir à plusieurs reprises pour comprendre pourquoi la péri ne marchait qu’à droite, et moi qui lui faisais remarquer que de toute façon je savais que c’était pas toujours fiable (d’après d’autres témoignages), et que ça ne m’étonnait pas. Bref, c’est finalement le chef du service qui est venu, mais il n’a pas réussi à débloquer la situation. J’avais un peu l’impression que c’était de ma faute, à la façon dont il m’expliquait les choses…

A 19h30 environ on m’emmène au bloc pour la césarienne, je dis « à tout à l’heure » à mon homme, et je pars pour l’inconnu, mais j’avoue avec une pointe de soulagement car j’avais quand même une grosse appréhension d’accoucher de deux bébés… normal je pense. L’anesthésiste m’enlève alors le cathéter de la péri, et me pose une rachi-anesthésie puisque la péri ne fonctionne qu’à moitié. J’ai envie de faire remarquer que la péridurale n’est pas si indispensable que ça vu qu’on peut faire une rachis-anesthésie en peu de temps et qui fonctionne suffisamment longtemps pour la césarienne. Mais évidement je ne dis rien ce n’est pas le moment. On me perfuse les bras en croix. J’ai envie de vomir, j’appelle faiblement les infirmières ou autres qui papotent derrière moi et elles arrivent juste à temps pour me passer un haricot. Ensuite tout va très vite, je sens qu’on me badigeonne le ventre, je ne sens que des picotements. Mes bébés sont « sortis » l’un après l’autre, à 20h10 et 20h11. On me les montre vite-fait, et on les emmène pour s’occuper d’eux. On me dit que mon fils a des difficultés respiratoires et qu’il va passer la nuit en néo-nat, mais rien de grave. Une fois en salle de réveil, on m’amène ma fille, que je peux allaiter. Et mon mari est là, alors qu’il n’a pas le droit normalement. On me dit qu’on m’apportera une photo de mon fils dans la soirée. Je trouve que c’est une bonne idée, mon mari va de toute façon vers lui, alors je suis rassurée.

Quand je fais le bilan de cet accouchement, j’ai le sentiment de ne pas avoir fait grand-chose, je me suis laissée convaincre, conduire et accoucher, et je suis devenue mère sans vraiment réaliser.

La première nuit, on m’a laissée tranquille, je voulais allaiter, mais j’ai accepté les compléments, pour la première nuit car j’étais épuisée. On m’a emmené ma fille vers 5 heures du matin, et j’ai été voir mon fils à midi. Je l’ai vite récupéré après. La deuxième nuit, j’ai voulu qu’on m’apporte mes enfants au moment des tétées. Une auxiliaire de puériculture m’aide à mettre mes deux bébés aux seins en même temps, et me plante là, toute seule avec eux… Je précise que je suis en service gynécologie et que mes bébés sont en pouponnière en maternité, et que le personnel n’a pas le temps, la nuit, de rester ou revenir toutes les 5 minutes pour m’aider. Je le comprends maintenant, mais je leur en voulais beaucoup de me laisser seule, comme ça.

Je pensais que ça irait mieux arrivée en maternité, mais le baby-blues s’en est mêlé, et la difficulté d’allaiter deux bébés, ainsi que les douleurs dues à la césarienne ne m’ont pas aidée.

Il y a des puéricultrices qui m’aident et celles qui me proposent le biberon. Je cède en me disant que je vais continuer à tirer mon lait à côté, et qu’une fois à la maison je reprendrai l’allaitement. Mais je dois avouer que je me sens mieux psychologiquement. Mes bébés mangent enfin normalement, ils reprennent du poids, et je revis. Mais je suis quand même très fatiguée, et je demande tous les soirs à ce qu’on me les prenne pour la nuit. Les puéricultrices me font quand même la leçon, comment est-ce que je vais faire à la maison, je serai obligée de m’occuper d’eux la nuit. Je le sais bien, tout ce que je veux c’est me reposer, pour justement être en forme à la maison. Je reste à l’hôpital sept jours, et jusqu’au bout les puéricultrices ne me lâchent pas pour la nuit. Heureusement qu’une sage-femme me soutient, si bien que je ne garde mes bébés vers moi qu’une nuit, la dernière. Je vais quand même réussir à dormir trois heures…

Le retour à la maison s’est très bien passé, et j’ai pu m’épanouir en tant que maman de merveilleux jumeaux. J’avais abandonné l’allaitement, mais je savais que j’essaierais à nouveau pour mon troisième enfant.

Je dois avouer que malgré quelques fausses notes, j’ai été respectée, mais je garde tout de même un sentiment d’isolement, d’incompréhension.. Ma mère me disait que lorsqu’elle a accouché de moi, il y a une vingtaine d’années, elle avait adoré son séjour à la maternité. Elle y avait été en avance, il l’avaient gardé, elle n’avait pas eu de péridurale, elle avait réussi son allaitement. Et elle n’avait même pas envie de rentrer tant on s’occupait bien d’elle et de moi. La différence de témoignages est tout de même saisissante !

Je ne vais pas raconter dans les moindres détails mon deuxième accouchement, 4 ans plus tard. Mais je vais tout de même dire qu’il m’a réconciliée avec ce moment important de la vie d’une femme. Cette fois-ci j’attendais un seul bébé, une fille, et du coup tout était plus détendu. Je savais que je voulais « encore » essayer sans la péridurale mais que je la prendrais si c’était trop dur, je ne voulais pas vivre encore une déception. Je l’ai finalement prise car le travail avait eu beaucoup de mal à commencer, et j’avais déjà beaucoup souffert. Ensuite tout est allé très vite, et ma puce est arrivée sans problème, j’ai pu la sortir moi-même, et la poser sur mon ventre. J’ai allaité sans problème, et j’ai continué pendant 13 mois. Le séjour à la maternité a été beaucoup plus « cool » que le premier, je m’en sortais très bien, je dormais avec ma puce sur moi, mais j’avais quand même hâte de sortir.

Je pense un jour avoir un quatrième enfant, et cette fois j’espère réussir à ne pas prendre la péri, pour savoir réellement ce qu’est un accouchement, pouvoir sentir le bébé passer.

#235 Muriel : Accouchement de rêve, début d’allaitement traumatisant (avec des jumeaux dedans)‏ Loire-Atlantique

7 Mar

1ère partie : l’accouchement de rêve…

Février 2011. J’apprends que je suis enceinte. Chouette!
C’est ma troisième grossesse, tout naturellement, je m’inscrit tout de suite dans la maternité où j’ai accouché pour mes aînées, puisque ça s’était très bien passé. C’est un lieu que j’avais déjà choisi bien avant d’être enceinte pour la première fois, parce qu’il correspondait à ce que j’attendais : qu’on me respecte, moi et mon bébé, qu’on nous accompagne dans ce moment, en douceur, sans en faire « trop ».
1ère écho: oups ! Y’en a 2 ! On s’y attendait un peu, on est ravis.
Ça amène beaucoup de questions, je me demande si je vais tout de même pouvoir accoucher comme je le souhaite, sans surmédicalisation, sans péridurale, etc… Au final pas de soucis, on respecte totalement tous mes désirs/choix.

Début de la 37ième SA, je dis à mon homme combien je suis contente d’être arrivée jusque-là, que maintenant, ils sont en forme, et qu’il y a peu de chance qu’ils aient des soucis à la naissance. Il me dit super, tu accouches ce week-end!

37 SA + 2 jours :

Il est 6h30 du matin. Ma fille me réveille en pleurant un peu dans son sommeil, et là, je sens que je suis trempée… Je réveille mon homme : « chéri, attrape mon peignoir, je perds les eaux … ». Lui, grave sur le coup (alors que d’habitude, il lui faut une bonne heure pour émerger du sommeil… ) réagit direct !

On se lève, petite douche et petit dèj rapide, on prépare les filles, les dépose chez une copine et hop, en route pour la maternité !

Vers 8h : arrivée à la maternité, on me pose le monito, j’ai des petites contractions, mais rien de plus que pendant la grossesse, pas de douleur. Ils sont un peu occupés, ma sage-femme me laisse jusque 9h30 : elle m’examine : col déjà ouvert à « 2…3…4… ah non, 5 ! »

On me fait passer en salle d’accouchement, je suis toujours tranquille, je ressens aucune douleur, tout juste si je sens que j’ai des contractions…

Je leur dis que je ne souhaite pas de péridurale, ça ne pose pas de problème (tant mieux, parce que je me serais pas laissée faire !!).

Mon homme passe le temps en réparant la porte de la salle d’accouchement qui refusait de se refermer (ben oui, je suis pas particulièrement pudique, mais bon quand même…).

Vers 10h30, je fais des tours de lits pour accélérer la venue des contractions, un aller-retour et hop, je m’assois le temps de la contraction, toujours pas vraiment mal, mais ça commence à être désagréable quand je suis debout pendant les contractions, c’est tout.

Vers 11h, ma sage-femme me réexamine et dit que je suis à 8, mais que le col est bien effacé, que je vais bientôt pouvoir essayer de pousser.

Je change de position, mais je ne suis pas bien, je rechange, elle veut me reposer un monito, elle est donc à côté de moi, je lui dis que je sens que ça pousse, que j’ai envie de pousser, et finalement que je pousse (tout ça dans la même phrase !!). Je pousse, une fois, et,  sans difficulté et sans douleur, voilà mon fils au bout du lit, sans personne pour l’accueillir, la sage-femme s’est faite surprendre (elle s’en excusera après, mais y’avait vraiment pas de quoi !), elle est toujours à côté de moi à essayer de poser le monito !

Elle en oubli même de regarder l’heure pendant un moment puis la demande à mon homme : D’un coup tout s’agite, elle appel dans le couloir, le gygy débarque avec du monde pour faire l’écho et voir ce que fait ma puce en attendant de sortir : tout va bien, elle a toujours la tête en bas. J’ai mon fils dans les bras, il est calme, il n’a pas pleuré, il a les yeux grand ouverts et me regarde, tout curieux de découvrir le monde…

Son papa coupe son cordon.

La sage-femme perce la poche de ma puce. Le gygy me dit de pousser quand je sentirai la prochaine contraction, j’en sens pas… j’attends… mais je sens rien. Je donne mon fils à son papa, et j’essaie quand même de pousser, je sens la tête de ma fille sortir, mais c’est plus dur que pour son frère, je sens que ça coince, je commence à fatiguer et à me demander si je vais trouver la force… Finalement, en 3 poussées, elle est dehors, et je comprends alors pourquoi c’était plus difficile : elle a le cordon autour du cou, du pied et du bras. On la libère, elle est en pleine forme et se rendort directement sur moi. Ils ont tout juste 10mn d’écart. Je coupe son cordon.

J’expulse les 2 placentas en une poussée, et on nous laisse tous les 4.

Je reprends mes 2 amours sur moi, et on savoure…

Le lendemain je demanderai à mon homme si j’ai rêvé ou si l’accouchement a vraiment été aussi facile et sans douleur que dans mon souvenir, lui non plus n’en revient pas, mais oui, ça a vraiment été un accouchement de rêve…

On l’a presque fait seuls finalement, la sage-femme n’était pas loin, mais c’est tout, pas d’équipe de 15 personnes comme beaucoup de maman de jumeaux l’ont vécu… Respect total de nos souhaits. Parfait.

Le séjour à la maternité qui a suivi a été beaucoup plus difficile, mais cet accouchement que je craignais un peu en raison de tous les inconnus liés aux jumeaux aura finalement été le plus facile de mes 3 accouchements.

2ème partie : Le séjour à la maternité, ou comment on a tenté de saboter notre allaitement…

J’avais donc déjà 2 filles, que j’ai chacune allaitée pendant 1 an environ, sans soucis majeur, ça n’a été que du bonheur.
Lorsque j’ai appris que j’attendais des jumeaux, la question ne s’est même pas posée (dans mon esprit en tout cas), il était évident que j’allaiterais ces 2 bébés de la même façon que j’avais allaité les autres. 2 bébés, 2 seins, pas de problème.
Bien sûr, quand j’annonçais la nouvelle autour de moi, les gens me posaient souvent la question d’un air surpris (au minimum…) : « tu vas les allaiter ? », mais je n’aurais jamais cru que le fait de croire qu’on ne peut pas allaiter 2 enfants était parvenu jusque dans ma maternité…

Car en ce lieu que j’avais choisi depuis toujours pour venir mettre au monde mes enfants, dans cette maison de la naissance où je me suis sentie si bien, où j’ai senti tout le soutien dont j’avais besoin pour démarrer mes premiers allaitements (surtout le premier, une jeune maman se pose toujours beaucoup de questions…), ce lieu où l’on encourage pourtant les mamans au cododo, à garder leurs enfants près d’elles au lieu de les laisser en nurserie la nuit, ce lieu où bien sûr, l’allaitement est soutenu et mis en avant, je n’aurais jamais cru que l’on puisse y faire autre chose que de me soutenir dans mon choix (et encore moins tenter carrément d’aller à son encontre…).
Et pourtant, après un accouchement de rêve, j’ai eu droit à un séjour en maternité désastreux, déprimant, destructeur, traumatisant…

Je ne sais pas si c’est le fait d’avoir été rapidement prise en charge par le service de néonatalogie (au lieu du service normal comme lors de mes autres séjours), mais très rapidement, j’ai eu le sentiment d’être complètement dépossédée de mon rôle de mère.
Pourtant mes enfants étaient en pleine forme, avec des poids « respectables » pour des jumeaux.
Mais mon fils avait un taux de sucre un peu faible à la naissance, du coup, malgré le fait que les premières tétées s’étaient bien passées, ont lui a très vite donné des compléments (sans vraiment me laisser le choix, en me faisant bien comprendre que je serais une criminelle de ne pas accepter…). Rapidement, gavé par les compléments, il n’avait pas faim au moment où on me disait de le réveiller pour le faire téter (au bout de 3 heures), donc, il ne tétait pas, donc, il fallait « absolument ! » lui donner un complément… Le cercle vicieux était lancé…
Ma fille tétait aussi très bien, pas de problème de sucre, mais comme elle ne tétait pas assez longtemps à leur goût (elle s’endormait après quelques minutes), il a vite « fallu » la complémenter elle aussi, ce qui a bien sûr eu sur elle le même effet que sur son frère…
Ma montée de lait est arrivée, mes seins ont explosé, j’ai eu des douleurs atroces, parce que du coup, aucun des deux bébés ne pouvaient plus me désengorger les seins…

Ils tétaient de moins en moins, avaient de plus en plus de compléments…
Avec les changements d’équipe, je rencontrais au minimum 4 ou 5 personnes différentes par jours, et donc 4 ou 5 discours différents…
Je faisais ce qu’une personne me disait (« comme ils prennent bien, vous pouvez ne pas donner le complément systématiquement, mais seulement s’ils ont encore faim après la tété »), pour me faire engueuler pas la suivante (« mais non ! Il faut leur donner le complément systématiquement, pour qu’ils reprennent du poids !! »), bref, on m’a complètement infantilisée, irresponsabilité, on a absolument pas écouté mes sentiments et mes instincts de mère (qui avait quand même déjà allaité 2 bébés…), et on m’a même souvent totalement méprisée (par exemple une nuit, alors que je discutais avec la puéricultrice de l’utilité d’un complément qu’elle voulait donner à un de mes petits –pas que j’étais radicalement contre, simplement, je voulais être sûre que chacun d’eux soit vraiment nécessaire, afin de laisser une chance à mon allaitement- je l’ai entendu me répondre qu’elle n’avait pas l’intention de « batailler » avec moi toute la nuit et qu’elle allait m’envoyer le pédiatre ! Constructif ce genre de menace…).
Plus les jours passaient, plus je me sentais mal, je me sentais fliquée, je devais demander l’autorisation avant de mettre mes enfants au sein, le faire en présence d’un membre du personnel (afin qu’ils vérifient s’ils tétaient correctement et viennent donner le complément). On me disait que ce n’était pas dramatique de ne pas les allaiter, et que peut-être plus tard, ils auraient envie d’y revenir… On m’a forcé à les mettre au biberon (au début, ils étaient au doigt-seringue) si je voulais rentrer chez moi, bref, un cauchemar, je n’avais qu’une hâte : partir !!!

J’y suis finalement parvenue, je suis rentrée chez moi (parce que je me suis battue et que les petits pouvaient y être suivi par une sage-femme).
Avec le sentiment de sortir de prison…
Avec mon fils qui prenait le sein + des compléments, et ma fille qui ne tétait pratiquement plus…
J’ai vécu des moments très difficiles, parce que même si je me disais que le plus important était qu’ils aillent bien, allaiter fait pour moi tellement parti de mon rôle de mère, que ne pas y parvenir aurait été pour moi une souffrance énorme…

Depuis le début, je sentais bien que ces fichus compléments coupaient l’appétit de mes enfants, les gavaient, et que 3h après, ils n’avaient pas faim ! Je voyais bien que quand ils n’en prenaient pas, ils tétaient beaucoup mieux, plus efficacement, plus longtemps. Mais les pédiatres et les puéricultrices de la maternité (du moins, presque tous), m’avaient tellement culpabilisée sur le poids de mes loulous, m’avaient fait me sentir tellement inutile et irresponsable (comme si j’allais laisser mes enfants crever de faim…), que je doutais de moi, de mon jugement, de ma capacité à savoir ce qui était bon pour eux.

Fort heureusement, il y a eu ma sage-femme, celle qui m’avait déjà suivie pour mes précédentes grossesses, celle qui me connaît un peu, sait que je ne suis pas irresponsable. Elle m’a fait confiance, en marchant sur des œufs, elle m’a laissé juste assez de marge de manœuvre, m’a offert suffisamment de confiance pour que je puisse relancer mon allaitement.
Elle m’a laissé tenter de ne pas donner de complément à mon fils, il a continué à prendre du poids. Elle a pris du temps pour m’aider à faire téter ma fille, elle a recommencé à téter, j’ai pu diminuer ses compléments. Puis, comme je ne supportais plus de galérer pendant des heures à tenter -en vain- de réveiller ma puce, avant de devoir la gaver de force avec le biberon, j’ai tenté de supprimer ses compléments également. Elle a tout de suite mieux tété. C’est même là que j’ai entendu ses pleurs de faim pour la première fois (je n’aurais jamais cru qu’entendre l’un de mes enfants pleurer puisse m’apporter autant de joie), elle s’éveillait, enfin !!

J’ai pu enfin ranger mon tire-lait et mes biberons. Ils avaient presque 3 semaines. 3 semaines de perdues, 3 semaines de gâchées… Et les doutes semés en moi par ces personnes à la maternité m’ont encore hantée quelques temps… Et puis, ils se sont estompés, petit à petit…

J’ai chaleureusement remercié ma sage-femme hier (en lui offrant des chocolats !!), parce que même si elle n’a pas fait grand-chose dans la pratique, je pense que sans son soutien et sa confiance, je n’aurais sans doute pas retrouvé celle que j’avais en moi-même et en mes capacités de mère, et je n’aurais sans doute pas réussi à allaiter ma fille.

Ensuite, tout est rentré dans l’ordre, mon allaitement n’a été que du bonheur.
Les allaiter séparément m’apportait la même joie immense que pour mes filles. Les allaiter ensemble, voir leurs 2 petites têtes et leurs petits yeux derrière mes seins en même temps me comblait à point que je n’aurais même pas imaginé…
Mais je m’interroge : et si ça avait été mes premiers enfants ? Et si je n’avais pas déjà l’expérience et l’assurance d’une mère qui a déjà allaité plusieurs bébés, aurais-je tenu ? Serais-je arrivée à allaiter mes enfants ?
Je suis persuadée que non.
Je suis quelqu’un qui a du caractère, je ne me laisse pas facilement démonter, mais malgré cela, ils ont réussi à me faire douter de moi et de mes bébés, alors une jeune maman sans expérience n’aurait eu aucune chance… Elle serait sans aucun doute passée à côté de la joie immense d’allaiter ses bébés.
Tout ça parce que des gens pensent savoir ce qui est le mieux pour nous (et nos bébés).
Tout ça parce que les préjugés idiots ont la peau dure et que certains croient que ce qui sort de l’ordinaire est impossible…
Je trouve cela injuste, les mamans de jumeaux devraient recevoir encore plus que les autres le soutien nécessaire à l’accomplissement de leur allaitement, et pas se voir mettre des bâtons dans les roues par des personnes qui ne savent sans doute même pas de quoi elles parlent !! »

Aujourd’hui, ils ont 17 mois, ma fille tète encore et mon fils boit encore mon lait que je tire pour lui ( depuis qu’il refuse de boire à la source…), j’en suis fière, j’y suis parvenue, malgré eux.
Pourtant, contrairement à ce que j’espérais à l’époque, et malgré tout le bonheur que m’ont apporté ces long mois d’allaitement avec eux, ces débuts difficiles ont laissé une trace en moi, comme une plaie ouverte, quelque chose qu’on m’a volé et que je ne pourrais jamais récupérer…

#118 Une maman médecin

17 Fév

Bonjour,
je vous adresse mon témoignage qui va porter sur plusieurs services d’un CHU. Petit détail, je suis médecin moi même dans le même CHU.
Après une grossesse gémellaire très compliquée ou seuls les bébés étaient au centre des discussions et attentions, j’ai été hospitalisée pour un traitement de maturation des poumons pendant 15 jours, les médecins et équipes étaient très prévenants, m’expliquaient tout et répondaient a mes questions. Puis, à 30 SA, le doppler d’un des bébés (réalisé par une sage femme car mon praticien était absent) s’est révélé mauvais. Sans plus d’explications et après 2 heures d’attente sans avoir mangé depuis le matin, un jeune médecin vient m’annoncer qu’il faut faire naître les bébés et que je vais être emmenée au bloc malgré mon refus catégorique sans avis préalable de mon praticien (c’était un vendredi, elle devait revenir le lundi). J’ai dit vouloir être hospitalisée pour être surveillée mais ça n’a pas été possible. J’ai attendu encore 3 heures pour m’entendre dire que finalement la césarienne aurait lieu sous anesthésie générale. Au bloc, complètement paniquée, non sédatée, une infirmière a eu l’excellente idée de me placer la sonde urinaire alors que je me débattait et souffrait le martyr, mes enfants sont nés à 1 minute d’intervalle et ont été emmené immédiatement en réanimation.
J’ai été placée dans une chambre au milieu de toutes les mamans avec leurs bébés réclamant leurs soins alors que j’étais privée des miens après avoir été vidée comme un poisson. Visite courtoise du jeune chirurgien pour qui tout s’était bien passé mais j’avais un hématome de la taille d’un ballon de foot dans l’entrejambe… et il fallait quand même que je parte 3 jours après car ils manquaient de place, des mamans restaient couchées sur leur lit de bloc alors que moi je n’avais que le ventre ouvert et 2 bébés en train de se battre pour survivre 2 étages plus haut.
L’hospitalisation de mes enfants en réanimation néonat a été exemplaire, 1 infirmière pour 2-3 bébés maxi, disponible et adorables, compréhensives et compétentes, humaines. ensuite ils sont partis en soins intensifs, une peu plus livrés a nous même car une infirmière pour 4 ou 5, parfois des mots déplacés mais souvent écoutés et rassurés. Sauf pendant une semaine ou malgré mes remarques concernant la fatigue d’un de mes bébés, mes inquiétudes n’ont trouvé pour réponse que : arrêtez de les rendre plus malades qu’ils ne sont. Le lendemain matin, appel de l’hôpital mon bébé est en train de mourir. Il s’en ira après 3 arrêts cardiorespiratoire et réanimation, le soir même. Nous saurons après que dès le second arrêt il n’y avait plus d’espoir mais l’équipe formée a ces drames savent qu’il faut laisser le temps aux parents d’espérer et de renoncer tant que le bébé ne souffre pas. Ce fut notre cas, nous avons pu l’accompagner jusqu’au bout en le tenant dans nos bras, entourés de tout l’amour de l’équipe de réa, et avons passé la nuit auprès de son corps. Les médecins l’ayant pris en charge pour les différentes interventions de sauvetage sont venues nous réexpliquer tout le déroulement de la journée et nous entourer de leur bienveillance. L’infirmière cadre nous a accompagnés le lendemain à la morgue et nous a indiqué les démarches, notre autre bébé a été de suite et sans demande particulière de notre part dans une autre chambre, seul loin de celle ou ils étaient tous les 2. Les infirmières m’ont beaucoup aidé a m’occuper de notre bébé qui se portait de mieux en mieux et a pu sortir 1 mois jour pour pour jour après le décès de son jumeau.
Pendant plusieurs mois j’allais régulièrement a l’hôpital car même si la douleur était là, je savais pouvoir trouver une écoute et des bras dans lesquels me réfugier et des personnes humaines qui connaissaient mon histoire et aujourd’hui encore nous gardons des contact avec certaines personnes .

Voilà, je garde le souvenir du non respect de ma volonté d’attendre mon praticien, un manque d’écoute de la part d’un service dans lequel tout se passe bien et qu’il faut désengorger après les naissances normales et parfois aussi un manque de considération de certaines personnes qui ont un travail très dur et épuisant mais qui se doivent d’accompagner les parents en détresse. Mais je garde aussi dans mon cœur, tout l’amour dont ont été capable certaines personnes et la compétence des médecins.