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#321 – 2 naissances au Québec en 2008 et 2011

7 Jan

récit en plusieurs étapes

24 janvier 2011
J’écris ces lignes alors que je devrais dormir. Mon homme est parti pour une heure avec notre petite Charlotte qui aura 3 semaines demain. Il voulait que je me repose. Notre grande Zoé (2 ans) est à la garderie.

Mes deux filles, mes enfants. La première, issue d’une grossesse euphorique et insouciante, la deuxième, d’une grossesse angoissée et fatiguée de travailler à temps plein en m’occupant d’un petit monstre à l’aube de son terrible two et en faisant pousser des petits pieds. Deux êtres qui sont mon plus grand accomplissement : je les ai quand même conçues et portées et je les éduque du mieux que je peux. Deux petits êtres qui sont aussi mon plus grand échec : malgré toute ma bonne volonté, je n’ai pas été capable de les mettre au monde ni de les allaiter exclusivement.

Même si j’ai rencontré les deux au début de ma première grossesse pour faire un choix éclairé, la décision d’être suivie par une médecin généraliste ou une sage-femme s’est prise toute seule. Dès que j’ai mis les pieds à la maison des naissances, j’ai su que c’est dans un environnement comme celui-là que je voulais vivre un des événements les plus importants de ma vie, celui ce mettre au monde mon premier enfant. Je n’avais alors aucun doute en ma capacité d’accomplir ce que des millions de mammifères femelles font depuis la nuit des temps. Il allait aussi de soi que j’allaiterais. Ce n’était pas un choix, mais une évidence. Je trouvais les hauts taux de césarienne alarmants au Québec et même si je savais en théorie que certaines de ces chirurgies étaient nécessaires, j’y voyais surtout l’impatience du personnel médical et sa volonté à tout vouloir contrôler. En choisissant d’être suivie par une sage-femme, je me sentais, à tort, à l’abri.

J’avais bien sûr la crainte de devoir être transférée, particulièrement quand j’ai vu le symbolique 42 semaines approcher à grands pas. Finalement, le travail a commencé « naturellement » alors que, désespérée, je tentais de stimuler mes mamelons au tire-lait manuel à 41 semaines et 5 jours et demi, c’est-à-dire à un jour et demi d’une menace de déclenchement. Il était 22 h. J’étais encouragée lorsque les membranes ont rompu vers 4 h du matin. Vers 8 h, mes contractions étaient plus rapprochées et le premier examen de la sage-femme était encourageant, j’étais déjà dilatée à 6 cm. On est donc partis, mon homme et moi, pour la maison des naissances, certains que ce ne serait qu’une histoire de quelques heures. Mais l’examen vaginal (très douloureux, une façon de me sortir de ma bulle à coup sûr), le fait de quitter la maison et le trajet de 30 minutes ont sensiblement ralenti le travail. Malgré tous mes efforts pour changer de positions, utiliser la gravité, rester active, il m’a fallu près de 12 heures à atteindre 9 cm de dilatation. J’attendais alors avec impatience l’envie de pousser qui devait être imminente, mais à sa place est venue l’inquiétude sur le cœur fœtal qui s’emballait de temps à autre. Vers 22 h, la sage-femme nous a dit que j’avais fait tout ce que je pouvais, mais qu’il nous faudrait plus pour faire sortir le bébé qui commençait à montrer des signes de fatigue. Elle ne voulait pas me décourager, mais j’ai appris par la suite que la dilatation avait régressé d’un centimètre. Moi qui avais jusque-là réussi à gérer la douleur d’une façon qui nous surprenait tous les deux, mon homme et moi, je me suis aussitôt effondrée à l’idée d’être transférée à l’hôpital. Je ne savais pas encore ce qui m’attendait, mais déjà j’avais l’impression d’avoir échoué. Tellement, que je ne me souviens même pas avoir eu vraiment peur pour le bébé. Toute mon attention était centrée sur ce constat : je n’étais pas à la hauteur. Les événements survenus à l’hôpital ont été encore pires que ce je craignais. On a d’abord essayé le Pitocin, même si le gynécologue de garde estimait à 5 % les chances que ça fonctionne. J’ai demandé une péridurale. J’aurais toléré mes propres contractions pendant des heures sans broncher, mais l’idée de devoir supporter des contractions artificielles semblait psychologiquement au-dessus de mes forces. Voyant qu’il n’y avait toujours pas de progrès après une heure (j’ai su par la suite que la tête du bébé était défléchie, ce qui l’empêchait de s’engager dans le bassin et d’ainsi finir de dilater le col), je me suis résignée à signer l’autorisation pour la césarienne avec l’impression de m’enfoncer un tire-bouchon dans le cœur, pour citer Bob Dylan. Ils ont alors augmenté la dose de péridurale pendant que mon homme s’habillait pour assister à la chirurgie. Finalement, ils ne l’ont jamais laissé entrer. On m’a demandé à quelques reprises si je le sentais lorsqu’on appuyait sur mon ventre… puis je me suis réveillée. J’ai alors compris qu’on m’avait endormie et que mon bébé était née sans moi. On ne m’a pas demandé mon consentement pour cette anesthésie générale, ni même informée qu’on allait procéder ainsi. Mon dossier médical, que j’ai consulté par la suite, ne permet pas de comprendre où était l’urgence. Il y est noté : « AG (péri inadéquate) », tout simplement, et aucun monitoring du cœur pendant cette étape n’est rapporté. L’hypothèse la plus probable est que monsieur l’anesthésiste s’est fait réveiller en pleine nuit et qu’il n’a pas eu la patience d’attendre. Je me suis réveillée avec un ventre sans sensation que je devinais vide, seule, hormis des infirmières inconnues qui me croyaient encore endormie et qui discutaient de ma « belle petite fille », alors que j’avais spécifié vouloir moi-même découvrir le sexe du bébé. Lorsque j’ai été en mesure de parler, j’ai demandé à voir mon homme et mon bébé, ce qu’on m’a refusé, puisque mes jambes étaient toujours endormies (oui, la péridurale avait fini par embarquer!), ce qui bien entendu était pour moi un non-sens total, mais j’étais trop faible pour argumenter. Ce fut le début de notre vie de famille. Tom dans une pièce, Zoé dans une autre et moi dans les vapes. Génial. On dit que la première heure est critique pour l’attachement mère-enfant et l’allaitement. Et bien dans mon cas, cette séparation de plusieurs heures à la naissance s’est soldée en plusieurs semaines à n’aimer ma fille qu’en théorie et en une lactation qui malgré tous mes efforts, n’a jamais été suffisante pour allaiter exclusivement.

Je savais dès la naissance de Zoé que je voulais un AVAC pour la prochaine grossesse. Le gynécologue se faisait encourageant, il ne voyait même pas d’objections à ce que je sois encore suivie pas une sage-femme, ce qui est bien, considérant que plusieurs d’entre eux proposent encore systématiquement des césariennes itératives. J’ai dès lors commencé à m’informer sur l’AVAC. Encore une fois, je n’ai pas eu à prendre de décision, c’était pour moi la seule option envisageable. J’étais seulement contente que mes lectures viennent confirmer à ma tête ce que mes tripes sentaient déjà : l’accouchement vaginal était dans la plupart des cas (dont le mien) la façon la plus avantageuse et sécuritaire de donner naissance, même après une césarienne. J’espérais aussi que cela viendrait en partie réparer mon premier accouchement raté, me confirmant ainsi que j’étais une vraie femme, capable de donner naissance et, je l’espérais, de nourrir mes enfants.

Je suis tombée enceinte une première fois lorsque Zoé avait 11 mois. Une semaine de bonheur. Je ne saurai jamais si c’est mon corps qui n’a pas su le garder ou si c’est le petit qui était mal formé ou qui n’a pas tenu le coup, mais pendant quelque temps, il a existé dans mon ventre un petit amas de cellules que je ne connaîtrai jamais. Pourtant, il m’aurait appelé « Maman »…

Les quelques cycles suivants viendront avec des règles amenant un nouveau genre de déception. Ce n’est plus juste la hâte d’être enceinte, mais aussi la peine de ne pas l’être. Quatre mois plus tard, ça y est de nouveau. J’avais décidé d’attendre deux semaines de retard pour faire le test afin d’avoir au moins dépassé le stade de la grossesse précédente, mais je flanche au bout d’une journée. Je suis trop fébrile, j’ai peur de ne pas être enceinte et en même temps, j’ai peur de l’être et de le perdre à nouveau. Je décide donc d’éliminer au moins une des peurs, et voilà! un beau « + » rose sur un bâtonnet de plastique blanc.

24 août 2011
Charlotte s’est endormie dans l’auto et je suis assise sur le siège passager en attendant qu’elle se réveille. Elle aura 8 mois dans une dizaine de jours. Je viens de tomber sur mon récit inachevé. C’est un bon moment pour le continuer.

J’ai passé le premier trimestre enceinte de Charlotte à angoisser. J’avais peur de perdre mon bébé une seconde fois et j’ai eu une frousse lorsqu’il y a eu des cas de 5e maladie à la garderie de Zoé et qu’il a fallu 3 semaines avant de savoir si j’étais immunisée. Mais plus encore, j’angoissais au sujet de la naissance. J’étais au bureau, incapable de me concentrer sur mon travail, à chercher des articles scientifiques sur l’AVAC.

La naissance de Zoé tourne en boucle dans ma tête et j’arrive toujours au même point de départ. Si j’étais restée à la maison, ça se serait peut-être passé autrement. C’est aujourd’hui tellement évident que l’accouchement à domicile est la meilleure option. Je m’en veux d’avoir choisi la maison des naissances seulement pour le luxe de ne pas avoir à gérer le ménage et les repas pendant deux jours. J’en veux aussi à ma sage-femme de ne pas avoir confronté mon choix. Je lui avais pourtant fait part du fait que ma seule crainte était d’être transférée et elle n’aurait eu qu’à me dire qu’il y avait plus de transferts en maison de naissance qu’à domicile, que le trajet cause souvent un ralentissement du travail, pour que je brandisse mon stylo en disant « Où est-ce que je signe? »

Ma sage-femme (la même) m’informe que l’Ordre des sages-femmes émettra de nouvelles recommandations concernant les AVAC à l’automne. Je ne saurai donc pas avant le 3e trimestre si je peux espérer un accouchement à domicile, ou même avec une sage-femme. Je devrai aussi attendre à 36 semaines de grossesse pour faire mesurer ma cicatrice afin de voir si le risque de rupture utérine est acceptable. Cette étude est encore expérimentale, mais après quelques recherches, je trouve que c’est prometteur. Si tout est favorable, ça me donnera un argument en défense de l’AVAC si je dois terminer mon suivi à l’hôpital et j’aime l’idée de contribuer à faire avancer la recherche sur l’AVAC.

Finalement, l’Ordre des sages-femmes ne change pas ses directives. Une bonne chose de réglée, mon accouchement à domicile n’est pas compromis. Ma sage-femme principale quitte la région et j’en ressens un grand soulagement. Je repars vraiment à neuf. L’environnement, le personnel présent, tout sera différent du contexte entourant la naissance de Zoé.

Je « magasine » entre-temps une accompagnante (doula). Je croyais avant que ce rôle était entièrement assumé par la sage-femme, mais je comprends maintenant qu’un biais venant de leur formation médicale et de leur responsabilité est inévitable. J’ai besoin d’une personne dont la seule fonction est de m’assurer une présence réconfortante, à l’abri des considérations médicales. Les accompagnantes sont rares dans la région, mais je finis par choisir Cathy (nom fictif). On partage la même vision et le fait qu’elle ait vécu elle-même de beaux accouchements légitimise mon désir d’en vivre un.

Je fais plusieurs lectures : témoignages sur l’AVAC, récits d’accouchements naturels… J’essaie aussi de me garder en forme. Je marche pour aller travailler. J’ai quelques rendez-vous en ostéopathie afin de favoriser une bonne mobilité du bassin.

À 36 semaines, nous nous rendons à Québec pour la mesure de cicatrice. Je suis très angoissée, mais finalement, les résultats sont excellents. Le risque de rupture est faible et même si j’ai catégoriquement refusé qu’on chiffre mes chances de succès (ou qu’on me donne un estimé du poids du bébé), le gynécologue responsable de l’étude est très optimiste. Je suis encouragée.

Mon accompagnante et ma sage-femme m’incitent à faire des exercices de visualisation de l’accouchement. C’est très difficile pour moi qui suis une personne rationnelle ayant peu d’imagination, mais je m’y exerce.

J’arrête de travailler à 38 semaines de grossesse. Je suis énorme, j’ai de la difficulté à marcher et j’ai vraiment hâte que le travail commence. Je n’ose pas encore parler d’accouchement, je trouve ça présomptueux. Je parle plutôt de la naissance ou de l’arrivée du bébé, mais je commence vraiment à croire que ça se passera bien.

J’ai cependant peur de dépasser le terme. Le gynécologue que j’ai vu pour la mesure de ma cicatrice était plus encourageant que ce que je croyais concernant les déclenchements. Ce n’est pas contre-indiqué si le col est complètement effacé et dilaté à au moins 2 cm, mais je ne suis pas encore là. J’ai accepté le décollement des membranes à partir de 39 semaines (même si je suis contre en théorie), parce que cela réduit les risques de dépassement et que je ne veux pas ajouter une source de stress.

À 40 semaines et 4 jours, je me lève pour aller aux toilettes vers minuit. Je constate qu’il y a beaucoup de liquide. Les membranes ont rompu. Je suis d’abord soulagée. Cette fois-ci, je n’aurai pas le stress d’approcher les 42 semaines. Mais je réalise rapidement que le compteur commence à tourner. Si le travail ne commence pas dans les 24 prochaines heures, il faudra me transférer à cause des risques d’infection (sont-ils vraiment documentés?). J’appelle Louise (nom fictif), la sage-femme qui est de garde. Elle vient m’examiner. Il n’y a pas de progrès depuis le dernier décollement. Elle nous conseille d’essayer de nous reposer pour l’instant et d’attendre au matin avant d’essayer de stimuler le début du travail. Je réussis à dormir un peu malgré l’anxiété.

Vers 7 h, toujours pas de contractions. J’appelle Cathy pour lui faire part des derniers événements. Elle arrive chez moi environ une heure plus tard. Louise repasse aussi nous voir en début de matinée. On explore les différentes options. Je fais plusieurs séances de tire-lait électrique. Même si je suis sceptique, on se procure des granules homéopathiques et on prend même rendez-vous chez l’acuponcteur. On s’y rend à pied, espérant que le mouvement et la gravité feront leur œuvre. Je craque pendant la première séance. Ça fait deux ans que je me prépare pour ce grand moment, pour enfin avoir une chance de me racheter. Pourtant, je n’aurai peut-être même pas l’opportunité de l’essayer! Cathy et Louise voient ma détresse et me demandent ce qui me ferait le plus de bien à ce stade. J’ai seulement envie de prendre ma guitare et de chanter. On retourne donc à la maison et je m’installe sur le ballon avec ma guitare. Comme d’habitude, ça me fait du bien, ça m’apaise et ça libère mon surplus d’émotions. Mais je ne me sens pas du tout sur le point d’accoucher. La présence de Zoé commence à être dérangeante. Ma mère l’emmène chez mon père. J’aurai deux autres traitements d’acuponcture durant la journée, sans aucun résultat. On parle d’huile de ricin. Louise n’est pas convaincue. Elle dit que c’est violent et qu’on ne sait pas trop l’effet que ça peut avoir sur un AVAC. Je réponds qu’une césarienne, je trouve ça très violent aussi, mais en réalité, je ne suis pas du tout à l’aise avec l’idée de perdre le contrôle de mes intestins. On décide finalement de ne pas le tenter, choix que je conteste encore aujourd’hui. Louise croit qu’on serait mieux de transférer à l’hôpital en fin d’après-midi plutôt que d’attendre en pleine nuit. On risque ainsi de trouver un personnel plus accommodant. Je refuse. Si je dois transférer, ce sera à la dernière minute. En fin d’après-midi, Cathy nous suggère de monter la piscine de naissance qu’on a achetée pour l’occasion. Le fait d’être dans l’eau aura peut-être pour effet de me relaxer et de suggérer à mon corps qu’il est temps qu’il fasse son travail. On passe près de trois heures dans la piscine. Tom, que je trouvais très distant ces derniers temps, est soudainement présent. Il m’aide à faire mes exercices de visualisation. Je réalise tout de suite qu’il a été coaché par Cathy et je lui en suis reconnaissante. Les filles reviennent vers 7 h. Louise m’examine encore. Rien n’a bougé. On se met d’accord pour transférer à minuit s’il n’y a pas de nouveau. Cathy nous suggère d’aller marcher. On opte pour Rocher Blanc. C’est sur le bord du fleuve, c’est tranquille. On s’y promène pendant près d’une heure avec le vent de janvier qui pince en répétant I will give birth comme mantra. Je trouve que ça « punch » plus en anglais. Une partie de moi trouve ça ridicule, mais je n’ai vraiment rien à perdre. Finalement, on revient chez nous vers 22 h et on décide de se reposer.

À minuit, on se rend à l’hôpital. Je fonds en larmes pour la Xième fois. Louise et Cathy nous rejoignent. La gynécologue qui nous reçoit accepte d’attendre au lendemain avant de planifier une césarienne à condition que je sois sous antibiotiques pour prévenir la plupart des infections. Mais elle nous explique que cela ne sera efficace que quelques heures. On se repose un peu tous les deux collés sur le minuscule lit d’hôpital.

6 juin 2012
Charlotte a eu 17 mois il y a deux jours. Je nage dans mes souvenirs d’enfantement depuis quelques semaines. J’ai fait visiter la Maison De Naissance à une amie à nous qui aimerait y être suivie pour sa grossesse. Je me doutais que ce serait émotif et j’avais raison. Surtout lorsque je lui ai présenté les deux sages-femmes en disant que Louise  était là quand j’avais essayé de donner naissance à Charlotte et que les deux sages-femmes m’ont répondu en même temps : « Ben non, dis pas que t’as pas accouché! » (!&!*&!?*!&?!! Que je le dise ou non, un fait demeure : JE N’AI PAS ACCOUCHÉ!) J’ai justement aussi écrit un article sur les phrases plates (celle-là en fait partie) à dire aux femmes ayant subi une césarienne pour la revue En attendant bébé et je suis en train de considérer pour la première fois de porter plainte contre l’anesthésiste qui m’a endormie sans mon consentement. C’est en essayant de formuler un premier jet que je tombe sur mon récit inachevé.

Les contractions que j’espérais tant ne sont pas venues avec le matin. Nous attendons que la nouvelle gynécologue de garde passe nous voir. Mon col n’a pas bougé et la gynécologue n’a rien de neuf à proposer. Mon col n’est toujours pas assez mûr pour un déclenchement et elle reparle des risques d’infection qui supposément sont trop élevés pour attendre plus longtemps. Pourtant, ce risque n’est apparemment pas connu ni des sages-femmes ni des gynécologues. J’accepte donc une autre césarienne, parce qu’on réussit à me faire assez peur avec un risque mal documenté. J’en veux à Louise de ne pas avoir été plus informée, mais je m’en veux encore plus de ne pas avoir fait de recherche sur le sujet. J’avais prévu plein de scénarios (peut-être trop), mais pas celui-là. La césarienne est donc planifiée pour la matinée. J’ai établi un plan de naissance très clair. Il n’est pas question de reproduire le même scénario qu’à la naissance de Zoé. Au final, ce plan est loin d’être respecté dans sa totalité, mais je sens quand même que le personnel y est sensible.

8 décembre 2012
Je ne vais pas très bien. Il y a un peu plus d’un an, j’ai pris conscience que je n’avais pas à pardonner (à moi, à la sage-femme, au gynéco, à l’anesthésiste, aux infirmières, à la société et à la vie en général) ce qui s’est passé, parce que c’est à mes yeux impardonnable. Tenter d’accepter serait comme une trahison envers moi-même. Suite à cette révélation, je réussissais à garder mon traumatisme sous contrôle, sauf deux ou trois épisodes mensuels que je gérais assez bien. Mais dans les derniers mois, j’ai été confrontée à beaucoup d’autres sources de stress d’origines diverses et mes batteries sont à plat. Pendant 3 semaines, les 2-3 épisodes par mois se sont transformés en 2-3 par jours. Je voyais la dépression s’installer et j’ai eu peur. J’ai décidé de réduire toutes mes activités au minimum, de me concentrer sur l’essentiel et de revoir la psychologue que j’ai vue en trois phases déjà depuis la naissance de Zoé. En une semaine, je me sens déjà beaucoup mieux. Mais c’est de courte durée, et après un autre trois semaines, j’ai encore l’impression de sombrer. Je savais très bien que la naissance de mes filles n’était pas une histoire réglée, mais je ne m’attendais pas à ce que ça ressurgisse avec autant de force quand je suis à terre pour d’autres raisons. Comme si une bête attendait dans un coin que je sois fragile pour pouvoir mieux attaquer. Je suis très active sur la page Facebook de Momma Trauma, une page dédiée à la violence périnatale et au syndrome de stress post-traumatique suite à l’accouchement. Je m’en doutais déjà, mais c’est de plus en plus clair pour moi que c’est le bon diagnostic. Plus que jamais j’envisage de porter plainte contre l’anesthésiste en particulier et les pratiques obstétricales du centre hospitalier en général. Ce témoignage me servira de base dans mes démarches. Zoé aura quatre ans dans une semaine. C’est un bon moment pour continuer.

Je veux avoir l’assurance que je ne serai pas séparée de mon bébé et que je pourrai allaiter dans la salle de réveil. On ne peut pas me le garantir. L’infirmière dit qu’elle amènera le bébé dans la chambre de réveil si elle a le temps. Je la sens sincère et compatissante, mais elle a quand même un travail à accomplir et elle est débordée. Je mange un peu en cachette avant de me faire dire que je dois rester à jeun. Ça m’insulte. Je sais que c’est au cas où ils « doivent » faire une anesthésie générale, mais sachant très bien que ce n’est pas ce qui a arrêté l’anesthésiste la dernière fois (j’avais mangé et bu comme je voulais avant d’arriver à l’hôpital), j’ai l’impression qu’on rit de moi. On veut que je mette une jaquette d’hôpital et que j’enlève mes sous-vêtements. Je n’en vois pas la nécessité à ce stade et je trouve ça humiliant. On argumente, mais il n’y a rien à faire. C’est apparemment le protocole.

Je pars sur une civière pour la salle d’anesthésie. Je pleure silencieusement, Tom à mes côtés. Le technicien essaie de se faire rassurant : « Ben oui, je le sais que tu as peur, mais tu vas voir, ça va bien se passer. » J’ai envie de hurler que je n’ai pas peur, mais que je suis triste, fâchée, indignée, désespérée, détruite!!!!!!! Mais à quoi bon? Lui aussi, il fait juste son travail. J’insiste beaucoup pour que Tom assiste à l’anesthésie. Rien à faire. Je me retrouve encore une fois seule entre les mains du personnel médical en qui je n’ai aucunement confiance. On procède à la rachidienne. Bientôt, j’ai de la difficulté à respirer et je suis un peu paniquée. Ça ne semble pas les impressionner, ils sont habitués. Tom revient pour l’opération. On a tenté de négocier qu’il reste avec bébé si je dois en être séparée, mais que Cathy m’accompagne en salle de réveil. Là aussi, on se bute à un mur. Je devrai encore une fois vivre cette étape seule. Ils procèdent à la chirurgie. Ils sortent le bébé et cette fois, je peux moi-même découvrir que nous avons une autre petite fille. Je dois insister pour qu’on la mette sur moi tout de suite. Je crie. Tom insiste en français du mieux qu’il peut. Est-ce qu’ils font exprès ou quoi? Pas besoin de l’essuyer! Ils la déposent finalement sur mon cou pendant quelques minutes, ou quelques secondes? C’est le seul endroit de mon corps que je sens encore. Un des membres de l’équipe m’informe qu’il est en train de me mettre un suppositoire pour la douleur. La raison pour laquelle il ressent le besoin de m’en avertir m’échappe complètement. Est-ce que ça pourrait être plus humiliant? Visiblement, ce n’est pour eux que de la routine.

Finalement, je réussis à avoir ma fille quelques minutes en salle de réveil. Elle doit déjà avoir une vingtaine de minutes de vie. Ses 20 premières minutes, et je les ai manquées encore une fois! J’essaie de la mettre au sein. Elle tète un peu, mieux que Zoé à cet âge. Je suis un peu encouragée. Mais c’est de courte durée. Pas plus de 24 heures plus tard, je commence déjà à angoisser au sujet de la montée laiteuse. L’accouchement que je désirais tant n’a pas eu lieu. Je suis très consciente qu’il me faudra ajouter un autre deuil par-dessus celui de la naissance de Zoé, mais je n’ai pas le temps d’y penser pour l’instant. Je dois me concentrer sur l’allaitement. Je sais très bien que la montée laiteuse peut prendre plusieurs jours et encore plus dans le cas des césariennes, mais ça ne m’empêche pas d’entrevoir le pire. Au bout de deux jours, on m’informe que ma fille fait de l’hypoglycémie et qu’il « faut » commencer à la supplémenter. Après, c’est une jaunisse. Il lui « faut » de la photothérapie. Je suis très consciente que si elle était née à la maison comme prévu, tout cela aurait pris des proportions moindres. On m’aurait encouragée à allaiter plutôt que de s’énerver avec des tests bidon. Mais je n’ai pas l’énergie pour argumenter. On rentre chez nous au bout de quatre jours. Je n’aurai finalement pas de montée laiteuse encore une fois. Césarienne, séparation mère-bébé, stress, fatigue, grand état de tristesse et d’angoisse. Pas exactement un départ optimal une fois de plus.

En résumé, je croyais que mon corps était fait pour enfanter et que la naissance de mes enfants ferait les plus beaux jours de ma vie. Ce fut les pires. Je croyais que comme tous les mammifères, je nourrirais mes enfants exclusivement de mon lait pendant leurs premiers mois de vie. J’ai persévéré avec l’allaitement mixte (préparation commerciale et don de mes amies) au DAA, en tandem même, et je suis fière de dire que je les allaite encore toutes les deux aujourd’hui. La dimension affective est clairement prédominante sur la dimension nutritive, mais bon, c’est une petite victoire dans un océan d’échecs et de déceptions.

Nous avons décidé, pour plusieurs raisons, de ne plus avoir d’enfants. J’essaie de me faire à l’idée que je ne connaîtrai jamais ce que c’est de mettre au monde son enfant et d’avoir un départ optimal pour l’attachement et l’allaitement. Maintenant que cet espoir n’est plus, il ne me reste que la colère, la tristesse, la culpabilité et le ressentiment. Je sais que c’est cliché, mais je ne suis pas prête à les laisser aller. Voilà.

10 novembre 2013
Je me trouve présentement dans un chalet sur le bord d’un lac. Je fais une retraite de  48 heures avec 1 seul point à l’ordre du jour : terminer de rédiger ma plainte. Quelle bonne idée j’ai eue! Je procrastine depuis beaucoup trop longtemps en me disant que ce n’est pas le moment de me mettre à terre. Évidemment, il n’y a jamais de bon moment pour ça. Aussi bien en finir.

 

– Eli Blanc

Naissance de Justine, en maison de naissance, 2013

7 Jan

Nuit du 3 au 4 janvier 2013
Je suis chez mes parents en visite à la suite de mon rendez-vous avec ma sage-femme en après-midi. Depuis ce fameux rendez-vous, j’ai des contractions et je me demande si ça peut annoncer le début d’un travail quelconque. Je remarque que quelques contractions se présentent l’une après l’autre avec une certaine intensité. J’essaye de ne pas en tenir compte puisque c’est arrivé bien des fois et que ça finissait toujours par s’arrêter tout seul. Sauf que cette fois-ci, elles sont régulières et font mal. Je décide donc d’appeler ma sage-femme et de la mettre au courant. Elle me suggère donc de revenir la voir en fin de soirée pour vérifier si quelque chose a changé. Ce n’est pas ma sage-femme qui est de garde, mais peu m’importe, J. est très compétente et j’ai déjà eu la chance de la rencontrer et de constater qu’elle est tout aussi gentille que ma sage-femme. Effectivement, je suis à 6 cm et complètement dilatée. YÉ !
Marc qui était retourné à la maison pour s’occuper des chevaux, car nous avions décidé de dormir à Nicolet reçoit mon coup de fil pour le mettre au courant. Il arrive donc à la maison de naissance tout excité à l’idée d’enfin rencontrer sa fille. Nous choisissons une chambre et puisque nous sommes les seuls, nous avons l’embarras du choix. On s’installe confortablement, la chambre est douillette, chaude et des chandelles sont allumées. On est si bien. On prend le temps de s’embrasser moi et Marc, de se dire que tout va bien aller, on prend une ou deux photos pour avoir des souvenirs.
Le travail continue d’aller en augmentant. J. passe nous voir et discute avec nous. Tout est calme, je me sens si bien avec eux. Je passe le ¾ de mon temps sur le ballon, car c’est ce qui me soulage le mieux des contractions. Marc me masse et J. me parle. Au bout de quelques heures, je décide d’aller dans le bain, mais surprise, les contractions s’arrêtent. Déception. Moi qui croyais rencontrer ma fille, ce ne sera pas pour aujourd’hui. On repart donc à la maison bredouille. Je passe le lendemain à pleurer parce que je croyais que le grand moment était arrivé.

Nuit du 6 au 7 janvier 2013
Il est tard, et j’écoute la télévision. Marc décide d’aller se coucher, mais moi je ne trouve pas le sommeil. J’ai quelques contractions, mais je n’ai pas envie de calculer, car je ne veux pas me faire de faux espoirs. Sauf qu’après avoir décidé de prendre un bain, je remarque que les contractions sont toujours présentes. Je réveille Marc qui calcule et on appelle la sage-femme, car le temps est venu d’aller à la maison de naissance 🙂
On quitte il est environ minuit. Le trajet en voiture est pénible, car les contractions sont de plus en plus fortes et assis, ce n’est pas facile à gérer. Enfin, on arrive il est 1 h du matin et je suis tout sourire. J. aussi. Encore une fois, on choisit la chambre qu’on préfère et je décide d’y aller pour une différente de la dernière fois, question de repartir à neuf. Mon meilleur ami m’y attend: le ballon. J’y passe quelques heures et je commence à trouver que ça fait mal, accoucher. Je me laisse le loisir de pleurer un peu, je suis sereine, même si c’est douloureux. Marc est merveilleux, toujours à côté de moi à l’écoute de mes moindres besoins.
Viens ensuite le temps du bain. Je veux accoucher dans l’eau et comme je suis à 8 cm, c’est le bon temps pour y aller. Je commence à avoir de la difficulté à maîtriser les sons qui sortent de ma bouche malgré moi. Ça fait mal et la seule façon que j’ai de laisser sortir le trop plein c’est de crier. Tout le monde est compréhensif et je l’apprécie. Un problème se présente alors: la bande de col ne laisse pas passer la tête de ma fille et je pousse depuis 2 heures pour rien. Ma sage-femme arrive pour prendre le relai, je suis si contente de la voir. Elle vérifie et me suggère d’essayer moi-même d’appuyer pour déplacer la bande de col pour laisser la place à Justine. Ça fait trop mal. Mais si je veux en finir au plus vite, on doit essayer. C’est donc L. qui s’en charge. Jamais de toute ma vie j’ai eu aussi mal. Je pleure, je regarde Marc en lui demandant de faire quelque chose, que je n’en peux plus, c’est trop intense. Je crie pendant que L. essaye de m’aider, c’est TROP difficile … je n’en peux vraiment plus.
Marc sort de la chambre, il en a assez de me voir souffrir, il a besoin d’air. Je décide de sortir du bain, je ne suis plus bien dedans. Je passe environ une demi-heure (je crois, car la notion du temps est difficile à savoir quand on accouche) assise sur la toilette à me reprendre tranquillement. Les sons deviennent plus graves dans ma gorge, je suis capable de focuser. L’ambiance change, je suis calme, résignée à la douleur et prête à voir ma fille. Je décide d’accoucher dans mon lit, couchée sur le côté, ma sage-femme qui tient ma jambe.
1 h 30 de poussée intense, Marc regarde tout ce qui se passe, mais moi je préfère me concentrer sur ce que j’ai à faire. Les sensations sont différentes et moins pénibles. Je sens ma fille qui s’en vient, une contraction à la fois. Je suis fière de moi, je pousse bien et Justine approche. La tête sort enfin. Je souris, car je sais que la contraction suivante, le reste de son corps sortira. Je dis à Marc: Regarde bien, la contraction d’après, une poussée et elle est avec nous. Et effectivement, la contraction suivante, je donne tout ce que j’ai et je sens tout son petit corps qui glisse tranquillement du mien. On dépose mon petit trésor sur mon ventre. Elle est chaude et humide, mais elle ne dit rien. Pourquoi elle ne dit rien ?! J. la prend avec elle et m’explique que Justine a besoin d’un peu d’aide pour démarrer sa respiration. Je demande à Marc d’accompagner notre cocotte juste pour voir comment elle va. Moi-même je la vois du coin de l’œil, car l’unité est directement dans notre chambre. Finalement, seulement 3 minutes après, j’ai mon bébé dans les bras, car elle va très bien. Je suis tellement soulagée que tout soit terminé.
On nous apporte un grand plateau de fruits et de croissants, car on est affamé. J’ai ma Justine au sein, Marc à côté de moi qui m’aide à manger et je suis si HEUREUSE. Fatiguée, mais heureuse.
Je revivrais ce moment encore et encore. Donner la vie est la plus belle chose qu’on puisse accomplir et je suis fière de l’avoir fait en maison de naissance de façon naturelle. J’ai non seulement eu la chance et le privilège de vivre tout à fond, mais aussi de rencontrer deux femmes formidables qui vont faire partie de mes souvenirs pour toujours.
Merci à la maison des naissances de la R. pour leur accueil et merci à mon chum qui a été un partenaire formidable dans cette belle aventure.
P.S. Certains éléments sont peut-être racontés à peu près, car mes souvenirs sont un peu brouillons par moment 🙂

Venue au monde en Maison de Naissance de mon premier enfant, 2011

7 Jan

Avant même de tomber enceinte, je m’étais vaguement intéressée au concept des maisons de naissance. Je n’ai jamais particulièrement apprécié le milieu médical, et je ne m’y sentais pas du tout à l’aise, ni rassurée.

Ce fut donc une évidence de me tourner vers la seule Maison de Naissance disponible dans cette grande ville de Suisse lorsque j’ai appris ma grossesse. La gynécologue qui me suivait essayait de me décourager et surtout, culpabilisait mon mari qui n’était pas franchement rassuré par mon choix au début. Il faut dire qu’il n’a jamais connu de grossesses physiologiques dans sa famille et aurait au début préféré m’aliter sous monitoring pour les prochains 9 mois … Maintenant, c’est un défenseur des Maisons de Naissance.

Dès le début du suivi, je n’ai pas du tout apprécié l’attitude de ma gynécologue. Elle était constamment à la recherche de pathologies, de choses qui lui confirmait que la grossesse était « à problèmes ». Face à mon refus de faire une prise de sang mensuelle pour vérifier la toxoplasmose (contre laquelle je n’étais pas immunisée), elle n’a pas hésité de me qualifier d’irresponsable – bien que je lui expliquais que cette pratique n’était plus conseillé depuis des années par l’office fédéral de santé, car le traitement prévu en cas d’infection n’a jamais prouvé une quelconque efficacité …
Elle n’a clairement pas appréciée mon attitude critique et informée, et lors de mon annonce que le suivi allait dorénavant se faire par ma sage-femme, qui lui transmettrait tous les résultat et m’adresserait vers elle uniquement en cas de complications, elle m’a tout bonnement mise à la porte. Ceci, ce fut lors de la première échographie, à 12 semaines de grossesse.
Je vous laisse imaginer les discussions avec mon mari qui ont suivi … il était présent ce jour-là, et m’a même sermonnée d’arrêter de remettre en question l’autorité médicale.

Je n’ai pas fléchi. Mon corps, mon accouchement. Je sentais très précisément ce qui était bon pour moi, j’étais confiante et détendue, et ce n’était certainement pas un suivi alarmiste qu’il me fallait.

Au fil des rendez-vous avec ma sage-femme, celle qui dirigeait la Maison de Naissance, mon mari prenait confiance. Elle était douce, calme, faisait un minimum d’interventions et travaillait surtout en prévention. Je me suis sentie très en sécurité tout le long.
Elle m’a annoncé à un moment donné que le bébé se trouvait bien la tête en bas mais « un peu vrillé, rien d’inquiétant ». Elle a alors copieusement évité de me parler de « position postérieure » sachant pertinemment que j’allais me renseigner sur le sujet et probablement angoisser. Par contre, elle m’a prescrit des exercices de position à prendre tous les jours pendant au moins 20 minutes les derniers semaines, afin que bébé « apprenne à se tourner pour faciliter sa sortie ».

Le seul moment de stress de ma grossesse, une fois suivie par cette sage-femme, était le dépassement du terme. Dans cette ville, il était tout bonnement légalement interdit d’accoucher en Maison de Naissance 10 jours après le terme (40 + 10 au maximum) et j’aurais été d’office provoquée dans la mégastructure hospitalière de la place. Après plusieurs tentatives toutes douces de mettre les choses en marche (promenades, faire l’amour, bain chaud, nettoyer les vitres, faire des escaliers,…) sans succès, ma sage-femme m’a envoyé en centre spécialisé d’échographie pour vérifier que tout était en ordre, puis m’a transmise sa recette pour un cocktail sans alcool, sensé aider aux contractions.

Une heure après avoir ingéré la dernière goutte de celui-ci, des toutes petites contractions se faisaient ressentir. Je me suis isolée, et j’ai même envoyé mon mari qui doutait que CE jour était LE jour, faire une ballade, afin de pouvoir me construire ma bulle et accueillir sans aucune distraction ces contractions. Comment je voulais qu’elles deviennent plus fortes, pour rencontrer notre bébé!

Trois heures après, les contractions devenaient plus régulières et fortes, et n’ont pas fléchi lorsque j’ai pris un bain chaud, comme me l’avait recommandé la sage-femme lors de l’entretien téléphonique quelques minutes auparavant. Nous nous sommes donc préparés et finalement arrivés à 22 heures à la Maison de Naissance. Le trajet ne fut pas sympathique, les virages font mauvais ménage avec les contractions et je ne pouvais pas bouger …
En arrivant, la Maison de Naissance était éclairée au moyen de bougies et de lumières tamisées, il y avait de la musique douce et des senteurs relaxants, tout était si accueillant. Mon excitation face à l’arrivée imminente de notre bébé était à son comble et je me sentais si bien, arrivée là-bas, dans cet antre accueillant et rassurant.

Là, la sage-femme m’ausculte (mon deuxième toucher vaginal de toute la grossesse, depuis qu’elle me suivait!) et m’annonce que mon col est ouvert à seulement 1 cm, qu’on était en début de travail. J’étais déçue, je m’attendais à plus vu l’intensité des contractions dans la voiture. Néanmoins, c’était largement gérable et je rigolais même avec mon mari entre deux contractions.
Je vais aussi aux toilettes pour vomir et aller à la selle, visiblement mon corps se déleste de toute cargaison inutile. Je me demande comment font les femmes en salle de naissance, ou il y a rarement des toilettes tout près? Est-ce la raison pourquoi certaines se retrouvent dans la position humiliante de déféquer au moment même qu’elles donnent naissance?
La sage-femme nous a donc dit qu’elle allait nous laisser et passer dans un petit moment pour voir l’avancement, et qu’on pouvait bien sur l’appeler à tout moment. Elle habite une maison adjacente à la Maison de Naissance.

A 23:30, elle repasse et là mes contractions sont clairement plus fortes – sûrement aussi du à la poche rompue sous le toucher vaginal (évidemment pas percée volontairement par la sage-femme, mais la simple irritation du col en touchant a provoqué la rupture). Plus question de bouger, ni même de ballon ou de rigolade, mes contractions sont si fortes que je me suis depuis un moment installée sur le lit (chose que je ne me voyais absolument pas faire avant, je suis du genre bougeotte) sur le coté gauche, et je m’endors entre deux contractions. Mon corps me dicte très clairement ce qu’il y a à faire, je me laisse emporter par mon instinct.
Plus tard, j’apprenais que la position allongée sur le coté gauche pendant les contractions d’ouverture, est la position qu’on fait prendre aux femmes lorsque le bébé se présente en position postérieure … Mon corps me l’a indiqué tout seul.

Elle me propose alors de faire l’impasse sur l’examen du col, puisque sous l’effet des contractions ça allait être désagréable et qu’on avait le temps de laisser faire des choses, le monitoring qu’elle fait à ce moment montrait que tout allait très bien. Elle me demande si je veux être soulagée au moyen de TENS (electrostimulation) ou de massages. Je ne veux rien du tout, juste de la présence de mon mari, sans un mot, ni toucher. Je me dis que je préférais garder ces options pour plus tard, au cas ou ça s’intensifie d’avantage.

A peine une heure plus tard, je ressens une irrésistible envie de pousser. Si forte que j’ai toujours de la peine à croire que certaines femmes se voient dire « arrêtez de pousser » et arrivent réellement à retenir cette impulsion. Impossible pour moi, à peu près comme arrêter de recracher alors qu’on est en plein en train de vomir… (pardon pour la comparaison). Je dis à mon mari d’appeler immédiatement la sage-femme, qui arrive sur les chapeaux de roue en disant « ouh, elle chante, c’est pour maintenant! je vois des cheveux! » et prépare tout en un rien de temps. Elle me dit de me mettre à quatre pattes. Je suis si prise par les contractions d’expulsion que je ne me vois pas tenir sur mes bras, et je demande à mon mari de se mettre lui aussi à quatre pattes, en perpendiculaire, afin que je puisse apposer le haut de mon corps sur son dos.
En trois ou quatre poussées de plus, notre enfant naît. Il est 0:56. Je prends immédiatement le bébé contre moi, il est magnifique, parfait, et sent merveilleusement bon. La sage-femme vérifie le score APGAR (pouls, respiration, couleur de peau, tonus, réaction à la stimulation) alors que le bébé est en peau-à-peau, il est 10/10/10/10/10. A 1:06, le bébé se met à chercher le sein et je le laisse « ramper » jusqu’au téton ou il retrouve visiblement le nirvana – et moi aussi. Quel moment émouvant et puissant! Quelques minutes plus tard, j’expulse le placenta.

Je suis indemne, j’ai pas de déchirure mais uniquement un petit étirement que la sage-femme recoud pour des raisons esthétiques, après m’avoir anesthésiée. Le bébé est confié à son papa et posé contre son torse nu pendant le temps qu’elle m’examine.
Ensuite, je prends une longue douche pendant que l’on nous prépare un repas pour nous redonner des forces. Bébé est placé dans un hamac et roupille paisiblement pendant que nous nous délectons du met tout chaud au milieu de la nuit.

Nous nous couchons à 3 dans le grand lit et passons une merveilleuse nuit ensemble, en famille.

Pas un seul regret. Au contraire, je me sens renforcée, plus moi-même, plus « entière » grâce à cette expérience. J’ai tellement apprécié de pouvoir la partager avec l’homme que j’aime, son soutien était si précieux et efficace. Aujourd’hui, je ne peux m’empêcher de trouver cruel la séparation du papa du reste de la famille, pourtant si « habituelle » dans la majorité des hôpitaux et cliniques. Il fait partie de la famille au même titre que maman et bébé!

Et maintenant, numéro deux est en route – j’espère réitérer l’expérience, cette fois-ci, pourquoi pas, dans la baignoire de cette même Maison de Naissance.

Troisième accouchement – Namur – 2013

28 Nov
Un 3ème bébé, un bébé surprise … un immense bonheur!

3 grossesses, 3 accouchements, 3 enfants !! Tous différents!

Je peux dire que la première grossesse fut parfaite! Aucun bobo, aucune crainte, naissance de ma fille à 39 semaines!
Mais accouchement long, très long, isolés avec le papa dans une salle d’accouchement, passages de mille personnes dans la salle durant le travail, anesthésiste désagréable, sage-femme distante et pas du tout encourageante, non-respect du projet de naissance, épisiotomie ratée, un mois sans réussir à m’asseoir après la naissance!
L’arrivée de ma première fille, un BONHEUR qui fait tout oublier!

Même si !!!
Un autre parcours fut mené pour la naissance de mon fils deux ans plus tard!
Un besoin de plus, d’autre chose, un besoin de pouvoir gérer les choses jusqu’au bout!
Une grossesse plus difficile, deux mois alitée (contractions et ouverture du col à 28 semaines).
Accouchement en maison de naissance à 37 semaines et 2 jours!
De l’intimité, du calme, du respect … un bonheur !!!
Mon fils est né après 12h de travail, de la manière la plus sereine au monde! Un rêve, mon rêve! 3,6 kg à 37 semaines de grossesse, un beau gros bébé! Pas d’épisiotomie, pas de déchirure, un allaitement exceptionnel!

Un 3ème bébé surprise, une autre grossesse
Une grossesse qu’il a d’abord fallu accepter!
Puis 5 mois alitée (dès les 16 semaines de grossesse et jusque 37 semaines)
Un printemps et un été dans un canapé à ne pas pouvoir porter les grands, jouer avec eux, les conduire à l’école, prendre le soleil!
Une organisation énorme durant les deux mois d’été!
L’aide d’une jeune fille au pair exceptionnelle!
Des grands enfants patients, adorables … les meilleurs! Mes amours !
L’arrêt des médicaments à 37 semaines avec l’idée que bébé viendra très vite comme son grand frère!
Et bien NON!
Ma fille a souhaité rester 3 semaines encore dans mon ventre! un bonheur! je revivais! j’ai profité un maximum de cette fin de grossesse!
4 novembre 2013, le jour du terme, 1h du matin!
Je pense au grand frère; né le 4 nov 2009, il a 4 ans aujourd’hui!
Les cadeaux sont prêts!
J’attends le matin pour les lui donner!
1h : je me couche, me disant qu’il est bien trop tard! Je n’arrivais pas à dormir ce soir-là!
2h : du liquide coule, pas énormément mais assez pour me faire penser à la poche des eaux! Je ne l’ai jamais perdue, les deux grands sont nés coiffés!
Je téléphone à ma sage-femme, elle me dit de me reposer et d’attendre les contractions!
Je me recouche sans réussir à dormir! jusque 4h j’ai bien eu 3 ou 4 contractions, douloureuses mais sans plus !
4h, PAFFFFF la poche se rompt complètement!
L’inondation dans ma salle de bain! ça ne s’arrête pas!
Directement les contractions deviennent bien plus fortes!
J’appelle ma maman pour qu’elle vienne garder les enfants (heureusement, elle habite à 200 m) et la sage-femme pour la prévenir qu’on sera à la maison de naissance dans 30 min!
Le voyage en voiture digne d’un film! Des contractions énormes et rapprochées! Obligation de s’arrêter à chacune d’entre elles!
4h45 on arrive, je m’installe, la sage-femme m’examine 6 cm! J’ai bien travaillé en même pas 1h de temps!
La tête du bébé appuie sur le col, les contractions y sont centralisées et extrêmement fortes!
Trop fortes, trop rapides! Je n’ai pas réussi à gérer!
6h : je dit au papa d’aller chercher la sage-femme et de lui dire que je veux partir! Je ne tiens pas, je suis tendue, je ne fais pas d’endorphine, je panique, j’étouffe!
Elle vient discuter quelques minutes avec moi pour être certaine que je prenne la bonne décision!
C’est décidé, je ne reviendrai pas en arrière!
Je m’habille, je remonte en voiture, accompagnée de ma sage-femme et je pars vers la maternité à 300 m de là!

De nouveau un scène digne d’un film!
J’entre par les urgences et la sage-femme veut que je prenne une chaise roulante!
Je refuse
A savoir pourquoi??? Que se passe-t-il dans la tête d’une femme en travail??
L’horreur au moins 600 m de couloirs et deux ascenseurs avec des contractions toutes les 2 min et d’une durée d’au moins 2 min!
Je ne voulais plus souffrir, je les supportais donc très mal! Puis j’étais plus âgée, plus mûre, plus expérimentée, je connaissais mieux mon corps! Alors pourquoi je n’y arrivais pas?

On m’installe en salle de travail, l’anesthésiste sera là dans 30 min, grand max!

Ma sage-femme est toujours à mes côtés, elle m’encourage, elle me dit qu’elle accompagne mon bébé, que le papa l’accompagne aussi! Que ma fille n’est pas seule à faire son travail!

On m’examine (7 cm)

L’anesthésiste arrive et la péridurale est très vite faite! Elle a été très gentille, compréhensive! Il doit être 7h du matin, je revis un petit peu mais j’ai encore très mal! Les contractions sont énormes!

Une seule sage-femme nous accompagne! La mienne est partie, je ne l’ai même pas remarqué!
La sage-femme de la maternité est parfaite, discrete, présente, encourageante!

7h30 ça pousse, je le sens

Je suis à 10cm

Mon gynécologue arrive bien vite! Je suis contente de le voir, il m’a toujours soutenue dans mes projets d’accouchements naturels!

Je lui demande de pouvoir accoucher couchée sur le côté! Il est hors de question que j’accouche en position gynécologique! Il dit OUI sans hésiter et ajoute : « Je vous laisse faire. »

Je sentais mes contractions mais n’avais plus mal!
A chacune je poussais « en soufflant, pas en bloquant », doucement, à mon aise! Personne ne me disait rien!
Après 4 poussées, ma fille est née, il était 8h02 en ce 4 novembre 2013!
Elle est née le jour de son terme et surtout le même jour que son grand frère!

Cet accouchement fut exceptionnel! Je ne pouvais pas imaginer mieux!
Même si j’aurai toujours un petit regret de ne pas être restée à la maison de naissance!
J’ai mis moi-même au monde ma fille! La péridurale était sans doute nécessaire, ce jour-là, cette année-là !!! Il en était ainsi pour moi!
Personne ne m’a jugée, ni ma sage femme de la maison de naissance, ni le personne de la maternité!
Personne ne m’a dit quoi faire durant le travail et la poussée!

Pas d’épisiotomie bien entendu, juste un point (pour l’esthétique m’a dit mon gynécologue) lié aux épaules larges de ma fille!
3,6 kg et 51 cm! Un bébé super zen, super super zen et en pleine santé!

Nous avons quitté l’hopital en fin d’après-midi vers 17h! Ici encore, nous n’avons eu aucune remarque, aucun jugement! Juste une demande que ma fille soit d’abord vue par le pédiatre! Ce qui est normal!

Le soir, nous fêtions en famille les 4 ans du grand frère!

Et la vie a repris! Nous étions juste 5 à la maison!

Voici l’histoire d’un accouchement respecté en milieu hospitalier!

Pourtant le même endroit que pour ma fille 6 ans avant!
Une maternité qui a bien évolué, qui a grandi, qui a décidé de respecter les mamans! Sachant que mon gynécologue y est pour beaucoup!

Ma fille a 3 semaines à présent! Elle  déja presque pris 1 kg (vive l’allaitement) et est en pleine forme!
De mon coté, deux jours après la naissance, je n’avais plus mal nulle part! Je pouvais, en douceur, refaire mes activités quotidiennes normales, aller chercher les grands à l’école, recevoir la famille et les amis!

Je n’aurai plus de bébé, je ne souhaite pas revivre une grossesse alitée et stressante!

3 grossesse, 3 naissances différentes!

Je suis la maman la plus heureuse du monde !!!!!!

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Lien vers le récit des précédents accouchements de Céline : Céline, en maison de naissance – 2009, Belgique

Camille, en Australie en Septembre 2012

16 Sep

 Accouchement en maison de naissance

Liam est né en septembre 2012 en Australie.

Je souhaite témoigner car j’ai testé le privé, le public et la maison de naissance.

En Australie, il y a les hôpitaux privés (très chers) où la césarienne domine. Il y a aussi les hôpitaux publics dont l’approche est déjà très différente de la France : ballon, positions, respiration, lumières douces, péridurale que si on la demande et dosable, accès à une baignoire.

A la suite de la lecture du livre « Attendre bébé autrement » j’ai décidé d’explorer les méthodes naturelles de grossesse et accouchement qui sont très développées en Australie.

Au vu des coûts de mon obstétricien en privé qui regardait sa montre au bout de 10 minutes avec un « on se revoit dans 2 mois », j’ai finalement décidé de m’inscrire en maison de naissance.
J’ai eu une grossesse très douloureuse, souffrant de douleurs du pelvis atroces au fur et à mesure que la grossesse avançait. Le soutien de ma sage-femme, la relation amicale était ma priorité,  étant isolée à 24 000kms de ma famille.

Tout le suivi de ma grossesse s’est fait dans la simplicité, le coté familial, la douceur, les rigolades aussi. Pour gérer la douleur du bassin et genoux de plus en plus mous sous l’effet de la relaxine, j’ai eu accès aux massages prénataux, au yoga prénatal, au kiné de grossesse et aux classes de préparation. Je me suis inscrite avec mon mari à un week-end d’information et pratique de la relaxation, visualisation, respiration, information sur l’accouchement appelé Calm Birth, qui apporte aux futurs parents une confiance énorme et qui est désormais accessible aussi en hôpital, tant ses bienfaits sont reconnus pour gérer la douleur.

La combinaison du Calm Birth avec le yoga prénatal m’a permis de maîtriser la clé de ma grossesse et de mon accouchement : la respiration profonde et lente. Indispensable en effet, car j’ai aussi dû gérer 3 semaines de souffrance dans les reins. Suspectant un calcul rénal, j’ai alors été admise d’urgence à 33+ semaines de grossesse en hôpital public où j’ai alterné diagnostic après diagnostic (allant de l’accouchement imminent, au besoin de stopper les contractions d’urgence…), 3 cathéters, injections de stéroïdes, de morphine, des médicaments provoquant la constipation etc. 24h d’un cercle vicieux médicalisé, traumatisant malgré un personnel adorable, aux petits soins. Pour moi c’était évident : il fallait que ma grossesse attende jusqu’à 35 semaines pour pouvoir être prise en main par ma sage femme en cas d’accouchement.

Liam m’a entendue et il est resté au chaud. A 37 semaines et 3 jours il s’est décidé. La poche des eaux a cédé à 9h et ma sage-femme est venue voir et me dire « c’est bon ça commence, relaxe toi, tout va bien, tu as le temps». Sauf que j’ai eu la chance d’avoir une dilatation express, peu de douleurs pendant les contractions au point que j’étais déjà à 8cm en seulement 4h de travail facile. Alors suite à une seconde visite à 14h , ma sage femme m’a dit d’aller de suite à la maison de naissance – Liam était bien plus proche que prévu ! Un seul toucher vaginal en tout et pour en 9 mois et uniquement après avoir donné mon consentement, aucune intrusion, ni gestes de procédures inutiles.

Arrivée sur place, tout était déjà organisé, aucun papier à régler, la sage femme a tout organisé. Un bain chaud m’y attendait, ma musique, mes cd de relaxation de Calm Birth, la pénombre, la douceur et les encouragements positifs de ma sage-femme et d’une jeune étudiante sage-femme (et mon mari !). Des chambres immenses chacune avec une baignoire circulaire de 1000L, la température réglable dans la chambre, des décors doux et relaxants. Des fou rires aussi car je parlais en anglais à mon mari français, et ma sage-femme me fait la surprise de me dire qu’elle comprend le français et que je peux l’injurier en français.

Malheureusement, la suite s’est compliquée. Apres 6h de poussée ( !) et malgré les encouragements constants, tentatives de différentes positions, etc., Liam n’arrivait pas à sortir à cause de mon périnée très tonique. On a encore tenté une dernière fois, et en présence d’une obstétricienne avant que je ne sois finalement admise à l’étage inférieur en hôpital public. Là tout s’est accéléré, devenu très médical, avec en l’espace de 5 minutes, une équipe de 6 personnes autour de nous – une tempête médicale ! Bilan : une épisiotomie et ventouse sans médicament, ni gaz et sans péridurale.

Je reste encore traumatisée par ces vagues de douleurs, cette impression de train qui me passe dessus, littéralement dans un état second. Malgré la tempête médicale et les procédures, l’attention délicate du personnel était bien là. Jamais je ne me suis sentie « bout de viande » ou un « numéro » ou dans un environnement inhumain. Dans une lumière tamisée, Liam est né. Mon plan de naissance a été respecté du mieux possible.

Suite à l’accouchement, nous avons pu rester à 3 dans l’intimité de notre petite famille pendant plus de 4h avec Liam en peau à peau dans la salle de travail, avant de retourner dans la chambre de la maison de naissance et prendre notre temps pour rentrer chez nous à notre rythme après 24h.

Calm Birth et la maison de naissance nous ont aussi appris à accepter qu’une naissance ne se déroule pas toujours comme on le souhaite et d’être flexible quand le bébé est en danger. A relativiser et se concentrer sur l’essentiel.

Au retour à la maison, les sage-femmes ont alors maintenu une rotation de visites quotidiennes pendant 11 jours pour venir nous voir à la maison, me soigner, nous rassurer et m’aider dans l’allaitement, restant souvent plus d’1h pour juste partager et nous aider dans nos premiers pas : le bain, les montées de lait, les soins post-accouchement, le soutien du baby-blues.

J’ajouterai enfin que je bénéficie de salles pour allaiter au travail ou pour rester avec mon enfant si problème avec le mode de garde : elles sont équipées de frigo, lit bébé, jeux, et ordinateur. Tous les centres commerciaux, gares, aéroports, lieux publics ont des salles de change et d’allaitement. Les lieux de travail optent pour le label « ami de l’allaitement ». Il y a des groupes d’information pour les jeunes parents gratuits pendant 6 semaines, des groupes de mamans, des groupes de jeux pour bébés. Enfin, mon congé maternité peut être de 4 mois payés plein salaire ou 8 mois mi-salaire ce qui me permet de profiter de Liam au maximum. Grossesse, accouchement et débuts parentaux respectés.

Avec du recul, mon expérience de ce système est extraordinaire et j’ai pu entendre les expériences de 6 amies françaises en France en hôpital : heureuses de faire des prises de sang tous les mois, d’analyser les résultats de leurs examens ou encore satisfaites d’avoir pu accoucher « naturellement » avec péridurale, ocytocines, sur le côté… Car désormais accoucher naturellement en France semble juste signifier ne pas avoir de césarienne.

Je n’hésiterai pas à repasser par ce système, car même loin de ma famille j’ai eu un soutien extraordinaire. De plus, intervention médicale peut aussi rimer avec humanité. J’ai envoyé un faire-part de naissance aux sages-femmes en écrivant dessus « si seulement toutes les femmes françaises pouvaient accéder à cette forme respectueuse d’accouchement ». Tout est dit…

Accouchement en maison de naissance, version du père – Belgique, 2012

2 Mar

Après lecture des différentes expériences d’accouchements respectés (ou non), je souhaite témoigner en tant que papa.
Je suis de Bruxelles et accessoirement le mari du témoignage n°143.

Le choix de la maison de naissance n’a pas vraiment été soumis à discussion dans notre couple puisque l’approche de cette « épreuve » est quasiment similaire chez ma femme et moi.

De manière plus indirecte, j’ai vécu l’accouchement de ma soeur en milieu hospitalier comme quelque chose qu’elle a vraiment subi dans l’inconfort et qui lui a totalement échappé lors des moments de prise de décision. Mon neveu est venu au monde par césarienne qui, après coup, s’est révélée plus que dispensable.
Ceci corrobore beaucoup de témoignages lus ici même. A savoir que le temps presse et on n’est pas là pour faire du sentiment.

Notre expérience, bien sûr, contraste totalement avec celle de ma soeur.
Dès la préparation avec la sage-femme, ma femme s’est sentie écoutée, rassurée, respectée dans ses choix et son approche de l’accueil de l’enfant à venir. Et moi, je ne me suis absolument pas senti exclu. Au contraire, avec un rôle bien précis et bien plus important que celui qu’il aurait été dans une Maternité-usine du milieu hospitalier.

La veille de l’arrivée de notre fils, un faux travail s’est déclenché. Enième signe tangible que nous avions fait le bon choix. Je crois qu’à ce moment, aucun hôpital  ne nous aurait laissé filer pour rentrer calmement chez nous. C’est pourtant ce qu’a fait notre sage-femme, tout en restant en alerte.
Le véritable travail n’a commencé que dans la soirée. Ma femme est passée par plusieurs postures pour se soulager. Tantôt assise, allongée, dans la baignoire, puis de nouveau assise sur moi pour la supporter.
Elle a pris son temps, encouragée à cela par notre sage-femme elle-même aidée d’une collègue.
La délivrance fut une épreuve. Bébé avait du mal à passer les épaules. C’est dur pour la maman, pour le bébé, pour les sage-femmes et même pour moi car on est un peu impuissant.
Une fois sorti, sans traumatisme lié à une sortie violente aux forceps, le bébé a été « démarré » de manière vigoureuse mais toujours avec douceur et chaleur.
Premier cri poussé et déjà au contact de la maman. Là encore, mieux pour elle et mieux pour lui.
Plus tard, maman ayant besoin de soins et de repos, il est resté avec moi. Même un peu perdu dans ce nouveau monde, je le sentais serein et relativement calme. Impression que je n’avais pas du tout eu lors de mon premier contact avec mon neveu, quelques minutes seulement après son arrivée. Stress et anxiété semblaient l’animer. Mais selon le médecin l’ayant accueilli, c’était « parfaitement normal ». Je sais maintenant ce que je pressentais à l’époque. C’est faux.

– Anonyme

Céline, en maison de naissance – 2009, Belgique

1 Mar

C’était le 4 novembre 2009 j’avais 28 ans…

Une grossesse n’est pas une autre … voila ce que tout le monde dit toujours.

La grossesse de Noémie fut parfaite … Ma fille est née à terme, sans douleur mais dans une sphère qui, pour moi, n’a pas été du tout sécurisante. Celle de l’hôpital … j’ai vécu un moment magique lors de cette naissance, ma petite fille était là et moi j’étais maman ….  Mais j’avais un gout de trop peu* … une sensation d’avoir manqué quelque chose …

Le post-accouchement ne fut pas facile du tout par contre … voila en partie la raison qui m’a menée à vouloir accoucher en maison de naissance pour mon deuxième bébé.

Deux ans ont séparé les deux accouchements, et que de chemin parcouru …

Les cinq premiers mois de cette 2ème grossesse furent parfaits …  j’étais en super forme et la plus épanouie du monde …

23 semaines PAFFF je dois me reposer. ce que je fais … je ne porte plus Noémie, ne fais plus les courses… j’obéis sagement.

Mais cela ne suffit pas … 28 semaines PAFFF contractions et ouverture du col … je dois rester couchée jusque mes 37 semaines accomplies avec un cocktail de médicaments à avaler toutes les 2h.

J’obéis et m’installe un petit nid douillet chez moi, dans mon salon …. J’y passerai donc 9 semaines complètes. Olivier a assuré, il a tout géré (courses, crèche, ménage, rangement, bain, …. Et le reste) Noémie n’a pas vécu facilement ce moment  … elle m’a beaucoup manqué et je crois lui avoir beaucoup manqué aussi.

Mais j’ai tenu et ce fut une grande victoire d’arriver le jour de mes 37 semaines … je crois que je n’aurais pas pu y arriver sans Oli, Noémie, sans la famille et les amis qui ont été si présents chaque jour (pour s’occuper principalement de Noémie). J’ai beaucoup de chance de les avoir tous.

Lundi 2 novembre, j’arrête donc mes médicaments. je sais que bébé viendra vite, je suis déjà à 3cm et je contracte toujours autant. Je profite de cette journée pour ENFIN sortir, prendre l’air et passer du temps avec Olivier et Noémie. Une petite promenade en ville s’impose … Un super moment pour nous trois.

Le soir, je contracte toujours autant mais sans douleur. je me couche et passe une très mauvaise nuit. Je sens bébé très bas, il appuie … impossible de dormir.

Mardi 3 novembre … promenade en ville le matin… on en profite … Je réussi ensuite à faire une bonne sieste jusque 16h. Génial je me sens reposée.

18h, envie de faire un resto. Certainement le dernier à 3 … On arrive au resto vers les 18h30 …. 19h les contractions deviennent plus fortes et un peu douloureuses …. Les voila ces contractions tant attendues …. Je peux enfin les accueillir sans peur, sans remord … Benjamin ne viendra pas trop tôt … le repos a payé.

20h, ma maman arrive à l’appart, elle passera la nuit avec Noémie … on explique tout à notre petite fille avant de la mettre au lit. elle était bien préparée à la naissance de son petit frère et s’endort paisiblement.

21h30, on arrive à la maison de naissance. Notre sage femme nous a préparé une magnifique chambre … je n’en reviens pas d’y être. Voila mon bébé va certainement naitre dans quelques heures à la maison de naissance, comme je l’ai tant espéré durant mes semaines de repos.

Le travail n’a pas vraiment commencé, notre sage femme le confirme … toujours 3cm. elle me conseille soit de marcher, soit de me reposer. elle se replie dans une petite chambre à coté pour, elle aussi, se reposer. on se doute que la nuit sera longue… surtout que je ne fais pas partie des accouchements les plus rapides de la terre

On marche un peu dehors avec Oli. Il fait doux c’est agréable. puis on se repose …

3h je réveille Oli qui s’était endormi … je commence à avoir bien mal … Oli réveille notre sage femme qui me dit cette phrase « choisis ce qu’il y a de moins confortable pour toi à partir de maintenant… pour que le travail commence et avance» …

Je n’avais jamais imaginé qu’il pouvait y avoir une telle ambiance la nuit dans la maison de naissance … Nous sommes descendus avec Oli … notre sage-femme nous a mis des bougies dans la salle du bas (celle où se déroulent les réunions de groupe) …. J’y ai fait les 100 pas durant une bonne heure …. C’était beau, calme… on était seuls

Notre sage femme et Oli ont ensuite pris le p’tit dej dans la cuisine … j’en ai profité pour me faire un thé  car je sentais la fatigue arriver… Les contractions sont devenues beaucoup plus difficiles …. J’ai demandé pour remonter dans la chambre

Il est 5h30, notre sage femme m’examine et je suis a 5.5cm … Whaw je suis fière de moi car je ne pensais pas être si loin.

Elle me propose de faire couler le bain. ce que j’accepte avec grand plaisir.

Ce magnifique bain dans lequel je vais rester plus de 2h …. Les contractions passaient, devenant de plus en plus fortes … Je les accueillais chacune séparément, toute calme, toute détendue … tellement détendue. jamais je ne me suis crispée … je les aimais même ces contractions. j’étais contente de les voir arriver. entre chaque contraction, j’en arrivais même à m’assoupir la tête sur le bord de la baignoire.

8h, elles deviennent très très difficiles à gérer. je commence à avoir du mal à me détendre … je sens quelque chose qui pousse … je demande à sortir de la baignoire, j’ai le sentiment d’arriver au bout du travail.

Notre sage femme m’examine, je suis à 7cm … je désespère un peu sur le coup et de ce fait, les contractions deviennent peu gérables … notre sage femme m’explique que la poche des eaux est très épaisse et ne se rompt pas. Elle appuie très fort sur le col … Elle m’explique que la rompre me ferait gagner 2h (selon elle) … c’est à moi de choisir. J’accepte car je suis vraiment fatiguée. Cela aura été le moment difficile du travail … il fallait passer ce fameux sommet, il fallait dépasser ses limites …

A peine rompue, je suis à 8cm avec des contractions de plus en plus fortes …. Je continue à me tordre dans tous les sens pendant les 3 ou 4 contractions suivantes. Je ne trouve pas ma place, je ne sais plus respirer … c’est difficile.

Notre sage femme m’installe ensuite sur le coté droit (j’ai choisi d’accoucher ainsi) … il doit être 8h30 – 8h45 ….. Et c’est en allant chercher une force et des cris au plus profond de moi que Benjamin est né à 9h14 ….

Je l’avais fait, je n’en revenais pas ….

La présence si discrète de notre sage femme durant cette longue nuit m’a tellement aidée. Je savais qu’elle était là et que je pouvais compter sur elle à tout moment.  J’ai en tête  ses petits mots d’encouragement qui m’ont fait un bien fou (« tu fais ça très bien » « courage » « ne t’inquiète pas, je mets de l’huile, tu ne te déchireras pas » « encore une contraction et bébé sera là » …) …. Tout s’est passé comme dans mes plus beaux souhaits ….

Cette nuit restera gravée comme l’un des plus beaux accomplissements de ma vie. Je revis ces instants chaque jour depuis la naissance.

La lasagne mangée à midi a été la meilleure de toute ma vie je pense. Je n’avais jamais mangé quelque chose d’aussi bon. Le repas du vainqueur après tant d’efforts.

17h, Noémie est enfin arrivée et a fait connaissance avec son petit frère. Elle est une grande sœur adorable, douce, protectrice. Elle est géniale.

19h, on quitte la maison de naissance en famille… je suis en forme, Benjamin est en forme ….. Direction l’appartement pour y démarrer une nouvelle vie à quatre.

Le lendemain matin, nous prenions le petit déjeuner tous ensemble … Benjamin était là mais notre quotidien n’avait eu aucune coupure. Une naissance, quoi de plus naturel …

MERCI à toutes les sages femmes de la maison de naissance pour leur présence durant mes semaines alitée … Merci à notre sage femme pour nous avoir aidés à mettre notre Benjamin au monde. Merci à B. pour ses visites post-natales et ses bons conseils.

MERCI à Oli d’assurer autant et d’être un amoureux si parfait pour moi ….

MERCI à Noémie de comprendre si bien les choses et d’être une grande sœur si géniale.

MERCI à tous ceux qui ont été présents durant la grossesse.

Céline, à Namur

(*) : … je n’avais pas mis mon bébé au monde … on l’avait fait pour moi …  j’étais heureuse mais je n’avais pas fait grand chose cette nuit là …
puis pas d’accompagnement sur place (nous étions seuls la maheure partie du temps … donc impossibilité pour moi d’éviter la péridurale)
et l’après fut encore pire … aucun respect (réveil à 6h pour le ptit dej …) … après 3 jours, nous avons signé un papier et quitté cet hopital …

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Lien vers le récit suivant de Céline : Troisième accouchement – Namur – 2013

Camille – Australie – 2012

1 Mar

Camille, Australie Septembre 2012 – Accouchement en maison de naissance
Liam est né en septembre 2012 en Australie. Je souhaite témoigner car j’ai testé le privé, le public et la maison de naissance. En Australie, il y a les hôpitaux privés (très chers) ou la césarienne domine. Il y a aussi les hôpitaux publics dont l’approche est déjà très différente de la France : ballon, positions, respiration, lumières douces, péridurale que si on la demande, accès a une baignoire. A la suite de la lecture du livre « Attendre bebe autrement » j’ai décidé d’explorer les méthodes naturelles de grossesse et accouchement qui sont très développées en Australie. Au vu des couts de mon obstétricien en privé qui regardait sa montre au bout de 10minutes avec un « on se revoit dans 2 mois », j’ai finalement décidé de m’inscrire en maison de naissance.
J’ai eu une grossesse très douloureuse souffrant de douleurs du pelvis atroces au fur et mesure que la grossesse avançait. Le soutien de ma sage-femme, la relation amicale était ma priorité, étant isolée à 24 000kms de ma famille. Tout le suivi de ma grossesse s’est fait dans la simplicité, le coté familial, la douceur, les rigolades aussi. Pour gérer la douleur du bassin et genoux de plus en plus mous sous l’effet de la relaxine, j’ai eu accès aux massages prénataux, au yoga prénatal , au kiné de grossesse et aux classes de préparations. Je me suis enregistrée avec mon mari a un week-end d’information et pratique a la relaxation, visualisation, respiration, information a l’accouchement appelé Calm Birth, qui apporte aux futurs parents une confiance énorme et qui est désormais accessibles aussi en hôpitaux tant les bien faits sont reconnus pour gérer la douleur. La combinaison de Calm Birth avec le yoga prénatal m’a permis de maitriser la clé dans ma grossesse et accouchement : la respiration profonde et lente. Indispensable en effet, car j’ai aussi du gérer 3 semaines de souffrance dans le rein. Suspectant un calcul rénal, j’ai alors été admise d’urgence a 33+ semaines de grossesse en hôpital public ou j’ai alterné diagnostic après diagnostic (allant de l’accouchement imminent, au besoin de stopper les contractions d’urgence…), 3 cathéters, injections de stéroïdes, de la morphine, des médicaments provoquant la constipation etc. 24h d’un cercle vicieux médicalisé, traumatisant malgré un personnel adorable, aux petits soins. Pour moi c’était évident : il fallait que ma grossesse attende jusqu’à 35 semaines pour pouvoir être prise en main par ma sage femme en cas d’accouchement. Liam m’a entendu et il est reste au chaud. A 37 semaines et 3 jours il s’est décidé. La poche des eaux a cédé à 9h et ma sage femme est venu voir et me dire « c’est bon ça commence, relaxe toi, tout va bien, tu as le temps». Sauf que j’ai eu la chance d’avoir une dilatation express, peu de douleurs pendant les contractions au point que j’étais déjà à 8cm en seulement 4h de travail facile. Alors suite à une seconde visite à 14h , ma sage femme m’a dit d’aller de suite à la maison de naissance – Liam était bien plus proche que prévu ! Un seul touché vaginal en tout et pour en 9 mois et uniquement après avoir donné mon consentement, aucune intrusion, ni gestes de procédures inutiles.
Arrivée sur place, tout était déjà organisé, aucun papier à régler, la sage femme a tout organisé. Un bain chaud m’y attendait, ma musique, mes cd de relaxations de calm birth, la pénombre, la douceur et les encouragements positifs de ma sage femme et d’une jeune étudiante sage femme (et mon mari !). Des chambres immenses chacune avec une baignoire circulaire de 1000L, la température réglable dans la chambre, des décors doux et relaxants. Des fou rires aussi car je parlais en anglais à mon mari français, et ma sage femme me fait la surprise de me dire qu’elle comprend le français et que je peux l’injurier en français. Malheureusement, la suite s’est compliquée. Apres 6h de poussée ( !) et malgré les encouragements constants, tentatives de différentes positions, etc., Liam n’arrivait pas à sortir à cause de mon périnée très tonique. On a encore tenté une dernière fois, et en présence d’une obstétricienne avant que je ne sois finalement admise à l’étage inferieur en hôpital public. La tout s’est accéléré, devenu très médical, avec en l’espace de 5 minutes, une équipe de 6 personnes autour de nous – une tempête médicale ! Bilan : une épisiotomie et ventouse sans médicament, ni gaz et sans péridurale. Je reste encore traumatisée par ces vagues de douleurs, cette impression de train qui me passe dessus, littéralement dans un état second. Malgré la tempête médicale et les procédures, l’attention délicate du personnel était bien là. Jamais je ne me suis sentie « bout de viande » ou un « numéro » ou dans un environnement inhumain. Dans une lumière tamisée, Liam est né. Mon plan de naissance a été respecté du mieux possible. Suite à l’accouchement, nous avons pu rester à 3 dans l’intimité de notre petite famille pendant plus de 4h avec Liam en peau à peau dans la salle de travail, avant de retourner dans la chambre de la maison de naissance et prendre notre temps pour rentrer chez nous à notre rythme après 24h.

Calm Birth et la maison de naissance nous ont aussi appris à accepter qu’une naissance ne se déroule pas toujours comme on le souhaite et d’être flexible quand le bébé est en danger. A relativiser et se concentrer sur l’essentiel.

Au retour à la maison, les sage femmes ont alors maintenu une rotation de visites quotidiennes pendant 11 jours pour venir nous voir à la maison, me soigner, nous rassurer et m’aider dans l’allaitement, restant souvent plus d’1h pour juste partager et nous aider dans nos premiers pas :le bain, les montées de lait, les soins post-accouchement, le soutien du baby blues.

J’ajouterai enfin que je bénéficie de salles pour allaiter au travail ou pour rester avec son enfant si problème avec le mode de garde : elles sont équipées de frigo, lit bébé, jeux, et ordinateur. Tous les centres commerciaux, gares, aéroports, lieux publics ont des salles de changes et d’allaitements. Les lieux de travail optent pour le label « ami de l’allaitement ». Il y a des groupes d’information pour les jeunes parents gratuits pendant 6 semaines, des groupes de mamans, des groupes de jeux pour bébés. Enfin, mon congé maternité peut être de 4 mois payés plein salaire ou 8 mois mi-salaire ce qui me permet de profiter de Liam au maximum. Grossesse, accouchement et débuts parentaux respectés.

Avec du recul, mon expérience de ce système est extraordinaire et j’ai pu entendre les expériences de 6 amies françaises en France en hôpital : heureuses de faire des prises de sang tous les mois, d’analyser les résultats de leurs examens ou encore satisfaites d’avoir pu accoucher « naturellement » avec péridurale, ocytocines, sur le cote… Car désormais accoucher naturellement en France semble juste signifier ne pas avoir de césarienne.
Je n’hésiterai pas à repasser par ce système, car même loin de ma famille j’ai eu un soutien extraordinaire. De plus, intervention médicale peut aussi rythmer avec humanité. J’ai envoyé un faire-part de naissance aux sages-femmes en écrivant dessus « si seulement toutes les femmes françaises pouvaient accéder a cette forme respectueuse d’accouchement ». Tout est dit…
Camille.

Naissance de Damien, Québec – 2011

28 Fév

Naissance de Damien, Québec, Canada
Le lundi le 24 octobre 2011, à 5h52, est né notre fils.
Bébé pesait 7 livres 4 onces pour 20,5 pouces.
Le travail a duré environ 8 heures dont 2 heures de poussées.

L’accouchement comme tel fut respecté et très beau. Suite au transfert à l’hôpital, les choses se sont corsées toutefois.

*     *     *
Le lendemain de la fête de ton papa, je faisais pipi sur un petit bout de plastique qui allait m’annoncer le plus grand changement de toute ma vie… j’allais devenir maman! À partir de ce moment, j’ai su que les jours et les nuits ne seraient plus jamais les mêmes, ma tête et mon cœur allaient d’instinct vers toi, je voulais – et je veux toujours – ce qu’il y a de mieux pour toi! Les semaines ont passées, mon ventre gonflait et je te sentais de plus en plus présent. À vrai dire, tu étais dans mon ventre un petit bébé très vigoureux! Tu adorais communiquer avec nous et faire sentir ta présence. Quels beaux moments nous avons passé ensemble quand tu n’étais encore qu’un fœtus dans mon bedon! Nous avions nos façons de communiquer, nos petits moments privilégiés. Et toi, tu te faisais remarquer, en général en me donnant des coups de pieds dans le côté droit, juste sous les côtes ou en faisant ce que j’appelais « la baleine »…des belles grosses vagues de bedaine! Et plus le temps passait, plus nous étions prêts à t’accueillir. Ta chambre, tes vêtements, ton prénom…tout cela était planifié avec amour. Même avec toute notre bonne volonté et les livres lus, jamais nous n’aurions pu imaginer le raz-de-marée que tu allais causer petit bébé!
Dès les premières semaines de grossesse, je me doutais bien que j’attendais un petit garçon et je me doutais aussi que tu allais être un petit pressé… Et bien oui, après la moitié de la grossesse avec de fausses contractions, le travail préparatoire s’était fait petit à petit et c’est le jour des 37 semaines – le moment où tu étais considéré « à terme » dans le jargon, que le vrai travail a débuté. Ma nuit du samedi au dimanche avait été la plus belle depuis des lunes. Un sommeil profond et réparateur m’a fait filer jusqu’à tard dans l’avant-midi. Puis, nous sommes partis, ton papa et moi, déjeuner avec la famille. Aux dires de tous, ma bedaine était bien basse. Et moi, j’avais disons un peu trop d’énergie pour une fille aussi ronde! Ton papa se doutait bien de quelque chose… je vivais le fameux phénomène de la couvade! Je voulais que tout soit parfait pour ton arrivée… Rien de trop beau pour mon bébé! Alors donc, nous avons marché longtemps, une heure, tous les restos étaient pleins. J’étais fatiguée, mais je me disais que c’était bien normal, je n’avais pas mangé! Après le repas, tour aux toilettes et encore une fois, je perdais un peu de sang. Depuis jeudi, le moment où j’avais perdu les premiers petits bouts de bouchon muqueux, je saignotais un peu. Ça commençait à m’inquiéter. Et si tu n’allais pas bien?
En revenant à la maison après notre petit déjeuner familial, vers 15 heures, les contractions habituelles se faisaient plus insistantes, mais rien de dramatique. Rien pour nous empêcher, ton papa et moi, d’écouter quelques épisodes collés sur le divan! Mais après le souper, elles devenaient plus inconfortables, assez pour aller m’installer sur le gros ballon et penser à bien respirer. Un peu avant 21h, je me suis dirigée vers la douche pour tenter de me relaxer un peu avant d’aller me coucher. Alors que les saignements du col m’inquiétaient malgré les dires rassurants de notre stagiaire sage-femme, l’instant où j’ai perdu mes eaux m’a semblé tout à fait normal. J’ai entendu et senti un gros CRAC dans le bas de mon ventre et, dans la douche, un torrent d’eau chaude s’est mis à couler le long de mes jambes. Tu t’es mis à bouger, j’ai l’impression que ça t’a surpris mon amour! Je sentais encore mieux tes coups de pieds et tes mouvements, mais j’ai tranquillement terminé ma douche. J’allais être belle pour le grand jour de ta naissance! Après m’être essuyée tranquillement en sortant de la douche, j’ai dit à ton papa par la porte de la salle de bain ce qui venait d’arriver et lui a fait signe à notre sage-femme par téléphone que le moment était venu. Et oui, déjà! À 37 semaines tout juste… Les choses se sont mises à débouler très vite. Les contractions se sont intensifiées beaucoup après avoir parlé à une autre sage-femme. Elle ne croyait pas ton papa que mes contractions duraient 1 minute et qu’elles se succédaient aux minutes. C’était très intense! J’étais dans ma bulle, couchée sur le côté gauche, dans mon grand lit. Je pensais à toi.
Ton papa a alors pris les choses en main. Il a récupéré les choses qui manquaient dans nos bagages qui n’étaient pas complètement terminés (je croyais avoir encore du temps dans les semaines à venir). Nous avions un tas de choses inutiles! Il a téléphoné un taxi qui est arrivé rapido presto et dans lequel je suis embarquée un peu à contre cœur, je m’y sentais coincée… Je n’avais aucune envie de sentir les nids de poule des routes de Québec à ce moment si crucial pour nous!
Alors nous voilà, filant à travers la ville endormie pour nous rendre vers la maison de naissance. On nous accueille et m’invite à prendre l’ascenseur pendant que ton papa et le chauffeur de taxi déchargent nos milles et une choses. Notre première sage-femme et sa stagiaire que nous aimons beaucoup sont là, mais pour le moment, elles sont occupées, une autre naissance est en cours. En fait, nous sommes quatre femmes en travail dans la nuit du 23 au 24 octobre. Ça bouge, ça crie, mais l’atmosphère demeure paisible sur l’étage. On nous conduit à notre chambre. Elle est petite, mais je m’en fiche, je m’y sens bien. Il fait chaud, les lumières sont tamisées et déjà, je rêve du bain tiède qu’on propose rapidement de me faire couler. On dirait que les déplacements ont accentué mes contractions. Je m’appuie sur le bord du lit, je me laisse aller dans la douleur. Décidément, le quatre-pattes sera ma position fétiche lors de ta naissance. Je dois donc être examinée, mais c’est plus difficile que prévu. Mon col est dur à atteindre, mais on m’apprend éventuellement que je suis environ à 5 cm de dilatation, si mon souvenir est bon. Les sages-femmes écoutent ton petit cœur régulièrement. Il bat bien. Bravo mon champion!
Les minutes filent, je suis dans le bain chaud, ton papa est près de moi. Mais ces contractions sont si vives et si rapprochées! Ouf…on me propose de l’homéopathie pour aider à les espacer et me permettre d’atteindre la béatitude des endorphines. Ça marche! Je plane littéralement entre chaque contraction. C’est formidable!  Assise en indien dans le bain, les yeux fermés, je me balance. Et hop, dès qu’une contraction arrive, à genou sur le bord du bain! Je dois me rappeler de bien respirer et de chanter mes contractions le moins aiguës possible, car comme dit ma sage-femme, Bébé ne sortira pas par la bouche!
Au fil des heures, j’essaie de sortir du bain à quelques reprises, mais c’est un échec, je me sens mieux dans l’eau, j’ai moins froid. Je vois ton papa qui commence à être fatigué de toutes ces émotions, mais qui demeure près de moi, toujours présent. Et les sages-femmes rôdent autour, mais toujours de façon subtile et dans le respect du moment que nous sommes en train de vivre. Quelle intensité, quelle beauté que de mettre un enfant – son enfant – au monde! J’ai de la difficulté à placer les évènements dans le temps. Je sais simplement que j’ai soudainement eu envie de pousser, mais on m’apprend qu’il est beaucoup trop tôt. J’en suis à 7 cm. La route est longue encore à parcourir. Je dois donc faire des sons graves pour t’aider à frayer ton chemin et moi je ne dois pas tenter de te pousser à l’extérieur trop tôt, car mon col pourrait enfler et te barrer la route. Quel calvaire que d’essayer de retenir cette envie impérieuse. Mon corps veut trop! On se rend donc compte que tu t’es tourné petit tannant. En postérieur. C’est cela qui me donne envie de pousser, nous sommes dos à dos! On me propose donc différentes positions pour t’aider à mieux te placer. Ouf… Et voilà, on me propose une manœuvre avec ta tête pour te donner un coup de pouce dans ta rotation. Et c’est un succès! Notre sage-femme est surprise de constater que je suis soudainement complète et que je peux commencer à pousser. Des émotions, il y en a dans l’air pendant ta naissance!
Alors voilà, nous sommes 5-6 personnes dans le grand lit et je dois tenter d’apprivoiser l’idée de la poussée. C’est étrange, libérateur en même temps, mais étrange. Et je travaille fort! J’ai besoin de soutien. De la main de ton papa et de celle de toutes les femmes présentes autour de moi. J’ai si mal que j’en vomis. On doit m’installer un soluté pour m’aider à garder mon énergie, car la route est longue. Deux heures de poussée pour arriver à te faire sortir mon amour! Et toi, tu devais travailler bien fort aussi, mais de l’intérieur…quel courage mon bébé! Ton papa m’a épongé le front avec amour, il m’a donné des gorgées d’eau, il m’a réconfortée. Et il m’a encouragée! On voyait ta petite tête avancer, tes petits cheveux. Et je t’ai touché. Tu étais encore dans mon ventre à ce moment. Puis, les choses ont déboulé. Dans ma tête, c’était un point de non-retour. Je voulais tellement te voir! Alors, j’ai poussé. Fort. Et ça brûlait horriblement, mais je voulais te tenir dans mes bras… Ta tête est sortie. Puis j’ai senti tes petites épaules se glisser et enfin tout ton corps, comme un petit poisson. Tu étais là mon amour! Je t’ai pris sur mon ventre, Tu étais tout chaud, tu sentais bon. Ta tête était sur mon cœur et je te trouvais magnifique! Te voilà enfin mon amour! Et ton papa m’apprend que tu es un petit garçon. Mon Damien d’amour!Naissance Damien 008
Ton papa a dû couper rapidement ton cordon, car les choses se sont mises à aller très vite. Tu n’avais pas l’air de bien aller. Ta respiration était difficile et tu ne prenais pas assez de couleur. Et moi j’avais peur, je voulais te tenir sur mon sein, mais tu as du aller sur la table de réanimation. Tu étais minuscule, loin de moi. Mais les sages-femmes ont fait tout ce qu’il fallait. Elles ont été formidables. Elles étaient comme des abeilles autour de toi, mon tout-petit. De mon côté, j’espérais que ce n’était qu’un mauvais moment à passer et que tu serais sur moi dans peu de temps. Mais les minutes passaient. Ton placenta est sorti. La délivrance qui a mis un peu de baume sur mes brûlures. Mais toi, tu as du partir en ambulance. Mon bébé. Et ton papa t’a suivi. Je pleurais, je voulais vous avoir près de moi. Mais je savais que ta vie était en jeu. Notre sage-femme nous a permis quelques instants ensemble avant ton départ. J’ai pu te serrer contre mon cœur, te sentir, te dire que je t’aime. Puis tu es allé dans la grande civière… À plus tard mon amour! Maman va rester forte et je viendrai te voir dès que possible…
C’est ma maman à moi qui est venue me rejoindre pour me réconforter pendant les suites de ta naissance. Trois heures après ta grande sortie qui avait eu lieu à 5h52 – tu es né avec le levé du jour mon amour – j’étais sur mes jamNaissance Damien 002bes et je partais te rejoindre. C’était un peu irréel tout ça. Ton papa était si fatigué, mais il avait veillé au grain pendant mon absence pour ne pas qu’on te donne un de ces milles biberons de PCN (préparation commerciale pour nourrissons) proposés et s’assurer que les infirmières soient douces avec toi. Je demeurais confiante, même si je te voyais dans ce grand incubateur, relié à tant de fils à-côté de tous ces minuscules bébés malades du service de néonatalogie. Ma première nuit sans ma belle bedaine et bien je la passais loin de toi, mais malgré l’inquiétude quant à tes petits poumons, je savais que les choses allaient s’arranger. À toutes les trois heures, j’ai tiré à la main mon colostrum, c’était ma façon de te dire que j’étais avec toi malgré la distance qui nous séparait.
Et la vie nous a souri mon amour…
Le jeudi 27 octobre, je t’habillais dans ton petit habit d’hiver, je t’installais dans ton siège d’auto… Et nous sommes partis de l’hôpital, où tu avais été transféré le mardiNaissance Damien 012 précédent, pour nous rendre à la maison après un arrêt à la maison de naissance pour s’assurer que ton siège d’auto te protégeait bien.
En route vers la maison, j’ai eu l’impression que l’ordre des choses se replaçait après ces dures journées à l’hôpital, à recevoir milles conseils contradictoires sur la façon de te nourrir et de prendre soin de toi. Après ces nuits sans ton papa qui n’avait pas le droit de rester avec nous, ces nuits où tu devais rester à la pouponnière, loin de moi… Nous allions enfin être réunis. Nous avons fait confiance à notre instinct de parents. Nous nous sommes battus pour que tu n’aies que le bon lait de maman et qu’on diminue progressivement le soluté qu’on te donnait. Nous avons fait tout en notre pouvoir pour que tu prennes du mieux et que tu sois respecté dans ton unicité, mais ces quelques jours à l’hôpital resteront gravés dans nos cœurs et nos corps pour toujours. Trop de larmes et d’aiguilles, pas assez d’écoute et d’empathie. Une chance que nos sages-femmes restaient présentes et pleines de compassion au bout du fil pour nous soutenir. Une chance que nous étions informés. Une chance que nous avons eu le cran de nous battre pour nos convictions et nos droits de parents.
Quel bonheur que de t’avoir près de mon cœur… Mon fiston sans fils ni soluté. Que de la belle petite peau rose, une petite bouche en cœur et des yeux plein de magie! Bienvenue Damien…
Ta maman, Anne-Marie

Naissance de Léo_ 2009 et Naissance de Lilwenn_2013

24 Fév

La naissance de Léo le 30 Juin 2009 a 18h39 (dans les Hautes Alpes) :

30 Juin 2009 : 6h00 du matin.

Je me réveille avec une de ses envies de faire pipi !! .. Tellement grosse envie que je me fais dessus !!!! Je me trouve idiote et fais le ménage de mes bêtises…. Ppfft… Y a pas idée d’être incontinente en cette fin de grossesse aussi !! Bon je me recouche… et paf rebelote, re envie et re ratage !!! … je me dis quand même c bizare cette histoire !
L’idée de perdre les eaux m’effleure l’esprit mais a 18 jours du terme, et persuadée que j’irais au bout du bout, je me recouche en me disant que bébé doit donner des coups sur la vessie et que comme j’avais bcp bu tte la nuit, c’est donc normal…

6h25 … 3ème ratage de toilettes… le doute n’est plus permis et là ca coule en continue… ca sent franchement pas le pipi… ok je réalise : je perds les eaux !
Je prends une serviette éponge et me remet dans le lit, j’attends 6h35 que mon homme se réveille pr lui annoncer car c’est l’heure à laquelle il doit se lever pour aller travailler.

Il me dit ok, et est heureux… Il commence à se préparer. Je ne veux pas qu’on se dépêche trop car de toute façon sans contractions le travail risque d’être long… (moi qui avait accouché en 4h30 pr Amaya)… Le liquide n’est pas teinté donc pas de souffrances fœtales…

Le temps qu’on se douche chacun, qu’on déjeune (non… que Christophe déjeune car je n’ai pas faim), qu’on prépare Amaya, et qu’on sorte bien les chiens, il est déjà 8h30.

8h30 : donc c parti, on dépose Amaya chez la nounou, on prend le tps de lui expliquer tt car si c’est long Amaya dormira chez elle. Pas de contractions ou très très peu douloureuses…
Dans la voiture on rigole on parle de plein de choses mais l’ambiance est différente de quand j’allais accoucher d’Amaya !! Bref on est décontracté ! (c facile sans contractions !)

10h : arrivée à la mater, Fanny la sage femme m’accueille. Très gentille ! Elle m’examine, je suis à 3. C’est donc bien partit ! Je réalise tjs pas que dans la journée je serais Maman pr la deuxième fois… Monito : tout baigne BB est en forme. J’ai qques contractions très supportable.
J’informe Fanny que je souhaite accoucher sans péri mais que pr Amaya je n’ai pas réussi j’ai eu une rachi a 8 car je n’arrivais plus à gérer … je lui dis que je souhaite qu’elle m’aide à aller au bout mais que si c trop long et que je souffre trop que je veux bien changer d’avis !lol ! Je lui dis aussi que je ne veux pas de perf, que je veux me mouvoir et pouvoir boire et manger… Elle est ok pour tout ^^ ! (j’ai changé de mater pr cette naissance car j’étais traumatisée de pas pouvoir boire pendant la naissance de ma fille)
Je lui dis aussi que je veux qu’elle m’examine régulièrement car j’ai besoin de savoir si ca avance pour me faire une idée psychologiquement !!

11h30 : je suis à 6 et tjs peu de contractions douloureuse même si le peu que j’ai deviennent un peu plus « franche » et plus longue surtout…
Ca avance vite dis donc !!! et tout ça sans douleurs !! J’explique à Fanny que pdt ce dernier moi je rêvais très souvent d’accouchement sans aucunes douleurs !!! Elle me dit que mon rêve se réalise ! On rigole bien sûr !!

14h : tjs 6 … je suis déçue ! ca stagne un peu mais bon je ne me plein pas j’ai tjs pas de « vrai » contractions !! On a partagé mon plateau repas avec ChristopheFanny m’a autorisé a grignoter un peu…

15h : on est à 7 … je fais du ballon ca passe le temps et Christophe bouquine…
16h : on arrive à 8. Contractions ttes les 10/15 min environs, un peu plus douloureuses mais largement gérable. Je respire bien comme en cours de prépa et ca se gère !!! Au monito tt va bien !
Une puéricultrice me propose un thé et me dit en rigolant « et bien vous souriez tjs ?? Ce n’est pas rigolo pour nous un accouchement comme le votre » !!!

17h45 : tjs 8 …. Là je suis non seulement déçue mais ca commence à faire long ! Fanny me dit que normalement on ne bloque pas à 8 !!!! On discute, et elle pense que je fais un blocage psychologique, elle m’aide à chercher les causes … Moi je le sais… je lui explique que dans ma tete je ne pensais pas accoucher si tôt… je n’étais pas prête !! En plus sans beaucoup de contractions douloureuses, je n’ai franchement pas l’impression d’accoucher !!!!

Je lui dis que peut etre que si on était dans la salle de travail je prendrais plus le travail au sérieux !!! là je suis trop détendue et pas dans un état d’esprit d’accouchement !!!

18h : on arrive en salle de travail. Et elle me dit que si a 18h30 je rigole toujours et que ca ne bouge pas, elle me posera une perf d’ocytocine pour faire avancer… elle me dit ca pr me faire peur et me mettre la pression. Les contractions sont douloureuses ca y est. Mais je gère tjs ! et je pense à chaque contraction a la tête de mon bébé qui doit ouvrir le col !!! je me met en tête ça y est, que je vais accoucher…

18h10 : le gygy arrive… et il me dit que maintenant on rigole plus car j’ai quand même perdu les eaux, va falloir penser à accoucher !!
Je dis à zom, « ça, c’est Fanny qui lui a dit de venir car elle ne veux pas me poser de perf et elle me met la pression pr qu’on y aille !! »

18h25 : ouuuh !!!!! ca se précise !!!!!!!!!!! J’avais oublié que les VRAI contractions ca faisait si mal !! mais je gère je gère… ouh la la … j’ai comme envie d’aller aux toilettes …. Ouuuh !! ca commencerai même à pousser !!!! Je dis à zom de sonner car Fanny était repartie…

18h30 : là voila (enfin) !!! je lui dis que là ca pousse dur !!!! Elle essaie de m’examiner debout (car c comme ca que je suis pr gérer mes contractions) … elle y arrive pas…
Je me mets sur le lit et je suis trop mal !!! Les contractions je les gère plus allongée !!! et j’ai une envie de pousser !!!!
Elle me dit que pourtant je suis tjs à 8 !!!!!!!!!
MAIS CA POUSSE !!!!!!!!!!!!!!!!!! Alors là elle n’hésite pas elle me dit qu’elle va aider le col à finir d’ouvrir dès la prochaine contraction…
Y en a une justement, et elle me dit de pousser … Aucuns problème mon corps ne réclame que ça de tte façon je ne pouvais pas ne pas pousser c’était pas possible !
Elle me met en position d’accouchement sur le côté comme j’ai appris en cours de prépa !! mais là encore je suis mal dès qu’une contraction arrive !!!!! je crie que je suis pas bien, je me remet sur le dos, enfin demi assise, ou plutôt affalée sur le lit et je ne peux plus bouger….Fanny me laisse comme ca ! ne me met pas les pieds ds les étriers ni rien. Je suis en train d’accoucher…. Je n’entends plus rien : je sens qu’il faut que je pousse, de ttes mes forces alors je pousse !!
Je sens ce petit corps tt chaud qui glisse vers la sortie !! je n’ai pas mal mais cette sensation de chaleur m’envahie !!!j’entends Fanny qui me dit qu’il est presque là !! mais même si elle ne me le disais pas, je le savais ! la contraction sur laquelle je viens de mettre ttes mes forces s’arrête… je reprends mon souffle, ca brule un peu !! et Fanny me dis qu’on y est presque… Je le sais !! je le sens !! et hop en revoila une… je repousse un petit coup, ca y est !! il est sorti !!! 18h39 !!! je l’attrape je le prends !!! Qu’il est petit ce petit ange !!! si fragile !! ooooh !!c un ptit gars !!!!!!!!! un petit Léo ! je suis émue … aux anges … il est couvert de vernix !
Je demande à ce que le papa coupe le cordon qu’une fois qu’il arrêtera de battre.
Je contracte encore, Fanny me demande si je suis prête pr le placenta… je me motive, ce sera fait !!! je pousse sur une contraction et plouf il sort.
Pdt le peau à peau elle m’examine : même pas déchirée !! Vraiment tt est parfait jusqu’au bout !!!!
2h30 de peau à peau… on nous laisse tranquille. Je suis comblée ! il tête très bien. Il sera pesé qu’après ces 2h30… 3kg080 ! il sera mesuré qu’a la sortie de la mater (47cm)
J’ai poussé 4 min m’a dit Fanny !!

Un accouchement de rêve ! certe on a passé la journée à la mater et c’était plus long que pour Amaya, mais quasiment sans douleurs … que du bonheur !!! Comme dans un rêve !

La naissance de Lilwenn à la maison le 08 Février 2013 à 20h49:

Lilwenn était prévu pr le 25 Février. Pour des raisons d’organisation j’espérais sa venue pour les jours qui arrivaient… Sans trop y croire pour autant.

7 Février 2013 : Pourtant, depuis 2 jours, j’ai des contractions qui deviennent régulières, que je sens bien, mais qui ne sont pas douloureuses. Je me demande si ça travail ou si c’est pour du beurre… J’ai envie d’y croire mais en même temps j’ai peur de me faire de faux espoirs…

Et si elle faisait comme sa grande soeur? Si elle attendait le terme? Je préfère ne pas penser à cette option pour le moment… Le soir du 7 Février je prends un bain, me relaxe, et parle ac ma puce… Je contracte toutes les 5 mins sans pour autant ressentir de douleurs… Je lui dis que moi je suis prête, que j’ai eut ma « dose » de grossesse… lol ! Je lui dit que son frère et sa soeur s’impatientent également… Et je lui explique que si elle arrivait ce serait bien plus pratique pr notre organisation… j’y tiens ! lol !

8 Février 2013 : 1h50 : fissure de la poche des eaux…

Ca coule sans grande abondance… Quelques petites contractions arrivent… rien de très sérieux mais celles-ci se rapprochent des douleurs de règles, et sont plus franche que celles de la veille…

2h30 : J’appelle ma Sage Femme pour lui dire… Elle me dis de la rappeler que si ça s’intensifie et surtout que ça se régularise et que ça se rapproche…

Ma maman arrive, elle va se coucher dans la chambre de mon fils en me souhaitant bon courage… Les 2 grands dorment bien… Je me demande si je vais accoucher avant qu’ils se lèvent… J’aimerai beaucoup ! mais je sais qu’au fond de moi je ne me sens pas très sereine j’ai peur de les impressionner si je me lâche..

Vers 3h30 : on fait venir la sage femme pourtant elle sent bien que les contractions sont pas suffisamment intense mais je ne sais pas pkoi j’insiste pr qu’elle vienne… Rien de bien sérieux effectivement le col n’est pas encore tout a fait rétrécit… Bref pour elle rien de sérieux… Mais elle décide de rester et de se coucher sur le canapé… On se recouche avec Christophe… Je continuerai d’avoir des contractions régulière mais gérable.. Je dormirais entre chaque…

A 7h du matin : aucune évolution… Rien n’a bougé ça ne s’intensifie pas, ça ralentit même… Je me dis que je bloque car mes enfants sont là… Je les réveils et je réveil ma maman pr qu’ils s’en aille… Pr que je puisse être seule pr le travail.

A 9h : Notre sage femme part pr sa tournée d’auscultation… On se dit qu’on se tien au courant si ça évolue… Je culpabilise un peu de l’avoir fait venir pour rien du tout finalement… Je déjeune ac Christophe, et on « attends » que le travail avance…

Midi : rien de plus… Les contractions vont et viennent toutes les 15 min en moyenne… Pr Léo ça faisait pareil mais le col lâchait… Là j’ai bon espoir que le travail soit identique : lent mais efficace pour autant !

Je ne perds plus de liquide du tout … Ma SF m’a dit qu’elle pensait que c’était juste une rupture de la 1ère membrane… Le bouchon muqueux par contre coule régulièrement … je me dis que ça travail…

A partir de 14/15h sous conseils de Claire, ma sage femme, je stimule mes seins, en essayant de faire sortir du lait pr déclencher les contractions qui sont tjs aussi espacées… (la lactation déclenchant de l’ocytocine naturellement…) Par contre elles sont plus longues, plus intenses mais tjs gérable…

Je commence a en avoir un peu marre que le tps passe et que rien ne bouge… Je contracte au mieux toutes les 5 minutes mais le plus souvent ce sont toutes les 10 minutes… Mais je continue a me dire que ça doit bien faire quelque chose tout ça !!

Et puis avec mon homme on profite on est tous les 2 en tête à tête et ça n’arrive pas souvent sans les enfants ! alors on en profite… !

Vers 17/18h elles sont pas plus rapprochées mais l’intensité augmente. J’ai besoin de m’exprimer par des « ooooooh » a chacune… Elles sont longues et démarrent fort à chaque fois mais j’ai tjs autant de répit pr récupérer… Je déambule, je marche, mon homme est là, présent… Il me demande ce qu’il peut faire mais je lui dit que pour le moment sa présence est suffisante. Je n’ai pas besoin d’autre chose. Je ne veux pas qu’on me touche. … Elles sont de plus en plus forte quand même… A partir de 18h elles s’intensifient encore.. Bien que tjs espacées elle me prennent de cours.. Je n’arrive plus à garder le silence… Je gémis, je chante.. je m’enferme dans ma bulle et j’imagine bébé qui appui sur le col a chaque fois… J’imagine le col qui s’ouvre sous la pression… Je signale à mon homme que si il veux se fumer une cigarette il serait temps qu’il y aille car après je risque d’avoir besoin de lui…

19h : on a rappelé la SF car les contractions étaient toutes les 5 min et elles devenaient vraiment difficile… J’avais le sentiment d’en venir (enfin !) au bout… Je « gère » en me disant que c’est pénible, mais que c’est normal c’est la fin… J’y crois à cette fin imminente…

19h50 : la SF arrive enfin ac sa collègue (on avait dit que si elles étaient dispo ttes les deux elles viendraient à 2)… Je suis dans ma bulle, je souffre terriblement, et je suis persuadée d’être en phase de désespérance… Je ne me sens plus capable de continuer… Je le dis a mon homme… C’est trop dur ! Parfois je sens comme une pression.. je me dis que la dilatation doit être complète et que bientôt bébé sera là… c’est ce qui me fait tenir !

Les sages femmes s’installent, et installent le matériel… puis je ne sais pas trop vers quelle heure (20h05?? 10?) mais le verdict tombe : je ne suis qu’a 4cm…

Je m’écroule sincèrement en maudissant mes idées d’AAD … Me voila bien embêtée ac mes 4 pauvres Cm !!! Si j’avais été en maternité, très sincèrement (et pourtant j’ai déjà eut Léo sans péri) j’aurais réclamé la péri corps et âmes… Comment continuer pdt plusieurs heures dans ces conditions ?

Je voulais qu’on m’achève… franchement… Après ça c’est le flou total, mais j’ai dû enfin lâcher prise… Grâce à la douleur! … Chaque contraction était accompagné d’un cri … d’un Aaaaah puissant… je ne pouvais plus gérer en silence… j’avais mal et j’avais besoin de l’exprimer… J’ai réellement « perdu pied »… J’entendais ma SF qui me disais de faire des ooooooooh grave et j’avais envie de lui dire que c’était des AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA AAAh et puis qu’elle avait qu’a le faire (merde ! ! lol)

Il doit être 20h15 et c’est « le début de la fin » lol, je ne gérais plus rien… Mon homme a été très déstabilisé car pr Léo sans péri, j’étais « zen » .. en tt cas je ne criais pas comme ça!… Mais au fond de moi je me disais que y avait pas moyen que ça dure des heures comme ça … Et je sentais cette petite pression au fond de moi… du coup a chaque contraction je poussais (je ne suis pas capable de dire si c’était mon corps qui le réclamait, ça ne ressemblait pas a la poussée « réflexe » que j’ai vécu pr Léo) …

Tjs est-il que je n’avais plus de répit … La douleur était comme présente sans interruption… Je n’étais plus là … je sentais la tête descendre et buter doucement … et puis d’un seul coup, je ne peux dire combien de temps après cette série de douleurs… mais j’ai senti, ça à lâcher… c’est passé…

Et là a nouveau des sensations que j’ai jamais connu non plus : la fameuse brûlure… La tête qui s’engage et qui descend ! Vraiment je l’ai senti passer !! lol ! (pourtant périmètre cranien a 32,5!!!) Mais quel soulagement ! La douleur est toujours présente mais elle fait « du bien »…

J’entends, très lointainement, qu’on me pose des questions sur la façon dont je veux me mettre pr l’expulsion… J’entends mais je ne suis pas là … Je suis à 4 pattes, la tête dans les bras de mon homme à crier et a pousser… Le monde peu bien s’écrouler autour de moi, le temps peu s’arrêter, la maison s’effondrer, je ne suis plus présente, mon « moi animal » a pris le dessus, et je suis mon instinct… J’écoute mon corps… je n’ai qu’une mission : faire sortir ce petit être …Et ce dans la position dans laquelle je suis c’est à dire a 4 pattes… je n’ai plus la force de bouger de toute façon j’ai l’impression qu’après ça je vais m’écrouler…

Et ça y est ça fait SPLASH … la poche des eaux, le bébé… tout sort en même tps ! la Sage femme est surprise ! elle a juste le temps de l’attraper « au vol » elle ne pensais que c’était a ce point imminent…

En fait moi j’ai pas vu qu’elle n’était pas prête c’est mon homme qui me l’a raconté après … Elles ont été toutes les deux largement surprise… Comme pr Léo.. une seule poussé et dehors ! lol !

Et voila que ma puce est entre mes jambes, elle est magnifique mais je suis toute étourdit.. j’ai eut bcp bcp de mal a réaliser que c’était fait, que c’était fini ! il m’a fallu quelques minutes pr reprendre mes esprits, l’attraper, et la chérir… Finalement il est 20h49.. 1/2h après l’annonce de mes 4 pauvres cm… Bébé était né!

Avec le recul, j’ai du lâcher prise quand les SF étaient là finalement… Et puis je voulais que mes « grands » puisse voir leur petite Soeur.. Pr celà on avait dit qu’il fallait qu’elle naisse avant 21h30… mission accomplit !

Après… C’est le début d’une nouvelle vie ! une page qui se tourne et une nouvelle qui s’écrit !!

En tt cas ce fut vraiment difficile sur la fin… Vraiment ! quelle intensité et quelle violence !Mais c’est ça une naissance « en douceur »… Violente mais respectée pour moi et pr ma puce… ! C’est ma sage femme qui se déplaçait en me tenant le monitoring… Elle ne m’a rien imposé… Elle s’est adapté a moi, a mes envies, a mes besoin. Elle me mettait des serviettes chaudes sur les reins pdt chaque contractions. Je me souviens juste que ça m’apaisait un peu mais je ne réalisait pas ce qu’elle faisait réellement…

Mais je suis fière de moi ! et on est si bien tous les 5 dans notre petite maison !!!

Si c’était à refaire ?? euuh on a dit qu’on s’arrêtait à 3 ! c bien 3… !! ^^ lol !

Bilan sinon : pas de déchirures, RAS a ce niveau là… Et ma puce mesure 50cm et pèse 2kg870. Elle est la plus belle bien entendue… en tt cas aussi belle que sa soeur et son frère …

La SF nous a montré le placenta; nous a expliqué comment bébé était positionné dedans et nous a dit qu’il était mûr… c à d que si bébé était resté elle aurait plus été alimenté correctement… D’ailleurs elle n’avait plus de vernix… C’était son moment !!!

Voila! ce récit à peut être l’air « violent » mais sincèrement je le trouve doux et pouvoir être présente à la maison et aux côté de Léo et d’Amaya dès le jour même c’est formidable. Ca évite de couper le lien et de rendre jaloux les frères et soeur…