Tag Archives: manque de soutien

#296 Anonyme – 2 césariennes – Suisse

29 Sep

… dur de revenir sur cette histoire je me force parce que je souhaite que ça n’arrive à personne d’autre!
quand je suis tombé enceinte j’étais incrédule mais très heureuse, à 37 ans et après avoir arrêté la contraception depuis à peine 1 mois… wow! Ce bébé voulait vraiment venir chez nous! papa aux anges, je commence à me renseigner, comme une amie m’avait parlé de ses accouchements à la maison je me renseigne puis j’en parle à ma gynécologue du moment qui me traite de dangereuse etc tout en ne me regardant jamais dans les yeux, elle me fait remarquer que je suis en surpoids de 10kg et que cependant pendant la grossesse il ne faut jamais marcher plus que 1 heure par jour. Aucun dialogue je cherche un autre gynéco, j’en parle au futur papa, lui il me traite de parano et d’assassin potentiel pas question de mettre son bébé en danger il faut être à max 90 sec. d’un bloc opératoire et il me raconte des histoires de hystérectomies d’urgence sur des jeunes mères de 20 ans en hémorragie… tous les jours ou presque. J’accèpte le compromis d’une sage femme indépendante que m’accompagne pour un accouchement ambulatoire aux *** de Genève… Elle m’a l’air bien, je me prépare par le yoga, par la kinésithérapie et je prends 12 kg sut toute la grossesse, mais attention selon l’écho le bébé fait plus de 4kg, un macrosome!!! gare gare! ah laissez tomber madame il vous faudra une césarienne! Comme pour me mettre de bonne humeur, en plus bébé bouge bien mais est 10jrs en retard… que faire? papa appelle une connaissance gynéco qui lui dit qu’à 3-4 semaines post limite les enfants meurent dans le ventre de la mère il faut le sortir de suite par n’importe quel moyen, j’étais terrorisée! d’aller à l’hôpital que je n’aime pas du tout, par tout ce qu’on m’a dit, et le grand père médecin qui me dit doucement « mais laisse faire les médecins, fais confiance, fais pas la difficile » … j’ai envie d’hurler encore maintenant!!! l’horreur, le jour J est arrivé pour une provocation mais ce qui m’a interpellé le plus c’est la sage-femme agrée, qui ne m’avait pas dit d’avoir pris les accouchements ambulatoires parce qu’elle craignait ceux à domicile et dès le moment ou elle est entrée à l’hôpital elle est devenue toute gentille avec le personnel hospitalier qui ne la traitaient pas si bien à vrai dire, le futur père était ultra angoissé et personne ne s’occupait vraiment de moi, tous sur le monitoring, le goutte à goutte… sursautaient à chaque variation du tracé, mais moi ce que moi je sentais ou vivais était totalement irrélévant, j’étais classée comme une « bizarre » qui veut accoucher un macrosome à la maison ahahah elle va voir celle là… et bien à 12h minuit après 8-10 heures de contractions à la pitocine on me met une péri et on décrète l’état d’urgence pour le bébé… vous avez dit urgence? oui oui mais il faudra attendre 5h du matin pour entrer au bloc et voir le bébé se faire extraire par des extraterrestres en grosses lunettes, en habits verts et en gants bleus! avec des lumières aveuglantes ça va sans dire. Papa heureux bébé va très bien apgar 10-10-10 à 0 à 5 et à 10 min… vous avez dit urgence n’est-ce pas? danger vital… mais oui!
je suis rentrée à la maison après 3 jours car à l’hôpital avec 3 femmes et 3 bébés dans une pièce les routines de ménage repas visites, famille bla bla ga ga ga j’étais épuisée!

… fin du premier round … KO pour la mère mais personne ne s’en soucie l’important c’est que bébé va bien non? il va toujours très bien il a 5 ans et a été allaité jusqu’à 2,5 ans.

3 ans plus tard je retombe enceinte cette fois je tombe instantanément en déprime: les maisons de naissance me refusent car césarisée, utérus cicatriciel mon histoire n’intéresse personne, petit espoir à A**** où on m’accepte mais c’est 1h30 de voiture et si ça se passe mal il faut payer de sa poche un accouchement médicalisé etc très chère le père des enfants me fait remarquer qu’il trouve ma démarche absurde paranoiaque etc etc

je vis très très mal les 3-4 premiers mois puis j’arrive à me calmer et me concentrer sur les joies de dorloter un bébé! mais oui c’est beau les bébés!

je n’ai plus de travail ni de droit au chômage qui paye la facture s’il y a un pépin? papa m’encourage à reprendre une formation à l’université alors que j’étais enceinte et on devait trouver un logement plus grand etc etc… chercher une fille au pair pour s’occuper du bébé pendant les heures de cours, préparer les examens la nuit? quand?

je suis en psychothérapie mais vous voyez bien la psy est médecin avant tout et trouve elle aussi que papa (médecin également) a bien raison d’avoir des angoisses, tout accouchement est un danger potentiel!
ma question maintenant est: qu^y a-t-il sur terre de plus dangereux pour un bébé qu’une mère terrorisée? qu’une mère qui se sent entouré de gens qui ne l’entendent pas? qui ne comprennent pas sa manière de vivre la maternité?

Ma fille, la deuxième est née un jeudi matin après une rupture des eaux provoquée par une sage-femme lors d’un contrôle de routine à la maternité où l’on m’avait demandé de signer des papiers pour les assurer que j’avais bien compris les dangers d’une deuxième césarienne… je croyais toujours aller à la maternité de A***** mais je n’y suis pas parvenue, j’ai eu peur, peur de devoir payer peur qu’on me rende coupable si quelque chose se passe pas exactement bien, …
donc
entrée à la mat aux *** – GEnève un jeudi vers 23h je crois… contractions fortes douleurs on m’amène dans une salle d’accouchement et la cheffe de clinique ne vient même pas se présenter elle regarde par la porte je demande à pouvoir me lever pour marcher un peu et dit que « pas question » avec un monitoring et une péridurale on ne bouge pas … mais tout le monde sait qu’un bébé ne descend pas si la mère est couchée non? pour moi c’était du Kafka, j’ai de la peine à reconstituer les faits. Bébé n. 2 est née le matin à 8h par césarienne évidemment, j’étais triste pour moi et pour elle,
elle est le bébé le plus joyeux que je n’aie jamais rencontré, j’espère que ce n’est pas simplement un réflèxe pour contraster une mère déprimée!

tout va bien, que veut le peuple?

moi j’ai honte de moi même et je n’arrive pas à dépasser cette honte, car je n’ai pas pu mettre au monde moi mes enfants, sains à terme et sans autre « contreindication » » que d’être un peu grands… je sais que personne n’a jamais fait aucun effort pour me mettre à l’aise, tout le monde a joué autour de moi la carte du terrorisme, « dieu sait qu’est-ce qu’il pourrait arriver » il faut tout prévoir se préparer à la guerre avec l’artillerie lourde …. l’amour? la poésie de la naissance? … que nenni! c’est neuneu madame… mais je ne me sentais pas du tout une madame, je me suis sentie un patient-numéro un potentiel gap dans les statistiques, pas une personne, pas un être humain entier et respecté.

Publicités

#284 Une naissance presque respectée

16 Sep

Pendant ma grossesse, nous avons émis l’idée, avec mon conjoint, de donner naissance à notre enfant à la maison, afin de nous protéger au maximum des intrusions de la médicalisation à outrance de cet acte, qui pour nous, avait quelques rapports avec notre sexualité : le besoin d’intimité, de grande humanité, de la libre expression de notre amour pour ce bébé à naître.

Malheureusement, dans notre coin perdu entre la Gironde et la Charente-Maritime, aucune sage-femme ne se déplacerait jusqu’à nous et nous avons décidé, pour ce premier enfant, de nous tourner vers l’établissement le plus proche qui se trouvait également être le plus simple : peu d’accouchement (400 par ans environ), une petite équipe et des gynéco plutôt sympas et explicatifs.

 

Je voulais absolument accoucher naturellement, laisser mon corps libre de lui même, ne pas l’entraver de médicaments et autres sangles et fils, absolument allaiter mon enfant et j’avais un malaise terrible à l’idée de l’épisiotomie : une lame sur mon vagin, l’image me donnait la nausée, je faisais des cauchemars de cette vision, mon corps lui même, par un eczéma exprima cette angoisse profonde, qu’aucun médecin n’a su ni comprendre, ni écouter (j’avais beau leur donner l’idée de leur entailler l’urètre pour laisser mieux passer le flux de leur urine, aucun ne comprenait pourquoi j’angoissais d’un « acte médical si bénin »).

 

Nous n’avons rien écrit au delà de ce qu’on nous a proposé, une fiche sur laquelle nous pouvions inscrire nos attentes et appréhensions, nous n’avons pas fait de projet de naissance au delà du dossier complété séance après rendez vous avec les gynéco, SF et cours de prépa.

Tout fut oralisé en amont et le jour J, et certaines de nos attentes et demandes figuraient dans le dossier.

 Nous avons bataillé un peu, mais avons vite été entendus et soutenus lorsqu’on a parlé de déclenchement, et finalement (acupuncture ou psychologie…) le zouave dans mon ventre s’est mit en mouvement 5 jours après la « date de péremption »…

A 5h du mat, je sens bien que c’est bizarre cette nouvelle façon de contracter. A 11h, je mets le couvert en 1h30, me suspendant à ma chère cuisinière. A 12h, j’appelle la maternité qui me conseille de prendre un spasfon et d’attendre deux heures pour les rappeler. Mouais, j’oublie le spasfon, je prends un bain et à 15h, nous partons faire 20 mns de bagnole pour rejoindre les murs blancs et aseptisés.

 Nous y voilà, paperasse, installation dans ma chambre perso qui donne côté jardin (et cimetière et malheureusement à ce moment là, travaux…), et premiers touchers vaginaux. A l’époque docile, j’accepte tout ce que le corps médical juge comme « nécessaire » (à qui ? ben à lui en fait.)

On fait des écoutes de monito, et me voilà, bien sage, assise, alors que je le savais, je devrais marcher.

On prend un bain ? Allez zou c’est parti, petite musique Sigur Ros pour me sentir bien, mon homme tout près de moi me murmure des mots doux malgré son sentiment d’impuissance et de dépossession (second point que nous comprendrons bien plus tard).

De retour, c’est chouette, il est 20h je suis dilatée à 7 (nouveau TV, forcément) et je me porte bien, blaguant avec les SF et mon homme, excité comme une puce.

Le cadran tourne et je fatigue. On me propose un gaz, je ne sais pas quoi, entre deux contractions qui deviennent plus lancinantes, j’ai tellement faim (je n’ai rien mangé à midi…), je suis fatiguée, de plus en plus, et finalement, la SF « m’aide » et me fait aspirer un peu de son truc (en fait j’aspire moyen…).

 

Changement d’équipe. Un truc génial : elles font les transmission devant nous, on peut donner notre mot : « pas de péri, veut allaiter et peau à peau à la sortie. Elle veut sortir elle même l’enfant, ou le père. Elle s’en sort très bien, a pris un peu de gaz machin, j’ai prévenu l’anesthésiste, mais elle en aura sans doute pas besoin ». Et là, la nouvelle SF qui me dit « j’ai accouché deux fois : le premier avec péri, le second sans, l’attachement n’a vraiment pas été le même, on va tout faire pour que vous accouchiez sans » MERCI MERCI!!

Bon sauf que… Elle me propose d’accélérer le mouvement, « vous êtes très fatiguée, faudrait pas que ca complique l’expulsion » (j’ai FAIM!!!) si on perce, dans une heure, une heure trente vous êtes débarassée, sinon ca peut durer encore jusqu’à demain matin. Vu comme ca… J’ai les boules, j’ai pas envie de forcer les choses, mais je suis crevée, et mon homme est de l’avis de la SF (il bosse le lendemain à 6h, et puis c’est vrai, je semble exténuée… Mais il me soutiendra quelque soit ma décision.)

Quand je vous dis que je ne voulais pas aller à l’hopital. C’est ce genre de petite pression « pour votre bien »… Elle me laisse un quart d’heure pour réfléchir…

Bref, aller, on perce. J’ai 20 mns de répit, durant lesquelles je dors.

Bon ben après c’est pas pareil, hein, qu’on se le dise. Jusqu’à présent c’était pas agréable, là ca devient carrément flippant. Cette intensité! Cette force cette puissance en moi, qui pousse! Oh my god!!!

Ma SF prend le masque à gaz et me le colle sur le nez « allez inspirez à fond trois fois, ca va vous aider à vous détendre ! c’est pas du produit, ca va juste vous aider à mieux vous ouvrir » J’inspire trois fois et tout se met à tourner. Je n’ai plus aucune force dans mes jambes, dans mes bras… Comme si j’étais saoule, comme si j’avais sniffé de la colle…

C’est parti et soudain tout va très vite, tout s’agite autour de moi, la lumière est beaucoup trop forte, j’étais calme, me voilà stressée, de plus en plus, ca parle trop fort, la SF me parle et couvre mes cris, tout ca c’est trop !!! Entre deux contractions, je me jette dans les bras de mon homme, qui est tout habillé, tente de le sentir, je cherche son odeur, ses bras se referment sur moi, m’embrassent et me soutiennent.

La SF se lève et revient avec un petit chariot couvert d’un linge verdâtre ; dessous : des scalpels, seringues et ciseaux. D’une seule voix, nous nous opposons « on ne veut pas d’épisio !!! » « ah oui, mais si ca déchire, moi désolée, je coupe ! » 

Deux temps plus tard, comme par hasard je suis « raide à gauche ». La SF dit « j’interviens localement » et attrape une seringue. Mon homme s’interpose « hophophop, qu’est ce que vous faites ?! » « J’applique du spasfon en local, ne vous inquiétez pas, c’est juste du liquide, ca va détendre à gauche, là où ca se raidit », il me regarde, je crois que je fais un truc qui dit « j’abandonne » et je sens un truc glacé entre mes jambes. « Ah ca détend pas, hein » Elle intervient à nouveau. Puis ca bloque aussi à droite. Ce n’est pas du spasfon dont j’ai besoin, mais d’une main de femme, d’une voix douce, apaisante, qui me remette dans ma bulle, de solitude, d’intimité, je veux accoucher comme je jouis ! Seule avec mon homme ! Pas au regard et en pleine lumière, dans le bruit et à l’hôpital. Mais je n’ai pas eu le choix. Je n’ai pas fait celui d’accoucher parfaitement seule.

 Je me donne du courage en criant, en parlant à mon bébé. L’aide-soignante me propose un miroir et je l’envoie balader avec tact (j’arrive encore à ca ?!). On me tourne, on me met en sellette (et j’accoucherai ainsi, les jambes repliées, les mains sur mes genoux, le cul sur la chaise. La vulve bien en face des yeux de la SF) Ca déchire. Elle coupe. Je me souviens avoir demandé l’autorisation de toucher la tête à la sortie… Pff quand j’y repense, il faut vraiment que je me sois sentie infantilisée pour attendre qu’on m’autorise à toucher mon propre corps !!

Il est minuit zéro trois quand nous attrapons ensemble notre enfant, mon homme et moi. Mon visage se transforme, selon le souvenir ému de ce nouveau père : detendu et crispé, il s’ouvre et s’illumine soudain. J’ai mon bébé nu, sur ma peau, j’arrache ma chemise dégueu de l’hôpital, je le glisse sur ma peau, sur mon ventre, au dehors… « Mon dieu, regarde ce qu’on a fait !!! C’est nous ca, c’est nous qui avons fait ca ! Mon dieu !!! » On lui parle, on lui dit son nom, mille fois, on le lui répète, on lui dit qu’on l’aime, oh mon dieu, qu’on l’aime tellement !

 On essaie de le faire téter, mais il ne fait rien (il n’est pas très tonique, ce loulou, tout de suite à la sortie, il a l’air un peu sonné)… Puis la SF l’emmène, mon homme les suit. Il ne dit rien, observe tout… Elle vient le faire marcher devant moi. Je n’aime pas trop ça, je voudrais être tranquille, qu’on nous laisse tranquille, nous les guerriers.

Puis elle me le rapporte, je le prends, j’ai tant envie de le lécher, de le boire des yeux et pour la première fois, il prend mon sein dans sa bouche et tète, tète longuement. C’est là, semble-t-il que le placenta est sorti. Je ne m’en souviens absolument pas. Je me souviens juste de mon homme qui trouve que ça ressemble à de la sauce de pire (cf cuisine du terroir… à base de sang de porc, toujours glamour, mon mâle !). Je me souviens qu’on me recoud, que ça me fait mal. Mais je m’en fous. Mon bébé est là, avec nous, et il a tété. Mon homme l’a contre lui, ils vont dans ma chambre, puis on m’y amène en fauteuil, je me sens humiliée de ça, je suis sûre que je pourrais marcher. Je mange enfin ! Dans cette chambre moche transcendée par l’image de mon homme et de son fils endormis sur le fauteuil à mes côtés.

 Les quatre jours suivant, je me languis chaque nuit de mon homme, si loin de nous. Je rêve de lui, il me manque tant. Qu’on soit séparés à cet instant m’est insupportable. L’allaitement commence mal, mais grâce à une tante se continuera glorieusement bien. En tous cas, ma monté de lait se fait à l’hôpital, et zoulou a dépassé son poids de naissance à la sortie. Les SF n’ont pas été d’excellent conseil tout le temps, mais je sais comment elles sont formées. Je déplore seulement en savoir bien plus qu’elles à ce moment là déjà.

Elles me demandent de ne pas dormir avec lui, il pourrait tomber du lit. J’ai repris du poil de la bête, et comme elles refusent de mettre le matelas au sol, je fais ouioui et continue à le garder sur moi, tout le temps, tout le temps, tout le temps.

 Heureusement que je m’étais moi même préparée à tout cela. Que j’avais lu, échangé, appris sur l’allaitement. Lu, échangé et appris sur l’accouchement, sur sa physiologie. Heureusement que je savais ce que je voulais. Ç’aurait pu être bien pire. Et hôpital mis à part (et bien que je sois tombée sur une super équipe, je pense), j’ai adoré ça, c’est un merveilleux souvenir.

 Il me tarde le prochain, qui, cette fois, sera à la maison!

#222 Anonyme – Hérault

3 Mar

« Je suis rentrée à la maternité le 7 novembre pour déclencher l’accouchement suite à un dépassement du terme de 5 jours. N’étant pas prioritaire mon mari et moi avons attendu pendant 3h que quelqu’un s’occupe de nous. C’est pendant cette attente que contre toute attente, les contractions ont débuté et durant toutes la nuit elles se sont intensifiées et régularisées. Moi – qui m’étais préparée au déclenchement et à ses conséquences – étais heureuse, je prenais chaque contraction avec sérénité, le grand moment était venu.
Vers 6h du matin je me décide enfin à appeler une sage-femme lorsque l’intensité est telle (bien qu’aujourd’hui je n’ai pas le souvenir qu’elles étaient si fortes) que je m’évanouis et vomis le vide de mon estomac à chaque contraction. On m’installe alors en salle de travail et les heures passent tranquillement, j’ai droit au gaz pour soulager les douleurs et éviter vomissements et évanouissements. Le gaz me fait rigoler et mon mari se moque de moi. Nous sommes sereins et heureux. Vers 10h l’anesthésiste arrive enfin, maintenant je sens les contractions mais je n’ai pas mal, les effets du gaz disparaissent et je peux profiter un peu mieux de l’évènement. Toutes les heures la sage-femme vient vérifier l’avancée du travail. Il y a même une gynéco stagiaire qui l’accompagne. Elles sont très gentilles et sont de bons conseils. Le travail avance bien mais mon fils est trop haut et la poche des eaux ne se rompt pas. Seulement si la sage femme fissure la poche des eaux, le cordon risque d’être attiré vers le bas au moment où elle le ferait et mon fils ne pourrait plus sortir. Alors avec mon mari on parle à notre fils on lui demande de descendre et de venir nous rencontrer. Finalement lors d’un examen cette poche se rompt. Ça avance bien…
Et puis vient le moment où la sage-femme commence à m’interroger sur le poids estimé de montre bébé, sur le poids de mon frère et moi à la naissance et si ma mère a accouché par voie basse. Ces questions auraient du nous mettre un peu la puce à l’oreille ou du moins nous inquiéter un peu plus sur l’issue de ce travail. Puis soudain je commence à re-sentir douloureusement les contractions, la sage-femme tente alors de réinjecter de l’anesthésiant mais sans succès. On me redonne le gaz. Je recommence alors à perdre le fil de cet accouchement. Je sais que je crie, à plusieurs reprises je m’en excuse auprès de la sage-femme. Je commence aussi à raconter n’importe quoi… Sous l’effet du gaz j’entends les personnes parler « dilatation 6» depuis 3h le travail est arrêté. On me demande de pousser pour aider le bébé à descendre. Je change de position, une sage-femme vient me faire de l’acupuncture. L’anesthésiste revient et ne comprend pas pourquoi les nouvelles injections d’anesthésiant ne marchent pas, elle décide alors de me refaire une autre péridurale, qui marche. Il est surement vers les 16h30 et je reprends conscience de ce qui se passe autour de moi. C’est aussi le temps du changement d’équipe. Et là les choses se corsent, ils ne sont plus d’accord. La première équipe veut poursuivre l’accouchement par voie basse et me réinjecter de l’ocytocine. La deuxième ne veut pas car mon fils ne récupère pas assez bien. Consciente j’ai peur, mon mari aussi. Puis vient le gynéco en chef il m’ausculte, regarde le monito et demande qu’on prépare le bloc, si ça continue comme ça il ouvre. La sage-femme que j’ai eu toute la journée vient et me rase. Elle m’explique que s’est une précaution au cas où.
C’est la dernière fois où je la vois ce jour là, quelques minutes après le gynéco déclare qu’on va au bloc. Il est 17h45 environ. A ce moment il y a toute une nouvelle équipe autour de moi. Je ne saurais en reconnaître aucun. On me déplace sur un autre lit. On me demande de quitter mes lunettes et d’embrasser mon mari. On lui demande de sortir dans le couloir qu’on le préviendrait au moment venu. Dans ce lit roulant je traverse tout le service, les larmes aux yeux, je me sens si seule. Et je suis seule.
Seule. Plus personne ne s’occupe de moi, de moi en tant que personne. Je ne suis qu’un corps qu’on va ouvrir. On ne s’adresse plus à moi sauf pour me demander de tendre mon bras le droit puis le gauche. Autour de moi on s’agite dans tous les sens pour installer le matériel. Je ne sais pas ce qui se passe, on ne m’explique rien et je ne connais personne. Soudain je sens qu’on m’ouvre. Je demande si c’est normal que je « sente » la lame et les pressions exercées sur mon corps, pas de réponses. J’entends parler d’études de médecine, de centre de loisirs, des derniers achats d’une femme. Et moi je suis seule sur cette table, je ne vois rien, je sens des choses sur mon corps mais je ne sais pas ce qui se passe. Je pense alors à mon fils et à mon mari.
Et puis vient le moment de soulagement où j’entends mon fils pleurer. Je pleure aussi. En seulement 10 min il était né… On me le laisse apercevoir 2sd mais je n’aperçois qu’un infime bout de peau bleue. Aujourd’hui je me demande même si je l’ai réellement vu ou pas. Mais je l’ai entendu crier et je me raccroche à ça alors qu’on est déjà en train de me recoudre. Je ferme alors les yeux pour ne pas me concentrer sur ce qui se passe derrière ce tissu. Puis j’ai la nausée, on m’ordonne de me retenir que ce n’est pas le moment. Mais je n’y peux rien. Je me mets alors à fredonner un air inventé. Les femmes derrière moi rigolent, mais je n’ai trouvé que ça pour ne pas vomir ! Puis le chir’ se vantent de la rapidité du travail qu’avec deux stagiaires avec lui c’est trop rapide. Il quitte le bloc et je ne le revois plus. Il a fait son travail, il a sorti mon fils. Les femmes autour de moi s’affairent à ranger. Je reste les yeux fermés à attendre. Puis l’anesthésiste arrive au bloc et lance à l’assemblée « vous savez combien il pèse ce bébé ? 4kg 210 (alors qu’il était estimé à 3kg500)» je souris mais j’aurais aimé qu’on s’adresse à moi, qu’on me dise qu’il allait bien, qu’il était avec son père. Mais rien. Et puis je commence à avoir très froid. Je tremble. Je le dis. Mais on me répond que c’est normal. On continue de ranger. Puis j’ouvre un peu les yeux et dans un battement de porte, j’aperçois mon mari et mon fils dans la pièce en face du couloir. Je lui fais un signe de la main pour le rassurer. Je vais bien. Notre fils aussi va bien.
Il est 19h00 et je suis amenée auprès de mes deux hommes. Notre fils est en peau à peau avec son papa. Pendant qu’on me branche de partout, tremblante de froid, je les regarde tous les deux. Je suis apaisée. Mon mari me le présente je peux enfin le toucher du bout des doigts. Je suis faible et frigorifiée. Il me faudra bien une bonne heure pour ne plus trembler mais aussi pour reprendre mes esprits. J’appelle ma maman et je lui dis combien mon fils est beau et que je vais bien. Sa voix me fait du bien mais j’aimerai retourner dans ma chambre et ne plus avoir tous ces fils sur moi, pouvoir tenir mon fils contre moi.
Après 10h dans cette salle de réveil, on vient s’occuper de nous. On débranche une partie des fils, on me change, je me sens mieux. Et puis surtout on nous autorise à retourner dans notre chambre en famille.
La suite du séjour n’a pas été évidente non plus. D’un point de vue physique je n’avais pas à me plaindre, j’ai bien supporté l’opération. Le vendredi après midi, je me levais et marchais jusqu’aux toilettes. J’ai aussi pris une douche! Les sages-femmes étaient étonnées que je ne prenne pas de calmants. Mais je n’avais pas mal. J’avais du mal à faire les choses mais je n’avais pas mal. La première journée s’est bien passée, mon mari et moi tentions de nous reposer entre les visites du personnel. Et puis cette nuit là notre fils a fait de la température. On nous l’a prit pour des examens, on nous a parlé néonat’ et j’ai eu peur, je me suis dis pourquoi encore nous. Puis finalement au beau milieu de la nuit, le pédiatre est venu nous dire qu’il n’y avait pas de quoi s’alarmer mais qu’il fallait surveiller l’évolution d’une infection. Au final rien de grave puisque dans les jours suivants les analyses revenaient à la normale. Mais ce fut une nuit de plus de gâchée, une nuit de plus de fatigue. Le lendemain, la puéricultrice venue s’occupée de mon fils me reproche de ne pas mettre assez mon fils au sein. Elle est bien gentille mais seule je n’y arrive pas. Je ne peux pas le porter et le placer seule. Et lorsque quelqu’un le fait pour moi c’est toujours avec une position sur le ventre, merci pour la cicatrice ! Mais comme je tenais à allaiter – qu’au moins j’arrive à faire quelque chose – je m’accrochais. Mon mari m’aidait tant bien que mal. Les premières visites m’ont fait du bien, j’ai pu voir mes parents et cette présence était agréable. Mais le soir une fois seuls le cauchemar semblait revenir. Mon mari trop fatigué ne se réveillait pas aux pleurs ni à mes appels, j’appelais pour qu’on m’aide à la mise au sein, personne ne venait et mon fils pleurait de faim. Le lendemain épuisée, j’ai demandé qu’on amène des biberons que j’arrêtais. Seule je n’y arrivais pas, la montée de lait n’arrivait pas, j’avais envie de dormir. J’ai beaucoup regretté de faire ce choix mais plus personne ne me soutenait, même mon mari m’incitait au biberon. J’avais encore échoué dans la maternité que je voulais avoir. On a amené des biberons et mon fils s’est calmé. On m’a aussi donné des cachets contre la montée de lait. Je croyais qu’enfin nous allions être tranquille… si j’avais su. Le dimanche après midi, je me suis sentie comme aspirée vers le néant alors que je m’étais endormie. Puis malaise et vomissements sont venus s’ajouter à cette terrible sensation. Une sage-femme est venue, mais elle n’a rien pu faire. 2h après alors que j’étais toujours souffrante, elle revient et me parle de crise d’angoisse. Sur le coup je ne dis rien. La nuit rebelote. L’autre sage-femme me fait le même topo je fais des crises d’angoisse. Et je commence à y croire. Lendemain après midi à nouveau je ne suis pas bien. Maintenant je les crois. J’en viens à ne plus oser toucher mon fils de peur de lui faire du mal. Je me retranche dans la salle de bain et tente de penser à autre chose. Je veux partir de cet hôpital, il va me rendre folle. Je me crois folle et je le dis même à mon mari. J’ai la sensation de perdre la tête. Et puis on réfléchit car mon mari ne peut pas croire à des crises de panique. Et il s’aperçoit que j’ai été malade à chaque fois que j’ai pris le médicaments pour la montée de lait. Dans les 10min qui ont suivies. On en parle à la sage-femme qui nous assure que c’est impossible. On fait alors le test lundi soir. Je prends le cachet mais si je me sens mal on ne prévient personne car on a des chances de sortir le mardi matin. Evidemment je suis malade. Le mardi midi je ne prends pas le cachet – en plus nous avons l’accord pour sortir – je n’ai pas été malade. De retour à la maison et un détour à la pharmacie, nous achetons le produit en question car je dois continuer le traitement 15jours. On regarde la notice et en effets secondaires, il a tous les symptomes que j’ai eus pendant les derniers jours… Non, je ne fais pas des crises d’angoisse, je vais bien, je ne suis pas folle et je vais être une bonne mère… »

Anonyme – France, Hérault

#217 Anonyme

3 Mar

Je sens des contractions depuis la matinée. Je décide donc de rester allongée pour éviter que la poche des eaux ne se rompe ou que le travail ne s’accélère et de risquer ainsi d’accoucher avant qu’Olivier ne rentre.

Vers 19 heures les contractions commencent à être très rapprochées (toutes les deux minutes).

♡ Câlin ♡ vers 23H30 (hé oui la date prévue d’accouchement c’est dans 30 min, il est temps qu’il arrive là non???).

Les contractions sont toujours là et très rapprochées mais non douloureuses et c’est vers 2H00 du matin que je décide de prendre une douche et de me tenir prête au cas où.

Pendant qu’Olivier dort je peaufine mon sac de maternité, je m’assois sur le ballon et fait des exercices pour aider bébé à descendre …

Vers 3H30 je décide de réveiller Olivier pour aller à la maternité car, même si les contractions s’espacent de plus en plus, elles sont de plus en plus intenses.

C’est à 4H00 que nous arrivons au service de la maternité et que je suis prise en charge par une sage-femme.

Je lui explique la situation et lui dit que je me présente plus poussée par l’envie de savoir si bébé va bien (il vient de se farcir une journée de contractions non-stop mine de rien), que pour de réelles douleurs, car les contractions sont clairement supportables.

Elle examine mon col et m’annonce que je ne suis pas venue pour rien car il est ouvert à 4 cm. Elle me demande si je souhaite la péridurale et je lui répond non, je préfère la garder en option et aller au bout de mes limites! Elle roule des yeux avec un air qui semble dire « encore une qui veut faire la maligne et qui va nous supplier de la piquer dès la première contraction douloureuse ».

elle me confie à une autre sage-femme qui me réexamine (aïe !! tssss Elles se font confiance c’est fou…elle venait juste de le faire l’autre !!!) et m’annonce, « ô surprise!!! », que je suis à 4 cm !

Celle-ci me demande si je veux la péridurale (impression de déjà vu…) je lui réponds comme à la première et elle réagit pareil dis donc!!! …

—Je sens d’ores et déjà que ça va être difficile, je place mes espoirs sur Olivier et j’espère compter sur lui pour me soutenir dans ce choix car clairement, la sage-femme ne le fera pas—

Je sais que je dois rester aimable et souriante malgré le froid que j’ai ressenti avec mon désir de faire sans péridurale ; mon accouchement dépendra d’elle à présent et il vaut mieux que je ne lui donne pas envie de me le pourrir.

Elle me dit de m’allonger pour poser le monitoring et je lui demande alors s’il est possible d’être un peu libre de mes mouvements comme marcher et profiter d’un ballon pour aider au travail. Elle me répond que non, avec l’appareil, elle préfère que je reste allongée. je m’exécute avec le sourire (après tout je n’ai pas mal donc je n’ai, dans le principe, rien contre).

Nous attendons ainsi Olivier et moi fixant le monitoring dès que mon ventre se contracte et écoutant le cœur du bébé.

Les contractions continuent mais elles sont espacées de plus de dix minutes ce qui n’est pas assez rapide d’après la sage-femme. Elle décide donc à présent de me laisser bouger et me propose un ballon, j’accepte toute contente et l’en remercie. (quand ça l’arrange, là, par contre ça ne pose pas de problèmes que je bouge en étant reliée au monito … bref, passons, le principal est que je puisse participer un peu à la progression du col).

Quelques contractions plus tard la sage-femme me dit que ce n’est pas encore assez rapide, de plus, le col n’a évolué que d’un tout petit cm donc, si j’accepte, elle peut me rompre la poche des eaux pour accélérer le mouvement.

Je refuse gentiment en expliquant que je ne voulais pas souffrir plus et plus tôt que nécessaire. Elle me propose donc de m’injecter de l’ocytocine par perfusion ce que j’accepte puisque les contractions ne me font pas mal et que quelque part j’ai envie d’être bonne élève et conciliante. Il s’agissait quand même de faire en sorte qu’elle et moi ça colle (je veux qu’elle me donne le meilleur d’elle-même)!

Quelques contractions plus tard le col n’est qu’à 6… « Vous êtes sûre que vous ne voulez pas la péridurale? Ça n’est pas assez rapide, ça serait bien qu’on rompt la poche des eaux » elle augmente la dose d’ocytocine.

« Non, non, je ne souhaite pas qu’on la rompe » je m’excuse d’insister mais je ne veux pas avoir mal alors que là tout va bien pour moi.

—Je commence à me dire que j’ai fait une belle connerie de venir si tôt à la maternité, si ça se trouve j’aurai pu passer la nuit tranquille chez moi et mon chéri aurait pu faire sa nuit tout aussi tranquille.—

Vers 6h (je crois) mon gynécologue se présente, il me sert la main ainsi qu’à Olivier. À ce moment là, je vais toujours bien, je n’ai toujours pas mal et il repart.

Quelques contractions plus tard la sage-femme revient et elle examine encore mon col. Là elle me fait très mal « vous êtes à plus de 7 cm » et je sens qu’elle cherche quelque chose… Tout à coup comprenant ce qu’elle était en train de faire, je la regarde et lui dit « vous avez rompu la poche là !? » elle me dit oui et à ce moment là je sens un liquide chaud qui s’écoule en même temps que sa main se retire …

Une tristesse mêlée de rage me prend au ventre et me remonte à la gorge, je me sens trahie, les yeux me piquent et c’est à présent de là qu’un liquide chaud s’écoule. Je n’ai pas envie qu’elle me voit pleurer (ça serait lui faire trop d’honneur), alors je plaque ma tête sur le côté en fixant Olivier qui lui, semble désolé pour moi.

A présent je n’ai plus envie d’être gentille et conciliante j’ai envie de l’insulter et la traiter de co…… de sale p… mais je suis bien trop polie. Elle repart en me laissant avec ma colère, mes larmes, ma fatigue et surtout avec la peur de la douleur imminente à devoir gérer.

Les contractions commencent à me faire mal, je serre la main d’Olivier…. J’essaie de respirer mais ça marche QUE DALLE!!! Olivier m’appuie dans le creux du dos dès que les contractions se pointent parce que je l’avais briefé là-dessus quelques semaines avant. Je ne pense pas que ça soulage vraiment la contraction mais ça fait diversion sur une autre douleur.

Dire que mon col travaillait sans me faire mal peu de temps avant l’examen !! Chaque contraction est un combat, une épreuve à part entière ! Il n’est pas question de dire « c’est bon t’es pas à une ou deux contractions près !!! »…. Quelle salo… cette sage-femme …. je la déteste!!

La vilaine femme refait apparition en me demandant si ça allait toujours et si je n’avais toujours pas besoin de péridurale.

Je ne me retourne pas, j’ai toujours le visage tourné vers Olivier et c’est les dents serrées et les yeux en larme (cette fois-ci aussi un peu à cause de la douleur … J’avoue) que je lui dis de la façon la plus sèche qui soit « oui tout va bien… » alors que je souffre comme un chien!! Mais c’était décidé! Sa péridurale elle se la mettrait bien profond!!! Je ne lâcherai pas!

Elle revient un peu plus tard m’examiner mais attend que la contraction passe pour le faire car j’ai trop mal pour changer de position. Après examen elle me dit que c’est bientôt fini et que dans un quart d’heure le bébé sera dans mes bras. Elle repart et je regarde l’horloge qui affiche 7H et quelques.

J’ai mal, très mal, la vilaine femme revient rapidement et je lui dis que je sens devoir pousser ; elle va chercher immédiatement le gynécologue.

Là, tout va très vite; on me met en position, le gynéco est assis face à la zone où toute l’action va se dérouler (no stress, il ne lui manque plus que le café et la clope). Il regarde et attend, la tête légèrement inclinée sur le côté.

Je me sens un peu conne, j’ai peur de ne pas faire ça correctement et ne sais plus quand je dois pousser ou pas. Le cours de prépa est flou dans ma tête! Je regarde la vilaine femme ainsi que mon obstétricien postés devant mes jambes écartées et je sens qu’on attend après moi. Tout dépendra de moi et j’ai tout à coup un gros doute … (Impossible que j’y arrive!!! Mais quelle belle connerie d’avoir zappé cette péridurale !!).

Une contraction arrive, j’ai mal « aidez-moi… dites-moi quand je dois pousser !!!… je ne sais pas … je pousse dès le début ??…au milieu? » et là, la vilaine femme me répond « dès que vous sentez la contraction vous poussez ».

Je commence à pousser sur cette contraction déjà bien entamée dont je sais que j’ai foiré le début mais je me rattraperai sur les prochaines.

Je pousse sur la suivante, ça fait horriblement mal et, plus que de porter mon bébé dans les bras, à ce moment-là j’ai surtout envie de ne plus souffrir et d’en finir (Mais quand est-ce qu’il vont la voir cette fichue tête!!!???). La sage femme m’encourage (enfin!! Ce n’est pas trop tôt !! ) « Vous vous débrouillez très bien!! C’est bien, poussez!!! »

—Bon je pense qu’on aura compris que tant que je n’ai pas sorti le gamin, la douleur sera juste insupportable et le répit entre les contractions à ce moment-là on n’y compte même pas, il n’existe pas!!!—

Ça y est ils la voient !!! Ils voient la tête!! Enfin!! Mais je ne peux pas pousser de toutes mes forces !!! Impossible ! ça ne sortira pas sans dégâts vue la douleur que ça produit au niveau de la vulve ! « je sens que ça me brûle , et que ça va se déchirer là ». La vilaine femme et le gynéco me disent de continuer à pousser quand même!! (S’en foutent ce n’est pas de leur vagin dont il est question là)

Je continue mes efforts, et là ça y est, victoire!! La TÊTE est sortie!! Je me dis que le plus gros est fait (C’est ce que tout le monde dit, après tout… ?) MAIS QUE DALLE !!!! Il y a encore LE RESTE DU CORPS à sortir et à pousser et à sentir PASSER!!!

Je vois mon bébé enfin!!! Il est beau! On me le donne de suite de peau à peau ! On me l’avait toujours refusé auparavant et là, sans que je ne le demande, on me le donne. Je l’ai senti tout chaud contre ma peau, je l’ai embrassé en l’effleurant du bout des lèvres, il sentait si bon… Je l’ai caressé du bout des doigts, la texture de sa peau était encore toute bizarre et marquée par son milieu aquatique. Je l’ai gardé longtemps contre moi et c’était magique. Je n’avais qu’un but, son bien-être, et tout ce qui comptait à ce moment-là c’est qu’il ait assez chaud et qu’il se sente bien contre moi. La douleur qui persistait au niveau du bas était devenue secondaire…

C’est avec sa diplomatie légendaire qu’Olivier me demanda quelques minutes plus tard «alors? Ça a vraiment servi à quelque chose que tu souffres comme ça ?!»

J’aurais aimé un « c’est bien ma chérie, je suis fier de toi!!! Tu es ma petite guerrière !! » (C’est un fan de Lara Croft !!) Mais non ! Ces hommes… zéro tact !

Ma conclusion : vraiment dommage cette course contre la montre qu’on nous impose une fois qu’on met les pieds à la maternité. Il est clair qu’elle voulait en finir avant que l’équipe de jour prenne la relève, je suis loin d’être dupe. Ma demande n’avait rien d’extravagant pourtant, je voulais juste accoucher sans péridurale et souffrir (parce que c’est un peu dans le contrat malheureusement) que ce qui est nécessaire (ce qui est largement assez !!). Elle accouche des femmes plusieurs fois par jour (et depuis des années d’après son âge en apparence), c’est un peu le train-train pour elle. Mais ce n’est pas mon cas ! J’arrive avec mon ventre, mes contractions, ma confiance et je m’apprête à vivre un des plus beaux jours de ma vie …

Niveau épisiotomie ? Quelle épisio ? Je crois que finalement je ne connaîtrai jamais ce que c’est ! Et là par contre je ne demande pas à savoir, ma curiosité a ses limites !! Je n’ai pas de déchirures, pas de points … rien du tout !

Le docteur aussi a fait sa conclusion « un accouchement des plus softs ! »

Un regret ? Un seul ! Celui d’avoir accepté l’Ocytocine car je pense que c’est ce qui a fini par fatiguer mon bébé. Mais voilà, je ne suis pas médecin, je ne savais pas… Par contre c’est vrai que j’aurais pu réfléchir un peu avant d’accepter bêtement car avec le recul je me dis que c’était logique.

Une question réside tout de même : Si elle ne m’avait pas énervé cette sage-femme ? Est-ce qu’aujourd’hui je pourrais dire « j’ai accouché sans péridurale » ? Avec mon caractère de cochon, ça reste à voir …