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#333 Naissance de Nora et Jean, dans l’Ain en France, 2005

2 Fév

(Tous les noms et prénoms ont été modifiés.)

Pour mon premier enfant, je n’ai pas pensé une seconde qu’il pouvait en être autrement que d’accoucher à la maternité, avec péridurale (pourquoi souffrir alors qu’on peut accoucher sans douleur ?).

Je suis sortie ravie, avec une jolie petite fille. Ce n’est que quelques mois plus tard que j’ai commencé à cogiter sur la naissance de ma fille : pas si idyllique que cela finalement. Je ne savais pas pousser tant la péridurale était forte, Ernestine est restée coincée et une puéricultrice est montée sur mon ventre pour pousser et l’aider à sortir car elle était coincée plus ou moins. Pour ma deuxième grossesse donc, j’ai envisagé un accouchement à domicile (AAD) et j’ai pris contact avec une sage-femme de ma région pour un suivi.

Le 21 juin, date de la première écho, le gynéco me confirme ce que je sentais depuis une semaine : j’attends des jumeaux ! Après la surprise, j’en informe la sage-femme qui accepte de me suivre malgré la présence de 2 bébés.

Je choisis de voir aussi régulièrement le Docteur Yves (gynéco) pour préparer le terrain en cas d’accouchement à la maternité, car si je dois mettre mes enfants au monde en milieu hospitalier, je veux que ce soit le plus naturellement possible. C’est alors que commence le parcours du combattant : il faut savoir que de nos jours, attendre des jumeaux est une maladie. Je n’ai que 30 ans, mais je suis cataloguée grossesse à risque. Le gynéco me prédit outre la prématurité de mes bébés, la césarienne bien entendu, parce que les jumeaux, c’est plus sûr qu’ils naissent par césa.

Les semaines passent, le premier jumeau est en siège, et l’autre en tête. C’est donc la césarienne obligatoire d’après le corps médical. A chaque visite mensuelle je répète que je veux accoucher chez moi si les bébés se positionnent tous les deux en tête et je passe pour une dingue. Mon médecin pense même que je fais partie d’une secte. Pour moi une césarienne serait un drame, car ayant été totalement passive pour mon premier accouchement, je serais de nouveau dépossédée du deuxième. De plus, étant née par césarienne, j’ai vécu le traumatisme d’être séparée de ma mère dès la naissance (suite à des complications) et l’idée de revivre cela en tant que mère me terrifie.

Pendant cinq mois je vais me battre pour ne pas subir de césarienne médico-légale, c’est à dire une césarienne qui ne soit justifiée que par la peur des praticiens de se retrouver devant les tribunaux en cas de problème lors d’un accouchement par voie basse. Je répète inlassablement au Docteur Yves que je ne m’opposerai pas à une césarienne dans le cas où le danger est réel tant pour moi que pour les enfants mais que je la refuse dans tous les autres cas. Ce médecin fait encore des accouchements par siège alors je lui réaffirme que je suis partante. C’est alors qu’il me sort l’argument du « coinçage des têtes » des jumeaux. Le premier en siège, en sortant, pourrait se coincer avec son menton contre le menton du deuxième en tête et c’est la mort assurée pour l’un ou les deux jumeaux. Je lui demande si c’est arrivé souvent mais il ne peut me répondre puisque depuis longtemps, quand ils sont dans cette position, les bébés naissent par césarienne, donc il n’existe pas de chiffres…

Je me renseigne sur ce fameux coinçage des têtes et il s’avère en fait que c’est extrêmement rare, et quasiment exclusivement dans le cas de jumeaux dans la même poche – les miens sont dans deux poches différentes. Le mois suivant, je lui fais part de mes lectures et il en convient. Mais il n’est toujours pas décidé à m’accoucher et me conseille de chercher un autre médecin qui accepterait de ne pas me faire de césa. Pour lui c’est tout vu, il faut programmer une césarienne. Les larmes coulent toutes seules, je lui demande alors si au moins je peux laisser mes bébés décider du jour de leur naissance. Il fait la moue, arguant que les césariennes en urgence (comprenez : césarienne non programmée, c’est à dire une opération qui risque de le tirer du lit à 3h du matin ou un dimanche ou le jour de Noël) sont stressantes pour la mère et pour l’équipe. Je lui dis que je ne présenterai pas au rendez-vous pour accoucher. Il convient donc avec moi que les bébés arriveront quand ce sera le moment pour eux. Je demande à ce que mon compagnon soit présent et là de nouveau refus, à cause des microbes (la belle affaire, mes enfants connaissent bien les germes de leur père, mais bien moins ceux du personnel hospitalier) et j’essuie un NON catégorique. Je prends rendez-vous avec un médecin réputé de Grenoble, réputé pour être ouvert et moins protocolaire. Dans le même temps, j’envoie un courriel au Docteur Gaston sur les conseils d’une sage-femme qui travaille avec lui et me le décrit comme très à l’écoute des mamans. Celui-ci nous reçoit, mon compagnon et moi, très rapidement. Il nous écoutera longuement et se montrera bienveillant. Ce sera le premier praticien à entendre vraiment ce qui nous préoccupe. Il finira par accepter que j’accouche par voie basse avec lui et comme il travaille avec le docteur Yves (le gynéco qui me suit), il m’assure qu’il l’appellera pour le convaincre d’accepter aussi sur le principe. Cependant il me dit bien clairement que tout dépend de l’équipe médicale et que selon celle qui est présente le jour J, ce peut être aussi la césarienne d’office.

Quelques jours plus tard je retourne voir mon gynéco qui me sourit car il a reçu l’appel du Docteur Gaston et il accepte enfin de marquer sur mon dossier « pas de césarienne prophylactique, à la demande de la patiente ». Je lui dis que je ne veux pas de péridurale, pas d’ocytocine, pas de perfusions, que je veux pouvoir déambuler, pas de monitorage en continu. Il me persuade d’accepter la pose d’un cathéter dans le bras et dans le dos, au cas où il faille intervenir rapidement sur le 2e jumeau, pour éviter de faire une anesthésie générale en cas de césarienne inopinée. Je le rassure (il en a besoin !) sur mon intention de me rendre à la maternité dès les premiers signes de travail, pour ne pas les mettre devant le fait accompli, genre un bébé entre les jambes pour éviter la césarienne. Je suis enceinte de 36 semaines et le danger de prématurité est écarté. Il me demande de venir à la maternité pour un contrôle de routine à 38 semaines. J’obtempère, car les bébés n’ont toujours pas changé de position (malgré les moxas, les tisanes, le yoga, l’acupuncteur) et je ne voudrais pas me mettre à dos ce médecin qui me permet théoriquement d’accoucher. La séance de monitorage est un supplice, il y a belle lurette que je ne dors plus sur le dos et l’on me demande de rester dans cette position inconfortable plus d’une heure (enregistrer le coeur de deux bébés, ce n’est pas facile, ils bougent tout le temps et moi aussi car j’ai des contractions dues à la position). Et l’on me dit que je dois revenir le vendredi pour une hospitalisation. Comprenez, je suis à 38+3 et le terme théorique des jumeaux est à 38 semaines, au delà il y a danger… Je leur fais savoir que je ne me présenterai pas à la maternité car je ne suis pas malade et qu’ils ne vont quand même pas envoyer les gendarmes pour venir me chercher…

Je consens à me déplacer tous les jours pour qu’ils fassent leurs examens (à ce que je sache, on ne fait pas de monito la nuit, je n’ai donc aucune raison de rester le soir). Une jeune sage-femme me fait un toucher vaginal très douloureux en me disant que c’est normal (j’ai été bête car quel est l’intérêt de savoir où en est le col à 38 semaines, puisque l’issue est connue : la naissance). J’apprendrai par la suite que cette sage-femme a fait un décollement de membranes, il arrive que dans cette maternité on déclenche les mamans récalcitrantes sans leur avis.

Le 16 décembre, pleine lune, 3h30. Je perds les eaux dans mon lit où je dors avec mon aînée Ernestine. (il y a quelques semaines que j’ai demandé à mon compagnon de dormir dans une autre chambre car il me réveille sans cesse en ronflant, et c’est déjà très difficile pour moi de dormir avec deux bébés presque à terme qui bougent tout le temps, le mal de dos…). Je prépare mes affaires et j’appelle la maternité pour savoir si je dois vraiment venir tout de suite car je n’ai aucune contraction. La sage-femme de garde qui prend mon appel me demande si c’est moi qui veut accoucher bio ! Elle me propose de venir avec ma fille car il y a une chambre de libre où elle pourra continuer de dormir.

4h30, arrivée à la maternité. Toujours pas de contractions, je suis examinée, le liquide amniotique est de la bonne couleur et limpide à souhait. Je me rends dans la salle de travail où l’on me branche au monito. Je demande à rester assise et Bonnie (la sage-femme) est d’accord. Elle appelle le médecin de garde qui n’est pas mon gynéco. Celle-ci m’apparaît très agressive, elle veut que je m’allonge sur le dos, me dit que je vais accoucher au bloc. Je lui répond qu’il y a des trucs inscrit sur mon dossier. Elle rétorque que je suis sous sa responsabilité et que c’est elle qui décide. Je lui dis que je ne veux pas de monito en continu, ce n’est pas obligatoire et que je veux pouvoir déambuler ; elle est visiblement très agacée. Elle me dit que je verrai avec l’anesthésiste, qui ne sera sûrement pas d’accord (en fait il s’en fiche un peu, vu qu’il ne pose qu’un cathéter de péridurale et sans produit). D’ailleurs il se marre devant une vision insolite pour lui : une femme avec un cathéter sans péridurale qui gère ses contractions sur un ballon, c’est du jamais vu. Bonnie m’informe que le médecin est en train d’appeler mon gynéco parce que je suis pénible et de toute façon il prend sa garde à 7h. Par la même occasion elle installe une perfusion car même si je n’ai pas de péridurale pour l’instant, il faut que je soit hydratée au cas où. Je me sens un peu perdue, je ne contrôle pas vraiment ce qui m’arrive.

Je charge Hervé d’appeler mon amie sage-femme qui travaille dans cette maternité et qui m’a assurée qu’elle se déplacerait de nuit comme de jour pour être là avec moi (bien qu’elle soit enceinte, je la remercie encore). Elle aussi prend sa garde à 7h, tout se profile mieux désormais. Lorsque le Docteur Yves arrive, il n’est pas content car j’ai aussi refusé l’ocytocine et il me reproche de ne pas avoir obéi au médecin de garde. Il discute avec l’anesthésiste et je les entends dire que ça va être long (je suis dilatée à 2 cm depuis que je suis arrivée et ça stagne), qu’ils ont une opération à 11h (comprenez une césarienne programmée) et qu’il faudrait que j’aie accouché avant sinon ça va être compliqué. Je me sens misérable, car j’ai l’impression que je ne fais pas les choses comme il faut, que je ne dilate pas assez vite. L’anesthésiste m’envoie une dose test de péridurale et je ne sens plus mes contractions, je pleure et je dis à Hervé que je me suis fait rouler. Heureusement, quelques 45mn plus tard, tout redevient normal. 7h15, mon gynéco me fait du chantage : soit c’est la césarienne, soit c’est l’ocytocine car je ne dilate pas assez vite. La mort dans l’âme, j’accepte la perfusion. Un quart d’heure plus tard, les contractions se rapprochent et se font plus douloureuses. Cependant, je reste sur le ballon, et à chaque vague je respire très fort, j’aide mes bébés comme me l’a conseillé mon amie Véronika et la dilatation se passe tranquillement ainsi. J’ai très peu dormi et je m’assoupis presque entre deux contractions. Fab, mon amie sage-femme, me donne à boire lorsque je lui fais part de ma grande soif. 9h25. J’appelle la nounou d’Ernestine pour savoir comment ça s’est passé avec elle (Hervé l’y a conduite vers 5h30) et je raccroche avec l’arrivée d’une nouvelle vague. Hervé sort pour aller se restaurer rapidement et là une grande douleur me submerge, je préviens Fab que le bébé descend. Elle m’ausculte et me dit qu’elle sent les pieds (ce sont en fait les fesses) de ma fille. Je reste sur le côté, elle me tient la main, je n’ai confiance qu’en elle et son amie Anna qui est là aussi.

Le Docteur Yves revient, une puéricultrice me demande entre deux de mes cris si sa stagiaire peut assister à l’accouchement (j’opine du chef). Ensuite c’est un peu flou ; je m’entends crier des sons tantôt très graves – tantôt très aigus, en tout cas ça vient de loin. J’ai la sensation d’être terriblement animale. Hervé revient et panique un peu ; il me propose de prendre la péridurale mais je refuse. Il est mon rocher, je lui enfonce mes doigts dans la peau des mains tant la douleur est intense. Lorsque Nora s’engage, le gynéco me demande (m’ordonne) de me mettre sur le dos car « pour un siège, c’est sur le dos ». J’obtempère. Il me demande de cesser de crier : je rigole. Je sens un drôle de truc lorsque ma fille sort et je lui demande si j’ai été déchirée ; il me rétorque qu’il a fait une épisiotomie car « pour les sièges, c’est une épisio ». On me la tend pour que je l’embrasse et on me la prend. Le docteur Yves trafique dans mon corps et je lui demande ce qu’il fait : il perce la poche des eaux pour que ça aille vite, il craint que le 2ème se retourne. C’est ainsi que Jean sort 4 mn après sa soeur, tout violet. J’ai à peine le temps de le voir qu’il est emmené à son tour. Les hormones font leur effet, je suis KO, on me ramène d’abord ma fille puis mon fils, c’est très étrange d’en avoir deux, pas assez de place, pas assez de bras. Pendant que le docteur me recoud, je lui demande combien de jours je suis obligée de rester à la maternité. Il secoue la tête en marmonnant : « Mais qu’elle est chiante celle là »… Je ne sais pas ce qu’ils ont fait à mes enfants, s’ils ont été aspirés ou non, je regrette de n’avoir pas eu la force de gérer ça. Les trois jours qui suivent, on me demande de prévenir les puéricultrices pour qu’elles mesurent le dextro des bébés puisqu’ils pèsent moins de 2,5kg chacun. En plus clair, on leur coupe le pied toutes les 2 tétées pour prendre une goutte de sang. Autant dire que je ne les ai jamais appelées. J’ai échappé à la césarienne, le gynéco était très tendu pour cet accouchement mais heureux visiblement d’avoir eu l’occasion de pratiquer son métier d’une façon plus physiologique. Après coup, je me réjouis toujours d’avoir eu la possibilité d’accoucher par voie basse mais je reste persuadée que c’était bien trop médicalisé.

Le docteur Gaston viendra me voir tous les jours pendant près d’une heure durant mon court séjour à la maternité — j’ai pu sortir au bout de 3 jours. Juste pour parler, discuter de cette naissance. J’ai su ensuite que mon cas avait donné lieu à de nombreuses discussions dans les deux maternités concernées — celle où j’ai accouché, et celle dont le docteur Gaston est chef de service. Je sais aussi que mon gynécologue a deux mois plus tard accepté un accouchement par voies basses pour une maman de jumeaux en tête – siège, c’est lui-même qui me l’a dit.

Marion.

#324 – Le prix à payer pour …

8 Jan
Voici le témoignage de mon accouchement, à Paris, qui m’a fait vivre l’enfer. Les conséquences de mon accouchement ont été longues et j’ignore combien de temps elles dureront. J’y pense encore douloureusement.
Merci de votre lecture.

Le 10 septembre 2013, lors de ma visite du 9ème mois, dans cette maternité parisienne qui se veut physiologique et naturelle, alors que, pour la première fois, on ne me fait pas le toucher vaginal systématique, dont j’apprends qu’il n’est en fait pas obligatoire, la sage-femme m’annonce que le bébé est encore haut, et me conseille de faire une séance d’acupuncture pour faire descendre le bébé et déclencher les contractions. L’acupuncture me va bien, j’en ai assez de dévoiler mon intimité à la ville entière, depuis plus de huit mois.

À peine sortie de la maternité, je prends rendez-vous pour le lendemain matin. J’arriverai chez l’acupuncteur après une nuit très courte suite à une longue insomnie.

Je passe toute la journée du 11 à sentir que quelque chose a bougé.

Le 11 à presque minuit, en me redressant pour aller me coucher parce que je suis extrêmement fatiguée de cette courte nuit et cette longue journée, je sens un liquide chaud couler entre mes jambes. Devant la tête que je fais, mon compagnon me demande, comme à chaque fois que je fais une drôle de tête depuis un mois : « Tu vas accoucher ? ». Cette fois-ci, je réponds que c’est bien possible. Je file aux toilettes et cela se confirme, j’ai perdu les eaux. Le liquide amniotique est clair.

Alors que je me dis que j’ai quatre heures devant moi avant de devoir partir, et que je vais en profiter pour dormir un peu, mon compagnon appelle la maternité, qui nous dit de venir immédiatement. Nous arrivons une heure et demie plus tard, après que j’aie assouvi ma petite lubie de soudainement me maquiller et vérifier mes valises.

À la maternité, on me place sur une table pour un monitoring après avoir vérifié ma dilatation : 1 doigt. Malheureusement, le bébé bouge beaucoup, il est très dur d’avoir un monitoring constant pendant 20 minutes. Il nous faudra deux heures et demie avant d’y parvenir. Je suis déjà épuisée.

On nous met dans une chambre dans les étages. Je ne sens pas les contractions et je m’endors aisément. À 7 heures du matin, de grosses contractions me réveillent. Je parviens malgré tout à me rendormir sur le petit bout de lit qu’il me reste – nous sommes deux sur un lit 1 place. À 11 heures, je me réveille pour de bon, avec toute la douleur des contractions. Je prends de l’huile de ricin pour accélérer l’accouchement, mais ça ne changera rien.

De 12h à 16h, mon compagnon et moi faisons des aller-retours dans les escaliers et le jardin de la maternité. Quand les contractions deviennent trop fortes, je vais prendre des douches chaudes qui me font oublier la douleur.

Vers 16h, les contractions sont vraiment rapprochées et douloureuses. J’appelle l’infirmière, qui confirmera le besoin de me faire redescendre en salle de naissance.

À nouveau, on me place pour un monitoring. Je dois rester allongée alors que seul le mouvement fait passer la douleur. Comme le bébé bouge toujours beaucoup, il faut encore longtemps avant d’en avoir un fiable. Je suis toujours à 1 doigt de dilatation.

J’explique à l’équipe que j’aimerais accoucher dans l’eau, que je n’ai pas le streptocoque B, et que l’eau chaude m’aide à gérer les contractions. Malheureusement, la salle de naissance avec la baignoire est occupée à ce moment-là, et l’équipe a un peu la flemme de me faire couler un bain dans une autre salle et de me transférer plus tard.

Après de longues minutes à insister, on me laisse finalement remonter dans ma chambre pour prendre une douche chaude.

La douche dure longtemps. Je redescends en salle de naissance à 19h, on me remet le monitoring. J’explique que je veux marcher. Qu’être statique est insupportable. Je demande le monitoring sans fil dont on m’a parlé pendant les séances de préparation à l’accouchement. On m’explique que les capteurs ont été balancés par erreur un mois plus tôt. Je ne tiens plus allongée. On me donne un ballon et très franchement ça ne change rien, je veux juste marcher.

On nous laisse marcher dans les couloirs entre les salles de naissance, et mon compagnon et moi déambulons pendant longtemps, en balançant nos hanches. Les sages-femmes nous surnomment « les danseurs ».

Malgré le mouvement, les contractions deviennent plus fortes et moins faciles à gérer. On veut me refaire un monitoring. Je fuis ces moments extrêmement douloureux qui disent toujours la même chose : tout va bien. Je ne sais par quel miracle, une sage-femme passera par ma chambre. Je lui explique à elle aussi que j’aimerais accoucher dans l’eau et qu’en attendant, j’ai mal, alors que l’eau chaude me fait du bien. Elle m’explique que les deux baignoires, qui ne sont pas des baignoires d’accouchement mais des baignoires de travail, sont libres depuis longtemps, et s’étonne que personne ne m’ait proposé de prendre un bain. Elle me fait couler un bain chaud et mon compagnon et moi nous retrouvons dans une petite pièce calme, à la lumière tamisée, où nous mettons notre musique et nos huiles essentielles à l’abri du corps médical. Ce moment est magique. Les contractions deviennent plus fortes mais mon ami me passe de l’eau sur le ventre quand elles viennent et je gère la douleur. Quand elles deviennent trop fortes, nous retournons marcher en balançant nos hanches, puis je reviens dans l’eau, puis nous remarchons, en alternant. Mais à un moment, je sens les contractions devenir vraiment plus douloureuses et plus intenses, et je vomis de douleur. À ce moment-là, je sens que je suis en train de m’épuiser, et que je vais peut-être devoir renoncer à mon rêve d’accoucher dans l’eau. J’annonce à mon ami que je vais demander un check-up, que si le travail a bien avancé, j’attendrai sans péridurale, et que sinon, je vais la demander.

Il est bientôt minuit et je suis à un doigt et demi. Je perds pied. Les sages-femmes me disent que c’est normal, mais je suis épuisée et je ne veux pas ne pas avoir la force de pousser mon bébé hors de moi. Ce que je crains plus que tout, c’est l’épisiotomie. Je la crains tellement que je l’ai fait noter dans mon dossier médical, et que j’ai annoncé à tout le monde que je préférais la déchirure. Alors, pour ne pas perdre cette force, je demande la péridurale. Tant pis pour l’accouchement dans l’eau, au moins je pourrai choisir ma position d’accouchement pour minimiser les risques de déchirure et d’épisiotomie, c’est dans la charte de cette maternité que l’on peut choisir sa position d’accouchement. L’anesthésiste vient me poser la péridurale. Il me pique la colonne vertébrale une douzaine de fois avant de mettre l’aiguille correctement, m’engueule parce que je me plains que cette aiguille me fait mal, et s’en va tout de suite après.

Quand la péridurale commence à faire effet, c’est le soulagement total. Je m’endors aussitôt. Malheureusement, la péridurale a ralenti le travail, on me propose de faire une séance d’acupuncture pour le relancer. La sage-femme acupunctrice viendra une heure et demie plus tard, et ça ne fonctionnera pas. On me rajoute de l’ocytocine dans la perfusion. Puis la douleur me réveille un peu plus tard, on me réinjecte une dose. Elle ne fait pas effet. Une deuxième dose ne fait pas effet non plus. Une troisième non plus. Épuisée, je me rendors entre chaque contraction, et je me réveille submergée par la douleur à chaque fois. Les sages-femmes vont voir l’anesthésiste, qui leur conseille d’augmenter les doses. Ça ne fonctionne toujours pas. De les rapprocher. Ça ne marche pas non plus.

Je finis par comprendre que la douleur est bel et bien réinstallée et que la péridurale ne fera plus effet. Je veux marcher, c’est la seule chose qui me fait du bien. Mais on me l’interdit, maintenant il faut un monitoring constant, on me propose le ballon qui ne fait toujours rien. J’arrive à m’échapper de temps en temps quand je vais faire pipi, et encore, je vois bien que ça fait chier l’équipe qui me propose à plusieurs reprises de me sonder alors que je suis parfaitement en état de marcher.

L’anesthésiste de garde change. Le nouvel anesthésiste comprend bien ma douleur, tente encore quelques injections de péridurale un peu plus fortes.

J’ai un répit d’une demi-heure. Je compte en profiter pour me reposer, mais impossible : l’équipe soignante a changé, et si les sages-femmes de nuit acceptaient que mon compagnon vienne les voir directement parce que la sonnette de mon lit ne marchait pas, ça n’est pas du goût de l’équipe de jour. Cette demi-heure de répit sans douleur, c’est précisément celle qu’ils choisiront pour envoyer un technicien pour réparer la sonnette de mon lit. On ouvre grand les rideaux, la chambre est remplie de lumière et de gens, impossible de me reposer.

Le bébé pousse sur mon rectum, je demande si c’est normal. On me dit que oui.

Il est 13h30. On m’explique que cela fait deux heures que je suis à dilatation complète. Je m’étonne de ne pas avoir été prévenue avant. Les sages-femmes me disent qu’il va falloir faire une manœuvre interne parce que le bébé « n’est pas dans le bon sens ». On ne me dira pas qu’il est en OS. Je dois être trop cruche pour comprendre, même si je connais l’intégralité des termes médicaux depuis mon arrivée – je suis bien renseignée.

L’anesthésiste revient. Il m’explique que ma péridurale a été posée n’importe comment, qu’elle est beaucoup trop haute et que c’est pour cela qu’elle ne peut pas faire effet. Il me dit qu’il veut la reposer, et faire en premier lieu une rachianesthésie puis laisser un cathéter pour la péridurale. Il me dit que cela peut couper le bloc moteur, mais ayant déjà eu une rachianesthésie pour une opération du genou, je sais que je peux gérer. J’accepte.

Je veux aller faire pipi. Je me lève, et je marche, certes avec l’aide de mon compagnon, l’infirmière derrière pousse la perfusion, mais je marche. À mi-chemin des toilettes, la sage-femme nous arrête : elle refuse que j’aille aux toilettes avec la rachianesthésie et préfère que je fasse pipi dans un pot. J’explique que je n’y arriverai pas, je suis pudique, je l’ai toujours été, j’ai besoin d’être dans une petite pièce fermée à clé pour pouvoir me laisser aller. Elle refuse, et propose qu’on vide la chambre. Je me retrouve seule sur mon lit d’accouchement, avec un pot sous les fesses, le sentiment que tout le monde peut entrer à n’importe quel moment, et bien sûr, je n’y arrive pas. « C’est pas grave, on va vous sonder. » Une humiliation nécessaire ?

On me donne le ballon pour que je me mette à quatre pattes pour voir si le bébé descend. Ça ne marche pas, je ne suis pas du tout à l’aise avec ce ballon qu’on essaie de me refourguer depuis le début. L’interne du service arrive pour la manœuvre interne, il a des mains gigantesques alors que la rachi commence à passer et que je n’ai pas encore eu de dose de péridurale. On m’en injecte une, mais j’ai peur. L’interne est un homme et ça me met mal à l’aise. Il me fait la blague la plus nulle de tous les temps : « Ah oui, j’ai vu votre dossier, vous êtes la patiente qui a fait préciser qu’elle n’aimait pas l’épisiotomie. Bon, ben du coup, je vous la fais tout de suite ? ».

Je n’ai pas beaucoup le sens de l’humour et cette fois-ci c’est trop. Je regarde les sages-femmes et je leur demande s’il est possible que la manœuvre interne soit exécutée par une femme.

La femme en question était déjà dans la salle, derrière moi, et prend très mal le fait que je refuse l’interne : « Ce n’est pas un homme ! C’est le DOCTEUR *** ! », comme si les médecins n’avaient pas de sexe.

Tout le service entre dans ma salle de naissance au moment de la manœuvre. Je suis à poil, avec un bébé dans le ventre, des contractions douloureuses, je vais prendre un avant-bras entier dans la chatte et en plus je suis sur la place publique ?!? J’explose, je hurle « On a besoin d’être 12 dans cette pièce ou quoi ? ». Les personnes inutiles repartent aussitôt, les autres se font discrètes et se collent au mur.

La manœuvre marche un peu mais pas totalement. La médecin commence à me parler sur un ton doucereux de césarienne. Je regarde le monitoring, et ma tension : tout le monde va bien. Je lui dis que je vais bien, que le bébé va bien, et qu’on peut attendre un peu de voir comment la manœuvre va continuer. Je lui dis que je voudrais éviter la césarienne, que la primo-infection du bébé doit se faire si possible par les bactéries « amies » du vagin de la mère et non les bactéries du milieu hospitalier. Elle me montre clairement qu’elle n’apprécie pas les arguments médicaux (« Je suis médecin, c’est moi qui sais, et vous, vous êtes là pour accoucher, pas pour réfléchir, d’accord ? Alors vous restez dans l’émotionnel là, l’hémisphère droit, et vous arrêtez avec le rationnel ! ») et me rétorque que si j’allaite, alors on s’en fout.

Elle insiste pour la césarienne « Ce n’est pas un échec, c’est juste une autre voie » et mon ami lui fait remarquer que « L’autre voie madame, on l’ouvre au scalpel ». Elle est agacée de notre insistance et déclare revenir une demi-heure plus tard. On m’installe sur le côté avec un pied dans l’étrier.

Là, je sais que j’ai une demi-heure pour que le bébé soit dans le bassin, car s’il est dans le bassin, elle ne pourra plus opérer.

Je suis devenue mon bassin, vraiment. J’ai fait des mantras, j’ai chanté, j’ai médité, j’ai visualisé.

28 minutes plus tard, la sage-femme entre dans la pièce, vérifie et m’annonce : « Le bébé est dans le bassin, et vous êtes vraiment grande-ouverte, il a toute la place de passer ».

2 minutes après, la médecin entre, et demande où j’en suis. La sage-femme lui dit que le bébé descend. Mauvaise nouvelle pour elle.

Soudainement, le besoin de pousser. Je me redresse.

La médecin m’appuie sur l’épaule. « – Je veux me redresser ».

« – Vous n’avez pas la force ».

Je lui dis que j’ai la force, que je veux me redresser, me mettre à quatre pattes ou accroupie. Elle me répond que je n’ai pas la force, qu’elle est médecin, qu’elle et l’équipe soignante savent mieux que moi, ils ont « une conscience plus générale » de mon état. J’insiste, elle me dit que ça suffit, qu’elle m’avait déjà dit d’arrêter de réfléchir. Elle explique que je me suis déjà mise à quatre pattes tout à l’heure, et que ça n’avait rien changé, comme si la situation avait quelque chose à voir. Comme elle voit que je ne lâche pas l’affaire, elle se tourne vers la sage-femme qui avait été si gentille avec moi depuis le début et me dit : « puisque vous ne voulez pas m’écouter moi, on va faire comme la sage-femme le dit : qu’en dites-vous, N. ? », comme si une sage-femme allait s’opposer à la cheffe de service…

J’arrête de lutter, je suis en position gynécologique, je me sens humiliée, vulnérable. Je pousse. Je pousse encore. Apparemment je pousse bien. Mais pour une raison que j’ignore, on décide de me faire faire un test pour savoir si je pousse mieux en soufflant ou en bloquant ma respiration. À partir de là, on m’ordonnera de respirer, bloquer, pousser, respirer, bloquer, pousser, alors que pousser est un besoin vital et que je sens bien mon corps capable d’y parvenir tout seul.

Le bébé s’arrête dans le bassin. Je veux me redresser, alors elle demande à l’infirmière de mettre ses coudes dans mon ventre « pour empêcher le bébé de remonter entre les contractions ». Super pour la détente progressive de mon périnée ! Elle veut prendre les forceps. Je refuse, je ne veux pas d’épisiotomie. Elle me dit que ça n’est pas obligatoire, encore moins avec la ventouse. J’accepte la ventouse parce qu’on m’avait dit que ça ne servait qu’à redresser la tête du bébé, et qu’il faisait le reste du travail tout seul.

Mais en fait, elle tire dessus. Je sens le bébé descendre incroyablement vite. Elle essaie de remettre un coup de ventouse, mais la ventouse lâche. Le bébé continue à descendre, je touche sa tête. Il est juste au bord.

Il ne sort pas. On me dit qu’il va falloir faire une épisiotomie. Je ne veux pas. On me dit qu’il le faut. Je refuse. La médecin insiste. Je pleure que je ne veux pas. Elle hurle que ça suffit. Je continue à dire que je ne veux pas, que je veux encore pousser. Je jette un œil aux constantes vitales du bébé, il va bien. Voyant que je refuse, ils tentent de pousser mon compagnon à me faire accepter. Ils lui font peur, lui font croire que le bébé va mal. Et lui se penche vers moi : « Cécile, il faut qu’il naisse ce bébé ».

La plus grande solitude du monde. Je pleure que je ne veux pas. Je veux me redresser. La sage-femme coupe.

J’attrape le bébé et le pose sur mon ventre. Je n’ai même pas regardé si c’était une fille ou un garçon. On vient de me découper.

Agpar à 10 : ce bébé va très bien. Il n’y avait pas d’urgence. On m’a coupée. Découpée. Comme un vulgaire bout de viande, je n’avais pas de consentement à donner. Sauf que l’épisiotomie est hémorragique.

Tout à coup on décide que le bébé respire mal et qu’il faut l’emmener se faire aspirer. En fait, il faut sortir le bébé et le papa parce que mon épisiotomie est hémorragique, qu’on m’a donc fait une délivrance artificielle, que j’ai fait une rupture placentaire et que je suis donc en train de faire une hémorragie de la délivrance. Et hop, une petite révision utérine, c’est cadeau. Cependant, je souffre sans savoir ce qui se passe, tout ceci je l’apprends à la lecture de mon dossier médical, des semaines plus tard.

On me recoud avec une injection mais je sens les points. Pendant qu’on me recoud je demande combien il y a de points. La sage-femme reste vague, prétextant qu’ « on ne peut pas vraiment compter comme ça ». Elle ne me regardera plus jamais dans les yeux. La médecin, ce monstre, me dit que cette épisiotomie est « toute petite ». Le lendemain je verrai les 13 points externes et les infirmières seront impressionnées par la « grande taille » de cette coupure. Pourquoi m’avoir menti sinon par sadisme ?

Et finalement, la sage-femme, avant que mon bébé ne revienne : « je vais vous faire un toucher rectal », parce que je n’avais pas été assez humiliée jusque là. Mon bébé revient avec son papa, on me le pose sur le ventre. Il tète goulument. Je n’arrive pas à saisir la magie de ce moment, on m’a découpée. Je voulais accoucher dans la position de mon choix et ne pas subir d’épisiotomie, mais on ne m’a pas laissé le choix.

Pendant que le papa remonte chercher des habits de bébé, on teste ma glycémie, je suis à 10. On m’explique que je ne vais pas avoir besoin de transfusion. Je m’étonne que cela soit même une option envisagée, personne ne m’avait dit que j’avais fait une hémorragie. Je le saurai quelques semaines plus tard en lisant mon dossier.

En sortant de la salle d’accouchement pour remonter dans la chambre, nous croisons la médecin. Elle vient nous voir et nous dit qu’elle a eu raison d’être sèche, qu’il le fallait. Pourquoi ? Toujours pas d’explication. Je suis censée accorder une confiance aveugle au corps médical sans même le remettre en question. Puis elle me dit : « une épisiotomie, c’est le prix à payer pour être une fille jeune et en bonne santé ». Le prix à payer, merci madame.

Nous montons dans la chambre et nous sommes dévastés. Je pleure pendant des jours et des jours. Je ne trouve aucune joie dans cette naissance, aucun bonheur. Je revis sans cesse la scène, j’imagine comment elle aurait pu se passer autrement, je rêve de vengeance, je me cloître dans mon incompréhension, j’interroge tout le monde et personne ne comprend. Mon compagnon est dévasté aussi. Il ne sait pas si je parviendrai à m’en relever. L’incompréhension entre nous est totale. Je lui en veux de m’avoir dit que je devais accepter de me faire découper. Il faudra tomber le troisième jour sur une puéricultrice merveilleuse pour que l’on nous écoute vraiment. Et des mois pour que mon compagnon m’explique qu’il m’a dit ça pour savoir quoi faire, pas pour écouter les médecins.

Je ne supporte pas les anti-inflammatoires. Alors je souffre de mon épisiotomie. Je peine à me lever, à m’asseoir, à m’allonger, à marcher. La douleur physique ajoute à la douleur morale.

Le quatrième jour, une infirmière me fait la morale parce qu’elle ne comprend pas bien pourquoi je me plains. « Une déchirure, ça, c’est traumatisant. Pas une épisiotomie ». Elle me dit que dans cette maternité, on ne fait des épisiotomies que quand c’est nécessaire, et « on n’en fait presque pas, on en fait que 25% ». Je lui demande si une femme sur quatre c’est « presque pas ». Je suis blessée qu’elle ne comprenne pas mon traumatisme, qu’elle nie ma douleur.

La cicatrice est grande, j’ai peur d’aller à la selle et que ça tire sur les fils. Je serai constipée pendant 4 semaines, et m’en tirerai avec des hémorroïdes que l’accouchement m’avait malgré tout épargnées.

Je quitte la maternité avec l’impression de quitter l’enfer. Malgré ça, je pense à l’accouchement tout le temps. Je pleure plusieurs fois par jour, je revis la scène en permanence. Chaque moment de solitude fait monter les larmes. Je ne comprends pas comment j’arriverai à dépasser ça un jour.

La cicatrice me fait mal pendant des semaines.

Je demande mon dossier médical. On me l’enverra en retard parce que la médecin a demandé à rajouter des annotations.

Mon compagnon et moi reprenons les rapports à tout juste six semaines. C’est atrocement douloureux.

Le lendemain, j’ai rendez-vous à la maternité pour la visite de suite de couches. La médecin sur laquelle je tombe ne trouve pas mon dossier. Elle part le chercher, ne le trouve pas, et va donc voir la médecin qui a assisté à mon accouchement. Elle revient confuse, me parle directement de mon épisiotomie alors que je n’ai toujours rien dit, et me déclare « vous savez, on avait vraiment besoin de vous la faire ». Je demande pourquoi, elle me répond que sinon, je risquais une déchirure. Je réponds que j’aurais préféré la déchirure, « ah non, vous ne pouvez pas préférer ça ». Puis je lui dis qu’on ne m’a pas parlé de déchirure pendant l’accouchement de toute façon. Un éclair de panique passe sur son visage. « – Ah bon, on vous a parlé de quoi ? », « -De rien, on m’a juste dit que le bébé devait naître ». Elle me dit que c’est vrai, que l’expulsion a duré 38 minutes, qu’à partir de 20 minutes c’est dangereux pour le bébé. Je suis étonnée d’apprendre ça, je ne l’ai jamais lu nulle part. Je lui dis que sa collègue m’a empêchée d’accoucher dans la position de mon choix, elle me répond que c’est normal, qu’on ne peut accoucher que sur le dos. Quand je lui rétorque que ça n’est pas du tout ce que l’on m’a appris pendant les séances de préparation à l’accouchement, ni la charte de la maternité qui l’emploie, elle invente carrément un bon gros mensonge et me dit qu’on peut se mettre dans la position qu’on veut pendant le travail, mais pas pendant l’expulsion. Comme cette médecin est la médecin-coordinatrice de la maternité, je sais que je ne pourrai même pas saisir la CRUQ de l’établissement. J’ai beau pleurer toutes les larmes de mon corps dans son bureau, elle ne me parlera pas de la dépression post-partum. Elle veut juste que je sorte de son bureau, et couvrir sa collègue.

La semaine suivante, je commence la rééducation du périnée. J’ai choisi une sage-femme libérale à côté de chez moi. Je lui explique mon accouchement. C’est une sage-femme de la vieille école, elle ne comprend pas que je puisse me plaindre d’une épisiotomie. « Moi j’en ai eu une pour tous mes accouchements, et ça va très bien. » Quand elle me demande si j’ai mal aux rapports et que je réponds que oui, elle rétorque « c’est dans la tête ».

Après 6 séances à souffrir le martyre (« votre périnée répond bien, mais la sonde vous permettra de voir votre score ! » Sympa les chocs électriques sur la cicatrice), je me rends compte que je souffre à l’entrée du vagin mais que je ne sens rien derrière. La sage-femme m’explique que l’épisiotomie m’a coupé les nerfs, que c’est normal, que parfois ça ne repousse pas « mais ce n’est pas très grave, ce n’est pas la partie sympa du vagin ». Déprimée, je vais voir ma gynécologue habituelle, celle qui a suivi ma grossesse jusqu’au septième mois. Je lui raconte mon accouchement et elle est navrée. Elle regarde ma cicatrice et me dit que certains fils à l’intérieur se sont mal résorbés, que j’ai une boule à l’entrée du vagin et que c’est cette boule qui est douloureuse. Elle m’annonce aussi que je fais une dépression post-partum. Pour la première fois, quelqu’un me dit que je ne vais pas bien, et que cet état n’est pas un état normal, et qu’il est possible d’en sortir. Elle m’envoie voir une sage-femme spécialisée dans les douleurs périnéales et un psychologue. La sage-femme diagnostique des névromes et me propose de les traiter par courant antalgique.

Nous sommes à trois mois de l’accouchement, et pour la première fois, j’ai l’impression que je vais aller mieux un jour, même si j’en doute souvent. Je pense toujours à l’accouchement tous les jours, je revis la scène, je pleure souvent.

Aujourd’hui, j’ai envie de me battre, de porter plainte contre cette femme, de prévenir les autres femmes enceintes. C’est peut-être un début.

#322 – Un accouchement volé – novembre 2009

7 Jan

Je vous remercie de nous permettre un moyen d’expression quant à ce sujet mal maîtrisé qu’est l’écoute des mamans.
J’ai 34 ans, à nouveau enceinte depuis un petit mois. Mon premier enfant a 4 ans aujourd’hui. Il s’appelle Enzo et l’accouchement a été une réelle épreuve, pour moi, mais aussi pour mon compagnon qui se sentait impuissant et interdit face à notre gynécologue.

2009 : Début de grossesse en février
J’ai des soucis de santé qui posent de vrais risques pour moi et mon enfant de l’ordre génétique. Pour être plus claire, j’ai un déficit en Protéine S sur le facteur V de mes gènes. Ce qui entraîne des complications au niveau de ma circulation sanguine.
Mon gynécologue a fait un bon suivi, prise de sang toutes les semaines dès le troisième mois et piqûres d’anti-coagulants 2 fois par jour, depuis mon 6ème mois de grossesse jusqu’à la fin de mon retour de couches, bas de contention, etc.
Ma grossesse s’est très bien passé, j’étais sereine en plus car j’étais suivie aussi par une jeune sage-femme hypnothérapeute et sophrologue, avec laquelle j’avais fais un réel travail de projection.
Cette sage-femme travaille dans la même structure que mon gynécologue de l’époque.
Mes problèmes de santé me classant dans les « hauts risques » voir limite « à très hauts risques », mon gynécologue a changé d’attitude avec moi dès le 7ème mois de grossesse, voulant me préparer à un accouchement déclenché. Car dans sa tête, ce ne serait pas autrement.
J’ai essayé de discuter avec lui lors de cette consultation, de lui expliquer que si aucun soucis médicaux ne venaient contrarier le bon déroulement de la fin de grossesse et le jour J de l’accouchement … de laisser les choses se faire d’elles-mêmes. Je refusais d’être en situation de “sur-médicalisation” et je sentais déjà que cela en prenait le chemin.
Il m’a fait comprendre que je ne pourrais pas maîtriser mon accouchement.
Cela m’a toujours heurté, car même si cela se passe mal, on doit pouvoir rester les premières actrices de nos accouchements.
Ma grossesse s’est très bien passée, jusqu’à une semaine du terme, où là, je sentais vraiment mon gynécologue en panique quant à mon déficit sanguin. Et moi qui était sereine, prête dans ma tête au travail, mon gynécologue m’a épuisée physiquement sur cette dernière semaine, et stressée.
Les discussions étaient de plus en plus tendues avec lui, car moi je ne voulais pas déclencher le travail et je ne voulais pas non plus de péridurale.
Il a commencé par me culpabiliser en me disant que j’étais une irresponsable de ne pas vouloir écouter et obéir à ses prédications. J’ai plus ou moins cédé …
Je m’explique :
La dernière semaine, il m’a fait descendre à B. 2 fois par jour pour faire monitoring et décollement des membranes une fois par jour. A cette époque, j’habitais sur les hauteurs à 30 minutes de B. Les deux allers-retours me prenaient donc deux heures par jour et m’ont littéralement épuisée.
Moi, qui était sereine jusque là, c’est le stress qui a pris le dessus, car plus les jours avançaient et plus les décollements de membranes me faisaient souffrir et devenaient dangereux.
Le terme était prévu pour le 5 novembre, le 2, mon gynécologue n’a pas voulu me laisser repartir chez moi car je commençais à faire des hypertonies au lieu de faire des contractions. Il a demandé aux sages-femmes de me coller une languette pour déclencher le travail.
J’avais déjà la vulve en feu à cause des décollements répétés tout au long de la semaine et ce “truc” n’a rien arrangé.
Et puis, franchement, rien que les décollements de membranes sont une épreuve en soi car c’est extrêmement douloureux, la sage-femme qui le pratiquait me disait que cela donnait de “l’amour au col”. Je sais que c’était pour me rassurer qu’elle me disait ça mais j’avais juste l’impression de me faire fouiller comme une vache, “alors tu parles d’un amour, toi” !! Rien de plus, ni rien de moins !!! D’ailleurs, je subis encore, 4 ans après, des problèmes réguliers d’irritations et de démangeaisons importantes depuis ces mésaventures.
Les sages-femmes, le jour de mon accouchement ont vraiment pris un rôle primordial pour nous, car elles n’étaient pas en accord avec le gynécologue quant au bon déroulement de mon accouchement.
Elles m’ont expliqué que cela n’aurait pas dû se passer comme ça, étant donné que nous allions bien, mon fils et moi.
Et les hypertonies que je faisais étaient dues aux décollements de membranes trop répétés et qui n’avaient pas lieu d’être. Ce n’est d’ailleurs pas elles qui me les faisaient.
Deux heures avant d’entrer en salle de travail, mon compagnon et moi avons vu notre gynécologue et cela s’est très mal passé. Je lui ai dis que je n’étais pas contente de me voir aussi stressée et que je me sentais extrêmement fatiguée pour ce qui m’attendait. Nous nous sommes engueulés, il m’a dit que, de toute façon, je n’étais pas médecin et que ce n’était pas à moi de décider de la bonne marche de mon accouchement ! J’en ai pleuré et lui ai répondu que dans la mesure où tout se déroulait normalement je devais rester maitresse de mon corps et de mon évènement.
Lors de cette altercation, les sages-femmes m’ont soutenues dans mon épreuve. Elles se sont opposées au gynécologue, en expliquant tant bien que mal que rien ne justifiait une telle prise en charge.
Elles m’ont d’ailleurs soutenues jusqu’à la fin car elles m’ont évité la césarienne.
Je suppose que le stress a beaucoup bloqué le travail car malgré le déclenchement, mon col ne s’ouvrait pas, ce qui stressait mon gynécologue.
A cinq heures de travail à 3 cm d’ouverture, j’ai cédé pour la péridurale car j’étais épuisée. Mais la dose a été mal dosée, j’avais la jambe gauche comme celle d’une poupée de chiffon et ressentait tout de l’autre côté. Au bout de huit heures passées à 3 cm, le gynécologue commençait à faire pression sur les sages-femmes pour qu’elles me transfèrent en bloc pour une césarienne.
Elles ne me l’ont pas dit à ce moment-là pour ne pas me bouleverser car j’étais très en colère après lui et il ne valait d’ailleurs mieux pas qu’il se pointe dans la salle d’accouchement !
Elles lui ont tenu tête et au bout de 10 heures de travail, toujours à 3, la plus ancienne d’entre-elles m’a fait prendre une position hyper inconfortable pour accélérer le travail. J’ai tenu cette position pendant 2 heures de temps, mais cela a été efficace car Enzo est né à la fin de ces 2 heures … sans césarienne !! La péridurale m’a perturbée tout autant que le reste car les sensations étaient très étranges, du fait que je ne ressentais absolument rien du côté gauche et absolument tout du côté droit. J’ai juste déchirée un peu mais sinon cela s’est très bien fini pour nous !
Je ne remercierai jamais assez les sages-femmes présentes pour ce qu’elles ont fait pour nous. Elles ont rassuré mon homme, qui était un peu perdu face à la culpabilisation permanente dans laquelle nous plaçaient le gynécologue.
Car elles ont fait barrage face au gynécologue et elles ont fait preuve d’un grand savoir-faire et d’un grand professionnalisme.
Les gynécologues obstétriciens ont monopolisé l’accouchement !! Mais les sages-femmes ont des millénaires d’expérience en ce domaine et le fait que ce soit en général des femmes, elles savent ce que cela représente en terme de douleurs, en terme d’amour-propre pour une femme et en savoir-faire technique bien évidement !!
Car je tiens quand même à dire que les gynécologue hommes sont maladroits avec les femmes enceintes et parce qu’ils sont médecins, ils pensent avoir tous les droits. Mais, c’est notre corps qui ressent toutes les sensations et la nature est bien faite. Il faut faire beaucoup plus confiance en notre capacité à accoucher !! Certes, la médecine obstétrique a considérablement réduit les décès de mères et enfants lors des naissances Mais ils n’ont pas les connaissances requises comme peuvent les avoir les sages-femmes et ne justifie en rien cette prise de pouvoir de la part des médecins obstétriciens.
Alors, étant donné que les restrictions budgétaires réduisent le nombre de maternités en France comme ailleurs. Et que l’on se retrouve à plus de trois quarts d’heure d’une maternité et que du coup cela représente un risque non négligeable pour les grossesses. Qu’une femme et son bébé meurent parce qu’ils n’ont pas eu le temps d’arriver à la maternité est aberrant !! Tout aussi aberrant que la sur-médicalisation, je demande à voir des maisons de naissance éclore un peu partout et que ces maisons soient gérées avant tout par des sages-femmes. Et qu’elles n’appellent les obstétriciens qu’en cas de besoin médical !!!
J’avais fais un petit projet de naissance pour Enzo : Pas de péridurale, pas de position couchée sur le dos avec les pieds dans les étriers, de la musique douce, éclairage doux, … mais je n’ai rien pu faire de tout cela, rien n’a été respecté. Je demandais à marcher pendant le travail car je sentais que j’en avais besoin mais même ça on me l’a refusé.

Alors comme je suis à nouveau enceinte et que cela aura prit son temps, je ne souhaite pas revivre la même chose.

Même si je comprend mieux aujourd’hui la réaction de ce gynécologue et que je ne lui en tiens plus rigueur, je ne le reprends pas pour ma seconde grossesse et mon projet de naissance sera beaucoup plus pointu et sera anticipé avec les sages-femmes. Car je souhaite vraiment être mieux écoutée et pouvoir “accoucher” et non “me faire accoucher” !! La différence est énorme et j’ai toujours le sentiment de m’être fait voler ce moment !! Pendant un accouchement, on est fragilisée, c’est vrai !! Mais on est pas que fragiles … on est fortes aussi, comme jamais on ne peut l’être dans notre quotidien … merci aux hormones pour cela !!!

Voilà, j’espère que mon expérience pourra servir à faire évoluer les choses en ce domaine.
Je vous remercie de tout coeur de la parole donnée.

J’espère vraiment que cette action que je trouve très bien, apportera une vraie avancée permettant la reconnaissance des sages-femmes en milieu hospitalier avec un vrai statut propre, permettant de voir d’autres vocations naitre en ce domaine et augmenter le nombre des 22000 sages-femmes actuelles.

Je souhaite vraiment voir se développer les maisons de naissance au même titre que les maisons de santé. Nous avons réellement besoin de cette proximité pour l’accès aux soins, prodigués par les sages-femmes (qui ont les mêmes responsabilités pénales que les gynécologues obstétriques), aux suivis des grossesses, aux conseils et à l’écoute.

Nos sages-femmes (et sages-hommes d’ailleurs) sont formidables et il est temps de leur témoigner la reconnaissance qu’elles méritent. Enfin, je sais que la reconnaissance des familles leur est pleinement acquise malheureusement insuffisante …

Cordialement.
Laëtitia M

# 307 – N. 2 accouchements

26 Nov

Par hasard je suis tombée sur le blog et je trouve l’idée géniale après avoir bien sur lu tout ces témoignages. Donc voici le mien en Belgique:

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En Belgique on accouche généralement dans l’hôpital de notre gynécologue.
Ma gynécologue qui me suit depuis des années en cabinet privé travaille dans un hôpital que je déteste et loin de chez moi.
Par respect pour moi et parce qu’elle me connait depuis longtemps elle a accepté de venir m’accoucher dans l’hôpital de mon choix, juste à-côté de chez moi, avec le label « ami des bébés ».

Pour ma première grossesse tout s’est bien passé sauf que j’avais appris au huitième mois, que la forme de mon bassin ne me permettrai sans doute pas d’accoucher par voie basse, ce qui m’avait totalement démoralisée étant donné que cela ne correspondait en rien à mes plans!  J’ai perdu les eaux une nuit, dix jours en avance. Je me suis rendue à pied à l’hôpital, à cinq minutes de là munie des radios de mon bassin. A peine arrivée j’ai demandé aux sages-femme de tout faire pour que je puisse malgré tout accoucher par voie basse.
J’ai passé la nuit à attendre le début du travail qui ne venait pas. Le matin, ma gynécologue est arrivée pour provoquer le travail. Elle a promis d’essayer de me faire accoucher par voie basse mais elle a dit, je cite: « On va essayer, tout est une question de temps, si ça prends trop de temps, je ne veux plus t’entendre négocier, on file à la découpe ». Je lui ai passé son jeu de mot, on se connaissait suffisamment pour que cela me fasse rire.
Les contractions ont débuté vers midi. Comme la salle d’accouchement n’était pas prête, les sages-femmes m’ont fait passée par le bain, et j’ai patienté là avec des contractions atroces. J’ai vite craqué et demandé au plus vite la péridurale. Une fois la salle d’accouchement libérée, on m’a placé la péridurale. Sauf que voilà, je fais partie des personnes sur qui la péridurale ne fonctionne pas.
L’hôpital permet aux femmes qui le désire de faire venir en salle d’accouchement plus d’une personne. C’est donc armée de ma mère, du père de l’enfant, de ma kiné, de ma gynécologue que j’ai pu commencer à pousser.
Le décalage entre ma gynécologue qui vient d’un autre établissement qui écoute moins le désir des futures mère et cet hôpital possédant le label « ami des bébé » et « ami des maman » était tellement grand, que finalement je ne me suis pas sentie écoutée. A ma demande de lumière tamisée ma gynécologue a répondu qu’il lui fallait de la lumière pour voir, à ma demande de sentir le cordon finir de battre, elle m’a répondu « à quoi ça sert »? Ma kiné et elle se sont « frittées » quelques fois et au final c’est ma mère qui m’a fait reprendre courage au moment où j’ai perdu pied, en disant que je voulais rentrer à la maison et qu’on arrêtait tout là…
C’est par la suite également que j’ai pu apprécier toute l’étendue du concept « ami des bébés et des mamans », je n’arrivais pas à allaiter et je n’aimais pas ça. Sans me culpabiliser, les sages-femmes m’ont permis de tirer mon lait plutôt que d’allaiter directement.
Et puis, plus que le baby-blues, j’ai fait une grosse dépression qui a duré plus de trois mois, justement en grande partie à cause de l’allaitement et, là, l’hôpital n’a absolument pas géré.

Pour la seconde grossesse, j’ai fait un accouchement fulgurant, d’une intensité incroyable, autant du point de vue de la douleur que de l’émotion une fois le bébé dans mes bras. J’ai accouché seule, parce que personne n’a eu le temps d’arriver. Il n’y avait que la sage-femme, le père et ma mère (et oui à nouveau). Ca faisait un quart d’heure que je disais qu’il était là et qu’il poussait. On va plutôt dire que je hurlais. Mais ma gynécologue était en chemin et coincée dans les embouteillages. C’est elle qui m’avait dit un quart d’heure plus tôt que je ne risquais pas d’accoucher dans l’heure et qu’elle reviendrait trois heures plus tard. Perdu! J’était bel et bien passée de 4 cm à 10 cm en quelques minutes. La sage-femme qui était là, était heureusement très rassurante et devant mon air épouvanté à l’annonce de : « On va y aller alors. » m’a dit, je cite: « Si vous voulez, on peut attendre que tout le monde soit là mais il faut le retenir alors! » Après un rapide calcul et sentant que je n’était plus capable de retenir quoi que ce soit, j’ai poussé de toutes mes forces. J’ai accouché toute seule sans même l’intervention de la sage-femme et mon homme a même dit, qu’on aurait pu accoucher au café que ce serait revenu au même! Elle estimait que je pouvais le faire seule et elle avait raison, j’ai adoré ça!

Autant le premier accouchement était ultra-médicalisé, autant celui-ci était naturel et extrêmement douloureux et d’autant plus apprécié!

J’ai eu droit pour ce séjour en maternité à un sage-femme masculin. Il était d’une empathie rare et a tout fait pour faire comprendre à mon homme que je n’était pas faite pour allaiter ni pour tirer mon lait et qu’il ne servait à rien de me culpabiliser ou me forcer. L’hôpital m’a même gardée un jour supplémentaire afin que je sois mentalement plus forte pour contrer ma belle-famille et mon homme concernant cette histoire d’allaitement. Ils ont même fait intervenir une psychologue. Et je n’ai plus fait de dépression. Le petit s’est très bien habitué au biberon et il va très bien! Et tout ça malgré qu’il porte le label « ami des bébé » qui signifie entre-autre qu’une des conditions est que l’hôpital ait son quota de mères qui allaitent. C’est ça qui prouve qu’ils ont également le label « ami des mamans » parce qu’à ce niveau-là, j’ai été plus qu’écoutée, j’ai été entendue, entourée et surtout encouragée à faire au mieux pour moi et pour mon bébé.

N.

#305 Accouchement déclenché mal vécu‏, Nancy, 2010

25 Nov

J’ai « accouché », oui je mets les guillemets car pour moi, je n’ai pas mis au monde ma fille, mais on me la sortie du ventre, en juillet 2010, à Nancy.

On dit c’est le plus beau jour de votre vie, or pour moi ce ne fut pas le cas, le plus beau moment, c’est lorsque j’ai pu avoir ma fille contre moi et l’allaiter.
Ma grossesse s’est bien passée, mis à part chevilles gonflées en fin de grossesse due à la rétention d’eau… Mon terme était prévu début août, mon gynécologue qui me suivait partait en vacances et me l’avait dit, malgré tout, lors de mon dernier contrôle, il a préféré déclencher l’accouchement, parce que j’étais gonflée à cause de la rétention d’eau. (Je me demande aujourd’hui si ce n’était pas parce qu’il partait en vacances la semaine avant mon terme) Je n’étais pas en danger, mon col était bien fermé, et ma fille en forme… Je ne savais pas, j’ai dit oui, et mon mari trouvait l’idée plutôt bien, car ça nous évitait le stress du départ à la maternité, tout était programmé! Il m’a donné RDV à la maternité un dimanche de juillet à 20h.
A 21h, on m’appliquait le gel pour avoir des contractions. Et on m’installa dans une chambre. « Prenez une douche, détendez-vous » me dit une sage-femme… J’ai pris une douche, j’avais mal dans les reins, mais je ne savais pas ce que c’était… Des contractions?? peut-être, peut-être pas… j’avais mal en continu (aujourd’hui je ne pense pas que c’étaient des contractions…)… Mon mari, impuissant fasse à cette douleur qui m’ennuyait, appela une sage-femme (ou infirmière) et demanda à ce qu’on me donne quelque chose pour calmer cette douleur, à 23h, on m’installa dans un « box », oui c’est comme ça qu’on appelle les pièces pour accoucher… comme les chevaux, hop dans un box, avec le foin… On m’a allongée, branchée, monitoring, tension  ….etc…
Les sages femmes ont alors pris la décision de m’introduire un produit dans les veines « Pour accélérer le travail » m’ont-elles dit… Je me laissais faire…
Puis on m’a fait la péridurale (ou avant) je ne sais plus, mais ce que je sais c’est que mon col n’était pas dilaté, ah, la, je n’avais plus mal dans les reins, je ne sentais plus mes jambes…
Et à partir de ce moment là, je n’ai plus eu de contractions… J’ai passé la nuit allongée, branchée, pourtant je n’était pas malade, je venais juste mettre au monde mon enfant…
A 7h du matin, mon col se dilatait un peu (quand même), ils ont pris la décision de me percer la poche des eaux…
A 10h30 mon col était enfin dilaté, on m’a demandé alors de pousser, j’ai le souvenir qu’une sage-femme m’ait appuyé sur le ventre et m’a fait mal, pour forcer (oui, toujours forcer…) le bébé à venir…
Mais rien n’y a fait, à 11h15 le gynécologue m’annonça très serein : « On va faire une césarienne, enlevez tous vos bijoux »… le monde venait de s’écrouler autour de moi, juste à l’annone de ces quelques mots… Pourquoi… ?? était-ce de ma faute, je n’ai pas su pousser comme il fallait, je mettais en danger mon bébé? toutes ces questions dans ma tête… sans réponse… j’ai eu une nouvelle fois à faire avec l’anesthésiste, on m’a mise sur un brancard, je pleurais… mais on ne s’en souciait pas…
Arrivée au bloc, j’étais encore plus inquiète, la panique m’envahissait, je pleurais, je n’arrivais pas à me contenir, les sages-femmes présentes près de ma tête, me mirent un masque, quelle idée, je ne respirais plus!! elles m’ont tenus les bras. Je n’ai que le souvenir du regard de mon mari sur moi, impuissant, et autant affolé que moi mais qui essayait tant bien que mal de me soutenir, de me rassurer…
J’ai été rassurée et lui aussi, quand nous avons entendu les premiers cris de notre fille… « ça y est!! elle est là!! Tu l’entends ? » me disait-il…
Puis, une sage-femme est passée avec mon bébé, dans la couveuse, en me disant : « Regardez c’est votre fille », j’ai vu la boîte passer, dedans une petite poupée yeux grands ouverts et pleins de cheveux sur la tête… Et mon mari suivre la boîte… il était midi. On ne me l’a pas posée sur moi, je ne l’ai pas embrassée, je ne l’ai pas sentie, je ne savais même pas si elle allait bien…
Je me suis retrouvée seule, on m’a recousue… emmenée en salle de réveil… j’ai dormi, à 13h30, je me réveillais, j’avais froid, très froid, à-coté de moi, un vieil homme qui avait du subir une chimio, en face une dame s’est mise à crier, avec un tube dans la gorge… où étais-je? Nous étions au moins 10 brancards les uns à-coté des autres… Et les infirmières, à-coté de moi, près de la fenêtre discutaient.
Tout de suite j’ai demandé une couverture, et on m’a mis le chauffage dans les jambes, puis elles m’ont appuyé sur le ventre… ça faisait mal… Mais tout ce que je voulais c’était voir ma fille. « Où est ma fille? et mon mari?? Quand puis je la voir? » questions que je ne cessé de poser aux infirmières… les réponses :  » vous aurez tout le temps de voir votre fille après, vous avez toute la vie; elle doit aller bien, on ne sait pas. »
Je pleurais, je voulais savoir, je voulais la voir, la toucher, la sentir, l’embrasser… J’ai pleuré jusqu’à 15h30 quand enfin, on m’a dit : « Vous allez pouvoir voir votre fille », on m’a alors emmenée au milieu de la pièce toujours sur le brancard avec un vieillard qui dormait encore à moitié, et une dame, tous 3 sur brancards, en travers…
Un jeune homme est alors passé devant la salle, une infirmière l’a interpellé : « T’es tout seul aujourd’hui? – oui , répondit il, aujourd’hui je suis le seul brancardier, là je suis en pause, je reviens après… »
J’ai attendu, à 16h enfin, ce jeune homme est revenu, « C’est à qui le tour, qui dois je emmener? » j’ai tout de suite crié « MOI!! » … il vérifia sur nos brancard, et dis « Non, c’est au tour de Monsieur », j’ai cru que j’allais devenir hystérique… « Je veux voir ma fille!!! Emmenez-moi en premier, ça fait depuis 13h30 que je le demande », alors l’infirmière est intervenue, et a dit au jeune brancardier de m’emmener…
On a pris l’ascenseur, je suis rentrée dans une chambre, où il n’y avait personne, j’ai failli encore pleurer, quand soudain à peine le brancardier parti, la porte s’ouvrit, c’était mon mari, et ma fille !!!!! Quel soulagement, qu’elle était belle!!! Tout allait pour le mieux pour elle, et là ce sont non plus des larmes de tristesse mais des larmes de joie qui ont pu s’échapper de mes yeux… On me l’a mise au sein, j’ai adoré cet instant, le plus beau de ma vie…
Malheureusement, les heures de repas pour elle ne se sont pas bien passées, car les auxiliaires stagiaires ne me mettaient pas ma fille correctement au sein, j’ai eu tout de suite des crevasses douloureuses, et ma césarienne me faisait souffrir, j’ai du arrêter l’allaitement, avant les premières montées de lait… Mon séjour n’était pas des meilleurs, j’avais été tellement déçue par l’équipe médicale que je n’avais plus confiance, je dormais mal (les sages-femmes avaient leur bureau en face de ma chambre, et bien sûr n’étaient pas discrètes)…
Bref, une expérience comme je n’en souhaite à personne… Je n’ai pas accouché de ma fille, j’en garde des « séquelles » psychologiques et physiques. J’ai voulu témoigner, car je suis enceinte du deuxième aujourd’hui (un petit garçon), je dois accoucher pour Noël, dans une autre maternité (j’ai déménagé) mais ayant vécu une mauvaise expérience,  j’espère ne pas revivre ces moments là, je veux accoucher, et le plus NATURELLEMENT possible, sans me mettre en danger, ni mettre en danger la santé de mon bébé. Ce qui est certain, c’est que je ne me laisserai plus faire comme ça a pu être le cas il y a 3 ans…

Anonyme – « J’ai accouché, elles m’ont aidées à accoucher et pas l’inverse »

14 Nov

Après pas mal de difficultés pour conçevoir notre p’tit bout, j’ai eu la chance de vivre une grossesse plutôt zen et tranquille, avec un arrêt de travail très tôt en raison de mon métier de commerciale trop souvent en voiture et trop souvent stressée et d’une sciatique persistante du 4ème mois au dernier jour ! L’avant bébé un peu hard nous aide à relativiser et je prépare l’arrivée de notre bonhomme avec mon amoureux, B qui est aux petits soins pour nous.
Le terme est prévu le 20 septembre, tout mon entourage est heureux de ce happy end et lance les paris sur la date d’accouchement. Personne n’avait parié le 17 septembre 😉
Le lundi 16 septembre, tout est prêt depuis quelques jours. Je passe beaucoup de temps à me reposer car je ne dors pas bien, réveillée par l’inconfortable ventre incasable dans notre lit et les mouvements de notre fils qui s’éclate la nuit.
Je suis crevée et je traînasse. B est au boulot.
18h30 : début d’un mal de dos inhabituel. Je saute sur mon ballon, je bouge le bassin et je trompe mon cerveau qui a tendance à trop penser en jouant à la console. B rentre, on fait une partie ensemble sans oser croire que ça y est, le travail commence.
19h30 : première contraction. Je peux pas dire douloureuse mais pas agréable. Puis une autre dix minutes plus tard. A la troisième, B prépare le dîner. Je sais que ça y est, c’est parti. Je n’ai pas eu une contraction de ce genre avant.
Je vais fermer la valise. Je marche dans l’appartement, pour que ça aille vite. Ballon, allers retours cuisine-salon, ballon, salon-chambre …
21h00 : les contractions deviennent irrégulières mais largement plus carabinées. Quatre contractions en dix minutes, plus silence radio pendant douze minutes, retour des contractions …
22h00 : je ne peux plus rien faire pendant que le dos et le ventre contractent. Je stoppe tout et je respire en gonflant le ventre. Je visualise une grosse vague sous laquelle je dois plonger. Plus tard, j’imaginerais une fleur genre un nénuphar qui s’ouvre doucement, pétale par pétale. B me laisse faire, me masse quand je passe près de lui.
23h00 : bain chaud pour se détendre. Ça fonctionne super bien, pour chauffer mon ventre trop haut pour être immergé, je pose une serviette de bain dessus. Avec l’eau brûlante c’est top.
01h00 : je sors du bain et là gros mal de dos avec peu de pause entre chaque vague. C’est ce que je craignais, je prend toute la douleur dans les reins. Une série de contractions très rapprochées nous inquiètent un peu. On décide de partir à la mater pour voir. Au pire, on rentrera à la maison.
01h30 : B a roulé doucement pour ne pas empirer les contractions. Le gardien de nuit nous ouvre la porte et dit « c’est pour un accouchement ? » ( moi en train de souffler pour laisser passer une contraction je réponds mentalement : non c’est pour enfiler des perles) mais je souris et dis oui. On est admis de suite. Une sage femme m’examine. Le col est ouvert à 2. Elle nous installe en salle de pré travail  » parce que vous prenez tout dans le dos ». Monito ok. En chambre, B peut dormir dans un lit.
De 2h à 6h: Je fais du ballon, marche de long en large, en soufflant et en gonflant le ventre à fond.
6h30 : Je réveille B. J’ai mal dans le dos en continu et au milieu de chaque contraction, je pense que je ne supporterai pas la suivante. Mais je supporte la suivante aussi. Je commence à sentir les contractions dans le ventre en même temps. La chance va nous sourire : R, la sage femme qui a fait ma préparation entre dans la salle. Elle ne devait pas travailler aujourd’hui mais une copine à elle accouche le même jour. Alors elle va nous suivre de loin.
Elle me voit m’étirer le dos et me dit  » tu veux avoir mal ? » Je répond « non » Elle m’examine. On a gagné un petit cm en 4 heures. Mon moral en prend un coup mais R ne me laisse pas le temps de me prendre le chou. Elle nous emmène en salle d’accouchement. L’anesthésiste va passer. « Ça va être long mais tu vas y arriver »
Une troisième sage femme qui ne se présente pas arrive pour me poser une voie veineuse. Gros carnage. Elle me rate sur le bras droit, veine pétée. Pose sur la gauche mais n’importe comment. La voie veineuse me fera mal toute la journée. Elle enfile un gant pour examen et je n’ai même pas le temps de lui dire que R vient de le faire. Sans consentement et sans prévenir, elle me fait un mal de chien. Je serre les cuisses en la repoussant. Elle s’en va sans un mot. Heureusement, elle a fini son service et R vient nous présenter V, qui sera là tout au long de la naissance.
07h15: pose de la péridurale. B doit sortir. Je sens l’anesthésiste piquer un peu à droite. Ça ne fait pas mal mais c’est surprenant, on dirait qu’on injecte un Mister Freeze dans le dos. R me tient pour que je reste en bonne position. Elle me raconte son week-end. Tout se passe en douceur
7h45 : je pourrais embrasser l’anesthésiste. Mon amoureux revient et on se repose. On papote. Il m’amène à boire en douce. V passe toutes les heures. Parfois elle m’examine, parfois elle vient juste s’assurer que tout va bien. On entend au moins 3 ou 4 femmes accoucher dans les salles voisines. C’est long. Un cm, parfois un demi par heure. On dort un peu. Je change souvent de position pour bouger le bassin. Mon fils va bien, son rythme est tonique. Il supporte bien les contractions que nous suivons sur le monito.
13h00 : R oblige mon homme à aller manger. « Quitte la deux secondes pour aller manger parce qu’on aura pas le temps de te ramasser par terre si tu tombe dans les pommes ! » Du coup, il va se promener régulièrement ensuite. Boire un café, prendre l’air. Il me raconte qu’il croise de nombreux papas en stress qui fument et se caféinent à mort ! On rigole. C’est long pour lui aussi.
14h30 : ma gynéco J passe pour m’examiner. Je ne le vois pas mais elle est fait une drôle de tête. B a vu son expression mais ne me dit rien. Elle sort avec V. Je suis 9cm. Plus qu’un et je pourrais pousser mon fils dehors ! Je suis toute contente.
V revient et m’annonce que J veut me préparer pour une césarienne. Catastrophe. Mon fils arrive la tête tournée vers le ciel. Un bébé rêveur qui, en plus a de belles épaules à faire passer dans mon bassin un peu juste. Il ne pourra pas défléchir la tête normalement s’il ne se retourne pas avant la fin de la dilatation. Il faudra que je le pousse jusqu’au bout et J pense que je suis déjà trop fatiguée par le travail. Je m’effondre. Je n’ai aucun a priori sur la césa, mais après 20h00 de boulot, je le vis mal. Ça veut dire sonde urinaire à demeure (enfant, j’ai été opérée et sondée 2 fois à vif, sans anesthésie. Mon pire souvenir de douleur devenu phobie). Ça veut dire cicatrice. B est super mal de me voir comme ça. Il sait à quel point ça me fait peur d’échouer à ce moment.
V, elle y croit toujours, sûre que je peux accoucher par voie basse. Elle dit rien à personne et décide de m’aider.
Elle coupe la péridurale. J’ai une heure pour bouger le bassin dans toutes les positions qu’elle me fait prendre pour retourner le bébé. C’est le seul moment où je douille vraiment. Je m’agrippe à ce qu’il me passe sous la main et je bouge, je bouge. B se sent tellement mal qu’il fait les 100 pas. Sort. Revient. Repart. V me prépare pour la césa « au cas où », elle me rase, pose la sonde sans que je m’en apperçoive (une vraie magicienne).
R passe me voir. Son amie galère aussi. Je pleure un peu, les nerfs qui lâchent. Elle me carresse le bras et me dit « Ne lâche rien, accroche toi ».
V, la sage femme me réexamine. Mon fils est toujours tête en l’air. Elle me redonne de l’anesthésique. Vers 16h, elle enfile un gant et me dit  » on le retourne ? » Je dis oui. Elle commence mais j’ai mal. Alors elle me redonne une dose. Et la. Je plane. Je vois des ombres chinoises quand je ferme les yeux. Mais elle peut manipuler le bébé. Qui se retourne. Je le sens bouger. Du coup, V court appeler la gynéco pour lui dire que je peux pousser. Le temps que V revienne, le bébé s’est retourné à nouveau vers le ciel, mais on ne s’en rend pas compte à ce moment là. Il s’engage dans le bassin tranquillement. Je commence les poussées seule. V prépare la salle en speed.
B est derrière ma tête. Il me masse les cheveux. M’encourage à voix basse.
Avec 2 doses de péri, je ne sens pas du tout ce que je fais mais quand V se place entre mes jambes dix minutes plus tard, elle me dit qu’elle voit une belle touffe de cheveux châtains arriver et je pousse très bien. La gynéco arrive. Et constate de suite que le bébé est toujours tête en l’air. Trop tard pour m’arrêter. J ‘ai déjà bien travaillé. Je pousse encore, encore. Le temps me semble passer super vite. Entre deux séries de poussées, B me dit des mots d’amour dans les oreilles. Je n’oublierai jamais le regard qu’il pose sur moi à ce moment là. Je suis une foutue guerrière.
J et la sage femme nous laissent le plus d’intimité et de calme possible. Elles sourient, sont détendues et je sens bien qu’elles sont ravies de me voir réussir.
Une journée de travail et 30 minutes de poussées au total, une petite épisiotomie pour stopper une déchirure, j’entend J me dire  » il est là, attrapez le » et me voilà en train de tendre les bras de saisir mon fils. On se retrouve face à face et j’entend le papa s’exclamer de surprise et d’émotion.
Mon fils sur moi, B penché sur nous, tous les deux en larmes. Notre fils ne crie presque pas et nous regarde avec calme. Je n’ai rien vu des points, de la délivrance, de la toilette. J et V font tout pour nous laisser tranquille, elles travaillent vite et bien. On se retrouve tout les trois. Peau à peau de 2 heures sans personne pour nous embêter. Les soins se feront après dans la salle par V. Je suis là pour les mesures, le poids et B qui prend son petit dans les bras pour la première fois.
Conclusion 1 : Soyons flexibles et adaptons nous a l’accouchement tel qu’il est et pas tel que nous le voulons. Plus facile à dire qu’à faire, mais c’est inéluctable.
Conclusion 2 : Merci à J et surtout à V d’y avoir cru. Vous êtes merveilleuses ! Il est juste inconcevable que j’aille accoucher ailleurs pour son petit frère ou sa petite soeur. Être aussi bien entourés dans un moment pareil, c’est juste fantastique.
Conclusion 3 : C’est un moment incroyable où tout se mêle. Où l’on se dépasse, avec de bonnes surprises et de grosses douleurs qui s’imprime en nous comme un tatouage dans l’âme. Ne laissons personne le gâcher ou le voler. La fierté que je ressens me mets a l’abri de toute peine, atteinte, critique ou déprime. J’ai accouché, elles m’ont aidées à accoucher et pas l’inverse. Et je suis fière. J’ai donné la vie. Je souhaite à toutes les futures mamans de ressentir cette confiance en soi.
ANONYME.

#279 Pascaline – région lyonnaise

8 Mai

J’ai accouché il y a 7 mois, difficile de dire si on a écouté mon projet de naissance, je ne sais pas si j’ai vraiment eu le choix d’en avoir un.
J’ai vécu les 6 premiers mois de ma grossesse à me préparer à un accouchement physiologique.
Je m’étais inscrite dans une maternité de niveau III qui vient de faire construire un pôle physio (région de Lyon).
Et puis au 6ème mois, on me trouve un diabète gestationnel. Je passe sur la façon dont je l’ai appris. (Ma gynéco a manqué de tact.)
Au premier rdv avec la sage-femme de la maternité au 7ème mois, je lui fais part de mon projet, elle ne le lit pas, ne veut même pas en discuter, visiblement il est trop tôt.
L’orientation vers le pôle physio ne se fait qu’au 9ème mois. Inutile de parler donc de quoi que ce soit. Mais, jusque là, je rentrais encore dans les fameux critères.
On m’hospitalise un jour pour me montrer les dextros et on me fait rencontrer une diététicienne qui m’explique les choses à savoir pour un régime sans sucre.
Je stabilise donc mon diabète, ne prends quasi pas de poids pendant les 3 derniers mois. Sauf qu’aux échos mon bébé est en siège décomplété, ça se confirme au 7ème mois, et il est « gros ».
Je précise que je mesure 1,78m et son père 1,85m.
D’entrée de jeu, on me propose la version. Et on me fait comprendre que je n’ai pas d’autre choix.
En réfléchissant avec mon conjoint en rentrant chez moi, je n’ai pas envie de la version. Je trouve cela trop invasif pour moi et pour le bébé.
J’écris donc à la sage-femme qui m’a prescrit cette version et je lui dis que je refuse. Elle me dit qu’il faut que j’y aille quand même, pour rencontrer un médecin quitte à refuser la version après en avoir discuté.
Nous y allons donc. On nous fait miroiter la suite logique, une césarienne obligatoire. Car gros bébé en perspective à cause du diabète et en siège de surcroît. Mais on ne m’oblige finalement pas à faire la version. Même si on me culpabilise un maximum.
On me dit qu’il faut passer une radio de mes hanches pour voir s’il pourrait passer. Après les tests tout semble encore possible. On me dit, je cite, « Vous avez des hanches comme un boulevard ».
Bien sûr que moi je veux toujours mon accouchement physio.
Je ne veux pas d’une césarienne qui va me couper de toutes les sensations de la mise au monde. Je suis née par césarienne programmée, et je ne veux pas de ça pour mon bébé.
Je veux que mon bébé choisisse de venir quand il veut, et qu’il connaisse l’expérience du passage, du rituel qu’est la naissance…
Je ne voulais prendre le risque de devoir accoucher tous mes enfants comme ça non plus. J’avais peur que ça influe sur ma montée de lait… Bref j’avais plein d’arguments.
Mais dans ce cas-là, ils m’imposeront au moins la péridurale, s’ils m’autorisent un accouchement par voie basse.
On me prescrit à 15 jours du terme une énième écho pour voir si elle s’est retournée toute seule et comment elle grossit. Le bébé a stoppé sa courbe, et grossit moins, mais toujours en siège.
Le médecin de garde refuse tout accouchement par voie basse, et l’inscrit dans mon dossier, car la procédure préconise une césarienne programmée pour les bébés estimés à plus de 3,8kg.
Il me laisse néanmoins 15 jours pour accoucher naturellement. Après séances d’ostéo, d’acuponcture, en tous genres, le bébé ne veut pas sortir, ni se retourner.
A 4 jours du terme, la dernière écho évalue le bébé à 3,813kg, soit 13g de trop pour la fameuse procédure. La médecin de garde ne souhaite pas s’opposer à la sentence apposée par le précédent médecin dans le dossier.
Elle ne semble pas très fière d’elle et me dit texto : j’espère que le bébé fera plus de 3,8kg car sinon vous allez nous en vouloir.
Le lendemain soir je rentre à la maternité pour une césarienne programmée le lendemain matin. Le monitoring laisse entrevoir une possible détresse foetale (c’est pas flagrant visiblement), une heure après je suis au bloc.
J’avais demandé que mon compagnon soit avec moi au bloc, pas possible, j’avais demandé un peau à peau sur moi à la sortie du bébé, pas possible.
Un peau à peau avec le papa, pas eu le temps. Au finale Gabrielle pesait 3,750kg.
J’ai été très stressée les 3 derniers mois de ma grossesse. Le diabète a été très anxiogène pour moi, car j’ai été très mal accompagnée dans le traitement de cette pathologie.
Après il y eut la gestion du siège, qui en a rajouté une couche.

Au final la détresse « discutable » du bébé (c’était pas super évident, ils ont tranché car il y avait de la place au bloc) fait que je me dis que c’était peut-être mieux comme ça.

Mais le doute demeure.

La suite de couches a été assez difficile. En salle de réveil, j’ai insisté auprès de la puéricultrice pour mettre ma fille au sein (elle ne voulait pas à cause de l’éventualité d’avoir de nouveau à aspirer ses poumons).
Elle a tout de suite bien tété. Mais elle était très en demande tout le temps. J’ai été très peu accompagnée dans la mise au sein. Ce qui fait que rapidement j’ai eu des crevasses.
J’ai accouché dans la nuit de mercredi au jeudi. Cette nuit-là l’équipe de puéri de nuit, ont pris le bébé et me l’ont ramené au petit matin, quand elle a demandé le sein.
Idem pour la seconde nuit. Nuit complète pour le bébé comme pour moi. Et puis le vendredi, 2ème nuit de vie pour mon bébé, changement d’équipe. Je m’étais levée 1 minute dans la journée.
Quand j’ai dit à la puéri de nuit, ah c’est vous qui allez veiller sur mon bébé cette nuit, elle m’a répondu sèchement : votre bébé est un J+3, vous allez quand-même bien commencer à vous en occuper. (faux, elle était J+2)
J’étais bouche bée, j’ai dit OK et j’ai rien dormi de la nuit.
La journée d’après s’est bien passé. La nuit suivante par contre, j’ai eu ma montée de lait. Et j’ai eu aussi un énorme baby-blues, car crevée, et mes mamelons me faisaient un mal de chien (crevasses), je savais plus trop quoi faire de mon bébé glouton qui ne faisait que pleurer pour téter. Je passe l’épisode de la sage femme de nuit qui à 4heures du mat, gratte mon bébé comme une hystérique pour qu’elle reste éveillée pendant la tétée, et qui fourre mes mamelons endoloris dans sa bouche comme une brute, tout ça pour me montrer comment on met au sein son bébé. J’étais au bout du rouleau, complètement hagarde, j’ai même pas eu la présence d’esprit de lui dire de stopper le massacre et de nous respecter un peu plus moi et ma fille.
Alors que la maternité doit être faite pour vous seconder dans vos débuts de mère, là, je n’avais qu’une hâte, rentrer chez moi pour me reposer et trouver mes propres solutions. (on ne m’a JAMAIS parlé de l’efficacité des téterelles quand on a des crevasses, on ne m’a jamais proposé de biberons de complément pour rassasier ma fille).
J’ai rencontré des gens formidables dans cette maternité, certains m’ont beaucoup aidé, d’autres m’ont au moins entendue. J’ai tendance à dire que c’est une question de rencontres, d’individus et d’atomes crochus.
Mais certaines personnes sont vraiment trop dans le médical pur, ou dans leurs croyances, et pas dans le respect du lien à créer entre la mère et le bébé, ce qui pour moi est crucial.
Je me dis qu’une maman pas bien entourée, peut vraiment avoir du mal à rencontrer son bébé à ce moment-là, si personne est là pour veiller.
J’ai eu beaucoup de colère, très très longtemps après. L’allaitement a été très dur à tenir (3 mois, et c’est mon bébé qui a décidé de stopper). Je ne sais pas si c’est lié ou non.
Aujourd’hui, c’est derrière moi, mais ça restera toujours un gros regret, et j’aurais toujours le doute de savoir si on aurait pu faire autrement.
Et surtout je croise les doigts pour que cette césarienne n’ait aucune incidence sur ma prochaine grossesse, et mon prochain accouchement.

Dernière parenthèse, inutile de préciser, que pendant tout cette procédure avant accouchement, mon compagnon a été nié, ignoré, il a fait tapisserie pendant tous les rdv médicaux de l’hôpital.
On ne lui a jamais demandé quel était son avis, quelle était sa décision.

Pascaline

Un accouchement à domicile, une naissance en maternité

26 Avr

Un accouchement à domicile, une naissance en maternité.
J’ai eu besoin d’écrire la naissance de mon fils pour mettre des mots sur cette aventure unique. Ces mots retracent ce qui s’est passé mais surtout comment j’ai ressenti cet évènement. Ils ne sont pas le reflet objectif des faits mais, au contraire, la traduction des émotions que j’ai vécues. Bonheur, calme, peur, douleur, violence ou honte, ces émotions m’appartiennent et ne servent pas à juger.
Tout a commencé 2 ans plus tôt en Février 2009, lorsque ma fille nait. Naissance déclenchée parce que qu’elle était jugée trop grosse, déclenchement qui échoue parce que mon corps n’est pas prêt et a besoin de trop de temps, césarienne avant terme alors que je ne suis même pas en travail et que bébé va bien, juste parce que « ca a trop duré » et une hospitalisation qui dure parce que ma fille a perdu trop de poids. S’en suivent 5 mois de dépression et un lien difficile à faire avec ma fille. Je m’accroche à l’allaitement parce que c’est la seule chose que je réussis et qui me permet d’échapper au jugement « elle mange trop / trop peu ». Pour m’en sortir, j’ai besoin de comprendre. Je lis, je comprends que la grande majorité des médias nous formatent à croire qu’il faut rentrer dans la norme imposée par le milieu médical (poids mini maxi pour la mère, le bébé, temps mini maxi pour la grossesse, le travail) et en maternité tout ce qui dépasse est raboté. Mais, dans ma famille, les bébés font 4kg et mettent 9 mois et demi à sortir : hors norme. Mon envie d’une fratrie de 2 se heurte à cette norme, je ne veux plus jamais être rabotée. Et je sais que la cicatrice qui me barre le ventre a encore rabaissé le seuil de tolérance des maternités. Bébé < 3,5kg et dépassement de terme 3,5kg, dépassement de terme > 5j) et tente gentiment de me convaincre de renoncer à mon projet de naissance à domicile. Je ne peux pas concevoir de me faire opérer alors que bébé et moi allons bien. En région parisienne, pour envisager une naissance à domicile, je conserve mon appartement du val de Marne. Je me tourne vers une maternité où le chef de service a la réputation de recevoir toutes les femmes envisageant un accouchement par voie basse avec antécédent de césarienne. Petit chantage à l’accueil pour obtenir rendez vous avec lui et personne d’autre. Il n’impose pas de protocole figé, mais il écoute, il explique. Dans mon cas, il confirme qu’il ne tient pas compte de l’estimation de poids. Si je dépasse le terme, un suivi rapproché par ma sage-femme sera mis en place car « tout ce qui peut être fait en dehors de la maternité libère ses équipes ». 7 jours après le terme, si je n’ai pas accouché, je viendrai le voir « parce qu’il faut bien qu’on en discute ». Dans sa maternité qui voit 4000 naissances par an, pas plus de 3 femmes atteignent les 43SA, dont certaines parce qu’elles ne sont pas venues. Je comprends qu’il accepte les exceptions parce qu’elles existent, sans culpabiliser les mamans. Je teste sur ce gynécologue hors norme mon droit à refuser ou à négocier un test de glycémie post prandial au lieu du O’Sullivan. Il me répond qu’il me donne l’ordonnance mais ne me prendra pas par la main pour aller faire la prise de sang. Bref je suis une adulte. Face à mon refus poli de toucher vaginal il en profite pour indiquer à la SF qui le suit « aujourd’hui vous allez apprendre à mesurer une hauteur utérine par-dessus un jean ». Impressionnant comme les actes médicaux peuvent être faits sans mettre les femmes à nue !
Côté positif, je vis cette grossesse entre la sérénité d’un bébé qui se développe à merveille et une sage-femme parisienne très factuelle, répondant à mes plus petits soucis (remontées gastriques, douleurs dans le dos, peur du transfert) par des solutions peu médicalisées (eau gazeuse, osthéopathie, son accompagnement si nécessaire). Côté contraignant, j’ai décidé de suivre à la lettre le régime sans sucre proposé par Fr pour être sure d’avoir mis toutes les chances de mon côté de passer à côté d’un gros bébé. Mon suivi en province avec un cabinet de sage-femme devient un casse tête et je sens qu’elles ne me suivront pas, ce qui est le cas puisqu’elles m’annoncent 10 jours avant le terme que l’une d’elle ne veut plus. L’accouchement à domicile ne serait donc possible que les jours de garde de l’autre sage-femme. On re-déménage donc dans notre appartement du Val de Marne quelque jours avant le terme fixé au 27 Avril (j’ai réussi à gratter 2 jours en trichant à l’échographie).
Mercredi 4 mai 2011: cela fait maintenant 7 jours que j’ai dépassé le terme et rien ne m’indique que l’accouchement est imminent. Comme convenu avec le Dr M, le gynécologue, mon dépassement de terme est suivi par Fr qui vient un jour sur deux faire un monitoring en attendant le rendez vous de DPA+7. Les monitorings, faits tranquillement à la maison dans le canapé, montrent invariablement un bébé en bonne santé et, les touchers vaginaux, faits avec mon accord, indiquent col qui ne progresse que très lentement. Les séances d’ostéo et d’acupuncture ont peut être favorisé le déclenchement mais cela ne suffit pas. Pour compléter cette surveillance, j’ai passé une échographie la veille qui a montré un placenta qui fonctionne toujours impeccablement et du liquide amniotique à revendre. Volontairement, j’ai fait faire l’échographie dans un cabinet qui a bonne réputation mais surtout où l’échographiste a toujours été douce et rassurante. Je déjeune avec C, une cameraman qui veut filmer l’accouchement. Elle m’a été présentée par Fr. Le but et d’insérer quelques prises d’un accouchement à domicile dans un documentaire sur la naissance. Ce sera ma participation à informer les mamans et mon retour d’ascenseur pour Fr qui m’a fait confiance jusqu’ici. Je commence à comprendre C qui me disait qu’au delà du terme, elle avait l’impression que cette grossesse ne finirait jamais. Mon bébé se sent tellement bien qu’il n’a aucune raison de sortir.
Je me rends à la maternité en RER et je suis presque sereine pendant le rendez vous. En effet le Dr M, m’avait dit qu’à DPA+7, « ’il faudrait qu’on discute ». Je lui présente les monitorings et l’échographie. Il me rappelle qu’à mon terme, il est classique de proposer un déclenchement si les conditions sont favorables, mais il entérine que je n’en veux toujours pas. Il m’examine et constate que les conditions n’étant pas favorables, il n’y a pas lieu d’insister. Evidemment, il me propose de faire un monitoring avant de partir, d’autant que le dernier fait avec Fr date de deux jours. Il me confie à une sage-femme en lui donnant le contexte (maman traumatisée par un déclenchement ‘foireux’ ayant abouti sur une césa). La gentille SF me branche. Je somnole en me mettant dans le même état de détente que chez l’acupunctrice la veille. Je pense à une maman qui se surnomme PetitGalop parceque le rythme du monito ressemble à un petit cheval au galop. Je demande à mon BB de faire un beau monito, ce qu’il fait !
La SF revient 5 min après pour me dire que sa surveillante pense que je dois refaire une écho puisque l’interne est dispo. je n’ai qu’une envie, c’est que cette journée ne me soit pas pourrie par la gestion du dépassement
– Heu, cela va prendre longtemps?
– Désolée, je ne peux pas vous dire, déjà il faut voir l’analyse du monito, on verra ensuite pour l’echo.
– [Je commence à sentir le coup où je vais passer la journée là] Mais, j’ai fait l’echo hier matin en labo car je ne me sens pas bien en milieu hospitalier, pourquoi en refaire une aujourd’hui?
– Parcequ’on ne connait pas ce labo, on préfère la refaire nous même, au cas où on trouverait autre chose (ah, je sens qu’ils cherchent le grain de sable, j’aime pas cela). On est responsable de vous.
– Non, non, je suis responsable de moi!
– Vous comprenez, déjà que normalement à 42 SA on devrait vous déclencher
[Là mon sang ne fait qu’un tour, je ne veux pas savoir quelle est la norme]. Evidemment, je fonds en larme, je sens l’engrenage.] Mais il ne faut pas réagir comme cela. Chaque grossesse est différente, il n’y a pas de raison que celle ci finisse comme la première, mais il ne faut pas occulter la possibilité que vous ayiez un déclenchement ou même un césarienne.
– [Là, je suis carrément en larmes] Et comment est ce que je pourrais l’occulter ?!

Entre temps, je réfléchis
1 Dr M n’a jamais dit que l’echo de la veille ne valait rien et qu’il fallait en refaire une autre.
2 Tous les éléments montrent que BB et maman vont bien, je n’ai rien à leur prouver de plus
3 Accepter de rester, ce serait me pourrir la journée, celle de ma fille et commencer à céder à des logiques hiérarchiques (la surveillante) qui ne me concernent pas.
La SF revient à la fin du monito, entérine que je refuse l’echo et me laisse partir. Je marche longtemps jusqu’au RER, et je commence à sentir mon ventre se durcir par moments. Je rappelle ma SF pour l’informer de l’accord du gyneco pour le dépassement de terme.
Vendredi 6 mai. Cela fait maintenant 11 jours que la date prévue d’accouchement est dépassée. Je ressens des contractions non douloureuses, une découverte pour moi, je crois que je perds un peu le bouchon muqueux. Alors que ma SF ne me met aucunement la pression, et que le gynéco n’a mentionné aucun des risques associés à la post maturité, je ressens ce délai comme une menace. Chaque voisin qui commente ‘ah il est en retard’ me fait réagir ‘non, il prend son temps’. Mais je crains l’ultimatum du gynéco ‘césa ou déclenchement’ lors du prochain rendez vous pris à DPA+13. Alors que je fais semblant de tenir le choc, je pleure dans les bras de mon homme ce matin là. Le cauchemar de la naissance de ma fille me semble inéluctable, la césarienne comme ultime déclaration de mon inaptitude à accoucher. Et pourtant, je suis convaincue que ce n’est pas mon corps qui ne sait pas déclencher un accouchement, mais les protocoles qui ont classé les grossesses longues dans la catégorie pathologique.
Sur les conseils de ma SF, je retourne voir l’acupunctrice qui me reçoit en perruque juste avant son week-end. Comme ces séances me détendent, je n’ai rien à y perdre et je n’aurai aucun regret de ne pas avoir tout tenté. En rentrant chez moi, je me rends compte qu’elle a oublié de retirer les aiguilles. Comme cela au moins, elles auront eu le temps d’agir.
Samedi 7 mai. A 2h du matin, je suis réveillée par des douleurs dans le bas du dos. Je me lève et surfe sur internet tout en regardant leur régularité. Elles viennent toutes les 6 minutes environ, ce doit donc être le début du travail tant attendu. Assise sur mon ballon, je les laisse passer en mettant ma tête dans les bras. Je suis tellement contente de vivre enfin cela que je prends plaisir à les vivre seule dans le calme de l’appartement pendant que tout le monde dort.
Vers 5/6h, je commence à trouver le temps long et je ne veux pas être trop fatiguée quand ma fille se réveillera. Je vais prendre un bain chaud et les contractions s’arrêtent. Vers 7h, j’envoie un SMS à ma SF pour l’informer de ce qui s’est passé, ainsi qu’à C. Toutes les deux me rappellent rapidement pour me dire qu’elles viennent. Elles arrivent vers 9/10h. Fr constate effectivement que les contractions se sont arrêtées et que bébé présente toujours un rythme cardiaque sans soucis. Elle constate que mon col est ouvert à 3, ce qui n’est pas considéré comme un début de travail, juste une mise en route. Elle me conseille soit de me reposer, soit de me changer les idées et si, en début d’après midi, le travail n’a pas repris, de donner la tété à ma grande. Cela devrait faire repartir le travail. Elle repart avec toujours la même consigne ‘appelle moi quand tu as besoin de moi’. J’adore cette prescription, sans aucun chiffrage puisque je ne rentre pas dans les cases, juste l’assurance d’un soutien.
On décide d’aller faire le marché. On part avec ma fille dans sa poussette. Alors que les contractions reviennent assez espacées et peu douloureuses, je trouve ces moments ubuesques d’une femme en travail qui va tranquillement faire son marché et répond invariablement quand on lui demande ‘c’est pour quand ?’ par un ‘le 27 Avril’. Je ne vais quand même pas leur répondre ‘dans 5h’, puisque je n’en ai aucune idée, donc je donne l’information officielle.
Nous déjeunons avec C. et en compagnie de mes contractions toujours légères. Mon homme convient qu’on est tellement mieux chez nous qu’en maternité. Au moment de mettre ma fille à la sieste, je lui donne la tété, et l’effet est immédiat, je ne tiens pas 10 minutes assise. Je dois appeler à l’aide mon homme pour qu’il prenne ma fille qui ne comprend pas pourquoi j’interromps brutalement sa tété.
A partir de ce moment, les contractions s’installent de plus en plus douloureuses, toujours dans le bas du dos, toutes les 6 à 10 minutes. Je les gère en restant debout, en m’appuyant des 2 mains sur la table pour alléger le poids sur le bas du corps, en basculant d’une jambe sur l’autre, comme pour faire passer une crampe au mollet. Je discute avec C., mais progressivement, je dois m’arrêter de parler quand une contraction arrive. Dès qu’elle est passée, nous reprenons notre bavardage. Mais une chose est sure, la dernière ligne droite est pour ce soir, plus d’attente interminable de ce terme qui ne veut pas venir.
Quand ma fille se réveille de la sieste, mon homme l’emmène au parc et lui explique que, comme on le lui avait dit, il va falloir préparer sa valise pour aller passer la nuit chez grand-père. Elle se fait confirmer que le chien ne sera pas là. Mais elle ne semble pas en avoir aussi peur que les autres fois. Ils rentrent à la maison, et ma fille va mettre dans sa valise ce qui lui manque. Mon petit bout de 2 ans semble une grande fille brutalement. Mon père arrive et ma fille part fièrement en tirant sa valise. Mon homme remontera à l’appartement en me disant qu’elle lui a dit au revoir avec un air de dire ‘t’en fais pas papa, je gère la situation, occupe toi de maman’. Il en est tout ému.
Vers 18/19h, je commence à en avoir marre de cette douleur dans le bas du dos. Je voudrais qu’on me confirme qu’elle sert bien à quelque chose, que cet accouchement avance, que je serai bientôt soulagée. J’appelle FB et lui laisse un message pour lui dire que j’ai besoin d’être rassurée et aidée. Comme les contractions sont bien installées, je retourne dans une baignoire chaude, à 4 pattes, je fais couler le jet sur le bas de mes reins. Cela me soulage mais je ne peux pas m’immerger dans cette position. Alors que C. me filme, pour la première fois, sa présence me gêne, je lui demande de sortir pour être seule avec ma douleur que j’accompagne en m’accrochant à la robinetterie et les moments de calme où je profite des mouvements de l’eau dans la baignoire. Vers 19h, je réalise qu’il va falloir manger si je ne veux pas m’épuiser. Je demande à mon homme de me préparer un plat de pate. Il m’apporte quelques bougies, me demande si je veux qu’il prépare la piscine d’accouchement que Fr nous a laissée. Oh oui ! Je lui demande de rappeler Fr. Elle n’avait pas eu mon précédent message et vient d’ici 40 min. Cela me semble une éternité, alors que je dois de plus en plus arracher la robinetterie à chaque contraction qui se sont rapprochées. Je fais un rapide calcul. Si les contractions sont encore toutes les 6 minutes, cela ne fait que 8 à supporter, mais mon homme me confirme qu’elles se sont rapprochées. Je préfère ne pas refaire le calcul.
Fr arrive alors que la piscine est enfin remplie. Comme j’y entre, mon homme lui demande :
– Le bébé peut naitre dans la piscine (c’était un de ses rêves pour la naissance de notre aînée) ?
– Oui, c’est possible
Je comprends à ce moment là que mon homme fait de cet accouchement ‘notre’ accouchement, contrairement au précédent pour lequel, il pensait que sa tâche était essentiellement de me remettre entre des mains expertes.
Dans la piscine, je peux y retrouver une position un peu plus agréable. A 4 pattes, accoudée au bord de la piscine, le ventre dans l’eau chaude, Fr me fait un monito. Bébé supporte toujours les contractions sans broncher. La nuit est tombée et j’ai peur de fatiguer. Comme les pates ne sont pas prêtes, je demande un morceau de pain à mon homme. A chaque fois qu’il passe ou que je le regarde (je ne sais plus bien de quoi je suis consciente autour de moi), il m’encourage discrètement. J’ai de plus en plus soif. C. est assise en retrait sur une chaise après avoir installé des lampes douces. Fr m’apporte de temps en temps un remontant dans de l’eau, me fait des points d’acupuncture, me mets de l’eau chaude sur le bas du dos, mais surtout, son regard est toujours là pour me dire que tout se passe bien que je n’ai pas à m’inquiéter. Les monito réguliers sont là pour confirmer aussi à mon homme que bébé supporte toujours bien le travail. Faits dans l’eau, le capteur simplement posé sur mon bas-ventre, les monitorings ne me dérangent absolument pas, je ne me souviens absolument pas quand Fr les a fait. Je finis par ne plus être bien à 4 pattes, même en me balançant d’un pied sur l’autre.
Je me mets accroupie pendant les contractions, et je compte, je sais qu’elles passent quand j’ai compté jusqu’à 16 ou 20 selon les contractions. Cela m’aide à me dire ‘plus que … avant la fin de la douleur’. Fr compte avec moi en me tenant les épaules. Je me sens toujours soutenue. Une fois la contraction passée, je m’allonge sur le dos, les bras sur le bord de la piscine comme un boxeur sur le ring pendant la pause. Je sens que parfois, je m’endors dans cette position, réveillée par la contraction qui m’oblige à m’accroupir le plus vite possible pour la traverser avec les mains de Fr sur mes épaules et sa voix pour accompagner mon décompte. J’ai l’impression que cela ne finira jamais. Fr me confirme que bébé est un peu descendu. Je demande à Fr
– Pas plus de 100 contractions ?
– Je ne sais pas. [Mais comme toujours elle ne pose aucun ultimatum]
Je fais le décompte mais le chiffre de 100 me parait rapidement inatteignable. Je commence à supplier mon bébé de descendre pour que cela cesse. J’ai des crampes dans les mollets. Fr m’apporte des ampoules de magnésium et autres. Comme je fatigue de plus en plus, elle me propose d’aller sur mon lit afin que je puisse me reposer entre 2 contractions. Sur mon lit, aucune position ne me permet de supporter les contractions mieux que dans la piscine. Je commence à dire que je ne supporte plus la douleur qui me semble s’accumuler sans fin dans le bas de mon dos, que je veux une péridurale. Mon homme me rappelle mon projet de naissance dans lequel je refuse la péri si j’arrive à encaisser la douleur. Mais justement, je n’y arrive plus.
Fr me confie que cela fait 2h que je suis à dilatation complète et que bébé ne progresse pas (Je ne me souviens même plus quand elle a examiné mon col comme quoi, ils ont certainement été fait avec respect et douceur). Comme bébé supporte bien les contractions, cela ne la dérange pas d’attendre. Evidemment, elle n’a aucune idée du temps qu’il faudra à bébé pour descendre. Seule moi peux décider du transfert si la douleur est intenable. Et elle l’est. Je m’accroche à en pleurer à mon homme à chaque contraction. Mon homme me dit qu’il est convaincu que ce bébé naitra à la maison. Mais je n’y crois plus. Je veux une péri mais je ne sais pas si je supporterai le temps du transfert.
Fr propose et on tente encore
– monter et descendre les escaliers (à 2h du matin, on a l’air fins !)
– allongée sur le dos, Fr et mon homme remontent mes cuisses
– à genou sur le canapé, je pousse comme pour aller à la selle.
Mon homme demande
– une rupture de la poche des eaux pourrait aider (il a toujours pensé que c’était la première étape du travail) ?
– Oui, peut être, mais pas à domicile.
Rien ne bouge, je capitule ! On fourre l’indispensable dans un sac, les papiers, 1 T-shirt, 2 bodys, 2 pyjamas, un bonnet, sur les conseils avisés de Fr de quoi manger et boire, une alèse pour la voiture. C., impressionnée par le calme de ce transfert (toujours aucune urgence ni pour moi ni pour bébé) filme ce qui me parait être ma débâcle.
On part dans la voiture de Fr. Mon homme, GPS en main tente de la guider. Mais une bretelle d’autoroute est en travaux et on sillonne la banlieue Est. Je maudits intérieurement les tentatives de mon homme pour couper au travers d’un chantier, une banlieue pavillonnaire parsemée de dos d’âne. Je me contente de dire à chaque contraction ‘P**ain, Pascal, j’ai mal’. Cela ne sert à rien mais je me sens moins seule.
On finit par trouver la porte des urgences obstétricales de l’hôpital et on explique brièvement la raison de notre présence : je veux la péri. Je remets mon projet de naissance, et ils partent chercher mon dossier. Pendant que l’on attend, Fr constate factuellement qu’au vu de leur comportement, ils ont bien compris qu’il ne s’agissait pas d’une urgence.
La SF revient et me demande
– Quand a débuté le travail ?
– [Mon homme me court circuite, sentant que je ne vais pas plaider ma cause] depuis 2h de l’après midi.
– Bon, je vous explique la situation : vous avez largement dépassé le terme (merci de l’info !), c’est un gros bébé (envie de lui faire revoir ses abaques mais ce n’est pas le moment), et le travail a été long et potentiellement éprouvant (ben non, les monitos étaient OK)
– [Vous en avez encore d’autres pour me préparer au pire ?]
– On va vous mettre sous monito et si bébé supporte bien les contractions on tente encore la voie basse.
– On peut me mettre la péri, viiiite ?
– Mais votre projet de naissance ?
– Mon homme : sauf qu’on est venu exprès pour cela, elle veut la péri on vous dit !
– OK, alors, péri, puis monito et on voit.
– Ma SF peut venir ?
– Ah non, seulement peut être après le monito
– [Bon dieu, qu’est-ce que cela peut bien vous faire qu’elle reste avec moi ?]
On m’installe en salle de naissance, équipement des années 70 qui me rappelle mes cours de chimie au lycée. Pose de la perf un peu brutale qui doit être refaite, mais bon c’est pour la bonne cause, pour la péri. Je ne demande même pas ce qu’il y a dedans. J’entends que ca discute dans la pièce d’à côté. Je les supplie intérieurement de vite finir leur café (médisante, hein) et de venir s’occuper de moi.
L’anesthésiste, classique, un étranger, ne m’adresse pas la parole sauf pour m’asséner plusieurs ‘mais asseyez vous plus loin sur la table’, ‘mais détendez vous !’. Après un long travail, je ne sais plus ce que se détendre veut dire. Heureusement, l’aide soignante m’aide à faire le dos rond, me prête sa main à écraser quand la contraction vient… et 3 contractions plus loin, plus de douleur ! J’ai demandé à avoir une péri la moins dosée possible. On m’a répondu ‘on fait en fonction de votre poids !’
On est partis pour 30 min de monito. La SF revient et m’annonce qu’au vu de la durée passée du travail, il va probablement falloir accélérer les choses et percer la poche des eaux. Aurais-je dû / pu refuser ? Au moins, ils m’informent. J’accepte. Mon homme me demande si Fr doit rester en attendant la fin du monito. Je n’ose pas la faire attendre pour, peut-être se faire renvoyer ensuite, alors qu’elle devait certainement tomber de sommeil. Là j’ai été idiote, mais je ne pensais pas avoir aussi peu d’accompagnement par le personnel hospitalier, alors après celui de Fr, la chute fut rude. Je lui demande tout de même de confirmer auprès d’elle que la rupture de la poche des eaux est une bonne idée. Elle confirme que c’est une option possible (à la fois, je ne pense pas qu’elle aurait pu déjuger ceux en qui je devais faire confiance pour les heures à venir)
Fin du monito qui confirme que bébé va toujours bien. La salle de naissance, située dans les étages donne sur les arbres, ce qui contraste avec les salles aveugles d’Esquirol pour la naissance de ma fille. La SF s’apprête à rompre la poche des eaux. Je lui demande son prénom parce que je ne me ferai jamais à l’anonymat de ces gens qui touchent autant à mon intimité. Basiquement, cela s’appelle de la politesse, et je crois y avoir droit. E. perce donc la poche et constate un liquide teinté (normal vu le dépassement de terme mais je sens les éléments à charge s’accumuler)
On parle position d’accouchement. Elle a donc bien lu mon projet de naissance. Elle me dit ne pas se sentir à l’aise avec la position sur le côté mais préférer la position accroupie. Je lui dis que je lui fais confiance. Elle me place en position latérale genou supérieur surélevé pour faire descendre bébé et me promet qu’elle revient dans 15 min. Mon homme demande à ce qu’on baisse la lumière afin qu’il puisse somnoler sur sa chaise (et moi aussi parait il). Au bout des 15 min, je ne supporte plus cette position, comme si j’avais une envie pressante d’aller à la selle, et que, seule au milieu de cette pièce, ce n’était manifestement pas l’endroit adéquat. J’appelle la SF qui m’explique que c’est le bébé qui appuie sur le rectum, ce n’est pas agréable mais il faut attendre. Elle revient ensuite pour me mettre sur le dos, pieds appuyés sur une barre au dessus de moi. Elle me dit qu’en fonction de la progression quelques minutes peuvent suffire. Elle ne revient qu’au bout de 20 minutes qui me paraissent une éternité : la sensation de poussée devient intenable, je ne supporte plus d’exposer mon vagin au mur d’en face et de me faire rabrouer par mon homme à chaque fois que je retire mon pieds de la barre. Je me sens comme un véritable poulet de Bresse prêt à être farci mais il parait que c’est pour la bonne cause.
La SF revient et m’annonce que l’on va essayer de pousser. Comme mon homme ne veut pas voir l’expulsion, il sort. La SF braque sa lampe sur mon vagin et examine mon col pour la xième fois. Je demande avant la poussée à pouvoir m’asseoir décemment une minute.
– Mais vous êtes décente, je ne comprends pas
– Ben moi, je ne me sens pas décente exposée ainsi depuis des heures et vous avec vos doigts dans mon vagin.
– Mais je vous assure qu’il n’y a aucun problème, on est entre femmes.
– Je veux juste redevenir quelqu’un de normal pendant 1 minutes, pouvoir serrer les jambes, faire 2 pas.
– Ah non pas possible avec la péri vous croyez que vous maitrisez vos jambes mais elles ne vous porteraient pas vous risqueriez de tomber.
– [Je comprends / je crois que j’ai renoncé à toutes mes sensations, à tous mes droits, alors je me mets à pleurer sans discontinuer, je capitule devant leur pouvoir]
– Bon, on va se mettre en position accroupie, les mains sur la barre. Vous ressentez les contractions ?
– [Ah bon, je devrais ressentir quelque chose à part la honte] Non, je ne sais pas, je ne sais plus.
– Bon quand je vous dis de pousser vous poussez.
– Comme pour aller à la selle ?
– Oui
Après plusieurs tentatives de poussée, toujours en larmes, je demande au moins à ce qu’on me dise ce qui se passe. E. me dit ‘Vous poussez super bien, bébé avance doucement.’ Puis l’aide soignante me dit ‘on va peut être essayer d’autres positions’. J’y crois encore au travers de mes larmes. La SF va chercher la gynéco en me disant ‘il va peut être falloir l’aider’. Sans se présenter, la gynéco me dit ‘bon on arrête là, on va utiliser les spatules’ et je la vois mettre son tablier de boucher, et chacun se préparer comme pour une opération. On me met en position gynécologique. Je ne comprends pas pourquoi, alors que selon la SF tout va bien, brutalement tout le monde se met à me traiter comme une future opérée, un morceau de viande. Je hurle que je ne veux pas. En fait, je veux surtout qu’on me laisse le temps d’accepter, d’en faire ma décision, mais je suis bien incapable de le dire. Je demande mon homme, qu’il me défende, lui. On le fait entrer par la porte qui donne sur mon entre-jambe. Il découvre, le monito qui vire au rouge, la gynéco avec ses spatules qui commence à officier, exactement ce qu’il ne voulait pas voir ! Il vient près de moi, et, paniqué, me dit que bébé ne va pas bien, il faut que je pousse, plus le temps de parler, de pleurer, il est à la limite de m’engueuler. Je me sens trahie, je suis hystérique et je ne comprends même pas comment je peux pousser dans cet état, et pourtant on me dit que je dois pousser ! A la merci de ces gens que je ne vois pas, je hurle que je ne veux pas d’épisio. J’entends mon homme engueuler la gynéco d’un tonitruant ‘Qu’est ce que vous faites ?’ Il m’a peut être évité l’épisio (merci !!)
Je sens vaguement quelque chose qui glisse hors de moi, on me pose quelque chose de chaud. Mon homme me demande
– tu veux le voir ?
– Je ne sais pas, je ne sais plus (je ne vois plus rien depuis de longues minutes), occupe toi de lui.
La gynéco demande à ce qu’on me fasse 2 points. Je dis que je n’en veux pas (j’ai lu que les petites déchirures cicatrisent parfois mieux sans point). Ah non, ce n’est pas possible ! Je sens quand on me fait les points. Même si ce n’est pas super douloureux, je continue à sangloter sur leur refus total de m’écouter de me laisser décider pour mon corps (la vie de notre bébé n’est plus en jeu).
Mon homme m’a raconté que notre fils était vert (à cause du liquide teinté). Il a cru qu’il était mort, a suivi les soins qui, vu la rapidité des gestes (dont le prélèvement gastrique pour la même raison), ressemblaient pour lui à un sauvetage. Il a cru qu’il avait été intubé ! En fait, notre fils présentait un APGAR à 7, donc pas d’inquiétude mais personne pour lui expliquer !
On m’a ensuite déposé notre fils sur la poitrine pendant les 2 heures de surveillance. Un moment de douceur dans un monde de brutes. Un petit bonhomme aux yeux bien ouverts cherchant le sein. A la fin de la surveillance, on lui a mis le collyre et la vitamine K (mon projet de naissance avait été lu et le collyre différé, merci). L’aide soignante me présente sa collègue de jour et me promet qu’elle me rendra visite lors de sa prochaine garde.
On nous remonte en chambre, et je veux déjà marcher pour rejoindre mon lit. Je demande déjà ce que je dois faire pour avoir une sortie précoce : pour moi, le passage par la maternité se justifiait par l’aide dont j’avais besoin pour finir d’accoucher, mais je ne veux pas rester plus que le strict minimum. On me répond qu’il faut attendre l’accord de la pédiatre, mais que par défaut, on n’accorde pas de sortie précoce en cas de post-maturité. J’ai de plus en plus l’impression que personne ne rentre dans les cases. Je dis à mon homme de ne pas venir ce soir ni le lendemain pour me rendre visite avec notre fille : je sors demain j’en suis sure. En plus, je n’ai apporté que très peu de change, un T-shirt pour moi et 1 change pour bébé, même pas une couverture, ni une serviette de toilette pour moi. Je me sens vraiment en transit ici. Je profite tout de même de cette journée pour dormir dès que Camile dort. Cela tombe bien, notre petit bout dort beaucoup et tranquillement dès qu’il est propre et repus. Comme je n’ai jamais arrêté d’allaiter notre aînée, le lait vient facilement à Camile qui a tout de suite compris comment téter. Ma sage-femme m’appelle pour prendre de mes nouvelles, me confirmer qu’elle peut faire tout le suivi post-natal à la maison si je veux sortir aujourd’hui, et que la maternité peut l’appeler pour confirmer cela auprès d’elle. Quand la puericultrice vient me demander si elle peut faire la prise de sang pour vérifier le rhésus de Camile ou si elle la repousse au lendemain, je lui demande de repousser car Camile dort (et que, bo**el, je sais qu’il est de rhésus négatif comme son père et sa mère !). La voisine de chambre s’en va dans l’après midi me laissant la chambre pour moi toute seule !
Le lendemain, je fais un peu de sitting dans la salle de change des bébés. C’est une grande salle où l’on explique aux mamans comment donner le bain, comment allaiter, ou tirer son lait. Un endroit plutôt sympathique et convivial. Une jeune maman me raconte sa césarienne dans les détails, et je lui indique que, si elle a besoin de parler, il y a un forum Cesarine sur le web (l’affiche est dans le couloir). La puericultrice fait la prise de sang à Camile, tout en douceur, sans qu’il pleure. Comme je ne vois toujours pas de pédiatre, je m’adresse à une femme du personnel soignant que je vois pour la première fois : c’est la psychologue. Je lui explique brièvement que j’aurai peut être besoin de son soutien pour obtenir une sortie précoce. Elle me répond qu’elle passera me voir et me proposera un entretien avec la pédo-psychiatre ( ?)
La sage-femme qui vient me rendre visite constate que je n’ai pas d’infection et à ma demande m’indique où ont été faits les points. Elle me confirme aussi que même dans cette maternité, seule l’autorité du Dr M. m’a permis de dépasser autant le terme. Leur protocole standard aurait sinon été de constater à J+5 que le col n’était pas favorable et de décider d’une césarienne pour éviter le risque de rupture utérine.
Une infirmière passe et me demande, au vu de mon projet de naissance, mon accord pour que ce soit une stagiaire qui s’occuppe de moi. J’accepte à la condition que cela n’implique pas plus d’actes.
La pédiatre examine Camile et constate que tout va bien. Elle me rappelle que pour elle, je ne devrais pas bénéficier d’une sortie précoce, mais que, comme je peux toujours signer une décharge, elle est bien obligée d’accepter.
Une infirmière passe et me demande si j’accepte que le Dr M. qui fait sa visite de service passe me voir. Comme je comptais aller le remercier à l’heure de la consultation initialement prévue ce jour à 12h, j’accepte. Je ne réaliserai que quelques jours plus tard que je ne suis pas sure qu’un autre chef de service demande son accord aux patientes. Il entre, accompagné d’une gyneco et d’une sage-femme et m’explique :
– Je viens vous voir, d’abord parceque vous êtes ma patiente, mais aussi parcequ’au vu du volume des commentaires pour votre accouchement, je comprends qu’il a été un peu houleux.
J’explique mes réactions par le contraste entre l’intervention de la gynéco en mode ‘urgence’ alors que la sage-femme était très rassurante pendant tout le travail. Il confirme qu’au vu des monito, il y avait nécessité d’agir mais aucune urgence justifiant qu’on ne m’explique pas la situation. Il en profite pour donner une petite leçon à la sage-femme
– Vous faites un super boulot en motivant les mamans, mais c’est vrai qu’il faut parfois prendre le temps d’expliquer doucement quand la situation se détériore.
Vu son commentaire rassurant sur les monito, j’en profite pour l’informer que mon homme a aussi été choqué et a cru notre enfant mort en le voyant vert. Le Dr me confirme, qu’au vu de l’APGAR à 7 à 1 minute, il n’a jamais été dans un état grave. Il constate que Camile ne présente quasiment aucun signe de post-maturité qui impliquerait la nécessité d’une surveillance accrue et justifierait le refus d’une sortie précoce. Décidément, cet homme a le don d’applanir les difficultés. Il me demande le numéro de téléphone de ma sage-femme.
On me retient encore un peu jusqu’à ce que les résultats du rhésus de Camile arrivent (vous ne vous rendez pas compte du nombre de bébé qui ne sont pas du père déclaré !). Puis je peux partir, mon sac dans une main, mon bébé sur l’autre épaule, marchant à petits pas jusqu’à la sortie de l’hôpital où m’attend mon père.
A la maison, je retrouve mon homme et ma fille, toute heureuse de découvrir ce petit frère dont on lui a tant parlé. Elle ne sait pas encore qu’il va monopoliser sa maman autant et que celle-ci ne pourra plus la porter ni courrir avec elle avant plusieurs semaines.
Le lendemain, Fr vient faire la première visite post-natale et me commente la conversation qu’elle a eu avec la sage-femme de la maternité. Cette dernière avait manifestement été assez remuée par mon accouchement. Etait ce par ma réaction ou celle de mon homme ? En tous cas, l’arrivée d’un couple qui sort d’un AAD en maternité, ne s’est pas faite dans la zenitude, ni d’un côté, ni de l’autre. J’espère que cela servira de leçon pour que la transition se fasse ultérieurement plus en douceur, peut être en acceptant tout simplement la sage-femme libérale en salle de naissance. Fr me confirme aussi qu’elle a parlé de mon accouchement à une autre sage-femme libérale qui est acceptée sur le plateau technique de la maternité, et selon elle, l’équipe de la maternité a, pour moi, accepté de dépasser largement les limites habituelles pour me permettre d’accoucher par voie basse, alors que les monitorings n’étaient plus impeccables. Elle est toujours étonnée par l’ouverture d’esprit du Dr M et me demande comment j’ai eu l’idée de me faire suivre par lui. Je lui indique ma source : Cesarine. Cette conversation me permet d’enterrer mes dernières rancoeurs contre l’équipe de la maternité : s’ils n’ont pas été idéaux (mais qui l’est ?), ils m’ont donné le meilleur de ce qu’ils pouvaient faire dans leur cadre.
Je comprends aussi pourquoi le Dr M se permet de dépasser les limites classiques des protocoles : il sait comment communiquer, avant et après l’accouchement, avec la maman (probablement le papa), ses équipes, et les sage femmes libérale pour que chacun ne retienne que le meilleur. La qualité de personnes comme lui ou Fr m’ont réconciliée avec l’idée qu’il existait des gens sincèrement à l’écoute dans le milieu médical. Il faudrait malheureusement avoir les moyens de pouvoir garantir leur présence le jour J. L’AAD m’a permis de faire de cet accouchement une expérience unique, la notre, et de vivre le plus dur, cette naissance instrumentalisée, peut être indispensable, on ne saura jamais, comme un choc qui ne doit pas entacher le reste, et surtout pas le début de la vie de notre fils.
Epilogue ?
Camile a maintenant 3 mois. C’est un bébé tonique et extrêmement souriant et un gros dormeur. J’ai le sentiment que son caractère paisible est lié en partie à mon expérience mais aussi à ma sérénité héritée de sa naissance pleinement assumée.
Pourtant, régulièrement, des idées me viennent à l’esprit :
« et si j’avais su demander à mon homme de me masser »
« et si je n’avais pas cédé au découragement devant la durée de cet accouchement »
« et si j’avais accepté la proposition de la SF de maternité de continuer sans péridurale »
« et si j’avais refusé la rupture de la poche des eaux »
« et si j’avais demandé à Fr de rester à mes côtés jusqu’au bout »…
Pourquoi ces « et si » ne me font pas souffrir ?

Parcequ’invariablement, ces hypothèses (ou ma conviction ?) m’obligent à conclure que, au mieux, le travail aurait encore continué longtemps, au-delà de ce que je me sentais capable de supporter sans péridurale, ou au-delà de ce que la maternité était en mesure d’accepter sans m’imposer une nouvelle césarienne.
Je constate que les « et si » qui faisaient suite à la césarienne débouchaient systématiquement sur « au moins j’aurais pu essayer d’accoucher ». En conséquence, chaque réflexion m’enfonçait un peu plus dans la conviction que j’avais été en dessous de tout. A l’opposé, suite à la naissance de Camile, je finis systématiquement ma réflexion, convaincue que toutes ces hypothèses auraient évidemment débouché sur une histoire différente, mais que je n’aurais pas forcément mieux vécue. Je peux alors penser à autre chose, non pas en effaçant mes « et si », mais en sachant qu’ils indiquent seulement d’autres chemins que j’aurais pu suivre, si je n’avais pas suivi celui qui fut le mien et que j’assume. Personne ne m’a « volé » ces autres hypothèses, et cela fait toute la différence, beaucoup plus que la voie basse ou haute.
Aussi, je souhaite à toutes les mères de ne plus avoir à faire taire les « et si » suite à toutes les possibilités qu’on leur a masquées, mais à pouvoir considérer sans souffrance tous les possibilités qu’elles n’ont pas choisies, aussi souvent que cela leur viendra à l’esprit parcequ’elles auront besoin d’intégrer qu’elles ont-elles même écrit que cette naissance là devait se passer comme cela.

#257 Hélène, dans le Val de Marne

12 Avr

6 mois de grossesse heureuse mais responsable

Après des différents familiaux, des soucis professionnels, 3 ans d’anorexie, je sors la tête de l’eau, envisage le futur avec optimisme et envisage de fonder une famille avec mon compagnon. Je mets encore quelques années à vraiment réduire les missions professionnelles qui m’obligent à prendre des anti-paludéens incompatibles avec une grossesse.

Je tombe enceinte la veille de mon départ pour le Mozambique. Confiante dans le système français, je me heurte à son inadaptabilité aux cas particuliers :

* Déclaration de grossesse OBLIGATOIRE mais impossible à faire à distance

* Impossibilité de s’inscrire en maternité à distance mais obligation de respecter le calendrier de rendez vous…

Sur place, dans ce pays des « bonnes gens », la grossesse est accompagnée de toute la joie que l’on pourrait en attendre, sans que cela soit perçu comme un évènement nécessitant un suivi médical soutenu. Je vis cette grossesse comme je l’entends, me régalant de fruits exotiques (cela doit être plein de vitamines), continuant la natation régulière parce que cela me fait du bien, ne dédaignant aucune sortie en 4×4 tant qu’aucune douleur ne m’indique que j’abuse de mes capacités.

Comme tous les expatriés nous savons que se faire soigner à l’étranger est une source de stress qu’il est largement préférable d’éviter par la prévention. Après quelques rendez vous dans les cliniques occidentales, il est évident qu’un suivi correct selon nos standards n’est pas possible dans ce pays. Je suis donc suivie mensuellement par un gynéco en Afrique du Sud, les prises de sang sont faites au Mozambique. Avec un aller-retour à 3 mois de grossesse en France, je pense conjuguer ainsi le système français à la mode locale.

Nous découvrons alors que le suivi imposé par les gynécos français implique une longue liste de tests dont l’utilité n’est pas expliquée (notamment le suivi des agglutinines irrégulières qui impliquerait que je n’aurais pas déclaré le père naturel), des compléments nutritionnels qui ne tiennent absolument pas compte du fait que je profite d’une alimentation surement plus favorisée qu’en France. Le gynécologue sud-africain se contente de nous expliquer l’utilité ou non des résultats des tests et des compléments. Il constate que mon bébé sera un « beau » bébé sans en faire un facteur de stress.

Inversement, face à notre inquiétude de contracter le paludisme qui peut causer la mort de la mère ou du fœtus, il nous indique comment évaluer si notre cadre de vie est « à risque » et donc nous permettre de décider si une médication est nécessaire, me prescrit une médication en m’indiquant les résultats des études (efficacité, effets secondaires, fiabilité des résultats)

Bref, nous sommes considérés comme des futurs parents qui sont à même de prendre les décisions qui s’imposent. Nous décidons de ne pas prendre de traitement mais de mettre en place toutes les mesures pour éviter de contracter le palu. La prévention paye. Au final, en 6 mois, je ne suis pas piquée une seule fois.

Issue d’une famille de médecins exerçant dans le secteur public, je fais confiance à notre système, et je m’inscris dans la maternité proche de chez nous. Lors de la première visite lors de mon aller-retour en France, nous comprenons rapidement que nous ne rentrons pas dans les normes. Nous ne pourrons respecter le calendrier de rendez vous, un point essentiel pour la sage-femme. L’esprit blagueur de mon compagnon dérange manifestement. La SF nous rappelle que le sujet est sérieux. Apparemment, faut pas rigoler quand on attend un enfant.

Retour dans un monde médicalisé.

On rentre en France, soulagés de ne plus avoir à craindre les maladies tropicales et nous rentrons docilement dans le moule des visites mensuelles + échographie+ cours de préparation à l’accouchement. Evidemment, pendant ces cours, j’apprends qu’avec mes 15kg supplémentaires j’ai dépassé la barre des 12kg autorisés. Mais comme je fais toujours mes 1,5 à 2km de natation 2 fois par semaine (hors barème autorisé aussi), nous restons sur le principe de ma gynéco de ville « si la mère va bien, l’enfant va bien ». D’ailleurs, pendant ces cours auxquels mon homme participe, nous comprenons rapidement que tout doit être normé (température de la chambre du bébé, de salle de bain, du sport mais pas trop…). J’émets l’hypothèse que si je fais trop de sport, mon corps devrait me signaler l’abus, mais la SF ne semble pas convaincue.

Comme nous faisons confiance au système médical français, nous avons bien rapporté d’Afrique tous les résultats de prise de sang, échographie… La SF qui me suit tient à ce que je laisse bien une photocopie de toutes ces pièces (même le dossier médical en Afrikaaner !) Elle ne réagit pas quand on lui dit que le gynéco sud africain prévoit un gros bébé (surtout quand on connait le gabarit des sud-africains, il suffit de regarder quelques matchs de rugby)

Par contre, on ne me donne aucune piste pour gérer lorsque je parle de ma peur de l’accouchement et surtout des aiguilles. L’anesthésiste dans une salle comble de futurs parents, présente la péridurale comme aussi banale qu’une anesthésie chez le dentiste.. La refuser serait donc une aberration. Lors d’un des cours, on nous fait visiter les salles de travail. Comme chaque fois en milieu hospitalier, je me sens tout de suite en milieu inhospitalier, mon homme aussi. Mais on ne nous demande pas vraiment ce que l’on en pense. Je ne peux imaginer que je vais passer 10h de travail (torture en latin) dans cette salle. Je décide donc que je ne viendrai à la maternité que le plus tard possible. Comme nous habitons juste à côté, je ne mets pas mon enfant en danger.

J’arrive à la dernière visite, saturée par toutes ces visites en milieu hospitalier, contente que ce soit la dernière avant le grand jour. De nouveau, la SF est accompagnée d’une stagiaire. J’ai donc droit à 2 touchers vaginaux. Mais la sage-femme note que mon taux de glucose est au dessus du seuil. On lui explique que, de retour de 6 mois d’Afrique, nous avons certainement fait des excès de chair. Elle me conseille donc de me mettre au régime prescrit en cas de diabète. Elle me demande aussi de refaire tous les examens et me signale qu’en cas de diabète gestationnel (mais elle en doute fortement), il faudra envisager un déclenchement. Je suis donc repartie pour 2 autres prises de sang (résultat dans les clous), échographie (un gros bébé prévu à 4kg100 comme moi à ma naissance), et monitoring. Pendant ce temps, les piqures et le régime commencent à me faire déprimer. Je pleure un jour sur deux.

Mon dossier me poursuit

Jeudi, le déclenchement a été noté dans le dossier

Pour ce monitoring qui me semble une formalité, je conseille à mon homme de rester à la maison pour une fois. La SF qui me fait le monitoring me confirme ce que je sentais : mon bébé va bien. Puis enchaîne ‘bon, vous revenez Lundi pour le déclenchement.’ En voyant ma surprise, elle comprend qu’on (le chef de service) l’avait écrit dans mon dossier sans m’en informer et elle me conseille de revenir le soir aux urgences pour un nouveau monitoring et pour demander des explications au médecin. Pour ce qui est du diabète gestationnel, elle me confirme que, au vu des derniers résultats, je n’en fais pas vraiment. Elle me répète plusieurs fois qu’elle met le terme entre guillemets. Mais je suis convaincue maintenant que les guillemets n’ont jamais effacé la mention aux yeux des médecins.

Je rentre à la maison et annonce la bonne nouvelle à mon homme ‘bébé va bien’ et la mauvaise. Il considère qu’un déclenchement programmé le Jeudi pour le Lundi ressemble à s’y méprendre à une manière de remplir le programme de la maternité. Je fais quelques recherches sur internet sur le déclenchement et découvre que cela multiplie par trois le risque de césarienne. Je suis donc opposée au déclenchement.

J’appelle ma mère pour savoir comment je suis née : par déclenchement à J+4 car ne me décidais pas à sortir. Je commence à croire que ma fille fera de même. J’appelle ma tante gynéco qui me conseille de faire confiance au gynéco de la maternité.

Nous revenons donc le soir avec mon homme et 2 revues (écolo, grave erreur) pour passer le temps du monitoring. Evidemment, comme mon cas n’est pas une urgence, on me laisse avec le monitoring pendant une heure, heure pendant laquelle nous voyons défiler 4 sages-femmes suivant qu’il faut remettre du papier dans l’appareil, ou quelles viennent récupérer du matériel dans ma salle. Elles ne se présentent pas toutes, et je me sens comme un meuble posé dans un coin, mais surveillé par cet appareil qui doit détecter la moindre faiblesse de mon bébé. Au bout d’une heure, une jeune sage-femme vient me débrancher et me répète : ‘bon vous revenez Lundi pour le déclenchement’ Je demande le résultat du monito (mon bébé va bien?) et à voir le médecin. Le médecin n’a pas le temps. Aussi la SF tente de me convaincre d’accepter le déclenchement ‘un simple coup de pouce à la nature’. Comme je ne semble pas convaincue, elle m’assène que puisque je fais du diabète gestationnel, j’ai « le choix entre le risque de mort fœtale et le déclenchement ». Evidemment, je fonds en larme. Mon homme quant à lui bondit de son fauteuil pour lui dire d’apprendre à lire car le dossier montre que je ne fais pas de diabète. Nous repartons furieux, moi en larmes, sans plus d’explications qu’auparavant, mais plus de doutes.

Vendredi, je veux des explications

Je vais au dernier cour de préparation à l’accouchement avec plaisir car il s’agit de balnéothérapie. Je confie mes angoisses à la SF et une amie. Les deux me soutiennent pour aller voir un gynéco de la maternité. L’amie m’accompagne jusqu’à sa porte car sinon, je n’en aurais jamais eu la force. Le gynéco me reçoit entre deux patientes. Il est épuisé, cela fait plusieurs fois qu’il repousse son départ en congé. Effectivement je ne fais pas de diabète gestationnel (ouf pas de risque de mort fœtale), mais mon taux de sucre dans le sang est assez élevé et, par voie de conséquence, mon bébé sera gros et risque de ne pas pouvoir naître par voie basse. J’argumente que je suis moi-même née à 4kg100 par voie basse, mais le gynéco me rétorque que mon bébé risque une dystocie des épaules. Apprenant que personne n’a vérifié l’état de mon col, il m’examine et constate que celui-ci n’est pas mûr. Il me concède alors une nouvelle série d’examens avant de prendre une décision : je dois refaire une prise de sang qui donnera mon niveau de glucose en moyenne sur le dernier mois, puis revenir lundi pour un monitoring et un examen du col. Le gyneco me confirme qu’on ne décidera d’un declenchement que lorsque les conditions locales seront favorables.

Je me renseigne sur la dystocie des épaules. En bref, si la tête du bébé passe et que les épaules coincent, l’effet ventouse risque d’étouffer le bébé. Les alternatives sont alors de tenter une manipulation douloureuse, d’utiliser un crochet pour sortir une épaule ou de casser l’épaule du bébé pour le sortir. Je commence à sentir tout le poids de ma décision si je refuse le déclenchement.

Samedi, en pleurs

En pleurs toute la journée, je ne suis pas en état d’aller faire une prise de sang encore moins à jeun. Je passe voir mon père qui essaie de me réconforter pendant que ma petite sœur me rassure ‘tous les déclenchements qu’elle a vu pendant son stage en gynéco se sont bien passés’.

Dimanche, je prends sur moi

Afin de surpasser ma peur des aiguilles, je travaille avec une amie en Programmation neuro-linguistique. J’en sors un peu plus forte et décidée à surpasser cette peur à force de volonté. En me convainquant avant chaque piqure que je ne la subis pas mais que j’ai décidé de l’avoir, j’arrive à avoir moins peur de cette intrusion.

Lundi, tentative de dialogue avec le gynéco

Nouvelle prise de sang pour évaluer la glycémie. Nouveau rendez vous avec le gynéco. Dans le couloir déjà, il me reproche de ne pas avoir emporté ma valise pour la maternité, puis de ne pas avoir fait la prise de sang le samedi. Je lui réponds que je pleurais trop pour pouvoir la faire. Il répète à mon homme ce qu’il m’a dit : ‘[Je ne fais] pas de diabète mais de l’intolérance au glucose et la SANCTION est un déclenchement avant terme’. Manifestement, résultat de glycémie ou pas, la décision a été prise par le chef de service même pas par le gynéco qui argumente, la validité du déclenchement.

Pour contrer notre argument que ‘la nature fait bien les choses’, il nous rappelle que chez les femmes qui accouchent au bord du champ, le taux d’enfants mal formés est beaucoup plus haut. On se sent alors responsable de ce qui pourrait mal tourner si on refuse le déclenchement.

Il nous conseille pour provoquer la naissance de faire l’amour et d’aller au ciné. Il nous explique en quoi consiste un déclenchement au gel puis à l’ocytocine par perfusion. J’explique que, autant je supporte très bien la douleur, autant je ne supporte pas les piqures. Il me confirme qu’en cas de déclenchement à l’ocytocine, je me retrouverai branchée à une perfusion.

– et puis, de toutes les façons, en cas de déclenchement la péridurale est systématique. D’autant plus que votre bébé étant gros, si on doit faire une manipulation, vous ne supporterez pas la douleur sans péridurale.

– Par expérience je sais que je supporte particulièrement bien la douleur

– Les douleurs de l’accouchement sont insupportables, pires qu’une colique néphrétique. Même ma femme qui supporte bien la douleur ne supportait pas celle-ci. Vous savez, les 2 grandes avancées de obstétrique du 20ème siècle sont la péridurale et le monitoring. Et puis, au moins, avec une péridurale, si on doit vous faire une césarienne, vous êtes déjà prête.

Je comprends que je ne dois pas me considérer comme plus forte que les autres femmes et surtout pas plus que l’avancée technologique. Alors, je me repose sur lui : je lui demande de me proposer quelque chose pour surmonter ma peur et mes crises de larme à l’approche de la naissance, il me fait une prescription pour une solution prescrite en cas de stress aux examens. Comme mon col n’est toujours pas ouvert, il me demande de revenir le mercredi, avec ma valise cette fois.

Question de responsabilité, je ne peux pas partir sans un monitoring, qui dure comme d’habitude. Alors que le rythme de ma fille est toujours aussi stable, une SF vient remuer un peu mon ventre pour vérifier qu’elle s’active un peu. On en profite pour demander des explications : valeurs mini, maxi ? De nouveau seuls dans la salle de travail, mon homme fait passer diverses musiques et constate que ma fille s’active lorsqu’il passe Dany Brillant. On s’amuse de faire connaissance avec ses goûts.

Mardi, j’essaie de contrôler ma panique

Devant le peu de résultats du médicament prescrit par le gynéco, du ciné et des câlins avec mon homme, je consulte le web pour trouver une alternative douce au déclenchement. J’écarte ce qui parait presque dangereux (huile de ricin…) et je surmonte en partie ma peur des aiguilles pour consulter un acupuncteur. Il me prévient qu’il ne peut pas faire grand-chose pour une première séance. Effectivement, rien ne se passe.

La piscine municipale ferme pour les vacances et je sais qu’un des exécutoires à mon stress disparait. Je n’en peux plus de pleurer sur mon manque de pouvoir, sur la responsabilité que j’ai l’impression de porter (protéger ce bébé dans mon ventre qui finit sa croissance, ou lui éviter une naissance catastrophe ?), sur l’hypocrisie des médecins qui utilisent leur connaissances non pour nous informer mais pour nous faire suivre le chemin qu’ils ont défini. D’épuisement, je décide de leur faire confiance. Après tout, la moitié des membres de ma famille sont médecins, ils doivent être bons quelque part. Nous dînons en amoureux au restaurant, et je me permets de manger du fromage au lait non pasteurisé !

Mercredi, je fais confiance, j’espère, espoir déçu.

Confiante en théorie, mais avec les tripes nouées, nous allons à la maternité en moto (toujours pas de contre indication puisque non répertorié dans le protocole, et puis le but c’est bien qu’elle sorte non ?). En bonne élève, j’ai pris un petit déjeuner léger et utilisé un laxatif. A la maternité, nouveau monitoring, nouveau toucher vaginal. Mon col n’a que peu bougé. Seuls devant le monitoring nous essayons de rigoler avec mon homme, après tout, c’est un beau jour, notre fille va naître aujourd’hui. Puisqu’elle semble aimer Dany Brillant, mon homme lui fait écouter, et son petit cœur montre qu’elle s’active, toujours dans les limites indiquées par la SF.

Le gynéco vient avec sa remplaçante (il part en congé vendredi). Il est prêt à me donner un sursis de 2 jours. Le lait non pasteurisé de la veille aurait il le temps de contaminer ma fille dans ce délai ? La remplaçante note l’accélération cardiaque. L’explication « Dany Brillant » ne semble pas percutant, il faut dire que la remplaçante est étrangère. Elle parle de tachycardie. Le gynéco tempère. Il me laisse le choix de la décision. La mention de tachycardie rajoute une couche au stress des derniers jours, je ne le supporterai plus très longtemps, il faut qu’on en finisse, j’accepte de rester pour le déclenchement.

Après la réunion de service, une infirmière stagiaire vient me faire une prise de sang. J’accepte de servir à sa formation, après tout, aujourd’hui est un beau jour, ma fille va naître. Elle a du mal à trouver la veine et me laisse avec un hématome impressionnant, mais je ne suis pas tombée dans les pommes. Je suis fière de moi. Am, une douce SF vient se présenter et m’explique ce qu’elle va faire : pose du gel dans le vagin, pas douloureux mais risque d’irriter le vagin, ensuite je dois rester allongée 1/2h sous monitoring. Comme d’habitude, comme mon cas n’est pas une urgence, après la pose du gel, on me laisse un temps indéterminé branchée au monitoring, à regarder la courbe des contractions qui commence à apparaitre. De mon côté, je ne les sens pas du tout.

Au bout d’un temps certain, on me libère pour que j’aille me reposer dans ma chambre, puis redescendre dans l’après midi pour un nouveau, interminable monitoring, pendant lequel nous n’osons plus mettre de musique de peur que le monitoring soit considéré comme défavorable. Même courbe, avec des contractions un peu plus grandes sur le graphique, aucune sensation de contraction, juste le bas-ventre tout dur. A 19h, nouveau toucher vaginal, le col n’a pas (ou peu) bougé, on me renvoie en chambre, en me disant qu’il se passera peut être quelque chose pendant la nuit (la nature pourrait prendre le relais). En sortant des urgences, je trouve ma famille qui attendait ma fille et me voit sortir à petits pas comme une petite vieille. A jeun depuis le matin, on m’avait réservé un plateau mais arrivée en chambre, il n’y a rien. Heureusement la femme de salle se met en 4 pour me trouver quelque chose.

Je me réveille au milieu de la nuit et constate que mon bas-ventre n’est plus dur. L’effet du gel semble avoir disparu. Ma fille ne naitra pas aujourd’hui.

Jeudi, deuxième déception

Au réveil, pas le temps d’attendre le petit déjeuner, je suis appelée aux urgences pour être examinée avant la réunion de service. Examen, col qui n’a pas bougé, réunion de service, la SF vient m’annoncer qu’ils ont décidé de retenter un déclenchement au gel. Elle sera accompagnée aujourd’hui d’une stagiaire qui a un visage et un sourire tout doux et qui semble à peine sortie de l’adolescence. Mon homme leur explique que si je ne mange pas un peu, je ne supporterai certainement pas une nouvelle journée. Après mure réflexion, ils acceptent (tiens elle a aussi des besoins comme celui-ci ?) Evidemment il n’y a aucun plateau repas, mais mon homme sort de son sac du pain de campagne, du beurre demi sel, de la confiture, je retrouve le sourire, le temps d’un petit déjeuner en salle de travail, pendant lequel nous avons droit à de l’intimité :-).

Nouvelle pose du gel, nouveau monitoring, nouveau toucher vaginal par la stagiaire, le col n’a pas bougé. J’ose à peine bouger de peur qu’un mauvais contact du monitoring ne déclenche une alerte. Je pleure une heure sur 2. Retour en chambre et nouveau monitoring l’après midi. Mon homme rencontre dans le couloir des consultations Rosalia, une des SF des cours de préparation. Comme elle s’enquiert de moi, mon homme lui demande de venir me rendre visite. J’ai l’impression que c’est un peu du monde normal qui rentre aux urgences. Comme je lui dis que je me sens toute ankylosée de rester allongée sur le côté, elle me dit que je peux bouger, m’assoir. Révélation, j’ai le droit de vivre, un peu.

Fin de l’après midi, mon bas-ventre est dur, la stagiaire examine mon col, après 2 poses de gel, je serre les dents, pas mieux. La SF en titre m’annonce alors qu’elle doit vérifier les conclusions de la stagiaire. Si j’ai mal, je lui dis. J’ai mal, je crie pour qu’elle arrête. Elle arrête « un peu avant de recommencer ». J’ai mal, je ne comprends pas ce qu’elle fait, ce n’est pas un examen, la stagiaire l’a déjà fait, pourquoi forcer jusqu’au fond de moi. Je me sens trahie, je me débats. Mon homme me tient d’un côté, la stagiaire de l’autre, pendant que la SF cherche quoi au fond de mon vagin, mon bébé que j’ai protégé pendant 9 mois ? Je me sens violée, pas le droit de mettre ce mot sur un acte médical, je pleure.

Retour en chambre, je ne sais même plus si j’ai le droit de manger. Quelle importance ? Je me réveille à 3h. Plus de ventre dur, le gel n’a plus d’effet. Les crises de larmes m’empêchent de dormir. A 4h, je décide d’aller marcher dans le parc de la maternité. Je passe plusieurs fois devant les grilles ouvertes du parc. Qu’est ce qui m’empêche de sortir ? Je ne suis pas prisonnière. Et pourtant, je suis convaincue que je n’ai pas le droit de sortir, comme un animal qui ne sortirait pas de sa cage de peur de la punition.

Vendredi

Dernière volonté, refusée

Comme je suis un être humain doué de raison, j’analyse la situation. J’ai peur de finir sur la table d’opération, et cette peur me détruit. J’ai besoin de repos, de retourner dans un environnement civil. Je pourrai ensuite revenir vers les médecins avec l’esprit clair. Les médecins m’ont prévenue, après 2 tentatives de gel (exceptionnellement 3), ils me déclencheront à l’ocytocine par perf, césarienne en cas d’échec. Je vais leur proposer un marché : je rentre me reposer 2 jours chez moi, je reviens sereine pour la dernière étape du déclenchement.

Je retourne aux urgences lorsqu’elles ouvrent comme on va à l’abattoir. Nous sommes reçus par Au, une douce et jeune SF. Examen du col qui n’a pas bougé (je le savais !), réunion de service, ils ont décidé le déclenchement à l’ocytocine. Je propose mon marché.

* Laissez moi rentrer à la maison pour le week-end, je reviendrai plus reposée pour la suite.

* C’est impossible : la dernière fois que nous avons accepté, la femme n’est pas revenue lorsqu’elle a perdu les eaux et son enfant est mort.

Je ne peux pas leur dire que je ne suis pas cette femme. J’insiste.

* Je n’habite pas loin, je peux venir au moindre soucis

* Non, nous avons eu un mois catastrophe, moralement, on ne peux pas se permettre de prendre de risques.

* Est-ce que l’on peut au moins attendre que je me repose.

* Non, il faut continuer le déclenchement. Ces deux jours de déclenchements ont dû fatiguer le bébé.

Je croyais que c’était juste un coup de pouce à la nature, ce coup de pouce aurait il été un peu trop fort ? Pourquoi cette fatigue ne se verrait pas sur le monitoring tout puissant ? Je suis en chemise de nuit et en chaussons, je ne peux plus m’enfuir, ni physiquement, ni moralement. Je fonds en larme dans les bras de mon homme. Le gynéco me dit « je vous laisse avec lui pour réfléchir ». Réfléchir à quoi ? Ils ont fait l’instruction, ils posent les questions, et les réponses non conformes ne sont pas prises en compte, sortent des arguments massue à chaque velléité de non conformisme. Mon homme les croit « il n’y a pas d’autre solution ». Je crois mon homme.

Mais je ne veux plus de cette douleur morale. Je renonce à toute volonté, je me mets entre leurs mains, mais je demande qu’on me donne un calmant pour que j’arrête de sangloter, sinon cela ressemblera trop à un abattoir. Encore une fois, je demande au gynéco qu’il m’indique la SF qui s’occupera de moi aujourd’hui, que je ne voie pas défiler tous ces visages étrangers qui connaissent mieux que moi, cet appareil de monitoring, ces instruments qui m’entourent et qui me parlent s’ils en ont le temps.

Déclenchement à l’ocytocine

On m’envoie une SF pour m’administrer le calmant et la perfusion. Elle s’appelle C, je l’ai déjà vue lors d’un monitoring, entrer, changer le rouleau, repartir sans même se présenter. Je me sens en territoire ennemi. Le calmant se fait par piqûre, dommage pour moi, je serre les dents. Elle s’apprête à me poser la perfusion

Mon homme prévient

* Elle ne supporte pas les piqures.

* Il faudra bien qu’elle y passe.

* Je vous dis juste cela parce qu’elle ne supporte pas de voir l’aiguille.

* Eh bien moi je ne supporte pas que l’on me dise ce que je dois faire. Et puis elle n’a qu’à pas la regarder, l’aiguille.

Je sors de mon apathie

* Evidemment que je ne la regarderai pas, … (sans lui dire ce que je pense d’elle)

Evidemment la pose de la perfusion me fait mal, vu mon appréhension, c’était couru.

Le gynéco m’annonce que c’est Catherine qui me suivra, je demande Au, il me l’accorde. Il part ce soir en vacances. Si le travail n’a pas démarré à 17 H, il faudra faire la césarienne.

On suit les contractions sur le monitoring, elles sont encore plus pitoyables que la veille.

Mon homme n’en peut plus de cette attente mais ne veut pas me laisser seule. Il appelle mon père. Une SF qui ne m’a jamais suivie le voit « Non, il est interdit de se relayer auprès de la parturiente , ce n’est pas un moulin ». D’un moulin au moins j’aurais pu sortir ! Mon père argumente calmement, je pleure, la SF appelle sa chef qui accepte. Ouf j’ai droit à un visage familier prêt de moi, et mon homme a le droit d’aller manger et respirer un peu. Du côté des contractions toujours rien de notable. Pour ce qui est du monito, il n’existe même plus, d’ailleurs le bébé qu’il surveille devient si peu important par rapport à ces contractions qui ne viennent toujours pas.

Dans l’après midi, le gynéco confirme que je vais avoir une césarienne. Je ne pense et ne sens plus rien, je subis le protocole. On me prépare et me pose la péridurale, à peine peur. Rosalia, la SF des cours de préparation traverse la frontière des urgences et vient me tenir les mains pour la pose de la péri. Qu’est ce que cela fait du bien un visage connu et compatissant qui me dit que tout va bien se passer. A la pose de la peri, le cœur de ma fille flanche un peu, agitation, je ne suis même plus en état de m’inquiéter. Même inquiète, que pourrais-je faire ?

On me mets un masque à oxygène. Ajouté au calmant du matin, à la fatigue nerveuse, je suis complètement shootée. Je ne sais même pas où est mon homme, je ne demande même pas.

J’attends. Le gynéco passe

* – Vous êtes encore là !

Eh oui, d’autres urgences passent avant moi, je le leur avait pourtant dit que ma fille n’était pas pressée de sortir.

* Bon ben c’est mon remplaçant qui vous opèrera.

Quelle importance ? Vous avez trompé ma confiance, alors vous ou un autre. J’attends. Am revient pour sa garde du soir. Elle est contente de pouvoir voir ma fille naître. Moi, je ne sais même plus si je suis contente qu’elle naisse. Est-ce une manière de me faire croire que je retrouve un visage familier ? Elle aussi a utilisé ses arguments médicaux pour me faire accepter ce que je ne voulais pas. Je veux sortir de ce cauchemar. On vient me chercher pour passer au bloc.

Passage au bloc, je subis, je veux dormir.

Puisque je ne peux rien faire, autant que je me repose. Je ferme les yeux. J’entends le gynéco, un étranger, qui demande que l’on me mette une couverture.

* Vous voulez dire une couverture chauffante ?

* Non, une couverture !

* ????

On me met un drap. L’infirmière revient avec une couverture.

* C’est ce que vous vouliez ?

* Mais non, c’est interdit au bloc, ce que je voulais c’est…

Et il montre le drap qui me recouvre. Mon dieu (si vous existez) faites que son manque de maîtrise du français ne l’handicape pas pendant l’opération !

Je sais que si je vois mon sang, je risque de tomber dans les pommes, alors je ferme les yeux. Je me repose, je dors ? De temps à autre, quelqu’un me demande si je vais bien. J’ouvre les yeux et réponds oui. Cela a de l’importance pour vous ? Je sens que l’on pousse sur mon ventre. Quelqu’un me dit « Regardez ! » Je vois un paquet de papier dans les bras d’une personne masquée. Entre 2 plis, je distingue qu’il s’agit d’un bébé. Je souris, c’est probablement ce que l’on attend de moi. On ne me pose pas mon bébé sur le ventre, on ne me le met pas au sein, il est vrai que je n’ai rien demandé. J’attends. On pousse toujours sur mon ventre. On me transfère sur un lit. Je vois mon sang sur la table d’opération.

On me transfère en salle de réveil. Je discute avec la femme à côté de moi. J’attends. Mon homme passe et me montre fièrement notre fille toute habillée dans son berceau en plastique. On lui a donné un biberon à lui faire boire. Il leur a dit que je voulais allaiter. Ça ne change rien, elle a eu le biberon et elle dort. Je ne ressens rien. Je devrais ? On me remonte en chambre. L’infirmière demande à sa collègue

* où est l’enfant

* probablement dans la chambre de la mère avec le père

* mais c’est interdit (pourquoi ? on aurait dû la laisser seule ?)

* oui, mais avec Am… (hé oui, les protocoles ça se contourne)

Retour en chambre, ma fille dort, mon homme me réconforte puis part, fier comme un nouveau papa. Mon homme me demande

* A quoi tu penses quand tu regardes notre fille ?

* J’espère qu’elle ne nous reprochera pas trop de choses quand elle arrivera à l’adolescence.

Ma fille part en nursery pour la nuit. Je ne m’en plains pas, car je ne demande qu’à dormir, oublier.

Samedi, j’attends que le temps passe, découverte de l’allaitement.

Le lendemain, la famille vient nous féliciter. De quoi ? Je n’ai fait que pleurer et subir. Avec ma sonde urinaire, je me sens sale, je voudrais prendre une douche. La température dans la chambre accentue encore cette impression. On attend qu’il n’y ait plus personne pour ouvrir la fenêtre, mon homme va faire le tour de l’étage avec notre fille. On se fait remonter les bretelles quand le personnel s’aperçoit que la température du radiateur a été baissée. Pourtant, on voit bien que notre fille bien couverte n’est pas incommodée par la température.

L’administration d’anti-douleur par perfusion est efficace, je ne prends aucun des antalgiques en comprimés que l’on me propose. Après la césarienne, c’est régime potage-thé-yaourt. Heureusement que mon homme m’apporte des compléments que je mange avec parcimonie et culpabilité. Et pourtant, je suis convaincue que mon système accepterait bien un régime un peu plus consistant. J’attends que le temps passe. Ma fille passe de main en main, j’essaie de l’allaiter, quelques crevasses, quelques appels aux puéricultrices super disponible dans leur très grande majorité.

On m’apporte une feuille sur laquelle je dois noter les horaires et durées de tété (où je découvre qu’en cas d’allaitement, la fréquence est beaucoup plus élevée, tiens ça va pas être de tout repos).

La puéricultrice pèse ma fille :

* 3,5kg

Mon homme commente

* Tiens elle a perdu 400g

* Ah bon.

* Ben oui, 3,9kg (c’est écrit sur le berceau) moins 3,5kg, ca fait 400g

* Ah, il va falloir que je vérifie sur mes abaques.

* ????

La puericultrice revient :

* Elle a perdu 10% de son poids. Il va falloir lui donner du biberon en complément des tétés.

Heureusement qu’on ne savait pas que cela pouvait rendre l’allaitement plus difficile. On aurait pu émettre un avis ! Par contre, on ne peut s’empêcher de penser que 10% de 3, 9kg, cela laisse de belles joues rondes à notre fille. Pas de quoi s’inquiéter quand je vois le bébé de ma voisine, une crevette. On fait ce que l’on nous dit.

Dimanche, on commence à prendre nos marques

Retrait de la sonde urinaire. Physiquement, j’encaisse bien le coup, j’arrive à me lever, à traverser la chambre. Je respecte l’interdit d’une douche seule, j’attends mon homme pour le faire. Heureusement que le bandage compressif m’empêche de voir la cicatrice. De toutes les façons, l’intimité ce n’est pas pour ici : défilé aléatoire et continuel du personnel, avec une personne différente à chaque fois (tension et prise de température, piqure anti-phlébite, plateau repas, bain du bébé, pesée du bébé…). De nouveau, aucun des visages connus, ni des consultations pré-natales, ni des urgences. Leur tâche est finie, on passe au service suivant.

Pendant la nuit, je me réveille car une douleur diffuse m’empêche de dormir. J’appelle l’infirmier de garde qui modifie quelque chose à la perf. J’arrive à me rendormir.

La SF confirme que tout va bien. Je ne suis toujours pas allée à la selle (avec 3 jours de diète + 2 de régime, je n’ai pas grand-chose à éliminer) mais quelques gaz lui suffisent : j’aurai droit à des repas normaux. Enfin ! Je déambule dans les couloirs et croise Laetitia, césarisée le même jour que moi. Elle encaisse moins bien. Mais comme sa fille est en néo-nat, elle soulève des montagnes pour pouvoir se lever et aller la voir, le premier jour en chaise roulante, le deuxième en se tractant contre les rambardes du couloir. Je vois qu’on lui sert un plateau repas normal, le mien arrive : potage + yaourt, suivant les indications du dossier ! Et merde, à partir de maintenant, je planque de la nourriture dans mon armoire, même quand on commence à m’apporter des repas normaux.

J’attends le pédiatre avec impatience : ma fille semble en pleine santé, mais je crains un diagnostic différent. C’est bien pour cela que l’on nous garde à la maternité !

L’allaitement m’a fait des crevasses. La puéricultrice me dit de me faire apporter des bouts de sein en silicone par mon homme. Si j’ai besoin d’aide même pendant la nuit, que je n’hésite pas à appeler. Bêtement, je n’ose pas appeler la nuit.

Lundi

Au matin, à l’heure de la tétée, j’appelle la puéricultrice de garde pour qu’elle m’aide à allaiter avec les bouts de sein. Elle me dit qu’elle arrive de suite. 10 minutes plus tard, je la rappelle, elle me dit de faire patienter ma fille en lui donnant mon petit doigt à téter. 40 minutes plus tard, elle arrive, ma fille s’est endormie sur mon petit doigt. La puéricultrice me dit que les bouts de sein, ça ne sert à rien. Puisque j’ai choisi d’allaiter, je n’ai qu’à supporter la douleur jusqu’à ce que les crevasses guérissent. Elle réveille ma fille, la met sur mon sein. Celle-ci fait quelques mouvements de succion. La puéricultrice me dit ‘Ben ça marche’ et repart. Ma fille se rendort !

Le pédiatre passe. Bougon, il manipule ma fille

* hm, hm

* ??? (maman inquiète qui n’ose pas poser de question)

* ça va

Je ne demanderai pas plus. Comme dit ma cousine (médecin !) il a choisi d’être pédiatre pour s’occuper des enfants, pas des parents !

Je déambule dans les couloirs, en portant ma fille dans les bras. « Ah non, ça c’est interdit ! Après une césarienne vous risqueriez de tomber ! » En voyant Laetitia qui se traîne contre les rambardes, je comprends les craintes de la maternité. Mais qu’est ce que j’ai envie de sortir !

Je passe devant la porte de la psychologue. « absente car en conférence ». J’aurais peut être discuté avec elle. Mais de quoi , je vais bien ?

Mardi

Pendant qu’on aère la chambre, mon homme porte Hombeline dans les couloirs. « Ah non, ça c’est interdit ! Vous risqueriez de tomber ! » C’est vrai que la vie comporte des risques, mais manifestement, la maternité ne veut pas du moindre risque. Vivement que l’on sorte d’ici !

La sage-femme passe m’examiner et aborde précautionneusement le thème de la contraception

* éviter de tomber enceinte avant 3 mois, un an serait mieux.

* Oui, faites moi l’ordonnance tout de suite

Je ne veux plus jamais courir le risque d’être enceinte, de remettre les pieds dans une maternité, je ne parle même pas du risque d’accoucher par césarienne.

Mercredi

La nuit a été très dure, j’ai l’impression que ma fille n’a jamais dormi plus de 20 minutes d’affilée. J’ai appelé la puéricultrice de garde mais on m’a répondu que tous les bébés de la maternité étaient énervés et que les puéricultrices non plus n’arrivaient pas à les calmer. Nous finissons par nous endormir à 7h du matin.

A 8h, la porte s’ouvre, la lumière s’allume.

* – Bonjour, je suis stagiaire infirmière, je vais vous faire une prise de sang et votre piqure pour éviter la phlébite (enfin celle de tous les matins) Je vais vous mettre le garrot et attendre ma collègue.

* – Je vous préviens, j’ai tendance à faire des malaises quand on me fait des piqûres. Mais si vous êtes rapide, tout se passera bien.

Je sors aujourd’hui, je peux bien servir une dernière fois de cobaye. Il faut bien qu’elle se forme ! Et puis hier matin, elle a fait la piqûre contre la phlébite et elle ne m’a pas fait mal.

L’infirmière en titre arrive et explique à l’infirmière

* Tu passes le coton, oui, encore une fois… Tu repères bien la veine, non plus comme ceci…

* S’il vous plait faites vite !

Ça ne finira donc jamais ? Je suis fatiguée, je fonds en larme. L’infirmière me conseille

* Vous êtes fatiguée, il faut dormir quand votre fille dort !

« C’est justement ce que je faisais quand vous m’avez réveillée ». Je voudrais qu’elles finissent et sortent.

* Maintenant on va vous faire la piqûre contre la phlébite.

* On ne peut pas s’en passer ? Je sors dans 2h de la maternité !

* Non, c’est le protocole. Et puis, c’est au cas où vous ne sortiriez pas aujourd’hui.

« Non, ce n’est pas possible, c’est une éventualité que je ne peux même pas imaginer. Allez, que ça finisse et vite. »

* Bon mais alors c’est vous l’infirmière en titre qui la faites.

* Mais je ne la ferai pas mieux.

* Oui mais plus vite.

Elles sortent me laissant en larmes. Je me calme. En attendant le petit déjeuner, je vais prendre une douche pour me détendre. Ensuite mon homme arrivera pour faire prendre le bain à Hombeline. Ce sera un autre moment agréable.

A peine entrée dans la douche, la puéricultrice, celle qui m’avait laissée 40 minutes avec mon petit doigt dans la bouche de ma fille, entre

* Mettez votre bébé en body pour la pesée, je reviens de suite.

* J’ai le temps de prendre ma douche ?

* Non

Elle repart. Sale, fatiguée, affamée, en pleurs, je regarde ma fille et je décide de ne pas la déshabiller alors que je ne sais même pas quand la puéricultrice revient. Elle revient

* Vous n’avez pas déshabillé votre bébé

* Non

Elle la déshabille ou moi (« quelle importance puisque vous décidez de tout ? »), la pèse, 3,5x0kg. Je réagis

* Tiens elle a perdu 10g depuis hier

* Alors, ce n’est pas sûr que vous sortiez.

Je fonds en larmes, ce n’est pas vrai, ce cauchemar ne finira donc jamais. On m’a mis la pression pour entrer à la maternité parce qu’elle était trop grosse. On l’a fait sortir de mon ventre pour la même raison. On ne veut pas me laisser sortir parce qu’elle est trop petite. Mais elle fait plus de 3,5kg, plus que la majorité des bébés ici ! Même la fille de Laetitia qui n’est pas encore sortie de néo-nat parce qu’elle est si petite, sortira peut être aujourd’hui. Quelle autre preuve de santé voulez vous ? Qu’est ce que je vous ai fait pour que vous m’enfermiez ainsi à tourner en rond dans vos couloirs ? J’ai accepté vos conseils, vos décisions, je vous ai laissé découper mon ventre, que pourrais-je faire de plus ? Si vous voulez de meilleurs chiffres, je pourrais revenir tous les jours pour la pesée. Mais mon expérience m’a montré qu’on ne ma laissera pas sortir de peur que je ne revienne pas !

* Ce n’est pas possible, je n’en peux plus, cela fait 8 jours que je suis ici !

* Bon, je vais voir si on peut faire une exception.

Ma fille réveillée a faim, elle se met à pleurer. La puéricultrice me la rend pour que je la rhabille et la nourrisse.

* Et arrêtez de pleurer, sinon, elle risque de ne pas téter.

Impossible de répondre à ceci ! Mon homme arrive, me réconforte un peu, baigne Hombeline. Je me lave, je mange. La puéricultrice nous donne sa conclusion et mon homme réagit.

* J’ai demandé, on la laisse sortir.

* De toutes les façons, on serait sortis

* Mais, c’est pour son bien ! Après vérification dans son dossier, elle avait perdu du poids par rapport à la veille car vous aviez arrêté le supplément au biberon. Mais elle avait gagné par rapport à son poids le plus bas. Donc le critère de sortie est bien rempli.

Evidemment, vos critères avaient juste oublié que d’un jour sur l’autre, un bébé ne mange pas la même chose !

Peur du souvenir, d’être touchée, insensible à mon enfant

Pendant les mois qui suivent, je ne supporte plus aucun toucher vaginal, préférant éviter la rééducation périnéale, plutôt que d’en repasser par là. 6 mois ont passé. Plus de relations sexuelles non plus. Je ne supporte toujours pas quelqu’un me touche. Je fonds régulièrement en larmes en repensant à la naissance, dans le bus, devant mon PC au boulot… Alors quand on me dit ‘la mère et l’enfant vont bien’, je ne peux pas être d’accord.

D’ailleurs, ma fille est devenue un boulet pour moi. Je n’arrive pas à comprendre ses cris, ses besoins de sommeil. Je suis épuisée dès 10h du matin. Ma généraliste me prescrit un congé pathologique parce que « si vous reprenez le boulot dans cet état, vous allez faire une dépression ». Elle m’aide à gérer le sommeil de ma fille, mais mon homme s’inquiète : je gère la logistique mais je ne joue pas avec elle, il a l’impression qu’il va devoir l’élever seul.

Une lente guérison

Sur un forum d’aide aux femmes césarisées, je trouve des femmes qui sont passées par ces sentiments. Je découvre aussi que la césarienne est d’abord un acte médical réalisé en cas d’urgence vitale. La mienne ne me parait pas justifiée. Je comprends que je ne sors pas de la contradiction suivante

* Comme maman, j’ai été et resterai responsable de ce qui arrive à ma fille. Je veux être toujours forte pour la protéger.

* Comme femme, j’ai été faible par rapport au corps médical. Mais, vu leur poids, je ne devrais pas me considérer comme coupable de mes choix.

Je demande mon dossier médical que je reçois par la poste. J’y vois le petit grain de sable «une valeur pathologique » se transformer en une pathologie « diabète gestationnel » entre guillemets puis sans guillemets. J’y lis jour après jour, heure après heure, la mesure de l’ouverture de mon col. Nulle part je n’y trouve trace de mes inquiétudes (paludisme, peur des aiguilles, de la césarienne) de mes refus (déclenchement, péridurale).

Certaines mentions sont carrément erronées : pourquoi la SF mentionne-t-elle des contractions douloureuses ? Rien non plus sur un geste médical plus qu’invasif, ce décollement des membranes ou forçage du col qui m’a fait hurler n’existe même pas dans la mémoire de la maternité. Ai-je eu les bras attachés pendant l’opération. Cela ne compte pas non plus pour eux.

D’ailleurs, tout ce qui ne rentre pas dans leurs cases n’est pas noté. Toutes ces heures à pleurer ne sont nulle part mentionnées. Pour eux cela ne fait pas partie du travail. Cela peut donc recommencer pour d’autres mères, seule l’ouverture du col comptera.

Des femmes de l’association Césarine mettent un mot sur mon malaise, la dépression, et me poussent à agir pour sortir la tête de l’eau car je ne m’en sors manifestement pas en attendant juste que le temps fasse son œuvre. J’écris une lettre à la maternité demandant à faire corriger les erreurs, comme pour corriger les bugs de cet accouchement. Le gynéco me rappelle de suite pour me recevoir longuement en entretien. Il admet que le déclenchement a été décidé suite à plusieurs détails peu significatifs mais qui l’ont fait douter sans indication claire pour un déclenchement, qu’il a été fait sur conditions locales défavorables contrairement à ce qui avait été convenu entre nous. Un embryon d’excuse. Il conclut l’entretien en demandant à la secrétaire de fixer un rendez vous avec le chef de service qui « expliquera la décision initiale de déclencher ». Je comprends que l’enchainement de décision est aussi une cascade hiérarchique, gynéco qui obéit au chef de service, sage-femme qui obéit au gynéco… Et moi dans tout cela ?

Le gynéco me conseille de passer voir la psy de la mater, et me donne aussi les coordonnées d’une psy libérale. La psy de la mater pose un diagnostic « syndrome de choc post-traumatique » et me conseille de trouver un praticien en EMDR (Eye Motion Desensitization and Reprogramming, une forme d’hypnose) car elle-même n’a pas pu obtenir ce type de formation. La psy conseillée par le gynéco est du genre qui écoute sans dire un mot, aucun réconfort. Un psy pratiquant l’EMDR me permet de sortir des cauchemars et au travers d’un simple « tous les médecins ne sont pas bons » m’autorise enfin à sortir toute ma colère contre ce système hospitalier qui nous traite comme des pions, des matrices à peine bonnes à enfanter.

J’ai encore besoin de comprendre si on m’a fait un décollement des membranes. Je dois donc passer par le CRUQPC pour obtenir ce rendez vous. La sage-femme me reçoit dans une salle d’examen. Je suis incapable de m’assoir sur le lit d’examen le temps de l’entretien. Elle me confirme qu’elle a bien tenté un décollement des membranes « parce qu’elle a obéi » Je lui dis en pleurant que je l’ai vécu comme un viol en présence de mon homme. Encore aujourd’hui, j’ai du mal à comprendre qu’elle ne se soit pas rendue compte qu’elle avait aussi le droit de désobéir, ne serait ce que de respecter mon droit à l’information. Elle me regarde partir en larmes en me disant « cela me gêne de vous laisser partir dans cet état ». Un sacré gâchis difficile à rattraper effectivement.

Epilogue

Ma fille a maintenant 4 ans. J’ai fini par l’aimer comme mon enfant mais sans jamais trouver le plaisir innocent que j’aurai avec mon fils. Tous les petits soucis de santé de ma fille me rappellent systématique cette naissance arrachée à mon ventre. J’ai appris à affirmer mes besoins mais aussi à ne plus faire confiance aveuglément aux médecins, très peu dans notre système médical et, malheureusement, j’ai clairement perdu une bonne partie de ma confiance en moi et en mon homme.

#256 – Chemin de naissances, les trois accouchements de Sylvie

10 Avr

Chemin de naissances…

31 octobre 2004. C’est la Saint Quentin aujourd’hui…

Il est environ 7h du matin et je suis impatiente depuis un moment d’aller, enfin, faire ce test de grossesse… Je tremble toute entière… Mais enfin! Après tout il faut juste « faire pipi » et attendre… Et quelle attente… Je reste là… Devant ce bâtonnet blanc et mauve qui va m’indiquer dans les secondes à venir si je vais devenir « Maman »…

Mon cœur bat tellement vite… Pierre dort…

Mon Dieu que ces quelques secondes sont longues…

Enfin, une deuxième ligne apparaît légèrement… Je suis tellement fatiguée, est-elle bien réelle? … Oui!!! Elle est légère mais bien là! Les mots tout bas sortent tout seuls; « Je suis enceinte »!! Et les larmes commencent à couler … En pyjama, je retraverse rapidement, comme dans un rêve, le couloir me séparant de ma chambre. Je ne peux pas attendre, je m’assois à côté de mon homme qui dort toujours et je le pousse doucement… Les larmes ne s’arrêtent plus… « Mon Amour… » Il ouvre les yeux et me regarde intrigué, un peu inquiet de me voir pleurer… « Je suis enceinte »… Je pleure et le plus magique des sourires se colle à mes lèvres sans plus pouvoir me quitter…

Pierre me prend dans ses bras, nous partageons tellement de tendresse et de joie…

Je n’ai que 21 ans, nous sommes mariés depuis à peine 2 mois et j’ai l’impression d’avoir attendu ce moment si longtemps pourtant…

A ce moment là, nous n’avons pas encore internet à notre disposition (tant mieux… ?) et nous faisons le choix, à 3 mois de grossesse de déménager pour un petit nid plus douillet. Nous sommes donc un peu plus éloignés de la famille et de nos proches, et je n’ai pas de voiture. Je n’aime pas conduire de toute façon et vivre dans ce petit coin de campagne me plaît.

Je vis donc cette grossesse assez calmement, sans influence, parlant beaucoup « intérieurement »  à notre bébé. Déjà très sensible avant la grossesse, cela s’accentue encore et je deviens réellement hyper sensible à tout, la moindre chose, le moindre mot dit, ou non-dit d’ailleurs, le moindre évènement me touche énormément.

Nous ne choisissons pas un suivi de grossesse particulier, nous allons régulièrement chez le gynécologue, « comme tout le monde » pour « voir si tout va bien » et faisons les examens prescrits. Nous ne nous posons même pas la question. Nous ne sommes pas informés qu’il existe d’autres possibilités de suivi de grossesse… Ou, simplement, que nous avons le choix de réaliser ou non les examens prescrits par le gynécologue…

Ma maman est sage-femme et en partie responsable du service de maternité depuis un moment. Je sais que je peux lui poser mes questions, lui téléphoner quand je veux si besoin et ce simple fait est suffisant pour moi. Je suis rassurée. Le service de maternité m’est familier. Je ne suis donc assez sereine et nous nous émerveillons chaque jour de la grossesse et des plaisirs des premiers contacts que nous avons avec notre bébé.

Je lis un livre ou l’autre concernant la grossesse de façon générale mais je ne plonge pas pour autant dans un tas de lectures. Nous choisissons cependant, comme préparation à la naissance, des séances d’haptonomie dont j’ai appris l’existence et le principe durant ma formation d’éducatrice, ce qui m’énormément plu.

Pour le reste, j’attends sans doute simplement les « informations spontanées » de la part de ma maman… Nous ne nous posons pas vraiment de questions particulières mais sommes pourtant naturellement curieux et excités de l’aventure que nous allons vivre! De la nouvelle vie que nous allons commencer…

(…)

Doucement, la grossesse touche à sa fin, nous sommes mi-juin, il commence à faire chaud… Notre bébé est théoriquement prévu pour le 26 mais je ne suis pas braquée sur la date. Je me réjouis de l’avoir tout contre moi, je suis impatiente de vivre cette naissance, découvrir si il est un petit gars ou une petite fille, de voir Pierre avec notre tout-petit dans ses bras… Mais j’adore être enceinte… Je caresse mon ventre si rond… Dans la cuisine, dans mon bain, dans mon lit, dans le fauteuil… Je prends énormément de plaisir à le voir et le sentir bouger et je lui parle…

Je me souviens m’être adressée à mon bébé en lui disant « (…) garde toujours confiance en toi, n’oublie jamais ça »…

Après un des derniers RDV chez le gynécologue, je sors stressée, j’ai peur, une foule de questions m’envahissent… Le problème vient de mon bassin… Ou de mon bébé… Ou les deux… Mon bassin semble très étroit et mon bébé approche des 3,500kg/4kg…  « Si bébé est « trop gros », il faudra faire une césarienne… »

Je suis déçue, tout allait si bien jusque là ! … Il faut aller passer une pelvimétrie (radio du bassin) pour voir si notre bébé pourra s’engager dans le bassin et passer… Je n’ai pas envie de passer cette pelvimétrie et l’idée de la césarienne me donne envie de pleurer.

(…)Je passe finalement cette radio et manque de m’évanouir car, devant rester couchée sur le dos un moment, ma veine cave était écrasée avec le poids de bébé… « Ne bougez pas, ne bougez pas! » Ils en ont de bonnes eux! Je me sens « tomber dans les pommes » moi! Je voudrais les y voir! … Tout ça pour  entendre dire que mon bassin n’est pas très grand mais qu’en principe « ça devrait passer »… (En bref, un très mauvais moment à passer pour n’avoir pas plus d’infos pertinentes au bout du compte…)

Préférant me rassurer, je garde ces mots: « ça devrait passer » en tête et met de côté l’idée de la césarienne…

Les jours suivants, j’essaie de marcher beaucoup pour stimuler un peu le travail. Il paraît que l’huile de ricin pourrait déclencher le travail, j’en prends donc de temps en temps… Rien ne semble bouger cependant…

Mais je me sens BIEN enceinte, j’ai beaucoup de plaisir à porter mon bébé malgré un sacrum bien douloureux et n’ai, au fond de moi, pas plus envie que ça que le travail commence déjà…

Quelques jours plus tard. Nous sommes le 21 juin. Chez le gynécologue, j’ai à nouveau droit, comme tous les mois depuis le début de la grossesse et comme tous les quelques jours depuis 2 semaines à une échographie, et un toucher vaginal. Bébé est toujours bien « haut ». Au niveau du col, rien de très spécial: un peu mou, toujours fermé. Je pense que c’est cette fois là, j’ai eu mal… Il a « décollé les membranes » ou il a essayé…

Fin de la consultation, il  nous dit qu’il a peur que le bébé grossisse encore et que pour finir il ne sache pas passer, il faudrait alors faire une césarienne. … (Et voilà que ça recommence…). Il nous propose donc d’entrer à la clinique le soir même et d’essayer d’induire le travail durant la nuit pour que l’accouchement se fasse demain. (…) J’ai un moment de doutes… Nous nous regardons Pierre et moi. Je ne suis pas plus certaine que ça et en même temps il me stresse avec sa menace de césarienne (puisque c’est bien ça finalement, une menace…) J’hésite… Il reprend, voyant notre hésitation: « On essaie. Si le travail se met en route, vous restez. Sinon, on attendra… » Vu sous cet angle, nous « cédons » et acceptons. Nous rentrons donc préparer nos affaires et nous nous mettons en route pour la clinique…

Une infirmière viendra placer un premier comprimé près du col vers minuit. Pierre a pris un lit d’appoint, il passe la nuit avec moi! Je ne dors pas, Pierre non-plus. Impossible de fermer l’œil!! Nous allons probablement être parents dans les heures qui suivent! Nous allons enfin voir et prendre notre petit dans nos bras! Garçon? Fille? … Nous sommes excités, nous nous posons un tas de questions, nous imaginons notre bébé et nous avons tellement hâte de ce moment!

Les heures passent et je guette les contractions… Rien…

6heures… Je dois me lever et aller en salle de travail où l’on me mettra sous perfusion… (Je ne sais même pas à ce moment là ce que je vais recevoir comme produits, etc.!) On ne m’explique pas très clairement mais je ne pose pas de questions non plus… Peut –être le fait d’être avec des collègues de ma maman me donne t’il un sentiment de (trop grande) confiance et me fait oublier le reste… Je ne sais pas mais nous suivons, Pierre et moi, « comme des moutons » ce que l’on nous dit de faire et/ou ne pas faire.

On me place le monitoring. Les contractions commencent à se faire sentir et sont très vite vraiment douloureuses… Je ne m’attendais pas à une montée si vive de la douleur et je n’ai pas le temps de bien comprendre ce qui se passe, de me laisser aller vers l’accueil de mon bébé sereinement. En fait, je ne suis pas vraiment connectée à lui du tout… le contexte (joie, réjouissance, stress, incompréhension de cette soudaine douleur, etc.) me fait un peu perdre pied et je commence à pleurer… Evidemment, ma maman (sage-femme donc) arrive à ce moment là. Difficile pour une maman de voir sa fille avoir mal. Elle me propose donc de demander la péridurale… Non, je ne la souhaite pas. »L’anesthésiste est justement là… Peut-être qu’après il sera trop tard… » … Je finis par céder (une fois de plus…). On me pose la péridurale, le monitoring est alors branché en continu et les capteurs me font mal à cause de la peau tendue de mon ventre qui contracte. C’est si gênant que je demande à ma maman pour enlever ça ou le changer de position. Je pense qu’elle prend ça comme un « caprice » ou ne se rend pas bien compte de la gêne que ça m’occasionne et n’entend pas réellement ma demande…. Les capteurs resteront là jusqu’à ce que je les bouge un peu moi-même…

Les heures passent, je suis couchée dans ce lit en attendant, comme si mon bébé devait faire ce chemin tout seul… Comme s’il n’avait pas besoin de moi. Je l’aime pourtant déjà si fort! Mais je suis perdue…

On me change de position, un peu sur le côté gauche, un peu sur le côté droit, un peu plus redressée, un peu moins… On me sonde pour vider ma vessie… Quel geste désagréable… Un toucher vaginal, puis encore un autre par une autre sage-femme pour avoir son avis…!

Le travail se poursuit, mon col s’ouvre malgré tout, les contractions sont toujours là et petit à petit l’effet de la péridurale se fait moins sentir mais je choisis de ne pas appuyer sur bouton pour prolonger les effets de l’anesthésie mais bien pour sentir un peu mieux mon corps.

14h, changement de pause, ce sont donc de nouvelles sages-femmes qui me « suivront »… (Ma maman, elle, restera bien sûr.)

Vers le milieu d’après-midi, on décide de percer la poche des eaux, sans doute pour  tenter d’accélérer le travail… S’en suivent à nouveau des touchers, palpations de mon ventre et manipulations pour voir comment ce bébé est mis. Il est encore si haut…

Au milieu de tout cela, aucune parole ne sera adressée à mon tout petit, laissé « seul » à trouver son chemin… Aucune explication… Aucun encouragement lui étant directement adressé… Non pas par méchanceté ou malveillance bien sûr mais… de toute évidence, une routine installée, un (maudit!) protocole à respecter, un manque de sensibilité (?), une banalisation du moment précieux qu’est la naissance pour l’enfant à naître et ses parents,… ça, sans doute! Un accouchement, une naissance, une de plus parmi toutes les autres…

17h, mon col est entièrement ouvert. Le gynécologue est arrivé. On fait un essai de poussée « pour voir »… (De mon côté, j’ai une jambe toute endormie, l’autre moins… Et je ne sens pas que je dois pousser, mais on me le dit, alors…) Une fois, deux fois… Rien ne bouge et notre bébé ne s’engage pas. Il est haut! Toujours et encore haut comme nous l’entendons sans cesse répéter depuis le matin. Cela fait  11h… Son rythme cardiaque s’accélère nettement durant les poussées. Je vois bien que ce n’est pas bon. Le gynécologue fait une drôle de tête, ma maman aussi. Ils sortent en me disant qu’on va laisser le rythme reprendre un peu puis que l’on réessayera d’ici 5/10 minutes… Je prends peur, je suis vraiment inquiète pour mon enfant et je n’ai même plus envie d’essayer de pousser sachant ce qui se passe. J’ai envie de pleurer, de tout recommencer à zéro, je n’ai plus envie d’être là et je veux qu’on nous laisse tranquilles… Je vis tout cela mais de l’intérieur car je ne dis rien ou si peu, à Pierre avec qui je partage mes peurs et ma déception…

2ème essai de poussée… Je n’y mets sans doute pas tout mon cœur… Et rien ne change. Le rythme cardiaque est toujours mauvais. Je me sens si seule dans mes angoisses.

« Sylvie, on va préparer la salle de césarienne. On va essayer encore une poussée là-bas puis, si ça ne va pas on sera déjà prêts pour faire une césarienne, OK? » (…) A la fin de cette phrase, un point d’interrogation qui en provoque tellement en moi… Je n’ai le courage que d’acquiescer… A quoi bon? Personne ne semble avoir le temps de me demander ce que MOI je vis, si j’ai des questions, des craintes, comment je me sens et quels sont mes besoins? Et Pierre? …

Personne ne vient nous expliquer comment cela peut se passer…

Malgré tout, j’ai encore tellement d’espoirs de voir notre bébé naître par voie basse… J’essaie de rassembler mes forces et mise tout là-dessus…

Avec le recul, je me demande comment j’ai pu garder tant d’espoirs alors que pour le corps médical l’issue devait être tellement évidente… La poussée en salle de césarienne, c’était juste pour « enjoliver » non?  …

Transfert en salle de césarienne… Il fait si froid ici! Je grelotte, je suis nue avec une insignifiante blouse d’hôpital sur moi en guise de réconfort. Pierre doit s’habiller avec blouse et bonnet et attendre quelques instants que tout soit prêt… Si il y a une personne dont j’ai besoin par dessus tout, c’est pourtant bien lui…

Le gynécologue, deux sages-femmes et Pierre autour de moi pour cet ultime essai de voir naître notre tout-petit… Bien sûr, c’était joué d’avance… Et la crainte augmentant lorsque je vois les forceps arriver n’aide pas… Difficile de se sentir en sécurité, détendue, heureuse et de mettre tout son cœur pour son accouchement dans de telles conditions… La décision de césarienne est prise… C’est le branle-bas de combat autour de moi. Je me sens me décomposer, je me rempli d’une infinie tristesse et d’un immense sentiment d’échec, j’avais tellement rêvé mon accouchement… J’étais bien loin d’imaginer que ça tournerait de cette façon. Je m’en veux, je meurs de froid, je suis tellement angoissée pour mon bébé et moi. Je ne trouve autour de moi aucune oreille attentive, aucun mot doux de réconfort, pas d’explication. Pierre est aussi désemparé… Mais il est à mes côtés.

L’anesthésiste arrive, avec l’assistante gynécologue, j’ai l’impression d’un final de pièce de théâtre où tous les acteurs se rassemblent pour venir saluer! Il y a tellement de monde qui s’agite autour de nous et prépare l’opération…

Ils commencent…

Après ces désagréables sensations d’être bousculée et remuée de l’intérieur, je vois enfin mon bébé sortir… Ca y est, il est enfin là… Mon, Bébé, notre tout petit… Pierre m’annonce: « C’est un garçon ma Puce! » Je suis si heureuse! Ce cadeau, cette surprise de découvrir le sexe de notre bébé, au moins personne ne nous l’a volée… Notre petit Quentin est né!

J’ai à peine le temps de le voir quelques si petites secondes que déjà on l’emmène dans la petite pièce de soins à côté. Pierre va avec. Personne ne me dit si tout va bien… Je suis toujours inquiète et ne sais pas profiter pleinement de ce moment qui devrait être si merveilleux!

Maman et Pierre reviendront près de moi un peu plus tard avec Quentin, un moment avant de le voir qui me sembla être si long! Pierre le mettra tout contre ma joue. Je ne le vois pas bien car je suis couchée et lui est déjà emmailloté et porte un petit bonnet. Spontanément, je déplace mon bras droit (sous perfusion) pour le toucher, le caresser… Mais je suis bien vite rappelée à l’ordre par l’anesthésiste. On ne bouge pas! … Je viens de voir mon premier enfant et je ne peux pas le toucher…

Je tremble de colère, de froid, de tristesse, de découragement… On me recoud durant ce temps et ça n’en finit pas…

« Tu pourras l’avoir après… » Dans le brouhaha, je comprends vaguement que je ne vais pas encore pouvoir voir Quentin  tout de suite mais que l’on compte me mettre en salle de réveil (pour surveillance) juste après la fin de la suture! … Ca gronde à l’intérieur de moi-même, je suis tellement en colère! Je dois tout deviner! Personne n’avait pris la peine de me dire ça!!! Mais moi je ne VEUX PAS aller dans cette foutue salle de réveil et être séparée de mon bébé!! Comment peut-on faire ça!?!?! Séparer une maman de son bébé qui vient de naître! C’est insensé!

« Ecoute, Sylvie, on va réduire le temps au strict minimum et puis on vient te rechercher pour te ramener dans ta chambre, tu ne resteras qu’une demi-heure » … Mais ça ne m’intéresse pas moi!! Je me sens bien, je ne veux pas aller là et être loin de Pierre et Quentin! Qu’on me laisse dans le couloir avec eux et qu’on surveille là! Je veux qu’on nous laisse tranquilles plus que tout! … La demi-heure passée en salle de réveil sera la plus longue de ma vie et me laissera à tout jamais un goût très amer de la maternité…

Lorsque je rejoins ENFIN Pierre et notre petit bonhomme, dans ma chambre, j’ai tellement envie de pleurer pour décharger toute cette déception vécue, ce stress intense, mes remords et mes regrets … Je mets Quentin au sein et le garde contre moi… Nous sommes pour la première fois juste tous les 3… Et ce moment me rend heureuse! (…) Mais tout ce que nous venons de vivre vient de détruire entièrement la belle image que j’avais toujours eue de la maternité… Il me reste à « apprivoiser » tout ce vécu brut…

Alors que je n’ai rejoins ma chambre que depuis une heure ou deux, un autre gynécologue, que je ne connais pas, entre en même temps que ma maman. Elle lui dit « Voilà ma fille qui vient d’avoir son petit garçon. » Elle précise que c’était une césarienne et il répond en me regardant: « Ah! Ben comme ça vous saurez comment ça se passera les prochaines fois! » … Il m’achève et j’ai envie de le frapper! Il entre, sans se présenter, sans dire bonjour et voilà toutes les paroles réconfortantes auxquelles j’ai droit… Mon Dieu, est-ce possible d’éprouver autant de colère alors que mon enfant vient de naître?!?!!

Chaque jour durant des mois et des mois, je n’ai pu empêcher les larmes de couler encore et encore… Sans être soulagée…

Bien sûr j’étais tout à fait consciente et tellement reconnaissante pour cette chance que nous avions d’avoir un enfant et en bonne santé. J’allais physiquement bien aussi, j’avais une belle relation avec mon petit bonhomme à qui j’ai énormément parlé et expliqué le pourquoi de toute cette tristesse en précisant que bien sûr il n’y était pour rien et qu’en rien je ne lui en voulais! A côté de cela, l’allaitement se passait merveilleusement bien! Sans aucune question ou presque, tout simplement… Comme une évidence…

Mais cela n’empêche pas les autres sentiments bien présents, découlant du contexte de cette naissance… Les ressentis sont là. Tristesse, remords, colère, déception, et tant d’autres sentiments…  Ils s’imposent et il faut bien faire avec… Les écouter, essayer de les comprendre et de voir ce que ça implique pour l’avenir quant auquel nous nous posons énormément de questions et ne sommes pas rassurés. Il faut essayer de faire « bonne figure » devant les gens qui ne cessent de répéter « tout va bien Sylvie! Ton petit bonhomme et toi êtes en bonne santé, c’est ce qui compte! » … (Même si c’est, évidemment, vrai que c’est le plus important! Il n’en est pas moins difficile de vivre avec ce vécu douloureux et le deuil de l’accouchement rêvé.) J’ai aussi entendu « Sylvie, fais attention, ne sois pas triste parce qu’alors le petit il le ressent hein »… Ou encore, comme une prédiction: « vraiment, ça serait mieux de vous préparer à autre césarienne parce qu’avec un bassin trop petit en plus… » … Autant de paroles qu’il faut essayer de digérer en plus du reste…

Débute ici un long chemin de réflexion concernant la grossesse et sa prise en charge, l’écoute et le respect des futur-parents et de l’enfant à naître, l’information donnée aux couples tant durant la grossesse que durant la naissance et le post-partum pour leur permettre de faire des choix éclairés, en connaissance de cause, cela étant primordial.

Il ne s’agit pas d’un combat contre le personnel (para-)médical mais bien de prendre conscience de l’importance des choix à faire susceptibles de se présenter durant la grossesse et la naissance et de ce que ceux-ci impliquent afin de vivre ces moments de façon plus sereine et plus respectueuse.

C’est ainsi que lorsque  j’ai eu la chance d’être enceinte de notre deuxième enfant, j’ai fait le choix de noter ce qui me posait encore question, ce qui me faisait peur, ce que je souhaitais réellement et qui avait de l’importance pour nous. Nous avons identifié clairement nos besoins afin d’inscrire dans un projet de naissance les choix que nous avions faits après nous être informés clairement sur chaque point. Ce qui nous a permis d’être beaucoup plus sereins le jour de la naissance puisque nous avions fait part de notre projet au gynécologue et l’avions déposé au préalable à la maternité.

Mon souhait le plus cher à ce moment étant de faire tout mon possible pour donner naissance à notre enfant dans des conditions agréables, dans une ambiance sereine où nous étions impliqués et respectés. Je souhaitais plus que tout essayer un accouchement par voie basse, sans péridurale (convaincue des effets néfastes de l’induction de l’accouchement et de la péridurale, lors de la naissance de Quentin…).

Il nous a fallu une bonne dose de confiance en nous… « Nous » en couple, mais également « nous » et notre bébé à venir… Car un projet comme celui-là n’est pas toujours bien vu… Vouloir accoucher par voie basse après une césarienne… Cela est encore parfois perçu comme de l’inconscience. D’où l’importance d’être toujours bien informés, le mieux possible et de façon objective, afin de savoir de quoi on parle et de prendre de la distance et d’évaluer la pertinence des informations que l’on reçoit (que ce soit du corps médical ou des livres, des « on-dit », etc.) Cela permet également de poser des questions plus ciblées au personnel (para)médical et de faire des choix, quels qu’ils soient, tout à fait éclairés.

Le 30 septembre 2007, après du chemin parcouru à travers beaucoup de réflexions…, nous avons accueilli avec beaucoup d’émotions notre petit Simon… Né par voie basse et sans péridurale…

Le travail ayant débuté (presque…) seul (après un toucher vaginal de fin de grossesse…), n’ayant pas souhaité de péridurale pour pouvoir toujours bouger et surtout ayant souhaité de l’aide, un accompagnement, des encouragements  afin de m’aider à ne pas me tourner vers cette option, j’ai pu marcher et changer de position selon MES ressentis, selon MES besoins, MES envies… J’ai pu profiter du pouvoir de l’eau en prenant une douche chaude durant les fortes contractions. Notre bébé, pourtant encore bien haut et pas engagé au début du travail, est descendu et s’est engagé dans mon bassin (que l’on supposait pourtant encore si étroit par rapport au poids de mon enfant…). Mon col s’est ouvert de façon régulière et Simon est né… Tout simplement…

Dommage que l’on ait percé la poche des eaux (avec mon consentement cela dit…), dommage pour la position gynécologique (tellement inconfortable et gênante voire humiliante!) que  je n’avais bien sûr pas choisie… Dommage pour l’épisiotomie (dont je n’ai pas été prévenue avant!!) si douloureuse à cicatriser, dommage de ne n’avoir pas pu pousser alors que mon corps me l’imposait si clairement… et d’avoir dû pousser au moment où d’autres décidaient pour moi…

Mais quel chemin, quelle ambiance différente de la première naissance que nous avions vécue! Quel bonheur et quelle joie d’être « récompensés » d’avoir eu confiance en nous!!! …

C’est un sentiment très fort en tant que maman de pouvoir retrouver cette confiance en son corps qui avait été si vite détruite…

Lorsque j’ai eu mon petit bonhomme dans les bras et que j’ai un peu réalisé que nos choix avaient porté leurs fruits j’ai eu l’envie furieuse de rendre espoir à toutes les mamans ayant vécu une césarienne de façon douloureuse, de leur dire: « Si! Croyez-en vous! Faites-vous confiance! A vous et votre enfant à naître… » On peut vivre une naissance heureuse même après un vécu difficile et même si tous les souhaits ne sont pas « assouvis ». Je sais aussi que si j’avais dû, à nouveau, vivre une césarienne, elle m’aurait été beaucoup plus douce que la première car nous avions préparé cette naissance sous les différents angles. Et notre projet nous aidait dans ce sens.

J’avais donc envie de partager cette joie si intense! J’ai eu envie d’accompagner les futures-mamans, les futurs-parents… Comme un hommage à leur rendre. Et j’ai décidé de devenir doula…

Beaucoup de lectures, de vidéos et de rencontres exceptionnelles, l’écoute de mamans de mon entourage, ou croisées par hasard, la chance d’avoir pu suivre une formation d’accompagnante à la naissance au Québec, mes questionnements à des professionnels et des (futurs-) parents, et le prolongement de mes propres réflexions personnelles m’ont poussée toujours plus loin sur cette route que je poursuis encore…

C’est pour ma 3ème grossesse, informée alors que l’on pouvait être suivie uniquement par une sage-femme pour une grossesse se présentant « normalement », que ce choix est devenu une évidence! Avec le projet d’un accouchement en maison de naissance. …Mais il me reste à ce moment là l’épine qu’un AVAC (Accouchement Vaginal Après une Césarienne), même avec un accouchement par voie basse déjà réussi entre les deux, reste un AVAC… Il m’a donc fallu chercher un peu pour trouver une sage-femme qui soit d’accord et à l’aise de me suivre durant ma grossesse mais aussi l’accouchement en maison de naissance.

Ce choix de départ nous a permis d’expliquer les raisons pour lesquelles nous nous tournions vers elle et elle de comprendre cela, de cibler nos besoins et ainsi nous guider au mieux.

Nous avons alors vécu un suivi de grossesse tout particulièrement respectueux, en étant informés clairement concernant les choix que nous avions à faire et ce que cela impliquait ou non. Avec beaucoup de bienveillance, elle a été présente et nous a accompagnés jusqu’à la fin de notre grossesse… et après! Nous avons fait connaissance et beaucoup discuté. C’est important et tellement plus agréable de partager réellement des moments ensemble, de créer une relation de confiance, avec la personne qui sera sans doute présente lors de la naissance de son enfant!

Au fil des mois, notre choix s’est plutôt orienté vers l’accouchement à domicile et nous avons préparé cela ensemble. Nous, en réalisant à nouveau un projet de naissance, « notre » sage-femme en prenant connaissance de celui-ci, et chacun de nous en tenant compte des attentes, besoins et « conditions » de tous. Un accouchement à domicile, ne s’improvise pas et l’on ne sait, finalement, qu’au tout dernier moment, si celui-ci se déroulera en effet à domicile ou non.

Le 29 novembre 2011, notre sage-femme est en France pour accompagner une autre maman qui doit elle aussi accoucher à ce moment… C’est alors sa collègue, qui travaille dans la même optique et que nous avons également rencontrée avant la fin de la grossesse, que nous appelons pour nous accompagner car j’ai perdu les eaux durant la nuit. Le travail s’est mis en route, les contractions sont déjà fortes et augmentent encore.

Lorsqu’elle arrive, le travail est bien avancé… Ma sœur et la marraine de notre bébé à naître sont présentes chez nous pour s’occuper de nos grands qui n’iront pas à l’école aujourd’hui… jour tout spécial pour chacun de nous. Nous sommes en confiance, tout se passe bien et est bien organisé… Une petite heure plus tard, tendrement accompagnée par mon homme qui me soutient depuis le début et sous l’œil bienveillant mais discret de la sage-femme, notre petite Fanny naît dans, notre chambre, tout en douceur… Pour notre plus grand BONHEUR!!!! …

Pas de « dommage pour ceci, pour cela… », à l’exception peut-être que la sage-femme qui nous accompagnait depuis le début n’ait pas été là… Mais comme nous étions préparés et nous étions rencontrés avant, tout s’est vraiment bien déroulé et dans une relation de confiance.

Pas de péridurale, pas d’épisiotomie, pas de position gynécologique ni de poussée imposée, pas besoin « d’exclure » les enfants, ils sont là, dans la maison, pas loin de nous. Pas de gestes invasifs, pas un nombre incalculable de va et vient de personnes entrant dans ma chambre sans demander s’ils ne dérangent pas, …

Juste…Respect, Soutien, Tendresse et Douceur, Confiance, Bienveillance, Simplicité… et un Bonheur infini à partager de rencontrer notre enfant dont nous ne connaissions pas le sexe, une petite fille, Fanny, venue agrandir notre famille…

MERCI…

Chemin de naissances, chemin de vie,… Ensemble et avec chacun de nos enfants nous grandissons, nous apprenons, nous nous éveillons. Laissons-les nous guider… en confiance…