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#349 Deuxième accouchement – En province, années 90

17 Fév

Pays : France

CHU d’une ville moyenne de Province.

Deuxième accouchement
Aux alentours du terme, mon compagnon se blessa sérieusement … pompiers, hospitalisation … je pris les mesures « ad hoc » : une amie – qui devait prendre ma grande durant l’accouchement et mon séjour à l’hosto – prit ma fille immédiatement, afin de faciliter les choses. Et je me retrouvais seule, avec l’accouchement ultra proche, sans voiture – mais ça c’était pas nouveau – … seule dans cette grande maison, mais en paix … étrangement, je n’avais pas peur, j’étais en même temps apaisée et excitée par la proximité de l’accouchement. Mon premier accouchement me semblait avoir eu lieu dans une autre vie, et je me sentais en confiance avec la maternité. 12 ans et quelques jours s’étaient écoulés … ce n’était pas la même maternité, pas les mêmes personnes … les choses avaient dû évoluer, non ? Mon gros motif d’inquiétude allait vers mon compagnon … je savais qu’il souffrait, et je ne savais pas s’il pourrait être là à l’accouchement – même si nous étions dans le même hosto …

Le lendemain de l’accident de mon compagnon, j’ai passé l’après midi avec lui, à l’hosto ; en rentrant, j’ai lu, comme d’habitude, répété mes exercices de relaxation et soufflé doucement sur les contractions – pas besoin de faire semblant, les contractions s’enchaînaient mais sans être douloureuses. J’étais fatiguée …
Je m’endormis facilement. Et … à minuit tapante, réveillée par une douleur foudroyante dans les reins. Je me suis retrouvée 12 ans en arrière, exactement. La même douleur … la même heure ! Je sus de suite que le top départ venait d’être donné. Je me levais. Je savais d’expérience que rester couchée empirerait la douleur sans faciliter l’avancement du travail. Je savais qu’il fallait que je bouge ! Et je n’avais aucun besoin de me forcer : j’avais besoin de bouger. Et les contractions, exactement comme pour ma fille, se sont enchaînées de suite toutes les 5 min.
Je me suis habillée, après avoir vérifié mon col : effacé totalement, tête du bébé bombante que je sentais sous mes doigts – quelle émotion ! – … pareil que les semaines précédentes, pas de changement. Je marchais dans le couloir … durant des heures, j’ai marché dans ce couloir, avec une chanson mise en boucle sur la chaîne : « Puisque tu pars » de Jean-Jacques Goldman. Cela me semblait particulièrement de circonstance … je chantais à plein poumons en même temps, parfois je hurlais la chanson – pov voisins … au bout de 3 heures, les choses avaient bougé : le col s’était ouvert (une mandarine), le travail devenait plus fort, les contractions plus rapprochées et longues … je n’étais pas pressée de partir … mais je me demandais si en attendant trop je pourrais encore appeler les pompiers … finalement j’appelais mon amie qui s’occupait de ma grande – c’était convenu entre nous – pour la prévenir que j’allais partir à la maternité. Puis j’appelais les pompiers … rentrée brutale dans l’atmosphère « médicale », première grosse rupture de ma bulle …

Je fis le 18 :
Et les échanges, qui m’ont stupéfaits, ont donné quelque chose comme :
« Bonjour, voilà … je m’appelle xxxx xxxx, j’habite au ….., et je suis en travail. En train d’accoucher. Oui je suis sûre. Vous pouvez envoyer une voiture ?
– votre voix est trop calme ; vous ne paniquez pas … vous n’avez pas la voix d’une femme en travail, croyez moi j’en ai entendu !
– Contractions toutes les 4/5 mn depuis minuit, de plus en plus douloureuses et longues ; c’est mon deuxième. Si vous avez besoin, je peux crier et paniquer … mais je n’en vois pas la nécessité.
– Vous êtes seule ?
– Oui mon compagnon vient d’être hospitalisé suite à un accident. Ma fille est chez une amie. Personne pour m’emmener à proximité.
– Donnez moi votre numéro de téléphone. Le médecin modérateur vous rappelle rapidement. »

J’attendis quelques minutes à tournicoter autour du téléphone. La douleur s’était amplifiée, je n’osais plus chanter avec la musique, de peur de louper l’appel. Le téléphone sonna enfin, et … re ! . Je dus recommencer à zéro, les mêmes infos … génial en plein travail ce genre de dialogue, surréaliste je dirais même. Le médecin commença à réagir comme mon précédent interlocuteur. Puis il eut l’intelligence de percuter que toutes les 4/5 mn environ, je cessais de parler pour souffler longuement fort. Il me promit d’envoyer une ambulance rapidement. Il fallait que je me tienne prête.
Aucun problème. Un dernier TV avant la route. Ca avançait bien !
Je vérifiais mes bagages pour la xième fois. Coupais l’eau, et disjonctais le compteur d’électricité. J’étais très calme ; je fermais la maison, je les sortis dans la rue et commençais à faire les cent pas. Je pensais que quand je reviendrais, bébé serait dans mes bras … cela me semblait invraisemblable !
Je ne pouvais plus chanter … le temps me semblait interminable à faire des allers et retours en attendant l’ambulance. Je savais que ce n’était pas évident à trouver ma rue, mais quand même … enfin je vis un véhicule s’arrêter à quelques 2 dizaines de mètres, au bout de la rue (qui faisait intersection avec une autre rue).

Une personne en descendit, et commença à lire les plaques des rues : perdue et cherchant sa route de toute évidence … je marchais vers le véhicule, et une fois assez près, j’appelais. La personne me regarda comme une extra terrestre …
« Vous êtes les ambulanciers appelés pour mme xxxx en travail ? c’est vous ?
– euh oui … me dites pas que c’est pour vous !
– si pourquoi ?
– ben vous avez pas l’air en travail … »

A ce moment une contraction me foudroie, je m’appuie en soufflant comme un phoque contre une voiture. Ca m’évite de répondre … punaise c’est quoi cet archétype qu’ils sont tous dans le crâne ? une femme en travail ne marche pas ? ne parle pas normalement ?
Je siffle « vous en voyez beaucoup des femmes enceintes là maintenant à cette heure à vous attendre dans la rue ? »
Il me demande :
« Vos bagages sont où ?
– Devant la maison, suivez moi. »

Je marche d’un bon pas, l’ambulance roulant doucement derrière moi. La situation n’est pas loin d’être comique … Je prends mes sacs pour les charger dans le véhicule, l’ambulancier – ils sont deux, un au volant avec qui je n’échangerais pas un mot, et mon interlocuteur – m’arrête net : c’est pas à moi à faire cela …. Ça commence déjà à me gonfler tout ça … je ne suis pas handicapée zut ! Ensuite, il me demande si il peut vérifier la dilatation – savoir si on a le temps d’arriver à la maternité, ou si il faut appeler le SAMU de suite. De mieux en mieux. Je me retiens de lui dire qu’on a le temps, que je dois être autour de 3 ou 4 selon mes dernières estimations : je crois que cela l’achèverait. Il faut retourner dans la maison. Génial … j’ouvre la maison, re joncte le compteur d’électricité, toucher rapide sur le canapé : mes estimations sont confirmées.
Sitôt le toucher fini, je me rhabille et redisjoncte le compteur avant de fermer la maison. Je le suis dans l’ambulance. A peine entrée dans le véhicule, je reste debout, un peu pliée, recherchant du regard à quoi je vais pouvoir me cramponner à chaque contraction. Je sens alors une pesée sur mes épaules :
« Couchez vous sur le dos, je vais vous sangler » …
QUOI ?
MEME PAS EN REVE !
Je me dégage brutalement, et trouve du regard ce que je cherchais : deux poignées pendent du plafond du véhicule. Je les cramponne en soufflant tandis que la contraction passe. Nous n’avons toujours pas démarré. L’ambulancier tente de me convaincre de me coucher. Je lui dis très nettement que je ne me coucherais pas, et que ce n’est pas négociable. Il me parle des assurances … j’oppose un visage totalement fermé à ses arguments. Au bout d’un moment, je lui dis que je vais rappeler le 18 : je ne vais pas passer mon accouchement à argumenter dans une ambulance ! Il percute qu’il a affaire à un mur … me dit de m’asseoir alors, de me caler sur la paroi … je dis « oui » mais à chaque contraction j’aggripe les poignées du plafond en me redressant … il frappe au carreau pour dire au conducteur de démarrer. Nous parlons un peu, entre chaque contraction. Le trajet dure entre 20 et 30 mn, autant le passer le plus agréablement possible. Rapidement, je le vois chronométrer les contractions, la durée entre et la durée de chaque. Il me demande si je ne me sens pas mouillée ; si je n’ai pas envie de pousser … je lui dis que non, qu’il se détende, que l’accouchement n’est pas imminent. Il ne semble pas convaincu, et frappe au carreau pour dire à son collègue d’accélérer. Il a gagné, il me fout le stress.
Il se gare près des urgences maternité. Je ne le sais pas, mais la meilleure partie de mon accouchement est derrière moi … ces heures où j’étais seule à marcher en chantant. Un moment dont je garde un souvenir intense et ému …
Je me couche sur le côté sur le brancard, le temps de le descendre de l’ambulance et de monter à la maternité. Dans l’ascenseur, je suis debout près du brancard – décidément, la position couchée et moi sommes incompatibles. L’a pas l’air heureux, mon ambulancier … une aide-soignante nous accueille … je sors de l’ascenseur avec une partie de mes bagages dans les mains, l’ambulancier sur les talons qui me répète de laisser tout ça, qu’il va s’en occuper … je me retourne pour lui dire que « ZUT je ne suis pas handicapée à la fin ! » … je suis l’aide-soignante pour ranger mes affaires ; l’ambulancier va faire les formalités, et nous nous serrons la main ; il me souhaite bonne chance en souriant.

L’aide-soignante est souriante, avenante. Elle me demande si elle peut vérifier la dilatation ? je lui dis que l’ambulancier l’a fait il y a une petite heure, que c’était à 4 environ. Elle lève les yeux au ciel d’un air de dire qu’il n’y connaît rien … oups une grosse contraction me cloue, je souffle appuyée sur la table d’examen, puis j’y monte ; je suis maintenant à 6 qu’elle me dit, ça avance vite … Je lui demande où sont les toilettes, j’ai besoin de faire une vidange sérieuse avant tout. Je sens que c’est le bon moment … un tit suppo de microval va m’y aider. Comme cela prend un peu de temps, elle vient aux nouvelles, je la rassure, je ne suis pas en train d’accoucher dans les wc !
Puis direction salle de travail. Je me mets en « tenue » … non je ne peux pas mettre le tshirt que j’avais emmené spécialement pour accoucher : il n’est pas ouvert dans le dos, ce n’est pas possible à cause de la péridurale. Comment ça je ne veux pas de péridurale ? enfin, elle me dit que je verrais avec la sage-femme … qu’elle va chercher, alors que je fais les cent pas dans la salle de travail, en m’arrêtant, m’appuyant et soufflant à chaque contraction. La sage-femme arrive … elle vient juste de se réveiller. Je suis la 4ème ou la 5ème de la nuit, et c’est sa deuxième nuit de garde. Elle me dit de monter sur la table, on va faire un monito et un TV pour savoir où ça en est … commencent à me bassiner avec les TV ! Je dis que sa collègue – oups pardon, l’aide-soignante – vient de m’en faire un, que je suis à 6 … elle accepte de surseoir au TV, mais c’est parti pour le monito. Et moi, j’entre en enfer. Dans la foulée du monito, on me pose une perf et le brassard de tension avant que j’ai eu le temps de dire ouf.
Il faut que je me couche à plat dos. Pas le choix. Elle me dit une demi-heure de monito pour voir où ça en est. Je tape sur la table et jure à chaque contraction. Paraît que j’ai un sacré vocabulaire. Elle me propose la péri à plusieurs reprises, je refuse net. Elle me dit de me calmer – elle est gentille elle … je lui réponds que je me calmerais bien plus facilement si j’étais debout. Elle ne répond pas. La demi-heure est longue à s’écouler … Entre temps, je lui explique la situation : mon compagnon en chirurgie, opéré hier … peut-il être présent à la naissance de son enfant ? elle me répond qu’il est interdit de changer un patient de service. Oups, un sacré coup sur le moral. Voyant la demi-heure terminée, et que mon bb a un RCF parfait, je m’assois. Evidemment, ça sonne … j’ai fais bouger les capteurs. La sage-femme me dit de me recoucher … ah non alors, pas question ! Et même mieux, non seulement je ne vais pas me recoucher, mais je vais me lever. La sage-femme proteste, me parle de responsabilité légale si il arrivait quoique ce soit, l’enregistrement du RCF est obligatoire, et qu’elle a elle aussi des enfants, et ainsi de suite … Je réponds que c’est intolérable, insupportablement douloureux de rester couchée, donc je ne reste pas couchée. Point. Et je ré-attaque pour mon compagnon … je n’envisage pas d’accoucher sans lui ! Non que j’ai besoin de lui, mais je sais qu’il veut voir son enfant naître. J’ai mal choisi mon moment … je me rends compte aujourd’hui que j’ai fais une erreur de stratégie de taille. La sage-femme me re-dit ce qu’elle m’a dit précédemment. Mais ajoute :
« Cependant, si vous faites un effort, j’en ferais un aussi. Si vous vous couchez, j’appelle le service de chirurgie pour demander qu’on fasse venir votre compagnon. Et l’anesthésiste aussi, comme vous avez l’air de beaucoup souffrir » … Elle me regarde droit dans les yeux, la main posée sur le téléphone intérieur. Je suis suffoquée. Incapable de réfléchir, je dois avoir tout du poisson sorti de l’eau, bouche ouverte et yeux vides. Finalement j’acquiesce, la rage au cœur. Elle me demande de me recoucher, me fait un TV – je suis à 8 … une péri posée à 8 ? à la vitesse où le travail avance ? … elle me dit que l’anesthésiste arrive, ainsi que mon compagnon. Je jure comme un charretier en attendant, en tapant sur la table. Elle me répète de ne pas m’épuiser, et que ce n’est pas trop joli de dire cela alors que son enfant est en train de naître. Je ne relève pas. A un moment entre deux contractions, je dis que je ne veux pas d’épisiotomie. Elle répond qu’on verra. Je souffle, jure et dit que c’est tout vu. Que si je vois les ciseaux, je tape. Et si elle coupe sans que je m’en rende compte, on se parlera par avocats. L’anesthésiste arrive. Pas réveillé, encore moins que la sage-femme. Il râle … je suis sa 4ème – ou 5ème ? – de la nuit. Me dit de m’asseoir et faire le dos rond. Pas un bonsoir, rien … je m’assois, et une contraction arrive, je crie qu’il ne me touche pas durant la contraction. Il n’apprécie pas du tout … ensuite je me mets au mieux possible, il pique et je crie de nouveau : une douleur incroyable, inattendue, aigue, insupportable me fulgure dans le dos. Je lui dis de faire l’anesthésie locale, que ça fait trop mal. Il ne répond pas … une contraction de nouveau, alors qu’il va pour me piquer une deuxième fois. Je bouge, et me mets debout. Le monito sonne, la sage-femme l’arrête. L’anesthésiste râle et m’engueule, que j’arrête de faire du cinéma parce que lui voudrait bien aller dormir. Je souffle comme un phoque sans lui répondre, et me remets en position. Je suis tendue, j’ai peur d’avoir mal … et j’ai de nouveau très mal. L’anesthésiste me dit de me détendre, que j’ai le dos dur comme du béton. Je réponds que je peux pas me détendre vu comment il me fait mal, qu’il fasse la pré-anesthésie d’abord ! Il me dit que c’est déjà fait. Je réplique que c’est pas possible, j’ai déjà eu une péri, et je n’ai rien de rien senti. Là il me fait un mal de chien. Bref, de mots doux en noms d’oiseaux, deux ou trois contractions passent. Puis je me remets encore en position … il dit que c’est le dernier essai, qu’après il va chercher l’anesthésiste … je sursaute … QUOI ? il n’est pas anesthésiste ? non interne me répond il. C’est le pompon … je sers de cobaye …
Je sens ses mains dans mon dos, je souffle souffle souffle … le pieu qui entre, me fourrage le dos, c’est atroce … enfin l’impression que quelque chose cède, ça fait encore plus mal d’un coup puis plus rien. Il me dit que ça y est … je lui jette un œil noir de colère … il part. La sage-femme me fait me recoucher, remet le monito correctement, rebranche les alarmes. J’ai mal, très mal, je suis énervée, complètement sortie de ma bulle. La péri fait enfin effet … peu après, la sage-femme refait un toucher, car je lui dis que je sens une envie de pousser … elle me dit qu’effectivement je suis à complète. Elle arrête le débit de la péri … tout ce cirque pour quoi ? une demi heure de soulagement ? pffffffffff ….
Je reparle de l’épisio … et lui demande aussi d’éteindre le scialytique, que bébé ne soit pas ébloui à la naissance. Elle le fait.
Des bruits de voix dans le couloir, c’est mon compagnon. Nous échangeons une brève accolade, quelques mots. Il ne saura jamais le prix que j’ai payé pour sa présence. Très vite, il se sent mal, sort prendre un café.
Entre temps, échange houleux avec la sage-femme … je ne veux pas d’épisio. Non négociable … elle ne semble pas comprendre et me réponds « Je verrais » ; la réponse part de suite « C’est tout de suite vu : je vois des ciseaux, je tape, vous coupez en douce, je vous colle mon tonton avocat sur le dos » !!!
Le papa revient rapidement, car bébé arrive.
C’est le moment des « Inspirez bloquez poussez !!! » … je suis mal dans cette position, j’étouffe et j’ai l’impression de pas être efficace du tout. Je m’épuise … cela va durer une demi-heure, comme pour ma grande. Sans expression abdominale … et sans épisiotomie. Le scialytique est éteint ; bébé est en occipito sacré, comme sa grande sœur (je peux voir tout ce qui se passe entre mes jambes dans le scialytique éteint qui fait miroir), la sage-femme dégage la tête, les épaules et me dit de l’attraper. Il hurle de suite … il est couché sur moi, violet puis rouge écarlate, et il hurle, hurle, hurle … mes mains sont posées sur lui, je lui parle, cherche ses yeux mais il est crispé sur ses hurlements. Il est 5h30 … ce deuxième accouchement aura duré presque 3 fois moins que le précédent. L’aide-soignante le prend, dit qu’elle va lui faire « les soins » … je me tords pour la suivre des yeux, la sage-femme me tend un miroir en me disant « C‘est juste derrière vous » … et j’ai droit aux images en même temps que le son … je ne regarde pas longtemps, j’ai les tripes en vrac … je suis révulsée de ce qu’ils lui font subir, j’ai envie de balancer le miroir sur la femme qui torture mon bébé, me lever, cogner !!! La sage-femme me dit « Je vous fait un point, il y a une petite déchirure » … je m’en fous, mon bébé hurle … je sens une lassitude énorme m’envahir, et je suis tirée comme par un élastique 12 ans en arrière, où un autre bébé hurlait à s’en faire péter les cordes vocales, pour les mêmes raisons. Je me sens vide, je me sens mal … enfin les hurlements s’apaisent … la séance de torture est terminée, et la voix du papa réussit à calmer un peu bébé. Dès que la suture est finie, bébé revient sur moi. Et nous nous regardons enfin. Je me sens un peu mieux. Il est blond aux yeux bleus, comme sa grande sœur. Mais il ne lui ressemble pas du tout. Je me sens vibrer d’émotions pour ce bébé … c’est tellement nouveau. Et c’est tellement ce que j’avais espéré pour ma grande que cela me fait mal en même temps.

La sage-femme me demande si je veux allaiter. Je réponds que oui. Une puéricultrice vient pour la mise au sein. Ensuite elle me dit d’un air navré :
« Je suis désolée Madame …
– ?
– il n’y a plus de couveuse, vous allez devoir garder votre bébé sur vous jusqu’à votre installation en chambre.
– ?
– D’habitude, le bébé va deux heures en couveuse après la naissance, comme ça il peut se réchauffer et la maman peut se reposer …
– Et bien c’est une chance qu’il n’y ait plus de couveuse. Je n’aurais sûrement pas accepté cela !! Le meilleur endroit pour réchauffer bébé, c’est mon corps … et comment voulez vous que je me repose séparée de mon enfant ? »

Elle me regarde comme si j’étais une extra-terrestre, et c’est réciproque. Ils imaginaient peut-être que j’aurais laissé faire ça ?
Ce qu’ils feront subir de pire à mon enfant dans cette maternité, est à venir … toute l’après midi, on va me mettre doucement la pression pour que j’accepte que bébé aille en nurserie la nuit … au soir, usée, j’accepterais, avec la promesse que bébé me serait ramené dès qu’il demanderait, promesse que je ferais à mon fils. Il hurlera de 23 h à 6h30 du matin, sans s’arrêter … refusant les bibs, se débattant dans les bras … au petit matin, il me sera rendu rouge, épuisé, mais toujours hurlant … je mettrais longtemps à l’apaiser … je mettrais longtemps aussi à m’apaiser, car je suis bouleversée de savoir ce qu’il a subi …
S’ensuivront dix ans de difficulté de sommeil sérieuses pour mon fils : dès que je le pose dans son lit, il hurle, je mets des heures à l’apaiser, l’endormir … je le pose dans son lit, et une fois sur deux ça repart pour un tour.
Plus grand il verbalisera ses difficultés d’endormissement : « j’ai peur que des voleurs ne viennent m’enlever à toi » …
Rien ni fera, aucune de mes assurances, la porte fermée à double tour, le chien … RIEN.
Il a la peur chevillée au corps, et moi butée bornée qui ne comprend rien.
Il me faudra dix ans pour relier les difficultés de sommeil de mon grand avec cette première nuit.
Evidemment que je ne pouvais pas le rassurer : il SAVAIT qu’on pouvait venir le chercher et l’emmener très longtemps loin de moi (un nouveau-né n’a aucun sens du temps, il a du avoir l’impression d’appeler dans le vide durant une éternité) … il le savait parce qu’il l’avait DÉJÀ vécu.

Au final, je suis heureuse … j’ai une capacité d’enterrer ce qui s’est mal passé effarante, comme pour mon aînée. Je remercie la sage-femme ; évidemment, par rapport aux premières que j’ai connues, elle est formidable … évidemment par rapport à mon premier accouchement celui-là a été réussi … j’étais bien plus active, décideuse … il n’a pas duré trop longtemps pour m’user … surtout pas d’épisiotomie, et la rencontre avec mon bébé avait été émouvante et chaleureuse.
Oui, évidemment … mais quand j’ai été enceinte une 3ème fois, tout est remonté, en même temps, mes deux premiers accouchements, et toutes les émotions qui allaient avec.
J’ai tout fait – et réussi – pour ne pas remettre un orteil dans en hosto.
Je voulais – et je l’ai fais – accoucher, et ne plus me faire accoucher.
Je voulais être active, DÉCIDER, SUIVRE MES BESOINS et ne plus subir, négocier, dire amen et le regretter ensuite très longtemps.
Je ne voulais pas la lune … juste qu’on me foute la paix, et qu’on me laisse accoucher, par mes propres moyens.
Je n’ai pas eu la lune … j’ai eu bien mieux : j’ai eu la lune, le système solaire et la voie lactée en prime.
Ca n’a pas été comme je l’avais si souvent rêvé : ça a été mieux, à un point que je n’aurais pu imaginer dans mes rêves les plus fous.
La contre-partie : ce 3ème accouchement m’a fait prendre conscience de façon aigüe ce qui nous avait été volé, saccagé, pillé, piétiné à mes premiers accouchements.

Blandine

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Lien vers le premier récit de Blandine : #327 – Premier accouchement – Paris, années 80

#327 – Premier accouchement – Paris, années 80

8 Jan

Pays : france

Clinique réputée en région parisienne.

Premier accouchement :

La grossesse n’était pas du tout prévue.
Je dus « tomber enceinte » (je n’aime pas cette expression) au cours du mois de juin. Je n’en sais foutrement rien : vu que j’étais sous pilule, et que j’ai eu mes règles durant des mois après ce début de grossesse, des règles « anormales » certes mais des règles quand même, c’est à partir de la date de naissance de ma fille que je suis remontée à sa période de conception. Je pris un peu d’abdomen au fil des semaines et des mois. Je me sentais « lourde », même si j’entrais toujours sans problème dans mes jeans taille 42/44. Certes, je ne fumais plus car cela me filait des nausées carabinées, mais sinon rien n’avait changé.
A l’époque … je « faisais la route », pouce en l’air et nez au vent, avec le futur papa. J’avais une vie bohème. Je n’ai découvert la grossesse que vers 4 mois et demi, pendant les vendanges … dans ma famille, une fille ne revenait pas avec le gros ventre, sans la bague au doigt. Pas question de me marier … je suis allée en foyer finir ma grossesse.
Nous étions en février … je commençais à trouver le temps long.
La visite des 8 mois avait été … il n’y a pas de mot. Je suis arrivée, on m’a dit d’aller dans le petit cabinet, de me déshabiller, d’ouvrir la porte du fond et de m’installer nue sur la table d’examen, pieds dans les étriers. Devant mon sexe, un rideau. Une main tire le rideau, et derrière … le toubib et une dizaine d’externes / étudiants, ou je ne sais quoi – que des hommes. Je suis totalement sous le choc, en sidération. Je subis un tv de la part de chaque personne, y compris du toubib. Les étudiants sont gênés, pas un ne me regarde dans les yeux. Et moi j’ai tout du poisson brutalement jeté hors de l’eau.
Une fois rhabillée, il y a eu une prise de tête avec le toubib : il m’avait donné rendez-vous pour le 15 février, pour la visite des 9 mois. A cette date, j’étais convaincue que bébé serait né. J’ai comme complètement gommé ce qui vient juste de se passer.

Le 8 février, un dimanche, je vais rendre visite à une amie qui vient d’accoucher, c’est à l’autre bout de Paris.
Je me couche épuisée. Je ne pense plus à rien … Vers minuit, je suis réveillée par une dispute qui éclate près de ma chambre. Le temps de comprendre, une douleur brutale me broie le dos. Le dos ? je m’assois, incrédule : il se passe quoi ? aurais-je déconné cette journée-là ? La douleur pulse et revient toutes les 5 min. Mon ventre durcit à la même cadence. Ce sont donc des contractions douloureuses … mais le dos ? pourquoi cette brûlure atroce dans le dos ? en soufflant et retenant mes gémissements, je vérifie que tout est prêt pour le départ. J’attends un peu, puis je vais prévenir la sage-femme de garde au foyer. Elle confirme le début de travail, mais ne semble pressée que d’une chose : que je décolle pour qu’elle retourne dormir. Devant son attitude, je refoule les questions que me brûlent les lèvres. L’ambulance arrive, je m’assois à l’avant, et la première chose que me dit l’ambulancier c’est : « Euh je suis nouveau. Vous savez comment on va à l’hopital x ? » Ca, c’est le pompon … me voilà avec un plan sur les genoux, le dos broyé toutes les 5 mn, à chercher la route pour un ambulancier débutant !
Après ce qui me semble un temps infini, nous arrivons enfin à l’hôpital. Je me présente à la maternité, et j’entre dans le circuit … la sage-femme de garde m’examine. Ca clashe dès le départ. Elle râle parce que je refuse qu’elle me touche durant la contraction, me dit « col long fermé, bébé haut et pas engagé. Z’êtes pas en travail ma petite, ce sont des contractions de fin de grossesse ! »
Je rétorque que des contractions de fin de grossesse, j’en ai depuis deux mois, et que ça, ça n’a rien à voir. Elle monte sur ses grands chevaux. Moi aussi. J’ai peur, j’ai mal, très mal, et je me fais engueuler pour rien, alors que j’applique à la lettre ce qu’on m’a dit de faire ? alors là y a comme un lézard, et pas qu’un petit ! Je SAIS que le travail a commencé, c’est MON corps, comment cette abrutie pourrait savoir mieux que moi ? Je suis en rogne, mais derrière il y a beaucoup de détresse, de souffrance, de peur. De noms d’oiseaux en engueulades, la sage-femme me colle en salle commune. Et disparaît, sans un mot. Evidemment, je suis censée m’allonger sur le lit, mais rien à faire, c’est insupportable. Je m’assois, tire le plateau roulant, met un oreiller dessus et m’appuie sur le tout. Je sombre dans le sommeil … et suis réveillée toutes les 5 mn par cette douleur, de pire en pire. Je pleure, je mords l’oreiller, je ne comprends rien, je me sens seule comme jamais, entrée dans un cauchemar sans fin. Une voix douce, amicale, me surprend :
« Ca va pas ? »

Je lève le nez. Apparemment tout le monde ne dort pas. Il ne fait pas entièrement noir dans cette salle, juste sombre. Pas très loin de mon lit, une femme est installée, calée par nombre d’oreillers.
Elle me sourit. Elle a une perfusion dans le bras Elle me demande :
« C’est votre premier ? »
J’acquiesce. Cette voix douce, apaisante, cette attention, cela me fait un bien fou ! mais cela me porte aussi au bord des larmes …
« J’ai mal au dos …
– oui cela arrive … j’ai trois enfants, là je suis enceinte du 4ème mais il semblait vouloir sortir bien trop tôt, je suis hospitalisée pour menace d’accouchement prématuré. »
De somnolences en contractions, cette voix va m’aider à traverser la nuit. Son calme, son assurance, son empathie vont faire bien plus que je ne me suis rendue compte sur le coup. La femme qui me parle connaît ce que je vis, elle l’a déjà vécu plusieurs fois et en est sortie vivante. Donc moi aussi … il n’y a pas de raison. Ce sera un des rares rayons de soleil de ces moments douloureux.
L’hôpital n’est pas silencieux. Des cris, des pleurs, des gémissements traversent de façon plus ou moins durable la salle. La sage-femme vient m’examiner toutes les heures : elle commence par râler en me découvrant sur le plateau, puis me relève, prend l’oreiller, pousse le plateau roulant et me recouche en disant « Vous serez mieux comme ça » … au début j’ai protesté, au bout d’un moment je laisse faire. Puis le toucher vaginal – elle n’accepte pas que je refuse qu’elle me touche durant une contraction, mais je m’en fous, je serre les jambes si j’ai une contraction et elle est bien obligée d’attendre. Puis écoute du cœur, et une piqûre « pour calmer la douleur ». Je suis tellement mal que je ne m’étonne pas que sa piqûre de « calmant » non seulement ne calme rien mais semble empirer les choses. Depuis le début, je demande la péridurale – pas si courante dans les années 1980, ce à quoi la sage-femme me répond « Pas d’anesthésiste disponible » systématiquement.
A un moment, la sage-femme, exaspérée sans doute de me trouver toujours dans cette position assise, prend le plateau roulant sur lequel je m’appuie et va le mettre à l’autre bout de la salle. Dès qu’elle tourne les talons et sort de la salle, je me lève péniblement et en me cramponnant de pied de lit en pied de lit, craignant de tomber sans pouvoir me relever, je vais le rechercher.
A 7h et quelques, grand brouhaha : le petit déjeuner. Je regarde les autres manger, le dos broyé.

Vers xxh et des brouettes (je perds le fil des heures après le petit déjeuner), changement de rythme : la sage-femme me donne un suppo, me dit d’aller aux toilettes, de le mettre, d’attendre la vidange et d’aller dans la salle de travail xxx (xième porte à gauche). Elle m’y rejoindra. Devant ma tête éberluée – aussi bien pour le suppo que pour me rendre à pied en salle de travail, elle me rétorque :
« Vous pouvez marcher, vous avez traversé la salle pour reprendre votre plateau. Et ça vous fera le plus grand bien » …
Toujours aussi douée pour savoir mieux que moi ce qui est bon pour moi …

Je mets un temps fou pour aller aux wc. La pose du suppo, et la vidange qui s’ensuit se passent dans la douleur. Je me sens de plus en plus mal. Mouches devant les yeux, vertiges, jambes flageolantes … je suis à jeun depuis la veille, je n’ai pas faim mais je me sens très faible. Et je crève de soif ! la soif restera un souvenir cuisant de souffrance particulière, en plus du reste … je suis tellement occupée à ne pas tomber que je ne percute même pas que je pourrais boire au robinet pour se laver les mains. Appuyée au mur, je rejoins la salle de travail à l’allure d’un escargot bourré. Je monte difficilement sur la table, je me mets à califourchon, jambes pendantes et appuyée en avant sur mes mains. C’est un peu moins pire. Mais ça ne dure pas : la sage-femme déboule. Me couche sur le dos, monitoring, perfusion, brassard de tension. Et « Non, pas d’anesthésiste disponible » …

Je suis seule désormais. Il n’y a plus la voix chaleureuse et soutenante de la maman en MAP. Il y a des cris dans les salles d’à côté, et cela me hérisse de peur. Et surtout je n’en peux plus. J’ai atteint le bout du bout là, je suis rendue au-delà de ce que j’imaginais pouvoir supporter. Je jure comme un charretier à chaque contraction, m’épuisant pour rien. La douleur me broie dans un étau insoutenable, de plus en plus fort, de plus en plus longtemps, de plus en plus souvent. Je pense à maman, et je me dis que non, impossible qu’elle aie accepté de vivre cela 5 fois. Je pense au « Prisonnier », ce feuilleton où un homme est parachuté sans raison dans un endroit absurde. Je me demande si la personne qui a écrit ce feuilleton n’aurait pas accouché, parce que je me sens exactement dans cette situation là. Et puis au fil des minutes, je pense de moins en moins, et je sombre dans le cauchemar.
A un moment, je craque. Je m’assois, évidemment ça sonne partout, et j’arrache tout : monitoring, brassard de tension, perf. J’envoie tout voler, avec un plaisir incommensurable. La sage-femme arrive au galop, et s’arrête pile à l’entrée de la salle, clouée par le spectacle. J’ai repris ma position, assise appuyée sur les mains. Quand elle fait mine de s’avancer, je hurle
« JE VEUX UNE PERIDURALE. VOUS NE ME TOUCHEREZ PAS TANT QUE JE N’AURAIS PAS DE PERIDURALE. ET N’APPROCHEZ PAS ! JE N’HESITERAIS PAS A ME DEFENDRE. »

Je suis tout en même temps épuisée, et portée par une rage violente, habitée par une seule obsession : avoir une péridurale. J’ai envie qu’elle s’approche, qu’elle tente de me recoucher de force, je voudrais taper, taper, taper … ça gronde au fond de moi, sur fond de douleur crucifiante. Mes yeux sont plantés dans les siens, et cela doit lui faire tilt … elle disparaît. Peu après, j’entends un pas dans le couloir : ce n’est pas celui de la sage-femme. On frappe à la porte : ce ne sont pas les manières de la sage femme. Je dis d’entrer, et une jeune femme toute pimpante en blouse rose apparaît, un grand sourire aux lèvres.
« Je viens vous poser la péridurale » …

Ah ben ça alors … je suis sidérée. Si j’avais su qu’il suffisait de piquer une grosse colère pour l’avoir, je me serais épargné bien des heures de souffrance ! Une anesthésiste s’est miraculeusement libérée dans les minutes qui ont suivi mon coup d’éclat. Elle s’approche de moi, et me dit « Il faudrait remettre le monitoring, il faut que je surveille les réactions de votre bébé aux produits » … Tout ce qu’elle veut ! Elle me ré-arnache, et je me laisse faire avec bonne grâce. Elle me parle tout en agissant, et veut très, très vite savoir comment cela se fait que je connaisse la péridurale ? c’est rare une maman qui en ait entendu parler … je souffle :
« J’ai très, très mal, depuis très longtemps. Alors s’il vous plait, faites ce que vous avez à faire. Quand je n’aurais plus mal, je vous raconterais tout ce que vous voulez savoir.
– Je comprends … suis je bête ! Je vous enquiquine avec mes questions, et vous vous souffrez. Cela ne sera plus long maintenant. »
Elle est rapide et efficace. Je me sens BIEN. En confiance. Cela me fait tellement de bien que j’en pleurerais ! Elle m’explique ce qu’elle fait en le faisant :
« Désinfection de la zone à piquer. Piqûre de pré-anesthésie, attention ça va piquer … Non ? parfait alors. Maintenant on attend quelques secondes … voilà, vous sentez quand je pique ? non ? faites le dos bien rond … ah contraction, soufflez fort, on attend. Voilà je peux y aller ? ne bougez surtout plus quoiqu’il arrive … parfait. Vous avez eu mal ? Non ? parfait. J’enfile le tuyau, retire l’aiguille, voilà, je vous scotche le tuyau sur l’épaule. Ca va ? Bon, je surélève la table, vous allez vous installer. Le tuyau ne vous gêne pas ? » …
Tout en l’écoutant, je regarde le monitoring. Et je vois une contraction monter, monter … et JE N’AI PAS MAL. RIEN. Pas un pincement même. Je lui prends le bras, lui montre l’écran :
« J’ai une contraction et vous savez quoi ? JE NE SENS RIEN ! MERCIIIIIII ! »

Elle se fige. Regarde le monitoring. Regarde mon visage réjoui. De toute évidence, quelque chose ne va pas. Et puis elle me sort, d’un ton qui a changé, qui n’est plus amical mais médical, cette phrase qui me sidère :
« Ce n’est pas possible. Le produit met 15/20 mn à agir. Et je viens juste de vous l’injecter. Vous DEVEZ avoir mal ! »
Gloups et re-gloups. Voilà que je n’ai plus mal (mais alors plus mal du tout) alors que je devrais avoir encore mal. Ca me perturbe, sa réaction : encore une qui croit plus ses théories que la parole du patient. Mais tant pis ! je ne souffre plus, et c’est grâce à elle. Je lui dis :
« Vous voulez savoir comment je connais la péridurale ?
– Oui bien sûr ! »
Mais je sens que le cœur n’y est plus, quelque chose a cassé. Je la sens perturbée, perplexe par ce qu’elle vient de voir en direct : une péridurale agir immédiatement. Cela va à l’encontre de tout ce qu’elle sait sur la question. De tout ce que je sais aussi, car je sais que le produit met du temps à agir. Mais je m’en fous : j’apprécie.
Je lui relate succinctement mes heures passée à la FNAC, et toute l’information que j’ai pu y glaner. Dont la péridurale. Un bouquin explique ce que c’est, comment c’est fait. Dit aussi que le produit ne traverse pas le placenta. Que la technique est encore peu répandue en France. Mais que si on peut en bénéficier, qu’il faut en profiter. Au bout d’un moment, j’entends le pas de la sage-femme dans le couloir. L’anesthésiste prend congé, en me disant que le produit agit deux heures environ, mais qu’on peut en remettre si nécessaire. Je la remercie encore une fois.

La sage-femme a le visage fermé. On ne peut pas dire que ce soit le grand amour entre nous … elle me dit qu’il faut qu’elle regarde où en est la dilatation. OK pas de problème. Je demande si je peux avoir de l’eau, elle dit non, après l’accouchement. Que je risque gros si je bois et que … et que … et que … Elle repart, sans un mot, non sans avoir ajouté quelque chose dans la perfusion. La soif me torture. Mais je n’ai plus mal. Je m’endors …
C’est la douleur qui me réveille vraiment. Il me semble que la sage-femme soit passée à un moment ou à un autre, mais j’étais semi-consciente. Ca recommence à pulser dans le dos, méchamment. Je sonne. Elle arrive, je redemande une dose de péri … elle m’examine – pas durant la contraction – et me dit : « Non vous êtes quasi à complète, il va falloir pousser ; nous avons appelé le papa, comme vous nous aviez demandé, il ne devrait pas tarder. Je vais vous installer ».

Et me voilà pieds dans les étriers, jambes écartées, sexe ouvert … et la porte est grande ouverte. Je ne suis pas spécialement pudique, mais ça coince. Je donnerais n’importe quoi pour retourner dans les bras de morphée, mais rien à faire. La douleur est de nouveau insupportable, et de plus en plus insupportable. La pièce se remplit brutalement … mon compagnon, intimidé et qui ne sait pas où se mettre, interne, sages-femmes – c’est le changement d’équipe, les anciennes finissent et les nouvelles sont déjà là, plus une étudiante pile poil entre mes jambes derrière la sage-femme. Comme je jure en tapant la table, une sage-femme me sort « Faisiez pas cette tête là quand il est entré, hein ? bah il va sortir maintenant » … Et moi épinglée comme un insecte sur cette table, clouée de douleur, perdue, en plein cauchemar … mon compagnon essaie de me réconforter, me brumatise le visage plein pot – j’aime pas et je lui dit, je veux pas de flotte sur la figure, je veux BOIRE ! Une sage-femme me dit :
« On va essayer de vous faire pousser » …
Et c’est parti … « inspirez bloquez poussez … poussez … POUSSEZ ! » … une fois, deux fois … je pousse comme on me dit, je ne sens rien sinon la douleur, et je pousse … mais deux fois par contraction, pas trois comme on me l’ordonne. A la fin de la deuxième je suis HS, absolument incapable de remettre ça une 3ème fois à suivre. Mon compagnon m’encourage, l’interne m’engueule, une contraction, deux contractions … je reprends mon souffle et je siffle sèchement « Ta gueule, connard, c’est moi qui accouche » … c’est parti du cœur comme on dit, sortie de l’interne qui va se placer près des sages femmes. En rétorsion, je me retrouve avec deux sages-femmes qui font des pompes sur mon ventre, en pesant et appuyant de toutes leurs forces vers le bas. Je comprendrais après que c’est la fin du service des unes, qui veulent me finir avant de partir, et que les autres leur donne un coup de main, pour régler ça au plus vite. J’entends des bruits métalliques, et je jette un œil. La sage-femme entre mes jambes cache sa main … je bouge, je repousse les sages-femmes sur mon ventre avec brutalité.
« Vous faites quoi, là ? Dites-moi ce que vous voulez faire ! Une épisiotomie ? »
La sage-femme acquiesce. Des bribes de mes lectures reviennent « faciliter la sortie du bébé » … la fin du cauchemar est donc proche ? Et c’est reparti pour un tour, douleur, pousser, pousser et claaaaaaaaaaccccccc … ce bruit immonde des ciseaux coupant ma chair me fait sursauter (je ne peux supporter encore aujourd’hui d’entendre quelqu’un découper un lapin ou une volaille crue …). Et je pousseeeeeee ….
Je vois la jeune élève entre mes jambes changer de couleur. Elle a le teint très mat, et elle blanchit à vue d’œil. Bizarrement je suis détachée de ce que je vis, ailleurs, fascinée par son changement de teint qui devient rapidement d’un joli vert olive … j’avais jamais vu ça ! Elle a un haut-le-cœur, recule encore en titubant contre le mur, porte sa main devant la bouche, et sort rapidement, pas du tout assurée sur ses jambes … je reviens sur terre : quelle horreur sort d’entre mes jambes ? Je n’ai pas le temps de m’appesantir sur cette question existentielle. Des douleurs supplémentaires viennent me labourer : l’impression d’être brutalement écartelée, écartelée au delà de l’imaginable, et une brûlure intense, inimaginable. La sage-femme me dit « c’est presque fini » …
Je crois comprendre que le bébé est presque entièrement sorti, mais alors ce sont ses pieds qui raccrochent ? je suis limite du délire … et soudain j’entends un bébé hurler, tout près … je sursaute, et quelqu’un me dit « C’est votre bébé qui crie, il y a juste sa tête de sortie et il crie ! ». Je pousse encore, dégagement des épaules, et le reste suit … on me pose mon bébé sur mon ventre, c’est une fille. Elle se tait dès qu’elle est sur moi, et nous nous regardons. C’est une étrangère. Je la regarde, elle a les yeux bleus clair, semble être blonde … elle a la bouche de son père. Mais rien ne passe … je suis fatiguée, épuisée, soulagée que le cauchemar soit enfin fini – il ne l’est pas, mais ça je ne le sais pas encore. Ce bébé me fait le même effet que les autres bébés … on l’emmène, mon compagnon s’en va, et la salle se vide d’un coup. Je me retrouve seule … j’entends un bébé hurler à la mort, est-ce ma fille ? Un homme en blouse blanche entre, il s’assoit entre mes jambes, sans dire un mot, et … pique mon sexe. Je crie de douleur et de surprise. Il est cinglé ou quoi ? Il me dit :
« Vous avez eu une épisiotomie, il faut suturer.
– Pas à vif ?!
– Vous êtes sous péridurale, ça ne fait pas mal !
– La péridurale n’agit plus, ça fait très mal !
– Ne faites pas l’enfant, arrêtez de bouger, vous perdez du sang, il faut suturer vite.
– Si vous me retouchez une seule fois sans anesthésie, et je me fous de savoir comment vous ferez, je vous refais la mâchoire ! » Je suis fumasse – et terrorisée ! comment imaginer subir une suture à vif après tout ce que je viens de traverser ? je n’en peux plus, ça ne va donc jamais finir ? L’interne parlemente encore, je répète d’un ton de plus en plus violent : « Si vous me touchez, je tape ! » tout en bougeant – pas très fort mais assez pour l’empêcher de piquer. Il y a une tentative avec le spray aussi anesthésique que de l’eau, et il sent le souffle de mon pied près de son visage … Finalement, il se lève, en soupirant très fort … va chercher ce qui est nécessaire, revient, se rassoit et me dit :
« Je vais piquer – c’est l’anesthésie, alors on reste calme ! quelques injections autour de la zone à suturer, ce n’est pas très agréable, mais c’est vous qui le voulez ! »
Je ne bouge pas un cil. La sensation n’a rien à voir avec la piqûre de suture précédente, bien moins douloureuse, et puis c’est pour la bonne cause. Il anesthésie, me prévient qu’il va piquer plusieurs fois doucement pour vérifier si l’anesthésie est efficace avant de commencer à suturer … il semble tenir à ses dents on dirait ! Il va être parfait jusqu’au bout ! en cours de suture, il ré-injecte de lui même des doses d’anesthésique, en me prévenant systématiquement de ce qu’il fait … Heureusement que j’ai protesté : la suture dure plus d’une heure … j’imagine sans anesthésie locale, si je m’étais laissée faire : une vraie torture.

On me ramène ma fille en couveuse fermée. Elle est éveillée, on se regarde à travers la vitre. J’attend un miracle qui ne viendra pas …
Je suis installée au bout de je ne sais pas combien de temps dans une chambre double. Il y a une grande bouteille d’eau, la personne qui m’accompagne me dit de boire doucement … tu parles, elle a à peine tourné les talons que je bois la bouteille en entier en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Je planque la bouteille vide, et je sonne pour qu’on m’en rapporte une autre, qui sera vidée à peine moins vite que la précédente.

Durant les jours qui vont suivre, le cauchemar prend une autre allure : je suis épuisée, et j’ai l’impression de perdre beaucoup de sang. Beaucoup trop de sang. Je trempe les serviettes XXL nuit en deux heures parfois. Et ça dure … je le dis. Plusieurs fois. Je me plains aussi de ma fatigue. On me remonte les bretelles. Faut que j’arrête de m’écouter. Faut que je me reprenne. Faut que j’aille prendre une bonne douche. Que j’arrête de faire l’enfant. Et j’en oublie. Une seule personne va m’écouter – qu’elle soit bénie ! – une infirmière. Un vrai rayon de soleil. Elle va venir tous les jours, passer quelques minutes ou plus avec moi ; discuter, de tout, de rien, de sa vie, de la mienne. Elle prend au sérieux ce que je dis, mais personne ne l’écoute.
Et puis … nous sommes à J + 3 … je me lève pour prendre mon bébé, lui donner son biberon. Et je tombe sur le berceau. Net et sans bavure, comme fauchée. Je suis dans un état bizarre : j’entends tout, mais ne peux ni bouger, ni parler, ni même ouvrir les yeux. J’entends les appels de ma voisine, sa sonnette qu’elle presse à répétition, les bruits de pas précipités, les phrases échangées. Tout. Et puis quelqu’un fait un geste hautement technique, nécessitant beaucoup de matériels et de connaissance – je suppose, sinon pourquoi n’a-t-il pas été fait de suite ? – il baisse ma paupière inférieure et dit « elle est complètement anémiée » … une autre voix ajoute « et elle perd pas mal … » …
Je me retrouve sur mon lit, avec une perf et un traitement.
Personne n’est allé voir du côté du périnée / vagin ce qui se passait.

Des années après, une gynécologue me montrera par un endoscope que mon col a été déchiré lors de l’accouchement – et pas qu’un peu.
Il y a quelques mois, j’ai appris qu’une déchirure du col était toujours à rechercher en cas de pertes de sang anormalement fortes et prolongées, et qu’une suture sous anesthésie générale était nécessaire quasi toujours.

La boucle est bouclée, j’ai enfin compris ce qui s’était passé ! Plus de 20 ans après. … leur expression abdo totalement inutile (qui a de plus lésé mon périnée en profondeur, qui ne s’en est jamais remis), a fait passer bébé en force dans le col, qui a déchiré. Saignements anormalement abondants, mais qui n’ont inquiétés personne. Ca a cicatrisé comme ça a pu, et heureusement ça n’a pas empêché mon col de faire son boulot correctement pour mes deux autres grossesses.

Blandine

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Lien vers le second récit de Blandine : #349 Deuxième accouchement – En province, années 90

#240 Ana Maria, Bucaramanga en Colombie, avril 2011

8 Mar

Ma grossesse s’est très bien passée, et après avoir commencé le travail dans d’excellentes conditions je suis partie aux urgences. De là on m’a transférée en maternité, et à mon arrivée  j’ai dit à la cadre-infirmière que je n’autorisais l’injection d’ocytocine de synthèse sous aucun motif.

En salle d’accouchement, la première chose que demande le médecin de garde est que l’on m’injecte 2 mm de Pitosin (ocytocine de synthèse) alors que j’étais à 8 de dilatation??????????????WHAT???????

Je ne l’ai pas accepté, alors ils m’y ont obligée en me menaçant.

Cette nuit-là nous sommes 3 à avoir eu des complications pour notre accouchement, mon bébé avait le cordon autour du cou et à la fin, avec les forceps, ils ont saccagé mon vagin.

Pendant tout ce temps-là  le médecin était dans une chambre et regardait un film. On en a même parlé entre nous, avec les autres mamans qui ont accouché cette nuit-là, on a toute constaté la même chose.

Je suis allée me plaindre de ce qui s’est passé à la direction de la clinique, mais en vain,  c’est comme si on m’avait abusée 2 fois… en effet, au moment où je vous écris ce même médecin continue les gardes dans cette maternité, où il continue à imposer ses actes et à obliger les femmes à les accepter.

Dans mon pays, on ne donne aucune importance à la maltraitance en milieu médical, malheureusement.

Ici, souvent, les femmes subissent des choses dont elles n’osent pas parler, elles affrontent toutes seules des situations qui génèrent des traumatismes qui n’ont pas lieu d’être.

***

Lleve a cabo un excelente embarazo y despues de un excelente trabajo de parto fui a urgencia y pase a maternidad, solicitandole por favor a la jefe de enfermeras que por ningun motivo autorizaba el uso de oxitocina sintetica en mi cuerpo, pase a la sala de maternas y lo primero que ordena el Dr. de turno es 2 mm de pitosin con 8 Cm de dilatacion??????????????WHAT??????? no autorice y bajo amenazas me sometieron a la oxitocina esa noche 3 mujeres sufrimos complicaciones con nuestros partos a mi bebe se le enredo el cordon y en el ultimo minuto con los forceps me destrozaron mi vagina, Habiendo pasado por esto puse la queja en la gerencia de la clinica y fue doble el abuso, en este momento aun este mismo Dr. cubre los turnos de maternidad y sigue obrando impositivamente y obligadamente, En mi pais nada pasa con el abuso en los medios de salud, desafortunadamente.

Esto sucede y el medico esta en una habitacion continua viendo una pelicula es como para corroborar historias con las maternas que estuvimos esa noche.

Aca suelen suceder cosas que las mujeres no saben que pueden compartir publicamente, cargan solas con situaciones que generan traumas ilogicos.

# 136 Camille_ Toulouse

22 Fév

Voici mon témoignage.
Cette initiative me touche beaucoup car j’ai gardé une frustration immense suite à mon premier accouchement.

J’avais 23 ans, peu sure de moi, je n’étais pas prête à affronter les sage femmes et les médecins donc je me suis laissé faire… et je le regrette !
Mon premier accouchement a eu lieu à la clinique S. T., à Toulouse.

J’avais eu une péridurale dés le début, disons que c’était une évidence, personne ne m’a expliqué qu’on pouvait attendre un peu.
Le travail a été normal, sans douleur, plutôt serein, jusqu’à la dernière heure.
Au bout de 8 ou 9h d’attente, je savais qu’on était presqu’au bout, et j’ai recommencé à avoir des sensations dans le ventre. Je me suis un peu inquiétée et j’ai posé la question à la sage femme :
« ce n’est pas grave de recommencer à sentir la douleur maintenant ? Est ce que je ne vais pas avoir trop mal pendant l’accouchement ? ».
La sage femme a marmonné je ne sais quoi et est partie chercher l’anesthésiste. Ce cher monsieur arrive en trombe, agacé, et me fait comprendre que je suis bien pénible (et douillette surement…) et me met une grosse dose d’anesthésie sans rien me demander. Je n’ai pas eu le temps de comprendre… et moi qui voulais juste être rassurée !
Suite à cela, je n’ai plus rien senti… mais rien de rien ! En fait je ne pouvais plus bouger mes jambes. Je me suis retrouvée paralysée pour la naissance de mon premier bébé que j’attendais si impatiemment.
Mais ce n’est pas tout…
Enfin le moment arrive où bébé est prêt à sortir. La sage femme me demande de pousser une fois pour voir comment je me débrouillais.
Je ne sens rien, et apparemment, je pousse très mal car elle se lève en se moquant (en tous cas c’est comme ça que je l’ai ressenti) et lance « ho à ce rythme là, y en a pour un bon moment », puis elle sort téléphoner au gynéco (on était dans une clinique donc le medecin doit venir pour la naissance) pour lui dire de prendre son temps sans doute.
Cinq minutes plus tard elle revient et me redemande de pousser. Cette fois (elle m’a vraiment vexé) je pousse super bien.
Elle est prise de cours et me dit « stooop on voit les cheveux, votre bébé est là, mais il faut attendre un peu ».
Et voila un des moments le plus long de ma vie. Mon bébé est là mais je n’ai pas le droit de le faire sortir. Je n’ose rien dire, mon mari non plus. On attend. Je ne sens rien du tout donc je n’ai aucune envie de pousser, je suis à la merci de cette sage femme.
Je me souviens vaguement que la sage femme essayait de discuter pour passer le temps. Mais moi, je ne pensais qu’à une chose : mon bébé est là, il doit attendre, c’est affreux.
Puis enfin, le gynéco arrive et j’ai la permission de finir mon accouchement.
La suite n’est pas mieux. Ils partent rapidement avec mon fils pour le nettoyer, et je me retrouve seule avec mon mari, baignant dans mon sang, les jambes écartées, paralysée du bas. Il a été obligé de me porter pour me remettre dans une position un peu plus confortable. En plus, notre fils a eu la tête très déformé, surement à cause du temps d’attente où il est resté coincé, compressé. Mon mari n’a rien osé dire mais il a pensé que cette déformation était définitive. Il a mis du temps à m’en parler mais il a été vraiment traumatisé par ça.

Mon fils est un garçon merveilleux mais il a pleuré pendant 6 mois, a fait ses nuits à 3 ans, il est très agité, très sensible, très angoissé. On ne sait pas du tout pourquoi mais je me demande souvent : est ce que le tout début de sa vie a joué un rôle dans tout ça ?

Quoi qu’il en soit je vois toujours le visage de cette sage femme ! Mon mari et moi lui en voulons tellement d’avoir gâché ce moment.
Le pire c’est qu’elle ne doit même pas avoir conscience de ça… elle fait son boulot, mais ne voit même plus qu’elle a des femmes, des hommes, des familles face à elle. Des femmes qui pensent, qui ont des idées, des envies. C’est leur corps ! Leur accouchement ! Leur bébé !

Heureusement, j’ai depuis eu deux autres accouchements qui se sont bien passés. Le troisième notamment, a été parfait; j’étais à la maternité J. D. à Toulouse, et les sage femme nous ont vraiment respecté. Je me suis sentie écoutée, comprise et surtout, c’est moi qui maitrisais mon accouchement

#40 Dounia – Lille

31 Jan

Je fus très déçue de mes accouchements en maternité. Je me suis sentie humiliée.

Sans que je le veuille une femme m’a rompu la poche des eaux lors de mon arrivée à la maternité pour ma troisième. Sans m’en avertir, j’aurais dit non.

J’ai refusé la péridurale l’équipe médicale m’a fait du forcing… Ils m’ont dit que je n’avais pas à pleurer, ni à crier, que je ne devais pas me plaindre. Malgré le fait que j’insistais l’anesthésiste est quand même venu dans la salle d accouchement en me disant qu’il allait partir que je devais accepter la péridurale sinon j’allais souffrir… J’ai accepté…

Une femme venait de vérifier l’avancement du travail, elle a retiré ses gants et m’a dit que je n étais pas prête d’accoucher. Je lui ai dit mon enfant arrive elle a refusé de me croire puis elle n’a pas eu le temps de remettre ses gants que ma fille était là…

J’ai eu le droit à trois épisiotomies… Un jour alors que j’étais dans ma chambre un homme est entré sans frapper. Il était accompagné d’une dizaine d’étudiants. Une seule personne m’a dit bonjour… L’ homme a soulevé mon drap, a retiré ma culotte et expliqué la cicatrisation de l’épisiotomie aux autres… Puis il a tout remis et tout le monde est parti. J’étais tellement choquée par ce manque de respect que je n’ai rien su dire et je m’en veux encore.

Le lendemain de l’un de mes accouchements, j’ai eu mes seins qui avaient doublé de volume. J’ai demandé de l’aide et on m’a dit que ce n était pas possible d’avoir des montées de lait le lendemain d’un accouchement. J’ai dû me pencher, prendre deux verres et avec la pression le lait coulait dans les verres que je versais ensuite dans le lavabo…

Être de suite allongée sous perfusion, ne pas avoir le droit de bouger, de boire… Cela m’a marquée. Pour ma dernière il y avait beaucoup de femmes qui allaient mettre au monde leur enfant. J’ai senti la pression le fait que je devais aller vite pour accoucher… J’ai eu le droit à dépêchez vous sinon on appelle le médecin pour une césarienne, menace de faire sortir ma fille avec les forceps… J’ai eu peur, j’ai forcé au point d’avoir des tâches de sang au niveau du visage et du torse (éclatement des vaisseaux sanguins). Ma fille avait la même chose quand je l’ai vue la première fois, peut être qu’elle aussi a mal vécu le moment…

Je voulais allaiter à la demande. Je me suis fait engueuler car ma fille dormait depuis plusieurs heures et que pour la personne il fallait la réveiller toutes les trois heures…

J’ai demandé à changer de position durant le travail j’ai eu le droit à un refus…

J’en passe, je voulais juste ne pas avoir de perfusion avec un produit inconnu sans demander mon avis comme à chaque acte. Pouvoir être libre de mes mouvements. Je voulais qu’on m’explique et me demande mon avis sur certains actes. Qu’on respecte mon intimité. Je ne voulais pas de péridurale…