Tag Archives: position dorsale

#349 Deuxième accouchement – En province, années 90

17 Fév

Pays : France

CHU d’une ville moyenne de Province.

Deuxième accouchement
Aux alentours du terme, mon compagnon se blessa sérieusement … pompiers, hospitalisation … je pris les mesures « ad hoc » : une amie – qui devait prendre ma grande durant l’accouchement et mon séjour à l’hosto – prit ma fille immédiatement, afin de faciliter les choses. Et je me retrouvais seule, avec l’accouchement ultra proche, sans voiture – mais ça c’était pas nouveau – … seule dans cette grande maison, mais en paix … étrangement, je n’avais pas peur, j’étais en même temps apaisée et excitée par la proximité de l’accouchement. Mon premier accouchement me semblait avoir eu lieu dans une autre vie, et je me sentais en confiance avec la maternité. 12 ans et quelques jours s’étaient écoulés … ce n’était pas la même maternité, pas les mêmes personnes … les choses avaient dû évoluer, non ? Mon gros motif d’inquiétude allait vers mon compagnon … je savais qu’il souffrait, et je ne savais pas s’il pourrait être là à l’accouchement – même si nous étions dans le même hosto …

Le lendemain de l’accident de mon compagnon, j’ai passé l’après midi avec lui, à l’hosto ; en rentrant, j’ai lu, comme d’habitude, répété mes exercices de relaxation et soufflé doucement sur les contractions – pas besoin de faire semblant, les contractions s’enchaînaient mais sans être douloureuses. J’étais fatiguée …
Je m’endormis facilement. Et … à minuit tapante, réveillée par une douleur foudroyante dans les reins. Je me suis retrouvée 12 ans en arrière, exactement. La même douleur … la même heure ! Je sus de suite que le top départ venait d’être donné. Je me levais. Je savais d’expérience que rester couchée empirerait la douleur sans faciliter l’avancement du travail. Je savais qu’il fallait que je bouge ! Et je n’avais aucun besoin de me forcer : j’avais besoin de bouger. Et les contractions, exactement comme pour ma fille, se sont enchaînées de suite toutes les 5 min.
Je me suis habillée, après avoir vérifié mon col : effacé totalement, tête du bébé bombante que je sentais sous mes doigts – quelle émotion ! – … pareil que les semaines précédentes, pas de changement. Je marchais dans le couloir … durant des heures, j’ai marché dans ce couloir, avec une chanson mise en boucle sur la chaîne : « Puisque tu pars » de Jean-Jacques Goldman. Cela me semblait particulièrement de circonstance … je chantais à plein poumons en même temps, parfois je hurlais la chanson – pov voisins … au bout de 3 heures, les choses avaient bougé : le col s’était ouvert (une mandarine), le travail devenait plus fort, les contractions plus rapprochées et longues … je n’étais pas pressée de partir … mais je me demandais si en attendant trop je pourrais encore appeler les pompiers … finalement j’appelais mon amie qui s’occupait de ma grande – c’était convenu entre nous – pour la prévenir que j’allais partir à la maternité. Puis j’appelais les pompiers … rentrée brutale dans l’atmosphère « médicale », première grosse rupture de ma bulle …

Je fis le 18 :
Et les échanges, qui m’ont stupéfaits, ont donné quelque chose comme :
« Bonjour, voilà … je m’appelle xxxx xxxx, j’habite au ….., et je suis en travail. En train d’accoucher. Oui je suis sûre. Vous pouvez envoyer une voiture ?
– votre voix est trop calme ; vous ne paniquez pas … vous n’avez pas la voix d’une femme en travail, croyez moi j’en ai entendu !
– Contractions toutes les 4/5 mn depuis minuit, de plus en plus douloureuses et longues ; c’est mon deuxième. Si vous avez besoin, je peux crier et paniquer … mais je n’en vois pas la nécessité.
– Vous êtes seule ?
– Oui mon compagnon vient d’être hospitalisé suite à un accident. Ma fille est chez une amie. Personne pour m’emmener à proximité.
– Donnez moi votre numéro de téléphone. Le médecin modérateur vous rappelle rapidement. »

J’attendis quelques minutes à tournicoter autour du téléphone. La douleur s’était amplifiée, je n’osais plus chanter avec la musique, de peur de louper l’appel. Le téléphone sonna enfin, et … re ! . Je dus recommencer à zéro, les mêmes infos … génial en plein travail ce genre de dialogue, surréaliste je dirais même. Le médecin commença à réagir comme mon précédent interlocuteur. Puis il eut l’intelligence de percuter que toutes les 4/5 mn environ, je cessais de parler pour souffler longuement fort. Il me promit d’envoyer une ambulance rapidement. Il fallait que je me tienne prête.
Aucun problème. Un dernier TV avant la route. Ca avançait bien !
Je vérifiais mes bagages pour la xième fois. Coupais l’eau, et disjonctais le compteur d’électricité. J’étais très calme ; je fermais la maison, je les sortis dans la rue et commençais à faire les cent pas. Je pensais que quand je reviendrais, bébé serait dans mes bras … cela me semblait invraisemblable !
Je ne pouvais plus chanter … le temps me semblait interminable à faire des allers et retours en attendant l’ambulance. Je savais que ce n’était pas évident à trouver ma rue, mais quand même … enfin je vis un véhicule s’arrêter à quelques 2 dizaines de mètres, au bout de la rue (qui faisait intersection avec une autre rue).

Une personne en descendit, et commença à lire les plaques des rues : perdue et cherchant sa route de toute évidence … je marchais vers le véhicule, et une fois assez près, j’appelais. La personne me regarda comme une extra terrestre …
« Vous êtes les ambulanciers appelés pour mme xxxx en travail ? c’est vous ?
– euh oui … me dites pas que c’est pour vous !
– si pourquoi ?
– ben vous avez pas l’air en travail … »

A ce moment une contraction me foudroie, je m’appuie en soufflant comme un phoque contre une voiture. Ca m’évite de répondre … punaise c’est quoi cet archétype qu’ils sont tous dans le crâne ? une femme en travail ne marche pas ? ne parle pas normalement ?
Je siffle « vous en voyez beaucoup des femmes enceintes là maintenant à cette heure à vous attendre dans la rue ? »
Il me demande :
« Vos bagages sont où ?
– Devant la maison, suivez moi. »

Je marche d’un bon pas, l’ambulance roulant doucement derrière moi. La situation n’est pas loin d’être comique … Je prends mes sacs pour les charger dans le véhicule, l’ambulancier – ils sont deux, un au volant avec qui je n’échangerais pas un mot, et mon interlocuteur – m’arrête net : c’est pas à moi à faire cela …. Ça commence déjà à me gonfler tout ça … je ne suis pas handicapée zut ! Ensuite, il me demande si il peut vérifier la dilatation – savoir si on a le temps d’arriver à la maternité, ou si il faut appeler le SAMU de suite. De mieux en mieux. Je me retiens de lui dire qu’on a le temps, que je dois être autour de 3 ou 4 selon mes dernières estimations : je crois que cela l’achèverait. Il faut retourner dans la maison. Génial … j’ouvre la maison, re joncte le compteur d’électricité, toucher rapide sur le canapé : mes estimations sont confirmées.
Sitôt le toucher fini, je me rhabille et redisjoncte le compteur avant de fermer la maison. Je le suis dans l’ambulance. A peine entrée dans le véhicule, je reste debout, un peu pliée, recherchant du regard à quoi je vais pouvoir me cramponner à chaque contraction. Je sens alors une pesée sur mes épaules :
« Couchez vous sur le dos, je vais vous sangler » …
QUOI ?
MEME PAS EN REVE !
Je me dégage brutalement, et trouve du regard ce que je cherchais : deux poignées pendent du plafond du véhicule. Je les cramponne en soufflant tandis que la contraction passe. Nous n’avons toujours pas démarré. L’ambulancier tente de me convaincre de me coucher. Je lui dis très nettement que je ne me coucherais pas, et que ce n’est pas négociable. Il me parle des assurances … j’oppose un visage totalement fermé à ses arguments. Au bout d’un moment, je lui dis que je vais rappeler le 18 : je ne vais pas passer mon accouchement à argumenter dans une ambulance ! Il percute qu’il a affaire à un mur … me dit de m’asseoir alors, de me caler sur la paroi … je dis « oui » mais à chaque contraction j’aggripe les poignées du plafond en me redressant … il frappe au carreau pour dire au conducteur de démarrer. Nous parlons un peu, entre chaque contraction. Le trajet dure entre 20 et 30 mn, autant le passer le plus agréablement possible. Rapidement, je le vois chronométrer les contractions, la durée entre et la durée de chaque. Il me demande si je ne me sens pas mouillée ; si je n’ai pas envie de pousser … je lui dis que non, qu’il se détende, que l’accouchement n’est pas imminent. Il ne semble pas convaincu, et frappe au carreau pour dire à son collègue d’accélérer. Il a gagné, il me fout le stress.
Il se gare près des urgences maternité. Je ne le sais pas, mais la meilleure partie de mon accouchement est derrière moi … ces heures où j’étais seule à marcher en chantant. Un moment dont je garde un souvenir intense et ému …
Je me couche sur le côté sur le brancard, le temps de le descendre de l’ambulance et de monter à la maternité. Dans l’ascenseur, je suis debout près du brancard – décidément, la position couchée et moi sommes incompatibles. L’a pas l’air heureux, mon ambulancier … une aide-soignante nous accueille … je sors de l’ascenseur avec une partie de mes bagages dans les mains, l’ambulancier sur les talons qui me répète de laisser tout ça, qu’il va s’en occuper … je me retourne pour lui dire que « ZUT je ne suis pas handicapée à la fin ! » … je suis l’aide-soignante pour ranger mes affaires ; l’ambulancier va faire les formalités, et nous nous serrons la main ; il me souhaite bonne chance en souriant.

L’aide-soignante est souriante, avenante. Elle me demande si elle peut vérifier la dilatation ? je lui dis que l’ambulancier l’a fait il y a une petite heure, que c’était à 4 environ. Elle lève les yeux au ciel d’un air de dire qu’il n’y connaît rien … oups une grosse contraction me cloue, je souffle appuyée sur la table d’examen, puis j’y monte ; je suis maintenant à 6 qu’elle me dit, ça avance vite … Je lui demande où sont les toilettes, j’ai besoin de faire une vidange sérieuse avant tout. Je sens que c’est le bon moment … un tit suppo de microval va m’y aider. Comme cela prend un peu de temps, elle vient aux nouvelles, je la rassure, je ne suis pas en train d’accoucher dans les wc !
Puis direction salle de travail. Je me mets en « tenue » … non je ne peux pas mettre le tshirt que j’avais emmené spécialement pour accoucher : il n’est pas ouvert dans le dos, ce n’est pas possible à cause de la péridurale. Comment ça je ne veux pas de péridurale ? enfin, elle me dit que je verrais avec la sage-femme … qu’elle va chercher, alors que je fais les cent pas dans la salle de travail, en m’arrêtant, m’appuyant et soufflant à chaque contraction. La sage-femme arrive … elle vient juste de se réveiller. Je suis la 4ème ou la 5ème de la nuit, et c’est sa deuxième nuit de garde. Elle me dit de monter sur la table, on va faire un monito et un TV pour savoir où ça en est … commencent à me bassiner avec les TV ! Je dis que sa collègue – oups pardon, l’aide-soignante – vient de m’en faire un, que je suis à 6 … elle accepte de surseoir au TV, mais c’est parti pour le monito. Et moi, j’entre en enfer. Dans la foulée du monito, on me pose une perf et le brassard de tension avant que j’ai eu le temps de dire ouf.
Il faut que je me couche à plat dos. Pas le choix. Elle me dit une demi-heure de monito pour voir où ça en est. Je tape sur la table et jure à chaque contraction. Paraît que j’ai un sacré vocabulaire. Elle me propose la péri à plusieurs reprises, je refuse net. Elle me dit de me calmer – elle est gentille elle … je lui réponds que je me calmerais bien plus facilement si j’étais debout. Elle ne répond pas. La demi-heure est longue à s’écouler … Entre temps, je lui explique la situation : mon compagnon en chirurgie, opéré hier … peut-il être présent à la naissance de son enfant ? elle me répond qu’il est interdit de changer un patient de service. Oups, un sacré coup sur le moral. Voyant la demi-heure terminée, et que mon bb a un RCF parfait, je m’assois. Evidemment, ça sonne … j’ai fais bouger les capteurs. La sage-femme me dit de me recoucher … ah non alors, pas question ! Et même mieux, non seulement je ne vais pas me recoucher, mais je vais me lever. La sage-femme proteste, me parle de responsabilité légale si il arrivait quoique ce soit, l’enregistrement du RCF est obligatoire, et qu’elle a elle aussi des enfants, et ainsi de suite … Je réponds que c’est intolérable, insupportablement douloureux de rester couchée, donc je ne reste pas couchée. Point. Et je ré-attaque pour mon compagnon … je n’envisage pas d’accoucher sans lui ! Non que j’ai besoin de lui, mais je sais qu’il veut voir son enfant naître. J’ai mal choisi mon moment … je me rends compte aujourd’hui que j’ai fais une erreur de stratégie de taille. La sage-femme me re-dit ce qu’elle m’a dit précédemment. Mais ajoute :
« Cependant, si vous faites un effort, j’en ferais un aussi. Si vous vous couchez, j’appelle le service de chirurgie pour demander qu’on fasse venir votre compagnon. Et l’anesthésiste aussi, comme vous avez l’air de beaucoup souffrir » … Elle me regarde droit dans les yeux, la main posée sur le téléphone intérieur. Je suis suffoquée. Incapable de réfléchir, je dois avoir tout du poisson sorti de l’eau, bouche ouverte et yeux vides. Finalement j’acquiesce, la rage au cœur. Elle me demande de me recoucher, me fait un TV – je suis à 8 … une péri posée à 8 ? à la vitesse où le travail avance ? … elle me dit que l’anesthésiste arrive, ainsi que mon compagnon. Je jure comme un charretier en attendant, en tapant sur la table. Elle me répète de ne pas m’épuiser, et que ce n’est pas trop joli de dire cela alors que son enfant est en train de naître. Je ne relève pas. A un moment entre deux contractions, je dis que je ne veux pas d’épisiotomie. Elle répond qu’on verra. Je souffle, jure et dit que c’est tout vu. Que si je vois les ciseaux, je tape. Et si elle coupe sans que je m’en rende compte, on se parlera par avocats. L’anesthésiste arrive. Pas réveillé, encore moins que la sage-femme. Il râle … je suis sa 4ème – ou 5ème ? – de la nuit. Me dit de m’asseoir et faire le dos rond. Pas un bonsoir, rien … je m’assois, et une contraction arrive, je crie qu’il ne me touche pas durant la contraction. Il n’apprécie pas du tout … ensuite je me mets au mieux possible, il pique et je crie de nouveau : une douleur incroyable, inattendue, aigue, insupportable me fulgure dans le dos. Je lui dis de faire l’anesthésie locale, que ça fait trop mal. Il ne répond pas … une contraction de nouveau, alors qu’il va pour me piquer une deuxième fois. Je bouge, et me mets debout. Le monito sonne, la sage-femme l’arrête. L’anesthésiste râle et m’engueule, que j’arrête de faire du cinéma parce que lui voudrait bien aller dormir. Je souffle comme un phoque sans lui répondre, et me remets en position. Je suis tendue, j’ai peur d’avoir mal … et j’ai de nouveau très mal. L’anesthésiste me dit de me détendre, que j’ai le dos dur comme du béton. Je réponds que je peux pas me détendre vu comment il me fait mal, qu’il fasse la pré-anesthésie d’abord ! Il me dit que c’est déjà fait. Je réplique que c’est pas possible, j’ai déjà eu une péri, et je n’ai rien de rien senti. Là il me fait un mal de chien. Bref, de mots doux en noms d’oiseaux, deux ou trois contractions passent. Puis je me remets encore en position … il dit que c’est le dernier essai, qu’après il va chercher l’anesthésiste … je sursaute … QUOI ? il n’est pas anesthésiste ? non interne me répond il. C’est le pompon … je sers de cobaye …
Je sens ses mains dans mon dos, je souffle souffle souffle … le pieu qui entre, me fourrage le dos, c’est atroce … enfin l’impression que quelque chose cède, ça fait encore plus mal d’un coup puis plus rien. Il me dit que ça y est … je lui jette un œil noir de colère … il part. La sage-femme me fait me recoucher, remet le monito correctement, rebranche les alarmes. J’ai mal, très mal, je suis énervée, complètement sortie de ma bulle. La péri fait enfin effet … peu après, la sage-femme refait un toucher, car je lui dis que je sens une envie de pousser … elle me dit qu’effectivement je suis à complète. Elle arrête le débit de la péri … tout ce cirque pour quoi ? une demi heure de soulagement ? pffffffffff ….
Je reparle de l’épisio … et lui demande aussi d’éteindre le scialytique, que bébé ne soit pas ébloui à la naissance. Elle le fait.
Des bruits de voix dans le couloir, c’est mon compagnon. Nous échangeons une brève accolade, quelques mots. Il ne saura jamais le prix que j’ai payé pour sa présence. Très vite, il se sent mal, sort prendre un café.
Entre temps, échange houleux avec la sage-femme … je ne veux pas d’épisio. Non négociable … elle ne semble pas comprendre et me réponds « Je verrais » ; la réponse part de suite « C’est tout de suite vu : je vois des ciseaux, je tape, vous coupez en douce, je vous colle mon tonton avocat sur le dos » !!!
Le papa revient rapidement, car bébé arrive.
C’est le moment des « Inspirez bloquez poussez !!! » … je suis mal dans cette position, j’étouffe et j’ai l’impression de pas être efficace du tout. Je m’épuise … cela va durer une demi-heure, comme pour ma grande. Sans expression abdominale … et sans épisiotomie. Le scialytique est éteint ; bébé est en occipito sacré, comme sa grande sœur (je peux voir tout ce qui se passe entre mes jambes dans le scialytique éteint qui fait miroir), la sage-femme dégage la tête, les épaules et me dit de l’attraper. Il hurle de suite … il est couché sur moi, violet puis rouge écarlate, et il hurle, hurle, hurle … mes mains sont posées sur lui, je lui parle, cherche ses yeux mais il est crispé sur ses hurlements. Il est 5h30 … ce deuxième accouchement aura duré presque 3 fois moins que le précédent. L’aide-soignante le prend, dit qu’elle va lui faire « les soins » … je me tords pour la suivre des yeux, la sage-femme me tend un miroir en me disant « C‘est juste derrière vous » … et j’ai droit aux images en même temps que le son … je ne regarde pas longtemps, j’ai les tripes en vrac … je suis révulsée de ce qu’ils lui font subir, j’ai envie de balancer le miroir sur la femme qui torture mon bébé, me lever, cogner !!! La sage-femme me dit « Je vous fait un point, il y a une petite déchirure » … je m’en fous, mon bébé hurle … je sens une lassitude énorme m’envahir, et je suis tirée comme par un élastique 12 ans en arrière, où un autre bébé hurlait à s’en faire péter les cordes vocales, pour les mêmes raisons. Je me sens vide, je me sens mal … enfin les hurlements s’apaisent … la séance de torture est terminée, et la voix du papa réussit à calmer un peu bébé. Dès que la suture est finie, bébé revient sur moi. Et nous nous regardons enfin. Je me sens un peu mieux. Il est blond aux yeux bleus, comme sa grande sœur. Mais il ne lui ressemble pas du tout. Je me sens vibrer d’émotions pour ce bébé … c’est tellement nouveau. Et c’est tellement ce que j’avais espéré pour ma grande que cela me fait mal en même temps.

La sage-femme me demande si je veux allaiter. Je réponds que oui. Une puéricultrice vient pour la mise au sein. Ensuite elle me dit d’un air navré :
« Je suis désolée Madame …
– ?
– il n’y a plus de couveuse, vous allez devoir garder votre bébé sur vous jusqu’à votre installation en chambre.
– ?
– D’habitude, le bébé va deux heures en couveuse après la naissance, comme ça il peut se réchauffer et la maman peut se reposer …
– Et bien c’est une chance qu’il n’y ait plus de couveuse. Je n’aurais sûrement pas accepté cela !! Le meilleur endroit pour réchauffer bébé, c’est mon corps … et comment voulez vous que je me repose séparée de mon enfant ? »

Elle me regarde comme si j’étais une extra-terrestre, et c’est réciproque. Ils imaginaient peut-être que j’aurais laissé faire ça ?
Ce qu’ils feront subir de pire à mon enfant dans cette maternité, est à venir … toute l’après midi, on va me mettre doucement la pression pour que j’accepte que bébé aille en nurserie la nuit … au soir, usée, j’accepterais, avec la promesse que bébé me serait ramené dès qu’il demanderait, promesse que je ferais à mon fils. Il hurlera de 23 h à 6h30 du matin, sans s’arrêter … refusant les bibs, se débattant dans les bras … au petit matin, il me sera rendu rouge, épuisé, mais toujours hurlant … je mettrais longtemps à l’apaiser … je mettrais longtemps aussi à m’apaiser, car je suis bouleversée de savoir ce qu’il a subi …
S’ensuivront dix ans de difficulté de sommeil sérieuses pour mon fils : dès que je le pose dans son lit, il hurle, je mets des heures à l’apaiser, l’endormir … je le pose dans son lit, et une fois sur deux ça repart pour un tour.
Plus grand il verbalisera ses difficultés d’endormissement : « j’ai peur que des voleurs ne viennent m’enlever à toi » …
Rien ni fera, aucune de mes assurances, la porte fermée à double tour, le chien … RIEN.
Il a la peur chevillée au corps, et moi butée bornée qui ne comprend rien.
Il me faudra dix ans pour relier les difficultés de sommeil de mon grand avec cette première nuit.
Evidemment que je ne pouvais pas le rassurer : il SAVAIT qu’on pouvait venir le chercher et l’emmener très longtemps loin de moi (un nouveau-né n’a aucun sens du temps, il a du avoir l’impression d’appeler dans le vide durant une éternité) … il le savait parce qu’il l’avait DÉJÀ vécu.

Au final, je suis heureuse … j’ai une capacité d’enterrer ce qui s’est mal passé effarante, comme pour mon aînée. Je remercie la sage-femme ; évidemment, par rapport aux premières que j’ai connues, elle est formidable … évidemment par rapport à mon premier accouchement celui-là a été réussi … j’étais bien plus active, décideuse … il n’a pas duré trop longtemps pour m’user … surtout pas d’épisiotomie, et la rencontre avec mon bébé avait été émouvante et chaleureuse.
Oui, évidemment … mais quand j’ai été enceinte une 3ème fois, tout est remonté, en même temps, mes deux premiers accouchements, et toutes les émotions qui allaient avec.
J’ai tout fait – et réussi – pour ne pas remettre un orteil dans en hosto.
Je voulais – et je l’ai fais – accoucher, et ne plus me faire accoucher.
Je voulais être active, DÉCIDER, SUIVRE MES BESOINS et ne plus subir, négocier, dire amen et le regretter ensuite très longtemps.
Je ne voulais pas la lune … juste qu’on me foute la paix, et qu’on me laisse accoucher, par mes propres moyens.
Je n’ai pas eu la lune … j’ai eu bien mieux : j’ai eu la lune, le système solaire et la voie lactée en prime.
Ca n’a pas été comme je l’avais si souvent rêvé : ça a été mieux, à un point que je n’aurais pu imaginer dans mes rêves les plus fous.
La contre-partie : ce 3ème accouchement m’a fait prendre conscience de façon aigüe ce qui nous avait été volé, saccagé, pillé, piétiné à mes premiers accouchements.

Blandine

___ ___

Lien vers le premier récit de Blandine : #327 – Premier accouchement – Paris, années 80

Publicités

#329 – Accouchement non respecté (37), 2013

14 Jan

Nous sommes le 23 avril 2013, il est 21h. Depuis hier, j’ai dépassé le terme officiel des 41 SA, et ce soir, enfin, une petite contraction vient pointer le bout de son nez !

Je n’ai pas peur finalement. J’ai tellement attendu que le soulagement de voir un petit travail démarrer l’emporte sur la peur.
J’ai tout préparé en amont. Bien sûr, la valise, le linge dans la voiture en cas d’inondation, etc … mais surtout : l’accouchement en lui-même : quels sont les gestes médicaux à éviter, quels conseils pour tenir sans anesthésie, pourquoi moi, femme, je suis complètement capable d’accoucher …
La clinique et la gynécologue de la clinique m’avaient fait bonne impression. Méthode de Gasquet, possibilité de dire ce que l’on souhaite. J’avais d’ailleurs bien discuté avec elle, et j’avais pu bien mentionner ce que je voulais et ce que je refusais.
C’est donc en confiance que le 24 avril, à minuit tout pile, je me rends accompagnée de mon mari à la maternité.
Premier coup de massue : comme c’est la nuit, c’est le gynécologue de garde qui va s’occuper de moi. Ce n’est pas ma gynécologue !!!
La sage-femme m’accueille et me place en salle de monitoring. C’est bien un début de travail ! Mes contractions m’inconfortent (le mot est faible) mais on me laisse seule dans cette salle de monitoring sur une table d’auscultation très étroite et inconfortable. Je gère comme je peux, mon mari ne sait pas trop où se mettre.
Enfin, la sage-femme revient et me fait passer en salle de naissance, avec un ballon. Tout est prêt pour la péridurale bien que je n’en veuille pas, mais c’est juste le protocole, que ce soit prêt au cas où.
Je souffle, je grogne, je chantonne un peu.
On me propose de percer la poche, je refuse.
Je continue de lâcher prise tranquillement.
Rien n’avance, donc j’accepte qu’on me perce la poche.
Les contractions me font vomir, maintenant. Mais non, toujours pas de péri, merci.
La sage-femme me propose des positions sur le ballon et sur le « lit-table ».
Quand soudain, ça pousse !! Je hurle !!
La sage-femme tamise la lumière et m’aide à m’installer sur le côté.
Jusque là, on dirait presque un accouchement respecté, non ? Mais ça va se corser ….
La sage-femme appelle le gynécologue de garde. Et oui, nous sommes en clinique, c’est le gynécologue qui gère les 5 dernières minutes (et touche le pactole)
Dès qu’il entre dans la pièce, c’est « mettez-vous sur le dos ». Dans un état second, j’obtempère, enfin, surtout je me laisse faire par les gens autour de moi (tient, il y a une troisième personne … ah oui, la puer). Je pousse, je lâche TOUT, mais cela ne satisfait pas le gynécologue. Je réclame de changer de position, j’ai envie de me mettre à 4 pattes, ou au moins sur le côté. On me dit NON. Et là, une douleur atroce me transperce. Il vient de mettre un coup de ciseaux ! Je n’ai pas d’anesthésie, ça me fait un mal de chien ! Mes contractions à côté, c’était de la rigolade. J’hurle encore plus fort qu’avant, mais là c’est de douleur.
Enfin, j’entend la sage-femme dire « regardez madame! », j’ouvre les yeux, et je vois un petit bébé suspendu dans les airs, qui atterrit sur ma poitrine. Un cri, des mouvements incontrôlés … je reconnais ces petits coups de pieds. Mon bébé ? J’ai un bébé ? C’est une petite fille ! Il est 5h du matin, le jour se lève. Et moi je suis maman.
Tout de suite, on m’enlève mon bébé. Il faut recoudre. Une anesthésie locale plutôt réussie, sauf pour un point. ça fait vraiment mal, cette aiguille qui me transperce, ce fil qui me traverse. Mais, selon le gynécologue « à côté de ce que vous venez de vivre » … il n’a vraiment rien compris aux femmes, lui.
Mon mari tenait mon bébé, mais il s’est senti mal. Plutôt que de me revenir sur moi, ma petite fille a atterri dans une couveuse. Et elle hurlait, là, toute seule, loin de la chaleur de sa mère. Et moi en train de me faire recoudre, et personne autour pour me la donner. Mon bébé !
Enfin, la puer’ a la présence d’esprit de la mettre sur ma poitrine.
Et là, le calme après la tempête. Nous sommes là, tous les trois, avec ce tout petit bébé. Et c’est la première tétée.
Anonyme. Département 37

#328 Accouchement non-respecté en Charente Maritime, 2004

14 Jan

Je m’appelle Héloïse, j’ai 38 ans, mon fils est né en 2004 à l’hôpital (…) en Charente Maritime.

Mon corps, mon bébé et mon accouchement n’ont pas du tout été respectés ainsi que le séjour qui a suivi.

J’avais alors 28 ans et le terme théorique était prévu pour le 31/10/2004; tout s’était très bien déroulé jusque là.

Le 15/10 en toute fin de journée, dernier examen chez le gynécologue-obstétricien, examen peu agréable et douloureux.

Le 16/10 à 08h15, dès le saut du lit en allant aux toilettes comme par hasard la poche des eaux s’est rompue d’un seul coup …

Deux heures plus tard, je pars à l’hôpital naïvement, confiante et joyeuse à l’idée de donner la vie et de voir enfin mon bébé.

Arrivée au bureau des sages-femmes, je suis accueillie par la doyenne qui me présente à sa collègue qui est de garde ce jour-là pendant 24h à l’époque.

Déjà je ne la sens pas enchantée dès le départ, nous sommes un samedi, c’est donc sa garde du week-end du samedi 8h au dimanche 8h. Elle n’est visiblement pas d’humeur et commence par me faire un monitoring, pour détendre l’atmosphère je lui dis que c’est sympa d’avoir la même sage-femme pendant 24h. Là elle enfile ses gants d’examen et me dit sèchement : « maintenant je vais être nettement moins sympa » puis elle m’enfile ses gros doigts entre les jambes en me faisant atrocemment mal.

Elle est particulièrement sèche et désagréable, brutale dans ses gestes, elle m’annonce avec dédain : « Pfff vous n’êtes dilatée qu’à un doigt, dans 48h on y est encore » …

Elle repart en m’indiquant que je vais devoir patienter dans une chambre, mon conjoint n’en revient pas de son attitude, et ma mère qui l’a vue l’a qualifiera de matronne.

Je n’avais ni bu ni mangé depuis la veille et les contractions se sont accentuées d’heures en heures, la sage-femme n’est revenue me voir à aucun moment, j’ai géré mes contractions seule dans ma chambre. Vers 19h à bout de forces, je demande au personnel si je peux manger quelque chose, ils me servent juste une soupe que j’ai vomie.

J’ai donc sonné car je n’avais pas vomi une seule fois durant ma grossesse et cela m’a inquiétée, c’est la matronne qui est arrivée, visiblement je la dérangeais, « pfff ça arrive souvent avec les contractions, rappelez quand il y en aura toutes les deux minutes pendant 2h d’affilée » … Quel sens du dialogue et quelle écoute, quel soutien ! Vers 21h je pars enfin en salle de travail, je suis perfusée, cathétérisée, tensiométrisée, sans explication. La matronne se prend les pieds dans les fils de ma perfusion reliés à ma main et je hurle lorsque le pansement s’arrache. Pas une excuse, elle lève les yeux au ciel et repart. L’anesthésiste qui est beaucoup plus aimable vient me poser la péridurale à 3 cm de dilatation (trop tôt dans mon cas mais je ne le saurai qu’après). Au bout de 20 minutes elle ne fait aucun effet, je souffre horriblement car les contractions sont de plus en plus intenses. Je le dis à la sage-femme mais elle me dit que « non je ne peux pas avoir mal puisqu’on vient de me poser la péridurale »… Une fois de plus, je semble la déranger et elle ne me croit pas !! C’est mon corps, je sais si j’ai mal ou non, c’est tout de même incroyable de ne pas être crue quand on souffre !!! J’insiste et elle finit par rappeler l’anesthésiste qui lui me croit, et confirme que la péridurale a échoué, le produit ayant rebondi sur le nerf. Deuxième pose entre deux contractions douloureuses, le produit fonctionnera cette fois-ci mais pour une heure seulement, de 22h à 23h. Mon fils étant né à 01h15 je vous laisse imaginer la suite car à aucun moment je n’ai été informée de la durée des effets de la péridurale et de l’éventualité que je sentirai tout passer, à l’ancienne … Sanglée sur ce lit à l’horizontale (ce qui paraît aberrrant pour faire naître un bébé) reliée à des machines et à une sage-femme absolument odieuse, sans plus aucun effet de la péri, voilà comment j’ai fini les dernières heures de mon accouchement. De plus, lors des cours de préparation à l’accouchement, on a dit qu’il y aurait deux personnes maximum en salle de naissance (une SF et une Aux puer), et là il y avait 4 personnes, dont 3 dont j’ignorais totalement le statut médical puisque personne n’a pris le temps de se présenter. Des personnes entrent et sortent sans frapper, sans décliner leur identité ou sans même un simple bonjour alors que notre corps est à la vue de tout le monde en partie dénudé. A un moment deux des femmes sans identité se sont permis des remarques sur mon initmité comme si je n’étais pas présente : « tu as vu ça ? moi je n’avais encore jamais vu ça ! » … La nudité et la pudeur des patientes n’est pas respectée et il y a des remarques déplacées qui n’ont pas lieu d’être ! Le travail avançait lentement, environ 1cm par heure, ce qui semblait agacer la sage-femme ! Elle n’était pas non plus disposée à répondre à mes questions pourtant peu nombreuses durant le travail. Je lui ai demandé ce qui se passerait si mon bassin était trop petit, et elle s’est contentée de dire sèchement « mais pourquoi il serait trop petit votre bassin ? » A un moment elle a regardé sa montre et nous a dit « Bon je vais aller manger parce que j’ai pas que ça à faire! » Un comble pour une soit disant professionnelle qui est censée vous accoucher … De 23h30 à 01h15 mes douleurs sont devenues de plus en plus atroces, je ne m’attendais pas à une telle douleur, je ne maîtisais plus rien sauf la respiration que j’avais apprise aux cours de préparation. Là encore je n’ai pas été respectée, la matronne revenue de son dîner m’a fait comprendre sur un ton très autoritaire que la tête poussait et qu’on était à 1/2heure de l’expulsion donc il fallait oublier toutce que j’avais appris aupravant pour appliquer sa méthode. Les 4 se sont mises à me dicter en même temps leur façon à elle de respirer ou de pousser, sans aucun soutien, aucun encouragement, juste des informations contradictoires en me hurlant dessus. Quelle douleur, et rien d’apaisant autour, une position gynécologique imposée jambes écartées sous une lumière vive, avec des femmes censées vous aider mais qui vous crient dessus, aucune bienveillance, aucune empathie, rien ! C’est dans ce contexte que j’ai osé demander si j’allais avoir une épisiotomie et la sage-femme a alors répondu « mais c’est déjà fait! »… Un geste imposé, sans aucune discussion ni aucun consentement préalable ! J’ai l’impression d’avoir été trahie, découpée dans ma chair pour que ça aille plus vite, pour les arranger eux, parce qu’ils n’ont pas de temps à perdre … Là on est complètement dépossédées de notre  propre corps, ces instants nous sont volés à jamais, et aujourd’hui encore je porte cette cicatrice physique et psychologique, je me sens mutilée. J’estime que nos corps et nos âmes méritent un peu plus de considération et de respect, après tout c’est nous qui donnons la vie, non ? Lorsque la douleur a été au paroxysme, que la tête de mon bébé s’est engagée et que je voulais que tout s’arrête tant la douleur est aigüe, terrassante et irrationnelle, la sage-femme a prononcé cette phrase que je n’oublierai jamais : « Il y a un problème, il y a un problème … » On s’est regardés mon conjoint, les 3 autres femmes et moi avec inquiétude. La matronne a laissé passer quelques secondes qui ont paru des heures et a lancé un « c’est bon la tête va passer! »… Hillarant, très adapté à la situation, il fallait rire en plus ? Ce genre d’humour n’a pas sa place dans un moment pareil et c’est une honte d’être traitée ainsi dans un hôpital. Après cet épisode d’humour très déplacé, il restait encore les épaules de mon fils à faire passer, alors j’ai hurlé de toutes mes forces pour expulser cette douleur et aider mon bébé à sortir. Une des femmes a osé me dire « arrêtez de hurler vous allez faire peur à la maman d’à côté »… En plus on nous culpabilise, c’est révoltant d’être traitée ainsi dans un moment pareil ! Mon bébé arrive enfin et je peux le serrer dans mes bras, occultant tout le reste, je pleure en disant « Mon bébé, c’est mon bébé ! ». Il est bien au chaud tout contre moi, très calme, il me regarde et respire l’odeur de ma peau. Je l’aime tellement, c’est mon fils et il est enfin là ! Je tremble de froid et de fatigue, on me l’enlève déjà; moi qui allais très bien en arrivant, j’ai contracté un virus à l’hôpital et j’ai 39°5 de fièvre donc bébé part pour des examens, il me manque déjà, il n’a pas pu avoir sa tétée d’accueil comme je le souhaitais. Le placenta est expulsé entier dans le quart d’heure qui suit la naissance (je l’ai lu dans mon dossier). On me recoud la coupure de l’épisiotomie à vif …

Et j’ai droit à une révision utérine, manuelle, alors que mon placenta était entier !! C’est une douleur insupportable, cette main et ce bras dans vos entrailles qui semblent tout arracher de l’intérieur … « vous ne pouvez pas avoir mal, vous avez eu la péridurale » Décidéménent rien ne m’aura été épargné dans cet hôpital archaïque. Pourquoi tant de violence et d’irrespect envers les femmes ? On me ramène mon fils deux heures plus tard et enfin il, peut téter, allaitement maternel 100% réussi et qui durera 18 mois, et ce n’est pas grâce aux conseils que j’ai eus, contradictoires une fois encore, que j’ai réussi mon allaitement, mais grâce à ma seule volonté. La garde de la matronne se termine bientôt, elle me ramène dans ma chambre, veut vérifier avec sa collègue si je sais encore uriner, c’est le protocole, elles me regardent avec insistance assise sur les toilettes, il n’y aura pas une goutte, dans ces conditions ! Elles préfèrent aller voir le bébé, puis elles quittent la chambre, sans même un au revoir. Je ne reverrai jamais cette femme indigne de porter le qualificatif de sage, j’espère vraiment qu’elle a changé de métier depuis. J’ai croisé plus tard une de ses collègues dans un supermarché, elle m’a avoué que sa collègue en avait ras-le-bol des gardes de 24h … Merci de nous avoir gâché l’un des plus beaux moments de notre vie. Je ne reviendrai pas sur tous les détails du séjour qui a suivi tout aussi irrespectueux, 9 jours d’enfer, mon bébé ayant eu l’ictère du nourrisson et pour moi un virus inconnu, il a été placé d’officice en unité Kangourou avec les prématurés alors qu’il n’avait que 14 jours d’avance. Un matin il a été piqué 12 fois sur son petit bras parce qu’une étudiante qui ne savait pas faire les piqûres s’est acharnée sur lui … Les bébés et leurs mamans méritent le respect dans ce moment unique qui aurait dû être joie et douceur et qui s’est transformé en un moment de tristesse et d’amertume, tout cela parce que des personnes n’ont pas été à la hauteur de leur statut d’humain alors qu’on leur a donné toute notre confiance du fait de leur statut médical. Cet instant magique devenu une expérience traumatisante je ne souhaite à aucune femme de le vivre; j’attends mon deuxième enfant dont le terme est prévu pour le 28 janvier et 10 ans plus tard j’espère cette fois-ci une naissance respectée. Merci de m’avoir lue.

– Héloïse

Ma césarienne

13 Jan

Ma grenouillette est née le mardi 13 septembre et mon accouchement ne s’est pas passé comme prévu, et pourtant je l’ai très bien vécu. J’avais donc envie de partager mon expérience avec vous, me disant que ça ferait peut-être du bien à d’autres de raconter ce qu’il s’est passé et de voir que même si on doit gérer des « imprévus », l’accouchement et la césarienne en particulier peuvent rester une très belle expérience.

Ma pucinette était prévue pour le 9 septembre mais n’était pas vraiment décidée… pas de contractions, rien, même si mon col était ouvert à 3 cm… L’assistant de mon obstétricien me propose donc, lors de ma visite « à terme » de déclencher le travail, si ça me dit. On fixe donc la date au 13/09 au matin.

Je retourne faire une visite le 11/9, col toujours à 3cm, on me propose donc de passer le 12 au soir voir mon col pour éventuellement donner un comprimé pour la maturité de celui-ci…

On arrive donc le 12/9 à la maternité vers 21h30. La sage-femme pense que je n’ai pas besoin de comprimé et que je peux revenir le lendemain matin pour provoquer l’accouchement. Comme c’était assez compliqué pour nous niveau transports, je demande à passer la nuit là-bas quand même… Et j’ai été inspirée !!

Vers minuit, minuit et demi, je pense avoir mes premières vraies contractions et je commence à vomir aussi (ce qui m’étonne ! J’avais entendu parler des popos pendant l’accouchement mais jamais des vomis….).

La sage-femme me met sous monitoring et se rend compte qu’en effet, le travail à commencé!! Je pars donc en salle de travail (avec zhom) et la sage femme appelle l’anesthésiste pour ma péridurale (qui est installée vers 2h/2h30… entre temps j’ai revomi…)

Ensuite, bah on attend… je continue à vomir un peu… D’ailleurs, je fais très peur au zhom… il descend prendre un café et quand il revient, il me trouve sous masque à oxygène ! J’ai encore vomi, mais avec tous leurs câbles, bah j’ai pas eu le temps de bien me redresser et le cœur de bébé a eu des ratés… ils me passent en monitoring « interne »

Mon col est ouvert à 10 cm vers 7h30, ils appellent donc mon obstétricien et percent la poche des eaux. Bébé se présente bien la tête en bas (elle est bien positionnée depuis plusieurs semaines) mais le visage en avant… Je commence à pousser vers 8h30/9h (je sais plus trop ^^) mais comme elle vient le visage en 1er, ça prend plus de place, donc ils décident d’essayer de la retourner avec des forceps. Au bout d’un certain temps, mon obstétricien m’explique que rien n’y fait, elle bouge pas d’1 mm et donc, ils vont devoir la faire sortir par césarienne…

On me rechange de salle et on équipe mon chéri pour qu’il puisse venir aussi. Il est beaucoup plus stressé que moi ! Il faut dire que j’ai une légère malformation qui fait que j’ai déjà été opérée plein de fois et donc, ça me fait pas vraiment peur. Tout ce que je veux, c’est que mon bébé arrive rapidement pour qu’elle aille le mieux du monde.

Donc au final, ma fille est née à 11h12 par césarienne après plus de 10h de travail dont une partie avec forceps. Elle pesait à la naissance 3kg 765 pour 52.5 cm.

C’est évidemment pas du tout comme ça que j’avais envisagé mon accouchement. Ma grossesse ayant été parfaite (ou presque), je pensais que l’accouchement allait se passer très naturellement aussi. Enfin, au final, malgré mes 7 vomis (2 avant la péridurale, 3 pendant et 2 pendant ma césarienne ^^), le masque à oxygène, les forceps et la césarienne, je ne considère pas que mon accouchement s’est mal passé :p

Ma fille est née en bonne santé et je me suis remise très vite (je suis sortie de l’hôpital a J+4 malgré ma césarienne) et mon compagnon a assuré. L’équipe médicale était parfaite aussi, même si y avait du monde car hôpital universitaire, je me suis sentie bien encadrée et soutenue.

Après, c’est peut-être parce que j’ai l’habitude des blocs opératoires ou que je l’ai pressenti (j’avais demandé si on pouvait savoir avant si une césarienne serait nécessaire car j’ai a peu près la même morphologie que ma mère et elle a eu 2 césariennes) mais je ne considère pas qu’on m’a volé mon accouchement ou que j’aurais été plus émue si elle était née par voie basse…

Voilà, je lis souvent des témoignages de femmes qui se sentent mal de ne pas avoir pu accoucher par voie basse, qui vivent mal la césarienne et je voulais témoigner pour dire que pour moi, le chemin que prend bébé pour sortir est secondaire 🙂

– Jessica

#323 – Do – 1er accouchement – Yonne 2009

8 Jan

En 2009, j’attend ma première fille. La grossesse se passe très bien malgré de nombreuses contractions à partir du 6ème mois.

Je me réveille vers 3h du matin par des contractions régulières : toutes les 5 minutes. Au bout d’une heure je me décide de réveiller papa, de prendre une douche et de partir tranquillement à la maternité.

Une fois sur place, on me dit que le travail n’a pas commencé mais comme j’habite loin (40 km) ils vont me mettre dans une chambre et revenir dans un « petit moment » m’ausculter et décider très certainement de me renvoyer à la maison. Les contractions s’enchaînent toujours toutes les 5 min et sont douloureuses mais gérables grâce à la respiration et en marchant. Les heures défilent et toujours personne pour m’ausculter. Au bout de 6 heures, j’envoie mon mari chercher une sage-femme. Elle arrive et quand elle me voit s’exclame : « Vous n’avez pas la tête d’une personne qui va accoucher ! » elle daigne quand même me faire un toucher vaginal et me dit : « Vous êtes à 3 cm, vous allez en salle d’accouchement ».

Une fois en salle d’accouchement, on commence à me mettre une perf et je demande pourquoi c’est, réponse : « Vous n’avez pas fait de cours de préparation ? alors vous devez bien savoir ! » Seul position permise : sur le dos. Au bout d’une heure, on me propose la péridurale, c’est maintenant ou jamais. Je la prend. Elle m’endort tout le bas du corps mais les contractions dans le dos sont toujours douloureuses. La seule position qui m’est permise en allongée sur le dos. Les heures passent et mon col se dilate assez vite. A 17h30 je suis à dilatation complète, mais bébé n’est pas assez engagé. Une gynécologue passe et me dit : « Vous tenez le bon bout, c’est bientôt fini », elle reviens 2 h après et me demande : « Vous êtes encore là ? » Bébé ne veut toujours pas descendre. La sage-femme de service me dit qu’elle ne sera pas là pour l’accouchement. La nouvelle équipe arrive et, alors qu’un quart d’heure avant ce n’était pas le moment, maintenant ça presse. Je n’ai aucune sensations dans le bas du ventre, je ne sens pas bébé qui pousse.

On m’installe vers 20h05. Il faut pousser quand il y a une contraction, je pousse qund je commence à avoir les douleurs dans le ventre. Après de nombreuses poussées : « Vous n’êtes plus de tout efficace ! Il faut y aller ! ». Je n’ai plus de forces. On me propose d’utiliser la ventouse pour faire sortir bébé. J’accepte. Une jeune interne arrive, elle souhaite le faire toute seule alors que les autres membres de l’équipe lui disent : « T’es sûre que tu ne veux pas qu’elle vienne ? »

Papa est mis hors de la salle, il refuse mais il n’a pas le choix et on lui dit : « Si vous voyez ça, vous ne voudrez plus toucher votre femme de toute votre vie » gloups !

La ventouse est posée et en une poussée bébé est dehors. Je tends les mains pour prendre ma fille, je ne peux même pas la toucher elle est déjà partie en dehors de la pièce.

Papa voit sa fille passer devant lui, sans un mot elle est amenée dans un pièce où est inscrit : « Réanimation » Il demande : « Elle va mal ? » « Non, la pièce s’appelle comme ça mais c’est là qu’on amène tous les bébés, on s’occupe de votre femme qui fait une hémorragie » Il blêmi, on lui dit : « Elle saigne juste un peu ».

L’interne me recoud pendant un long moment. A la fin, elle vient me voir, ne sait plus où se mettre et me dit : « Vous avez eu 2 déchirures, ne vous inquiétez pas, j’ai bien recousu, vous aurez de belles cicatrices ! Dans une dizaine de jours ça sera cicatrisé et les points tomberont tous seuls. » Je lui demande combien j’ai de points : « Je ne me suis pas amusée à les compter ! »

Au bout d’une heure, on me ramène bébé, je ne pense qu’à une chose : la faire téter. Je demande de la mettre au sein, on me répond : « Si elle y va toute seule, laissez-la faire. Sinon, on vous la mettra après. » Suite à un harcèlement de ma part, on daigne me montrer comment la mettre au sein.

On remonte en chambre vers 23h30. On demande à papa de partir, il refuse et reste dans le fauteuil ! Pendant la nuit on vient souvent me voir pour que j’aille uriner mais je n’y arrive pas, la sage-femme abandonne sans me sonder. Pendant la nuit, papa arrive à calmer notre fille en la berçant dans les bras, une puéricultrice arrive lui arrache des bras, la met dans les miens et dit : « Elle est mieux avec sa mère ! ».

Les jours suivants, je reste dans la chambre et appelle le moins possible. Je reste sur un sentiment d’échec, de ne pas avoir su pousser comme il fallait pour la faire sortir.

Ma sage-femme libérale quand elle m’examine a fait un drôle de tête et m’a dit qu’il n’y a pas 2 mais 3 déchirures. J’ai du mal à m’asseoir pendant plusieurs jours. La cicatrisation durera 4 mois ! et la plus grosse cicatrice me ferra mal pendant 1 an.

Ma gynécologue me raconte que c’est normal car j’ai une peau de rousse.

Il m’aura fallut plus de 2 ans pour imaginer être de nouveau enceinte.

Ce n’est que 4 ans après, lors de ma deuxième grossesse que j’ai appris que la ventouse avez eu lieu, non pas parce que je n’avais pas su pousser, mais parce que bébé ne progressait pas.

Lien vers le second témoignage de Do : Do – 2ème accouchement – Aveyron 2013‏ 

#319 – Anonyme Verviers Belgique‏

7 Jan

Je souhaitais accoucher à la maison mais cela n’était pas possible car mon compagnon voulait assister à la naissance mais était angoissé par rapport à sa propre naissance où il avait risqué de perdre la vie. Nous avions néanmoins décidé de faire appel à une sage-femme indépendante pour attendre un peu à la maison avant de nous rendre ensemble à la maternité. Je souhaitais respecter un maximum la physiologie de l’accouchement et désirais essayer de me passer de la péridurale.

Jeudi dans la soirée, je ressens les premières contractions pourtant je ne les reconnaîtrai qu’à-posteriori. Vendredi soir, ça se précise, nous informons la sage-femme qui passe à la maison pour faire un monito. Bébé bouge beaucoup. Je ne suis pas inquiète. Elle me dit que le travail peut s’arrêter et me conseille de me reposer la nuit et de l’appeler chez elle en cas de besoin. Pourtant vers minuit impossible de fermer l’œil. Je décide donc de faire ce qui me détend le plus : prendre un bon bain. La totale, huiles essentielles en diffusion, playlist préférée et petite lumière d’ambiance. La nuit sera comme un véritable feu d’artifice : moi en tête-à-tête avec mon bébé. Je me voyais bien accoucher seule tellement je me sentais bien. Le jour se lève. Je suis très fatiguée après cette nuit aquatique.

Mon homme appelle la sage-femme pour un nouveau monito. Le toucher apporte une décourageante nouvelle : je ne suis qu’à  2 cm. La sage-femme craint que mon utérus ne fatigue à force de contracter trop longtemps. Elle me conseille de m’activer et de faire le ménage. Je n’ai qu’une envie ne rien faire dans mon lit , je suis d’humeur assez grise. Bien obligée, je me bouge, lessive, vaisselle, etc.,  je m’arrête et repars entre chaque contraction. A 15h, je suis morte de fatigue et je réussis à m’endormir. La sage-feeme indépendante nous rejoindra à 18h. Nous passons une bonne partie de la soirée dans la salle de bain. 23h à 5 cm nous nous mettons en route pour l’hôpital. Mon homme ne voulait pas à avoir à gérer un incident seul dans la voiture. J’embarque donc avec ma protectrice. Chaque changement d’ambiance provoque en moi un stress qui accentue la douleur : sortie du bain, dehors, dans la voiture, à la maternité. Arrivée à l’hôpital par les urgences, mon homme m’attend avec une chaise roulante. J’ai du mal à marcher mais la position assise est impossible à tenir pendant les contractions. Accueil bienveillant d’une sage-femme en salle d’accouchement. On me propose une blouse que je refuse, je m’allonge pour un monito et on me place une entrée pour la perf. Depuis le début, je gère chaque contraction en l’accompagnant de Ôooo long et graves. Le travail n’avance pas assez vite aux yeux des sages-femmes, on m’injecte du Buscopan je dilate immédiatement. Je perds les eaux debout, plus tard je ne couperai à l’ocytocine synthétique, les contractions seront alors une vraie torture. Laissée pour un instant seule avec C., je demandrai la péri, elle ne relaiera heureusement pas ma demande. Je suis maintenant à dilatation complète et pourtant je ne ressens pas le besoin de pousser. Bourrelet de col antérieur, je supplie d’arrêter les toucher vaginaux. Je ne sais pas si c’est ceux-ci, la contraction ou l’incompatibilité de la position avec la gestion de la douleur qui me font tant souffrir. Pourtant une sage-femme de l’hôpital m’enlèvera ce bourrelet dans une souffrance déchirante. Tout à coup, je vois qu’on intensifie l’éclairage qui devient aveuglant. Le gynécologue de garde arrive. La position couchée avec étrier ne me convient pas. On tentera de négocier le coucher sur le côté mais il refuse, j’aurai juste le droit de garder les pieds sur la table. Je vois le gynécologue qui prépare ses instrument. Il capte mon regard : « Ne vous inquiétez pas madame je ne fais que désinfecter ». Ivre de fatigue et incapable de parler je pense «  Prends moi pour une conne ! », dans un sursaut je trouve la force d’articuler « Faut pas clamper le cordon ». Réaction d’une des dames de l’hôpital : « Elle délire certainement », le gynécologue me demande de m’expliquer, je n’en ai pas la force.
On m’exhorte de pousser, on me dit que ce que je fais n’est pas bon. Je cherche le regard de mon accompagnatrice comme un agneau apeuré. Elle me fait oui de la tête, oui je peux y arriver. Je pousse de toutes mes forces, c’est comme si j’enfonçais un poignard dans mon propre bras. La tête est sortie le gynéco coupe le cordon enroulé autour de son cou, pas le choix, me dira-t-il. On me pousse sur le ventre, c’est désagréable. Mon bébé est là, je ne veux qu’elle, on me la dépose sur le ventre mais elle n’a pas encore pleuré. Après quelques secondes, ils la retirent, elle pleure, tout va bien nous nous cherchons des yeux : « Alors c’était toi qui était dans mon ventre ? »
Tout devient calme, on me recoud de l’incontournée épisiotomie. On tente la tétée de bienvenue, comme l’avenir nous le dira la puce est impatiente et exigeante avec elle-même, elle s’énervera de ne pas y arriver.

#308 – France, 92. 2007 – Un chemin de femme

26 Nov
Mon premier enfant est né alors que j’étais plus jeune que la moyenne des femmes, nouvelle dans ce monde de la maternité que je ne connaissais pas, personne n’y ayant fait d’incursion récente dans mon entourage ou ma famille.
 
J’y débarquais peu sûre de moi, à la pêche aux infos, écumant le net et les livres, avec une idée qui se précisait bien de ce que je voulais ou ne voulais pas, mais trop peu de confiance en moi pour réussir à m’imposer et me faire respecter, car dans le monde de la naissance médicalisée, il faut se battre pour gagner le droit au respect.
J’ai vécu une grossesse paisible et douce, pour autant la naissance de mon fils me laisse le souvenir d’une bataille terrible. Une bataille où j’ai été dominée, maltraitée, mais que j’ai gagnée car je l’ai mis au monde, en limitant les dégâts, dans cet environnement hostile.
 
Aujourd’hui, presque six ans après, j’ai fait du chemin grâce à cette impulsion, car comme on dit, ce qui ne te détruit pas te rend plus fort ! Aujourd’hui je me sens prête à donner la vie à nouveau, dans un environnement qui me sera sûr. 
 
Entre-temps j’ai vécu une deuxième « naissance », cette fois pour accompagner vers la mort, une fausse couche à deux mois de grossesse. Pas une bataille cette fois-ci, même si ce fut dur, très dur, physiquement surtout. Le sang, encore le sang, tout ce sang. Cette fois-là, j’ai pris ma liberté à bras le corps, et je me suis écoutée moi, personne d’autre, rien qui ne résonnait pas en moi. Je suis fière d’avoir su prendre mes responsabilités et écouter mon instinct, rester chez moi là où je me sentais bien et non pas me jeter dans la gueule du loup (et du curetage) à l’hôpital.
 
Je suis fière de mon chemin, j’en suis forte et je sais que je peux être libre de vivre une naissance telle que je la conçois.
 
Pour autant les semaines, les mois qui ont suivi mon premier accouchement n’ont pas été faciles. Passée l’euphorie des premiers jours, ce qui ne voulait pas être enterré a commencé à affleurer, de plus en plus.
Le sentiment de moins que rien, d’avoir été considérée comme tout autre chose qu’une personne, d’avoir été trahie dans la confiance que j’avais accordée. On ne peut pas dire que je n’étais pas au courant. Je savais, mais dans ma candeur je ne voulais (pouvais?) pas y croire. Pas possible qu’on mutile vraiment le sexe des femmes sans raison. Pas possible qu’on leur cloue le bec avec des drogues en profitant d’un état de vulnérabilité, qu’on veuille au fond, seulement rendre les femmes machines, appuyer sur un bouton pour donner la vie, et on n’en parle plus. Le père, s’il pouvait se faire oublier, ce serait mieux. Sinon, on le tolère à peine.
 
Alors, on a récupéré une jeune femme perdue dans l’intensité, dans la douleur, et on l’a collée, allongée, sur une table d’examen, assez étroite pour risquer d’en tomber à chaque contraction, puis, quand elle était assez perdue pour acquiescer à la péridurale malgré qu’elle avait fait noter dans son dossier qu’elle n’en voulait pas, on l’a amenée en salle de travail, on l’a piquée, et là ouf, elle s’est tue. Elle a dormi, cette après-midi là, attendu, mais dans son corps qu’elle ne sentait plus, le travail ralentissait, n’avançait pas. Alors l’effet boule de neige s’est accéléré, quand on marche sur la tête, pourquoi se retourner ?
On a percé la poche des eaux, on a perfusé à l’ocytocine de synthèse, et, tant qu’à faire, on a remis une dose de péridurale, même si elle ne sentait toujours pas son corps.
 
On lui a mis les pieds sur les étriers et ordonné de pousser. Elle ne sentait rien, voulait bouger, ne se sentait pas la force d’accompagner son petit vers la sortie dans cette position-là ! Trahie qu’on lui ait assuré avant, qu’elle aurait la liberté de se positionner comme elle le sentirait. Et la phrase qui tue, qui dépossède de ce qu’il peut rester comme dignité :  « Mais madame JE ne pourrai pas VOUS accoucher si vous n’êtes pas sur le dos ».
Comment pousser quand on ne sent pas ses muscles ?
Une demi-heure (?) a passé, plus personne en train d’accoucher, alors, cette salle-ci s’était remplie de sage-femmes qui regardaient, attendaient (que faisaient-elles là ?) et quelqu’un a décidé qu’il fallait appeler le gynécologue. Un homme. Pour elle qui n’avait jamais voulu se faire examiner par un homme. Elle qui pleure quand il l’examine.
« Mais pourquoi vous pleurez ? Vous n’avez pas de raison. »
Des sage-femmes autour, partout, tout près, qui lui tiennent les mains, qui s’approchent et qui s’allongent sur son ventre. Agression dont elle ne connaîtra le nom que plus tard, « expression abdominale », et qu’elle et son petit en ont réchappé belle : sans autre séquelle qu’un périnée mal en point.
 
On la menace des forceps, et ça, elle sait les dégâts que ça peut faire, alors elle se jure qu’elle sortira son bébé seule, et elle le fait. Ca y est, il est presque là ! 
Mais la dernière intervention, celle que le corps n’a pas senti non plus mais qu’elle a entendu, le bruit de la chair coupée aux ciseaux, elle reconnaît ce bruit, elle le connaît, quand elle était petite, son grand-père pêchait des truites et le ciseau faisait ce même bruit mouillé quand on coupait leurs ouïes et leur ventre… Les larmes, encore. Les sage-femmes qui se demandent, entre-elles, mais pourquoi elle pleure ? Et de répondre, c’est l’émotion…
 
Le papa choqué, impuissant et presque sans voix, au gynéco : « Vous auriez au moins pu prévenir ! » Mais ça, ça ne se fait pas, au mépris des droits des patients, dans les hôpitaux on mutile les femmes par surprise, en cachant les ciseaux pour qu’elles ne s’en doutent pas. « Parce que sinon vous comprenez elles sont tendues ».
 
Des mois de douleur malgré une cicatrisation « parfaite », sans point du mari, alors qu’en apparence tout va bien. Mais un sexe découpé fait mal ! Mal physiquement, faire pipi, ça fait mal, mais bon, à la limite ça va encore. Faire caca, quelle horreur ! Quelle angoisse de penser qu’on va devoir y aller, serrer les poings sur ses cuisses, avoir l’impression de se déchirer ! Et faire l’amour, n’en parlons pas. C’est « niet » durant de longs mois, et douloureux plus d’un an après.
Et mal dans son image de soi. Mal d’avoir été agressée dans son intimité, et que l’agresseur ait profité d’un moment de vulnérabilité.
 
Voilà le récit de la première fois où j’ai donné la vie, où je pensais que le respect m’était dû, et non pas qu’il fallait que je l’arrache. 
 
Aujourd’hui j’écris ce texte comme un manifeste, car je remercie la Vie, et je suis fière de mon chemin.
 
Mille témoignages pour une naissance respectée. Merci pour cette action, belle route aux Femmes.

 S.

Dans le Jura

26 Nov
J’ai accouché dans une maternité du Jura.
Mes contractions ont commencé le 28 septembre, je m’était rendue à un Loto, avec mon ami et ma belle-famille, nous étions partie à 50 km de la maternité, durant tout le jeu j’ai ressenti des contractions, j’ai dis à mon ami que si elles ne s’arrêtaient pas nous irions à la maternité à la fin du Loto, arrivé à la fin elles étaient toujours là, nous avons pris la voiture direction la maternité. Arrivés là-bas la sage-femme nous prend en charge dans une chambre. Elle vérifie mon col : il n’est pas plus ouvert que d’habitude, 2 doigts … et elle me fait un monito ; malheureusement après une heure de monito elle nous renvoie à la maison, elle me dit de prendre du Spasfon, mes contractions ne sont pas assez rapprochées … Le lendemain, je n’ai pas dormi de la nuit, mes contractions me réveillaient, j’ai tenté de me reposer tout l’après-midi mais en vain. Je me suis réveillée souvent à cause de ces contractions, le soir après manger je vais aux toilettes et là je vois des caillots de sang, je dis à mon ami cette fois je vais à la maternité tant pis  mais je veux verifier si tout va bien .. rebelotte on reprend la voiture direction la maternité. Arrivée là-bas c’est la même sage-femme qu’hier qui nous accueille, elle est sympa ça va mais au début je la trouvais un peu froide, cette fois encore elle vérifie mon col ah ça a bougé je suis ouverte à 3 doigts, on fait un monito … une heure après elle m’annonce que c’est toujours pas encore rapproché mais elle decide de verifier mon col au cas où et là tadaaaaaaaaa miracle je suis ouverte à 4 doigts, elle me dit : c’est parti, on passe en chambre de naissance, elle m’installe dans la chambre que je trouve superbe, un decor de jungle verte, un grand canapé d’angle pour mon ami, elle me dit d’attendre, elle va chercher l’anesteshiste, pendant ce temps je suis perfusée, habillée, etc. L’anesteshiste arrive, on fait sortir mon ami, cela lui permet d’aller chercher la valise et de prévenir ses parents que je vais accoucher dans la nuit, il est 00h00 nous sommes le 30 septembre et l’anesthesiste me pose la peridurale c’était super je n’ai rien senti, 20 minute après, ça a fait effet, je ne ressentais plus mes jambes, merveilleux, à 00h30 la sage-femme vient pour me percer la poches des eaux … et me dire que je suis ouverte à 7 doigts, elle me dit « Vous avancez super vite c’est génial … moi je suis déstabilisée je m’attendais pas à autant de rapidité mais bon si mon bébé va bien c’est tout ce qui compte, à 1h30 elle vient me re-contrôler et là je suis  dilatée complètement, mais mon fils est trop haut encore, elle me dit qu’elle va poser une perfusion pour l’aider à descendre et qu’il va falloir être efficace dans la poussée car sinon ce sera une cesarienne … deux heures plus tard à 3h30, elle me dit que cette fois il faut y aller parce que le bébé est bien descendu, on m’installe, une autre sage-femme arrive, elle me dit de pousser je ne ressens pas grand chose, je ne sais pas si je pousse bien, mais elle me dit que c’est super et que je pousse super-bien alors je prends toutes mes forces et je pousse comme une folle; elle m’a fait toucher ses cheveux, ça me motive encore plus, je pousse de plus belle et à 3h50  il est là … elle le pose sur moi, mon fils, ma vie … il est encore tout chaud, magnifique, 9 mois de grossesse pour un aboutissement aussi merveilleux, c’était l’apothéose … J’était aux anges, elle me dit que je suis juste un peu déchirée à l’extérieur, ce qui nécessite deux petit points qui ne me gêneront pas pour uriner, j’ai eu un accouchement merveilleux, la sage-femme m’a dit qu’elle était très contente car c’est pas souvent que des accouchement se passent aussi bien, que j’ai été très patiente et que je ne me suis pas plainte, en même temps il n’y avait pas lieu de se plaindre, l’équipe a été super. Mon fils pesait 3 kilo 500 pour 50.5 cm, un beau bébé je suis très fière de mon accouchement et je tiens encore à remercier l’hôpital qui a respecté tout ce que je voulais.

#305 Accouchement déclenché mal vécu‏, Nancy, 2010

25 Nov

J’ai « accouché », oui je mets les guillemets car pour moi, je n’ai pas mis au monde ma fille, mais on me la sortie du ventre, en juillet 2010, à Nancy.

On dit c’est le plus beau jour de votre vie, or pour moi ce ne fut pas le cas, le plus beau moment, c’est lorsque j’ai pu avoir ma fille contre moi et l’allaiter.
Ma grossesse s’est bien passée, mis à part chevilles gonflées en fin de grossesse due à la rétention d’eau… Mon terme était prévu début août, mon gynécologue qui me suivait partait en vacances et me l’avait dit, malgré tout, lors de mon dernier contrôle, il a préféré déclencher l’accouchement, parce que j’étais gonflée à cause de la rétention d’eau. (Je me demande aujourd’hui si ce n’était pas parce qu’il partait en vacances la semaine avant mon terme) Je n’étais pas en danger, mon col était bien fermé, et ma fille en forme… Je ne savais pas, j’ai dit oui, et mon mari trouvait l’idée plutôt bien, car ça nous évitait le stress du départ à la maternité, tout était programmé! Il m’a donné RDV à la maternité un dimanche de juillet à 20h.
A 21h, on m’appliquait le gel pour avoir des contractions. Et on m’installa dans une chambre. « Prenez une douche, détendez-vous » me dit une sage-femme… J’ai pris une douche, j’avais mal dans les reins, mais je ne savais pas ce que c’était… Des contractions?? peut-être, peut-être pas… j’avais mal en continu (aujourd’hui je ne pense pas que c’étaient des contractions…)… Mon mari, impuissant fasse à cette douleur qui m’ennuyait, appela une sage-femme (ou infirmière) et demanda à ce qu’on me donne quelque chose pour calmer cette douleur, à 23h, on m’installa dans un « box », oui c’est comme ça qu’on appelle les pièces pour accoucher… comme les chevaux, hop dans un box, avec le foin… On m’a allongée, branchée, monitoring, tension  ….etc…
Les sages femmes ont alors pris la décision de m’introduire un produit dans les veines « Pour accélérer le travail » m’ont-elles dit… Je me laissais faire…
Puis on m’a fait la péridurale (ou avant) je ne sais plus, mais ce que je sais c’est que mon col n’était pas dilaté, ah, la, je n’avais plus mal dans les reins, je ne sentais plus mes jambes…
Et à partir de ce moment là, je n’ai plus eu de contractions… J’ai passé la nuit allongée, branchée, pourtant je n’était pas malade, je venais juste mettre au monde mon enfant…
A 7h du matin, mon col se dilatait un peu (quand même), ils ont pris la décision de me percer la poche des eaux…
A 10h30 mon col était enfin dilaté, on m’a demandé alors de pousser, j’ai le souvenir qu’une sage-femme m’ait appuyé sur le ventre et m’a fait mal, pour forcer (oui, toujours forcer…) le bébé à venir…
Mais rien n’y a fait, à 11h15 le gynécologue m’annonça très serein : « On va faire une césarienne, enlevez tous vos bijoux »… le monde venait de s’écrouler autour de moi, juste à l’annone de ces quelques mots… Pourquoi… ?? était-ce de ma faute, je n’ai pas su pousser comme il fallait, je mettais en danger mon bébé? toutes ces questions dans ma tête… sans réponse… j’ai eu une nouvelle fois à faire avec l’anesthésiste, on m’a mise sur un brancard, je pleurais… mais on ne s’en souciait pas…
Arrivée au bloc, j’étais encore plus inquiète, la panique m’envahissait, je pleurais, je n’arrivais pas à me contenir, les sages-femmes présentes près de ma tête, me mirent un masque, quelle idée, je ne respirais plus!! elles m’ont tenus les bras. Je n’ai que le souvenir du regard de mon mari sur moi, impuissant, et autant affolé que moi mais qui essayait tant bien que mal de me soutenir, de me rassurer…
J’ai été rassurée et lui aussi, quand nous avons entendu les premiers cris de notre fille… « ça y est!! elle est là!! Tu l’entends ? » me disait-il…
Puis, une sage-femme est passée avec mon bébé, dans la couveuse, en me disant : « Regardez c’est votre fille », j’ai vu la boîte passer, dedans une petite poupée yeux grands ouverts et pleins de cheveux sur la tête… Et mon mari suivre la boîte… il était midi. On ne me l’a pas posée sur moi, je ne l’ai pas embrassée, je ne l’ai pas sentie, je ne savais même pas si elle allait bien…
Je me suis retrouvée seule, on m’a recousue… emmenée en salle de réveil… j’ai dormi, à 13h30, je me réveillais, j’avais froid, très froid, à-coté de moi, un vieil homme qui avait du subir une chimio, en face une dame s’est mise à crier, avec un tube dans la gorge… où étais-je? Nous étions au moins 10 brancards les uns à-coté des autres… Et les infirmières, à-coté de moi, près de la fenêtre discutaient.
Tout de suite j’ai demandé une couverture, et on m’a mis le chauffage dans les jambes, puis elles m’ont appuyé sur le ventre… ça faisait mal… Mais tout ce que je voulais c’était voir ma fille. « Où est ma fille? et mon mari?? Quand puis je la voir? » questions que je ne cessé de poser aux infirmières… les réponses :  » vous aurez tout le temps de voir votre fille après, vous avez toute la vie; elle doit aller bien, on ne sait pas. »
Je pleurais, je voulais savoir, je voulais la voir, la toucher, la sentir, l’embrasser… J’ai pleuré jusqu’à 15h30 quand enfin, on m’a dit : « Vous allez pouvoir voir votre fille », on m’a alors emmenée au milieu de la pièce toujours sur le brancard avec un vieillard qui dormait encore à moitié, et une dame, tous 3 sur brancards, en travers…
Un jeune homme est alors passé devant la salle, une infirmière l’a interpellé : « T’es tout seul aujourd’hui? – oui , répondit il, aujourd’hui je suis le seul brancardier, là je suis en pause, je reviens après… »
J’ai attendu, à 16h enfin, ce jeune homme est revenu, « C’est à qui le tour, qui dois je emmener? » j’ai tout de suite crié « MOI!! » … il vérifia sur nos brancard, et dis « Non, c’est au tour de Monsieur », j’ai cru que j’allais devenir hystérique… « Je veux voir ma fille!!! Emmenez-moi en premier, ça fait depuis 13h30 que je le demande », alors l’infirmière est intervenue, et a dit au jeune brancardier de m’emmener…
On a pris l’ascenseur, je suis rentrée dans une chambre, où il n’y avait personne, j’ai failli encore pleurer, quand soudain à peine le brancardier parti, la porte s’ouvrit, c’était mon mari, et ma fille !!!!! Quel soulagement, qu’elle était belle!!! Tout allait pour le mieux pour elle, et là ce sont non plus des larmes de tristesse mais des larmes de joie qui ont pu s’échapper de mes yeux… On me l’a mise au sein, j’ai adoré cet instant, le plus beau de ma vie…
Malheureusement, les heures de repas pour elle ne se sont pas bien passées, car les auxiliaires stagiaires ne me mettaient pas ma fille correctement au sein, j’ai eu tout de suite des crevasses douloureuses, et ma césarienne me faisait souffrir, j’ai du arrêter l’allaitement, avant les premières montées de lait… Mon séjour n’était pas des meilleurs, j’avais été tellement déçue par l’équipe médicale que je n’avais plus confiance, je dormais mal (les sages-femmes avaient leur bureau en face de ma chambre, et bien sûr n’étaient pas discrètes)…
Bref, une expérience comme je n’en souhaite à personne… Je n’ai pas accouché de ma fille, j’en garde des « séquelles » psychologiques et physiques. J’ai voulu témoigner, car je suis enceinte du deuxième aujourd’hui (un petit garçon), je dois accoucher pour Noël, dans une autre maternité (j’ai déménagé) mais ayant vécu une mauvaise expérience,  j’espère ne pas revivre ces moments là, je veux accoucher, et le plus NATURELLEMENT possible, sans me mettre en danger, ni mettre en danger la santé de mon bébé. Ce qui est certain, c’est que je ne me laisserai plus faire comme ça a pu être le cas il y a 3 ans…

Naissance de Lilian – mai 2013, Région Centre

25 Août

Le 28 mai au soir, j’ai pris un bain. Depuis plusieurs jours, tous les soirs, il me fallait mon bain, car je faisais beaucoup de « faux travail » comme on dit, et un bain chaud est très efficace pour calmer les contractions utérines. J’étais très attirée par l’eau ces derniers temps, et je ne pouvais malheureusement pas aller à la piscine.
Alors j’appréciais énormément ce moment en tête à tête avec mon bébé et mon corps.
Me voici donc dans mon bain. Et je reparle au bébé, à travers mon ventre. En lui disant qu’il est libre. Libre d’arriver quand il le pourra, et quand il le décidera. Et que je suis prête à l’accueillir, au bout du chemin qu’il devra trouver dans les méandres de mon bassin. Je vais l’aider, au maximum de mes possibilités, pour souffrir avec lui. Je lui promets que je ne le laisserai pas seul dans la tourmente. Et après ce sera super, on se fera un câlin !
Je reste environ 2 h dans ce bain, je fais de la relaxation. Et en sortant de l’eau, tiens donc une contraction ! Mais une contractounette comme je les appelle. C’est-à-dire peu douloureuse, mais je suis surprise qu’elle se manifeste alors que je viens de me relaxer complètement.
On regarde un film avec mon chéri, puis on en entame un autre, car je n’ai vraiment pas envie de dormir. D’habitude à cette heure je dors déjà depuis longtemps. Au bout de 15 min du deuxième film, une contraction, de celles que j’attendais depuis des jours, celle qui te dis : « c’est pour cette nuit », une bien longue et puissante. Il est minuit et demi. Alors je demande à V. de minuter jusqu’à la suivante. : 5 minutes. Mais sur le coup je ne veux pas savoir le rythme. Je cherche à rentrer dans ma bulle avec mon bébé. Je commence à onduler du ventre et à faire des exercices de respiration. Tout en visualisant mon bébé, tête en bas, prêt à sortir. Je dis à V que je sens qu’il faut aller à la maternité tout de suite, le bébé pousse bien sur mon col !
Je gère bien les contractions qui s’enchainent. Mais elles me semblent très rapides. Vincent, finalise déjà le départ à la maternité, avec les dernières affaires à charger. Il appelle les urgences de la maternité pour leur dire qu’on arrive dans une demi-heure. J’entends qu’il dit « contractions espacées de moins de 5 minutes ». Wouahou, ça démarre sur les chapeaux de roue. Je sais déjà que cette délivrance sera très rapide et très intense.
Nous sommes dans la voiture. Il est 1h45. Je mets un cd de musique trip hop, un peu planante. Et je commence à faire du chant prénatal. Des sons bien graves, bien longs, bien forts. Et j’entends Vincent qui chante avec moi. Sa voix très grave me raccroche au sol. Car les vibrations de la voiture en position assise ont tendance à me stresser et à me faire couiner. Non, je reviens à mon bébé, j’imagine que nos deux voix grave sont un flux d’oxygène pour notre bébé, qui m’appuie déjà beaucoup tout en bas.
Nous traversons des bois interminables, avec des risques de croiser du gibier. V. klaxonne pour éloigner les éventuelles biches ou sangliers. Le bois se termine juste avant la maternité… Quand j’y repense maintenant, ils ont du nous entendre arriver : tut tut tut on arrive, tut tut tut on va avoir un bébé !!! C’était comme si Vincent annonçait au monde entier que son bébé allait naître ! tut tut tut !
Nous arrivons à la maternité. V. se présente seul à la sonnette, car je suis terrassée par une contraction et je me sens assez mal. Je reprends mes esprits, et je vois l’auxiliaire arriver à la portière en courant avec un fauteuil, « ca va madame ? le bébé est là ? » « Non, non, il va pas tarder mais je peux marcher » « ouf, vous m’avez fait peur ». Elle me plait cette auxiliaire, elle est rigolote et bienveillante.
Je m’engouffre dans la maternité, et là, la sage-femme de garde arrive avec un grand sourire : eh oui on se connait déjà, elle s’était occupée de moi pour une fausse alerte la semaine passée ! C’est Lydie. Elle me propose comme test : ascenseur ou escalier ? Je choisis les escaliers, car j’ai vraiment besoin de bouger après ce voyage de 30 minutes assise ! Ça fait du bien mais je sens que le bébé est très bas quand même…
On s’installe pour le monitoring, impossible pour moi de rester sur le dos. Je me connecte à cet instant aux millions de femmes à qui on a imposé cette position, eh bien, je ne peux pas rester sur le dos, je les admire toutes ces « anciennes », car la douleur est pour moi intenable. Heureusement on peut faire le monitoring sur le côté. Tout se passe bien pour bébé. On palpe le col : dilaté à 7 cm !!! Il ne me reste que 3 cm à ouvrir avant de pouvoir toucher et embrasser mon bébé !!! La sage-femme me félicite d’avoir pris les escaliers ! Et me dit « on va passer en salle de naissance directement » « ah bon ? le bébé arrive vraiment ? » « oui vous avez déjà bien avancé sans nous ! Voulez-vous un bain ? » Mais bien sûr ! Le bain c’est un cadeau pour mon corps à cet instant ! Alors on se met en marche pour la salle de naissance. J’ai choisi la salle nature. Un endroit pas trop grand, avec des lumières bleues (on peut choisir la couleur rouge vert jaune bleu…) , des gros ballons, deux écharpes pendues au plafond, et un lit immense, de 3 mètres sur 3 je crois. Au milieu trône la baignoire ronde et profonde. L’eau y coule déjà. Je me dépêche d’y entrer dans ce paradis d’eau ! Car je n’ai jamais été autant attirée par l’eau qu’en cette fin de grossesse et cette nuit d’accouchement. Après une heure, la sage-femme me propose de regarder ou en est la dilatation. Le col est ouvert à 9, et nous sommes arrivés depuis à peine une heure trente. C’est très rapide ! Je dis à mon bébé que le passage est ouvert, je me concentre sur sa descente. Les contractions défilent et sont très atténuées grâce à l’eau, et à mon mari qui est là, toujours là; Il me brumise, il me parle un peu, il met de la musique, je continue à chanter, dans mon monde avec le bébé. Et bam une énorme contraction qui me fait hurler « ça pousse ça pousse !!! » La sage-femme arrive et je viens juste de rompre la poche des eaux dans l’eau, ça a fait comme un nuage en forme de champignon… Et moi qui croyais que le bébé arrivait, eh bien non, pas encore… Et mauvaise nouvelle pour moi, il faut sortir de l’eau. C’est très difficile, je me souviens que ce moment a été un tournant dans l’intensité de cet accouchement… Je suis tombée à genou et j’ai fait la majorité du travail à genou ou à quatre pattes. Position idéale pour que mon chéri me masse. Il ne m’a jamais massé aussi fort, ni aussi bien, c’était exactement ce dont j’avais besoin : des grandes mains puissantes qui s’enfoncent dans mon dos, et qui répondent à ces contractions si intenses dans mes reins !
Je sens à un moment que je suis comme écartelée et la sage-femme m’encourage à pousser, mais je n’y arrive pas !!! Je fais des « ho hissss » en chant prénatal, mais ça ne me soulage plus. Alors j’arrête de chanter les deux contractions suivantes… Grosse erreur, la douleur est insupportable, je pense immédiatement à la péridurale (d’ailleurs impossible à ce stade de l’accouchement)!!! Je reprends donc mes sons graves au prochain spasme, et la douleur redescend très vite. Par contre je n’arrive toujours pas à sortir mon bébé. Je sens le monitoring permanent. Je me dis que mon bébé est là tout près, mais rien n’y fait. La sage-femme me dit « allez, il faut vraiment aider ton bébé » « oui je veux l’aider, de tout mon cœur, de tout mon corps », la sage-femme me propose de l’aide, que j’accepte. Alors il va falloir passer de la position à genoux parterre à la position allongée sur le lit, avec mon mari derrière moi, pour que la sage-femme ait accès à la délivrance. Cette position je la tiens deux secondes montre en main ; je me plains et roule sur le côté. Beaucoup plus confortable si je puis dire, alors que ce sont là les contractions les plus fortes. Je sens mon bébé faire le yoyo, car mes poussées ne sont pas assez fortes ! Et ça m’énerve vraiment, je deviens vulgaire et très en colère contre moi-même de ne pas être capable d’aider mon bébé !!! J’entends que la sage femme me parle, mais je ne comprends pas ce qu’elle me dit : la musique est trop forte !!! C’est Amy Whinehouse, choisi dans l’urgence par mon petit mari. Génial, mais là, ça ne m’aide plus ! Vincent baisse le poste… Ah ça va mieux, et je peux faire équipe avec Lydie ! Puis je parle à mon bébé je me souviens lui dire, enfin lui hurler plutôt « allez mon bébé sort !! » Le fait d’extérioriser cette colère permet finalement la sortie de la tête. Puis le corps sort comme sur un toboggan… A ce moment mon mari m’a dit par la suite qu’il a eu besoin de ses deux bras pour pousser contre ma main. C’est inimaginable, la force de cette poussée. Simplement, les corps parlent… Avec en fond le Cd d’Amy Whinehouse…
On me tend mon petit, avec ses grands yeux, je me souviens de son regard et de son cri rauque. C’est un petit garçon ! Je le savais ! On l’appelle Lilian ! Il est grand ! Le papa coupe le cordon puis prends notre fils sur lui car je dois maintenant repousser pour le placenta. Je trouve ça difficile, alors que c’est rien du tout comparé à ce qu’il vient de se passer ! L’auxiliaire note l’heure de naissance : 5h20, le 29 mai. Les filles me disent que mon mari a même poussé avec moi de toutes ses forces ! En fait, il a réussi à se faire sa place dans la bulle, et il a suivi jusqu’au bout !
Lilian crie toujours avec sa voix rauque, et je m’inquiète (déjà !). La puéricultrice m’explique qu’il a dû boire la tasse en sortant et que du coup quelques mucosités le gênent. Elle l’aspire un peu, et Lilian se calme par la suite. Elle me dit aussi qu’il s’est engagé avec une main sous le menton, à la façon d’un penseur ! Je comprends alors pourquoi on doit me recoudre un peu (2 points, ça va) ! Je grelotte, cet instant me parait très long. Je veux juste être au chaud avec mon bébé sur moi… Le papa discute déjà avec lui et avec humour… et je les vois tous les deux, c’est très émouvant, ce sont mes deux hommes à moi.
Les deux heures de peau à peau passent trop vite, je pense à chanter une belle chanson à Lilian pour l’accueillir. Celle que j’ai chantée depuis quelques semaines quand il était encore dans mon ventre. Le papa sort fumer une cigarette, il l’a bien méritée sa pause, car il s’est beaucoup donné dans cet accouchement. Il a pris son rôle au sérieux et m’a accompagnée de la meilleure manière qui soit ! Je le félicite et mon bébé aussi. Je leur dis que je suis très fière d’eux : on l’a fait ! Cet accouchement sans violence, on l’a fait !!! Puis, après la mise au sein très timide de la part de mon bébé, il finit par s’endormir. Contre moi. Bien au chaud, car depuis la sage-femme m’a ramené des couvertures. On remonte ensuite dans la chambre, avec mon bébé contre moi… Je ne le quitte pas, et je n’en reviens pas de le voir enfin. Je t’ai tellement imaginé, et tu es là, tout chaud, tout blotti contre moi. Tu dors paisiblement, et je t’admire sous toutes les coutures. Je n’en reviens pas que tu sois là. Je n’en reviens pas de tout cet amour qui vient de se déverser sur nous trois. Je me sens très forte ; Aucune envie de dormir, de me reposer. Juste envie d’être là, de t’écouter respirer.

Merci à Lilian pour la belle descente qu’il a réalisée en 5h! Merci à V., mon chéri, qui a été ma béquille inestimable pendant cet accouchement. Merci à L la sage-femme passionnée par son métier, M l’auxiliaire puéricultrice, toutes deux pour leur douceur et leur professionnalisme. Merci à Anne, qui m’a appris et guidée dans le chant prénatal en quelques séances magiques. Merci à l’eau et au chant prénatal d’avoir pu m’aider à accompagner Lilian dans cette spirale de sensations fortes.