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#275 Assia – Algérie 2010‏

7 Mai

Tu es venue au monde un vendredi 16 juillet à 6 : 10 du matin.
Laisse moi te conter la venue au monde d’un ange.
Tout a commencé lorsque j’ai eu trois jours de retard, j’ai décidé de faire un test à 22 : 00 mon coeur battait la chamade mais au fond de moi je le savais, je le sentais et j’en rêvais. Le test était positif et ma joie fut immense. J’ai appelait mon mari en cuisine et je lui est montré le test avec un grand sourire, il m’a prise dans ses bras et il m’a serré très fort en me disant qu’il m’aimait.
L’aventure a commencé, la magie a commencé et notre rêve est devenu réalité.
Neuf mois de bonheur, neuf mois de joie, de stress, de peur mais c’était avant tout neuf mois d’amour. Depuis le premier jour je me suis surprise à mettre la main sur le ventre comme pour le rassurer, je lui parlais quand je me retrouvais seule avec lui car pour moi il était déjà la au fond de moi près de mon coeur.
Ces neufs moi étaient facile et dur par moment, semaient d’embuches qui se sont dissipés au final.
Apres 40 semaines c’était le désert pas la moindre contraction en vue, même pas une minuscule qui me fasse penser que voilà mon tit garçon arrive. Ma gyneco m’a donné rendez vous à l’hôpital ou elle travaille pour me faire un décollement. Le premier n’a pas fait grand chose à part déclencher un faut travail qui n’a duré que quelques heures. Apres deux jours retour à l’hôpital pour un deuxième décollement et je suis repartie chez moi et j’ai passé toute l’apres midi à marcher. Le soir même j’ai ressenti des contractions fortes à minuit. J’ai réveillé mon mari et il a essayé de me faire dormir. Les contractions s’enchainees et j’etais tellement excité que je n’arretais pas de faire des allers retours entre ma chambre et la cuisine. J’ai fini par réveillé ma belle mère qui m’a préparé une tisane qui aussi tôt avalée aussitôt vomie. A 6 du matin je devais aller à l’hôpital car ma gyneco m’avait programmé un troisième décollement. A 8 heure j’etais admise et mon mari s’activait avec les papiers d’admission ma belle mere m’a donné ma valise et m’a dit aurevoir, mon mari aussi. Le voyage vers l’inconnu avait commencé.
Je suis entrée en salle de consultation ou une sage femme assez sympathique m’a faite une dernière écho puis un dernier décollement super mega douloureux que les deux autres et j’etais déjà à deux doigts. On m’a demandé de me déshabiller ( je suis restée en chemise de nuit ) et on m’a mise une perf.
Je suis rentrée dans une salle avec 5 lits et sur chaque lit il y’avait 2 à 3 femmes, y’en avait avec leurs bébés dans les bras et d’autres était la à pleurer à crier de douleur. Je n’étais pas choquée ni apeurée, ni même dégoutée par la saleté des lieux ( je pourrai vous décrire des cafards, du sang partout, des serviettes hygiéniques jettes un peu partout sans parler du liquide amniotique qui recouvrer la salle et le couloir bref et j’en passe ). J’étais heureuse je me sentais forte et chaque contraction douloureuse me faisais me rapprocher encore plus du moment tant attendu. J’ai passé toute la journée du jeudi et toute la nuit à me tordre de douleur tantôt allongée tantôt debout tantôt assise. J’avais tout le temps mon mari avec moi au téléphone sinon c’etait la mere ou ma soeur ou mes Freres qui étaient tous assez inquiets pour moi me sachant seule face à l’inconnu. Mais je n’étais pas seule mon bebe était la et il me faisait comprendre qu’il arrivait.
La nuit du jeudi au vendredi était particulièrement difficile et éprouvante, j’étais fatiguée j’avais faim car je n’avais pas manger depuis plus de 24 heures on avait juste le droit de boire de l’eau tiède avec une chaleur de 40 degré. J’avais peur de ne plus avoir de force à la fin.
Il était 6 heures du matin et je me suis surprise à avoir une envie de pousser. Une femme de ménage a appelé une sage femme et elle m’a emmené en salle de naissance ou une autre femme était entein d’accoucher, elle a branché ma perf et la j’étais terrassée par des contractions insupportables sans repis, la sage femme m’a demandé de pousser et m’encourager, j’ai poussé de toutes mes forces et j’ai hurlé de toutes mes tripes puis un stop un silence, puis le plus merveilleux des cries celui de mon ange. Elle me l’avais mise sur le ventre et je l’ai prise dans mes bras je le contempler et je disais à haute voix alhamdoulilah ya rabi. La sage femme la prise et a mis plusieurs minutes à revenir puis c’était la délivrance je n’ai pas eu mal la sage femme était revenu en me félicitant et m’annoça le poids avec un grand sourire 3 kilo 900 un beau bebe.
Quelques temps c’est écoulé entre la délivrance et le moment ou la sage femme a commencé à me coudre ( excuser le terme ) j’avais pu avoir mon mari au téléphone il était très ému il avait pleurer. La sage femme ne pouvait plus attendre un chirurgien pour venir me recoudre ( terrible déchirure + episio ) et avait commencé toute seule, sa m’a fait tellement mal que je n’ai hurlé que de plus belle. Le cauchemar s’est terminé 30 minutes apres. Une femme de ménage m’a nettoyé m’a habillé et m’a aidé à regagner mon lit tout de suite Apres on me l’a amené mon ange, mon bebe, mon fils ma fierté.
Une femme était venue pour m’emmener dans un lit vide dans le couloir et j’etais en tête à tête avec lui, je l’ai prise dans mes bras et je lui ai récité l’appel à prière ( al adhan ) au creux de l’oreille. Je l’ai couché près de moi j’ai mis Sourat Al Bakara sur mon téléphone et j’ai fermé les yeux. L’apremidi même j’etais chez moi, mon bebe dans son lit et le coeur soulagé.

Je voudrai laisser derrière moi une trace d’un jour, le plus beau jour de ma vie.

A toi mon ange l’amour de ma vie

Assia

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Un accouchement à domicile, une naissance en maternité

26 Avr

Un accouchement à domicile, une naissance en maternité.
J’ai eu besoin d’écrire la naissance de mon fils pour mettre des mots sur cette aventure unique. Ces mots retracent ce qui s’est passé mais surtout comment j’ai ressenti cet évènement. Ils ne sont pas le reflet objectif des faits mais, au contraire, la traduction des émotions que j’ai vécues. Bonheur, calme, peur, douleur, violence ou honte, ces émotions m’appartiennent et ne servent pas à juger.
Tout a commencé 2 ans plus tôt en Février 2009, lorsque ma fille nait. Naissance déclenchée parce que qu’elle était jugée trop grosse, déclenchement qui échoue parce que mon corps n’est pas prêt et a besoin de trop de temps, césarienne avant terme alors que je ne suis même pas en travail et que bébé va bien, juste parce que « ca a trop duré » et une hospitalisation qui dure parce que ma fille a perdu trop de poids. S’en suivent 5 mois de dépression et un lien difficile à faire avec ma fille. Je m’accroche à l’allaitement parce que c’est la seule chose que je réussis et qui me permet d’échapper au jugement « elle mange trop / trop peu ». Pour m’en sortir, j’ai besoin de comprendre. Je lis, je comprends que la grande majorité des médias nous formatent à croire qu’il faut rentrer dans la norme imposée par le milieu médical (poids mini maxi pour la mère, le bébé, temps mini maxi pour la grossesse, le travail) et en maternité tout ce qui dépasse est raboté. Mais, dans ma famille, les bébés font 4kg et mettent 9 mois et demi à sortir : hors norme. Mon envie d’une fratrie de 2 se heurte à cette norme, je ne veux plus jamais être rabotée. Et je sais que la cicatrice qui me barre le ventre a encore rabaissé le seuil de tolérance des maternités. Bébé < 3,5kg et dépassement de terme 3,5kg, dépassement de terme > 5j) et tente gentiment de me convaincre de renoncer à mon projet de naissance à domicile. Je ne peux pas concevoir de me faire opérer alors que bébé et moi allons bien. En région parisienne, pour envisager une naissance à domicile, je conserve mon appartement du val de Marne. Je me tourne vers une maternité où le chef de service a la réputation de recevoir toutes les femmes envisageant un accouchement par voie basse avec antécédent de césarienne. Petit chantage à l’accueil pour obtenir rendez vous avec lui et personne d’autre. Il n’impose pas de protocole figé, mais il écoute, il explique. Dans mon cas, il confirme qu’il ne tient pas compte de l’estimation de poids. Si je dépasse le terme, un suivi rapproché par ma sage-femme sera mis en place car « tout ce qui peut être fait en dehors de la maternité libère ses équipes ». 7 jours après le terme, si je n’ai pas accouché, je viendrai le voir « parce qu’il faut bien qu’on en discute ». Dans sa maternité qui voit 4000 naissances par an, pas plus de 3 femmes atteignent les 43SA, dont certaines parce qu’elles ne sont pas venues. Je comprends qu’il accepte les exceptions parce qu’elles existent, sans culpabiliser les mamans. Je teste sur ce gynécologue hors norme mon droit à refuser ou à négocier un test de glycémie post prandial au lieu du O’Sullivan. Il me répond qu’il me donne l’ordonnance mais ne me prendra pas par la main pour aller faire la prise de sang. Bref je suis une adulte. Face à mon refus poli de toucher vaginal il en profite pour indiquer à la SF qui le suit « aujourd’hui vous allez apprendre à mesurer une hauteur utérine par-dessus un jean ». Impressionnant comme les actes médicaux peuvent être faits sans mettre les femmes à nue !
Côté positif, je vis cette grossesse entre la sérénité d’un bébé qui se développe à merveille et une sage-femme parisienne très factuelle, répondant à mes plus petits soucis (remontées gastriques, douleurs dans le dos, peur du transfert) par des solutions peu médicalisées (eau gazeuse, osthéopathie, son accompagnement si nécessaire). Côté contraignant, j’ai décidé de suivre à la lettre le régime sans sucre proposé par Fr pour être sure d’avoir mis toutes les chances de mon côté de passer à côté d’un gros bébé. Mon suivi en province avec un cabinet de sage-femme devient un casse tête et je sens qu’elles ne me suivront pas, ce qui est le cas puisqu’elles m’annoncent 10 jours avant le terme que l’une d’elle ne veut plus. L’accouchement à domicile ne serait donc possible que les jours de garde de l’autre sage-femme. On re-déménage donc dans notre appartement du Val de Marne quelque jours avant le terme fixé au 27 Avril (j’ai réussi à gratter 2 jours en trichant à l’échographie).
Mercredi 4 mai 2011: cela fait maintenant 7 jours que j’ai dépassé le terme et rien ne m’indique que l’accouchement est imminent. Comme convenu avec le Dr M, le gynécologue, mon dépassement de terme est suivi par Fr qui vient un jour sur deux faire un monitoring en attendant le rendez vous de DPA+7. Les monitorings, faits tranquillement à la maison dans le canapé, montrent invariablement un bébé en bonne santé et, les touchers vaginaux, faits avec mon accord, indiquent col qui ne progresse que très lentement. Les séances d’ostéo et d’acupuncture ont peut être favorisé le déclenchement mais cela ne suffit pas. Pour compléter cette surveillance, j’ai passé une échographie la veille qui a montré un placenta qui fonctionne toujours impeccablement et du liquide amniotique à revendre. Volontairement, j’ai fait faire l’échographie dans un cabinet qui a bonne réputation mais surtout où l’échographiste a toujours été douce et rassurante. Je déjeune avec C, une cameraman qui veut filmer l’accouchement. Elle m’a été présentée par Fr. Le but et d’insérer quelques prises d’un accouchement à domicile dans un documentaire sur la naissance. Ce sera ma participation à informer les mamans et mon retour d’ascenseur pour Fr qui m’a fait confiance jusqu’ici. Je commence à comprendre C qui me disait qu’au delà du terme, elle avait l’impression que cette grossesse ne finirait jamais. Mon bébé se sent tellement bien qu’il n’a aucune raison de sortir.
Je me rends à la maternité en RER et je suis presque sereine pendant le rendez vous. En effet le Dr M, m’avait dit qu’à DPA+7, « ’il faudrait qu’on discute ». Je lui présente les monitorings et l’échographie. Il me rappelle qu’à mon terme, il est classique de proposer un déclenchement si les conditions sont favorables, mais il entérine que je n’en veux toujours pas. Il m’examine et constate que les conditions n’étant pas favorables, il n’y a pas lieu d’insister. Evidemment, il me propose de faire un monitoring avant de partir, d’autant que le dernier fait avec Fr date de deux jours. Il me confie à une sage-femme en lui donnant le contexte (maman traumatisée par un déclenchement ‘foireux’ ayant abouti sur une césa). La gentille SF me branche. Je somnole en me mettant dans le même état de détente que chez l’acupunctrice la veille. Je pense à une maman qui se surnomme PetitGalop parceque le rythme du monito ressemble à un petit cheval au galop. Je demande à mon BB de faire un beau monito, ce qu’il fait !
La SF revient 5 min après pour me dire que sa surveillante pense que je dois refaire une écho puisque l’interne est dispo. je n’ai qu’une envie, c’est que cette journée ne me soit pas pourrie par la gestion du dépassement
– Heu, cela va prendre longtemps?
– Désolée, je ne peux pas vous dire, déjà il faut voir l’analyse du monito, on verra ensuite pour l’echo.
– [Je commence à sentir le coup où je vais passer la journée là] Mais, j’ai fait l’echo hier matin en labo car je ne me sens pas bien en milieu hospitalier, pourquoi en refaire une aujourd’hui?
– Parcequ’on ne connait pas ce labo, on préfère la refaire nous même, au cas où on trouverait autre chose (ah, je sens qu’ils cherchent le grain de sable, j’aime pas cela). On est responsable de vous.
– Non, non, je suis responsable de moi!
– Vous comprenez, déjà que normalement à 42 SA on devrait vous déclencher
[Là mon sang ne fait qu’un tour, je ne veux pas savoir quelle est la norme]. Evidemment, je fonds en larme, je sens l’engrenage.] Mais il ne faut pas réagir comme cela. Chaque grossesse est différente, il n’y a pas de raison que celle ci finisse comme la première, mais il ne faut pas occulter la possibilité que vous ayiez un déclenchement ou même un césarienne.
– [Là, je suis carrément en larmes] Et comment est ce que je pourrais l’occulter ?!

Entre temps, je réfléchis
1 Dr M n’a jamais dit que l’echo de la veille ne valait rien et qu’il fallait en refaire une autre.
2 Tous les éléments montrent que BB et maman vont bien, je n’ai rien à leur prouver de plus
3 Accepter de rester, ce serait me pourrir la journée, celle de ma fille et commencer à céder à des logiques hiérarchiques (la surveillante) qui ne me concernent pas.
La SF revient à la fin du monito, entérine que je refuse l’echo et me laisse partir. Je marche longtemps jusqu’au RER, et je commence à sentir mon ventre se durcir par moments. Je rappelle ma SF pour l’informer de l’accord du gyneco pour le dépassement de terme.
Vendredi 6 mai. Cela fait maintenant 11 jours que la date prévue d’accouchement est dépassée. Je ressens des contractions non douloureuses, une découverte pour moi, je crois que je perds un peu le bouchon muqueux. Alors que ma SF ne me met aucunement la pression, et que le gynéco n’a mentionné aucun des risques associés à la post maturité, je ressens ce délai comme une menace. Chaque voisin qui commente ‘ah il est en retard’ me fait réagir ‘non, il prend son temps’. Mais je crains l’ultimatum du gynéco ‘césa ou déclenchement’ lors du prochain rendez vous pris à DPA+13. Alors que je fais semblant de tenir le choc, je pleure dans les bras de mon homme ce matin là. Le cauchemar de la naissance de ma fille me semble inéluctable, la césarienne comme ultime déclaration de mon inaptitude à accoucher. Et pourtant, je suis convaincue que ce n’est pas mon corps qui ne sait pas déclencher un accouchement, mais les protocoles qui ont classé les grossesses longues dans la catégorie pathologique.
Sur les conseils de ma SF, je retourne voir l’acupunctrice qui me reçoit en perruque juste avant son week-end. Comme ces séances me détendent, je n’ai rien à y perdre et je n’aurai aucun regret de ne pas avoir tout tenté. En rentrant chez moi, je me rends compte qu’elle a oublié de retirer les aiguilles. Comme cela au moins, elles auront eu le temps d’agir.
Samedi 7 mai. A 2h du matin, je suis réveillée par des douleurs dans le bas du dos. Je me lève et surfe sur internet tout en regardant leur régularité. Elles viennent toutes les 6 minutes environ, ce doit donc être le début du travail tant attendu. Assise sur mon ballon, je les laisse passer en mettant ma tête dans les bras. Je suis tellement contente de vivre enfin cela que je prends plaisir à les vivre seule dans le calme de l’appartement pendant que tout le monde dort.
Vers 5/6h, je commence à trouver le temps long et je ne veux pas être trop fatiguée quand ma fille se réveillera. Je vais prendre un bain chaud et les contractions s’arrêtent. Vers 7h, j’envoie un SMS à ma SF pour l’informer de ce qui s’est passé, ainsi qu’à C. Toutes les deux me rappellent rapidement pour me dire qu’elles viennent. Elles arrivent vers 9/10h. Fr constate effectivement que les contractions se sont arrêtées et que bébé présente toujours un rythme cardiaque sans soucis. Elle constate que mon col est ouvert à 3, ce qui n’est pas considéré comme un début de travail, juste une mise en route. Elle me conseille soit de me reposer, soit de me changer les idées et si, en début d’après midi, le travail n’a pas repris, de donner la tété à ma grande. Cela devrait faire repartir le travail. Elle repart avec toujours la même consigne ‘appelle moi quand tu as besoin de moi’. J’adore cette prescription, sans aucun chiffrage puisque je ne rentre pas dans les cases, juste l’assurance d’un soutien.
On décide d’aller faire le marché. On part avec ma fille dans sa poussette. Alors que les contractions reviennent assez espacées et peu douloureuses, je trouve ces moments ubuesques d’une femme en travail qui va tranquillement faire son marché et répond invariablement quand on lui demande ‘c’est pour quand ?’ par un ‘le 27 Avril’. Je ne vais quand même pas leur répondre ‘dans 5h’, puisque je n’en ai aucune idée, donc je donne l’information officielle.
Nous déjeunons avec C. et en compagnie de mes contractions toujours légères. Mon homme convient qu’on est tellement mieux chez nous qu’en maternité. Au moment de mettre ma fille à la sieste, je lui donne la tété, et l’effet est immédiat, je ne tiens pas 10 minutes assise. Je dois appeler à l’aide mon homme pour qu’il prenne ma fille qui ne comprend pas pourquoi j’interromps brutalement sa tété.
A partir de ce moment, les contractions s’installent de plus en plus douloureuses, toujours dans le bas du dos, toutes les 6 à 10 minutes. Je les gère en restant debout, en m’appuyant des 2 mains sur la table pour alléger le poids sur le bas du corps, en basculant d’une jambe sur l’autre, comme pour faire passer une crampe au mollet. Je discute avec C., mais progressivement, je dois m’arrêter de parler quand une contraction arrive. Dès qu’elle est passée, nous reprenons notre bavardage. Mais une chose est sure, la dernière ligne droite est pour ce soir, plus d’attente interminable de ce terme qui ne veut pas venir.
Quand ma fille se réveille de la sieste, mon homme l’emmène au parc et lui explique que, comme on le lui avait dit, il va falloir préparer sa valise pour aller passer la nuit chez grand-père. Elle se fait confirmer que le chien ne sera pas là. Mais elle ne semble pas en avoir aussi peur que les autres fois. Ils rentrent à la maison, et ma fille va mettre dans sa valise ce qui lui manque. Mon petit bout de 2 ans semble une grande fille brutalement. Mon père arrive et ma fille part fièrement en tirant sa valise. Mon homme remontera à l’appartement en me disant qu’elle lui a dit au revoir avec un air de dire ‘t’en fais pas papa, je gère la situation, occupe toi de maman’. Il en est tout ému.
Vers 18/19h, je commence à en avoir marre de cette douleur dans le bas du dos. Je voudrais qu’on me confirme qu’elle sert bien à quelque chose, que cet accouchement avance, que je serai bientôt soulagée. J’appelle FB et lui laisse un message pour lui dire que j’ai besoin d’être rassurée et aidée. Comme les contractions sont bien installées, je retourne dans une baignoire chaude, à 4 pattes, je fais couler le jet sur le bas de mes reins. Cela me soulage mais je ne peux pas m’immerger dans cette position. Alors que C. me filme, pour la première fois, sa présence me gêne, je lui demande de sortir pour être seule avec ma douleur que j’accompagne en m’accrochant à la robinetterie et les moments de calme où je profite des mouvements de l’eau dans la baignoire. Vers 19h, je réalise qu’il va falloir manger si je ne veux pas m’épuiser. Je demande à mon homme de me préparer un plat de pate. Il m’apporte quelques bougies, me demande si je veux qu’il prépare la piscine d’accouchement que Fr nous a laissée. Oh oui ! Je lui demande de rappeler Fr. Elle n’avait pas eu mon précédent message et vient d’ici 40 min. Cela me semble une éternité, alors que je dois de plus en plus arracher la robinetterie à chaque contraction qui se sont rapprochées. Je fais un rapide calcul. Si les contractions sont encore toutes les 6 minutes, cela ne fait que 8 à supporter, mais mon homme me confirme qu’elles se sont rapprochées. Je préfère ne pas refaire le calcul.
Fr arrive alors que la piscine est enfin remplie. Comme j’y entre, mon homme lui demande :
– Le bébé peut naitre dans la piscine (c’était un de ses rêves pour la naissance de notre aînée) ?
– Oui, c’est possible
Je comprends à ce moment là que mon homme fait de cet accouchement ‘notre’ accouchement, contrairement au précédent pour lequel, il pensait que sa tâche était essentiellement de me remettre entre des mains expertes.
Dans la piscine, je peux y retrouver une position un peu plus agréable. A 4 pattes, accoudée au bord de la piscine, le ventre dans l’eau chaude, Fr me fait un monito. Bébé supporte toujours les contractions sans broncher. La nuit est tombée et j’ai peur de fatiguer. Comme les pates ne sont pas prêtes, je demande un morceau de pain à mon homme. A chaque fois qu’il passe ou que je le regarde (je ne sais plus bien de quoi je suis consciente autour de moi), il m’encourage discrètement. J’ai de plus en plus soif. C. est assise en retrait sur une chaise après avoir installé des lampes douces. Fr m’apporte de temps en temps un remontant dans de l’eau, me fait des points d’acupuncture, me mets de l’eau chaude sur le bas du dos, mais surtout, son regard est toujours là pour me dire que tout se passe bien que je n’ai pas à m’inquiéter. Les monito réguliers sont là pour confirmer aussi à mon homme que bébé supporte toujours bien le travail. Faits dans l’eau, le capteur simplement posé sur mon bas-ventre, les monitorings ne me dérangent absolument pas, je ne me souviens absolument pas quand Fr les a fait. Je finis par ne plus être bien à 4 pattes, même en me balançant d’un pied sur l’autre.
Je me mets accroupie pendant les contractions, et je compte, je sais qu’elles passent quand j’ai compté jusqu’à 16 ou 20 selon les contractions. Cela m’aide à me dire ‘plus que … avant la fin de la douleur’. Fr compte avec moi en me tenant les épaules. Je me sens toujours soutenue. Une fois la contraction passée, je m’allonge sur le dos, les bras sur le bord de la piscine comme un boxeur sur le ring pendant la pause. Je sens que parfois, je m’endors dans cette position, réveillée par la contraction qui m’oblige à m’accroupir le plus vite possible pour la traverser avec les mains de Fr sur mes épaules et sa voix pour accompagner mon décompte. J’ai l’impression que cela ne finira jamais. Fr me confirme que bébé est un peu descendu. Je demande à Fr
– Pas plus de 100 contractions ?
– Je ne sais pas. [Mais comme toujours elle ne pose aucun ultimatum]
Je fais le décompte mais le chiffre de 100 me parait rapidement inatteignable. Je commence à supplier mon bébé de descendre pour que cela cesse. J’ai des crampes dans les mollets. Fr m’apporte des ampoules de magnésium et autres. Comme je fatigue de plus en plus, elle me propose d’aller sur mon lit afin que je puisse me reposer entre 2 contractions. Sur mon lit, aucune position ne me permet de supporter les contractions mieux que dans la piscine. Je commence à dire que je ne supporte plus la douleur qui me semble s’accumuler sans fin dans le bas de mon dos, que je veux une péridurale. Mon homme me rappelle mon projet de naissance dans lequel je refuse la péri si j’arrive à encaisser la douleur. Mais justement, je n’y arrive plus.
Fr me confie que cela fait 2h que je suis à dilatation complète et que bébé ne progresse pas (Je ne me souviens même plus quand elle a examiné mon col comme quoi, ils ont certainement été fait avec respect et douceur). Comme bébé supporte bien les contractions, cela ne la dérange pas d’attendre. Evidemment, elle n’a aucune idée du temps qu’il faudra à bébé pour descendre. Seule moi peux décider du transfert si la douleur est intenable. Et elle l’est. Je m’accroche à en pleurer à mon homme à chaque contraction. Mon homme me dit qu’il est convaincu que ce bébé naitra à la maison. Mais je n’y crois plus. Je veux une péri mais je ne sais pas si je supporterai le temps du transfert.
Fr propose et on tente encore
– monter et descendre les escaliers (à 2h du matin, on a l’air fins !)
– allongée sur le dos, Fr et mon homme remontent mes cuisses
– à genou sur le canapé, je pousse comme pour aller à la selle.
Mon homme demande
– une rupture de la poche des eaux pourrait aider (il a toujours pensé que c’était la première étape du travail) ?
– Oui, peut être, mais pas à domicile.
Rien ne bouge, je capitule ! On fourre l’indispensable dans un sac, les papiers, 1 T-shirt, 2 bodys, 2 pyjamas, un bonnet, sur les conseils avisés de Fr de quoi manger et boire, une alèse pour la voiture. C., impressionnée par le calme de ce transfert (toujours aucune urgence ni pour moi ni pour bébé) filme ce qui me parait être ma débâcle.
On part dans la voiture de Fr. Mon homme, GPS en main tente de la guider. Mais une bretelle d’autoroute est en travaux et on sillonne la banlieue Est. Je maudits intérieurement les tentatives de mon homme pour couper au travers d’un chantier, une banlieue pavillonnaire parsemée de dos d’âne. Je me contente de dire à chaque contraction ‘P**ain, Pascal, j’ai mal’. Cela ne sert à rien mais je me sens moins seule.
On finit par trouver la porte des urgences obstétricales de l’hôpital et on explique brièvement la raison de notre présence : je veux la péri. Je remets mon projet de naissance, et ils partent chercher mon dossier. Pendant que l’on attend, Fr constate factuellement qu’au vu de leur comportement, ils ont bien compris qu’il ne s’agissait pas d’une urgence.
La SF revient et me demande
– Quand a débuté le travail ?
– [Mon homme me court circuite, sentant que je ne vais pas plaider ma cause] depuis 2h de l’après midi.
– Bon, je vous explique la situation : vous avez largement dépassé le terme (merci de l’info !), c’est un gros bébé (envie de lui faire revoir ses abaques mais ce n’est pas le moment), et le travail a été long et potentiellement éprouvant (ben non, les monitos étaient OK)
– [Vous en avez encore d’autres pour me préparer au pire ?]
– On va vous mettre sous monito et si bébé supporte bien les contractions on tente encore la voie basse.
– On peut me mettre la péri, viiiite ?
– Mais votre projet de naissance ?
– Mon homme : sauf qu’on est venu exprès pour cela, elle veut la péri on vous dit !
– OK, alors, péri, puis monito et on voit.
– Ma SF peut venir ?
– Ah non, seulement peut être après le monito
– [Bon dieu, qu’est-ce que cela peut bien vous faire qu’elle reste avec moi ?]
On m’installe en salle de naissance, équipement des années 70 qui me rappelle mes cours de chimie au lycée. Pose de la perf un peu brutale qui doit être refaite, mais bon c’est pour la bonne cause, pour la péri. Je ne demande même pas ce qu’il y a dedans. J’entends que ca discute dans la pièce d’à côté. Je les supplie intérieurement de vite finir leur café (médisante, hein) et de venir s’occuper de moi.
L’anesthésiste, classique, un étranger, ne m’adresse pas la parole sauf pour m’asséner plusieurs ‘mais asseyez vous plus loin sur la table’, ‘mais détendez vous !’. Après un long travail, je ne sais plus ce que se détendre veut dire. Heureusement, l’aide soignante m’aide à faire le dos rond, me prête sa main à écraser quand la contraction vient… et 3 contractions plus loin, plus de douleur ! J’ai demandé à avoir une péri la moins dosée possible. On m’a répondu ‘on fait en fonction de votre poids !’
On est partis pour 30 min de monito. La SF revient et m’annonce qu’au vu de la durée passée du travail, il va probablement falloir accélérer les choses et percer la poche des eaux. Aurais-je dû / pu refuser ? Au moins, ils m’informent. J’accepte. Mon homme me demande si Fr doit rester en attendant la fin du monito. Je n’ose pas la faire attendre pour, peut-être se faire renvoyer ensuite, alors qu’elle devait certainement tomber de sommeil. Là j’ai été idiote, mais je ne pensais pas avoir aussi peu d’accompagnement par le personnel hospitalier, alors après celui de Fr, la chute fut rude. Je lui demande tout de même de confirmer auprès d’elle que la rupture de la poche des eaux est une bonne idée. Elle confirme que c’est une option possible (à la fois, je ne pense pas qu’elle aurait pu déjuger ceux en qui je devais faire confiance pour les heures à venir)
Fin du monito qui confirme que bébé va toujours bien. La salle de naissance, située dans les étages donne sur les arbres, ce qui contraste avec les salles aveugles d’Esquirol pour la naissance de ma fille. La SF s’apprête à rompre la poche des eaux. Je lui demande son prénom parce que je ne me ferai jamais à l’anonymat de ces gens qui touchent autant à mon intimité. Basiquement, cela s’appelle de la politesse, et je crois y avoir droit. E. perce donc la poche et constate un liquide teinté (normal vu le dépassement de terme mais je sens les éléments à charge s’accumuler)
On parle position d’accouchement. Elle a donc bien lu mon projet de naissance. Elle me dit ne pas se sentir à l’aise avec la position sur le côté mais préférer la position accroupie. Je lui dis que je lui fais confiance. Elle me place en position latérale genou supérieur surélevé pour faire descendre bébé et me promet qu’elle revient dans 15 min. Mon homme demande à ce qu’on baisse la lumière afin qu’il puisse somnoler sur sa chaise (et moi aussi parait il). Au bout des 15 min, je ne supporte plus cette position, comme si j’avais une envie pressante d’aller à la selle, et que, seule au milieu de cette pièce, ce n’était manifestement pas l’endroit adéquat. J’appelle la SF qui m’explique que c’est le bébé qui appuie sur le rectum, ce n’est pas agréable mais il faut attendre. Elle revient ensuite pour me mettre sur le dos, pieds appuyés sur une barre au dessus de moi. Elle me dit qu’en fonction de la progression quelques minutes peuvent suffire. Elle ne revient qu’au bout de 20 minutes qui me paraissent une éternité : la sensation de poussée devient intenable, je ne supporte plus d’exposer mon vagin au mur d’en face et de me faire rabrouer par mon homme à chaque fois que je retire mon pieds de la barre. Je me sens comme un véritable poulet de Bresse prêt à être farci mais il parait que c’est pour la bonne cause.
La SF revient et m’annonce que l’on va essayer de pousser. Comme mon homme ne veut pas voir l’expulsion, il sort. La SF braque sa lampe sur mon vagin et examine mon col pour la xième fois. Je demande avant la poussée à pouvoir m’asseoir décemment une minute.
– Mais vous êtes décente, je ne comprends pas
– Ben moi, je ne me sens pas décente exposée ainsi depuis des heures et vous avec vos doigts dans mon vagin.
– Mais je vous assure qu’il n’y a aucun problème, on est entre femmes.
– Je veux juste redevenir quelqu’un de normal pendant 1 minutes, pouvoir serrer les jambes, faire 2 pas.
– Ah non pas possible avec la péri vous croyez que vous maitrisez vos jambes mais elles ne vous porteraient pas vous risqueriez de tomber.
– [Je comprends / je crois que j’ai renoncé à toutes mes sensations, à tous mes droits, alors je me mets à pleurer sans discontinuer, je capitule devant leur pouvoir]
– Bon, on va se mettre en position accroupie, les mains sur la barre. Vous ressentez les contractions ?
– [Ah bon, je devrais ressentir quelque chose à part la honte] Non, je ne sais pas, je ne sais plus.
– Bon quand je vous dis de pousser vous poussez.
– Comme pour aller à la selle ?
– Oui
Après plusieurs tentatives de poussée, toujours en larmes, je demande au moins à ce qu’on me dise ce qui se passe. E. me dit ‘Vous poussez super bien, bébé avance doucement.’ Puis l’aide soignante me dit ‘on va peut être essayer d’autres positions’. J’y crois encore au travers de mes larmes. La SF va chercher la gynéco en me disant ‘il va peut être falloir l’aider’. Sans se présenter, la gynéco me dit ‘bon on arrête là, on va utiliser les spatules’ et je la vois mettre son tablier de boucher, et chacun se préparer comme pour une opération. On me met en position gynécologique. Je ne comprends pas pourquoi, alors que selon la SF tout va bien, brutalement tout le monde se met à me traiter comme une future opérée, un morceau de viande. Je hurle que je ne veux pas. En fait, je veux surtout qu’on me laisse le temps d’accepter, d’en faire ma décision, mais je suis bien incapable de le dire. Je demande mon homme, qu’il me défende, lui. On le fait entrer par la porte qui donne sur mon entre-jambe. Il découvre, le monito qui vire au rouge, la gynéco avec ses spatules qui commence à officier, exactement ce qu’il ne voulait pas voir ! Il vient près de moi, et, paniqué, me dit que bébé ne va pas bien, il faut que je pousse, plus le temps de parler, de pleurer, il est à la limite de m’engueuler. Je me sens trahie, je suis hystérique et je ne comprends même pas comment je peux pousser dans cet état, et pourtant on me dit que je dois pousser ! A la merci de ces gens que je ne vois pas, je hurle que je ne veux pas d’épisio. J’entends mon homme engueuler la gynéco d’un tonitruant ‘Qu’est ce que vous faites ?’ Il m’a peut être évité l’épisio (merci !!)
Je sens vaguement quelque chose qui glisse hors de moi, on me pose quelque chose de chaud. Mon homme me demande
– tu veux le voir ?
– Je ne sais pas, je ne sais plus (je ne vois plus rien depuis de longues minutes), occupe toi de lui.
La gynéco demande à ce qu’on me fasse 2 points. Je dis que je n’en veux pas (j’ai lu que les petites déchirures cicatrisent parfois mieux sans point). Ah non, ce n’est pas possible ! Je sens quand on me fait les points. Même si ce n’est pas super douloureux, je continue à sangloter sur leur refus total de m’écouter de me laisser décider pour mon corps (la vie de notre bébé n’est plus en jeu).
Mon homme m’a raconté que notre fils était vert (à cause du liquide teinté). Il a cru qu’il était mort, a suivi les soins qui, vu la rapidité des gestes (dont le prélèvement gastrique pour la même raison), ressemblaient pour lui à un sauvetage. Il a cru qu’il avait été intubé ! En fait, notre fils présentait un APGAR à 7, donc pas d’inquiétude mais personne pour lui expliquer !
On m’a ensuite déposé notre fils sur la poitrine pendant les 2 heures de surveillance. Un moment de douceur dans un monde de brutes. Un petit bonhomme aux yeux bien ouverts cherchant le sein. A la fin de la surveillance, on lui a mis le collyre et la vitamine K (mon projet de naissance avait été lu et le collyre différé, merci). L’aide soignante me présente sa collègue de jour et me promet qu’elle me rendra visite lors de sa prochaine garde.
On nous remonte en chambre, et je veux déjà marcher pour rejoindre mon lit. Je demande déjà ce que je dois faire pour avoir une sortie précoce : pour moi, le passage par la maternité se justifiait par l’aide dont j’avais besoin pour finir d’accoucher, mais je ne veux pas rester plus que le strict minimum. On me répond qu’il faut attendre l’accord de la pédiatre, mais que par défaut, on n’accorde pas de sortie précoce en cas de post-maturité. J’ai de plus en plus l’impression que personne ne rentre dans les cases. Je dis à mon homme de ne pas venir ce soir ni le lendemain pour me rendre visite avec notre fille : je sors demain j’en suis sure. En plus, je n’ai apporté que très peu de change, un T-shirt pour moi et 1 change pour bébé, même pas une couverture, ni une serviette de toilette pour moi. Je me sens vraiment en transit ici. Je profite tout de même de cette journée pour dormir dès que Camile dort. Cela tombe bien, notre petit bout dort beaucoup et tranquillement dès qu’il est propre et repus. Comme je n’ai jamais arrêté d’allaiter notre aînée, le lait vient facilement à Camile qui a tout de suite compris comment téter. Ma sage-femme m’appelle pour prendre de mes nouvelles, me confirmer qu’elle peut faire tout le suivi post-natal à la maison si je veux sortir aujourd’hui, et que la maternité peut l’appeler pour confirmer cela auprès d’elle. Quand la puericultrice vient me demander si elle peut faire la prise de sang pour vérifier le rhésus de Camile ou si elle la repousse au lendemain, je lui demande de repousser car Camile dort (et que, bo**el, je sais qu’il est de rhésus négatif comme son père et sa mère !). La voisine de chambre s’en va dans l’après midi me laissant la chambre pour moi toute seule !
Le lendemain, je fais un peu de sitting dans la salle de change des bébés. C’est une grande salle où l’on explique aux mamans comment donner le bain, comment allaiter, ou tirer son lait. Un endroit plutôt sympathique et convivial. Une jeune maman me raconte sa césarienne dans les détails, et je lui indique que, si elle a besoin de parler, il y a un forum Cesarine sur le web (l’affiche est dans le couloir). La puericultrice fait la prise de sang à Camile, tout en douceur, sans qu’il pleure. Comme je ne vois toujours pas de pédiatre, je m’adresse à une femme du personnel soignant que je vois pour la première fois : c’est la psychologue. Je lui explique brièvement que j’aurai peut être besoin de son soutien pour obtenir une sortie précoce. Elle me répond qu’elle passera me voir et me proposera un entretien avec la pédo-psychiatre ( ?)
La sage-femme qui vient me rendre visite constate que je n’ai pas d’infection et à ma demande m’indique où ont été faits les points. Elle me confirme aussi que même dans cette maternité, seule l’autorité du Dr M. m’a permis de dépasser autant le terme. Leur protocole standard aurait sinon été de constater à J+5 que le col n’était pas favorable et de décider d’une césarienne pour éviter le risque de rupture utérine.
Une infirmière passe et me demande, au vu de mon projet de naissance, mon accord pour que ce soit une stagiaire qui s’occuppe de moi. J’accepte à la condition que cela n’implique pas plus d’actes.
La pédiatre examine Camile et constate que tout va bien. Elle me rappelle que pour elle, je ne devrais pas bénéficier d’une sortie précoce, mais que, comme je peux toujours signer une décharge, elle est bien obligée d’accepter.
Une infirmière passe et me demande si j’accepte que le Dr M. qui fait sa visite de service passe me voir. Comme je comptais aller le remercier à l’heure de la consultation initialement prévue ce jour à 12h, j’accepte. Je ne réaliserai que quelques jours plus tard que je ne suis pas sure qu’un autre chef de service demande son accord aux patientes. Il entre, accompagné d’une gyneco et d’une sage-femme et m’explique :
– Je viens vous voir, d’abord parceque vous êtes ma patiente, mais aussi parcequ’au vu du volume des commentaires pour votre accouchement, je comprends qu’il a été un peu houleux.
J’explique mes réactions par le contraste entre l’intervention de la gynéco en mode ‘urgence’ alors que la sage-femme était très rassurante pendant tout le travail. Il confirme qu’au vu des monito, il y avait nécessité d’agir mais aucune urgence justifiant qu’on ne m’explique pas la situation. Il en profite pour donner une petite leçon à la sage-femme
– Vous faites un super boulot en motivant les mamans, mais c’est vrai qu’il faut parfois prendre le temps d’expliquer doucement quand la situation se détériore.
Vu son commentaire rassurant sur les monito, j’en profite pour l’informer que mon homme a aussi été choqué et a cru notre enfant mort en le voyant vert. Le Dr me confirme, qu’au vu de l’APGAR à 7 à 1 minute, il n’a jamais été dans un état grave. Il constate que Camile ne présente quasiment aucun signe de post-maturité qui impliquerait la nécessité d’une surveillance accrue et justifierait le refus d’une sortie précoce. Décidément, cet homme a le don d’applanir les difficultés. Il me demande le numéro de téléphone de ma sage-femme.
On me retient encore un peu jusqu’à ce que les résultats du rhésus de Camile arrivent (vous ne vous rendez pas compte du nombre de bébé qui ne sont pas du père déclaré !). Puis je peux partir, mon sac dans une main, mon bébé sur l’autre épaule, marchant à petits pas jusqu’à la sortie de l’hôpital où m’attend mon père.
A la maison, je retrouve mon homme et ma fille, toute heureuse de découvrir ce petit frère dont on lui a tant parlé. Elle ne sait pas encore qu’il va monopoliser sa maman autant et que celle-ci ne pourra plus la porter ni courrir avec elle avant plusieurs semaines.
Le lendemain, Fr vient faire la première visite post-natale et me commente la conversation qu’elle a eu avec la sage-femme de la maternité. Cette dernière avait manifestement été assez remuée par mon accouchement. Etait ce par ma réaction ou celle de mon homme ? En tous cas, l’arrivée d’un couple qui sort d’un AAD en maternité, ne s’est pas faite dans la zenitude, ni d’un côté, ni de l’autre. J’espère que cela servira de leçon pour que la transition se fasse ultérieurement plus en douceur, peut être en acceptant tout simplement la sage-femme libérale en salle de naissance. Fr me confirme aussi qu’elle a parlé de mon accouchement à une autre sage-femme libérale qui est acceptée sur le plateau technique de la maternité, et selon elle, l’équipe de la maternité a, pour moi, accepté de dépasser largement les limites habituelles pour me permettre d’accoucher par voie basse, alors que les monitorings n’étaient plus impeccables. Elle est toujours étonnée par l’ouverture d’esprit du Dr M et me demande comment j’ai eu l’idée de me faire suivre par lui. Je lui indique ma source : Cesarine. Cette conversation me permet d’enterrer mes dernières rancoeurs contre l’équipe de la maternité : s’ils n’ont pas été idéaux (mais qui l’est ?), ils m’ont donné le meilleur de ce qu’ils pouvaient faire dans leur cadre.
Je comprends aussi pourquoi le Dr M se permet de dépasser les limites classiques des protocoles : il sait comment communiquer, avant et après l’accouchement, avec la maman (probablement le papa), ses équipes, et les sage femmes libérale pour que chacun ne retienne que le meilleur. La qualité de personnes comme lui ou Fr m’ont réconciliée avec l’idée qu’il existait des gens sincèrement à l’écoute dans le milieu médical. Il faudrait malheureusement avoir les moyens de pouvoir garantir leur présence le jour J. L’AAD m’a permis de faire de cet accouchement une expérience unique, la notre, et de vivre le plus dur, cette naissance instrumentalisée, peut être indispensable, on ne saura jamais, comme un choc qui ne doit pas entacher le reste, et surtout pas le début de la vie de notre fils.
Epilogue ?
Camile a maintenant 3 mois. C’est un bébé tonique et extrêmement souriant et un gros dormeur. J’ai le sentiment que son caractère paisible est lié en partie à mon expérience mais aussi à ma sérénité héritée de sa naissance pleinement assumée.
Pourtant, régulièrement, des idées me viennent à l’esprit :
« et si j’avais su demander à mon homme de me masser »
« et si je n’avais pas cédé au découragement devant la durée de cet accouchement »
« et si j’avais accepté la proposition de la SF de maternité de continuer sans péridurale »
« et si j’avais refusé la rupture de la poche des eaux »
« et si j’avais demandé à Fr de rester à mes côtés jusqu’au bout »…
Pourquoi ces « et si » ne me font pas souffrir ?

Parcequ’invariablement, ces hypothèses (ou ma conviction ?) m’obligent à conclure que, au mieux, le travail aurait encore continué longtemps, au-delà de ce que je me sentais capable de supporter sans péridurale, ou au-delà de ce que la maternité était en mesure d’accepter sans m’imposer une nouvelle césarienne.
Je constate que les « et si » qui faisaient suite à la césarienne débouchaient systématiquement sur « au moins j’aurais pu essayer d’accoucher ». En conséquence, chaque réflexion m’enfonçait un peu plus dans la conviction que j’avais été en dessous de tout. A l’opposé, suite à la naissance de Camile, je finis systématiquement ma réflexion, convaincue que toutes ces hypothèses auraient évidemment débouché sur une histoire différente, mais que je n’aurais pas forcément mieux vécue. Je peux alors penser à autre chose, non pas en effaçant mes « et si », mais en sachant qu’ils indiquent seulement d’autres chemins que j’aurais pu suivre, si je n’avais pas suivi celui qui fut le mien et que j’assume. Personne ne m’a « volé » ces autres hypothèses, et cela fait toute la différence, beaucoup plus que la voie basse ou haute.
Aussi, je souhaite à toutes les mères de ne plus avoir à faire taire les « et si » suite à toutes les possibilités qu’on leur a masquées, mais à pouvoir considérer sans souffrance tous les possibilités qu’elles n’ont pas choisies, aussi souvent que cela leur viendra à l’esprit parcequ’elles auront besoin d’intégrer qu’elles ont-elles même écrit que cette naissance là devait se passer comme cela.

#242 Pascaline, en 2012 en Ile de France

14 Mar
9 mois. J’aurai fait mes 9 mois réglementaires.
A 2 jours du terme, je perds le bouchon muqueux. 2h plus tard, ma culotte se teinte de rose. La poche est percée. Je ne ressens rien. Je n’ai pas le sentiment que c’est pour maintenant, je ne veux pas aller à la maternité, souffrir des cahots sur la route, porter ce gros ventre, avec cette crainte qu’on me garde pour la nuit, pour rien, juste pour surveiller ou pire, m’entendre dire de rentrer chez moi. En fait je veux rester chez moi et sentir que Bébé arrive. Ressentir ces douleurs dont on me parle depuis 9 mois, appliquer les conseils des cours à l’accouchement, être actrice pour au moins une partie de cet évènement. Car je sais que je veux la péridurale et je sais qu’avec, notre accouchement nous échappe souvent. Alors je voudrais encore un peu me recroqueviller sur moi, mon corps, mes sensations avant d’être livrée au corps médical, toutes cuisses ouvertes, ma hantise…
Mais avec la poche percée, même en n’ayant aucune douleur, je dois y aller.
Nous sommes de bonne humeur dans la voiture, pas de stress, on rigole. Arrivés à 21h, tests d’usage, examen : col à 2, on me garde. Enfin, on ne me le spécifie pas, mais on m’enjoint de me déshabiller et passer cette affreuse blouse qui sera mienne pour un moment. Laisser ses vêtements, c’est laisser comme une peau, là, par terre. Un peu de dignité. Etre nue sous cette blouse d’hôpital, comme une malade, alors que je ne me sens pas malade justement. Je vais super bien ! J’ai trop connu les hôpitaux et les opérations, je déteste cette blouse, même si là elle signifie autre chose qu’un charcutage. Enfin j’espère !
Blouse et perfusion. Pourquoi une perf’ ? Je ne sais pas. Et dedans ? Je ne sais pas.
Cela renforce ma sensation d’être une patiente malade et non une future maman.
Monitoring. Bébé va bien. On va entendre son coeur pendant 2h. 2h à rester là, dans une salle de consultation où s’enchaînent les autres couples à côté, juste séparés de nous par un rideau. On entend tout de leur vie, des conversations médicales, des pleurs, des craintes. Et nous, on est là, à attendre. Attendre quoi déjà ? Ah oui, un bébé. Je vais tellement bien, aucune douleur, que des fois je me demande ce que je fais là, alitée, en blouse impudique. J’aimerai être chez moi et manger !
D’ailleurs, mon homme crie famine. Il va se chercher à manger et lorsqu’il revient avec une pizza pour moi (adorable !) c’est trop tard : ils viennent de me passer un produit dans la perf’ qui interdit toute nourriture. Lequel et pourquoi ? Je ne sais pas.
Il est 23h. On me dit d’aller marcher 1h pour accélérer le travail. Je suppose donc qu’ils m’ont injecté un produit type ocytocine… Je suppose….
En 1h de temps, je suis pliée en 2 par des douleurs jamais ressenties. Voilà les fameuses contractions. Sauf que c’est à peine si je peux revenir dans la chambre de consultation. La douleur est fantastique, surprenante, envahissante. Et ne va pas aller en diminuant. On me propose du Doliprane. Je ricane mais je prends. On me propose un suppo. Je ricane encore mais je prends. Une différence dans les douleurs ? Non.
Heu… Madame, je pourrai avoir une péridurale peut-être ? Non car on ne peut pas monter en salle de naissance, elles sont toutes prises.
Donc je reste là, en salle d’examen, et cette fois, c’est moi que les autres entendent souffrir et souffler. Mon homme est le seul qui me soulage en me prêtant son bras. Les contractions ne me laissent pas respirer, c’est atroce.
Quand une -infirmière ? sage-femme ? auxiliaire ? brancardière ? plombière ?- (elle ne s’est jamais présentée) vient m’examiner, elle me déchire les entrailles. Son toucher me fait plus de mal encore que le reste ! Elle m’annonce que ça n’a pas bougé, toujours col à 2 et là j’ai envie de hurler. Tout ça pour RIEN ? Ça n’avance pas ? C’est une blague ? Je ne tiendrai pas longtemps dans cet état !
2h de plus comme ça, j’en oublie tous mes cours de respiration… Je n’arrive même pas à pleurer car je n’ai pas de répit. Mon homme a le bras « décédé » comme il dit ^_^. La femme revient et veut me réexaminer, je dis non. Hors de question qu’elle me re-farfouille, je ne le supporterai pas. Elle m’annonce que je monte en salle de naissance, il y a une place. Chouette alors, un ticket enfin gagnant !
Il est 2h du matin. Bébé sera donc du 18 septembre. L’anesthésiste est là de suite. J’ai très mal et elle a des mots durs pour me faire me calmer. Ça ne me plait pas, mais curieusement ça me remet les idées en ordre. Je subis la pose et en 10 minutes, je suis détendue. Examen. Je ne sens rien et c’est agréable de ne pas avoir mal lors d’un toucher vaginal ! Surtout qu’elles y vont fort, ces dames ! Col à 3. Y’a plus qu’à attendre. Je demande à baisser la lumière, sinon elles m’auraient laissé là comme en plein été !
Moi, je plane. Ça va bien mieux. Mais je sens mes contractions : la péridurale ne fonctionne pas sur la gauche. Pose latérale de rigueur. Je parviens même à m’assoupir de temps en temps. Mon homme s’est écroulé sur une paillasse. Je suis réveillée par le monito qui s’affole régulièrement et le débarquement de 2 sages-femme qui viennent contrôler de suite : Bébé a du mal à supporter mes contractions, qui sont réellement très fortes. Parfois, elles sont 3 et repartent dès que Bébé reprend un rythme cardiaque normal. Je me fais examiner par l’interne gynéco de garde (qui se présente) et m’annonce qu’elle va faire un examen sur mon bébé en prélevant un peu de matière sur son crâne. Je n’ai rien compris aux explications réclamées, au pourquoi du comment. Au bout d’une heure, je demande où ça en est cet examen et on m’annonce qu’il ne sera pas fait car la machine est en panne. « Tant mieux », me dis-je. Gratouiller mon bébé même pas encore né… Tssss… Laissez-le tranquille !
Je sens une ambiance plus tendue lorsqu’on me fait mettre sur le dos pour m’examiner de nouveau. Bébé s’affole, il faut faire vite. Col dilaté, allez, c’est parti. En 3h, les contractions auront été très efficaces. On me place dans les étriers, à moi de bosser ! Apparemment, je pousse très bien, mais Bébé souffre et reste trop haut. Je suis remise en position latérale : Bébé reprend un rythme cardiaque normal. Et ça sera ainsi à chaque fois qu’on a essayé de me faire pousser. A aucun moment quelqu’un n’ a pensé à me faire accoucher de côté, puisque Bébé supportait bien cette position… Et moi, je n’y ai pas pensé non plus, entièrement remise au corps médical, docile.
La gynéco revient une 2ème fois et là, c’est tendu. Il y a bien 4 personnes autour de moi, pas un mot, des mines graves. Je demande des explications. Elle m’annonce qu’on va aller au bloc pour essayer les forceps, bébé ne descend pas et son coeur flanche trop régulièrement. « Et pourquoi pas ici ? » Pas de réponse.
Arrivés là-bas, on me fait réessayer une poussée. Je pousse, bonne élève. Et là… « STOP ! On ouvre ! »
Mon homme blanchit, on me dit de l’embrasser, il doit sortir, je suis très vite préparée pour une césarienne d’urgence. Je ne veux pas être attachée ! Je ne le serai pas.
Jusque là, je n’ai pas de réel grief envers l’équipe et le déroulement de mon accouchement. Mais en 10min je bascule dans l’horreur.
L’anesthésiste me dit que je sentirai tout mais n’aurai pas mal. Rassurant ? Je ne sais pas… Mais pas le choix. En plus je suis zen, j’ai confiance, ils savent ce qu’ils font, non ? Si mon bébé a besoin d’être aidé, je suis pour !
Sauf que.
Ils avaient oublié que ma péridurale ne fonctionnait pas à gauche et l’incision a commencé là. J’ai hurlé, on m’a fait taire. Ensuite, j’ai senti qu’on m’appuyait très très fort sur le ventre, une pression effroyable, j’ai hurlé. Oh oui je sentais bien tout, pas de souci là-dessus ! Et le pompon ? Au-dessus de moi, le plafonnier en aluminium qui reflétait du rouge écarlate. Mon sang. Partout. Et moi qui voyait ça. Comment ne pas hurler ? Peur, souffrance, terreur…
J’entends un cri. Mon bébé ! ! Puis je ne l’entends plus. « Je ne l’entends pas, je ne l’entends pas ! » criais-je affolée. Et de m’entendre répondre : « Si vous arrêtiez de crier vous l’entendriez ! ».
Je ne l’ai même pas vu, ils l’ont emporté de suite et moi, ils m’ont fait une anesthésie générale, sans me prévenir. Résultat, quand j’ai ouvert les yeux j’étais dans un état de panique et de terreur inimaginable car je m’étais endormie en plein bloc, du sang, des cris, de la douleur et réveillée d’un coup juste au moment où on me ramenait en salle d’accouchement.
Je tourne la tête et découvre mon homme et notre bébé en tendre peau à peau au milieu de la pièce. Mes larmes ont redoublé. Je n’ai pensé qu’à une chose : je voulais ma maman, là, avec moi. J’avais eu si peur, si mal, que seule une maman pouvait calmer tout ça. Paradoxe, c’était moi la maman maintenant =)
Amaury est donc littéralement sorti de mon ventre, comme le disent les petits. Il était 6h18, ce 18 sept.2012. La vie allait changer. Mais il me faudra du temps pour avoir envie de repasser par là.

#227 Récit d’un accouchement très mal vécu – Belgique, 2012

4 Mar

Nous sommes début septembre, avec le papa nous décidons d’avoir notre premier bébé et je tombe enceinte dés le premier mois, la date prévue d’accouchement étant pour le 31 mai. Ensuite tout s’enchaine, rendez-vous gynéco, échographie tous les mois, a 16semaines on me découvre un diabète gestationnel, je suis suivie mais s’est assez contraignant et vécu plus comme punition au final! lors de l’écho des 16semaines on apprend que s’est un garçon, mais parole du gynéco « Ne vous y attachez pas! avec le diabète on ne sait pas prévoir avant la 26eme semaine! » Super! on commence donc les préparatifs de la chambre quand même, on lui trouve un prénom et la vie continue. L’écho morpho arrive, bébé est en pleine forme, un peu gros, rien de grave.

A 31semaines le gynéco me met sous médicament car pas mal de contraction, on continue impatient et content de tous ce chamboulement. A 36semaines a peine la gyné nous annonce que je suis a 1.5cm et que bébé sera la dans peu de temps! pour elle il arrivera mois d’1semaine plus tard soit pour le 11mai! , elle me dit qu’on ne le  retiendra pas car gros bébé et que s’est mieux ainsi, comme par hasard sa n’est pas un week end facile pour le papa qui a pas mal de boulot étant seul ouvrier a ce moment la. Je reste donc un peu tranquille mais si tôt le week end passé on va marché tous les jours, j’entame un ménage méticuleux et teste toutes les méthodes imaginables…Et…Rien! des contractions mais rien d’engageant! les semaines passent et nous voilà le jour J et la toujours rien! Les monitos s’enchainent mais pas de contraction assez forte, bébé est très actif tous va bien, 2jours ou la tension est un peu haute mais sa revient a la normale.

On me prévoit donc pour un déclenchement le 3 juin puisque avec le diabète je ne peux dépassé les 41sa!

Le 3juin, un dimanche au soir, nous arrivons pour 20h, on m’installe dans une salle de travail, la sage femme est sympathique, il n’y a qu’un lit, une chaise et une petite table, le monito et une petite pièce toilette. On me branche pour un monito durant 2h, bébé bouge beaucoup il le capte mal ensuite on m’installe un cathéter car j’ai le streptocoque B plus besoin d’insuline pour le diabète. 22H on me pose un tampon pour aider le col a se dilater, le travail se déclenche, j’ai mal au dos, je marche donc dans la chambre en me courbant appuyée au bout du lit! Papa lui fait des Sudokus…Sa le détend! je ne comprends pas de suite que se sont des contractions et je pense que s’est d’avoir resté 2h sans bouger sur un lit dure qui me fait si mal au dos! de plus bébé bouge énormément.
La sage femme arrivera vers 23h et a me voir ma dit avec certitude « sa y est le travail a commencé » elle m’examine je suis a 2cm.

Elle me remet le monitoring…Elle reviendra toute les heures et je devrais rester sur le lit couchée durant les 6h qui suivent…J’ai horriblement mal, je pleure, je demande qu’on arrête tout, je n’en peux plus, je veux que sa s’arrête, je demande a bouger mais la réponse est non, pour votre bébé vous devez restée branchée. Pour un premier, pour avoir vu ma soeur accoucher dans les même conditions je ne bronche pas, j’ai droit a de l’homéopathie pour aider le col et s’est le rôle de monsieur de me les donner toute les 15min, on me dit que sa ne drogue pas du tout mais je me sens vaseuse et dans le gaz! les contractions sont toute les minutes et longue de 45secondes, j’ai du mal a soufflé, sa fait 6h ainsi je n’en peux plus!

5h du matin l’anesthésiste est la, on part pour la péridurale si chèrement demandée! On est très réconfortant, on m’écoute et tout se fait en douceur, pas de douleur! je suis soulagée en 30min! Je peux enfin dormir un peu! je suis a ce moment entre 3-4cm. S’est lent, s’est un premier.

6H du matin on percera la poche des eaux. Le liquide est teinté, sa ne semble embêté personne. On me posera de l’ocytocine je ne l’ai su qu’après…

8h les équipes changent, la sage femme est super, elle est accompagnée de son étudiante, j’accepte qu’elles m’examinent et me suivent. Je suis a 6cm, sa suit son cours tout va bien, je ressens a nouveau les contractions, l’étudiant anesthésiste viendra remettre un bolus 20min plus tard.

9h je me sens très mal, je sombre entre chaque contraction, j’ai du mal a sentir un œil et j’ai mal dans le dos et dans le ventre mais je ne sens plus du tout mes jambes! elles sont froide et picotent. J’appelle la sage femme qui vérifie immédiatement ou est la sensibilité…Je sens mon ventre du pubis au nombril mais je ne sens plus rien jusqu’au dessus de ma poitrine! mon bras gauche dort également! ma tension a chuté a 7/6 et bébé s’endort lui aussi. La péridurale est coupée immédiatement. Les effets se dissipent mais je ne sens toujours pas mes jambes.

11H toujours à 6cm malgré pas mal de contraction que bébé supporte bien. J’ai vraiment mal mais on ne peut plus rien me donner, on me met a 4pattes pour essayer d’aider bébé a descendre, il regarde vers le haut et a la tête un peu tournée, sans doute parce que j’ai beaucoup bougé avant la péridurale, je ne sais pas du tout. Je ne tiens pas longtemps ainsi, j’ai très mal au dos et mes jambes tiennent grâce au coussin d’allaitement plié dessous.

On continue donc, toute les heures on m’ausculte, d’abord la sage femme, ensuite l’étudiante, puis la chef de service…Sous péridurale je m’en foutais! autant qu’elle apprenne il faut bien commencer un jour! mais la je sens tout! sa brûle sa craque je pleure et je gémis, on s’excuse et on repart. Je n’en peux plus, je pleure beaucoup, je veux en finir, qu’il sorte! la sage femme essaie de le repousser pour qu’il bouge sa tête et se mette mieux, sa fait très très mal, je crie ou plutôt je lui hurle d’arrêter! Le papa qui est a côté est blanc, il est assis et a l’air de ne pas se sentir bien, il a lâché ma main… Sa ne fonctionne de toute façon pas il ne bougera pas! et on attend…

14h la gynéco passe me voir, me dit qu’il est encore trop haut et n’appuie pas assez pour que le col se dilate, que je ne peux plus avoir de péridurale et qu’il faudra faire avec, que je ne dilate plus du tout malgré des fortes contractions depuis 8h et que si dans 1h rien n’a bougé du tout car il reste un bord de col qui n’est pas effacé, il faudra prendre une décision.

15H elle revient, me dit que rien n’a bougé, qu’il faut qu’on fasse une césarienne parce que bébé commence a mal supporter…Je pense que ce n’est pas vrai…Je le sens tjs bouger… S’est surtout plus simple …Mais a bout j’accepte! au final s’est pas mal, j’ai tjs été curieuse de voir a quoi sa ressemble une césarienne s’est une façon comme une autre d’accoucher…

15h30 nous voilà partis! papa s’habille, on me prépare, j’entre au bloc, on me pose une rachi-anesthésie, sans douleur ou presque aussi facilement que la péri!

Et la mon cauchemar commence…Je ne sens plus rien sous la poitrine! comme si c’était coupé! j’ai le cœur qui s’emballe, on me pose un masque a oxygène qui m’étouffe et j’ai très très chaud! j’ai les bras attaché et je suis mal mise. L’anesthésiste restera auprès de moi, le papa sera sur un tabouret a côté de moi, il aura le malheur de regarder en entendant des gouttes tomber au sol…Pour au final voir mon sang et être choqué!
L’anesthésiste me prévient « vous allez sentir une pression au niveau de l’estomac! s’est pour sortir bébé » ok….Et go! je la sens cette pression! je sens immédiatement se vide! je suis légère au niveau du ventre, complètement vidée! bébé ne pleure pas! j’entends la gyné lui dire « aller petit loulou réveil toi » et on l’emmène…je l’entends crier dans une autre pièce, une larme coule, juste une, je suis si fatiguée, j’aimerais juste dormir…On appellera le papa pour qu’il aille couper le petit cordon de bébé et me l’amener, un peu gauche il s’assied a coté de moi 5min, on me colle contre la joue la tête de mon bébé toute chaude, mais je suis trop fatiguée, j’ai très mal au bras gauche qui est en train de se réveillé de cette péri ratée. Je pleure que j’ai mal et on me détache le bras et on retire bébé, on les enverra lui et papa, s’habiller et faire les premiers soins dans la chambre. Je ne les verrais que plusieurs heures plus tard.

17H on me dit félicitations, tous s’est bien passé…Ha bon et pour qui?! et en 2min plus personne…Une vieille infirmière, qui me dit « je ne vous abandonne pas, il me faut quelqu’un pour vous mettre dans le lit, je suis seule…Ils ont tous fini leur service! » je vais patienter la environ 30min! seule…Enfin l’infirmière passe de temps en temps me dire je ne vous oublie pas mais personne ne veut… » je m’excuse auprès d’elle d’être si lourde! de ne pas pouvoir l’aider car je ne sens rien! elle me fait un grand sourire et me dit « ho non! ce n’est pas votre faute! rester bien tranquille, reposez vous! » haa je ne l’ai jamais revue mais s’était un ange!

Je vais ensuite dans une salle de réveil commune, un enfant s’est cassé le bras, je le vois de loin, j’ai mal au coeur pour lui, mon voisin est un ivrogne qui s’est cassé divers chose en tombant! il parle fort et mal, il me dérange! on ferme le rideau, je dors, me réveille et vois l’heure défilé! je demande a aller dans ma chambre, il est 19h, « on va appelé… » 20h toujours personne! je veux re-descendre! 20h30 enfin on est la! enfin on va me ramener!
On me dit que papa est très doué! qu’il s’occupe très bien de bébé! on me dit qu’il a donné le biberon et que bébé est endormi! qu’il est très sage et très beau! qu’il fait 3kg980 pour 52cm!

J’arrive dans ma chambre et la ..Non je ne vois pas papa et bébé ensemble, mais ma belle mère! mon bébé dans les bras! je n’ai pas vu cette femme que je déteste depuis 6ans! pour couronner le tout sa filleul est la aussi! je ne voulais pourtant personne a l’hôpital et surtout pas avant 3jours au moins! J’ai su après qu’elles avaient fait des photos et des vidéos sans parler qu’on s’est bien amusé avec MON bébé!

On me colle ce bébé dans les bras! je ne le reconnais pas! il est a moi? Non ce n’est pas possible! je prétexte avoir sommeil, elles partent! papa s’occupe de bébé et moi j’ai mal, je veux sortir de ce cauchemar! le lendemain on m’aide a me lever, j’ai l’impression que je vais mourir sous la douleur, j’aurais mal ainsi durant 10jours! l’impression qu’on me déchire de l’intérieur. Je m’occuperais de bébé, mais je n’aurais pas cette amour maternelle qu’on ma tant décris! s’est un bébé…La raison me dit que s’est le mien, mais mon coeur lui ressent un vide, je continue d’avoir les mains sur le ventre, je penserais presque sentir des coups! et cette belle mère qui vient chaque jour! que je n’ai pas la force de repousser! le 4eme jour on me propose de rentrer, je dis oui tout de suite, je veux partir d’ici! partir de cet endroit ou tout le monde est pourtant si gentil et au petit soins mais au final ou chaque chose est un peu imposée! cette endroit ou j’ai peur de dire quelques choses! ou j’étouffe! je sens souvent mon estomac se serrer, sensation que je n’avais jamais eu, j’ai su après que s’était des crises d’angoisses! Le soir même nous serons de retour a l’hôpital car un petit bout de cicatrice est ouvert, ce n’est rien on peut rentré, on a déposé bébé chez son papy, j’ai pris grand soins de préparé tout pour qu’il soit bien…Je ne m’inquiète pas pour lui mais je veux qu’il ne manque de rien…Aller comprendre! quelle venue au monde! et quel départ a la maison!

On rentre donc a la maison, et la, en rentrant, je demande a papa de changer les meubles de place pour bébé, d’aménager différemment, j’ai besoin que les choses de la maison changent de place, qu’elles ne soient pas comme pour le bébé que j’avais tant imaginé! je m’occuperais de bébé, j’apprendrais a l’aimer, il me faudra des semaines pour qu’un lien se crée.
S’est un bébé qui dort beaucoup mais qui pleure pas mal aussi, très stressé, au sommeil léger, très nerveux.

Ce n’est vraiment qu’a partir de 4mois que j’ai pu me sentir mieux, que la cicatrise ma laissé du répit sans pour autant ne plus me faire avoir mal!
Aujourd’hui je me sens parfois guérie de cette accouchement, et parfois j’en pleure encore très fort, j’ai longtemps souhaiter être enceinte a nouveau et vite, pour combler ce vide, combler cet échec et recommencer a zéro comme j’aurais aimé que tous ce passe! la raison me retient. Aujourd’hui la vie nous met a nouveau a l’épreuve, bébé a 9mois et depuis 1mois il se bat en chimio pour une leucémie, mais cette fois je suis prête, je ne le lâcherais pas, et lui d’ailleurs a compris aussi car depuis il est tendre et câlin, je ne suis plus la même, s’est une blessure qui ne se refermera jamais, j’ai essayé de savoir ce qui s’était passé! on m’a dit que bébé était trop gros ou coincé, que je ne dilatais pas assez vite, que s’était a cause de la péri que j’avais mal supporté (jamais ils n’ont redit que s’était une erreur médicale car trop dosée!) bref tout et rien au final! ha si! on m’a dit que je n’aurais jamais d’enfant par voix basse! haaa mais je vais vous montrez que si! un jour je serais prête et tous se passera mieux je le sais, parce que ce jour la je ne me laisserais plus guider comme un mouton aveugle! En attendant je savoure les instants qui me sont donné avec le centre de mon univers, mon trésor.

J’ai accouché en Belgique, sur Charleroi. Je ne sais pas si j’y retournerais, je sais juste que je choisirais un gynéco et une sage femme qui comprendront l’importance que ça a de se sentir maitre de soi et qui ne choisiront pas de partir en vacance a l’heure prévue a la place….

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Voilà, le récit d’un accouchement durement vécu, j’ai longtemps hésité a l’écrire, c’est peut être trop long, mais tout me semble important et je ne pense même pas avoir fini!  Merci pour tous ces témoignages que vous récoltez!!!!

#124 P., Nord, 2010

19 Fév

Quand devenir maman tourne au cauchemar :

Je suis maman d’une petite fille extraordinaire, pleine de tendresse et de malice.

En janvier 2010, mon conjoint et moi avons l’immense joie d’apprendre que nous allions être parents pour le mois d’octobre 2010. Nous nous connaissions depuis seulement un peu plus de 6 mois, et j’ai très vite ressenti le besoin de devenir maman.

I – La grossesse
Les trois premiers mois en quelques mots : insomnies, nausées, vomissements, extrême fatigue, angoisses…
Les trois mois suivant se sont plutôt bien passés.
Les trois derniers mois : difficultés à dormir, angoisses, brûlures d’estomac, œdèmes, vergetures, nausées, extrême fatigue…

Un jour où j’avais rendez-vous à la maternité pour un contrôle lors du dernier trimestre, j’entends (manque de discrétion de l’interne de service) qu’une maman vient de donner naissance à un bébé mort né. En quittant l’hôpital, je croise un agent hospitalier chargé d’amener le corps pour autopsie. L’hôpital est construit de telle sorte que tout le monde se croise (futures mamans, mamans en travail, maman ayant fait une fausse couche…). Mon conjoint m’attendait à la voiture où je suis arrivée effondrée. Cette image me hantait…

Toute ma grossesse fut pleine de stress et d’angoisses (maux de grossesses, problèmes familiaux, problèmes de voisinage).

II – La naissance

Le jeudi 30 septembre après-midi, rendez-vous à la maternité pour un contrôle. La sage-femme sans me demander ma permission me fait un « décollement des membranes », et me dit que si effet il y a, se sera sous 48 h. Notre fille est prévue pour le 7 octobre.

Dans la nuit du jeudi au vendredi, vers 2h du matin, fissure de la poche des eaux. Nous nous rendons à la maternité.

Le vendredi, malgré des contractions aléatoires, il ne se passera rien. On demande à mon conjoint de rentrer « se reposer », me laissant seule avec mes doutes et inquiétudes.

Le samedi matin vers 9h, on me déclencha (par gel). Ce fut très efficace, les contractions se firent très vite sentir. Mise sous monitoring pour une durée de deux heures, j’ai du rester allongée…un supplice ! Vers 16h, après de longues heures de douleurs (mais soutenue par une sage-femme extraordinaire), on me posa la péridurale. Soulagement mais de courte durée puisqu’elle ne fit plus effet du côté gauche…

Notre fille est arrivée le samedi à 21h50 avec l’aide de la ventouse et des forceps et sans la présence de mon conjoint, n’ayant pas été autorisé à rester à causes des forceps! On a l’impression que l’on vient nous arracher notre enfant. Je ne savais pas pousser, j’étais exténuée. Ensuite, comme je perdais beaucoup trop de sang, on a demandé à mon conjoint de sortir de nouveau sans aucune explication. On m’a recousue et on m’a amenée notre fille. Elle était en couveuse. Elle avait les yeux grands ouverts. Elle était tellement magnifique et si paisible.

C’est là que tout a commencé…

On l’a mise sur moi deux heures pour le peau à peau sans me laisser le choix…j’aurais préféré que mon conjoint s’en occupe, j’étais si fatiguée et avais tellement peur de la faire tomber.

Dès le lendemain, je ne pouvais approcher ma fille sans être prise d’horribles angoisses. Et si j’étais capable de lui faire du mal ? Quelques semaines avant mon accouchement, aux informations on nous apprenait qu’une maman avait jeté par la fenêtre du troisième étage sa fille âgée de quelques jours. Je me trouvais à la maternité au troisième étage et j’habitais au troisième étage…Je me suis dit, et si j’en étais capable…

Ce fut le début de notre descente aux enfers…j’étais incapable de m’occuper de ma fille, j’étais tétanisée. Comment dire à son entourage que l’on a peur d’avoir envie de tuer sa fille ? J’ai rencontré une puéricultrice et une pédo-psychiatre.

Fin du mois d’octobre…j’étais tellement mal, angoissée et prise de crises de panique, que nous avons fait le choix d’aller vivre chez mes parents quelques temps, étant incapable de rester seule avec ma fille et mon conjoint devait retourner travailler. De plus, j’étais incapable de mettre un pied dans notre appartement sans faire une crise d’angoisse.

J’ai été mis sous antidépresseurs et anxiolytiques. J’étais suivie par une pédopsychiatre et une infirmière au CMP de notre ville. On m’a diagnostiqué une dépression du post-partum, avec des troubles anxieux généralisés et des phobies d’impulsion. En quelques mots, cela signifie que l’on a peur de faire des choses que l’on a pas envie de faire pourtant !

Je n’arrivais pas me sentir mère. Rien que de donner le biberon ou de changer une couche me donnait des angoisses. J’avais peur de lui faire mal. La présence de ma mère me rassurait. Je me sentais plus fille de, que mère de. J’ai même souhaité ne jamais avoir été enceinte. Je voulais que tout redevienne comme avant. De plus j’en voulais à mon conjoint, il n’avait pas porté notre fille et pourtant lui, il l’aimait déjà notre fille et était capable de s’en occuper de manière tout à fait naturelle. C’était d’autant plus difficile que ma belle famille ne voulait et ne cherchait pas à comprendre. Ils se préoccupaient uniquement de leur petite fille et n’hésitait pas à se l’accaparer. Mais aujourd’hui je ne leur en veux pas du tout. J’ai même pensé partir et les laisser, et même au pire pour moi.

Heureusement, j’ai un conjoint extraordinaire qui n’a cessé de me faire confiance et de me dire que jamais je ne ferais de mal à notre fille.

En décembre, j’ai demandé à être admise en unité mère-enfant. Ma fille et moi nous y avons passé 15 jours.

Aujourd’hui je vais beaucoup mieux, je suis suivie par une psychologue et un psychiatre. J’apprends à vivre avec mes angoisses, mes complexes liés à la grossesse et ma phobie. C’est un combat de tous les jours qui est fatiguant mais je vous assure que ça vaut le coup. Ma fille et moi nous sommes devenues plus proches plus que jamais. Je ne me vois plus vivre sans elle. Nous avons et apprenons encore à nous connaître. Moi qui voulais qu’elle ne soit jamais venue au monde. Cette histoire nous a un peu éloignés mon conjoint et moi, mais on ne veut pas baisser les bras. Si il y a bien une phrase à retenir, c’est que l’on ne nait pas mère, on le devient. Il ne faut pas chercher et s’attendre à « un coup de foudre » à la naissance de votre enfant. Il faut laisser le temps au temps. L’amour vient au fil des jours. Après tout, malgré que nous l’avons porté pendant neuf mois, cet enfant nous est inconnu

III – L’allaitement

Lors de ma grossesse, il était inconcevable pour moi de ne pas allaiter ma fille. Ces campagnes pro allaitement arrivent à nous faire culpabiliser … Ce fut l’enfer pour ma fille et moi, qui ne sachant pas téter au sein a perdu beaucoup de poids et n’avait plus la force de se nourrir…le personnel médical a réussi à me faire culpabiliser de ne pas savoir nourrir ma fille…mais que faites vous madame ? Elles étaient à trois sur ma fille et moi pour la mettre au sein ! J’ai insisté pour que l’on m’explique le fonctionnement d’un tire lait. Ce fut très fatiguant, je suis donc passée au biberon avec du lait artificiel, j’avais l’impression d’empoisonner ma fille ! Il faut arrêter de nous mettre la pression !

P. Maman d’une petite fille de 26 mois

Nord de la France

#117 Fanny – Île-de-France, Mars 2009

17 Fév

Un accouchement accéléré…

Je m’appelle Fanny. Il y a quatre ans , en mars 2009, j’ai eu un petit  garçon : Yann.
C’était notre premier enfant. J’étais jeune et naïve, infirmière de métier. J’étais pleine du livre « Mettre au monde » de Patrice Van Eersel. Je me disais que si j’accouchais dans la clinique où je travaillais, nous pourrions avoir une écoute de notre démarche, et la possibilité d’avoir un accouchement le plus naturel possible.
Mais déjà, à la consultation d’anesthésie, j’ai senti que ça n’allait pas être facile. Quand j’ai dit à l’anesthésiste que je ne souhaitais pas une péridurale d’emblée, il m’a sermonné. Il m’a dit que seule les africaines pouvaient accoucher sans péridurale et que je risquais de mettre en danger mon bébé si je ne le faisais pas. J’ai dit que je souhaitais quand même essayer.
Les contractions ont commencé tranquillement un samedi. Je n’y connaissais rien, et je ne savais pas quand aller à la maternité. Je voulais que ce soit le plus tard possible. Nous avons attendu jusqu’au dimanche soir. Les contractions étaient espacées de 5 minutes, et la douleur était tout à fait gérable pour moi. Nous voulions juste un avis,
et nous nous sommes présentés à la maternité. Nous avons été très bien accueillis par une jeune sage-femme. Après examen, on m’a dit que le col était dilaté à 4 et qu’il fallait que j’attende dans une chambre. La sage-femme nous a rassuré et dit que je pourrais utiliser une baignoire si j’en avais envie, que tout se ferait tranquillement. J’étais satisfaite. Mon mari est reparti chercher des affaires. Je l’ai attendu et à son retour, la sage-femme est venu nous chercher en disant qu’on ne pouvait plus attendre, qu’il fallait que je descende tout de suite en salle de naissance. Ca faisait peut être 1 h30 que nous étions arrivés… et rien ne semblait avoir changé pour moi !
Et là, sans tout comprendre et sans oser rien dire, nous avons vu se dérouler tout ce que nous redoutions…. Sur le dos, les pieds dans les étriers avec le monitorage en continu, la perfusion d’ocytocine de synthèse… « Ce n’est rien, c’est juste une petite perfusion pour accélérer un peu le travail ! » m’a t-on répondu quand j’ai posé la question. On ne m’avait pas dit que la douleur deviendrait insupportable à ce moment là… les contractions se sont intensifiées d’un coup, sans que je n’arrive plus à y faire face. La sage-femme m’a ensuite dit qu’il fallait rompre la poche des eaux…pour accélérer les choses, encore une fois. Et c’est ce qu’ils ont fait. J’étais bloquée, j’essayais de gérer la douleur comme je pouvais . La sage-femme a appelé l’obstétricien de garde qui est entré. Pas un bonjour, pas un regard. Je ne l’avais jamais vu. Il s’est approché de moi, et m’a fait directement un toucher vaginal, sans rien dire. Sauf que le col s’était resserré. Ils ont accéléré le Synto°. Et là, le stress, la douleur… j’ai senti que tout m’échappait et que je perdais pied. J’ai fait un malaise. Mon mari derrière moi, assistait à tout cela, impuissant également. Quand j’ai retrouvé mes esprits , j’ai demandé une péridurale. Je savais que je n’y arriverais pas sinon… Et dans ce contexte, je bénis l’anesthésiste qui me l’a fait et qui m’a permis de me reprendre et d’assister à la fin de mon accouchement. J’avais du mal à pousser, je sentais les contractions lointaines, j’étais épuisée. La sage-femme m’a fait une épisiotomie, sans rien me dire non plus. Sur le moment ça m’était égal. Puis elle m’a dit qu’elle allait rechercher l’obstétricien, qu’il faudrait certainement les forceps… Il y a une chose que je savais : je ne voulais pas revoir cet obstétricien, je ne voulais pas des forceps. J’ai donné tout ce qu’il me restait d’énergie quand j’ai vu le médecin passer la porte. Et Yann est né ! C’était un beau bébé, certes plus de 4 kg…mais sans forceps !

Puis, j’ai eu Yann un peu sur moi .Mon mari a quand même pu couper le cordon mais très vite… et on me l’a vite enlevé, emmené pour les soins « classique ». Je n’ai rien osé dire encore une fois. J’avais le cœur brisé, je l’entendais hurler dans la pièce à côté, et je l’imaginais en train de se faire aspirer et sonder de tous les côtés. Pendant ce temps, l’obstétricien recousait mon épisio et tirait sur le placenta pour accélérer la délivrance.
Je crois que le maître mot de la soirée était « accélération »… Et je crois qu’il vaut mieux ne pas venir accoucher un dimanche soir. Avec le recul, je pense que les équipes n’avaient pas envie de passer la nuit à attendre qu’une primipare accouche. Ils ont voulu accélérer le travail pour être tranquilles… c’est la seule explication que je vois.
Comme mon fils pesait plus de 4 kg, il a eu droit à des dextro réguliers et le pédiatre a insisté pour que je lui donne des compléments de lait, alors que ces glycémies étaient correctes . Il trouvait qu’il ne tétait pas assez et qu’il était hypotonique. Il m’a dit que je n’avais pas assez de lait – à moi ! – alors que je l’ai allaité pendant presqu’un an ! Nous avons planqué les compléments, et Yann s’est réveillé petit à petit et a tout de suite tété… Heureusement, une infirmière m’a montré comment le mettre au sein.
Après ma sortie de maternité, j’ai commencé à souffrir de mon épisiotomie, qui était fort oedématiée. Ces douleurs se sont intensifiées, à tel point que je n’arrivais plus a trouver une position confortable, ni à me reposer. L’épisiotomie m’a gênée pendant plus d’un mois ! Ce vécu est resté longtemps douloureux pour moi. Après cela je me suis dit que plus jamais je n’accoucherais dans une maternité. Je me suis sentie trahie . Pas écoutée ni respectée dans mes désirs, qui ne me semblaient pourtant pas si extravagants. Je n’ai pas compris pourquoi toute cette machinerie avait été mise en route, alors que rien ne le justifiait. Je crois que ce jour là, j’ai perdu bien des illusions.
C’est pour cela que tout naturellement, nous nous sommes tournés vers un accouchement à domicile pour mon deuxième enfant. Expérience réconciliatrice pour moi, qui m’a permis de me prouver que j’étais capable d’accoucher, de renouer avec la naissance.

#60 Naissance d’Eloi, France

8 Fév

Le contexte de cette naissance me semble important à préciser. C’est mon 3ème enfant et dès le début de la grossesse l’accouchement à domicile m’est apparu comme une évidence. Non pas que les précédents accouchements (qui ont eu lieu à l’hôpital) se soient mal passés mais j’avais envie de plus d’intimité, d’encore plus de respect de la physiologie de la naissance, d’un accompagnement plus personnalisé. Nous avons donc commencé le suivi avec une sage-femme pratiquant les aad ; cependant, alors que j’étais enceinte de 7 mois, elle a décidé d’arrêter. J’ai passé des semaines à chercher des solutions pour pouvoir accoucher chez moi mais il a bien fallu que je me rende à l’évidence et que je me fasse à l’idée de devoir retourner à l’hôpital.

Je profite à fond des derniers jours de cette grossesse. Je savoure chaque journée en préparant des bricoles pour mon bébé : le doudou, la couverture,… Cette grossesse est la plus difficile physiquement (et aussi psychologiquement mais ça c’est une autre histoire), le soir et la nuit mon corps n’est que douleur. J’ai du mal à trouver des positions confortables pour dormir et je découvre plein de désagréments. Cette fois-ci, je découvre également les contractions hors du travail avec même toute une nuit d’entraînement de mercredi à jeudi. Mais cela ne m’empêche pas d’espérer que Bébé restera jusqu’au bout (en théorie le 8 février).

Dimanche 27 janvier.

Nous passons une très bonne journée tous les 4 à la maison. Le matin, je cuisine des lasagnes à la florentine, Sébastien bricole un peu, les garçons jouent. Pendant la sieste des garçons, je leur couds des sacs pour ranger leurs jouets. Comme à son habitude le soir dans le lit, Louis caresse mon ventre et parle à son petit frère.

Lundi 28 janvier.

4h, je suis réveillée par une drôle de sensation dans mon ventre, comme un hoquet de Bébé mais ce n’est pas ça. 3ème lever pipi de la nuit. Je me recouche, tente de trouver une position pour me rendormir. Je ressens une contraction un peu forte et décide qu’il vaut mieux que j’aille terminer la nuit sur le canapé à l’étage car je sens que je vais avoir du mal à me rendormir et je ne veux pas déranger Sébastien à tourner et virer dans le lit.

A peine debout, la poche des eaux se rompt ; j’inonde le parquet de la chambre, Sébastien se lève en sursaut, c’était sa grande crainte ! Il est 4h15. Il éponge, j’appelle ma mère, nous nous préparons et regroupons les quelques affaires dont nous avons besoin. Bon ok j’avoue, je range un peu aussi, prépare les affaires des garçons, met une machine de linge en route. Nous partons pour l’hôpital, il doit être à peu près 4h40. Il pleut comme tous les jours ces dernières semaines.

Arrivés à la maternité, nous sommes accueillis par J., un étudiant sage-femme. Il me pose les questions d’usage et m’installe le monitoring et m’annonce qu’ils vont enregistrer les mouvements de Bébé pendant 30min. J’ai quelques contractions, je ne sais pas dire à quelle fréquence, elles ne sont pas très intenses. Première contraction enregistrée sur le monito, il est 5h10, à partir de là je perds la notion du temps. Je m’étonne qu’il n’examine pas mon col, il me répond qu’ils le feront ensuite. A vrai dire, je n’avais pas percuté que c’était un étudiant. La sage-femme n’attendra pas 30min pour venir ; une dizaine de minutes seulement je pense durant lesquelles j’ai déjà eu 3 ou 4 contractions qui s’intensifient. Le temps j’imagine de parcourir en diagonale mon dossier qui est assez fourni ! Elle se présente, elle s’appelle S., elle est jeune et a l’air sympa. Elle propose de m’examiner et m’annonce que je suis à 5/6. Elle me dit qu’à priori elle ne me réexaminera pas jusqu’à la fin du travail. Elle m’explique que vu l’avancée du travail, elle me laissera le monitoring en place mais que ça ne m’empêche pas de me lever si j’en ai envie. Elle me pose un cathéter obturé, m’interroge par rapport à la délivrance dirigée (à savoir que leur protocole préconise une injection de Syntocinon au moment du passage des épaules), je refuse l’injection en lui expliquant mon positionnement. Elle ne fait aucune difficulté, elle me prévient qu’elle branchera donc simplement un sérum salé au moment de l’expulsion pour s’assurer que la voie est fonctionnelle ; je n’en vois pas vraiment l’intérêt mais elle m’assure que la tubulure sera longue et n’entravera pas mes mouvements. Nous parlons également du clampage du cordon, elle sait que je veux attendre qu’il cesse de battre ; elle me prévient juste que s’il y a une circulaire elle devra couper. Elle m’interroge sur la position que je souhaiterais pour l’expulsion. Je lui dis que je souhaite récupérer le placenta et lui explique dans quel récipient on me l’avait mis pour Clovis. Elle me propose ensuite le ballon, m’encourage à bouger comme j’en ai envie. Elle est attentive et semble soucieuse que mes souhaits soient respectés.

Notre conversation est rythmée par des contractions régulières mais tout à fait gérables. Elle nous laisse tous les deux, je m’installe sur le ballon. Je sens les contractions dans le dos, je demande donc à Sébastien de me masser le bas du dos avec de l’huile à l’arnica. Il est assis sur une chaise face à moi, nous sommes quasiment à la même hauteur. Je peux enfouir ma tête dans son cou pendant les contractions, ça fait du bien. Il me donne également les granules d’homéopathie. J’écoute le cd de sophrologie sur mon mp3 et la douce voix de V. (la sage-femme qui nous a suivis pour Clovis) me berce. Les contractions s’intensifient, toujours dans le dos, comme je le redoutais du fait de la position de Bébé à droite. Je respire, j’accueille les contractions en pensant à lui, je lui parle pour l’encourager à faire son chemin. Je visualise mon col qui s’ouvre. Entre les contractions, je râle aussi régulièrement car j’aimerais pouvoir aller sur les toilettes. La position sur le ballon, que je n’ai jamais utilisé pour les autres, me convient assez bien. Je décide tout de même de me lever et de marcher en me disant que la verticalité aidera le travail. J’ai l’impression effectivement que ça fait descendre Bébé, les contractions sont de plus en plus fortes. Les seules qui arrivent alors que Sébastien s’est un peu éloigné pour attraper des affaires dans le sac sont horribles. J’ai l’impression de perdre pied quand il s’éloigne, son contact m’aide à accueillir la contraction.  Les pressions douloureuses (méthode Bonapace) qu’il effectue me sont d’un grand secours, il me guide dans la respiration abdominale au moment des contractions les plus fortes. Je rêve maintenant de ma baignoire, je me dis que la chaleur de l’eau me soulagerait peut-être. J’ai de plus en plus de mal à gérer la respiration pendant les contractions, je commence à être dans quelque chose de plus sonore. Je me dis que je serais peut-être mieux allongée sur le côté avec mon coussin d’allaitement. Je décide donc de remonter sur la table. J’ai remarqué depuis un petit moment déjà que le rythme cardiaque de Bébé semblait ralentir, notamment lors des contractions. Je suis assise sur la table, les contractions sont d’une force inouïe, j’ai mal, je crois que je ne suis pas loin de crier, j’ai envie de pleurer. Je sais que je suis dans la phase de désespérance.

C’est le moment que choisit S. pour venir nous voir, elle me dit qu’apparemment les contractions gagnent bien en intensité. Elle m’explique qu’elle monte une patiente en chambre et qu’elle revient me voir. Le temps que je réalise, elle est partie, je suis déçue, j’aurais voulu qu’elle m’examine. J’ai besoin de savoir comment ça évolue. Elle a dû le sentir et ne pas s’éloigner, elle a dû entendre que la tonalité des sons émis pendant les contractions changeait. Probablement que le rythme de Bébé ralentissait encore aussi mais j’avais le monito derrière donc je ne voyais plus ce paramètre. Elle est revenue très vite. Elle m’a examinée et m’a dit : « il est là ». Elle a vite approché les affaires, a appelé l’auxiliaire, m’a demandé dans quelle position je voulais me mettre. Je me suis mise sur le côté droit mais ça écrasait le capteur du monito du coup je me suis mise à gauche. L’auxiliaire a installé un étrier du côté gauche pour que je puisse prendre appui contre si j’en avais besoin. S. lui a également demandé les cales-pieds pour le bas de la table. Elle m’a demandé si j’avais l’impression de pousser efficacement mais je ne savais pas. Je ne sais pas trop comment j’ai fini sur le dos, elle m’a dit qu’il fallait que je pousse pour le sortir, qu’il supportait de moins en moins.

C’était un peu surréaliste, mon cerveau pensait à pleins de choses en même temps que j’avais mal. Je me disais qu’encore une fois je me retrouvais sur le dos pour une poussée dirigée alors que c’est exactement ce dont je ne voulais pas pour cet accouchement. Moi qui avais tant envie de connaître la poussée réflexe, la sensation que mon corps fasse sortir mon bébé tout seul. Là j’étais dans la position anti-physio par excellence, avec l’auxiliaire et l’étudiant de chaque coté de moi. Ils ne m’ont absolument pas maintenu, j’avais les jambes repliées et eux leurs mains simplement posées sur mes genoux. S. me disait de pousser, m’encourageait tout en me disant de poser mes fesses (j’avais l’impression de revivre la naissance de Clovis). J’étais partagée entre l’envie de laisser faire mon corps, la douleur qui m’envahissait et, d’un autre côté, j’avais pleinement conscience qu’il fallait que Bébé sorte vite. J’ai donc poussé, je pensais très fort à lui ; Sébastien m’encourageait. Entre chaque contraction, je respirais calmement et S. me disait que ça permettait à Bébé de récupérer. A un moment, j’ai décidé de ne plus relâcher jusqu’à ce qu’il sorte, je sentais mon bassin s’écarteler, ça brûlait mais je sentais sa tête progresser sous mes doigts. La tête est sortie, elle m’a annoncé qu’il y avait une circulaire, elle a coupé le cordon et m’a guidée pour la sortie du reste du corps.

6h54 ça y est, Eloi était là ! un peu sonné par ce qui venait de lui arriver. Il nous a semblé plus petit que ses frères mais tout plein de cheveux. Je l’ai vite pris et mis contre moi.

Quasiment immédiatement, S. a voulu passer à la délivrance. J’ai proposé de pousser lors d’une contraction, je pense qu’en moins de 10 minutes, le placenta était dehors. Au bout de quelques minutes, j’ai senti qu’ils commençaient à s’inquiéter des saignements. J’ai dit que je ressentais des contractions toujours fortes mais que si ça les rassurait ils pouvaient m’injecter l’ocytocine. J’ai encouragé Eloi à prendre le sein ; l’étudiant s’est moqué gentiment en me disant qu’il venait juste de sortir du ventre qu’il fallait lui laisser un peu de temps. J’avais envie de lui rétorquer que mon bébé venait juste de naître qu’il fallait laisser le temps à mon corps d’expulser mon placenta et à mon utérus de se rétracter mais à quoi bon ? S. a palpé mon utérus et a dit que ça allait donc pas d’injection.

On nous a laissé faire connaissance tous les 3, Sébastien avait très vite éteint les lumières, il a aussi éteint le monitoring, nous a couvert de la polaire que j’avais amenée. Eloi n’a pas tardé à prendre le sein, en se débrouillant comme un chef et, cerise sur le gâteau, sans que cela me fasse mal. A 8h, S. et J. sont venus nous dire au revoir et nous présenter la sage-femme qui prenait la relève. J’ai eu droit à un certain nombre de « palpations » du ventre (ça m’évoque plus une expression abdominale tant la douleur occasionnée est grande) pour vérifier les saignements et la bonne rétraction de l’utérus. La sage-femme de jour m’a dit que les médecins allaient arriver, par rapport à notre désir de sortie. Sébastien est parti avec l’auxiliaire pour le peser : verdict 3,780kg ; notre première impression était donc fausse !

C., l’auxiliaire de jour (une ancienne collègue à moi) nous a gentiment trouvé des petits déjeuners et je me suis habillée et j’ai rangée toutes nos affaires. La pédiatre et la gynécologue sont arrivées après le staff. La pédiatre m’a redit qu’elle trouvait que ce n’était pas raisonnable de sortir ce jour. Elle a parlé de risques que le bébé ne s’adapte pas bien (comme s’il allait mieux s’adapter dans la chambre de l’hôpital). Elle a examiné Eloi et a dû reconnaître qu’il allait parfaitement bien. La gynéco m’a dit que, me concernant il y avait simplement les saignements à surveiller. J’ai oublié de préciser que malgré les efforts de poussée que j’ai fait, mon périnée est parfaitement intact et je n’ai aucune déchirure ni éraillure. La gynéco a pris mon dossier et a étudié en détails les échographies ; c’était un peu surréaliste alors que mon bébé était déjà né depuis 3h et que nous étions parfaitement en forme. Comme si les médecins tenaient absolument à ce que quelque chose cloche !

Nous avons signé tous les papiers nécessaires à la sortie contre-avis médical. C’est à ce moment-là que le cadre sage-femme est entré, j’ai eu immédiatement un mauvais pressentiment. Il m’a dit qu’il venait par rapport à mon souhait de récupérer le placenta, qu’il s’était renseigné auprès de la juriste de l’hôpital, que pour des raisons de risques infectieux c’était interdit. Pendant ce temps, la sage-femme est allée prendre le pot que j’avais déjà rangé dans mes affaires et l’a mis dans la poubelle. J’étais abasourdie, j’ai tout juste essayé de parlementer, je sentais que ce n’était pas la peine. Les larmes me montaient déjà aux yeux. J’ai expliqué que la fois précédente je l’avais pourtant récupéré. J’ai dit que c’était encore une complication à laquelle j’aurais échappé si j’avais eu la chance d’accoucher à la maison. Le cadre m’a répondu que j’étais entrée dans une institution, que je devais me conformer aux règles, que le niveau 3 avait des protocoles, que l’équipe avait déjà fait beaucoup d’efforts pour tenir compte de mes souhaits (quand on n’y réfléchit il n’y avait rien de compliqué !), que je pouvais toujours essayer d’appeler le directeur. J’ai hésité mais je me suis dit que je n’avais pas envie de me déclencher une hémorragie avec des décharges d’adrénaline ; pour le coup, ils auraient tout gagné !!!

J’ai demandé à ce qu’on me rende le pot 5min et qu’on me donne des gants et un bistouri, j’ai dû expliquer que j’avais besoin de prélever un petit morceau pour faire de l’isothérapie placentaire et que le reste était destiné à être planté sous un arbre dans mon jardin. J’ai pu faire mon prélèvement et nous avons quitté l’hôpital à 11h30.

Le reste ce n’est que du bonheur : rentrer dans son cocon, s’installer confortablement sur son nouveau canapé (largement plus confortable que la table d’accouchement ou le lit de l’hôpital), présenter Eloi à ses grands frères, entendre les mots doux de Louis et voir le sourire de Clovis qui en disent déjà long, manger de bons petits plats (et surtout manger à sa faim car les portions de l’hôpital ne suffisent pas à mon gros appétit !), prendre une longue douche dans sa salle de bains bien chauffée, chanter des chansons à Clovis pour le rituel du soir en le serrant un peu plus fort (avec le gros ventre en moins c’est plus facile), dormir dans son lit avec son petit mari chéri, son grand loulou et son petit bébé.

Bref tous ces petits instants de vie ont réussi à me faire oublier rapidement la contrariété de n’avoir pu récupérer le placenta. Il y a quand même un fond de déception d’avoir dû aller à l’hôpital mais c’est vraiment magique de rentrer chez soi de suite. C’est un étrange sentiment, la vie continue comme une évidence, comme si Eloi avait toujours été là.

Pour ce qui est de l’accouchement, en prenant du recul, mes impressions se mitigent. Je suis convaincue que la sage-femme qui m’a accompagnée a fait le maximum pour respecter mes choix. J’ai pourtant subi une nouvelle poussée dirigée ; du coup, j’ai comme une impression de ne pas avoir réussi à aller jusqu’au bout, de ne pas être parvenue à lâcher-prise et à laisser faire mon corps. Peut-être que dans un autre contexte, à la maison, dans notre cocon, peut-être dans l’eau, accompagnée différemment cela aurait pu être différent. Peut-être que, comme le dit Muriel ma sage-femme, la circulaire du cordon n’aurait pas nécessité un clampage direct mais simplement une manœuvre pour le dégager. Concernant ce point, je n’ai pas vu la circulaire, je ne sais pas à quel point elle était serrée ; j’ai juste envie de me dire que S. a fait ce qu’elle a jugé de mieux face à cette situation.

J’ai aussi, en quelque sorte, la sensation d’avoir été victime d’un excès de zèle du cadre sage-femme. C’était un peu ma crainte par rapport au projet de naissance : je trouve que c’est à double tranchant. Cela permet d’informer à l’avance l’équipe de nos désirs pour gagner du temps et pouvoir rester dans sa bulle le jour J (même s’il n’y a aucune garantie que le projet soit respecté) mais cela peut aussi se retourner contre nous. Je n’ai eu aucun souci pour récupérer le placenta la fois précédente mais cette fois-ci, je l’avais mentionné dans mon projet de naissance et j’ai l’impression que cela s’est retourné contre moi.

Bref, il me reste des choses à digérer mais ça a été une jolie naissance pour Eloi et une belle rencontre ; c’est surtout cela qu’il faut que je retienne…

Cécile.

Maman de Louis 3 ans et demi, Clovis 2 ans et Eloi 8 jours

#48 Bloem – België

5 Fév

Mijn eerste zwangerschap liet ik me begeleiden door een vroedvrouwenteam. Het was mijn droom om thuis te bevallen. Ik wou een natuurlijke bevalling zonder onnodige ingrepen. Mijn man was in de eerste plaats niet te vinden voor een thuisbevalling, maar na enkele consultaties bij de vroedvrouw was hij er ook helemaal voor. De maandelijkse afspraken met de vroedvrouw waren heel leuk. Ze nam haar tijd (een uur!) voor zowel de baby als de mama én de papa. We waren totaal niet bang en zagen het volledig zitten om natuurlijk te bevallen.

Maar dan op 5 mei 2008, 5 weken te vroeg, brak mijn water om 00u. Ik was in paniek en heel verdrietig omdat ik mijn droom om met een vroedvrouw en thuis te bevallen in het water zag vallen.
We zijn toen naar het plaatselijk ziekenhuis gereden om te checken of alles ok was. Meteen aan de monitor en er werd gevoeld: 1 cm ontsluiting. Terug naar huis, want hier wou ik zeker niet bevallen. Ik verkoos een babyvriendelijk ziekenhuis.

We zijn dan terug naar huis gegaan en ondertussen begonnen de weeën om het kwartier te komen, maar ze waren nog goed uit te houden. Toen zijn we nog even gaan slapen, met goed opvangbare lichte weeën om het kwartier.
Om 8u waren de weeën heel hevig en om de 5 minuten en zijn we met dubbele pinkers in de ochtendspits op de pechstrook naar het ziekenhuis. Een helse rit van 3 kwartier!. De vroedvrouw is ook naar daar gekomen, maar zij mocht niets doen omdat het 5 weken te vroeg was.

In het ziekenhuis werd ik meteen aan de monitor gelegd en kreeg ik een baxter met AB tegen streptococcen. Die monitor heb ik meteen geweigerd, want ik wist niet waar te kruipen om de weeën op te vangen en wilde vooral bewegen. Dus checkte de vroedvrouw geregeld de hartslag van de baby met een doptone.

Kort nadien had ik al persdrang en werd de gynaecoloog opgeroepen. Van hem MOEST ik op mijn rug met mijn benen in de beugels gaan liggen!?. Het persen leek eeuwen te duren! Ik wou graag rechtop gaan zitten omdat ik mij daar beter bij voelde, maar dat mocht niet van de gynaecoloog!??

Ook moest ik 3 keer persen in 1 wee!? Ook al was de wee gedaan? ??Dat voelde heel onnatuurlijk.
Na meer dan een uur persen vroeg de gyn hoe lang ik al aan het persen was. Mijn vroedvrouw heeft toen gelogen dat het nog geen uur was; en gelukkig, want anders zou hij er standaard de zuiger hebben opgezet?? En nog geen kwartiertje later werd ons zoontje geboren nadat ik heb moeten brullen van niet te knippen! Want de gyn had al een schaar vast!??

Ik had een klein scheurtje met amper 3 draadjes!
Ik was heel blij dat het uiteindelijk toch allemaal natuurlijk gegaan is, ben heel fier dat het zonder epidurale gelukt is en hou er een heel goed gevoel aan over.

Ons zoontje werd direct op mijn buik gelegd en daar heeft hij zeker een uur gelegen, zalig! Daar heeft hij ook meteen mogen drinken. Hij heeft 2 weken in de couveuze gelegen. Daar heb ik een super begeleiding gekregen door de vroedvrouwen. Aangezien zijn zuigreflex nog niet zo goed was heb ik deels afgekolfd en heeft hij via een maagsonde mijn moedermelk gekregen. Na veel aanleggen en doorzetten dronk hij uiteindelijk na 2 weken genoeg zelfstandig uit de borst.

#35 Anoniem 2 – Nederland – 2003

31 Jan

Nederland 2003

Ik was zwanger van mijn eerste kind en ‘s avonds braken mijn vliezen spontaan. De verloskundige kwam halverwege de nacht langs en ging snel weer verder naar de volgende bevalling. Ik graag dat de verloskundige weer zou komen omdat ik wel wat steun kon gebruiken. Meerdere malen beloofde ze te komen, maar kwam dan toch niet omdat ze bezig was met een andere bevalling. Toen haar dienst voorbij was, kwam de volgende verloskundige. Samen zijn we naar het ziekenhuis gegaan voor pijnbestrijding. Daar aangekomen was er geen tijd meer voor pijnstilling omdat ik 8 cm ontsluiting had. Ik wilde op de baarkruk bevallen, maar moest op bed blijven liggen. Ik had persweeën, maar moest ze weg zuchten. Ik wilde omhoog, maar moest op mijn zij (dan op de ene en dan op de andere). Ik kon de persweeën niet weg zuchten, waarop het geluid van het CTG apparaat harder werd gezet, want als ik zou horen hoe de hartslag iedere wee omlaag ging zou ik vast de weeën wel kunnen weg zuchten. Toen ik eindelijk mocht persen moest mijn zoon er snel uit. Zonder iets te vragen kreeg ik een knip en werd mijn zoon met een prima APGAR score geboren.
Er werd mij geen toestemming gevraagd voor het toucheren en voor het knippen. Er werd totaal niet naar mijn wensen geluisterd.
Anoniem