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#347 C., la naissance d’Olivia

11 Fév

Le test positif

Ça faisait 4-5 jours que j’avais des maux de ventre, ces mêmes crampes qui indiquent que je vais être menstrué. 4-5 jours à attendre matante Rosie, et rien n’arrivait.

J’en ai parlé avec ma cousine G, et elle m’a dit  »Ben fait dont un test de grossesse pour voir ».

Bonne idée, question de confirmer que c’est SÛR que je ne suis pas enceinte. Ce n’est même pas une option.

Contre toute attente, le test tombe positif.

Je suis sous le choc. Moi, enceinte?! Maman?!? Après 5 ans d’essai naturel, je suis enceinte? Pour vrai?!?

Je ne sais pas trop comment prendre la chose.. je viens tout juste de démarrer mon entreprise en entretien paysager, je suis travailleuse autonome, je suis en plein thérapie pour traiter ma gynécophobie.. je suis convaincue que je ne pourrais pas avoir pire timing!

La première chose que je tente, c’est d’avoir un suivi sage-femme. Étonnamment, j’en obtiens un..! Je suis soulagé un temps.

Il me faudra beaucoup de rencontre avec ma sage-femme pour établir un lien de confiance. Je mentionne que je ne veux aucun examen gynécologique avant la fin du dernier trimestre, sauf urgence. Elle respecte bien mon choix et n’essaie pas de m’imposer rien. J’apprécie et plus ça va, plus je me détends.

La thérapie m’aide beaucoup aussi. À un certain point ma psy me dit que je vais être capable de subir mes examens sans broncher. Je suis sceptique, et je reste inquiète le reste de ma grossesse.

 

Vendredi 22 novembre, jour de ma DPA

Je commence à déchanter un peu. J’avais espoir que bébé se pointe avant, comme ma mère qui a eu ses 5 enfants une semaine en avance, et le premier en 8h seulement. Preuve qu’ici il ne faut pas se fier à la génétique de sa mère.

À part quelque contraction qui ressemble plus à des crampes menstruelles ici et là, rien de concret ne se passe.

Je n’ai pas de pertes sanguines, ni de bouchon, pas plus de glaires, pas de liquide amniotique, a-rien.

La peur de me rendre à 42 semaines et être provoqué chimiquement m’inquiète. Je sais que j’ai encore deux semaines, mais la crainte des médecins reste présente.

Je décide donc d’aller chercher le camion chez mon père, et que demain, je vais aller dumper le trailer plein de branches pour faire  »activer les choses ». Je m’imagine déjà lancer les branches comme jamais je ne les ai lancés avant

Je me couche avec l’espoir que demain, cet effort fera faire avancer le travail.

Mon conjoint tant qu’à lui, a vidé sa case au travail  »au cas où que ».

 

23 novembre

8h am je me réveille. C’est un peu tôt comparé aux dernières semaines ou je dors environ 10-12h par nuit.

Je sens des contractions, des bonnes crampes… et régulière aussi. Mais rien de trop prenant, je suis capable de parler et vaquer à mes occupations en même temps. Je télécharge une application pour compter mes contractions. Durant presque toute la journée, je suis au 5minutes, et elles durent environ entre 30sec et une minute.

Et, instinctivement, à chacune d’elle, je me cache..

Mon côté animal peut-être? Je n’en sais rien, mais quand j’en sens une arriver, je change de pièce pour la prendre accoté sur une chaise ou contre le mur. Je me trouve bizarre .

Je passe mon tour pour aller dumper les branches finalement, d’un coup que je perds mes eaux au site de compostage, j’aurais l’air fine

23pm

Les contractions sont de plus en forte, et plus longue. Je laisse finalement mon conjoint s’approcher et me masser le dos durant, après avoir souhaité qu’il aille dont se coucher que je contractionne toute seule dans le salon

Il faut que je me concentre entre chaque, parce que je les sens bien. Mais ça reste encore gérable.

On décide d’appeler la sage-femme vers 1am du matin.

Elle me suggère de prendre un bain chaud pour voir si le travail continue ou arrête. Argh, j’ai un bain de hobbit, comment je fais faire pour rentrer ma bedaine là-dedans

Je réussis tout de même à m’installer sur le côté, la bedaine plus ou moins immergé, je m’apporte un livre aussi pour passer le temps. J’ai le temps de lire un peu entre chaque contraction.

Mais le bain ne calme rien, mais n’accélère rien non plus. Après 30min, on rappelle L-M, la sage-femme, pour un compte rendu. Elle suggère de venir directement à la maison pour faire un examen au lieu de se rendre à la maison de naissance pour rien.

On apprécie le geste.

Et étonnamment, je stress juste un peu pour l’examen. Je dois être trop concentrée sur mes contractions pour ça j’imagine, et c’est tant mieux!

Chéri continue à me masser le dos, on s’installe dans le salon devant le poêle à bois, je me sens bien. Je n’ai pas peur.

 

3am, nuit de samedi à dimanche, 24 novembre

L-M arrive à la maison. On s’excuse un peu pour l’heure tardive et elle nous réponds que si elle n’aurait pas voulu se lever durant la nuit, elle n’aurais pas choisi ce métier-là.

Premier examen: je suis juste à 3cm

Je me dis coudonc.. c’était des pets ces contractions là?  Je le dis à ma sage-femme et elle me trouve ben drôle. Ça me ressaisi même; oui ça fait presque 24h que je contractionne, mais c’est juste de la petite bouette.

Je me mind pour les autres qui seront pas mal plus grosses. On dirait qu’elles me font moins mal soudainement .

L-M nous suggère de nous rendre en maison de naissance, vu que le travail est constant et que ça ne semble pas s’arrêter. Et que je suis encore capable de prendre la voiture en position assise.

Elle part devant nous et on se rejoint là-bas.

Mon conjoint rassemble nos affaires, avec un air inquiet et excité sur le visage. On sent que c’est pour bientôt, on va revenir avec un bébé à la  maison c’est sûr!

Ma grosse chienne sens que quelque chose se passe, elle nous tourne autour, inquiète peut-être elle aussi. Je lui dis qu’on se revoit demain avec un nouveau membre de la famille, que grand-maman (Lise, aucun lien de parenté, ma voisine) va venir la voir tous les jours.

Le trajet se passe quand même bien. Je supporte bien la douleur quand elle se présente, je la laisse faire son travail. Mon conjoint à mit le nouveau CD de François Pérusse dans le lecteur, mais je comprends juste la moitié des jokes alors du coup, je le trouve pas super

4am, 24 novembre

On arrive à la maison de naissance. L-M y est déjà, en train de faire des papiers.

Nous sommes seuls. Aucune autre chambre n’est occupée. Et moi qui avais peur d’arriver pour accoucher et me faire virer de bord parce que toutes les chambres seraient prises.

On s’installe dans la chambre du fond. Elle est spacieuse, avec un grand bain, de la lumière tamisée.. On s’y sent à l’aise tout de suite.

J’essaie de me replacer comme j’étais à la maison, à califourchon sur la chaise avec mon chum derrière moi pour me masser le dos. Mais la chaise est trop petite (ou mes cuisses trop large, c’est selon) et je ne suis pas à l’aise du tout. Je n’arrive pas non plus à me placer avec des oreillers, soit je suis trop grande pour la manœuvre, soit les oreillers trop mous, BREF. Aucune position à quatre pattes ou semi-couchée me convient. Je préfère encore debout et/ou marcher, en m’appuyant sur mon chum et en se balançant d’un côté et de l’autre.
Mouvement que l’on va garder durant quelques jours après l’accouchement d’ailleurs..

 

10am, 24 novembre

Ma sage-femme me fait un examen.

Je ne suis qu’à 4cm.

Bon,  c’est décevant. J’ai quand même travaillé toute la nuit et je n’ai pris qu’un pauvre petit centimètre.

Le  »travail actif » commence.

Je réussis à dormir sur la chaise berçante entre mes contractions, que je prends de plus en plus fortes. Je fais des bruits de gorges, des Ouuuuuu et des Aaaaaahhh en les dirigeants vers mon ventre, en les sentant travailler sur mon col.

Mon conjoint pique un somme dans le lit. Je dois dormir au moins une heure, parce que L-M est venue prendre mes signes vitaux deux fois, et elle vient une fois l’heure.

Tout va bien, bébé va bien, je vais bien. Je garde le moral. À chaque contraction qui passe, me dis  »une de moins »,  »celle-là ne reviendra pas ».

J’ai hâte que le travail accélère un peu.

Je vais dans le bain dans lequel  je rentre au complet . Je m’y sens bien, je me fais flotter quand une contraction arrive. Je peux dire que c’est vraiment dans le bain que je travaille le plus, je suis totalement concentré à envoyer toutes l’énergie de la douleur sur mon ventre, sur mon col. Je fais des sons graves, je crie aussi. Je suis complètement gelée aux endorphines..!   À un certain moment je dis a mon chum:  »Tu me croiras pas, mais j’ai vu un Ewok. »

Quand la sage-femme viens faire un relevé des signes vitaux, je lui dis que c’est carrément du bon stock, que je vais continuer demême et peut-être que je vais voir Chewbacca ! Elle m’a trouvé ben drôle.

 

18pm

Ça fait maintenant 34h que je contractionne. Je suis fatiguée, mais je garde le moral. Depuis le matin, les contractions se rapprochent; sur le chronomètre à mon chum, elles reviennent aux 2-3 minutes et durant environ 1 minute chacune.

L-M vient me proposer de faire un examen pour voir ou on en est. J’accepte, je me le demandais justement.

Verdict: 6cm.

Là, je m’effondre. 6cm après tout ce travail…?! J’envisage le pire, de finir à l’hôpital en césarienne parce que je le travail traine trop, que je ne suis pas capable d’accoucher naturellement, que je ne fais pas ce qui faut, que dans le fond de moi, j’ai peur d’accoucher et c’est ce qui fait que ça n’avance pas.

Je me place à 4 pattes sur le lit pour aider bébé comme L-M me suggère, et je pleure dans l’oreiller. Je pleure de désespoir et de déception…  La fatigue et la longueur du travail me rattrape.

Mon chum essai tant bien que mal de me rassurer,  mais je crois que lui aussi trouve ça difficile.

Ma sage-femme m’encourage, elle me dit qu’on a pas essayer tout encore, qu’on pourrait rompre la poche des eaux et faire un stripping pour accélérer les choses.

J’accepte encore une fois.

Mon corps ne fournit pas, il faut lui donner un coup de main.

L-M crève les eaux.. je trouve ça limite un peu écœurant tout ce liquide. C’est chaud et ça coule.. et ça coule!

Je me lève du lit, j’ai l’impression de me faire pipi dessus…

Mais bon, les contractions reprennent, j’oublie tranquillement ce détail.

On dirait qu’elles se rapprochent. Oui, c’est un peu plus saccadé… enfin!

Ma pauvre sage-femme a appelé du renfort. Elle aussi est debout depuis longtemps et elle a besoin de se reposer un peu.

S. vient reprendre la relève une heure plus tard, et ma sage-femme va faire une power nap. Elle en a bien besoin.

S. est aussi discrète que L-M. Elle me fait bien travailler, me fais changer de position, m’encourage, me dit que je suis forte.

Les contractions montent en intensité. Les petits ouhh ahh du début font place à des cris AAAAAAHHHHH. Une chance qui a personne d’autre à la maison de naissance, je devais donner l’impression de me faire arracher la vésicule biliaire à froid.

Je fais un bout en marchant, un autre bout sur la toilette, pour finalement retourner dans le bain.

Mais quelque chose cloche…

Depuis le début, le point de pression dans le bas du dos m’aide beaucoup. C’est là que je veux que mon conjoint ou la sage-femme appuie quand une contraction arrive.

Mais plus ça va.. plus ça me fait mal.

Au début, je crois que c’est parce que ça fait trop longtemps qu’on appuis sur cette zone, mais je me rends compte que la douleur est radiante, de plus en plus.

Au fil des contractions,  la douleur au dos prend toute la place, mon dos me fait mal même quand la crampe dans le ventre est finie.. C’est de pire en pire, et je me mets à me plaindre de cette douleur.

Ce n’est plus drôle. Je ne suis plus zen.

Je ne parviens pas à diriger la douleur de mon dos ailleurs que là, elle est trop forte.

Je ne trouve pas de position qui me soulage dans le bain. Ni sur le dos, ni sur le côté, ni assise.

Mon dos me fait souffrir.

J’appréhende les contractions maintenant. Elles me font peur.

 

2am, 25 novembre, nuit de dimanche à lundi

S. me demande si je veux refaire un autre examen pour voir ou j’en suis, voir si le travail à bien progressé.

Je souhaite au moins un 9. Ça fait tellement mal depuis tellement longtemps, je ne peux pas croire que je n’arrive pas à la fin du parcours.

7cm. Et une autre membrane.

Alors là je craque pour vrai.

Je pleure ma vie.

Je n’y arriverais pas. C’est trop dur. Et ça n’avance pas. J’ai l’impression de travailler pour rien, de faire toute cette visualisation là pour des peanuts.

Je suis assise dans le bain et je pleure à gros sanglots.

Je sais que je vais devoir aller à l’hôpital pour une péridurale. Et qui sait, une césarienne peut-être?

Ça sent tellement l’échec, j’en veux à mon corps de ne pas être capable de se rendre au bout, moi qui voulait à tout prix éviter les médecins, l’hôpital.. Mais je sais intérieurement que je ne peux pas aller plus loin. C’est hors de question.

(Mon conjoint me dira plus tard que lui aussi pleurait quand j’étais dans le bain.. il était derrière moi, je n’ai rien vu. Il pleurait d’impuissance en fait, pauvre chéri..   )

Ma décision est prise, mais je ne le sais pas encore.

S. va parler avec L-M qui vient de se lever.

Elle demande si elle peut me faire un examen, vu que c’est elle qui a suivi la dilation depuis le début.

Finalement, elle me donne un petit 8cm. Et effectivement une autre membrane. Et bébé s’est tourné en postérieur, la face vers le ciel.

Bébé n’a pas tourné du bon côté en fait. Sa tête n’est pas placée comme il faut pour s’engager dans le col, ce qui fait que le travail stagne. Et une de ses épaules appuie sur un nerf névralgique, ce qui fait que à toutes les contractions, l’épaule viens appuyer sur le nerf et m’envoie une décharge en continue.

On parle quelques instants: ça fait longtemps que je travaille, j’ai super bien travaillé aussi, mais que là, ça n’avance pas assez vite. Bébé va toujours bien, mais il risque de se fatiguer lui aussi.

On convient donc d’aller à l’hôpital pour une péridurale. Je me convaincs presque que je le mérite. En fait, je la souhaite tellement j’ai mal au dos.

Le trajet en ambulance est difficile. Je suis couchée de côté sur la civière, ça ballote d’un côté à l’autre, les contractions sont difficiles à gérer dans cette positions. J’ai hâte d’arriver, j’en peux plus.

 

4am, 25 novembre

On m’installe dans une  »chambre des naissances ». Avec pleins d’appareil partout, deux portes d’entrée, et à chaque fois que une ouvre, l’autre claque, ce qui donne comme effet d’avoir toujours deux personne qui rentre en même temps dans la chambre.

On me sort le gaz hilarant. Ça fait presque du bien durant les contractions. J’en offre à mon chum qui refuse.. il en aurait besoin pourtant, il dort debout pauvre petit

On me dit que l’anesthésiste sera là sous peu, qu’il est en césarienne présentement.

On me strap deux ceintures sur la bedaine pour le monitoring. La lecture est difficile, l’infirmière change tout le temps de position sur mon ventre.

La gynécologue de garde se présente elle aussi, Docteur A.

Elle est correct, mais sans chaleur. Elle semble fatiguée.

L’infirmière m’installe pour la péridurale, assise dans le milieu de la table avec une chemise d’hôpital. C’est difficile, les contractions me gêne beaucoup dans mes mouvements.

L’anesthésiste entre dans la salle. Je sais que c’est lui, parce qu’en rentrant dans la salle, il est dos à moi, je l’entends dire  »Oh my! » Quoi, t’as jamais vu de dos avant.. non, mais hein?

Il me dit en quoi consiste une péridurale, me font signer 3-4 feuilles que je ne lis pas (en fait, j’ai eu de la misère à signer mon nom, je n’aurais pas pu lire 3 feuilles de termes médicaux!!) et je sens qu’on me met de la pression, que j’aurais pu singer une euthanasie que je ne le saurais pas

Mais pas grave, donnez-moi cette péridurale, morphine, hormone de cheval, m’en fous!!

Il s’installe, me demande de faire le dos rond, ce que j’essaie de faire le plus possible avec ma bedaine. Mon conjoint me tiens par en avant et m’aide durant une contraction. Il me dira plus tard qu’il regardait intensément l’anesthésiste.. il n’aimait pas l’idée de me faire planter une aiguille dans le dos. Le regard c’était pour dire  »Je te surveille, manque-la pas mon …  ».

Il me manque une première fois, ça fait un mal de chien merde. Me dit que je n’ai pas beaucoup de cartilage, que je dois mettre mon dos plus rond encore.

Je pleure en silence dans le chandail de mon chum. J’essaie de me mettre le dos plus rond encore, j’ai l’impression d’écraser mon bébé, mais je tiens bon.

Il réussit enfin.. et après 2-3 contractions encore, soulagement!  Je ne sens plus rien. C’est l’infirmière qui me dit que je suis en pleine contraction.

L’anesthésiste revient quelques instants plus tard faire le test de la glace. Il me touche la joue gauche, et la hanche gauche. Je ne sens pas le froid. Il fait le même test à droite, mais je sens le froid sur ma hanche. Il semble ébahit et surpris. Refait le test 3-4 fois, et je lui réponds la même chose encore et encore.

Il finit par me redonner une autre dose, que je sens passer dans le tube qui me passe dans le dos (c’est froid!)

Durant l’heure qui suit, L-M et mon chum dorme un peu, en attendant que ça avance. Moi pendant ce temps, je reste couché et je tète (ou plutôt, je croque) de la glace, j’ai tellement soif!

 

6am, 25 novembre

La docteur A. vient faire un examen.

10cm, bébé en bonne position. On peut commencer à pousser.

Déjà?!?

À la blague, je lance à mon chum  »Je fais ça vite moi, une heure sur la table et hop, on pousse! »

Ça réveille mon chum, bébé arrive dans pas long!!

On m’explique comment pousser. On m’installe les pattes sur la table et on me couvre le bas du corps avec un drap, question de ne pas avoir la noune à tout vent. J’apprécie le geste. Je soupçonne L-M d’avoir averti le personnel de ma pudeur un peu excessive.  Je l’apprécie encore plus.

Je ne sais pas trop quand pousser, vu que je ne sens rien, j’y vais  »à peu près » quand ça me tente.

Je demande à l’infirmière de me dire quand pousser, mais elle ne me le dit qu’une fois. Le reste du temps elle tient le monitoring sur mon ventre (elle m’énerve!)

Je n’aime pas la façon qu’on me dirige.

Faut que je prenne 3 méga grande respiration, que je bloque, menton contre poitrine, avec mon chum qui me tiens une jambe, l’infirmière l’autre et que tout le monde me regarde l’entre-jambe ..

On me dit de pousser plus que ça. Que la dernière poussée c’était mieux.

Je commence à perdre patience. À chaque grande respiration j’ai l’impression d’avoir d’avaler du sable. J’ai la bouche tellement sèche! Donnez-moi à boire s’il-vous-plait!
Je me rappelle d’avoir eu un ou deux glaçons, mais rien de satisfaisant.

Plus ça va, plus je sens les contractions. Plus je sens la douleur. Moi qui venait de m’en sortir!

Mais là.. en plus de la pression intérieur.. J’ai mal aux fesses. VRAIMENT mal aux fesses.
Comme si j’avais deux crampes du nerf sciatique.
Plus bébé descend, plus j’ai mal aux fesses. Je commence à en avoir vraiment plein mon casque.

J’ai mal aux fesses, je pousse mal, on me demande si je veux ‘’toucher’’ pour voir, no-way, je veux rien savoir.

‘’Vous êtes sûre madame?’’ ‘’OUI CRISS CHUIS SÛRE!!’’.

J’ai pu envie de pousser, j’ai juste envie de me masser les fesses, je me tortille sur la table entre les contractions, je n’arrive pas à rester les jambes dans les étriers, tout mon poids repose sur mon cul, j’ai mal, J’AI MAL.

Je garde les yeux fermés. La lumière est trop forte, je ne veux pas voir personne. Mon conjoint se penche vers moi un moment donné, je le repousse. Touchez moi pas, je suis plus capable de m’endurer.

Je demande à l’infirmière si je peux me mettre à 4 pattes pour pousser. Ça me ferait peut-être moins mal. Elle accepte à contrecœur.
Je réussis à me mettre en position sur la minuscule table. J’écarterais les jambes plus que ça, mais je n’ai pas de place.
J’ai eu le temps de prendre une contraction dans cette position avant que le Docteur A. rentre.
Aussitôt l’infirmière me dit ‘’Faut retourner sur le dos madame’’
Là je chiale ‘’Non, pas sur le dos, s’il vous plait, pas sur le dos..’’
‘’Madame, quand le docteur rentre, il faut se mettre sur le dos.’’
‘’Non je ne veux pas. Ça fait trop mal!’’
‘’Si vous ne vous mettez pas sur le dos pour le docteur, je ne vous laisserais pas retourner à quatre pattes.’’
J’ai pleuré en silence. Je ne voulais pas revenir en position gynécologique. Juste me retourner je sais que ça allait être pénible. Mais bon. Je suis qui moi, han? Ah oui, juste une autre femme qui accouche.

Et docteur A. rajoute que de toute façon, la gravité ça aide pas pour les accouchements.  Bon.
Je lui dit, ou quelqu’un lui dit que j’ai mal aux fesses.

‘’Bon, ben on peut faire le bloc honteux.’’

Han? Pourquoi le bloc honteux, je n’ai pas besoin du bloc honteux..!

Je réponds en braillant ‘’Non!’’

‘’Là madame, pas besoin de faire la femme forte de l’Évangile, je pense que vous avez assez travaillé comme ça. C’est juste 3 petites piqûres qui vont vous geler, ça fera pas mal.’’

Comment voulez-vous que je négocie avec elle? J’ai le cul à l’air, je braille, j’ai mal aux fesses, à la limite d’être sans connaissance… je n’ai pas vraiment le choix.  Et j’ai pas mal au rectum putain, j’ai mal aux FESSES!

Elle finit par me faire deux piqûres dans le vagin, et une autre juste à la base de l’entrée. Je te l’ai gueulé celle-là. Je n’avais pas vraiment envie de me faire piquer juste là.

Je continue à pousser, à prendre des respirations de titans.
On me dit que je pousse mal, que je devrais pousser plus que ça. Enfin, ça c’est bien, pousse ici, pousse là, envoye let’s go.
Ils m’énervent. Fermez-la que je travaille toute seule!

Mon conjoint me dit ‘’On voit ses cheveux!’’
Et moi : ‘’C’est comment là? C’est proche?’’
Mon chum me montre avec ces doigts ‘’Environ ça (2cm)’’
Moi : ‘’C’EST TOUT! JUSTE ÇA! ESTI QUE CHUIS ÉCOEURÉE LÀ, C’EST BEN D’ LA MARDE (rajouter une série de sacre entrecoupé de sanglots)

En parlant avec mon chum, je me rends compte qui a beaucoup de monde dans la chambre, au moins 5-6 infirmières qui jasent entre elles. Ça fait quelque fois que j’entends les portes s’ouvrir et se fermer.
Je lui dit :
‘’C’est quoi là, tout le monde rentre et sort ou quoi?!’’ (J’espère qui m’ont toutes entendue)

J’ai eu le sentiment d’être un spectacle..

À partir de là, je me souviens de presque rien du reste de la poussée. Ça a pu durer 15 minutes comme 2h, j’ai juste quelques flashs.

Je revois mon chum se tourner vers la porte et s’appuyer dessus. Je crois qu’il pleure. Je vois L-M aller lui mettre un bras sur l’épaule pour le réconforter.

À un moment,  c’est une autre gynécologue que je vois entre mes jambes (bonjour, enchantée, tsé ).

Et là.. LÀ LÀ. La tête a sortie.

OUCH!

Elle a carrément poppée! Je pensais qu’avoir un gynéco entre les jambes ça allait être moins pire, qu’elle allait l’aider à sortir, non?!?

La pression est forte, ça fait mal, merde!

‘’Ne poussez plus madame, ne poussez plus’’

Non. Fini le niaisage. Je suis pu capable, c’était la coche de douleur de trop celle-là.

‘’NON!’’

Et j’ai poussé. Que dis-je. Expulsé mon bébé.

Sou-la-ge-ment.

Mon Dieu, merci merci merci merci. Enfin!
Mon chum me dira après que ma face voulait tout dire.

Ensuite, je me rappelle d’avoir vu le cul du bébé en premier. En fait, c’était la gynéco qui présentait le sexe du bébé au papa pour qu’il me le dise.

Ça lui a pris quelques secondes avant de comprendre. Il cherchait un pénis ou des couilles, tout le long de ma grossesse on était sûr que c’était un garçon!

‘’C’est une fille… c’est une fille!’’ m’a t ‘il dit en pleurant.
‘’UNE FILLE?!’’ que j’ai répondu.

On est les deux ébahis, mon chum pleure de soulagement, de fatigue, moi pareil.
Elle est tellement belle, c’est fou.

À un moment, mon chum me dit ‘’Elle a une face d’Olivia’’.

Le nom lui est resté. On en avait d’autre nom en liste, mais je l’avais dit à mon conjoint : on va savoir comment l’appeler quand on va lui voir la face.

Je ne sais pas combien de temps je reste ainsi avec mon chum à côté de moi et ma fille sur ma poitrine.

Je sens le placenta sortir. Je comprends maintenant pourquoi les anciennes appelaient ça ‘’la délivrance’’. Ça fait un bien fou!

Je sais que j’ai  déchiré pas mal : je vois la gynécologue s’affairer entre mes jambes. Mais je suis gelée encore, je ne sens rien.

Je demande ça a l’air de quoi, on me répond ‘’Un petit 3e degré ou un gros 2e degré, ce n’est pas si pire’’.
Moi ça ne me dit absolument rien.  Ça me prendra  au moins 3 semaines avant de regarder par moi-même, j’avais trop peur de la boucherie.

L-M nous quitte déjà. Elle est crevée elle aussi, elle a besoin de repos. On la remercie tellement, peut-être pas à la hauteur de ses compétences par contre, je mets ça sur le compte de l’épuisement. Je me reprendrai plus tard avec un beau panier-cadeau.

Une infirmière s’affaire autour de moi, me fais lever les fesses pour changer les draps, regarde ma tension, etc. Elle est sympathique.

Ma sage-femme a averti le personnel que je ne désirais pas allaiter. Du moins, c’est ce que j’en ai déduit parce que personne n’est venu me demander des explications et personne n’à essayer de me faire changer d’avis.

Mon conjoint est invité à donner le premier biberon à notre fille.

L’infirmière nous dit que c’est maximum une once, une once et demi. Elle a un petit estomac et risque de tout régurgiter si elle boit trop.  Elle laisse mon conjoint seul et sort de la salle.
Olivia boit une once en 30 secondes! Elle est affamée! Je l’entends téter de l’autre bout de la salle!

Mon conjoint me demande qu’est-ce qu’on fait.. Elle a déjà bu pas mal. Comme c’était assez évident que notre fille avait encore faim, qu’elle tétait dans le vide, je lui ai dit de vite lui donner un autre 5-10ml avant que l’infirmière ne revienne.
Elle boit aussi vite, c’est fou!

Mais l’infirmière n’est pas contente quand elle revient. Et pour être sûr qu’on ne lui en redonne pas, elle repart avec le biberon. Mais c’est flagrant qu’elle a encore faim! Elle chigne et tète nos doigts.
Je décide donc d’essayer de lui donner du colostrum.
Elle essaie de prendre mon sein droit, mais je suis maladroite et elle aussi et ne tète pas grand-chose.
Mais elle réussit à prendre le sein gauche toute seule et tète comme une défoncée!
Elle boira ainsi en continue sur mon sein gauche pendant une heure. Je savais qu’elle avait encore soif.

L’infirmière continue mes soins. Je suis encore sur l’adrénaline : je suis de bonne humeur et je suis contente. Je suis capable de marcher un peu sans aide pour aller à la toilette.
Le nouveau papa fini par s’endormir avec sa fille dans le fauteuil dans la chambre. Je les aime tellement.

On finit par se retrouver en chambre semi-privé. On y arrive presqu’en même temps que mes beaux-parents qui viennent voir leur premier petit-enfant. Il y a beaucoup d’émotion dans l’air.

Le pédiatre passe pendant ce temps. Il prend ma fille, la mets dans le petit lit, la déshabille sans ménagement et l’examine environ 30 secondes seulement.
‘’Tout est bien’’ est tout ce qui nous dira. Et il repart sans autre cérémonie.

Après l’heure du souper, mon conjoint retourne à la maison voir notre chienne qui doit paniquer toute seule à la maison depuis si longtemps. Et il est tellement fatigué qu’il a le teint-gris vert. Je l’encourage à aller se reposer cette nuit.

L’infirmière qui s’occupe de nous viens toujours prendre la température de ma fille. On dirait qu’elle fait une fixation dessus, mais je ne sais pas pourquoi, on ne me dit rien.
À un moment, sa température descend à 34,6. Mais je viens tout juste de lui changer sa couche deux fois de suite, alors elle a été toute nue quelques minutes d’affilé.
Mais non. L’infirmière part et revient avec le ‘’réchaud à poulet frit’’, un genre de couchette avec une lampe chauffante sur le dessus. Elle déshabille ma fille, la fou juste en couche la dessous et part en me disant qu’il faut que sa température monte à 37,8 au plus vite.
Ma fille est carrément insultée, elle hurle sa vie. J’aime juste envie de la prendre dans mes bras et la consoler, je commence à perdre patience.
Le réchaud ne fonctionne clairement pas bien, un temps il indique 38, 3 secondes plus tard 35,7!
Je le fait remarquer à l’infirmière, mais elle m’ignore superbement.
Finalement, l’infirmière vient lui donner son bain vers 11h le soir, rapidement, sur le pas de ma porte de chambre. Ma fille hurle encore sa vie, insultée de se faire ainsi manipuler.
Vers minuit, je débranche la machine (de toute façon, si je voulais me coucher, il fallait que je la débranche, le fil passait sur mon lit..), j’éteins la lumière, je tire le rideau et je me couche avec ma fille, bien décidé à envoyer promener quiconque qui viendrait me déranger.

Ma fille se réveillera 3 fois pour boire durant la nuit. Mais elle semble avoir mal au ventre après le biberon. Elle devient toute raide et crispée. Ça semble douloureux. Je réussis à la calmer à chaque fois, mais ça m’inquiète.
On continuera à venir plusieurs fois dans la nuit pour venir prendre mes signes vitaux et ceux de ma fille, ainsi que des prises de sang (pourquoi la nuit?!?)

À 4h30 le matin, ma fille se réveille, elle a faim, c’est évident.  Je décide de me lever tant bien que mal (mes points me font souffrir et mon dos m’élance). Je vais voir l’infirmière au poste pour lui demander un biberon.
Elle me répond qu’il est trop tôt, que certain bébé on juste envie de téter, que ma fille doit être une téteuse.
Docile, en fait je suis presque zombie tellement je suis fatiguée, je ne dis rien et retourne à ma chambre avec ma fille qui chigne.
30minutes plus tard, j’appuie sur la sonnette. Ça suffit, ma fille a faim, merde.
L’infirmière me fait une ‘’faveur’’ selon elle. Elle m’apporte le biberon 30minutes à l’avance. Wow, quel dévouement.

Ma fille boit le 2 once au complet, sans pause. Elle se crispe encore par après, elle est très inconfortable.

Mon conjoint vient me rejoindre le lendemain vers 7h30. Je dois avoir l’air épouvantable, je suis tellement fatiguée.
Il s’occupe d’Olivia pendant que je dors 1h, avant de me faire réveiller par les cris de ma fille qui est encore avec l’infirmière de la veille, toute nue, pour se faire peser. Incapable de me rendormir,  je reste coucher avec ma fille sur mes jambes.
Je parle avec mon conjoint et décidons que nous partons d’ici ce soir.

Comme les petits habits d’hiver que nous avons sont beaucoup trop grands pour notre fille, mon conjoint décide d’aller au magasin lui acheter un plus petit habit. Les premiers achats officiels pour sa fille, il est tout content!
Pendant ce temps, je suis encore au lit, avec ma fille en appui sur mes jambes. Elle vient de boire et elle se crispe et se tortille encore. Je ne comprends pas. Je ne comprends pas ma fille. Elle a mal, c’est évident. Du reflux peut-être?
Je la regarde et je me sens incapable. Mon post-partum embarque à une vitesse fulgurante. En moins de 30 minutes, je passe du stade fatiguée à carrément en dépression.
Je texte mon conjoint et ma cousine que j’ai besoin d’aide. Vraiment. Je ne passerais pas au travers. Je suis incapable de parler au téléphone, mais j’ai besoin d’aide, je le sens.
Au même moment, ma mère appelle dans la chambre. Elle me demande : ‘’Bonjour fille, comment vas-tu?’’
J’ai éclatée en sanglots.  Je n’ai rien pu dire, sauf pleurer dans le combiné.
Mon conjoint est arrivé en même temps. Je lui ai passé le téléphone. Ils ont convenus tous les deux que ma mère viendrait nous aider quelques jours,  le temps que je me remette.

Nous sommes sortis de l’hôpital vers 19h le soir, après avoir attendu la fin du dernier shift, après avoir laissé les étudiants ‘’étudier’’ sur ma fille (c’étaient les plus sympathiques de tout mon séjour en fait),  et après m’avoir fait sermonner par la pédiatre de service (jamais vue avant) que ‘’je risquais une rupture utérine, une hémorragie, que ma fille risquait un souffle au cœur et qu’elle ne régularisait pas encore sa température!!’’.

Une chance que mon conjoint a tenu bon, son ton était tellement autoritaire et mon taux d’hormones tellement bas que je n’avais pas l’énergie pour contester.

Le retour à la maison a été un soulagement.

J’y ai pleuré tout mon soul, pleuré mon accouchement ‘’raté’’, ma rage de me pas pu avoir accoucher toute seule, de m’être fait manipuler de la sorte, moi qui m’était tant renseigner et tant convaincue que moi, moi je ne me laisserais pas faire.

Quand j’y repense encore, je suis fière d’avoir tenu les contractions tout ce temps. Si ma fille aurait été en bonne position, j’aurais pu accoucher en maison de naissance, calmement, sereinement. J’ai mon séjour à l’hopital sur le cœur, c’est cette mauvaise expérience que je me rappelle le plus malheureusement.

J’appréhende le ou les prochains accouchement. J’espère être plus forte et j’espère avoir la nature de mon côté.

C.

#344 Servane, la naissance de Tinael

8 Fév

Mercredi 18 septembre 2013

Ta naissance est imminente alors je profite des derniers instants avec ta sœur comme fille unique : nous allons faire une longue balade pour rechercher des coquilles d’escargots. Nous marchons presque 1h, elle veut aller voir le tractopelle en bas de la rue et me montrer la cantine. De retour à la maison, je fais un peu de repassage, prépare le repas et nous allons coucher Malou. On regarde un peu la télévision avec papa mais on monte vite se coucher, on fait un câlin avant de s’endormir.

Jeudi 19 septembre

2h29 : pause pipi de la nuit. Quand je remonte, une contraction douloureuse. Je regarde l’heure, on ne sait jamais, j’ai toujours eu le pressentiment que tu naîtrais aujourd’hui, une semaine tout juste avant ma DPA, comme pour ta sœur. J’essaie de me rendormir mais impossible, les contractions reviennent toutes les 7 à 10 minutes. Je reste 1h dans le lit mais elles commencent à devenir difficiles à gérer sans bouger et sans faire trop de bruit pour ne pas réveiller ton papa. Je décide donc de descendre dans le salon. J’allume les bougies et je me pose un peu sur le ballon puis à genoux, les contractions se calment un peu, j’en profite pour dessiner les plans de notre future maison.

Finalement, je remonte me coucher vers 4h40 et je réussis à m’endormir jusqu’au passage du camion poubelle qui comme toutes les semaines réveille ta sœur qui court jusque notre chambre pour qu’on la porte afin qu’elle puisse le regarder. Elle vient ensuite finir sa nuit dans notre lit mais pour le coup, les contractions sont de retour et je ne peux pas les gérer avec elle si près de moi.

Je décide donc de me relever et d’aller prendre un bain. Je fais couler de l’eau bien chaude, allume deux bougies et m’installe dans la baignoire. Mais je ne suis pas à l’aise, je ne sais pas comment m’installer… Allongée, les contractions sont trop difficiles à gérer et je ne suis pas très bien assisse ou à genoux. Je sors donc rapidement et je retourne dans le salon.

Les contractions seront facilement gérables toute la matinée mais m’empêcheront tout de même de me reposer car dès que je tente de m’allonger sur le canapé, elles se font plus douloureuses. Quand je suis sur le ballon, elles s’estompent me faisant douter que c’est bien le jour J… Finalement, je demande à papa d’aller chercher Malou à l’école, les contractions sont facilement gérables, je veux profiter d’elle comme fille unique encore un peu. Le repas se passe bien, peu de contractions mais quand elles sont là, je dois me concentrer pour les accepter. Malou finit par repartir à l’école, je la préviens que peut être ce sera Virginie qui viendra la chercher car maman a mal au ventre et que le bébé devrait bientôt arriver : elle est très contente et moi, je suis soulagée de voir qu’elle accepte bien la situation. Une fois partie, j’appelle la sage-femme pour la tenir au courant et savoir si elle peut venir pour confirmer un début de travail et éventuellement m’accompagner un maximum à la maison comme on l’avait convenu. Pour elle, le travail n’est pas encore réellement lancé car les contractions sont trop anarchiques, elle me dit donc de la rappeler si elles deviennent régulières et/ou trop douloureuses. Je suis un peu déçue car au fond de moi, je sais que le travail est lancé, je sais que tu es en chemin pour nous rejoindre. Je continue donc à accueillir les contractions sur le ballon, sur le canapé ou en marchant pour essayer de régulariser tout ça.

15h25 : Les contractions sont régulières, toutes les 6 minutes. Je décide de rappeler la sage-femme, je lui laisse un message. Je demande aussi à papa de prévenir Virginie qu’elle devra garder Malou ce soir. Les contractions commencent à s’accentuer un peu, j’ai du mal à trouver une position qui me soulage vraiment mais je me sens bien à genoux par terre, la tête enfouie dans les coussins du canapé. Je balance mon bassin pendant la contraction en essayant d’en visualiser l’ouverture pour ton passage ou une jeune fille blonde aux cheveux longs dans un champ de blé, réchauffée par les rayons du soleil (va savoir pourquoi c’est cette image qui me vient alors que pendant toute la grossesse, je m’étais imaginé que je penserais à la mer, élément qui me détend profondément)

Papa passe rapidement après l’école pour prendre les affaires de Malou, j’en profite pour lui faire un dernier bisou, je sais que quand je la reverrais elle sera grande sœur, ça me fait un léger pincement au cœur. Il part l’emmener chez Virginie puis essaie de joindre la sage-femme qui n’a toujours pas rappelé. Elle finira par répondre vers 18h30, elle ne pourra pas venir mais au vue des descriptions faites par papa, elle pense que le travail est déjà bien avancé et qu’il ne faut pas trop tarder à la maison, encore 1h ou 2 maxi. De mon côté,  je continue à gérer les contractions, les accompagnant de OOOOoooh graves. Je demande aussi à papa de me préparer des gants d’eau très chaude pour soulager mon dos qui commence à être douloureux pendant les contractions. Sur les conseils de la sage-femme, il me prépare un bain chaud. Cette fois je m’y sens bien, je m’installe à 4 pattes dans la baignoire et au moment de la contraction, il me met le jet d’eau chaude sur le dos, ça me soulage +++. Mais l’heure tourne et je crois qu’il a peur que j’accouche à la maison donc il me presse un peu pour partir à la maternité : je suis mitigée entre envie et peur de savoir où j’en suis. Et si je n’étais dilatée qu’à 3/4cm et que je sois obligée de rester à la maternité ?

20h : Arrivée à la maternité. Je gère une contraction devant l’entrée et c’est parti. Une sage-femme très gentille nous accueille et nous installe en salle d’examen. Elle me pose le monito, fini de remplir mon dossier (et râle après le sage-femme acupuncteur que j’ai vu 3 fois depuis la semaine dernière et qui ne l’a pas fait !) et me demande si je veux attendre un peu pour avoir un TV. Non, je veux être fixée maintenant et là, bonne surprise, je suis dilatée à 7/8cm, je suis trop contente et tellement soulagée ! Ta tête est cependant trop en avant pour s’engager dans le bassin. Elle part préparer la salle de travail puis nous installe et nous laissera tranquille jusque 22h. Je me remets sur le ballon, comme à la maison et papa continue de me mettre des cotons imbibés d’eau chaude sur le dos pour me soulager. Je me sens bien, je gère.

22h : Nouveau TV et col toujours à 7/8 cm. Elle me propose de percer la poche des eaux pour que tu puisses mieux s’engager et appuyer sur le col. Je ne sais pas trop, je sais que les contractions avec une poche rompue sont plus douloureuses et je commence à avoir du mal à gérer alors des contractions plus  fortes ? On décide de se laisser encore une heure et on verra ce qu’on décide alors. Je demande conseils à Colette pour aider bébé à s’engager dans le bassin, je m’installe à genoux sur la table, face au dossier et balance mon bassin en faisant des ronds pour essayer de t’aider à t’engager.

22h40 : Je lui demande de m’examiner à nouveau, les contractions sont de moins en moins gérables. Pas d’évolution. On décide donc de percer la poche des eaux mais avec la péridurale. Elle me rappelle mon PDN mais on en a discuté avec papa, je suis vraiment fatiguée et la péri me permettra de ma reposer un peu avant la poussée. Elle part dons chercher l’anesthésiste puis prépare tout le matériel. Dans ma tête, je doute de ma décision : quand je vois tout ce qu’elle prépare (perf, capteur au doigt, tensiomètre) je me dis que ce n’est pas ce que je veux, j’ai peur de regretter mais je suis tellement fatiguée… L’anesthésiste arrive, il me fait m’asseoir en pleine contraction ! Il pose la péri puis la sage-femme perce la poche des eaux (23h15) Quelques minutes plus tard, je ressens les contractions très fortes du côté gauche mais rien du côté droit, la sage-femme me propose alors de me mettre sur le côté pour aider le produit à mieux de répandre mais sans effet, c’est même pire car voilà qu’elle ne fonctionne plus du tout au niveau du ventre et du dos mais juste au niveau des jambes. Les contractions sont difficilement gérables, j’aimerais me mettre à genoux mais les sages femmes refusent, elles pensent que c’est trop dangereux, que je pourrais tomber, je suis donc quasi assise mais une douleur aux adducteurs vient me terrasser à chaque contraction.

2h (je crois) : Je suis à dilatation complète, tu es descendu et engagé mais bloque dans le détroit inférieur. La sage-femme me propose de m’injecter du synto pour aider les choses car mes contractions sont pour elle trop espacées et pas assez longues. Je sais que la douleur sera encore une fois plus intense, je ne tiendrais pas donc je refuse. Papa me dira plus tard que ça l’a énervée mais qu’elle a finalement compris mon choix quand je lui ai expliqué à son retour dans la salle. Elle me propose d’essayer de pousser pour t’aider à descendre et à te fixer. Du coup, elles « m’installent », je demande si je peux ne pas avoir les étriers, elles me mettent donc les pieds  dans des supports pour pousser dessus. Sur chaque contraction, je m’exécute mais à priori je pousse mal et ma douleur aux adducteurs est trop intense, je ne tiens plus. J’insulte l’anesthésiste et je commence à m’énerver car personne ne veux croire que cette fou*** péri ne fonctionne pas ! Une autre sage-femme vient essayer de m’aider à gérer les contractions en me conseillant de faire des AAAAaaaah graves et ça m’aide un peu et je visualise toujours cette image dans le champ de blé. Je continue à pousser sur les contractions, papa me dit quand elles diminuent sur le monito, ça m’aide, je sais que la douleur disparaitra dans quelques secondes…  On essaie la position semi assisse et sur le côté mais rien n’y fais, j’ai trop mal. Je finis par accepter le synto, je n’en peux plus, je veux que ça se termine vite ! Le sort est avec moi, leur machine ne fonctionne pas. La sage-femme finit par aller chercher le médecin, je sais que je n’y arriverais pas toute seule et qu’il faut qu’il t’aide à sortir : ce sera la ventouse. Le gynécologue est une femme qui me parait très gentille, son visage m’inspire confiance, je suis soulagée (je n’aurais pas dû) Elle m’explique que je dois pousser sur la prochaine contraction et qu’elle t’aidera avec la ventouse. La contraction arrive, je pousse de toute mes forces 2 fois puis je hurle de douleur, je repousse. Elle me dit que ta tête est là, que je dois encore faire un effort alors je pousse autant que je peux. Ta tête est sortie, je veux la toucher. La sage-femme à côté de moi, me prend la main et je la touche, je touche la tête de mon fils, quelle sensation unique. Mais la gynécologue me l’enlève. Elle sort les épaules puis le reste de ton petit corps avant de te poser sur mon ventre, il est 3h53. Et là, grand moment d’émotion, j’ai réussi, on a réussi. Tu es né par voie basse !!! Elle demande à papa s’il veut couper le cordon mais il ne le souhaite pas, elle le fait donc (sans attendre qu’il est cessé de battre comme je l’avais demandé) puis s’attaque à la délivrance. Elle tire sur le cordon pour faire sortir le placenta,  il sort très rapidement, je demande si je pourrais le voir et qu’elle m’explique son fonctionnement, il n’y aura pas de problème. Ils me proposeront même de le garder mais papa n’y tiens pas. J’ai le droit à un massage du ventre pas très agréable puis elle recoud mon épisio. La sage-femme me dit qu’elle n’est pas très grande mais elle sera bien douloureuse ! Tu es parti faire quelques soins avec papa mais tu reviens vite près de moi pour un moment de peau à peau. J’essaie de te mettre au sein mais mon petit d’Homme ne veut pas têter, ce sera pour plus tard. Au bout d’une heure, je te pose tout de même dans ton berceau car la fatigue est trop importante, je m’endors jusqu’au retour de la sage-femme vers 7h pour le retour en chambre.

Je suis heureuse de mon accouchement, fière d’avoir tenu aussi longtemps à la maison et même si les premiers jours j’étais déçue d’avoir eu recours à la péri, je n’ai plus de regrets car je sais qu’à ce moment là j’en avais besoin et qui aurait pu savoir qu’elle n’allait pas fonctionner correctement ? Les seuls regrets que j’ai encore sont par rapport au gynécologue qui n’a pas respecté mon PDN (épisio, ne pas pouvoir toucher bébé à sa sortie, ne pas pouvoir l’accompagner pour le poser moi-même sur mon ventre, attendre que le cordon ait cessé de battre avant de le clamper). Je ne comprends pas pourquoi, elle n’a pas respecté mes choix et ça me laisse l’impression d’avoir couru un marathon pour que quelqu’un d’autre franchisse la ligne d’arrivée à ma place… Elle m’a volé la fin de mon accouchement alors que je pense qu’une fois la tête sortie avec la ventouse, elle aurait très bien pu laisser les choses se terminer naturellement et me laisser pousser pour sortir seule mon fils.

Je suis ravie d’avoir eu une équipe comme celle-là pour m’accompagner lors de cette naissance car je sais que la sage-femme a été au-delà de ses limites pour respecter mes choix (elle !) et c’est grâce à elle que j’ai pu avoir mon accouchement par voie basse !

Magalie – Dordogne

28 Jan
Mon désir d’accoucher le plus naturellement possible est surement venue de notre parcours PMA. Quand nous avons décidé d’avoir des enfants avec mon mari, on imaginait se lancer dans la plus belle aventure qui soit, la plus naturelle… Mais les choses ne se sont pas déroulées comme prevu, nous avons rapidement enchainé les examens, les interventions chirurgicales, et les protocoles de Fecondation In Vitro. J’ai été anéantie, je ne maitrisais rien, tout été controlé, donc quand j’ai enfin été enceinte, nous avons décidé avec mon mari que nous deciderions de tout pour la suite de la grossesse et de l’accouchement.Tres vite la volonté d’accoucher sans peridurale, sans instruments, et l’allaitement est devenue une evidence. J’ai donc potasser des livres, me suis documenté sur internet, ai discuter avec d’autres mamans qui avaient accouchées sans peridurale, j’ai appris des techniques de respiration, me suis documenté sur le fonctionnement du corps face a la douleur. On a vraiment mis toutes les chances de notre coté.On etait pret, je le sentais, le jour J, les premieres contractions m’ont reveillée vers 6 heures du matin, le soleil percait a travers les volets, mon mari dormait a coté de moi, au fur et a mesure des contractions il s’est reveillé et a commencer à me masser le dos, nous sommes resté un moment comme ca, bien conscient que c’était LE Jour. Le travail avancant, je fais un maximum de ballon pour me soulager, je veux rester le plus longtemps possible chez moi pour ne pas passer tout mon temps a la maternité. J prend une douche, on va se promener, je me suspends au cou de mon mari a chaque contraction. Vers 14heures, soit 8heures apres le debut des contractions, je souffre beaucoup, je decide d’appeller la maternité on me repond de venir quand la douleur sera insupportable, mais comment puis-je savoir jusqu’a quel point je peux avoir mal.

Je patiente encore un peu et nous arrivons finalement à la maternité vers 15h30, j’ai tres mal, mais je souris, la sage femme qui nous acceuille pense que je suis au tout debut du travail vu ma mine, elle decide quand meme de m’ausculter, je suis a 4.5 cm de dilatation, je suis tellement soulagée de savoir que toute cette douleur a été efficace, on previent tout le monde, qu’on ne veut ni peridurale, ni episio, ni gynécologue, ni étrier. La sage femme est tres douce, elle nous amene de la musique, un ballon et de l’huile de massage. Je marche autant que possible pour aider mon bébé a descendre car elle est encore un peu haute, les heures passent, il est 18heures, je suis épuisée… Mon mari me soutient a 100% il me masse, me carresse la tete, le ventre, me rassure, me met en confiance, je sais qu’on va y arriver, mais je commence a me demander si j’aurais assez de forces pour pousser. La sage femme revient m’examiner, je suis a 8, mais elle me fait confiance, elle me demande si je suis d’accord qu’elle me perce la poche des eaux, que ca risque d’etre un peu plus douloureux mais que ça fera accelerer le travil, j’hesite un moment car j’ai peur de ne plus supporter la douleur, elle me laisse le temps de la reflexion, sans pression puis je finis par accepter,à ce moment la les contractions deviennent insupportables, c’est horrible tellement je souffre. Je me rappelle alors tout ce que j’ai lu et appris sur mon corps, a bout de force je decide de me coucher sur le coté, je respire lentement et profondemment, je detend chaque cm de mucles de mon corps, pour finir par me sentir commme une pierre, je me suis « enfoncée » dans le lit, j’ai fermé les yeux et je ne parle plus. Je commence a sentir quelque chose qui innonde mon corps de l’interieur et me soulage, je me suis écouté et mon corps me soulage tout seul, a tel point que mon mari panique, il essaye de me faire revenir a la realité, mais je ne repond bien trop appeuré par l’idée de casser cette bulle, il appelle la Sage femme en panique, elle le rassure, lui dit que je reprend des forces avant de pousser. Et effectivement alors que les contractions sont de plus en plus fortes je sort soudain de mon « état de transe » prise par une violente envie de pousser, je dis a mon mari d’appeller de suite la sage femme que la tete est la, la sage femme arrive tranquillement, j’ai beau lui dire de se presser, elle s’habille tranquillement, puis vu mon insistance souleve ma blouser et jette un oeil et la elle s’est affolée du coup, il y avait les cheveux ^^ C’est donc semi accroupie, mon mari derriere moi pour me soutenir que j’ai laissé ma fille venir, en soufflant j’ai poussé tout ce que j’ai pu, je n’en pouvais plus, la douleur était insoutenable, je me sentais tomber dans les pommes, j’ai dis a la sage femme que je ne pouvais plus, que je perdais pied, dans un dernier encouragement, elle m’a dit « tenez bon elle est la, vous allez y arriver » ca ma regonflé, j’ai poussé une derniere fois et la une douleur horrible, une brulure intense et le soulagement, elle était la sur mon ventre, a me regarder avec ses grands yeux, pas un cri, pas de pleurs, du pure bonheur, il n’y a avait plus que nous trois, le papa, moi et notre bébé, plus rien autour ne comptait, la sage femme parlait tout doucement, elle me prevenait qu’elle allait me recoudre car j’avais des petites dechirures, puis elle est sortie subitement, j’ai su apres qu’elle avait pleuré, emue par notre histoire et cette naissance.
Tout ca pour dire qu’il y a quand meme des maternités et des equipes qui respectent nos choix, j’ai été écoutée, soutenue respectée, meme si une sage femme un peu agée m’a lancé a un moment « c’est votre premier, vous prendrez la peri comme les copines », mais ca a glissé sur nous, car on était plus que jamais motivés. Nous somme revenus pour la 2eme et la 3eme avec la meme conviction et tout s’est bien passé egalement. Je reconnais que c’est une chance, mais je pense qu’on l’a un peu provoquée aussi cette chance…