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#333 Naissance de Nora et Jean, dans l’Ain en France, 2005

2 Fév

(Tous les noms et prénoms ont été modifiés.)

Pour mon premier enfant, je n’ai pas pensé une seconde qu’il pouvait en être autrement que d’accoucher à la maternité, avec péridurale (pourquoi souffrir alors qu’on peut accoucher sans douleur ?).

Je suis sortie ravie, avec une jolie petite fille. Ce n’est que quelques mois plus tard que j’ai commencé à cogiter sur la naissance de ma fille : pas si idyllique que cela finalement. Je ne savais pas pousser tant la péridurale était forte, Ernestine est restée coincée et une puéricultrice est montée sur mon ventre pour pousser et l’aider à sortir car elle était coincée plus ou moins. Pour ma deuxième grossesse donc, j’ai envisagé un accouchement à domicile (AAD) et j’ai pris contact avec une sage-femme de ma région pour un suivi.

Le 21 juin, date de la première écho, le gynéco me confirme ce que je sentais depuis une semaine : j’attends des jumeaux ! Après la surprise, j’en informe la sage-femme qui accepte de me suivre malgré la présence de 2 bébés.

Je choisis de voir aussi régulièrement le Docteur Yves (gynéco) pour préparer le terrain en cas d’accouchement à la maternité, car si je dois mettre mes enfants au monde en milieu hospitalier, je veux que ce soit le plus naturellement possible. C’est alors que commence le parcours du combattant : il faut savoir que de nos jours, attendre des jumeaux est une maladie. Je n’ai que 30 ans, mais je suis cataloguée grossesse à risque. Le gynéco me prédit outre la prématurité de mes bébés, la césarienne bien entendu, parce que les jumeaux, c’est plus sûr qu’ils naissent par césa.

Les semaines passent, le premier jumeau est en siège, et l’autre en tête. C’est donc la césarienne obligatoire d’après le corps médical. A chaque visite mensuelle je répète que je veux accoucher chez moi si les bébés se positionnent tous les deux en tête et je passe pour une dingue. Mon médecin pense même que je fais partie d’une secte. Pour moi une césarienne serait un drame, car ayant été totalement passive pour mon premier accouchement, je serais de nouveau dépossédée du deuxième. De plus, étant née par césarienne, j’ai vécu le traumatisme d’être séparée de ma mère dès la naissance (suite à des complications) et l’idée de revivre cela en tant que mère me terrifie.

Pendant cinq mois je vais me battre pour ne pas subir de césarienne médico-légale, c’est à dire une césarienne qui ne soit justifiée que par la peur des praticiens de se retrouver devant les tribunaux en cas de problème lors d’un accouchement par voie basse. Je répète inlassablement au Docteur Yves que je ne m’opposerai pas à une césarienne dans le cas où le danger est réel tant pour moi que pour les enfants mais que je la refuse dans tous les autres cas. Ce médecin fait encore des accouchements par siège alors je lui réaffirme que je suis partante. C’est alors qu’il me sort l’argument du « coinçage des têtes » des jumeaux. Le premier en siège, en sortant, pourrait se coincer avec son menton contre le menton du deuxième en tête et c’est la mort assurée pour l’un ou les deux jumeaux. Je lui demande si c’est arrivé souvent mais il ne peut me répondre puisque depuis longtemps, quand ils sont dans cette position, les bébés naissent par césarienne, donc il n’existe pas de chiffres…

Je me renseigne sur ce fameux coinçage des têtes et il s’avère en fait que c’est extrêmement rare, et quasiment exclusivement dans le cas de jumeaux dans la même poche – les miens sont dans deux poches différentes. Le mois suivant, je lui fais part de mes lectures et il en convient. Mais il n’est toujours pas décidé à m’accoucher et me conseille de chercher un autre médecin qui accepterait de ne pas me faire de césa. Pour lui c’est tout vu, il faut programmer une césarienne. Les larmes coulent toutes seules, je lui demande alors si au moins je peux laisser mes bébés décider du jour de leur naissance. Il fait la moue, arguant que les césariennes en urgence (comprenez : césarienne non programmée, c’est à dire une opération qui risque de le tirer du lit à 3h du matin ou un dimanche ou le jour de Noël) sont stressantes pour la mère et pour l’équipe. Je lui dis que je ne présenterai pas au rendez-vous pour accoucher. Il convient donc avec moi que les bébés arriveront quand ce sera le moment pour eux. Je demande à ce que mon compagnon soit présent et là de nouveau refus, à cause des microbes (la belle affaire, mes enfants connaissent bien les germes de leur père, mais bien moins ceux du personnel hospitalier) et j’essuie un NON catégorique. Je prends rendez-vous avec un médecin réputé de Grenoble, réputé pour être ouvert et moins protocolaire. Dans le même temps, j’envoie un courriel au Docteur Gaston sur les conseils d’une sage-femme qui travaille avec lui et me le décrit comme très à l’écoute des mamans. Celui-ci nous reçoit, mon compagnon et moi, très rapidement. Il nous écoutera longuement et se montrera bienveillant. Ce sera le premier praticien à entendre vraiment ce qui nous préoccupe. Il finira par accepter que j’accouche par voie basse avec lui et comme il travaille avec le docteur Yves (le gynéco qui me suit), il m’assure qu’il l’appellera pour le convaincre d’accepter aussi sur le principe. Cependant il me dit bien clairement que tout dépend de l’équipe médicale et que selon celle qui est présente le jour J, ce peut être aussi la césarienne d’office.

Quelques jours plus tard je retourne voir mon gynéco qui me sourit car il a reçu l’appel du Docteur Gaston et il accepte enfin de marquer sur mon dossier « pas de césarienne prophylactique, à la demande de la patiente ». Je lui dis que je ne veux pas de péridurale, pas d’ocytocine, pas de perfusions, que je veux pouvoir déambuler, pas de monitorage en continu. Il me persuade d’accepter la pose d’un cathéter dans le bras et dans le dos, au cas où il faille intervenir rapidement sur le 2e jumeau, pour éviter de faire une anesthésie générale en cas de césarienne inopinée. Je le rassure (il en a besoin !) sur mon intention de me rendre à la maternité dès les premiers signes de travail, pour ne pas les mettre devant le fait accompli, genre un bébé entre les jambes pour éviter la césarienne. Je suis enceinte de 36 semaines et le danger de prématurité est écarté. Il me demande de venir à la maternité pour un contrôle de routine à 38 semaines. J’obtempère, car les bébés n’ont toujours pas changé de position (malgré les moxas, les tisanes, le yoga, l’acupuncteur) et je ne voudrais pas me mettre à dos ce médecin qui me permet théoriquement d’accoucher. La séance de monitorage est un supplice, il y a belle lurette que je ne dors plus sur le dos et l’on me demande de rester dans cette position inconfortable plus d’une heure (enregistrer le coeur de deux bébés, ce n’est pas facile, ils bougent tout le temps et moi aussi car j’ai des contractions dues à la position). Et l’on me dit que je dois revenir le vendredi pour une hospitalisation. Comprenez, je suis à 38+3 et le terme théorique des jumeaux est à 38 semaines, au delà il y a danger… Je leur fais savoir que je ne me présenterai pas à la maternité car je ne suis pas malade et qu’ils ne vont quand même pas envoyer les gendarmes pour venir me chercher…

Je consens à me déplacer tous les jours pour qu’ils fassent leurs examens (à ce que je sache, on ne fait pas de monito la nuit, je n’ai donc aucune raison de rester le soir). Une jeune sage-femme me fait un toucher vaginal très douloureux en me disant que c’est normal (j’ai été bête car quel est l’intérêt de savoir où en est le col à 38 semaines, puisque l’issue est connue : la naissance). J’apprendrai par la suite que cette sage-femme a fait un décollement de membranes, il arrive que dans cette maternité on déclenche les mamans récalcitrantes sans leur avis.

Le 16 décembre, pleine lune, 3h30. Je perds les eaux dans mon lit où je dors avec mon aînée Ernestine. (il y a quelques semaines que j’ai demandé à mon compagnon de dormir dans une autre chambre car il me réveille sans cesse en ronflant, et c’est déjà très difficile pour moi de dormir avec deux bébés presque à terme qui bougent tout le temps, le mal de dos…). Je prépare mes affaires et j’appelle la maternité pour savoir si je dois vraiment venir tout de suite car je n’ai aucune contraction. La sage-femme de garde qui prend mon appel me demande si c’est moi qui veut accoucher bio ! Elle me propose de venir avec ma fille car il y a une chambre de libre où elle pourra continuer de dormir.

4h30, arrivée à la maternité. Toujours pas de contractions, je suis examinée, le liquide amniotique est de la bonne couleur et limpide à souhait. Je me rends dans la salle de travail où l’on me branche au monito. Je demande à rester assise et Bonnie (la sage-femme) est d’accord. Elle appelle le médecin de garde qui n’est pas mon gynéco. Celle-ci m’apparaît très agressive, elle veut que je m’allonge sur le dos, me dit que je vais accoucher au bloc. Je lui répond qu’il y a des trucs inscrit sur mon dossier. Elle rétorque que je suis sous sa responsabilité et que c’est elle qui décide. Je lui dis que je ne veux pas de monito en continu, ce n’est pas obligatoire et que je veux pouvoir déambuler ; elle est visiblement très agacée. Elle me dit que je verrai avec l’anesthésiste, qui ne sera sûrement pas d’accord (en fait il s’en fiche un peu, vu qu’il ne pose qu’un cathéter de péridurale et sans produit). D’ailleurs il se marre devant une vision insolite pour lui : une femme avec un cathéter sans péridurale qui gère ses contractions sur un ballon, c’est du jamais vu. Bonnie m’informe que le médecin est en train d’appeler mon gynéco parce que je suis pénible et de toute façon il prend sa garde à 7h. Par la même occasion elle installe une perfusion car même si je n’ai pas de péridurale pour l’instant, il faut que je soit hydratée au cas où. Je me sens un peu perdue, je ne contrôle pas vraiment ce qui m’arrive.

Je charge Hervé d’appeler mon amie sage-femme qui travaille dans cette maternité et qui m’a assurée qu’elle se déplacerait de nuit comme de jour pour être là avec moi (bien qu’elle soit enceinte, je la remercie encore). Elle aussi prend sa garde à 7h, tout se profile mieux désormais. Lorsque le Docteur Yves arrive, il n’est pas content car j’ai aussi refusé l’ocytocine et il me reproche de ne pas avoir obéi au médecin de garde. Il discute avec l’anesthésiste et je les entends dire que ça va être long (je suis dilatée à 2 cm depuis que je suis arrivée et ça stagne), qu’ils ont une opération à 11h (comprenez une césarienne programmée) et qu’il faudrait que j’aie accouché avant sinon ça va être compliqué. Je me sens misérable, car j’ai l’impression que je ne fais pas les choses comme il faut, que je ne dilate pas assez vite. L’anesthésiste m’envoie une dose test de péridurale et je ne sens plus mes contractions, je pleure et je dis à Hervé que je me suis fait rouler. Heureusement, quelques 45mn plus tard, tout redevient normal. 7h15, mon gynéco me fait du chantage : soit c’est la césarienne, soit c’est l’ocytocine car je ne dilate pas assez vite. La mort dans l’âme, j’accepte la perfusion. Un quart d’heure plus tard, les contractions se rapprochent et se font plus douloureuses. Cependant, je reste sur le ballon, et à chaque vague je respire très fort, j’aide mes bébés comme me l’a conseillé mon amie Véronika et la dilatation se passe tranquillement ainsi. J’ai très peu dormi et je m’assoupis presque entre deux contractions. Fab, mon amie sage-femme, me donne à boire lorsque je lui fais part de ma grande soif. 9h25. J’appelle la nounou d’Ernestine pour savoir comment ça s’est passé avec elle (Hervé l’y a conduite vers 5h30) et je raccroche avec l’arrivée d’une nouvelle vague. Hervé sort pour aller se restaurer rapidement et là une grande douleur me submerge, je préviens Fab que le bébé descend. Elle m’ausculte et me dit qu’elle sent les pieds (ce sont en fait les fesses) de ma fille. Je reste sur le côté, elle me tient la main, je n’ai confiance qu’en elle et son amie Anna qui est là aussi.

Le Docteur Yves revient, une puéricultrice me demande entre deux de mes cris si sa stagiaire peut assister à l’accouchement (j’opine du chef). Ensuite c’est un peu flou ; je m’entends crier des sons tantôt très graves – tantôt très aigus, en tout cas ça vient de loin. J’ai la sensation d’être terriblement animale. Hervé revient et panique un peu ; il me propose de prendre la péridurale mais je refuse. Il est mon rocher, je lui enfonce mes doigts dans la peau des mains tant la douleur est intense. Lorsque Nora s’engage, le gynéco me demande (m’ordonne) de me mettre sur le dos car « pour un siège, c’est sur le dos ». J’obtempère. Il me demande de cesser de crier : je rigole. Je sens un drôle de truc lorsque ma fille sort et je lui demande si j’ai été déchirée ; il me rétorque qu’il a fait une épisiotomie car « pour les sièges, c’est une épisio ». On me la tend pour que je l’embrasse et on me la prend. Le docteur Yves trafique dans mon corps et je lui demande ce qu’il fait : il perce la poche des eaux pour que ça aille vite, il craint que le 2ème se retourne. C’est ainsi que Jean sort 4 mn après sa soeur, tout violet. J’ai à peine le temps de le voir qu’il est emmené à son tour. Les hormones font leur effet, je suis KO, on me ramène d’abord ma fille puis mon fils, c’est très étrange d’en avoir deux, pas assez de place, pas assez de bras. Pendant que le docteur me recoud, je lui demande combien de jours je suis obligée de rester à la maternité. Il secoue la tête en marmonnant : « Mais qu’elle est chiante celle là »… Je ne sais pas ce qu’ils ont fait à mes enfants, s’ils ont été aspirés ou non, je regrette de n’avoir pas eu la force de gérer ça. Les trois jours qui suivent, on me demande de prévenir les puéricultrices pour qu’elles mesurent le dextro des bébés puisqu’ils pèsent moins de 2,5kg chacun. En plus clair, on leur coupe le pied toutes les 2 tétées pour prendre une goutte de sang. Autant dire que je ne les ai jamais appelées. J’ai échappé à la césarienne, le gynéco était très tendu pour cet accouchement mais heureux visiblement d’avoir eu l’occasion de pratiquer son métier d’une façon plus physiologique. Après coup, je me réjouis toujours d’avoir eu la possibilité d’accoucher par voie basse mais je reste persuadée que c’était bien trop médicalisé.

Le docteur Gaston viendra me voir tous les jours pendant près d’une heure durant mon court séjour à la maternité — j’ai pu sortir au bout de 3 jours. Juste pour parler, discuter de cette naissance. J’ai su ensuite que mon cas avait donné lieu à de nombreuses discussions dans les deux maternités concernées — celle où j’ai accouché, et celle dont le docteur Gaston est chef de service. Je sais aussi que mon gynécologue a deux mois plus tard accepté un accouchement par voies basses pour une maman de jumeaux en tête – siège, c’est lui-même qui me l’a dit.

Marion.

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Grand-Duché de Luxembourg – Accouchement non respecté (mais presque !)

7 Jan

Grand-Duché de Luxembourg – Accouchement non respecté (mais presque !)

J’avais lu que les méthodes de calcul du terme dit «anticipé » d’une grossesse, différaient d’un pays à l’autre, y compris au sein de l’UE. De fait, la naissance de notre 1er bébé était-elle anticipée à un certain jour « J » selon la méthode luxembourgeoise et à J+7 selon la méthode française. Il faut savoir que ce calcul impacte, en cas de dépassement dudit terme, la décision de déclencher médicalement l’accouchement, et, par voie de conséquence, la possibilité ou non d’accoucher sans acte médicaux lourds. Désirant accoucher naturellement, j’avais gardé précieusement le clignotant allumé, dans un coin de la tête. Je n’imaginais pas encore à quel point cela allait bouleverser le terme de ma (première, j’insiste) grossesse …

J’ai eu la chance de vivre une grossesse sans problème, et d’aimer cette période si particulière des prémices de la relation entre Chéri, Petit Bout et moi.

Dès le début, j’ai douté du gynécologue (« Dr Speed ») qui l’a pourtant suivi à 98%. Il semblait avoir les connaissances médicales requises mais il était très (trop ?) pressé, il n’avait jamais le temps de m’expliquer quoi que ce soit ; chaque échographie se concluait par un très lapidaire « Tout est ok ». J’avais pourtant des questions et tant besoin d’être rassurée !

S’il avait voulu y jeter un œil, Dr Speed aurait lu dans notre projet de naissance, notre désir de limiter au minimum les actes médicaux. Je voulais notamment éviter la péridurale, qui allonge le temps de travail et augmente le risque de recours aux forceps, à la ventouse et autres accessoires qui sont autant de sources de souffrances supplémentaires pour le bébé à naître. J’éprouvais le besoin d’être épaulée, soutenue par le médecin qui suivait ma grossesse, mais le fossé allait grandissant entre mes besoins, mes choix, mes convictions et l’attitude de Dr Speed. Son comportement me laissait présager que je serais un simple numéro devant accoucher en X heures, montre en main, avec une évolution du travail conforme aux protocoles établis par des bureaucrates raisonnant en termes de coûts financiers, d’optimisation des ressources et avides de placer le plus d’actes médicaux lucratifs possibles.
Comment Dr Speed pourrait-il prendre le temps de laisser faire la nature le jour de l’accouchement, alors qu’il ne le prenait pas le temps de m’informer durant la grossesse ?? Ma grossesse se déroulait bien mais mon inquiétude allait grandissante et ce que j’allais bientôt découvrir à la maternité n’allait pas arranger mon état…

Conviée à une réunion d’information organisée par la maternité où j’étais censée accoucher (la « Maternité « Usine »») je fus fortement étonnée d’apprendre qu’un lavage intestinal et un rasage étaient systématiquement pratiqués à l’arrivée des futures mamans à la maternité. Pourquoi imposer ces actes générateurs d’un stress supplémentaire à la mère et l’enfant ?? … Il est pourtant reconnu que cela peut avoir un impact négatif !?!

Des recherches un peu plus poussées me permirent d’accéder à des statistiques, certes assez anciennes, sur les actes médicaux pratiqués par diverses maternités du Grand-Duché de Luxembourg : la Maternité « Usine » avait un taux extrêmement élevé de péridurales, épisiotomies, etc.

Malgré cela, durant tous ces mois de grossesse, j’étais restée une patiente de Dr Speed ; je lui avais trouvé des excuses et m’étais (presque) convaincue que tout était normal et qu’aucune explication n’était nécessaire, que Dr Speed savait ce qu’il faisait et que mon inconfort provenait de ma peur de l’inconnu, de la peur de l’accouchement et du fait de devenir mère. C’est vrai, après tout, c’était ma 1ère grossesse, Dr Speed en avait connus pléthore, alors comment pouvais-je me permettre de le juger ? Il était le pro, le savant, j’étais l’inculte, novice dans les accouchements. Pour lui redonner du crédit, je gardais en tête qu’entre 2 portes, à 3 semaines du terme anticipé, il avait rapidement « confirmé » que je pourrais essayer d’accoucher dans la baignoire (ce que je souhaitais) mais il avait rapidement rajouté qu’il ne fallait pas mettre de côté les autres options. Quant à la Maternité Usine, elle aussi semblait laisser les mères (tenter d’) accoucher naturellement…

En fin de grossesse (9ème mois) mon instinct me disait pourtant que si je ne faisais rien, on n’allait pas me soutenir pour accoucher naturellement et qu’au contraire, on m’inciterait à prendre la péridurale et qu’au final, on me « volerait » mon accouchement et que Petit Bout souffrirait plus, ce que je regretterais toute ma vie. Mes amis me disaient que c’était insensé de vouloir accoucher sans péridurale de nos jours, ou que je m’inquiétais sans raison, que j’exagérais. Ils trouvaient mille et une excuses à la Maternité « Usine » et à Dr Speed. J’étais seule face à mes angoisses. Désespérée, j’ai appelé la BabyHotline de l’Initiativ Liewensufank (« IL »). Grand miracle, j’ai trouvé pour la 1ère fois oreille attentive (Ute Rock) et, enfin, on ne me prenait pas pour une folle, au contraire, mes craintes étaient comp-rises !!

Après cet appel, j’ai entrepris de changer de gynécologue et de maternité, mais je me suis rapidement résignée à ne rien faire; ne m’avait-on pas appris à ne pas faire de vague et à obéir?? Pour qui est-ce que je me prenais ?? Je me sentais plus intelligente que les autres, les spécialistes ou quoi ?! Et puis, encore une fois, entre 2 portes, j’avais finalement entendu que je pouvais tenter un « accouchement naturel » mais « qu’il ne fallait pas que je me bloque à toute autre option ». Alors pourquoi changer de médecin et de maternité, et ce aussi tardivement ? Non, j’avais décidé de ne rien faire car changer pour une maternité Amies des Bébés et des Mamans (« MABEMA ») signifiait que je prenais mon accouchement en mains, que je décidais activement d’essayer d’accoucher naturellement, sans péridurale… que je décidais de vivre l’accouchement dont j’avais toujours rêvé mais aussi que je décidais d’avoir mal et d’être celle qui éventuellement implorerait d’avoir une péridurale (car normalement, on ne me l’imposerait pas, là-bas). Ainsi donc, je perdrais le privilège de blâmer les autres, je serais la seule responsable de ma déception. Il est tellement plus facile et doux de blâmer les autres que soi-même… d’être la victime que l’auteur responsable…

Tout s’est bousculé lors d’une visite de contrôle chez Dr Speed le matin-même du terme du jour J: en m’examinant, la sage-femme a remarqué que le liquide amniotique avait diminué. Mr. Speed est arrivé, elle lui a fait part de ses observations, et il lui déclara que « de ce fait, puisqu’on est à terme, il faut déclencher l’accouchement le [J+1] ou [le J+2] au plus tard. Ah, non, pas [le J+2] [à cause d’un impératif personnel]». Il ne s’adressait qu’à la sage-femme. J’étais là, mais je n’existais pas. Il ne m’expliquait rien, ne proposait aucune alternative. J’étais désemparée et sous le choc.

Déclencher l’accouchement signifiait avoir des contractions beaucoup plus douloureuses et donc un risque accru de recours à la péridurale, sinon à la césarienne (j’avais lu que la péridurale pouvait réduire l’effet des contractions et ainsi une césarienne devenait la seule solution pour que le « travail » avance). Mr. Speed est reparti, la sage-femme s’est empressée d’appeler la Maternité Usine qui lui indique que je dois m’y rendre le lendemain, soit à J+1, à 6H30 du matin pour le déclenchement médicalisé … Je n’arrive pas à me contenir et pleure devant cette sage-femme en disant que je ne m’attendais pas à cette annonce brutale et que ça commence mal pour un accouchement naturel. Elle me répond gentiment que Mr. Speed ne fait pas cela contre moi mais pour le bien du bébé car finalement c’est sa santé qui est en danger. Je sors du cabinet en pleure et n’arrive pas à me résoudre à cette décision. Reprenant mes esprits, je réalise que cet argument de la santé du bébé (qui pèse lourd sur une – future – mère) n’est peut-être pas tout à fait vrai parce qu’au début Mr. Speed a dit que ça pouvait attendre J+2 puis il s’est rétracté car il avait un autre impératif – privé. Selon la méthode de calcul française, la grossesse n’était-elle d’ailleurs encore à son terme ? Alors pourquoi déclencher s’il n’y a rien de pathologique ? Pourquoi violenter mon Bébé en le forçant à sortir s’il n’est pas prêt ? Était-ce trop demander d’attendre au moins un jour de plus pour laisser une chance supplémentaire à Dame Nature ?

Je suis au pied du mur : si je ne veux pas qu’on me vole mon accouchement et qu’on violente Bébé, je dois agir. Si je ne fais rien, je me sentirai misérable et m’en voudrai toute ma vie.

J’appelle donc la MABEMA et explique la situation à la personne que j’ai au bout du fil, C., une sage-femme extrêmement professionnelle et humaine. Elle me trouve un rdv d’urgence pour un 2ème avis médical avec un gynécologue (« Dr Force Tranquille »). Elle me donne par ailleurs un rdv à la MABEMA dans l’après-midi pour constituer un « dossier maternité ». Je commence à retrouver espoir. Je rencontre Dr Force Tranquille; il décide que le déclenchement n’est, pour le moment, pas requis. Il décide aussi de me suivre quotidiennement par un CTG. Je suis rassurée, c’est ce qu’on pouvait me proposer de mieux ; Attendre mais faire un suivi renforcé pour que je reste sereine. C’est décidé, j’accoucherai à la MABEMA ! Chéri me laisse faire, même si je crois qu’il me prend un peu pour une folle, de changer de maternité au dernier moment.

Enfin, à J+7 (donc juste à terme selon la méthode de calcul française !) de petites contractions, qui deviennent rapidement régulières, se font sentir. Quelle réelle joie! Seule à la maison, je marche un peu pour calmer la douleur. Au bout d’1h30 je prends un bain ; les contractions ne passent pas, c’est confirmé, c’est pour ce soir ! Je suis heureuse. En attendant l’arrivée de Chéri, je suis mon instinct et je me berce à quatre pattes par terre pour réduire la douleur ou mieux la supporter. Je me motive en pensant que calme et repos suivent tempête et douleur de chaque contraction. Au bout de 2h, Chéri arrive du travail, l’émotion se lit dans son regard mais il ne perd pas son sang-froid et vérifie qu’on a bien tout ce dont on a besoin pour la maternité (la valise est prête depuis belle lurette). Il me laisse donner le « go » pour le départ direction la maternité, qui se trouve à 15 minutes de chez nous. Lors de notre arrivée à MABEMA (3 heures après le début des contractions), j’ai la joie de retrouver la fameuse C., qui est de garde ce soir-là. Ma bonne étoile brille. J’ai rapidement été invitée à m’installer dans la baignoire, conformément à notre projet de naissance (qui avait été lu !). Les contractions s’adoucissent un moment par l’effet de l’eau… puis elles s’intensifient de nouveau, mais elles sont toujours suivies d’une période de calme. Je me demande comment font toutes ces femmes qui accouchent sans péridurale. Quelle heure est-il ? Depuis combien de temps suis-je dans cette baignoire ? Est-ce que la nuit est tombée ? J’ai envie de vomir et j’ai soif, très soif. Chéri me donne de l’eau. J’ai mal… de plus en plus mal, alors finalement, je me résigne à la demander, cette fameuse péridurale dont je ne voulais pas… La sage-femme et Chéri me confortent et m’encouragent sans répondre à ma requête, certes émise timidement. J’ai l’impression de « sortir » de moi, de « partir ». Je n’ai plus de notion de temps. Je redemande la péridurale « plus tard », sans grande conviction et on me dit que dans dix minutes le col sera complètement dilaté et que la douleur diminuera. Dix minutes ? Allez, c’est possible de tenir ! Alors je tiens bon, toujours grandement soutenue par Chéri et la sage-femme.

Sans me donner la raison, la sage-femme me suggère de rompre la poche des eaux alors que le travail avance bien. Je ne comprends pas pourquoi, notre projet de naissance indiquait pourtant que je ne voulais pas de cet acte. Je suis dans un état second, je n’ai pas la force de réfléchir, ni de contester, ni de lutter contre cette proposition/décision. Je communique seulement mes craintes d’une douleur plus aiguë après cette rupture, mais la sage-femme le fait quand même. Je l’ai laissé faire … La phase d’expulsion commence, mon corps fait un spasme incontrôlable pour aider Petit Bout à sortir … puis plus rien, juste de « petites contractions ». Je ne comprends pas. Apparemment je serais en train de m’affaiblir, alors la sage-femme et Dr Force Tranquille me suggèrent de faire le reste du travail sur la « table normal » en position gynécologique. Je n’arrive pas à réfléchir ni même à discuter, je suis dans un état second (mais je ne perdrai jamais conscience) … Le projet de naissance indiquait pourtant de me proposer des positions aidant la sortie du bébé…. Là encore, je n’ai pas la force ni même l’idée de réagir … Alors je m’allonge, comme ils me le demandent, sur le dos. Il faut que je pousse mais apparemment je ne le fais pas correctement … Les contractions n’expulsent pas bébé du ventre, et la sage-femme pousse elle-même sur mon ventre pour sortir le bébé. La douleur des contractions semble avoir diminué, et ses gestes ne me font pas mal. Pourtant ces gestes me dérangent, d’ailleurs là encore, notre projet de naissance indiquait qu’on ne les souhaitait pas. Peut-être qu’ils ont été pratiqués pour de bonnes raisons, on ne me le dira jamais…. La tête de Petit Bout commence à se voir, mais le travail est apparemment lent. J’ai peur de la déchirure et cela me bloque. Dr Force Tranquille décide finalement de faire une épisiotomie. Là non plus, je n’ai pas lutté contre …

A notre grand bonheur, notre Petit Bout est arrivé dans ce monde sans péridurale et en douceur, en moins de 10 heures.

Trop de choses se bousculaient dans ma tête juste après son arrivée. C’est un miracle de voir ce petit être sortir de son corps. Je n’ai pas pu en dormir de la nuit. J’ai déposé Petit Bout à côté de moi, dans le lit, et l’ai observé toute la nuit durant. Chéri est resté à nos côtés, sur un lit d’appoint. Quel bonheur d’être enfin réunis tous les trois … Je n’ai pas eu de coup de foudre pour mon bébé, contrairement à ce qu’on peut lire dans des magazines, mais l’amour que je lui porte est indescriptible et n’a cessé de grandir depuis qu’il est entré dans ma vie.

Notre projet de naissance n’a pas été (pu être ?) respecté à la lettre et je regretterai certainement longtemps que la poche des eaux ait été rompue par la sage-femme (on ne m’a pas donné la raison de cette intervention). Je regretterai aussi longtemps d’avoir été mise en position gynécologique, et pas en position latérale ou à quatre pattes, où l’expulsion est plus facile. Ces dernières positions auraient peut-être évité l’épisiotomie qui a facilité l’arrivée de Petit Bout mais qui a aussi réduit les sensations de son passage … mais je venais de tellement loin … J’ai eu la chance d’avoir un accouchement rapide et c’est certainement cela qui m’a aidé à « coopérer » avec la douleur et à ne pas recourir à la péridurale. J’ai aussi eu la chance de croiser les bonnes personnes au bon moment et d’avoir eu les encouragements qu’il me fallait aux moments-clefs.

Le plus important dans tout cela, ce n’est pas d’avoir réussi à accoucher sans péridurale mais c’est de m’être sentie, au dernier moment, soutenue dans ma démarche et dans mes choix, d’avoir été rassurée et entendue … Les femmes doivent aujourd’hui se battre pour gagner le droit à un accouchement naturel. Il semble pourtant que c’est une question de bon sens !

La course au rendement (ou un brin de misogynie dans le monde médical?) rabaisse et ne respecte pas les femmes en ne leur permettant pas de se faire confiance et de faire confiance au pouvoir et à la force que Dame Nature leur a donné…

Quand est-ce que les femmes seront mises en confiance et rassurées quant à leur capacité à enfanter sans aide médicale, lorsqu’elles le souhaitent et bien sûr lorsque la grossesse le permet? A quand les maisons de naissance à Luxembourg ?!

Je fais ce témoignage dans le simple espoir que d’autres femmes s’y reconnaîtront et qu’il contribuera à leur donner la force de s’imposer raisonnablement devant la blouse blanche et de se faire confiance… Je remercie l’IL, Ute Rock, C. et Dr Force Tranquille de nous avoir accompagné dans cette belle aventure, ainsi que ma sœurette, qui est un peu mon ange gardien ! Et surtout, je remercie mon Chéri, qui est le port dans lequel je trouve chaque jour calme et bonheur.

– DoudouDiwana

PS : J’ai beaucoup réfléchi et relu les témoignages de votre site. Voici le texte un peu modifié et finalement, j’aimerai le voir classer dans respecté, car sans l’intervention du 2ème gynécologue (qui a accepté de ne pas déclencher et de faire le travail dans l’eau) j’aurai été l’objet d’une vraie boucherie …

#217 Anonyme

3 Mar

Je sens des contractions depuis la matinée. Je décide donc de rester allongée pour éviter que la poche des eaux ne se rompe ou que le travail ne s’accélère et de risquer ainsi d’accoucher avant qu’Olivier ne rentre.

Vers 19 heures les contractions commencent à être très rapprochées (toutes les deux minutes).

♡ Câlin ♡ vers 23H30 (hé oui la date prévue d’accouchement c’est dans 30 min, il est temps qu’il arrive là non???).

Les contractions sont toujours là et très rapprochées mais non douloureuses et c’est vers 2H00 du matin que je décide de prendre une douche et de me tenir prête au cas où.

Pendant qu’Olivier dort je peaufine mon sac de maternité, je m’assois sur le ballon et fait des exercices pour aider bébé à descendre …

Vers 3H30 je décide de réveiller Olivier pour aller à la maternité car, même si les contractions s’espacent de plus en plus, elles sont de plus en plus intenses.

C’est à 4H00 que nous arrivons au service de la maternité et que je suis prise en charge par une sage-femme.

Je lui explique la situation et lui dit que je me présente plus poussée par l’envie de savoir si bébé va bien (il vient de se farcir une journée de contractions non-stop mine de rien), que pour de réelles douleurs, car les contractions sont clairement supportables.

Elle examine mon col et m’annonce que je ne suis pas venue pour rien car il est ouvert à 4 cm. Elle me demande si je souhaite la péridurale et je lui répond non, je préfère la garder en option et aller au bout de mes limites! Elle roule des yeux avec un air qui semble dire « encore une qui veut faire la maligne et qui va nous supplier de la piquer dès la première contraction douloureuse ».

elle me confie à une autre sage-femme qui me réexamine (aïe !! tssss Elles se font confiance c’est fou…elle venait juste de le faire l’autre !!!) et m’annonce, « ô surprise!!! », que je suis à 4 cm !

Celle-ci me demande si je veux la péridurale (impression de déjà vu…) je lui réponds comme à la première et elle réagit pareil dis donc!!! …

—Je sens d’ores et déjà que ça va être difficile, je place mes espoirs sur Olivier et j’espère compter sur lui pour me soutenir dans ce choix car clairement, la sage-femme ne le fera pas—

Je sais que je dois rester aimable et souriante malgré le froid que j’ai ressenti avec mon désir de faire sans péridurale ; mon accouchement dépendra d’elle à présent et il vaut mieux que je ne lui donne pas envie de me le pourrir.

Elle me dit de m’allonger pour poser le monitoring et je lui demande alors s’il est possible d’être un peu libre de mes mouvements comme marcher et profiter d’un ballon pour aider au travail. Elle me répond que non, avec l’appareil, elle préfère que je reste allongée. je m’exécute avec le sourire (après tout je n’ai pas mal donc je n’ai, dans le principe, rien contre).

Nous attendons ainsi Olivier et moi fixant le monitoring dès que mon ventre se contracte et écoutant le cœur du bébé.

Les contractions continuent mais elles sont espacées de plus de dix minutes ce qui n’est pas assez rapide d’après la sage-femme. Elle décide donc à présent de me laisser bouger et me propose un ballon, j’accepte toute contente et l’en remercie. (quand ça l’arrange, là, par contre ça ne pose pas de problèmes que je bouge en étant reliée au monito … bref, passons, le principal est que je puisse participer un peu à la progression du col).

Quelques contractions plus tard la sage-femme me dit que ce n’est pas encore assez rapide, de plus, le col n’a évolué que d’un tout petit cm donc, si j’accepte, elle peut me rompre la poche des eaux pour accélérer le mouvement.

Je refuse gentiment en expliquant que je ne voulais pas souffrir plus et plus tôt que nécessaire. Elle me propose donc de m’injecter de l’ocytocine par perfusion ce que j’accepte puisque les contractions ne me font pas mal et que quelque part j’ai envie d’être bonne élève et conciliante. Il s’agissait quand même de faire en sorte qu’elle et moi ça colle (je veux qu’elle me donne le meilleur d’elle-même)!

Quelques contractions plus tard le col n’est qu’à 6… « Vous êtes sûre que vous ne voulez pas la péridurale? Ça n’est pas assez rapide, ça serait bien qu’on rompt la poche des eaux » elle augmente la dose d’ocytocine.

« Non, non, je ne souhaite pas qu’on la rompe » je m’excuse d’insister mais je ne veux pas avoir mal alors que là tout va bien pour moi.

—Je commence à me dire que j’ai fait une belle connerie de venir si tôt à la maternité, si ça se trouve j’aurai pu passer la nuit tranquille chez moi et mon chéri aurait pu faire sa nuit tout aussi tranquille.—

Vers 6h (je crois) mon gynécologue se présente, il me sert la main ainsi qu’à Olivier. À ce moment là, je vais toujours bien, je n’ai toujours pas mal et il repart.

Quelques contractions plus tard la sage-femme revient et elle examine encore mon col. Là elle me fait très mal « vous êtes à plus de 7 cm » et je sens qu’elle cherche quelque chose… Tout à coup comprenant ce qu’elle était en train de faire, je la regarde et lui dit « vous avez rompu la poche là !? » elle me dit oui et à ce moment là je sens un liquide chaud qui s’écoule en même temps que sa main se retire …

Une tristesse mêlée de rage me prend au ventre et me remonte à la gorge, je me sens trahie, les yeux me piquent et c’est à présent de là qu’un liquide chaud s’écoule. Je n’ai pas envie qu’elle me voit pleurer (ça serait lui faire trop d’honneur), alors je plaque ma tête sur le côté en fixant Olivier qui lui, semble désolé pour moi.

A présent je n’ai plus envie d’être gentille et conciliante j’ai envie de l’insulter et la traiter de co…… de sale p… mais je suis bien trop polie. Elle repart en me laissant avec ma colère, mes larmes, ma fatigue et surtout avec la peur de la douleur imminente à devoir gérer.

Les contractions commencent à me faire mal, je serre la main d’Olivier…. J’essaie de respirer mais ça marche QUE DALLE!!! Olivier m’appuie dans le creux du dos dès que les contractions se pointent parce que je l’avais briefé là-dessus quelques semaines avant. Je ne pense pas que ça soulage vraiment la contraction mais ça fait diversion sur une autre douleur.

Dire que mon col travaillait sans me faire mal peu de temps avant l’examen !! Chaque contraction est un combat, une épreuve à part entière ! Il n’est pas question de dire « c’est bon t’es pas à une ou deux contractions près !!! »…. Quelle salo… cette sage-femme …. je la déteste!!

La vilaine femme refait apparition en me demandant si ça allait toujours et si je n’avais toujours pas besoin de péridurale.

Je ne me retourne pas, j’ai toujours le visage tourné vers Olivier et c’est les dents serrées et les yeux en larme (cette fois-ci aussi un peu à cause de la douleur … J’avoue) que je lui dis de la façon la plus sèche qui soit « oui tout va bien… » alors que je souffre comme un chien!! Mais c’était décidé! Sa péridurale elle se la mettrait bien profond!!! Je ne lâcherai pas!

Elle revient un peu plus tard m’examiner mais attend que la contraction passe pour le faire car j’ai trop mal pour changer de position. Après examen elle me dit que c’est bientôt fini et que dans un quart d’heure le bébé sera dans mes bras. Elle repart et je regarde l’horloge qui affiche 7H et quelques.

J’ai mal, très mal, la vilaine femme revient rapidement et je lui dis que je sens devoir pousser ; elle va chercher immédiatement le gynécologue.

Là, tout va très vite; on me met en position, le gynéco est assis face à la zone où toute l’action va se dérouler (no stress, il ne lui manque plus que le café et la clope). Il regarde et attend, la tête légèrement inclinée sur le côté.

Je me sens un peu conne, j’ai peur de ne pas faire ça correctement et ne sais plus quand je dois pousser ou pas. Le cours de prépa est flou dans ma tête! Je regarde la vilaine femme ainsi que mon obstétricien postés devant mes jambes écartées et je sens qu’on attend après moi. Tout dépendra de moi et j’ai tout à coup un gros doute … (Impossible que j’y arrive!!! Mais quelle belle connerie d’avoir zappé cette péridurale !!).

Une contraction arrive, j’ai mal « aidez-moi… dites-moi quand je dois pousser !!!… je ne sais pas … je pousse dès le début ??…au milieu? » et là, la vilaine femme me répond « dès que vous sentez la contraction vous poussez ».

Je commence à pousser sur cette contraction déjà bien entamée dont je sais que j’ai foiré le début mais je me rattraperai sur les prochaines.

Je pousse sur la suivante, ça fait horriblement mal et, plus que de porter mon bébé dans les bras, à ce moment-là j’ai surtout envie de ne plus souffrir et d’en finir (Mais quand est-ce qu’il vont la voir cette fichue tête!!!???). La sage femme m’encourage (enfin!! Ce n’est pas trop tôt !! ) « Vous vous débrouillez très bien!! C’est bien, poussez!!! »

—Bon je pense qu’on aura compris que tant que je n’ai pas sorti le gamin, la douleur sera juste insupportable et le répit entre les contractions à ce moment-là on n’y compte même pas, il n’existe pas!!!—

Ça y est ils la voient !!! Ils voient la tête!! Enfin!! Mais je ne peux pas pousser de toutes mes forces !!! Impossible ! ça ne sortira pas sans dégâts vue la douleur que ça produit au niveau de la vulve ! « je sens que ça me brûle , et que ça va se déchirer là ». La vilaine femme et le gynéco me disent de continuer à pousser quand même!! (S’en foutent ce n’est pas de leur vagin dont il est question là)

Je continue mes efforts, et là ça y est, victoire!! La TÊTE est sortie!! Je me dis que le plus gros est fait (C’est ce que tout le monde dit, après tout… ?) MAIS QUE DALLE !!!! Il y a encore LE RESTE DU CORPS à sortir et à pousser et à sentir PASSER!!!

Je vois mon bébé enfin!!! Il est beau! On me le donne de suite de peau à peau ! On me l’avait toujours refusé auparavant et là, sans que je ne le demande, on me le donne. Je l’ai senti tout chaud contre ma peau, je l’ai embrassé en l’effleurant du bout des lèvres, il sentait si bon… Je l’ai caressé du bout des doigts, la texture de sa peau était encore toute bizarre et marquée par son milieu aquatique. Je l’ai gardé longtemps contre moi et c’était magique. Je n’avais qu’un but, son bien-être, et tout ce qui comptait à ce moment-là c’est qu’il ait assez chaud et qu’il se sente bien contre moi. La douleur qui persistait au niveau du bas était devenue secondaire…

C’est avec sa diplomatie légendaire qu’Olivier me demanda quelques minutes plus tard «alors? Ça a vraiment servi à quelque chose que tu souffres comme ça ?!»

J’aurais aimé un « c’est bien ma chérie, je suis fier de toi!!! Tu es ma petite guerrière !! » (C’est un fan de Lara Croft !!) Mais non ! Ces hommes… zéro tact !

Ma conclusion : vraiment dommage cette course contre la montre qu’on nous impose une fois qu’on met les pieds à la maternité. Il est clair qu’elle voulait en finir avant que l’équipe de jour prenne la relève, je suis loin d’être dupe. Ma demande n’avait rien d’extravagant pourtant, je voulais juste accoucher sans péridurale et souffrir (parce que c’est un peu dans le contrat malheureusement) que ce qui est nécessaire (ce qui est largement assez !!). Elle accouche des femmes plusieurs fois par jour (et depuis des années d’après son âge en apparence), c’est un peu le train-train pour elle. Mais ce n’est pas mon cas ! J’arrive avec mon ventre, mes contractions, ma confiance et je m’apprête à vivre un des plus beaux jours de ma vie …

Niveau épisiotomie ? Quelle épisio ? Je crois que finalement je ne connaîtrai jamais ce que c’est ! Et là par contre je ne demande pas à savoir, ma curiosité a ses limites !! Je n’ai pas de déchirures, pas de points … rien du tout !

Le docteur aussi a fait sa conclusion « un accouchement des plus softs ! »

Un regret ? Un seul ! Celui d’avoir accepté l’Ocytocine car je pense que c’est ce qui a fini par fatiguer mon bébé. Mais voilà, je ne suis pas médecin, je ne savais pas… Par contre c’est vrai que j’aurais pu réfléchir un peu avant d’accepter bêtement car avec le recul je me dis que c’était logique.

Une question réside tout de même : Si elle ne m’avait pas énervé cette sage-femme ? Est-ce qu’aujourd’hui je pourrais dire « j’ai accouché sans péridurale » ? Avec mon caractère de cochon, ça reste à voir …

#216 Céline, à Bordeaux en 2011

3 Mar

Notre deuxième princesse était prévue pour le 29 octobre 2011…

La grossesse n’a pas été simple, bien différente de celle de sa sœur, dès le début j’ai été fatiguée, moins d’entrain que pour sa soeur, peut être justement parce que je n’avais pas le temps de me centrer sur moi même…

Les soucis ont commencé avec la 1ère échographie où devant petit papa, la radiologue annonce une date largement différente à la présumée date de fécondation calculée part la gynécologue, date où rien n’avait pu se produire, travaillant de nuit, j’étais sure de la date de conception… je n’imagine pas si petit papa avait été jaloux ou suspicieux, ce que cette réflexion aurait pu déclencher…

La radiologue n’a jamais voulu entendre que bébé aurait pu être plus gros, pour elle, il s’agissait forcément d’une grossesse plus avancée…

A la seconde échographie, la nouvelle tombe, bébé est en plateau, elle ne grandit pas et ne grossit pas correctement, vague d’angoisse, que se passe-t-il ?? « vous verrez avec votre gyneco » a-t-on eu comme simple réponse.
Heureusement, ma gynécologue me prenait en urgence et m’arrêtait pour que je me repose.
Un peu frustrée, car le 1er trimestre terminé, je me sentais plutôt bien mais non, il allait falloir que je fasse du canapé, sans ménage, sans monter excessivement les escaliers afin que bébé reprenne du poil de la bête et remonte dans les courbes.

Je serais suivie plus attentivement jusqu’à la 3ème échographie où la même radiologue m’annonce que bébé est revenu dans les courbes et qu’elle sera un bébé de petit poids.

De nouveau, je choisis d’être suivi le reste de ma grossesse par une sage-femme libérale très chaleureuse et à l’écoute sans examen nécessaire, sauf si je le demande et fait de l’haptonomie en préparation.

J’aurais aimé un accouchement à domicile mais petit papa n’était pas pour et avait tellement peur que quelque chose se passe mal que je ne le lui ai pas imposé, donc nous avons choisi que la naissance se passe dans la même maternité que pour notre 1ère puce (on s’en félicitera par la suite).

J’ai beaucoup parlé à bébé, organisé la garde de la grande afin qu’elle ne soit pas présente au moment du début du travail pour ne pas avoir à la réveiller si cela se passait pendant la nuit… donc une fois la grande partie, j’ai dit à bébé qu’elle pouvait venir quand elle le souhaitait…

Le 26 octobre 2011, après un bon resto et un bon ciné où j’ai peu suivi le film car je sentais que quelque chose se préparait, nous nous sommes endormis sereinement.

03h45 : cela fait déjà 2h que j’ai des contractions qui vont et qui viennent, qui m’empêchent de trouver une position correcte, je somnole, m’endort, me réveille quand après un ultime retournement sur le côté, je sens un liquide chaud qui coule entre mes jambes… je me rends aux toilettes, je perds les eaux, c’est sûr…
Je réveille doucement petit papa, qui a du mal à émerger et pendant ce temps je prends une douche, prépare tranquillement mes affaires… mais ne tarde pas trop à partir car tout au long de ma grossesse, les soignants m’ont répété des dizaines de fois de ne pas trop attendre car ayant eu un 1er accouchement en moins de 5 heures, le second allait être plus rapide encore.

04h15 : Nous arrivons à la maternité, joyeux et impatients, bien résolus à ne pas prendre la péridurale et laisser faire et accompagner bébé une fois de plus… nous avions de nouveau de la musique, nous étions en condition.
Accueil par une sage-femme de nuit très désagréable et froide, qui soufflait en nous demandons ce que nous voulions « eeuuhhh accoucher ?? » « Vous êtes sure que vous avez perdus les eaux, que vous avez des contractions ?? » « euhhhh oui je n’en suis pas à mon 1er »… « Et vous êtes suivies par qui ?? » « euhhh une sage-femme libérale » « et personne de l’hôpital et vous vous présentez comme ça pour accoucher sans suivi ?? » « et bien je suis quand même suivie, mais en libéral » et ça par conseil d’une sage-femme de l’hôpital car il n’y avait plus de sage-femme dispo, il ne restait que des gynécologues et je n’en voulais pas !!

Elle nous installe dans une salle d’examen, je comprends plus tard qu’elle est peut être plus inquiète qu’agacée car se trouve dans la salle d’à côté une jeune femme en plein travail mais à seulement 5 mois de grossesse !!! :/

04h30 : Elle m’installe un monitoring, et vient m’ausculter sans un mot… ses mains sont froides, et je sens qu’elle ne fait pas que regarder mon col, elle va nettement plus loin et c’est douloureux, je comprend alors que j’ai seulement fissuré la poche des eaux et que sa manœuvre consiste à la rompre totalement, elle ne m’a rien dit !!!!

Au moment où elle retire sa main, elle blêmit, appelle sa collègue qui tarde à venir, lui hurle de venir avec le téléphone et d’appeler le bloc en urgence, elle ne nous dit toujours rien, je comprends que quelque chose ne tourne pas rond, je n’ose pas poser de question sur le moment… Petit papa est pétrifié à côté de moi sur une chaise, mes affaires sur les genoux.

Sa collègue arrive et elle lui dit qu’elle a le cordon entre les mains… bien documentée sur le sujet, je sais ce que cela signifie, en dehors du liquide amniotique, en quelques minutes à 1/2 heure, le cordon va cesser de battre, c’est une urgence vitale, j’apprendrai plus tard que j’ai fait une procidence du cordon.
Moi qui voulait que le cordon soit coupé que lorsqu’il cesserait de battre, j’espère fortement qu’il batte le plus longtemps possible.

04h45 : On joue un remake d’URGENCES, voilà la sage-femme à cheval sur le brancard, moi les jambes écartées, sa main dans mon vagin empêchant le cordon de sortir un peu plus et bébé de s’engager, l’aide-soignante pousse le brancard à vive allure, et je vois petit papa tout blanc courant devant nous et ouvrant toutes les portes sous les directives de la sage-femme..

Une équipe nous attend, l’interne de chirurgie est là, une autre sage-femme, plusieurs infirmières, plusieurs aide-soignantes, je compte 10 personnes au total, la sage-femme sur le brancard, cède sa place à une autre sage-femme qui essaiera de refouler le cordon puis c’est autour du chirurgien, tous veulent éviter la césarienne, ils me font mal, tous s’excusent et l’interne finira pas me demander si j’ai compris ce qui se passe et quelle va être l’issue…
Pendant que certains s’affairent entre mes jambes, on me déshabille, on me perfuse, on me retire ce qu’ils peuvent de mes bijoux, je suis entre deux portes du couloir à la vue de tous, pas le temps de me mettre dans une salle et j’avoue que déjà que je ne suis pas pudique, c’est le dernier de mes soucis, j’ai hâte que ma fille soit née et que je sois sûre qu’elle aille bien.

Pas le temps de pratiquer une préparation à la chirurgie, pas de dépilation, toujours le piercing au nombril, ça urge visiblement, je pense que mon cœur bat à 100 à l’heure et d’une voix blanche, je m’entend leur dire « sortez la vite » car je ne la sens plus bouger depuis un moment..

04h55 : Je part pour le bloc, je ne vois plus mon mari, quand je passe dans le couloir, j’entends une voix qui demande à petit papa s’il se sent bien, s’il veut un jus de fruit, je tourne la tête et je le vois assis par terre, blanc comme un linge, dernière image que je verrais.

Dans le bloc, on me transfère sur une table froide, on me demande de respirer dans un masque, je sens une pression sur mon ventre et une voix de l’anesthésiste qui demande d’attendre que je ne suis pas encore endormie et trou noir.

Ema est née à 05h03, un peu sonnée par l’anesthésie et un petit déficit en oxygène, elle passera 1h de peau à peau avec son petit papa.

06h00 : Une voix lointaine et douce me parle, me dit de me réveiller, j’ai du mal à revenir, j’ai mal partout… j’entends que l’on me parle de ma princesse, qu’elle est belle, en parfaite santé, qu’elle n’attends que moi… on me demande si je veux l’allaiter ou si on lui donne un biberon car elle pleure de faim et ça fait tilt, les premiers mots que je peux dire c’est allaiter, allaiter, allaiter puis la douleur m’envahit, j’ai une barre sur le ventre… On me soulage enfin avec un peu de morphine, je me sens mieux…

Je me suis endormie pleine, je me réveille vide, vide de sa présence, vide de ce bébé qui bouge, j’ai hâte de la voir, de la tenir, de la sentir et enfin voilà petit papa et ma pucette qui arrivent, je la met au sein, elle est déjà goulue…

Les infirmières en salle de réveil sont supers, attentionnées, chaleureuses, à l’écoute, elles ne cessent de me dire à quel point elle est belle et que j’ai été courageuse.

Les suites de la césarienne ont été horrible, je ne digère pas cette naissance à laquelle je n’ai pas assisté, j’ai mal supporté ce séjour en maternité, même si les soignants ont été présents et pleins d’empathie… j’ai l’impression que ce j’ai vécu a été banalisé, et je déteste cette phrase « Vous et bébé allez bien, c’est le principal »…

Comme si ce que j’avais vécu n’avait aucune importance, comme si bébé n’avait pas risqué sa vie, comme si ça arrivait tous les jours.

Ema a aujourd’hui 16 mois et j’ai toujours les larmes qui me viennent quand je pense à ce moment passé…

Pour cela, je pense que je n’aurais pas d’autres enfants, j’ai tellement eu peur de la perdre !!

ema

#122 Premier accouchement – Picardie – 2011

18 Fév

Après (presque) neuf mois passés au chaud dans mon ventre, ma fille a décidé qu’il était temps de sortir et de découvrir le monde, à la fin mars 2011. Bébé de printemps. Soleil de ma vie. Ca n’a pourtant pas été une jolie journée. Aujourd’hui, je sépare le fait d’avoir accouché (ou plutôt, de m’être fait accoucher) et la naissance de ma fille. L’accouchement est un mauvais souvenir, la naissance de mon bébé restera un merveilleux souvenir.

Simple contrôle ?

Avec Chéri, nous allons, dimanche 20 mars à 14 heures, à la maternité pour un énième rendez-vous de contrôle (pour le niveau de liquide amniotique). Mon terme est au 28 mars, il reste encore huit jours à tenir ce rythme de consultations de contrôle tous les deux ou trois jours … mais je prends sur moi, c’est pour le bien de mon bébé, me dis-je. Il faut dire que pour être sûrs que je vienne, on m’a parlé de Mort foetale in utero (MFIU) Car malgré cinq gynécos qui n’ont jamais rien trouvé de suspect, celui qui me suivait et se permettait de faire des remarques sur la taille de mes fesses ou la fermeté de mes seins avait cru déceler un souci. Avec tout ça, je suis inquiète depuis mon réveil.

En arrivant, je signale à l’aide-soignante puis à l’interne de gynécologie (les sages-femmes sont débordées en salles de naissance) que mon bébé semble ne plus bouger depuis la veille et que c’est un peu inquiétant pour nous. Alors que l’aide-soignante prenait ça à la légère, l’interne remarque que le monitoring n’a effectivement révélé aucun mouvement actif, même si le cœur est très bien. Elle fait l’échographie, stimule Bébé dans tous les sens mais toujours pas de réponse. Le doppler est bon, le placenta n’a pas l’air en mauvais état pour le terme, elle ne comprend pas. Elle dit tout ça dans sa barbe mais j’entends bien qu’elle se pose des questions. Sans un mot en notre direction (faut pas déconner, on est juste les futurs parents), elle part chercher sa titulaire.

La gynécologue en chef arrive alors pour faire une deuxième échographie. Sans répondre à mon « bonjour » (je ne suis même pas sûre qu’elle a vu que Chéri est assis sur la chaise, en face). Elle stimule, n’obtient pas de réponse. Elle sort avec l’interne pour discuter dans le couloir. Sans un mot pour nous. Sans même me dire si je peux remonter mon pantalon et me lever. Je réalise que je ne connais même pas son nom, mais ce n’est pas ce qui me préoccupe le plus à ce moment-là. Bébé ne bouge toujours pas. L’ambiance est tendue et ni Chéri ni moi n’osons engager la conversation. Nous sommes tous les deux suspendus à la porte de cette petite pièce froide, qui devrait laisser entrer quelqu’un pour nous donner des explications. Non ? Le bureau vide, la table d’examen pas confortable, l’écran sur lequel figure la dernière image prise par l’échographie. Rien ne nous donne une quelconque explication, n’est-ce pas.

De longues minutes s’écoulent (combien ?) et c’est une sage-femme qui entre. Elle s’appelle L. Enfin quelqu’un qui a une identité dans ce service ! Elle me demande de me déshabiller, elle veut m’examiner. La gynécologue est entrée mais restée sur le pas de la porte. Je dois lui faire peur. L. m’examine donc, je me sens très mal à l’aise car la configuration fait que Chéri est assis juste derrière elle, la voyant donc m’enfoncer ses doigts dans le vagin. Mais le pire, c’est que la sensation est étrange par rapport à d’habitude. Disons qu’avec un toucher vaginal tous les trois jours depuis trois semaines (et un tous les mois depuis presque neuf mois), je commence à avoir l’habitude, et là c’est différent. J’ai mal, je lui dis, elle m’explique qu’elle a « bientôt fini ». Elle me fait vraiment mal. Et puis elle sort ses doigts d’un coup, regarde la gynécologue et lance : « Oh, elle a rompu ! » Sur le coup, je ne comprends même pas ce qu’elle dit (j’ai les pattes dans les étriers, je ne sens pas le liquide couler entre mes jambes), mais ce n’est pas si grave vu qu’elle ne s’adresse pas à moi.

Hospitalisation

« Vous ne repartez pas, la poche des eaux est rompue. » L’annonce est un peu brutale. En plus, il est 16 heures, j’ai faim, je n’ai rien mangé depuis le petit déjeuner car j’étais inquiète pour mon bébé, alors je rêve de repartir et de m’enfiler un pain au chocolat. L. nous indique la salle de pré-travail juste en face, pour refaire un monitoring. La gynécologue s’en va sans un mot.

Et là, je me sens mal, je ne supporte pas l’idée d’être hospitalisée. Je sens la crise de panique m’envahir, je fais appel à ma respiration yoga pour la contrer. L. m’installe le monitoring, Bébé se met enfin à bouger, elle sort en nous disant qu’elle va réserver une chambre individuelle (mon dossier stipule que je veux une chambre individuelle). Elle revient avec un bracelet d’identification pour moi et un papier pour noter les prénoms choisis pour Bébé, qu’il soit fille ou garçon. On lui précise qu’on a choisi de donner nos deux noms de famille à nos enfants, elle le note aussi. On a fait une reconnaissance anticipée (on se marie en août), ça évitera les erreurs dans l’orthographe de nos noms. Elle recopie scrupuleusement. Elle ne me demande pas comment je vais. Elle n’a pas un regard pour Chéri.

Quelques contractions apparaissent sur le monitoring, mais elles sont faibles. L. m’apprend que mon col est ouvert à « un doigt et demi des deux côtés », qu’elle a « tenté un décollement des membranes à la demande de la gynécologue » histoire de provoquer le sort car il avait été décidé que je serais « déclenchée demain à 8h30 ». Sympa de m’avoir prévenue. Je pensais même qu’il fallait mon accord pour un décollement ? Les membranes étant maintenant rompues, j’ai donc jusqu’à 8h30 le lendemain matin pour entrer en travail si je veux échapper au déclenchement. Je suis saisie à ce moment-là d’une angoisse terrible et je me mets la pression toute seule. L., elle, a de toute façon autre chose à faire que me rassurer, m’écouter, rester avec nous. Elle a déjà disparu dans le couloir qui mène aux salles de naissance.

Après le monitoring, une aide-soignante vient nous chercher pour nous conduire à la chambre qui m’est réservée. La chambre 19, juste en face du bureau infirmier. C’est une chambre bleue (il y a aussi des roses et des jaunes). Salle de douche privative avec toilettes, un lit, un fauteuil, une petite table et une chaise, un plan à langer muni d’une baignoire pour bébé. Le grand confort ! « Par contre, vous ne pouvez pas avoir la télé avant demain, vu qu’on est dimanche… » regrette l’aide-soignante. Sauf que là, j’ai tellement peur de ne pas entrer en travail que je me fiche royalement de ne pas pouvoir regarder Les Experts.

Il est 18h30, je n’ai rien avalé depuis le petit déjeuner ce matin et on me donne un plateau-repas digne d’un service de pédiatrie : pas d’entrée, de la purée et une tranche de jambon, un yaourt nature sans sucre, une pomme. « Il ne faut pas que vous mangiez trop, si jamais vous accouchez cette nuit ! » Mais bordel j’ai FAIM ! Je suis à jeun depuis longtemps là. J’avale le plateau-repas déjà froid, puis je décide d’aller dévaliser le distributeur de cochonneries situé au bout du couloir. Twix, Snickers, Kinder Bueno, barres de céréales en tout genre, je dépense une fortune mais je m’en fous : j’ai faim !

A 22h30, je suis convoquée au bloc obstétrical pour un nouveau monitoring. Bien sûr, j’ai pour consigne d’y retourner avant si le liquide amniotique se colore ou si je perds vraiment beaucoup de sang. Ou si le travail débute. Mais rien. Donc à 22h30, après avoir parcouru des kilomètres à pied dans le couloir en suppliant mon corps de se mettre en travail, Chéri et moi sommes de retour en salle de pré-travail. La sage-femme de nuit ne nous offre qu’un vague « Bonsoir », m’installe et repart. Elle a visiblement du travail par-dessus la tête. A la fin du monitoring, plat ou presque, elle m’examine, le col n’a pas bougé (« un doigt et demi ») et me renvoie en chambre. Elle rappelle à Chéri que les hommes n’ont pas le droit de passer la nuit sur place. Nous, naïfs que nous sommes, espérons qu’une petite largesse pourra lui être accordée car nous sommes à trois quarts d’heure de route de chez nous et je voudrais qu’il me tienne compagnie. Mais non. Il est environ 23 heures quand nous regagnons ma chambre et comme elle est en face du bureau infirmier ça n’échappe à personne : Chéri doit partir.

Solitude

Je pleure, je ne veux pas dormir seule ici. Et j’ai peur d’affronter l’inconnu sans lui. Je m’attends à une très longue nuit d’insomnie, seule dans cette chambre bleue. Je fais les cent pas pour que le travail débute. Je supplie Bébé de se décider à venir sans qu’on l’y oblige le lendemain matin. Je joue sur mon téléphone pour me détendre un peu. Je prends une douche. Je refais les cent pas. Je passe mon temps à supplier Bébé et à pleurer parce que ça ne bouge pas. Je surveille la couleur du liquide très souvent, priant pour qu’il ne se colore pas. Je finis par m’allonger inconfortablement sur mon lit, désespérée…

Chéri m’envoie un message pour me dire qu’il a pris une chambre dans un hôtel pourri pas très loin de l’hôpital. Il espère, lui aussi, être appelé dans la nuit pour cause de début de travail.

Vers 2 heures du matin, je ressens des contractions de plus en plus douloureuses et de plus en plus rapprochées. Elles me broient les reins. En allant aux toilettes, je constate que j’ai perdu pas mal de sang. Je décide de retourner voir la sage-femme de nuit. Avant de quitter ma chambre, j’envoie un SMS à Chéri pour lui signaler que j’ai mal et que je vais me faire examiner. J’espère secrètement que la sage-femme l’autorisera à revenir, car je ne supporte pas d’être seule. Je suis angoissée au plus haut point dans ma solitude forcée. J’emmène mon portable, mais pas de chance, il n’y a pas de réseau dans le bloc obstétrical car il est en sous-sol et, pour couronner le tout, ma batterie me lâche.

Je préviens l’équipe de nuit des suites de couches que je vais voir la sage-femme. L’une d’elles me demande si j’ai besoin de soutien pour traverser le couloir. Je décline gentiment et me plie en deux sur une contraction. « Ah ça fait mal hein ? Vous allez voir, c’est pas fini ! C’est normal, et vous en verrez d’autres dans les heures à venir. » Je la maudis silencieusement et me rends au bloc obstétrical en m’arrêtant pour deux contractions. Je les vois espacées de trois minutes.

La sage-femme, toujours la même qui ne dit pas bonsoir, est étonnée de me voir revenir. Elle me fait un monito qui montre effectivement une grosse contraction toutes les trois à quatre minutes. Elle m’examine et me dit toutefois que non, mon col n’a pas que très peu bougé, ce n’est « pas encourageant, on est à deux doigts ». Elle me demande de dormir et m’annonce qu’elle m’injecte « un produit pour aider votre corps » (plus tard, j’apprendrai que c’était de l’ocytocine de synthèse, que j’avais expressément refusée dans mon dossier en consultation de préparation à l’accouchement). Quand je lui dis que je me sentirais mieux avec Chéri à mes côtés, elle me répond : « Je ne vais pas l’appeler Madame, vu l’heure il doit dormir ! On lui a dit de revenir vers 8 heures, vous n’aurez pas accouché avant, ne vous inquiétez pas. » Mais je m’en fous ! Je ne veux pas rester seule. Cela dit, je n’arrive pas à parler pendant les contractions donc je me contente de la regarder méchamment entre deux puis de la regarder partir. Elle n’a pas laissé de temps pour que je lui parle.

Vers 4 heures du matin, la sage-femme vient me donner quatre gélules et un verre d’eau. Elle me trouve à quatre pattes, s’en étonne mais me dit simplement que je dois prendre les antibiotiques car la poche des eaux est rompue depuis douze heures. « Précaution d’usage. » Je lui réponds, entre deux contractions qui sont devenues vraiment intenses, que j’ai envie de vomir et que je n’arriverai pas à avaler quoi que ce soit. « Prenez-les, c’est pour votre bébé. Vous n’avez pas envie de faire du mal à votre bébé ? » Non, bien sûr. Et elle s’en va, éteignant la lumière et m’invitant à me « rendormir ». Gné ? Me rendormir ? Je prends mes quatre gélules avec beaucoup de difficulté, une à une pour ne pas me créer de haut-le-coeur, je manque de vomir à chaque gorgée d’eau. Mais j’y arrive. Je ne veux pas faire de mal à mon bébé.

Pendant ce temps, les contractions sont devenues si intenses que je ne pense même plus à Chéri. Je le voudrais avec moi quand je n’ai pas de contraction, mais pendant que j’en accueille une en me mettant à quatre pattes (seule position qui me convienne), j’oublie tout. Le monde autour n’existe pas. Mes reins sont broyés avec une force et une régularité incroyables. Au fond de moi, je sais que c’est parti, que je vais rencontrer mon bébé. Je suis dans la salle de pré-travail, seule, dans le noir, tout le monde pense que je dors et moi je passe mon temps à me mettre à quatre pattes et à retenir tous les sons qui se battent pour sortir de ma bouche afin de n’alarmer personne. Je sais que si la sage-femme revient, elle m’examinera et me médicalisera. Donc je prends sur moi.

Salle de naissance

8h30, Chéri me rejoint. Il m’annonce l’heure car je ne sais pas du tout où on en est de la journée. En plus il n’y a pas de fenêtre au bloc obstétrical (sous-sol oblige) donc je n’ai pas vu le soleil se lever. Chéri me raconte qu’il est allé dans la chambre 19 d’abord, s’est inquiété de ne pas m’y trouver et a eu peur car les infirmières lui ont dit que j’étais en salle d’accouchement. Je tremble de douleur, me mets à quatre pattes pour épargner mes reins, mais l’heure est venue de me faire examiner pour voir si l’on doit me déclencher. L., la même que la veille, réapparaît et, en me regardant, me dit que « le déclenchement devrait être inutile ». Elle me fait m’allonger sur le dos, je crie un peu de douleur, elle me demande de me taire et elle m’examine. Ca me fait horriblement mal, je lui dis, puis j’ai une contraction et j’ai l’impression qu’elle est dix mille fois plus douloureuse que toutes les précédentes réunies (ce que je ne sais pas, c’est que c’est uniquement parce que je suis allongée sur le dos …). L. m’annonce que mon col est dilaté à 4-5 centimètres et qu’il s’est totalement effacé.

Je me sens fière de moi, parce que j’ai géré et qu’à part le moment où elle m’a fait m’allonger sur le dos, je n’ai pas eu mal à en mourir. Mais elle trouve ça moyen et me demande de rester allongée le temps d’un petit monitoring. De toute façon, je suis désormais à moitié nue (le bas), je n’ai pas de drap, la porte de la salle est grande ouverte et si je me mets à quatre pattes, le couloir entier aura vue sur mon cul. Ca m’en passe l’envie. Elle me demande de manger, mais je lui dis que j’ai juste envie de vomir. Entre deux contractions, je la maudis, car la veille on m’a donné un plateau repas d’enfant alors que j’aurais eu besoin de forces. Toujours entre deux contractions, elle me propose une douche que je refuse. Enfin, elle me donne deux sachets individuels de sucre, que j’avale rapidement avant de sombrer à nouveau dans une douleur que je gère de moins en moins bien. Je ne veux plus qu’on me parle, je ne veux plus parler, et elle m’oblige à l’écouter et à lui répondre. J’ai juste l’impression qu’elle me torture.

Monitoring fini. « Il faut aller en salle d’accouchement. » Elle vient juste d’envoyer Chéri avec une infirmière pour qu’il mette une blouse et des sur-chaussures. Elle lui a aussi donné ma culotte et mon pantalon, pour qu’il les range… Ca ne la dérange pas de me demander de me lever et de marcher dans le couloir en étant à moitié nue. Je lui signale quand même. « Oh c’est bon, on en voit d’autres ! Je vais vous chercher un drap pour mettre autour de la taille. » On part donc en salle d’accouchement. Dans le couloir, je m’arrête une fois pour me pencher en avant pendant une contraction. C’est là que j’entends L. appeler l’anesthésiste pour « la salle 4 ». Et en arrivant dans la salle, je vois « salle 4 » sur la porte. Je lui dis que je ne veux pas de péridurale, que je veux pouvoir bouger. « Non, vous allez voir comment je vais vous installer, vous ne pourrez pas vraiment bouger. » Elle me demande de m’allonger sur la table d’accouchement et je me mets à pleurer de douleur, une douleur insupportable, quand mes reins sont à nouveau broyés par une contraction. Je suis allongée sur le dos, elle me place les sangles du monitoring, elle me perfuse le bras gauche (sans me dire ce qu’il y a dans la perfusion et je ne pense évidemment pas à demander, j’ai autre chose à gérer là) et me met le tensiomètre au bras droit. Elle rappelle l’anesthésiste. Je me sens terriblement seule dans cette douleur que je trouve insupportable. Je demande à bouger, elle me dit que je peux voir de moi-même que c’est impossible. Effectivement. Je me sens ligotée, entravée, étouffée. Elle me propose la péridurale à chaque contraction et me dit même que je ne tiendrai pas le choc, que j’ai besoin de dormir, que la péridurale me le permettra. Qu’elle a eu deux enfants et que même en étant sage-femme elle n’aurait pas su accoucher sans péridurale. Je finis donc par accepter.

Quand l’anesthésiste arrive, il se présente et je reconnais immédiatement l’accent (puis le nom) du machiste qui m’avait reçue en consultation. Je dois rester assise sans bouger, le dos rond. Pour l’occasion, L. a retiré le monitoring et le tensiomètre (trop aimable). J’assassine sa main à chaque contraction, mais elles sont redevenues plus gérables dans cette position. Il me badigeonne le dos, colle le champ stérile, anesthésie la zone où il va piquer (ça fait chaud dans mon dos), puis me dit qu’il va piquer. A part un craquement, je ne sens absolument rien. Seulement la sensation de froid qui me parcoure le bas du dos et les jambes. L. me dit que ça va vite aller mieux, que je prends les contractions dans les reins car mon bébé a son dos contre mon dos et que ça appuie très fort sur mes vertèbres. Moi, je pleure de douleur et surtout de déception. Je n’en voulais pas, de cette péri. Je pleure parce que je me trouve nulle et incapable.

Péridurale

10h30, la péridurale fera bientôt effet, je me suis rallongée et me retrouve à nouveau ligotée. Entretemps, je me suis entièrement déshabillée et le drap ne couvre que le bas de mon corps. J’ai des électrodes sur la poitrine en bonus. Hum, c’est pour quand l’opération chirurgicale ? Chéri revient à ce moment-là. Il a enfin le droit d’être avec moi, wahou ! Dommage pour lui, je fais une grosse chute de tension, puis je dors. Environ une heure. Et je perds la notion du temps. Pendant le travail, auquel je ne participe pas – laissant mon bébé vivre ça totalement seul –, je vais sans cesse être entre des phases de sommeil et des phases où… j’ai faim. Je veux un kebab, je ne pense qu’à ça (pourtant je n’aime pas ça et j’ai envie de vomir).

A un moment, L. vient m’examiner et me dit que je suis toujours à 5. Selon les schémas pré-établis en maternité, je devrais être à 7. « Je vais passer un produit dans la perfusion pour relancer le travail, la péridurale a dû l’arrêter. » Elle envoie Chéri manger un sandwich au rez-de-chaussée de l’hôpital car elle estime que je vais accoucher vers 13 heures (mais quelle heure est-il quand elle dit ça ?). J’en profite pour conclure un pacte de non-agression avec elle : je ne veux pas d’épisiotomie, je préfère une déchirure si elle doit se produire. Elle est d’accord. Quand elle s’en va, le monitoring montre de nouvelles contractions, très fortes et très peu espacées, mais heureusement je ne les sens pas celles-là.

Des gens vont se mettre à défiler dans la salle, sans dire bonjour et sans se présenter. Ils viennent prendre du matériel, sans un mot et même sans un regard vers moi. Ou vers nous, quand Chéri revient de sa pause repas. Après tout, tant mieux, vu que j’ai les seins à l’air ! Mais je suis frappée par cette exposition de mon corps à tant de monde, sans que ça n’interroge personne finalement. Je me sens terriblement mal – pour changer.

Lorsque les effets de la péridurale disparaissent, que les contractions recommencent à me broyer les reins, je lutte pour ne pas appeler tout de suite (pour une nouvelle injection). Je massacre un peu la main de Chéri, je lui dis quelques petites choses désagréables, je souffle, je finis même par pleurer. Mais je m’interdis d’émettre des sons, il ne faut pas déranger dans une maternité. En tout cas, vu le silence de mort qui règne dans le couloir, je me dis qu’il ne faut pas déranger. Et j’appelle. C’est un homme sage-femme qui vient me l’injecter (car L. est en train d’accoucher une autre femme, chez qui tout est allé plus vite). Il m’examine au passage, sait-on jamais.

L. revient peu après. Elle m’examine (pour la énième fois, je n’ai pas compté) et me dit, comme à chaque fois, que Bébé n’est pas encore tourné pour sortir dans la bonne position. Je ne sais même pas ce que ça veut dire, donc je ne relève pas… mais elle a l’air de commencer à s’inquiéter. Je suis à 8. Elle me fait essayer de pousser. Essai peu concluant, car je n’ai pas envie de pousser et je suis un peu endolorie par mes doses de péridurale. Puis elle doit repartir, une autre femme avance dans le travail…

« Ca passera pas »

Quand je rappelle pour dire que la péridurale ne fait à nouveau plus aucun effet, L. m’examine : « dilatation complète ! » Elle me demande si je veux ma troisième dose de péri ou pas, puisque ça met une trentaine de minutes à faire effet et que « je vais vous faire pousser dans vingt minutes ». Bon, ben non alors … si c’est chronométré à ce point … Grave erreur que de refuser ! Mais je ne le sais pas encore. L. repart, la femme d’à-côté doit pousser. Et puis elle accouche. Quand j’entends le bébé pousser son premier cri, ma réaction est assez violente : je crie moi-même à Chéri « qu’il ferme sa gueule, je veux le mien de bébé ! ».

Et puis vingt minutes se sont visiblement écoulées. Je ressens bien les contractions artificielles, je tremble à nouveau de douleur, je ne supporte pas du tout. Je suis broyée de partout. Mais je n’ai pas encore envie de pousser. Tant pis, « c’est l’heure, on s’installe. » Elle installe des sortes de repose-pieds et m’indique que je vais devoir tenir mes cuisses avec mes mains afin de les maintenir aux épaules pendant que je pousserai. Moi, je me sens très mal à l’aise dans cette position. Je ne me concentre que sur la douleur, je n’arrive pas à me concentrer sur la poussée. Pourtant, vient enfin une contraction « qui pousse ». J’en profite, je n’écoute pas L. et j’accompagne la contraction. En fait, je n’ai pas vraiment eu le choix. Bébé descend.

« Heu, par contre, ça ne passera pas là ! » lance L. à une aide-soignante. J’entends, mais elle ne m’adresse pas la parole ni même un regard et j’ai de toute façon trop mal pour avoir envie de poser une question. Elle explique à l’aide-soignante que le bébé n’a pas fini sa rotation et qu’il se présente mal, que ça ne passera pas dans le bassin mais que la tête y est déjà. Moi, je pleure de douleur, j’entends mais ne parviens pas à dire quoi que ce soit. Dans mon cerveau, défilent des peurs de bébé qui reste coincé et meurt en moi, des peurs de césarienne d’urgence. Chéri est assis sur un tabouret à ma tête, il me semble tellement loin … Moi, j’ouvre un peu les yeux et compte les personnes présentes. Quatre (sans nous compter nous). Qui sont-elles ? Que font-elles ici ? Pourquoi voient-elles mon cul et mon sexe ? Suis-je bien épilée, au moins ? Que vont-elles penser quand je vais pousser à nouveau et que des choses peu ragoûtantes vont tomber dans le sac poubelle placé sous la table, au ras de mon cul ? Je me sens affreusement mal.

L. recommence avec les ordres de pousser. Elle ne se fie qu’au monitoring, alors qu’il y a un décalage entre ce qu’il indique comme le début de la contraction et ce que je me prends dans le dos en réalité. Chaque fois, l’aide-soignante appuie de tout son poids (et elle n’est pas mince) sur mon ventre. Elle me fait horriblement mal et je ne pousse même plus. Toutes deux se fâchent et me disent que je vais avoir une ventouse si je ne pousse pas. J’explique donc, comme je peux entre deux contractions, que non seulement la position imposée ne me convient pas du tout, que j’aurais au minimum envie de me tenir à quelque chose de fixe plutôt qu’à mes propres cuisses, mais qu’en plus l’autre débile me fait atrocement mal quand elle met son poids sur moi, que j’ai l’impression d’étouffer. « Les autres ne se plaignent pas ! Poussez, sinon c’est ventouse, on n’a pas de temps à perdre. » Dans les larmes et la terreur, je tente en vain de pousser mon bébé dehors. « Ca passera pas, je le disais bien, il est pas tourné ce bébé », conclut L. en appelant la gynécologue de garde. Sans un regard pour moi. Sans un mot pour me rassurer ou tenter de sécher mes larmes. Je me sens tellement nulle, tellement inutile, tellement stupide. Je me dis que je pourrais partir et laisser mon utérus et mon vagin ici, que ça serait finalement bien mieux.

La gynécologue arrive, ne dit pas bonjour, ne se présente pas. Après tout, il y a déjà quatre personnes dans la salle, peu importe qu’une cinquième regarde entre mes cuisses ! Elle s’habille et se prépare, pendant que je pleure à chaque contraction et essaie de pousser mon bébé avant que la ventouse ne vienne l’attraper. Personne ne me parle, personne ne me soutient, personne ne me tient la main. On a relégué Chéri à un coin de la pièce, loin de tout. On me laisse seule pendant qu’on discute et je pousse pour rien, juste parce que j’ai peur de ce qui se passera quand on décidera enfin de me toucher et de faire sortir mon bébé à ma place. J’échoue à chaque poussée, évidemment. Je suis de toute façon tellement nulle que je ne sais pas accoucher ! Par contre, j’ai un sursaut et je crie littéralement : « Pas d’épisio ! » Ca étonne un peu les gens, mais la gynéco semble en prendre note dans sa tête.

Ventouse

Arrivée entre mes cuisses avec son débouche-chiottes, pardon : sa ventouse, elle me dit qu’elle va la poser sur la tête de Bébé et le faire tourner lors de la prochaine contraction (« il lui reste peu de chemin à faire mais il doit fléchir sa tête ») afin que je le sorte moi-même ensuite. Marché conclu. La contraction suivante est une horrible torture. Déjà parce qu’elle fait mal, mais en plus parce que je me retrouve à nouveau avec la débile sur mon ventre, qui m’étouffe, et parce que je sens mon bébé tourner en moi. J’ai l’impression qu’on est en train de m’écarteler et de me faire vriller le bassin en même temps. C’est affreux, je veux juste mourir. Tuez-moi tout de suite et sortez cet enfant de mon corps qui, incapable de faire ce que des millions de femmes font seules, ne sait pas l’expulser sans vous et vos instruments.

Fière d’elle, la gynéco annonce que sur la prochaine poussée je devrais y arriver car Bébé est en position. Mais elle ne retire pas la ventouse, au cas où, donc elle doit la tenir même sans tirer dessus. Chéri se lève de son tabouret, l’aide-soignante dégage de mon ventre et la gynéco se prépare avec L. à accueillir la tête de Bébé. Chéri veut regarder. Il assiste donc, à la poussée suivante, à l’arrivée de la tête du bébé avec une ventouse collée aux cheveux. Longtemps, il mimera la naissance de sa fille comme il mimerait le débouchage des toilettes publiques… Finalement, je sors mon bébé en deux poussées. Avec un « Oh t’as vu L., la tête a explosé l’hymen ! » Je refuse de l’attraper quand L. me le propose, je veux seulement que ça finisse. Je n’ai pas le sentiment d’être en train d’accoucher et de sortir mon bébé, mais juste d’être à l’abattoir devant des charognes prêtes à bouffer ma carcasse quand ce sera fini. Je vois alors arriver mon bébé sur mon ventre.

Il est 16h28. Je ne comprends pas vraiment ce qui m’arrive, mais je pleure de bonheur (et de soulagement) et j’appelle « mon bébé, mon bébé, mon bébé ». Bébé crie un peu et tousse. Ses yeux s’ouvrent, je plonge mon regard dans le sien. Je suis complètement ailleurs, je ne me rends compte de rien. Finalement, je demande le sexe de Bébé à Chéri, car il a regardé avant de couper le cordon. Mais il ne me répond pas. Il pleure, trop ému. Il pleure de joie, d’avoir vu sa fille naître. Je dois lui demander trois fois, au moins, avant que L. ne le réveille et lui demande de me répondre. Et je dis alors bonjour à J. A ma fille, toute brune, toute chaude, qui crie sur moi, contre ma peau.On me la retire immédiatement, pour la peser, la laver, l’habiller. Chéri reste avec elle, c’est dans la même pièce mais un peu à l’autre bout et je me retrouve à nouveau seule avec L.. Les spectateurs sont partis.

Délivrance… artificielle

L. tire sur le cordon ombilical, le placenta ne vient pas. Je n’ai pas de nouvelles contractions, ma fille n’a que cinq minutes de vie… Elle enfile un gant et va donc le chercher à la main. Je hurle de douleur (et de surprise ?). Elle finit ce qu’elle a à faire et je lui demande si tout va bien car dans ma tête, ce geste est signe que je fais une hémorragie et qu’il faut vite retirer le placenta. « Oui, très bien, mais je n’ai pas le temps d’attendre qu’il vienne seul, je dois partir à-côté. Comme je dois vous faire deux ou trois points dans la muqueuse, je préfère le faire maintenant donc je retire le placenta ! » Ok, juste tu pouvais prévenir, quitte à faire de la boucherie.

Chéri fait le premier câlin à sa fille, les larmes sur les joues, pendant qu’elle me recoud. J’ai donc échappé à l’épisiotomie, mais j’ai quelques points « dans la muqueuse ». Très serrés, ils me feront pleurer de douleur durant plus de dix jours. Je récupère ma fille, j’espérais un peau-à-peau mais elle est déjà emmitouflée dans son pyjama. « Elle n’a même pas la marque de la ventouse tellement vous avez été efficace, personne ne pourrait croire qu’elle en a eu une », me dit fièrement L.. Moi, j’ai juste envie de m’enterrer vivante en songeant à ce que je viens de faire subir à ma fille, et encore aujourd’hui j’ai honte de dire que ma fille a été ventousée.

On m’installe pour la première mise au sein. J. trouve tout de suite et le prend en bouche pour téter. Je la regarde, le monde autour n’existe pas du tout, Chéri nous prend en photo et je ne m’en rends même pas compte. Ma fille tète. Drôle de sensation, magique et bizarre, que de voir et de sentir mon bébé chercher quelque chose à boire dans mon sein droit. J’adore. Ma fille, désirée et attendue, la chair de ma chair, le petit être qui fonde ma famille. Ma fille, ma princesse, ma belle. Je l’aime. On m’a pris ma dignité et mon humanité, mais pas mon amour pour ma fille. Personne ne me le prendra jamais.

Le séjour a été un cauchemar. Fait d’oppositions au personnel sur le thème de l’allaitement maternel et des bains, puis d’un passage en néonatologie et de conséquences terrifiantes de mon entêtement à allaiter ma fille malgré le désir de biberons du personnel. Le mépris et l’humiliation ont été les maîtres mots de mon passage dans ces deux services.

Anonyme

#40 Dounia – Lille

31 Jan

Je fus très déçue de mes accouchements en maternité. Je me suis sentie humiliée.

Sans que je le veuille une femme m’a rompu la poche des eaux lors de mon arrivée à la maternité pour ma troisième. Sans m’en avertir, j’aurais dit non.

J’ai refusé la péridurale l’équipe médicale m’a fait du forcing… Ils m’ont dit que je n’avais pas à pleurer, ni à crier, que je ne devais pas me plaindre. Malgré le fait que j’insistais l’anesthésiste est quand même venu dans la salle d accouchement en me disant qu’il allait partir que je devais accepter la péridurale sinon j’allais souffrir… J’ai accepté…

Une femme venait de vérifier l’avancement du travail, elle a retiré ses gants et m’a dit que je n étais pas prête d’accoucher. Je lui ai dit mon enfant arrive elle a refusé de me croire puis elle n’a pas eu le temps de remettre ses gants que ma fille était là…

J’ai eu le droit à trois épisiotomies… Un jour alors que j’étais dans ma chambre un homme est entré sans frapper. Il était accompagné d’une dizaine d’étudiants. Une seule personne m’a dit bonjour… L’ homme a soulevé mon drap, a retiré ma culotte et expliqué la cicatrisation de l’épisiotomie aux autres… Puis il a tout remis et tout le monde est parti. J’étais tellement choquée par ce manque de respect que je n’ai rien su dire et je m’en veux encore.

Le lendemain de l’un de mes accouchements, j’ai eu mes seins qui avaient doublé de volume. J’ai demandé de l’aide et on m’a dit que ce n était pas possible d’avoir des montées de lait le lendemain d’un accouchement. J’ai dû me pencher, prendre deux verres et avec la pression le lait coulait dans les verres que je versais ensuite dans le lavabo…

Être de suite allongée sous perfusion, ne pas avoir le droit de bouger, de boire… Cela m’a marquée. Pour ma dernière il y avait beaucoup de femmes qui allaient mettre au monde leur enfant. J’ai senti la pression le fait que je devais aller vite pour accoucher… J’ai eu le droit à dépêchez vous sinon on appelle le médecin pour une césarienne, menace de faire sortir ma fille avec les forceps… J’ai eu peur, j’ai forcé au point d’avoir des tâches de sang au niveau du visage et du torse (éclatement des vaisseaux sanguins). Ma fille avait la même chose quand je l’ai vue la première fois, peut être qu’elle aussi a mal vécu le moment…

Je voulais allaiter à la demande. Je me suis fait engueuler car ma fille dormait depuis plusieurs heures et que pour la personne il fallait la réveiller toutes les trois heures…

J’ai demandé à changer de position durant le travail j’ai eu le droit à un refus…

J’en passe, je voulais juste ne pas avoir de perfusion avec un produit inconnu sans demander mon avis comme à chaque acte. Pouvoir être libre de mes mouvements. Je voulais qu’on m’explique et me demande mon avis sur certains actes. Qu’on respecte mon intimité. Je ne voulais pas de péridurale…

#03 H.P. – septembre 2011

28 Jan

France, Septembre 2011

J’avais pourtant fais un projet de naissance, mais pas le temps les sage femmes en consultation n’y ont même pas jeté un œil avant le jour j, et le jour j….. Je crois qu’il est resté bien rangé dans mon dossier, et que personne n’y a jeté un œil. Je suis primipare durant toute la durée de mon séjour là-bas (accouchement et post partum) je n’ai rien osé dire, jamais.

Ça n’a pas été l’horreur loin de là, médicalement tout c’est bien passé, mais moi j’ai une sorte d’amertume, on m’a volé des moments, on m’a volé mon rêve.

Le jour j était enfin arrivé, tôt le matin, nous somme allés sans rien dire à personne à la maternité, tv de contrôle je suis à 4 on va directement en salle de naissance, je n’ai pas encore trop mal; j’ai demandé la salle nature, elle est dispo; c’est bon !!

La salle est grande bien agencée. Je pense que je vais y rester toute la journée, pose du monitoring, pas assise allongée…. Ça ne sert donc à rien d’avoir tout cet espace, ce ballon, ces lianes si je ne peux pas m’en servir pour me soulager, après 1h on me délivre je peux enfin bouger mon bassin et ça va mieux.
Le temps passe, je veux aller dans la baignoire, le personnel a mieux à faire que de me sourire; on nous jette des serviettes et on nous laisse seuls encore, je vais dans l’eau il doit être a peu près 10h du matin, je gère encore, mon mari, lui, ne sais pas trop quoi faire pour m’aider; il est perdu ne s’attendait pas à cette douleur
Peut-être 2h dans l’eau je ne sais pas, je sors, j’ai mal je ne gère plus du tout, ni avec le ballon, je ne sais même pas ou j’en suis, nous sommes seuls dans cette pièce depuis des heures… une sage-femme revient, me dit qu’un nouveau monitoring doit être fait, et un tv, je suis à 8, elle repart, nous laisse seuls toujours, moi sanglée sur le lit incapable de gérer ma douleur dans cette position, mon mari à côté de moi, impuissant, quand elle revient on a eu le temps de craquer…. Je la veux la péridurale, je veux du monde et ce ne sera que comme cela que j’aurais du monde.

Là, tout change, la chambre, l’attitude du personnel… la nouvelle chambre est petite, médicalisée, froide, on me pose une perfusion, on fait sortir mon mari, et l’anesthésiste arrive; il admire mon tatouage, pique, pose la péridurale… je ne sens plus très bien mes jambes je dois rester allongée pour le coup même si c’est désagréable. Mon mari revient, il a pris le temps de manger, d’appeler les familles. Du personnel médical entre et sort, sans frapper, sans se demander si leurs actes me dérangent ou non, un étudiant est désigné pour me refaire un tv, il n’est pas sûr de lui, la sage-femme repasse donc derrière pour vérifier, cet homme restera jusqu’au bout, sans qu’on me demande mon avis. Je suis à 10, la sage-femme part, revient avec une bassine avec dedans des objet métalliques, et met les étriers en place sans me demander mon avis, me dit qu’elle va percer la poche toujours sans rien demander, et fait pivoter mon fils qui était face en avant, et là, il « faut » pousser, je n’ai pas de choix, juste avant que mon fils naisse, j’ai un éclair de conscience et je lui crie que je ne veux pas être découpée, elle ne le fera donc pas. Mon fils nait assez vite sous les « poussez, poussez, poussez !!! » de l’équipe. Il restera 5 minutes sur moi puis viendront tous ces tests que je ne voulais pas pour lui, il lui épargneront le collyre mais pas le reste, pendant ce temps j’expulse le placenta, je veux le voir la réponse est non, sans appel.

Le reste s’est bien passé, mais depuis j’ai ce goût amer, toutes ces choses si classiques, si protocolaires, je ne les voulais pas, je n’ai pas eu le soutien dont j’avais besoin, ni d’intimité une fois entrée dans leur protocole, je ne voulais pas de produits, pas de poussée dirigée, je voulais qu’on nous écoute ; cela n’a pas été fait et j’en suis déçue.

Pour un suivant, je refuse tout ce protocole médical, je veux un accouchement humain, à domicile.

H.P.