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#343 Servane, la naissance de Malou en 2010

13 Fév

Nous apprenons ta douce présence courant novembre, je prends alors rendez-vous chez une gynécologue obstétricienne à Charleville Mézières pour vérifier que tout va bien et faire le suivi. Je ne sais pas trop comment tout cela se passe alors, je me laisse guider… Malheureusement, cette gynécologue est loin d’être une bonne guide, les consultations sont expéditives, elle ne prend jamais la peine de m’écouter, de répondre à mes questions. En réalité, les consultations se déroulent toujours de la même façon : elle me demande comment ça va et m’invite à passer dans la salle d’à coté pour faire une écho de contrôle. Une fois celle-ci réalisée, je retourne dans son bureau où elle me demande le règlement ! Une ordonnance de temps en temps mais c’est tout !!!

Je commence les cours de préparation à l’accouchement dans un cabinet de sage femme, les séances en piscine me font beaucoup de bien et les séances théoriques sont… théoriques ! Tout ce que me dit la sage femme me semble si lointain.

4 juillet 2010 : Je me réveille avec une grande douleur au ventre et au bout de quelques heures, ton papa insiste pour qu’on parte à la maternité. La sage femme nous accueille et me place le monitoring. Elle m’explique que je vais rester en observation pendant une heure et qu’elle m’auscultera après pour voir s’il y a du progrès ou pas. Pendant ce temps, elle remplit mon dossier d’admission et ton papa fait plusieurs allers-retours avec la maison car nous avons oublié plusieurs papiers… L’heure écoulée, la sage femme m’ausculte et m’annonce que mon col est maintenant ouvert à 1,5 cm et de ce fait, elle nous demande de passer en salle d’accouchement. Nous y resterons jusqu’au soir, seuls… Mon col ne s’ouvrant pas à plus de 2 cm, il s’agissait d’un faux travail. Nous avions vraiment cru que tu allais arriver, nous étions déjà tellement heureux et impatients…

Suite à cette journée, j’ai le sentiment que je ne veux pas accoucher là bas mais que faire d’autre ? La sage femme nous a conduit dans cette salle d’hôpital, pas du tout accueillante, pleine de machines et de tuyaux et nous a laissé seuls pendant des heures. Est-ce comme ça que je veux t’accueillir ?

23 juillet 2010 : C’est la nuit, il est plus ou moins 5 heures du matin. Je me réveille avec une douleur diffuse au ventre. J’ai comme un pressentiment mais je ne m’affole pas, je me dis qu’on verra bien. Depuis le 4 juillet et l’épisode du faux travail, je suis attentive à chaque douleur, à chacun de tes mouvements,… L’impatience est là, j’ai tellement hâte que tu arrives mais aussi un peu d’appréhension, comme toutes futures mamans. La douleur n’est pas constante, elle va et vient à peu près tous les quarts d’heure, je pense que ce sont des contractions, elles me réveillent souvent jusque 7 ou 8 heures du matin. Je n’en peux plus d’être couché, les contractions commencent à se rapprocher, j’ai le pressentiment que c’est aujourd’hui le grand jour mais je ne veux rien dire à Papa, il dort près de moi et aura besoin d’être en forme pour m’accompagner tout le long du travail… Les contractions sont pour le moment assez espacées donc pas de quoi lui faire de fausses joies, encore une fois. Je vais dans le salon mais la douleur augmente, Papa se lève, il sait qu’il se passe quelque chose… Je décide de prendre un bain pour voir si les contractions s’espacent ou pas. Papa est près de moi et note consciencieusement l’heure de chaque contraction. Je me plonge dans l’eau chaude, ça me détend car je sens de plus en plus que c’est pour aujourd’hui.

13h30 : Papa veut partir à la maternité mais je suis bien à la maison et je sais qu’être à l’hôpital va augmenter mon stress. Et puis, là bas, je ne pourrais plus bouger, rien manger ni boire : ici au moins, je peux faire ce que je veux ! Après quelques minutes, nous partons tout de même car la douleur commence à être de plus en plus forte et je ne trouve pas de positions pour me soulager.

Arrivée à la maternité : La sage femme nous installe en salle d’observation et me place le monitoring. Pendant ce temps, papa s’absente quelques minutes pour aller récupérer mon dossier que nous n’avons pas pris le temps de récupérer avant de monter. Les contractions deviennent vraiment douloureuses, je les ressens de mon dos jusque mon ventre, il faut que je me concentre pour ne pas crier, je sers le lit de toutes mes forces… Papa revient enfin, je peux serrer sa main dans la mienne, ça me soulage, ça me fait du bien qu’il soit à mes côtés. A présent, la sage femme m’ausculte : je suis déjà dilatée à 3 cm et je suis donc en travail ! C’est bel et bien le grand jour, c’est aujourd’hui que tu vas naître et qu’on pourra te serrer dans nos bras. La sage femme me passe une blouse et m’accompagne jusqu’aux toilettes puis à la douche avant de me conduire dans la salle d’accouchement. Elle me demande de m’allonger sur la table d’accouchement et me place de nouveau le monitoring.

14h30 : La sage femme tente de me poser une perfusion mais sa première puis sa deuxième tentative échoue, elle demande alors à sa collègue de prendre le relais, sans plus de succès : mon poignet se met à gonfler et me fait mal. L’anesthésiste arrive à son tour et me place la perfusion sur le dos de la main. Quelques minutes d’attente et il me posera la péridurale.

17h00 : La sage femme m’ausculte de nouveau : mon col n’est dilaté qu’à 4 cm… La sage femme décide de percer la poche des eaux pour accélérer le travail. J’apprendrais qu’elle m’injectera aussi du syntocinon dans la perfusion sans m’en avertir.

Je dois rester allongé sur le côté gauche car lorsque je suis sur le dos, ton cœur se met à ralentir. Le temps est long, papa et moi sommes seuls dans cette salle, personne ne vient nous expliquer ce qu’il se passe, si tout va bien… Je me sens abandonnée face à l’inconnu.

19h30 : On m’ausculte une nouvelle fois et la dilatation n’a guère avancé. Le médecin (enfin je suppose car il ne s’est jamais présenté) décide de réaliser un examen pour voir si tout va bien pour toi, un prélèvement de liquide dans ta boîte crânienne. Il prépare tout le matériel nécessaire et le personnel commence à s’amasser dans la salle : 3 sages- femmes, l’interne et lui. D’autres sages femmes sont à la porte et le médecin les invite à rentrer ! Tous ont les yeux braqués sur mon vagin, je me sens humiliée, Papa essaie de me rassurer en me disant qu’ils ont l’habitude mais cette situation me met tellement mal à l’aise, j’ai la sensation d’être violée et que mon esprit se détache à ce moment là de mon corps. Je suis allongée sur la table, avec une dizaine de personnes qui regardent mon sexe sans que personne ne m’ait demandé si cela me dérangeait ou pas… Je ne suis pas une personne pour eux, juste un objet sur lequel ils peuvent s’exercer et apprendre, il n’y a aucune humanité dans leur comportement, dans leur gestes, dans leurs paroles… L’interne m’explique tout de même qu’elle va prélever le liquide à l’aide d’un objet qui ressemble à un gros tampon, que ce ne sera pas douloureux ni pour moi, ni pour toi. Elle le fait délicatement mais à priori, elle ne parvient pas à réaliser un prélèvement suffisant. Le médecin décide alors d’essayer, sans plus de succès malgré le peu de délicatesse que lui prend pour réaliser ce prélèvement. Il mesure à nouveau l’ouverture du col : 7-8 cm ! Je me souviens encore de la phrase qu’il a alors prononcé, cette phrase qui m’a fait mal pendant des mois et qui m’a plongé dans la dépression : « Vous êtes à 7/8 cm, on va aller le chercher votre bébé. On passe en césa. »

Dans ma tête, plein d’émotions se mélangent : la joie que la dilatation avance enfin et que notre rencontre s’approche et soudain le choc de cette annonce que je ne comprends pas et qu’on ne prend pas la peine de m’expliquer. Le médecin est sorti sans un mot de plus, me laissant entre les mains des sages femmes qui n’auront pas un mot de compassion pour moi. Le monde s’écroule, elles me préparent sans rien dire, sans un regard alors que je suis en larmes. Elles m’enfilent des bas de contentions, me badigeonnent le ventre de Bétadine et me le rasent, me font avaler un médicament avec un goût amer sans explications. Papa a dû sortir dans le couloir et j’entends qu’il a fait un malaise. J’ai besoin de lui, besoin de lui parler. Elles m’annoncent que tout va bien et je pourrais l’embrasser avant d’aller au bloc : j’ai peur, je ne sais pas ce qui va se passer et j’aurais tellement aimé qu’il soit avec moi mais c’est impossible, je vais devoir affronter cette épreuve sans lui. On m’allonge sur le brancard et on m’amène jusqu’au bloc, au bout du couloir. Je croise papa dans le couloir qui tente de me rassurer rapidement mais je sens bien que lui aussi est inquiet et personne ne nous dit rien.

20h30 : J’arrive au bloc opératoire, j’ai la gorge nouée et les larmes aux yeux, plein d’émotions que je ne peux pas sortir : peur pour toi, peur de l’opération, tristesse d’être seule, de ne pas avoir réussi à t’accueillir correctement,… Le personnel dresse un drap au niveau de ma poitrine pour que je ne voie pas l’opération, place le capteur cardiaque sur mon index et un masque à oxygène près de mon visage. Ils m’attachent les bras en croix avec des sangles, je ne comprends pas pourquoi, je ne comprends pas ce qu’il se passe et là encore personne ne prend la peine de me parler, de me rassurer, de m’expliquer. Toutes ses émotions me donnent la nausée, j’arrache le masque que l’infirmier maintient sur mon visage et, à peine le temps de lui dire que j’ai envie de vomir que le médicament avalé quelques minutes auparavant ressort dans le haricot. Il me détachera alors le bras gauche pour que je tienne moi-même le haricot, je vomirai tout le long de l’opération… Le médecin commence, je les entends parler de leurs vacances, du temps qu’il a fait,… Ils n’ont aucune considération pour moi, je n’existe pas pour eux et tout d’un coup, je ressens comme un poids en moins dans mon ventre, je sais que tu es dehors et soudain, j’entends ton premier cri : il est 20h42. Je suis soulagée, tu vas bien, tu es vivante. On t’enveloppe dans un drap et je peux enfin te découvrir, tu es si petite que j’ose à peine te toucher. Je te regarde un instant puis le chirurgien me dit que je peux te toucher, je te caresse le visage, tu as la peau déjà tellement douce… Je ne ressens pas ce coup de foudre de foudre dont toutes les mamans parlent, pour moi tu n’es alors qu’une étrangère, je ne me rends pas compte que tu n’es plus en moi et que c’est toi ce bébé qu’on me présente. Ils t’amènent rapidement pour les premiers soins. Quant à moi, il faut terminer l’opération. Je te retrouve un quart d’heure plus tard dans les bras de ton papa. Le chirurgien propose de faire une photo de nous 3, la première de notre famille. Malheureusement, encore aujourd’hui, j’ai du mal à regarder cette photo : je suis là allongée sur un brancard, avec des fils de partout, fatiguée. Une fois installée en salle de réveil, la puéricultrice te place au sein pour une première tétée. Elle m’explique qu’elle revient dans 20 minutes pour te changer de sein mais elle ne reviendra qu’une heure plus tard. Encore une fois, je me sens abandonnée, désemparée. Tu es si petite, si fragile et moi, je suis encore toute engourdie par l’anesthésie et j’ai peur de mal faire.

Le séjour se passera moyennement bien : les sages femmes et puéricultrices me donneront des tas de conseils divergents concernant l’allaitement qui me conduiront à son arrêt quelques jours après le retour à la maison. Le lien se fait peu à peu entre nous, on apprend à se connaître doucement, à s’apprivoiser mais je me sens coupable de ne pas avoir eu ce coup de foudre. J’ai aussi beaucoup de mal à accepter la façon dont se sont déroulées les choses, pourquoi est ce que j’ai eu cette césarienne ? Je n’ai jamais eu la moindre explication de la part du personnel médical et j’ai dû demander mon dossier médical pour avoir certaines réponses à mes questions.

#346 Le deuxième accouchement d’Abigaïl, Québec 2010

10 Fév

Après une première grossesse et une naissance très médicalisées (récit #334), j’ai la chance d’emménager au Québec dans une région qui compte une maison des naissances. Les sages-femmes acceptent de m’accompagner pour un AVAC. Le suivi est tel que je l’avais attendu : grande écoute, échanges égalitaires, aucun geste posé sans en avoir pesé, ensemble, le pour et le contre. Je ne veux aucune intrusion, pas d’échographie, surtout pas d’amniocentèse. Quelques analyses de sang et d’urine, la prise de tension et l’écoute du cœur du bébé sont les seuls examens pratiqués.

Le bébé est tonique, bien vivant, je le sens s’activer dès le quatrième mois. Au septième mois, il s’installe tête en bas. Je suis rassurée : la présentation par le siège était la cause de ma première césarienne.

Chaque semaine à partir du 9e mois, je rencontre en alternance I. et C., chez moi ou à la maison des naissances. Pour un premier accouchement (je n’ai pas été en travail pour la naissance de ma grande fille), elles ne s’attendent pas à ce que le bébé arrive avant 41 semaines, et me disent être à l’aise avec ça. C. insiste pour que je me repose. J’ai de nombreuses insomnies et le dos douloureux. Le bébé bouge encore beaucoup. Sa tête est bien engagée dans le bassin.

39 semaines et 3 jours, lundi – Je me rends à la maison des naissances pour rencontrer I. et sa jeune stagiaire. I. me parle du décollement des membranes et de l’acupuncture pour activer le processus, puis me propose, si rien n’a évolué, de rencontrer vendredi un gynécologue de l’hôpital pour discuter de leurs protocoles, voir s’ils accepteraient de tenter un déclenchement médicamenteux et à partir de quel moment il faudrait envisager une césarienne d’office.

Cette proposition me terrifie. Je sais que s’il constitue un avantage indéniable, un accompagnement non médicalisé ne garantit en rien la réussite de mon projet, pourtant je refuse d’envisager l’éventualité d’une nouvelle césarienne.

J’ai le sentiment que les sages-femmes me lâchent à quelques mètres de la ligne d’arrivée. J’essaie d’en parler à mon conjoint, mais il ne mesure pas l’ampleur de mon désarroi. Je lui en veux. Comme d’habitude en pareil cas, je m’applique à contenir les émotions trop fortes et « j’encaisse ».

Mercredi – I. vient chez moi et j’accepte le décollement des membranes. C’est moins douloureux que ce qu’elle m’avait prédit, mais elle n’a pas réussi à passer le col. Dans la nuit de mercredi à jeudi, le travail commence.

Jeudi – J’appelle C., c’est elle qui est de garde. Les contractions sont intenses, espacées de quinze à trente minutes. A chaque fois je respire profondément, j’émets des sons graves comme je l’ai appris en cours de yoga prénatal. C’est douloureux, mais je suis heureuse, excitée: je vais bientôt rencontrer cette petite personne qui a mûri dans le secret de mon ventre! Les contractions s’espacent puis se rapprochent, s’espacent à nouveau. Je dors peu. Je suis fatiguée. C. me conseille de prendre des cachets de Gravol.

Vendredi – Le col n’est pas encore effacé. J’ai une séance d’acupuncture à midi. Accueillir les contractions en restant immobile est difficile, mais le calme de la salle est apaisant.

Mon conjoint me conduit ensuite à l’hôpital pour une échographie : C. souhaite un bilan (la demande est ferme). La jeune gynécologue est chaleureuse mais pressée, elle pose deux, trois questions très vite puis m’invite à m’allonger sur le dos, dans une position particulièrement inconfortable, douloureuse (comment peut-on imposer à une femme d’accoucher ainsi?). Elle nous demande si nous voulons connaître le sexe du bébé et si elle doit nous signaler une malformation visible. A quelques heures de la naissance, je trouve ça ridicule. Je détourne la tête pour ne pas voir l’image sur l’écran. J’ai des sueurs froides, je veux sortir. Mon conjoint croit avoir entendu la gynécologue parler du bébé en disant « elle ». Le bilan est positif : le petit va très bien. Je n’avais pas besoin de l’échographie pour savoir ça!

Samedi – J’ai une nouvelle séance d’acupuncture le matin. Je parle beaucoup au bébé, pour l’encourager à venir. Il s’active encore. Je suis très fatiguée.

Nous passons la fin de l’après-midi chez des amis qui habitent le bord du fleuve. Il fait incroyablement beau et chaud, nos filles s’amusent dans le jardin. Je mange avec appétit puis vais m’allonger. Les contractions se rapprochent: toutes les cinq minutes. C. nous retrouve chez nous, le col est dilaté à trois centimètres. Nous pouvons partir pour la maison des naissances!

Le trajet en voiture me semble long, et en même temps j’apprécie cette bulle dans la nuit, seule avec mon homme. L’autoroute est déserte. A chaque contraction je serre fort la poignée de la porte. Je suis très concentrée sur l’instant présent.

Nous sommes les seuls « clients » ce soir, C. nous oriente vers la chambre la plus grande et la plus fraîche, allume une lampe de chevet, je ne garde que ma tunique et je m’installe sur le ballon, face au grand lit, avec des oreillers pour enfouir ma tête. La sage-femme apporte de l’eau fraîche, montre à mon conjoint les points d’acupression, pour soulager la douleur, en bas de mon dos, puis s’installe dans la chambre de l’autre côté du couloir.

Je fais rouler mes hanches sur le ballon et continue à respirer profondément. Les contractions s’installent comme une routine, les stations d’un petit train en marche, toujours les mêmes, sans accélération, le moteur ronronne, ça tourne en rond.

On met en route le ventilateur au plafond, puis on l’arrête malgré la chaleur : trop de courants d’air. Je bois beaucoup, je vais plusieurs fois aux toilettes. J’aime cette petite pièce avec une grande douche, sans fenêtre, j’aime ces courts moments de solitude, même si les contractions sont plus dures à passer agrippée au lavabo ou assise sur la cuvette. Je jette à chaque fois un coup d’œil à la salle de bain attenante, à la grande baignoire, j’ai hâte de pouvoir me glisser dans l’eau chaude pour la poussée et d’y accueillir mon bébé en douceur.

Les heures passent sans que je m’en rende compte. J’ai faim, C. apporte un croissant avec de la confiture, je ne trouve pas ça très bon et ça ne m’apporte pas l’énergie espérée. Elle vérifie la dilatation du col après une contraction. C’est inconfortable, intrusif, je n’aime pas me retrouver sur le dos à regarder le plafond, cela me « décentre » un peu plus. Pas d’évolution.

C. installe le tire-lait électrique pour stimuler la production d’ocytocine. L’effet est spectaculaire : les contractions sont nettement plus intenses, très rapprochées, l’une à peine passée que l’autre démarre derrière, dans ce crescendo-decrescendo que je commence à bien connaître. Je crie pour de bon, je m’agrippe au coussin devant moi, mon conjoint ne détache pas ses pouces de mon dos.

Dimanche – Le jour commence à poindre et je me sens épuisée, découragée. Je m’accroche à l’espoir que les choses ont avancé, mais le col n’est qu’à cinq centimètres. Les contractions diminuent un peu en intensité et en fréquence. C. me propose un transfert à l’hôpital pour une péridurale, le repos pourrait avoir un effet bénéfique sur le travail. Elle va négocier avec les médecins pour qu’ils « ne sortent pas le scalpel trop vite ». J’accepte avec soulagement.

C. prévient l’hôpital. L’ambulance arrive en quelques minutes, je dois m’allonger sur la civière, sous une couverture, même sur le côté c’est peu confortable. Dans l’ambulance, C. serre ma main et me regarde dans les yeux pour me soutenir pendant les contractions. Elle répond aux questions d’usage. Elle explique que les sages-femmes suivent uniquement des femmes en bonne santé, dont la grossesse se déroule sans problèmes. Il ne s’agit pas d’une urgence : la mère et le bébé vont bien, mais elle veut bien vérifier la rapidité de l’ambulance sur le nouveau tronçon d’autoroute. Dix-sept minutes exactement. Mon conjoint nous a suivies en voiture.

Je reconnais à peine l’entrée des urgences. La civière change de mains. Les néons au plafond défilent, j’arrive dans une petite salle à la lumière tamisée. Je dois me déshabiller, enfiler la blouse d’hôpital et ne plus boire. Pourtant il fait chaud et j’ai soif. Il y a une infirmière d’un certain âge, sympathique, visiblement expérimentée, et la jeune gynécologue qui a pratiqué l’échographie vendredi. C. lui expose la situation. La gynécologue écoute attentivement puis m’ausculte. Le trajet en ambulance a produit son effet : le col est à huit centimètres. Elle me propose de rompre la poche des eaux pour accélérer le travail (indolore) ; elle est prête à tenter une petite intervention médicamenteuse d’ici quelques heures. C. me sourit, les chances sont bonnes que j’accouche par voie basse.

Je demande une péridurale. Le temps que l’anesthésiste arrive, je retire les fils du moniteur qui enregistre les battements de cœur du bébé et je marche un peu dans la salle. Je continue de respirer profondément à chaque contraction.

L’anesthésiste a le geste rapide et sûr, je sens à peine l’aiguille pénétrer dans mon dos, très vite je n’ai plus de sensations au niveau du ventre et du bassin. Je dois maintenant rester en position semi allongée, sur le côté gauche, pendant que le produit passe goutte à goutte dans le cathéter. C. conseille à mon conjoint d’aller se reposer dans la chambre qui m’a été attribuée. Elle reste près de moi et parle avec l’infirmière. Tout est calme. Je m’endors.

Lorsque je me réveille, l’équipe a changé. La nouvelle infirmière, postée devant l’écran du moniteur, se présente. La nouvelle gynécologue est aussi jeune que la première, très calme, un peu froide malgré son sourire. Le col n’a pas bougé depuis la première auscultation. L’infirmière explique que les contractions se sont encore espacées, la gynécologue est soucieuse, elle approuve la proposition de l’infirmière de me faire changer de position régulièrement.

Je suis perplexe : je n’ai pas senti le changement. Les choses se passent en dehors de moi, sur le moniteur, je dois m’en remettre à l’infirmière pour suivre l’évolution du travail. Lorsque j’avais toutes mes sensations, je ne contrôlais rien, mais je pouvais dire « c’est intense, ça avance », ou bien « mon corps fatigue, il y a quelque chose qui cloche », je pouvais chercher la position qui faciliterait le travail. Je voudrais me lever, bouger, accompagner de nouveau mon bébé dans cette incroyable aventure. Mais je suis coincée sur ce lit d’hôpital, avec ces fils et ces tuyaux qui m’encombrent.

L’infirmière lève un de mes genoux, déplace une épaule, fait tourner ma tête, je suis comme un pantin que l’on manipule, avec sérieux et application. Je garde la position une vingtaine de minutes, puis le manège recommence. Je discute avec C. pendant un petit moment, puis elle m’invite à dormir à nouveau pour récupérer un peu d’énergie: j’en aurai besoin pour la poussée.

J’ouvre les yeux sur une chaise vide, C. est rentrée chez elle se rafraîchir. La gynécologue est là. L’infirmière lui explique que les contractions se sont rapprochées, c’est une bonne nouvelle. Mais à l’auscultation, surprise: impossible d’atteindre le col, le bébé semble s’être désengagé du bassin, c’est comme si l’utérus « contractait à l’envers ». La gynécologue dit: « c’est tannant », d’une voix monocorde, sans émotion. Elle invite l’infirmière à m’ausculter à son tour, l’infirmière constate que le col est inaccessible, que le bébé est remonté, la gynécologue répète : « C’est tannant ». Après avoir scruté l’écran du moniteur, elle me regarde, elle est très calme. Les signes vitaux du bébé sont bons, mais elle craint une rupture utérine. Il va falloir procéder à une césarienne.

Mon cœur veut sortir de ma poitrine. Non, ce n’est pas possible, pas une nouvelle fois, après ce que j’ai donné depuis trois jours, vous n’allez pas me découper le ventre alors que le bébé va bien! Je voudrais hurler, pleurer, cette parfaite inconnue n’a pas de cœur, elle ne sait pas ce qu’elle dit, elle ne se rend pas compte que ses mots m’anéantissent, alors que je suis seule dans cette chambre… Où sont passés ceux qui devaient me défendre, me protéger de l’intervention des médecins ? Ma voix s’étrangle : « On ne peut pas attendre? », attendre que mon corps fonctionne à nouveau à l’endroit, attendre que C. soit revenue, qu’elle donne son avis, attendre que mon conjoint, le père de ce bébé, soit à mes côtés?

La gynécologue considère qu’il n’y a pas de temps à perdre, avec un antécédent de césarienne, après quatre heures sans résultats satisfaisants, c’est le protocole. Elle n’arrête pas de dire : « C’est tannant », avec ce rictus insupportable, ce pseudo sourire sans compassion. Elle est tellement calme! Je ne peux pas croire qu’il y ait urgence.

L’infirmière a appelé C., on est allé chercher mon conjoint. Ils écoutent le médecin, C. acquiesce, je tombe en pleurs. La gynécologue dit : « Elle est déçue », l’infirmière se penche vers moi : « C’est pour ton bien et celui du bébé. » Je vois d’ici la suite : les bras en croix sur la table d’opération, les mains inconnues qui s’affairent, le premier cri dans le vide, hors de ma vue, l’impossibilité de me lever pendant 24 heures, la douleur postopératoire, le séjour prolongé à l’hôpital avec le bruit, le dérangement constant… Je demande combien de temps je vais devoir rester, la gynécologue répond trois, quatre jours.

Le brancardier arrive, je me laisse porter comme une pauvre chose sans vie, n’étaient les larmes qui coulent en flot ininterrompu.

L’homme qui me conduit au bloc est petit, d’âge mûr, jovial. Je vois son visage à l’envers et les néons qui défilent, le trajet me semble labyrinthique. Dans l’ascenseur, il tente une  plaisanterie. Je réponds sur le même ton et souris à travers les larmes. Il me souhaite bon courage et me laisse dans le couloir en attendant que l’équipe soit prête pour l’intervention. Une femme me demande si je porte des prothèses dentaires, si je suis allergique à un produit ou à un autre, je réponds sans être très sûre.

Un autre homme pousse le brancard dans la salle froide, à l’éclairage cru. Elle est remplie de matériel et d’appareils de toutes sortes, j’entends qu’il y a plusieurs personnes. L’homme m’explique ce qui va se passer, qui va intervenir, à quel moment mon conjoint pourra me rejoindre. Avec ses doigts, il essuie une larme sur ma joue et prononce un mot gentil.

On me dépose sur la table, on met un chapeau sur mes cheveux et quelques capteurs sur ma poitrine, on tend un drap entre mon ventre et mon visage. Je reconnais les voix des deux gynécologues que j’ai vues ce matin, la deuxième a fait revenir la première et lui explique la raison de l’intervention. On vérifie l’effet de l’anesthésie, puis l’opération commence.

Les médecins observent ma cicatrice, je pense au petit lézard tatoué au bout de cette première ligne, j’imagine qu’il y en aura bientôt une autre, au-dessus. Je retiens mes sanglots de peur que cela me fasse bouger et gêne l’intervention. Mon conjoint est à côté de moi, il me parle, comme la première fois je ne le reconnais pas tout de suite à cause du masque qui couvre la moitié de son visage. L’incision est très rapide, je sens des mains qui poussent vigoureusement sur le haut de mon ventre, mon corps est secoué, j’attrape la main de mon conjoint et la serre très fort, cela dure une éternité, c’est impressionnant comme ça secoue!

Je sens le bébé sortir et je l’entends crier, il change de mains, mon conjoint me laisse, quelqu’un dit : « C’est quoi? », je tourne la tête, tends le cou, moi aussi je veux savoir, montrez-le moi! Mon conjoint revient vers moi, m’embrasse et me dit : « Merci ». Je sais alors que c’est une fille, je suis heureuse, je souris.

Mon conjoint tient notre petite fille serrée dans un linge, près de mon visage. Je la regarde avec un sentiment d’étrangeté, de distance, j’ai du mal à l’imaginer avec le nom que nous lui avons choisi. Mon conjoint repart avec elle. Lorsque la suture est terminée, on me conduit en salle de réveil. Je grelotte, on m’enveloppe dans une couverture chauffante. On me demande si je souhaite avoir mon bébé près de moi, mais je suis dans un état second, comme ivre, je préfère rester seule le temps de reprendre pied.

A travers le brouillard, j’entends le « bip, bip » de l’appareil qui prend ma tension à intervalles réguliers, la conversation animée d’un homme et d’une femme à l’autre bout de la pièce.

Dans la chambre, C. et mon conjoint se tiennent debout, la petite pleure contre le torse nu de son père. On me transfère dans le lit, on m’aide à me placer sur le côté, avec des coussins pour caler mon dos. Mon conjoint dépose la petite contre mon sein, je la caresse, je lui parle. Elle cesse de pleurer et boit pour la première fois.

1er jour – Nous dormons toutes les deux, l’une contre l’autre, pendant un bon moment. L’infirmière m’apporte des cachets, me sert un verre d’eau glacée, prend ma température et ma tension. Elle change et habille la petite, l’emmaillote dans un carré de tissu. Elle m’assure que la coupure sur son épaule, accident survenu durant l’opération, est superficielle. Il fait très chaud malgré le courant d’air qui passe par la fenêtre ouverte.

Mon conjoint revient avec sa mère et notre grande fille dans l’après-midi. L. s’approche doucement de sa petite sœur, grimpe sur le lit pour mieux la voir, elle la trouve mignonne, toute petite. Elle a choisi pour elle une marionnette rose et douce, avec un bonnet pointu, qu’elle offre dans une jolie boîte. Ma belle-mère prend quelques photos, nous discutons un peu, mon conjoint les raccompagne à la maison, dîne avec elles puis me rejoint à l’hôpital.

J’ai faim, mais je n’ai droit qu’à une soupe, un yogourt et un thé. Nouveau changement d’équipe. Les infirmières ne sont pas assez nombreuses pour s’occuper de toutes les patientes, alors on a demandé à mon conjoint de rester ici pour la première nuit. Il installe un matelas par terre, près de la porte, s’allonge et s’endort presque aussitôt. La petite est dans son couffin transparent, elle pleure et je ne peux pas me lever, je peux à peine me redresser, mon ventre me tire. J’appelle mon homme à voix basse, je ne veux pas importuner les mamans dans les autres chambres. Je hausse un peu le ton, il dort profondément, je ne sais pas quoi faire. Finalement, j’appelle une infirmière.

Je suis extrêmement tendue, épuisée. Je dors peu, d’un sommeil agité, le petit corps lové contre le mien.

2e jour – Mon conjoint est parti s’occuper de L. Débarrassée de la perfusion, je quitte le lit avec l’aide de l’infirmière. Je marche avec une extrême lenteur, pliée en deux, jusqu’au minuscule cabinet de toilette de ma chambre. Je prends appui sur le lavabo et regarde mon visage dans le miroir. Je suis effrayante. J’ai les paupières boursouflées et des sillons violacés sous les yeux. Je retire ma blouse, mon ventre est gonflé et douloureux, encore badigeonné d’antiseptique, j’imagine la plaie sous le gros pansement. Du sang coule entre mes jambes. Je pleure.

Après un moment, je mets de la crème sous mes yeux, je brosse mes dents, je savonne mon ventre, délicatement. L’eau fraîche me fait du bien. J’enfile des habits propres et retourne sur le lit à petits pas.

Je garde ma petite fille contre moi, je la couve des yeux. Elle est vraiment belle, toute potelée. Avec son nez minuscule, ses joues rondes, sa bouche en cœur, qu’est-ce qu’elle ressemble à sa sœur!

C. prend de nos nouvelles par téléphone. A cause de la chaleur, la petite fait un peu de fièvre, elle perd plus de poids que ce qui est toléré, il semble qu’elle se déshydrate malgré ses nombreuses tétées. L’infirmière a suffisamment d’assurance pour retarder le moment d’alerter la pédiatre, elle sait que les examens peuvent être longs, et les traitements contraignants. Mais la fièvre persiste. Une consultation avec le médecin est prévue ce soir. Je demande à mon conjoint de revenir après le dîner, je m’attends à ce que ce soit éprouvant et je ne veux pas être seule.

Nous attendons longtemps. Finalement, une jeune infirmière que je vois pour la première fois vient prendre notre bébé. Elle nous parle à peine, ne se présente pas, ne nous demande pas notre permission, ne nous propose pas de l’accompagner. Je suis indignée. Je fais quelques pas dans le couloir, tout est silencieux, on entend juste les pleurs d’un petit. Je ne sais pas où cette femme est allée avec ma fille, je ne connais pas les lieux, je n’avais pas même vu le couloir jusqu’à ce soir. Je n’ose pas aller plus loin. J’hésite à envoyer mon conjoint, je me dis que l’infirmière va revenir bientôt.

Nous restons 3/4 d’heure sans nouvelles.

Je craque. Rien ne s’est passé comme je l’avais prévu! J’aurais voulu que mon bébé soit accueilli dans un lieu intime et chaleureux, pas sous les néons d’une salle d’opération, entre des mains anonymes. J’aurais voulu qu’on permette à mon corps de faire son travail jusqu’au bout, à son rythme, sans l’interrompre d’une manière si agressive. J’aurais voulu qu’on nous laisse en paix, ma fille et moi, pendant les premiers jours de notre rencontre. J’aurais voulu que cet accouchement répare les blessures laissées par le premier. Il ne fait que les raviver. Je me sens trahie, abusée, mutilée.

Mon conjoint m’écoute, me réconforte, me dit sa fierté.

La pédiatre n’a rien décelé d’inquiétant, mais elle propose de donner un supplément pour aider notre fille à reprendre du poids. Elle souhaite également avoir un échantillon d’urine pour s’assurer qu’il n’y a pas d’infection. Malgré leur discrétion, les infirmières nous réveilleront quatre, cinq fois durant la nuit pour vérifier la petite poche placée dans sa couche. A la lueur de la veilleuse, l’une d’elle me dira tout bas : « Elle est belle en maudit, ta fille. ».

3e jour – L’infirmière qui avait attendu avant de signaler la fièvre reprend son service. Elle obtient de la pédiatre qu’elle passe nous voir entre deux rendez-vous, j’entends ainsi le diagnostic de sa bouche et peux lui poser directement mes questions. Pour ne pas perturber l’apprentissage de la succion, le supplément est administré durant les tétées, à l’aide d’une seringue et d’un tuyau très fin. Je dois appeler une infirmière à chaque fois que j’allaite, c’est pesant.

Il fait moins chaud, la température de ma fille tombe.

La gynécologue qui m’a opérée me rend visite. Elle a toujours ce sourire étrange, distant, cette voix monocorde et traînante. Elle me demande si les antalgiques sont efficaces. Avec précaution, elle palpe mon ventre toujours gonflé, tendu, douloureux. De l’air a pénétré durant l’intervention, il devrait disparaître progressivement d’ici quelques jours. La plaie semble bien cicatriser. Si la pédiatre le permet, la gynécologue est prête à nous laisser partir dès aujourd’hui. L’infirmière est moins optimiste, on n’a toujours pas réussi à prélever les quelques gouttes de liquide nécessaires pour l’examen, et les formalités de sortie prennent du temps.

Nous ne parlons pas de la manière dont s’est passé l’accouchement. Mon chagrin est tellement grand, j’ai peur de craquer en présence de cette étrangère. Devant elle comme devant les infirmières, je fais bonne figure, je souris. Je veux juste être tranquille et retourner chez moi, auprès des miens.

Lorsque ma grande fille et ma belle-mère reviennent, la petite est endormie sur le côté, dans son couffin, une petite main potelée glissée sous le menton. Enveloppée dans un linge blanc, elle a l’air paisible, angélique. Nous restons longtemps à la contempler.

Il fait gris, des nappes de brouillard couvrent les hauteurs de la ville. J’ai du mal à reconnaître le quartier depuis ma fenêtre. Il y a des parkings, un immeuble de bureaux, un supermarché, une tour d’habitations qui me rappelle l’hôtel sinistre, en banlieue de Prague, où j’étais descendue lorsque j’étais étudiante.

La nuit venue, je sens l’angoisse qui monte. L’éclairage blafard accentue la vétusté de la pièce, je n’en peux plus du bruit continu des ventilateurs sous la fenêtre, du lit inconfortable, des murs nus, sans âme, de la poussière qui colle à mes pieds sur le carrelage froid. Je ne connais du service que ce bout de couloir où passe parfois une femme en travail, parfois une mère berçant son bébé, l’employé chargé du ménage ou celui qui distribue les repas, et une multitude d’infirmières dont je n’arrive pas à retenir les noms. L’hôpital est une immense machine dont je ne perçois que quelques rouages, un pays hostile dont je ne sais ni la géographie, ni les usages. Dans un demi-sommeil j’imagine qu’un médecin sadique, tout droit sorti d’un film d’épouvante en noir et blanc, profite de mon infirmité pour tester sur moi un produit douteux.

4e jour – Je ne désire qu’une chose, rentrer à la maison. Les résultats des examens ne sont pas encore arrivés, mais ma fille se porte bien, elle a repris du poids et tète correctement. L’infirmière prend rendez-vous avec le pédiatre pour la visite de sortie et prépare les papiers à remplir.

Je quitte la chambre pour la première fois: la salle de bain est située à l’autre bout du couloir. Sur un panneau sont affichés des prospectus sur l’allaitement, les coordonnées de différents organismes de soutien aux parents, les photos de plusieurs bébés nés ici, avec des petits mots de remerciements. Je passe devant le petit comptoir d’accueil, il y a un bouquet de fleurs et à l’arrière, de larges fenêtres qui donnent sur le fleuve, scintillant sous le soleil. Je reconnais quelques-unes des infirmières qui se sont occupées de moi ces derniers jours.

La salle de bain est petite, chaude et embuée de la douche prise par une autre maman avant moi. Il y a seulement un tabouret, à côté du lavabo, pour poser les vêtements et les affaires de toilette. Je retire mes chaussures, trop serrées pour mes pieds gonflés. Le sol est mouillé, glissant. J’entre prudemment dans la baignoire. Je ne peux pas encore me redresser complètement. Je ne peux pas me laisser aller tout à fait, les pleurs qui viennent sous l’eau chaude contractent mon ventre douloureux. Ma fatigue est immense.

La gynécologue me rend visite une dernière fois. Elle me donne les consignes : pas de charge lourde pendant dix jours (interdiction de porter ma grande fille), pas de bain pendant deux semaines, visite de contrôle dans six semaines; en cas de douleur aigue, de saignement abondant, se rendre aux urgences; éviter de tomber enceinte avant neuf mois. Elle laisse une ordonnance pour des antalgiques, du fer, un laxatif et une pilule contraceptive.

L’infirmière décolle délicatement le pansement. Elle retire les agrafes une à une et les remplace par des petits morceaux de sparadrap. Après quelques instants, retenant mon souffle, j’ose regarder le bas de mon ventre. Il n’y a qu’une seule cicatrice, étonnamment nette et courte, à l’endroit précis où se trouvait la première.

C’est déjà l’heure du déjeuner. Mes affaires sont rangées, mon conjoint est arrivé avec le siège pour transporter la petite, nous avons rempli les papiers pour l’état civil. L’infirmière perçoit mon impatience, elle m’invite à la suivre jusqu’au bureau du pédiatre. Le médecin, un homme d’âge mûr à l’air sympathique, accepte d’examiner ma fille dans les minutes qui suivent. Il la trouve en parfaite santé, particulièrement tonique. Les sages-femmes effectueront le suivi pendant les six prochaines semaines.

L’attente pour les dernières formalités est interminable. Mon bébé pleure beaucoup. J’hésite à demander de l’aide, j’ai peur qu’on découvre un nouveau problème nécessitant de prolonger la surveillance. Une jeune infirmière vient finalement, emmaillote puis berce énergiquement la petite, le bout d’un doigt glissé dans sa bouche. Quand nous quittons la chambre tous les trois, ma petite dort profondément.

Nous sortons de l’hôpital en plein soleil, une brise d’air chaud souffle sur mon visage. J’ai l’impression d’atterrir après un long voyage. En quelques jours, les arbres dénudés se sont couverts de feuilles, les dernières traces de l’hiver ont disparu. Je ne dis pas un mot durant le trajet. Les secousses me font mal au ventre. Je suis en état de choc.

Ma belle-mère a rangé et nettoyé l’appartement, elle a mis des draps propres dans le lit, ça sent le frais. Je pose mes affaires en vrac dans un coin de la chambre. Mon conjoint va chercher notre grande fille à la garderie. Après un temps de retrouvailles, elle retourne à ses jeux habituels. J’essaie de dormir un peu.

Le soir, je rédige et j’envoie par mail le faire-part de naissance, je veux mettre de côté la douleur et rendre le bonheur palpable, que la famille, les amis, les connaissances se réjouissent et admirent notre si jolie petite fille.

Mon bébé dort avec moi. Dans l’obscurité angoissante, je l’écoute, la caresse, la respire, je la presse contre mes seins gonflés de lait. Je savoure son petit corps parfait, presque nu, sans l’entrave du coussin qu’avait porté sa sœur pour réparer ses hanches. Le contact charnel, animal, adoucit un peu la violence de cette mise au monde.

Jeudi, j’appelle I. et tombe en pleurs au téléphone. Elle a eu le compte rendu de l’accouchement par C., j’ai de quoi être bouleversée! Je lui fais part de mes doutes: pour moi, l’infirmière s’est trompée en cochant la case « césarienne en urgence » dans le questionnaire de sortie. Mais C. « a vu la peur dans les yeux du médecin », elle croit que l’intervention était justifiée. I. me conseille le repos absolu, elle m’invite à me concentrer sur le moment présent. Les explications viendront en leur temps.

Aujourd’hui je pleure encore cette naissance et celle de ma première fille.

Naissance respectée de jumeaux, dans le 92

9 Fév

Suivie en accompagnement global par le groupe naissance en région parisienne, on m’avait vendu le respect de la physiologie, du terme 41SA, aucun geste médical non motivé etc.
effectivement j’ai eu peu d’échographie, très peu de toucher vaginal (peut-être 3), et pas de déclenchement… même si je suis allée voir un acupuncteur le 23 décembre à 40SA +4, le gynéco commençant à stresser pas mal. Mon col était ouvert à 4 ou 5 cm, depuis déjà une ou deux semaines. Le premier jumeau est en siège. Nous ne connaissons pas les sexes. J’ai déjà fait 2 accouchements sans péridurale, mais à chaque fois avec une anesthésie générale pour une révision utérine.

J’ai écrit à peu près ça le jour de la naissance :

Je n’arrivais pas à trouver le sommeil. Vers 1h du matin je me suis levée. Vers 1h20 j’ai trouvé que les contractions faisaient plus mal que d’habitude. Elles étaient interminables, impossible de déterminer une fréquence. Vers 1h40 j’ai appelé F. (FCD). ma sage-femme : elle m’a donné rendez-vous à la maternité. Nous avons rassemblé les dernières affaires, et réveillé mon père qui était resté pour garde les aînés. Les grands dormaient trop profondément… Arrivée à la maternité vers 2h, en même temps que F. qu’on trouve à la porte. Dans la salle de naissance elle me dit que je suis presque à dilatation complète. Nous gérons les contractions douloureuses. Moi debout penchée appuyée sur un plan de travail, D (le papa) massant le bas du dos. les mains caressantes de F. sur les fesses font du bien aussi. Nous essayons de bien nous comprendre pour que D. comprenne ce que je demande « masse le point », « masse de bas en haut ». La douleur, grâce à ces massages, est vraiment beaucoup plus facilement supportable. du liquide commence à couler. Nous n’avons pas oublié les remèdes homéopathiques. F. prend une veine, très difficilement (elle y arrive enfin à la troisième tentative..) elle écoute le coeur des bébés. N. (le gynéco) arrive. Après 30 minutes.1h ils me demandent de laisser pousser… mais je ne sens rien qui pousse !

Je m’installe à genoux sur la table d’accouchement, notamment parce que je commençais à me sentir mal (baisse de tension). La tête dans les oreillers, je suis mieux. J’ondule… les contractions sont très douloureuses j’ai vraiment besoin des massages. D. et F. se relayent. Ils me demandent encore de pousser alors que je ne sens pas pousser. je fais du mieux que je peux… Et effectivement, je sens passer les fesses, puis .. les épaules.. ? puis la tête du premier bébé : moment magique, incroyable ! Ils me disent de l’attraper. Mais de ne pas le tirer trop fort sur le cordon. C’est une fille ! je déboutonne ma chemise pour l’avoir contre moi. Elle est belle ! Peut-être la pédiatre entre à ce moment-là, prend son pouls. Le cordon est coupé.

N. me dit qu’il va encore avoir besoin de moi dans 5 min. Il est 3h. Ma première fille va contre le ventre de son papa.

N. a besoin que je sois sur le dos pour vérifier la présentation du deuxième bébé. Je suis heureuses et épuisée, je veux voir mon premier bébé, il est sous le T-shirt de son papa ! Pour le deuxième, c’est bien une tête, F. maintient le bébé dans l’axe. Je peux me remettre à genoux (difficilement, je n’ai pas envie). N. perce la deuxième poche avant. « c’est obligatoire ? » je demande. « oui c’est obligatoire » il répond. Je tremble de tous mes membres difficile d’y retourner. Les contractions reprennent même si je les sens peu au début : mon ventre est déjà beaucoup plus distendu. Je dois de nouveau pousser « dans le vide ». Voyant que ça me gêne de pousser quand ils demandent, N. me dit que je peux gérer comme je veux. Je n’aime pas sentir ses doigts, ça me fait mal, je râle. Il comprend que quelque chose n’est pas tout à fait comme attendu, ça devrait être plus facile. Il me fait m’installer sur le côté, une jambe dans l’étrier, l’autre sur son épaule. Je pousse le plus fort possible.. (en bloquant, depuis le début, j’y arrive mieux qu’en soufflant comme ils demandent). D. est loin, avec le premier bébé.. Je pousse tellement sur N. qu’il ne peut plus opérer, F. remplace son épaule. « elle a de la force », dit-il ! Finalement la tête du deuxième sort, et ils me demandent d’arrêter de pousser, de laisser sortir le reste du bébé. Ouf ! Je l’attrape et la met sur moi, elle est un peu bleue, c’est une fille ! On me rassure sur sa couleur.

La pédiatre passe faire un deuxième tour et je récupère mes deux bébés sur moi. L’anesthésiste passe la tête pour nous féliciter. N. prévient que ça n’est pas fini, il reste la délivrance.

Je sens effectivement N. appuyer sur le ventre, ça fait mal ; je sens le sang couler. Je me concentre sur le si beau visage de ma première fille, pour l’instant je vois peu la deuxième, qui est bien confortablement sur mon sein. Je pousse pour le placenta, je le sens passer. . N. n’a pas l’air de vouloir en finir, il en reste, je me concentre sur le visage de mes filles, il me fait mal en appuyant sur le ventre. F. injecte (pour la deuxième fois ?)du syntocinon pour aider. Et finalement il arrête, mais je dois lui demander si c’est bon. « pour l’instant oui » dit-il.  « Ah mais dites-le je m’inquiète moi ». Finalement il « vérifie » encore une fois Argh !

On enlève complètement chemise et soutien gorge, et nous restons là tranquillement à proposer le sein. On prend ma tension qui est bonne. Vers 4h15 je crois on pense à aller peser les petites. Avant d’aller en chambre et que D. déballe les affaires, N. m’explique que la deuxième était en « os » (occipito-sacré) c’est à dire le regard tourné vers le ventre de la maman plutôt que vers les fesses. Il vient de me répéter que c’est un sacré exploit de l’avoir sortie sans instruments… Eh bien, un siège, un OS, voie basse sans péridurale, on peut être fiers de nous ! Et tout ça en 2h Smile (1h30 à la maternité)

Elles pesaient 2kg880 et 3kg170 à la naissance.

#345 Lucie, dans le Val-de-Marne (94)

8 Fév

Je suis enceinte. J’ai 20 ans. Nous sommes en couple depuis 5 ans. Je suis déjà tombée enceinte un an plus tôt et nous avons fait le choix de l’avortement. Suite à cette IVG j’ai fais une dépression qui a nécessité un traitement médicamenteux. Mon traitement est arrêté en Août : au mois d’Octobre, je suis de nouveau enceinte.
Je suis très informée sur ce qu’est l’accouchement en France aujourd’hui : j’ai travaillé comme Auxiliaire de Puériculture dans de grandes maternités parisiennes. Je sais ce dont je ne veux pas. Je ne veux pas de cette violence industrialisée, banalisée. Je ne veux pas me sentir violée, anesthésiée, charcutée, comme je l’ai entendu parfois dans la bouche des mères auprès desquelles j’ai travaillé.
En fait, tout de suite, je veux accoucher chez moi, en sécurité. Là où je me sens bien. Je n’ai jamais été hospitalisée et je n’ai pas envie de commencer, surtout pas pour donner la vie. Je veux accoucher dans mon cocon, avec mon conjoint, la seule personne au monde en qui j’ai une absolue confiance, et éventuellement l’assistance d’une SageFemme.
Je me fantasme accouchant seule dans mon lit ou ma baignoire, en pleine possession de mon corps et gérant
ma douleur naturellement, instinctivement. Cette vision m’apaise et me sécurise.
Mon conjoint me fait confiance dans mes projets : c’est mon corps, mon instinct, je sais ce qui est bon pour notre bébé et moimême.
Il est un peu réticent, à peine, au sujet de l’accouchement à domicile, mais ma profonde conviction et mes arguments (appuyés par une documentation fournie !) ont vite raison de ses doutes.
Je parcours les numéros des SagesFemmes libérales de la région parisienne : l’une part en vacances à la date prévue de mon accouchement, l’autre est très froide au bout du fil et m’informe qu’elle ne prend plus de nouveaux parents. Je suis blessée et effrayée par la complexité de l’affaire : je me vois forcée d’accoucher à l’hôpital, faute d’alternative. Je n’ai pas le choix. Je me résigne à devoir accepter un accouchement en Maternité, et cette pensée me fait violence. Je me sens forcée.
A partir de ce moment de la grossesse, j’ai des phases régulières de panique en imaginant mon accouchement : je me vois ficelée à une table, le sexe ouvert mutilé, la lumière crue, tous ces gens, c’est un viol, voilà, c’est cela dans ma tête, rien d’autre. Mon conjoint ne comprend pas ma terreur et la minimise. Je me renferme. Je garde mon désespoir et ma peur en moi. J’envisage parfois d’accoucher seule à la maison, pendant que mon conjoint sera au travail, de ne pas me rendre à la Maternité. De faire ça toute seule, sans personne pour violer mon intimité. C’est la seule pensée qui m’apaise un peu, même si je sais qu’elle est illusoire : au fond de moi, je sens que je n’ai pas cette force d’être seule face à l’inconnu d’un premier accouchement.
Je découvre le concept du plateau technique, et un SageFemme libéral qui le pratique dans le grand hôpital à deux pas de chez nous. Cela me semble l’option la plus acceptable. Nous le rencontrons : il est sympathique, son approche de la grossesse et de la naissance me plaît, respectueuse et physiologique. Il accorde une grande place à l’entité parentale, pas seulement à la mère, et c’est important pour nous. Mon conjoint aussi est à l’aise avec lui. Nous ferons la route ensemble, même si je garde ce sentiment profond de faire un choix par défaut.
La grossesse se passe très bien physiquement. J’arrête cependant de travailler rapidement car je suis épuisée par les trajets interminables. Je sens que j’ai besoin de temps pour moi, pour me centrer et investir cette grossesse qui fait remonter à la surface d’anciens démons et beaucoup d’angoisses primitives. Quel bouleversement !
Le suivi de grossesse est respectueux : je n’aurais aucun toucher vaginal avant ma dernière consultation, car il n’y a aucune raison valable pour en faire. Je fais, avec mon SageFemme, une préparation à l’accouchement adaptée à mon souhait de ne pas prendre la péridurale : on discute des positions, de la gestion de la douleur, on fait de la sophrologie. Mais mon angoisse persiste malgré toute sa gentillesse. Je sens que je le pousse dans ses retranchements: je voudrais ne pas être perfusée d’office à l’arrivée à la Maternité, par exemple, et je me heurte à un
refus catégorique. Cela peut sembler anodin, mais le fait de sentir que je n’ai pas le droit de refuser un acte invasif creuse un fossé entre nous. Et je ne parviens plus à parler de ce qui me touche et m’inquiète : je le laisse se préoccuper de mon corps qui va si bien et je passe sous silence mon mental qui lui, ne suit pas.
Malgré mes efforts pour faire des choix éclairés, de nombreuses choses ne me conviennent pas. Mon SageFemme
ne fait pas les échographies et me dirige vers une gynécologue.. Son ton est froid. Elle me fait mal, elle a des remarques déplacées sur mon physique, elle ne nous met pas à l’aise. Je me souviens pourquoi je ne suis plus suivie gynécologiquement depuis des années, mais bizarrement, je n’ai pas la force de chercher quelqu’un d’autre. Je me sens piégée dans ma grossesse, dans ce qui m’est imposé à ce sujet : on attend de moi que je sois docile et béate. Je pensais que porter la vie me rendrait forte, puissante et fière; à l’inverse, je me sens infantilisée face au corps médical. Je m’estime “chanceuse” d’avoir opté pour un suivi global où je bénéficie d’un interlocuteur privilégié en la personne de notre SageFemme; je n’imagine pas ce qui se serait passé si j’avais opté pour un suivi plus conventionnel. Au moment où mon SageFemme remplira mon dossier pour la Maternité, il me demandera si
j’ai vécu des agressions sexuelles. Mon conjoint est à côté de moi. Oui, j’ai subis des violences sexuelles quand j’étais adolescente, mais comment vous dire ça maintenant, entre mon poids et mes antécédents familiaux ? Je ne dirais rien, et lui ne s’attardera pas sur mon malaise pourtant bien visible. Rien non plus sur mes addictions passées, quelques questions plus tard : trop tard, je suis fermée, vous m’avez fermée par votre indélicatesse. Dommage. J’aurais tellement eu besoin de parler de tout cela, précisément, de ces angoisses que la grossesse fait ressurgir. On
semble parfois oublier que la grossesse et l’accouchement sont des évènements de la vie sexuelle d’une femme, qu’ils sont dans la continuité de ses expériences, de son vécu. Mon ventre me semble dissocié de moi, on traite ma grossesse comme une personne à part entière.
J’ai du mal à investir ma grossesse, j’ai du mal à me projeter, à caresser mon ventre, à parler à mon bébé. Et je ne peux le dire à personne. A mesure que ma silhouette se transforme et que mon bébé donne des signes de vie, je parviens cependant à tisser ce lien délicat entre lui et moi.
L’échographie nous a montré qu’il s’agit d’une fille et j’en suis très heureuse. J’évite de penser à l’accouchement même si je suis toujours hantée par mes peurs. Je souffre aussi, malgré tout : je me sens lourde, impotente, douloureuse. Mais comme “tout va bien”, je n’ai pas vraiment l’autorisation de me plaindre. Mon conjoint et moi-même,
sentant la fin de la grossesse approcher, nous soudons face à l’inconnu. Mais je me sens toujours isolée et incomprise. Je regrette de ne pas avoir la force de demander de l’aide, mais j’ai la sensation que mon énergie
est monopolisée par et pour mon enfant. J’aurais souhaité qu’on me tende la main, qu’on fasse le premier pas, peut-être en me demandant sincèrement comment je me sentais, en tant que personne et pas seulement en tant que future mère.
La veille de mon terme prévu, je n’ai toujours aucun signe annonciateur de l’accouchement. Mon SageFemme
m’annonce que si je n’ai pas accouché à la date prévue, on me déclenchera à DPA+1 : c’est le protocole de l’hôpital dans lequel il officie et il n’a pas le pouvoir de lutter contre.
Je n’avais pas du tout envisagé cette possibilité et cela me révulse. Je déteste l’idée de mettre mon bébé dehors de force et dans la violence qu’induit un accouchement déclenché artificiellement, alors qu’il ne montre aucun signe de détresse. On ne nous laisse donc aucune chance ! Mais, moi non plus, je n’ai visiblement pas le pouvoir de lutter contre.
Le SageFemme me fait mon premier toucher vaginal pour contrôler l’état du col utérin, qui est légèrement ouvert. Je sens qu’il fait un geste sur mon col que je ne connais pas, désagréable. Il s’aperçoit que je l’ai remarqué et me fait un petit sourire en coin : “Je décolle les membranes”.
Je suis stupéfaite. Le décollement des membranes n’est pas anodin, et il ne m’a pas demandé mon avis. Il a fait ce geste sur mon corps, sur mon sexe, sur mon bébé, sans me demander mon avis. Il prend ce risque sans s’assurer que je sois informée des conséquences que cela peut engendrer.
Je n’arrive plus à parler. J’ai envie qu’on en finisse : j’ai mal partout, je suis épuisée d’avoir peur, d’appréhender, de sentir que mon corps m’échappe, que je ne contrôle rien. Le SageFemme est sûr que je vais accoucher dans la nuit, moi pas. Il s’aperçoit qu’il a oublié de faire un test important concernant la présence de Streptocoque B dans ma flore vaginale, et me demande de passer au laboratoire avant de rentrer chez moi.
Pendant le trajet, je sens que je commence à perdre les eaux. La poche est fissurée. A cause du geste qu’il a posé sans préavis, il a déclenché les évènements. Je marche toute l’après-midi, je passe au laboratoire. Je rentre chez moi. Je nettoie la maison du sol au plafond. Je ne pense plus à rien. Je préviens mon conjoint que l’accouchement ne va plus tarder. On prépare mon sac. Toute la nuit, je prête attention à mes contractions irrégulières, peu douloureuses, que
j’essaie de forcer en roulant du bassin sur mon ballon d’accouchement. Mais le travail n’a pas commencé. Je sais que ce n’est pas le moment, que mon bébé ne viendra pas tout seul, que la poche des eaux ne se serait jamais fissurée naturellement aujourd’hui. Je sais qu’en fait, mon SageFemme m’a déjà déclenchée artificiellement en décollant les membranes, parce qu’il voulait se conformer au protocole de son hôpital. Il n’a pas laissé à mon bébé une chance de
naître naturellement. Et je suis en colère contre lui, en qui j’avais une relative confiance jusqu’alors. Je n’ai même plus peur : je veux juste en finir, je veux que mon enfant naisse. J’ai le sentiment que la naissance de mon bébé est gâchée, et je culpabilise de ne pas mener ma grossesse à terme moimême, de ne pas savoir/pouvoir accoucher par moimême.
Le lendemain matin, les contractions se sont arrêtées. Le SageFemme essaie de me joindre au téléphone et je suis bien obligée de décrocher. Il vient d’avoir les résultats d’analyse : j’ai énormément de Streptocoques B. Comme la poche des eaux est fissurée depuis la veille et qu’il y a un risque d’infection pour le bébé, on doit déclencher l’accouchement. Une raison de plus, j’ai envie de dire. On se donne rendezvous à la Maternité. Il y a comme un sentiment d’urgence, de pression, je me sens forcée, pressée, compressée par son inquiétude.
Arrivés à la Maternité nous allons directement nous installer en salle de travail. C’est une trop grande salle froide carrelée, avec une baie vitrée donnant sur les arbres. Il y a une table d’accouchement sans étriers et face à la table, des placards et du matériel médical. C’est aseptisé, immense, étranger. J’ai du mal à me dire que je vais donner naissance à ma fille ici, dans cet endroit anonyme et froid, mais je me fais violence pour me “mettre dans le bain” :
après tout, je n’ai pas le choix, autant faire de mon mieux pour que cela se passe le moins mal possible. Je fixe mon attention sur le joli paysage par la fenêtre, dans le soleil de fin d’aprèsmidi.
Je passe la blouse de l’hôpital. Je ne veux pas enlever mon bracelet portebonheur, mais c’est obligatoire au cas où une intervention d’urgence serait nécessaire, alors j’obéis. La pose de la perfusion la première de ma vie m’arrache
des larmes de douleur. Comme l’accouchement est déclenché j’ai droit au monitoring en continu : je peux me déplacer sommairement avec, mais mes mouvements perturbent l’enregistrement et je dois sans cesse veiller à ce qu’il reste en place. Le SageFemme me dit de ne pas m’en préoccuper, mais c’est difficile d’occulter ce bruit permanent et tous ces fils. Il me prévient que la douleur des contractions va être plus violente et soudaine que si l’accouchement était spontané : mais plus violente que quoi ? Je n’ai encore jamais accouché !
Je m’assois sur le ballon, mon conjoint face à moi. Je gère les premières contractions ainsi : nous discutons tous les trois tandis que je bouge mon bassin au rythme des vagues qui se succèdent. Très vite, elles sont plus rapprochées et plus puissantes. Le SageFemme me prévient chaque fois qu’il augmente le débit de la perfusion, ce qui est plus anxiogène qu’autre chose. Quand la contraction arrive, je m’enroule sur moimême et je serre très fort les mains de
mon homme. Ce contact physique avec lui m’est indispensable en permanence, c’est la seule chose qui me garde sur Terre; sans ce contact je pars très loin… L’intensité des contractions me stupéfie. A chaque contraction, désormais, je n’entend plus rien, je ne vois plus rien, je suis submergée par cette douleur brûlante qui n’est pas localisée mais générale, dans ma chair et dans ma tête, partout en même temps. Rien à voir avec ce dont on avait parlé pendant la
préparation à l’accouchement.
J’entends les hommes qui discutent sans être capable de donner du sens à leurs mots. Leurs voix sereines me réconfortent cependant entre deux contractions, c’est un fond sonore agréable.
Parfois mon homme m’encourage doucement mais je ne peux pas lui répondre, ma voix ne sors pas. J’ai la sensation d’être dans un monde parallèle, de perdre le contrôle de mon corps, de mes sens, ce qui est déroutant et effrayant. La douleur prend de l’ampleur continuellement. J’ai du mal à reprendre mon souffle.
Je ne parviens plus à gérer la douleur assise, un poids pèse sur mon périnée en permanence.
Je crois que je le mentionne oralement car mon SageFemme me propose de me mettre debout en m’appuyant sur le lit. Je me lève en trébuchant : je me sens ivre. Est-ce que c’est ce qu’il y a dans la perfusion qui me rend ainsi ? Je pose les deux mains sur le lit et une contraction très violente arrive immédiatement. Je suis submergée par la douleur et par la peur. Debout au milieu de ce lieu inconnu, seule, noyée dans ma douleur sans le contact physique de mon homme, je me sens vulnérable, en danger. Je suis terrorisée.
On m’aide à monter sur le lit et je m’y retrouve allongée sur le dos, position fortement anxiogène pour moi, mais j’ai trop mal pour verbaliser mes émotions. Le SageFemme me propose un toucher vaginal pour vérifier l’avancée du travail : le col est ouvert à 4. Cette période de l’accouchement est très confuse dans ma mémoire : je déraille complètement. Je me dis que je ne vais pas survivre, je pleure comme une enfant en m’accrochant à mon homme. Comme s’il pouvait prendre ma douleur, j’attrape la main du SageFemme pour la poser sur mon ventre
pendant une contraction, mais il la retire, visiblement embarrassé.
J’ai une sensation profonde, bestiale, de mort imminente. Ce n’est plus de la douleur, c’est de la souffrance, il n’y a aucune pause entre les contractions. Allongée sur le dos, les cuisses serrées l’une contre l’autre, je me tortille à chaque contraction comme pour la bloquer, la freiner, mais en vain. J’en arrache même ma perfusion à force de me tordre de douleur mon SageFemme me dit qu’il n’a jamais vu ça avant.
Quelque part, le fait que les hommes restent sereins autour de moi me permet malgré tout de garder un contact avec la réalité. On essaie le masque de gaz relaxant, mais c’est pire, car je me sens étouffée en dessous. Le SageFemme
et mon homme me préviennent qu’ils vont sortir un instant. Mon homme me racontera lui avoir demandé s’il était normal que j’ai aussi mal, car il commençait à avoir peur pour moi. Ce moment de solitude est douloureux mais bénéfique : je suis profondément désespérée de ne pas être comprise et aidée, mais je comprends que je vais devoir lutter seule et que je dois trouver par moimême ce qui peut me soulager.
Le SageFemme me fait un nouveau toucher vaginal : le col est ouvert à 6. Il me propose de percer la poche des eaux : cela risque d’être plus intense ensuite, mais aussi d’accélérer considérablement l’avancée du travail, selon lui. J’accepte car j’ai envie d’en finir. Il perce la poche des eaux : j’ai un fou rire en sentant toute cette eau chaude jaillir hors de moi, c’est inattendu, cela me soulage d’un poids ! Nous rions un peu, l’atmosphère redevient plus sereine,
plus confortable. Le SageFemme me propose de m’asseoir en tailleur et installe une barre au dessus du lit de façon à ce que je puisse m’y accrocher au moment des contractions. Il me rappelle de me recentrer sur ma respiration et me propose de pousser sur la barre au moment de l’expiration. Sur un poste radio, il met la musique que nous utilisions pendant les séances de sophrologie : c’est rassurant même si j’en fais très vite abstraction, comme tous les sons
environnants. Dans le brouillard, j’entends la voix de mon SageFemme, cette parole isolée en réponse à mon homme inquiet : “Maintenant, elle est dans sa bulle.”
Je me concentre entièrement sur ma respiration, je la visualise et l’accompagne. Curieusement, la douleur des contractions a disparue : elle est remplacée par une puissante envie de pousser !
En fait, mon corps pousse tout seul, sans que je puisse maîtriser cet effort. Mon utérus est maître de la situation. C’est une sensation qui n’a jamais été mentionnée en cours de préparation à l’accouchement. Je suis soulagée de ne plus avoir mal, de ne plus être dans la douleur vive, mais cette sensation de poussée me déroute et me fait peur. C’est si dur de lâcher le contrôle quand on ne se sent pas parfaitement en confiance et sécurisée… Je ne peux pas.
Je voudrais, mais je ne peux pas. J’aurais tellement besoin d’être dans mon cocon familier, sentir l’odeur de mes draps, de mon homme contre moi, pour pouvoir enfin lâcher prise… Mais ici, de cette façon là, je ne peux pas.
Je signale à mon SageFemme que “ça pousse”. Il me répond simplement de laisser aller. Alors que j’aurais besoin d’être accompagnée, je me sens à nouveau piégée dans mon corps, seule. Malgré moi, je vais lutter contre cette poussée. Entre chaque contraction, je somnole sans m’en apercevoir. Je suis épuisée. Quand la poussée arrive, je suis incapable de la laisser aller. J’ai beau essayer de faire le vide dans mon esprit, mon bassin se bloque et je me retiens. Tous mes muscles tremblent dans cet effort. Je pourrais rester ainsi indéfiniment, suspendue dans le temps, dans les âges, entre deux états, entre deux étapes.
Subitement, j’entends la voix de mon SageFemme, anxieuse : “Bon, il faut y aller.”
J’ouvre les yeux. J’ai la sensation de me réveiller d’une très longue sieste : dehors, il fait nuit ! Je ne comprends pas. La sensation de poussée à disparue. Le SageFemme m’explique que le coeur de mon bébé commence à ralentir et qu’il va falloir pousser pour la faire sortir rapidement, tout en braquant sur mon corps l’énorme projecteur accroché au plafond. Je le vois préparer du matériel et enfiler un masque.
Je ne comprends plus rien. Je ne comprends pas comment j’en suis arrivée là, alors qu’il y a si peu de temps j’étais transpercée par cette poussée si puissante. Pourquoi est-ce qu’il ne m’a pas encouragée à pousser à ce moment là ? Pourquoi m’avoir laisser m’épuiser ainsi dans mes contractions, au point de m’endormir, alors que j’avais juste besoin qu’on m’encourage et qu’on me guide ?
Je suis assise sur le lit, les cuisses ouvertes au maximum, presque accroupie. J’ai toujours des contractions, mais elles semblent ralenties, anesthésiées, endolories comme tout le reste de mon corps. Mon homme est à ma droite et me tient la main. Une Aidesoignante est à ma gauche. Elle demande au SageFemme : “Tu vas faire une (poussée) dirigée ?”. Je me sens impuissante, incapable. Je m’efforce de pousser tandis que l’Aidesoignante appuie sur mon ventre. Elle s’excuse de me faire mal car elle y met vraiment toute sa force : je me souviens lui esquisser un sourire et lui répondre quelque chose comme “au point où j’en suis”.
Mais je n’arrive pas à pousser correctement. Mon corps m’échappe une nouvelle fois, traître. J’ai du mal à rassembler mes forces et à comprendre comment je dois pousser, maintenant que la sensation de poussée naturelle a disparue. Le SageFemme me dit qu’il va faire une anesthésie locale et, sans même me demander mon avis, enfonce une aiguille d’une taille considérable dans mon aine pour injecter le produit. C’est extrêmement douloureux. Mais pourquoi une
anesthésie maintenant ? Je n’avais pas mal ! Il semble confus de ma réaction et bredouille que maintenant, il est bien obligé de faire l’autre côté… J’en pleure de douleur tandis qu’il pique à nouveau. C’est complètement inutile.
Je pousse encore, mais cette anesthésie locale m’empêche de sentir correctement ce que je fais. Déjà que je n’ai plus envie de pousser depuis un moment, ça devient très compliqué… Le SageFemme me menace : si je n’y arrive pas toute seule, il faudra faire venir le Gynécologue.
Je balbutie en pleurant que je ne comprends pas comment je dois pousser. Finalement, je ne sais trop comment, je parviens à faire émerger la tête chevelue de mon bébé : je vois son reflet dans le carrelage du mur. Mon conjoint va jeter un coup d’oeil ému puis revient vite me tenir la main pour m’encourager. Cette vision furtive me donne la force de la sortir complètement à la poussée suivante.
J’ouvre les yeux le temps de voir ma fille, un peu violette, passer au dessus de mon corps sans s’y poser. Je crois lui avoir dit “Je t’aime”. Le SageFemme et l’AideSoignante partent immédiatement avec elle dans la salle adjacente. Mon homme me regarde avec inquiétude. Je crie : “Vas avec elle !” et il disparaît lui aussi. Cet instant de solitude semble durer une éternité.
Ma fille qui ne pleure pas, mon corps douloureux, vide, écartelé. Par respect pour elle, je ne pleure pas non plus jusqu’à ce que son premier cri me parvienne enfin. Alors les larmes coulent toutes seules. Ma tête est vide, je ne pense plus. Je suis seule. Je suis vide. Je voudrais mes amours près de moi, ma fille, mon homme. L’AideSoignante
passe à côté de mon lit. Je lui demande si tout va bien pour ma fille, et elle me répond avec surprise que oui, bien sûr, qu’elle avait juste besoin qu’on la stimule un peu car elle était fatiguée, mais que tout va bien maintenant. Puis elle me félicite, me souhaite une bonne nuit et s’éclipse.
Le SageFemme revient avec ma fille dans les bras : il propose à mon homme de la prendre en peau à peau pendant qu’il me fait quelques soins. Il appuie sur mon ventre, c’est désagréable, et me demande de pousser pour voir : le placenta sort d’un coup. Le SageFemme nous demande si on veut le voir : on jette un coup d’oeil, mais ça ne nous passionne pas autant que lui. Il m’ausculte. J’ai deux déchirures, sur la lèvre et à l’entrée du vagin, mais le périnée est intact. Il va me recoudre à vif : je suppose qu’il ne peut pas faire une nouvelle anesthésie locale aussi rapidement après la première, bien qu’elle ne fasse absolument pas effet. Je sens tout. C’est insupportable. Il minimise ma douleur sur le ton de l’humour.
Je ne lâche pas des yeux ma fille, blottie nue contre le torse de son Papa, dans une couverture chaude. Cette vision merveilleuse me permet d’endurer en silence la douleur. Ils partagent ces premiers instants et cela me réconforte de savoir qu’ils vont bien, qu’ils sont ensemble, qu’ils se câlinent.
La “couture” est longue et douloureuse. Je n’en peux plus, je suis toujours dans la position où j’ai accouché et mes cuisses tremblent comme des feuilles mortes. Je me sens partir, je suis comme shootée, j’ai de gros vertiges. Je le signale à mon SageFemme qui ne semble pas s’en affoler et termine son travail. Mon homme est impatient de me présenter ma fille et me la dépose dans les bras : son corps chaud contre le mien me fait un bien infini. Elle se met rapidement à gémir et à se tortiller : je lui propose spontanément le sein, qu’elle atrappe facilement pour une
première tétée. Je devrais déborder de bonheur, mais je me sens anesthésiée, vidée. Je contemple ma magnifique petite fille sans parvenir à ressentir quoi que ce soit d’autre que mon épuisement et ma douleur.
Notre SageFemme nous laisse un moment seuls et nous profitons de cette tendre intimité à trois. Je me sens dissociée de mon corps, toujours ivre. Je suppose que cet état second, qui se poursuivra toute la nuit, est un effet des médicaments qui m’ont été injectés. Lorsque le SageFemme revient, ma fille est toujours au sein : j’aurais apprécié qu’il vérifie ma position d’allaitement, mais je n’ai pas le temps de lui demander, car il nous signale qu’il faut monter en chambre. Mon conjoint habille ma fille car je suis trop épuisée pour le faire. Le SageFemme
me nettoie, me met une protection hygiénique et m’aide à m’installer dans le fauteuil roulant. Je ne tiens plus sur mes jambes. Mon homme me dépose ma fille toute emmitouflée dans les bras. La tenir serrée contre moi est déjà un effort physique considérable, dans l’état où je me trouve. Mon homme nous embrasse une dernière fois avant de partir : il n’a pas le droit de passer la nuit avec nous. Je suis installée dans une chambre double. La mère qui est allongée dans le lit à côté du mien dort profondément, elle n’a pas son bébé avec elle. La sonnette destinée à alerter le personnel médical est accrochée dans son lit : il n’y en a qu’une pour nous deux.
Je m’installe seule, maladroitement, avec ma fille dans mon lit car elle a toujours envie de téter.
J’ai très mal au sexe et je sens que je saigne. J’ai des vertiges, des frissons, je tremble. J’ai froid et je me sens toujours shootée : j’ai des pertes d’équilibres et la vue brouillée. Je voudrais me lever pour aller aux toilettes car j’ai envie d’uriner et que j’ai besoin de vérifier mes saignements, mais je ne peux pas me lever seule. Je ne peux pas non plus appeler quelqu’un pour m’aider, puisque la sonnette est inaccessible.
Je vais donc rester ainsi de longues heures. J’essaie de trouver une position confortable pour allaiter et somnoler en même temps. En plein milieu de la nuit, une infirmière entre dans la chambre. Elle vient vérifier quelque chose concernant ma voisine. Je lui demande si elle peut m’aider à aller aux toilettes : elle me répond sèchement que puisque je n’ai pas pris la péridurale, je peux me lever seule. Je lui explique que j’ai très mal et des vertiges importants, mais elle fait mine de ne pas m’entendre. Je me débrouille pour aller seule jusqu’aux toilettes mais je dois
faire plusieurs pauses en chemin car je suis au bord du malaise. La seule réaction de l’infirmière devant mon état sera de m’ordonner de laisser la porte des toilettes ouverte au cas où je m’évanouirais.
Je lui demande si elle peut me procurer d’autres protections hygiéniques, car je saigne très abondamment et les miennes ne sont pas suffisantes : elle rechigne. Elle ne m’en apportera pas de la nuit. Uriner provoque une douleur extrême à cause de la suture récente et je ne sais pas si c’est normal. Lorsque je regagne mon lit, l’infirmière est déjà partie.
J’apprendrais plus tard que le personnel médical de l’établissement est très réticent à acceuillir les mères qui accouchent en plateau technique : en effet, tous seront ignorants, froids et même dédaigneux avec nous. Notre SageFemme nous dira sur le ton de la blague qu’à notre arrivée,
l’équipe soignante a parié avec lui sur le fait que je réclamerais une péridurale et sur l’heure de mon accouchement; et que nous avons “gagné”. Je préfère ne pas rapporter en détails l’attitude du personnel à mon égard : pour simplifier les choses, lorsque je n’ai pas été tout bonnement ignorée, j’ai reçu des critiques et des remarques infantilisantes et moqueuses.
Ainsi, on ne viendra se préoccuper de moi que le lendemain en début d’après-midi: auscultée par une infirmière, j’apprends que j’ai deux hématomes importants aux aines et le sexe tuméfié, ce qui explique mes intenses douleurs. Elle est très étonnée de découvrir qu’on ne m’a pas donné d’antalgique. Je souffre également de crevasses aux seins car personne ne s’est soucié de savoir comment se passait mon allaitement. Plus grave : personne ne s’est préoccupé de savoir comment se portait ma fille, pendant tout ce temps…
Le lendemain, mon homme me trouve dans un état d’épuisement avancé. Je n’ai pas dormi et je n’ai toujours pas reçu le moindre antalgique. Notre SageFemme fait un passage éclair dans la chambre pour vérifier mes saignements et mes sutures : il semble nerveux et confus devant le récit de ma nuit. Il insiste pour me prescrire une contraception hormonale alors qu’il n’y a aucune urgence, et ne se préoccupe pas de savoir si mon allaitement se déroule bien. Il nous dit être très occupé et ne pas pouvoir rester plus longtemps, nous nous verrons demain, lors du suivi à domicile que nous avons organisé.
En effet, nous avions prévu une sortie précoce, mais les transmissions n’ont pas été faites correctement au sein de l’équipe médicale et nous devons attendre de longues heures la visite du pédiatre avant de pouvoir quitter l’établissement. Nous apprenons, lors de cet examen, que les prélèvements faits sur notre bébé afin de vérifier qu’il n’a pas été infecté par le Streptocoque B, ont été perdus dans la nuit. Notre fille subit donc une seconde fois ce geste invasif. Nous devrions théoriquement attendre les résultats d’analyse avant de quitter l’hôpital, mais c’est tout à fait hors de question pour nous. Nous signons une décharge et nous partons aussi rapidement que possible. Je veux retrouver mon cocon, ma maison, mes repères, et pouvoir enfin dormir et être aidée par mon homme. Je veux pouvoir être suffisamment à l’aise et sécure pour enfin prendre le temps de tisser ma relation avec mon bébé, car jusqu’à ce que nous soyons rentrés chez nous, je serais trop mal physiquement et psychiquement pour investir ce lien autrement qu’en répondant à ses besoins primaires.
J’ai accouché il y a 18 mois.
Je peux enfin faire le récit de cette naissance sans être envahie par des émotions négatives, même si j’ai encore besoin de travailler sur ce traumatisme qu’à constitué l’accouchement pour le surpasser définitivement. J’allaite toujours ma fille aujourd’hui, et cet allaitement plein de douceur et de tendresse est une victoire, car à aucun moment je n’ai été conseillée ou guidée malgré mes difficultés de démarrage.
Nous ne savons pas encore quand nous aurons un deuxième enfant, mais une chose est sûre, c’est qu’il viendra au monde chez nous. Je n’aurais jamais pensé adopter un point de vue aussi extrême avant de vivre cette expérience, mais si aucune SageFemme ne peut nous accompagner dans un projet d’accouchement à domicile, nous nous débrouillerons seuls, pour éviter d’avoir à revivre ces évènements.

#344 Servane, la naissance de Tinael

8 Fév

Mercredi 18 septembre 2013

Ta naissance est imminente alors je profite des derniers instants avec ta sœur comme fille unique : nous allons faire une longue balade pour rechercher des coquilles d’escargots. Nous marchons presque 1h, elle veut aller voir le tractopelle en bas de la rue et me montrer la cantine. De retour à la maison, je fais un peu de repassage, prépare le repas et nous allons coucher Malou. On regarde un peu la télévision avec papa mais on monte vite se coucher, on fait un câlin avant de s’endormir.

Jeudi 19 septembre

2h29 : pause pipi de la nuit. Quand je remonte, une contraction douloureuse. Je regarde l’heure, on ne sait jamais, j’ai toujours eu le pressentiment que tu naîtrais aujourd’hui, une semaine tout juste avant ma DPA, comme pour ta sœur. J’essaie de me rendormir mais impossible, les contractions reviennent toutes les 7 à 10 minutes. Je reste 1h dans le lit mais elles commencent à devenir difficiles à gérer sans bouger et sans faire trop de bruit pour ne pas réveiller ton papa. Je décide donc de descendre dans le salon. J’allume les bougies et je me pose un peu sur le ballon puis à genoux, les contractions se calment un peu, j’en profite pour dessiner les plans de notre future maison.

Finalement, je remonte me coucher vers 4h40 et je réussis à m’endormir jusqu’au passage du camion poubelle qui comme toutes les semaines réveille ta sœur qui court jusque notre chambre pour qu’on la porte afin qu’elle puisse le regarder. Elle vient ensuite finir sa nuit dans notre lit mais pour le coup, les contractions sont de retour et je ne peux pas les gérer avec elle si près de moi.

Je décide donc de me relever et d’aller prendre un bain. Je fais couler de l’eau bien chaude, allume deux bougies et m’installe dans la baignoire. Mais je ne suis pas à l’aise, je ne sais pas comment m’installer… Allongée, les contractions sont trop difficiles à gérer et je ne suis pas très bien assisse ou à genoux. Je sors donc rapidement et je retourne dans le salon.

Les contractions seront facilement gérables toute la matinée mais m’empêcheront tout de même de me reposer car dès que je tente de m’allonger sur le canapé, elles se font plus douloureuses. Quand je suis sur le ballon, elles s’estompent me faisant douter que c’est bien le jour J… Finalement, je demande à papa d’aller chercher Malou à l’école, les contractions sont facilement gérables, je veux profiter d’elle comme fille unique encore un peu. Le repas se passe bien, peu de contractions mais quand elles sont là, je dois me concentrer pour les accepter. Malou finit par repartir à l’école, je la préviens que peut être ce sera Virginie qui viendra la chercher car maman a mal au ventre et que le bébé devrait bientôt arriver : elle est très contente et moi, je suis soulagée de voir qu’elle accepte bien la situation. Une fois partie, j’appelle la sage-femme pour la tenir au courant et savoir si elle peut venir pour confirmer un début de travail et éventuellement m’accompagner un maximum à la maison comme on l’avait convenu. Pour elle, le travail n’est pas encore réellement lancé car les contractions sont trop anarchiques, elle me dit donc de la rappeler si elles deviennent régulières et/ou trop douloureuses. Je suis un peu déçue car au fond de moi, je sais que le travail est lancé, je sais que tu es en chemin pour nous rejoindre. Je continue donc à accueillir les contractions sur le ballon, sur le canapé ou en marchant pour essayer de régulariser tout ça.

15h25 : Les contractions sont régulières, toutes les 6 minutes. Je décide de rappeler la sage-femme, je lui laisse un message. Je demande aussi à papa de prévenir Virginie qu’elle devra garder Malou ce soir. Les contractions commencent à s’accentuer un peu, j’ai du mal à trouver une position qui me soulage vraiment mais je me sens bien à genoux par terre, la tête enfouie dans les coussins du canapé. Je balance mon bassin pendant la contraction en essayant d’en visualiser l’ouverture pour ton passage ou une jeune fille blonde aux cheveux longs dans un champ de blé, réchauffée par les rayons du soleil (va savoir pourquoi c’est cette image qui me vient alors que pendant toute la grossesse, je m’étais imaginé que je penserais à la mer, élément qui me détend profondément)

Papa passe rapidement après l’école pour prendre les affaires de Malou, j’en profite pour lui faire un dernier bisou, je sais que quand je la reverrais elle sera grande sœur, ça me fait un léger pincement au cœur. Il part l’emmener chez Virginie puis essaie de joindre la sage-femme qui n’a toujours pas rappelé. Elle finira par répondre vers 18h30, elle ne pourra pas venir mais au vue des descriptions faites par papa, elle pense que le travail est déjà bien avancé et qu’il ne faut pas trop tarder à la maison, encore 1h ou 2 maxi. De mon côté,  je continue à gérer les contractions, les accompagnant de OOOOoooh graves. Je demande aussi à papa de me préparer des gants d’eau très chaude pour soulager mon dos qui commence à être douloureux pendant les contractions. Sur les conseils de la sage-femme, il me prépare un bain chaud. Cette fois je m’y sens bien, je m’installe à 4 pattes dans la baignoire et au moment de la contraction, il me met le jet d’eau chaude sur le dos, ça me soulage +++. Mais l’heure tourne et je crois qu’il a peur que j’accouche à la maison donc il me presse un peu pour partir à la maternité : je suis mitigée entre envie et peur de savoir où j’en suis. Et si je n’étais dilatée qu’à 3/4cm et que je sois obligée de rester à la maternité ?

20h : Arrivée à la maternité. Je gère une contraction devant l’entrée et c’est parti. Une sage-femme très gentille nous accueille et nous installe en salle d’examen. Elle me pose le monito, fini de remplir mon dossier (et râle après le sage-femme acupuncteur que j’ai vu 3 fois depuis la semaine dernière et qui ne l’a pas fait !) et me demande si je veux attendre un peu pour avoir un TV. Non, je veux être fixée maintenant et là, bonne surprise, je suis dilatée à 7/8cm, je suis trop contente et tellement soulagée ! Ta tête est cependant trop en avant pour s’engager dans le bassin. Elle part préparer la salle de travail puis nous installe et nous laissera tranquille jusque 22h. Je me remets sur le ballon, comme à la maison et papa continue de me mettre des cotons imbibés d’eau chaude sur le dos pour me soulager. Je me sens bien, je gère.

22h : Nouveau TV et col toujours à 7/8 cm. Elle me propose de percer la poche des eaux pour que tu puisses mieux s’engager et appuyer sur le col. Je ne sais pas trop, je sais que les contractions avec une poche rompue sont plus douloureuses et je commence à avoir du mal à gérer alors des contractions plus  fortes ? On décide de se laisser encore une heure et on verra ce qu’on décide alors. Je demande conseils à Colette pour aider bébé à s’engager dans le bassin, je m’installe à genoux sur la table, face au dossier et balance mon bassin en faisant des ronds pour essayer de t’aider à t’engager.

22h40 : Je lui demande de m’examiner à nouveau, les contractions sont de moins en moins gérables. Pas d’évolution. On décide donc de percer la poche des eaux mais avec la péridurale. Elle me rappelle mon PDN mais on en a discuté avec papa, je suis vraiment fatiguée et la péri me permettra de ma reposer un peu avant la poussée. Elle part dons chercher l’anesthésiste puis prépare tout le matériel. Dans ma tête, je doute de ma décision : quand je vois tout ce qu’elle prépare (perf, capteur au doigt, tensiomètre) je me dis que ce n’est pas ce que je veux, j’ai peur de regretter mais je suis tellement fatiguée… L’anesthésiste arrive, il me fait m’asseoir en pleine contraction ! Il pose la péri puis la sage-femme perce la poche des eaux (23h15) Quelques minutes plus tard, je ressens les contractions très fortes du côté gauche mais rien du côté droit, la sage-femme me propose alors de me mettre sur le côté pour aider le produit à mieux de répandre mais sans effet, c’est même pire car voilà qu’elle ne fonctionne plus du tout au niveau du ventre et du dos mais juste au niveau des jambes. Les contractions sont difficilement gérables, j’aimerais me mettre à genoux mais les sages femmes refusent, elles pensent que c’est trop dangereux, que je pourrais tomber, je suis donc quasi assise mais une douleur aux adducteurs vient me terrasser à chaque contraction.

2h (je crois) : Je suis à dilatation complète, tu es descendu et engagé mais bloque dans le détroit inférieur. La sage-femme me propose de m’injecter du synto pour aider les choses car mes contractions sont pour elle trop espacées et pas assez longues. Je sais que la douleur sera encore une fois plus intense, je ne tiendrais pas donc je refuse. Papa me dira plus tard que ça l’a énervée mais qu’elle a finalement compris mon choix quand je lui ai expliqué à son retour dans la salle. Elle me propose d’essayer de pousser pour t’aider à descendre et à te fixer. Du coup, elles « m’installent », je demande si je peux ne pas avoir les étriers, elles me mettent donc les pieds  dans des supports pour pousser dessus. Sur chaque contraction, je m’exécute mais à priori je pousse mal et ma douleur aux adducteurs est trop intense, je ne tiens plus. J’insulte l’anesthésiste et je commence à m’énerver car personne ne veux croire que cette fou*** péri ne fonctionne pas ! Une autre sage-femme vient essayer de m’aider à gérer les contractions en me conseillant de faire des AAAAaaaah graves et ça m’aide un peu et je visualise toujours cette image dans le champ de blé. Je continue à pousser sur les contractions, papa me dit quand elles diminuent sur le monito, ça m’aide, je sais que la douleur disparaitra dans quelques secondes…  On essaie la position semi assisse et sur le côté mais rien n’y fais, j’ai trop mal. Je finis par accepter le synto, je n’en peux plus, je veux que ça se termine vite ! Le sort est avec moi, leur machine ne fonctionne pas. La sage-femme finit par aller chercher le médecin, je sais que je n’y arriverais pas toute seule et qu’il faut qu’il t’aide à sortir : ce sera la ventouse. Le gynécologue est une femme qui me parait très gentille, son visage m’inspire confiance, je suis soulagée (je n’aurais pas dû) Elle m’explique que je dois pousser sur la prochaine contraction et qu’elle t’aidera avec la ventouse. La contraction arrive, je pousse de toute mes forces 2 fois puis je hurle de douleur, je repousse. Elle me dit que ta tête est là, que je dois encore faire un effort alors je pousse autant que je peux. Ta tête est sortie, je veux la toucher. La sage-femme à côté de moi, me prend la main et je la touche, je touche la tête de mon fils, quelle sensation unique. Mais la gynécologue me l’enlève. Elle sort les épaules puis le reste de ton petit corps avant de te poser sur mon ventre, il est 3h53. Et là, grand moment d’émotion, j’ai réussi, on a réussi. Tu es né par voie basse !!! Elle demande à papa s’il veut couper le cordon mais il ne le souhaite pas, elle le fait donc (sans attendre qu’il est cessé de battre comme je l’avais demandé) puis s’attaque à la délivrance. Elle tire sur le cordon pour faire sortir le placenta,  il sort très rapidement, je demande si je pourrais le voir et qu’elle m’explique son fonctionnement, il n’y aura pas de problème. Ils me proposeront même de le garder mais papa n’y tiens pas. J’ai le droit à un massage du ventre pas très agréable puis elle recoud mon épisio. La sage-femme me dit qu’elle n’est pas très grande mais elle sera bien douloureuse ! Tu es parti faire quelques soins avec papa mais tu reviens vite près de moi pour un moment de peau à peau. J’essaie de te mettre au sein mais mon petit d’Homme ne veut pas têter, ce sera pour plus tard. Au bout d’une heure, je te pose tout de même dans ton berceau car la fatigue est trop importante, je m’endors jusqu’au retour de la sage-femme vers 7h pour le retour en chambre.

Je suis heureuse de mon accouchement, fière d’avoir tenu aussi longtemps à la maison et même si les premiers jours j’étais déçue d’avoir eu recours à la péri, je n’ai plus de regrets car je sais qu’à ce moment là j’en avais besoin et qui aurait pu savoir qu’elle n’allait pas fonctionner correctement ? Les seuls regrets que j’ai encore sont par rapport au gynécologue qui n’a pas respecté mon PDN (épisio, ne pas pouvoir toucher bébé à sa sortie, ne pas pouvoir l’accompagner pour le poser moi-même sur mon ventre, attendre que le cordon ait cessé de battre avant de le clamper). Je ne comprends pas pourquoi, elle n’a pas respecté mes choix et ça me laisse l’impression d’avoir couru un marathon pour que quelqu’un d’autre franchisse la ligne d’arrivée à ma place… Elle m’a volé la fin de mon accouchement alors que je pense qu’une fois la tête sortie avec la ventouse, elle aurait très bien pu laisser les choses se terminer naturellement et me laisser pousser pour sortir seule mon fils.

Je suis ravie d’avoir eu une équipe comme celle-là pour m’accompagner lors de cette naissance car je sais que la sage-femme a été au-delà de ses limites pour respecter mes choix (elle !) et c’est grâce à elle que j’ai pu avoir mon accouchement par voie basse !

#342 Deux récits de césarienne dans le 92, France

8 Fév

Ma deuxième grossesse s’est aussi bien passée que la première, pas de problème de santé et en pleine forme jusqu’au bout. Seul l’accouchement a été « problématique ».
Lors de la première, j’avais prévu un accouchement à domicile avec mon mari et une sage-femme. J’étais aussi suivie à l’hôpital afin d’avoir un dossier là-bas, au cas où je ne puisse pas accoucher à domicile. J’avais fait un projet de naissance physiologique, très mal accueilli par le responsable du service de maternité. Malheureusement j’ai dépassé le terme (41SA+5jours) et comme à l’hôpital les monitorings ont montré des anomalies de rythme cardiaque, j’y suis restée et j’ai été déclenchée sur un col non mature. Je m’inquiétais pour mon enfant et j’ai demandé une césarienne qui m’a été refusée au motif que ce n’était pas à moi de décider mais à eux. Je crois plutôt qu’il voulaient suivre mon projet de naissance voie basse, ce qui était absurde puisque j’avais bien écrit dedans que je ne voulais cela qu’en l’absence de tout risque. Au bout de 36h finalement j’ai eu une césarienne d’urgence (mon bébé fatigant vraiment) pour échec de déclenchement, après avoir subi la totale: perçage de la poche des eaux, perfusion, ocytocine, péridurale, etc, avec un défilé de personnes dans la salle. Cela dit je n’ai pas souffert mais c’était bien loin de mon idée d’un accouchement de rêve. Ça a été hyper-médicalisé. Mon fils ainé pesait 4,360kg à la naissance. Je l’ai à peine vu, et j’ai du aller attendre seule pendant 2 heures en salle de réveil avec des gens malades qui se réveillaient d’opérations diverses, 2 heures avant de pouvoir mettre mon fils au sein. J’ai eu une cicatrice de travers, avec un gros bourrelet de chair qui s’est formé au-dessus, car la cicatrice était trop basse et les peaux ont adhéré. Difficile de cacher ce bourrelet, visible même sous un maillot de bain.
Pour cette deuxième grossesse, j’attendais des jumeaux. Cela a remis en cause tout ce que j’aurais voulu pour l’accouchement: j’aurais enfin voulu accoucher à domicile, cela n’allait encore pas pouvoir être le cas.

Je me suis inscrite sur des forums de césarisées et me suis documentée sur les bénéfices et risques d’une voie basse de jumeaux sur utérus cicatriciel, comparé à une césarienne itérative. J’ai lu les recommandations scientifiques et mon choix s’est porté sur la voie basse.
J’avais fait une FIV. Le gynécologue qui me suivait, dans une clinique privée des Yvelines où j’habite, m’a tout de suite dit qu’avec lui ce serait une césarienne programmée à 38SA. Quand j’ai voulu argumenter il m’a dit sur un ton sec que je ne trouverai personne qui accepte autre chose et que, si je n’acceptais pas, il faudrait que je trouve un autre gynécologue, qu’il ne me suivrait plus car il ne suivait que celles qui accouchaient avec lui. Sympa!
Je suis ensuite allée voir l’hôpital public d’à côté, où j’avais accouché la première fois, sans beaucoup d’enthousiasme, vu la façon dont avait été accueillie mon projet de naissance de mon ainé. Le même gynécologue responsable de la maternité m’a accueillie et, quand j’ai parlé de ma volonté d’accoucher par voie basse, ce qu’on appelle un AVAC (accouchement voie basse après césarienne), il a été méprisant et très autoritaire, me prenant de haut et me disant que ce n’est pas moi qui décidait, que ce serait une césarienne à 38SA et rien d’autre. J’ai voulu lui donner mes arguments mais il n’a même pas voulu les écouter, pourtant je m’étais longuement documentée sur les risques d’une voie basse sur utérus cicatriciel et sur les risques comparés d’une 2ème césarienne, et j’avais fait mon choix en connaissance de cause, mais il m’a prise de haut en me disant que je ne trouverai personne qui accepte. Il m’a ensuite fait un toucher vaginal, inutile à ce stade, sans ménagement et douloureux.
Ça a été difficile de trouver une équipe qui accepte une voie basse. Grâce aux forums de césarisées, j’ai trouvé dans d’autres départements 2 hôpitaux qui acceptaient une voie basse mais médicalisée (péridurale, puis extraction du 2ème jumeau en allant le chercher à la main). Et j’ai trouvé un groupe physiologique dans le 92 qui acceptait une voie basse non médicalisée, une naissance physiologique. J’ai donc été suivie par une sage-femme libérale de ce groupe, connue pour faire des accouchements à domicile, et j’ai vu à 3 reprises le gynécologue qui participerait. L’accouchement était prévu en plateau technique dans une clinique privée. Le tarif était très cher, et non remboursé par la sécurité sociale.
Le suivi s’est bien passé, hormis le fait que la sage-femme est particulière: elle est persuadée que toutes celles qui ont eu une césarienne ont été victimes d’inceste. Elle essaiera de me « psychologiser » mais sur les forums on m’avait prévenue alors je ne m’en formaliserai pas. J’aurais dû!
Au début mon projet de naissance a été accepté. Le gynécologue m’avait même dit qu’il ne me mettrait jamais la pression sur le dépassement de terme et ne me déclencherait pas et qu’au pire ce serait une césarienne à 42SA.
Puis quand j’ai approché du terme, vers 38SA, je les ai senti se raidir. Tout d’un coup ils voulaient relire mon projet de naissance et remettaient en cause plusieurs choses. Le gyneco voulait me faire des touchers vaginaux inutiles et s’énervait que je refuse (alors que c’était dans mon projet de naissance) et disait que c’était indispensable sans me fournir un argument médical, et se vexait que je demande des explications. Pour lui c’était un manque de confiance de ma part. Alors que j’avais toujours dit et écrit que j’accepterai tout à partir du moment où on me donnait un argument médical. Je les avais choisi pour être intégrée au processus de décision et ne pas subir mon accouchement comme à l’hôpital et j’étais bien déçue.
Ils ont parlé de déclenchement à partir de 39SA et je ne voulais pas. J’avais l’impression de m’être fait avoir: au début ils m’avaient dit que mon projet de naissance ne posait aucun problème, puis à la fin ils remettaient tout en question.
À 40SA+1 jour, les contractions se déclenchent. La sage-femme, qui avait promis de venir chez moi vérifier le col et faire le pré-travail à domicile, refuse et me demande sur un ton directif d’aller à la maternité. J’arrive avec une accompagnante (une mère de 8 enfants rencontrée virtuellement sur Facebook, et ayant accouché chez elle de jumelles). La sage-femme est désagréable, agressive. Je lui dis que j’ai été contrariée qu’elle ne vienne pas chez moi comme prévu, elle me rétorque qu’elle n’avait pas envie que je veuille rester accoucher chez moi. Je lui demande pourquoi un tel manque de confiance, elle me répond que comme je n’ai pas confiance en eux, eux non plus. Je dis que ce n’est pas parce que je refuse certains actes non justifiés que je n’ai pas confiance, et que c’était dans mon projet de naissance, et que je veux clarifier la situation avec elle, qu’on en parle avant que j’aille en salle de travail sinon ça va me bloquer, elle refuse catégoriquement de parler et s’énerve.
Puis elle me fait un toucher vaginal, je ne suis quasiment pas dilatée, et elle râle comme si c’était ma faute!
Je passerai 23h avec elle faisant la gueule, agressive parfois, et me disant des choses désagréables (« de toute façon tu n’y arrivera pas », « le deuxième jumeau ne va pas sortir », etc). A chaque fois que j’étais dans la même pièce qu’elle mes contractions ralentissaient, puis quand elle sortait pour fumer sa cigarette, le travail recommençait à s’intensifier.
Heureusement ma copine m’encourageait.
Quand j’en suis arrivée à 3 de dilatation, le gynécologue est passé pour m’engueuler car je refusais la voie veineuse, et m’a dit que je les « utilisais » (j’appris plus tard qu’il n’avait toujours pas digéré mon refus du toucher vaginal). J’étais en larmes, je ne comprenais pas pourquoi ils m’agressaient alors que si je les avais choisi c’était pour vivre un moment intime et entourée de gens bienveillants. J’essayais de lui demander la raison médicale de me poser à ce moment là une voie veineuse, aucun argument ne me fut donné, ils étaient outrés que je pose la question. L’anesthésiste est venu, m’a expliqué en quoi ça pouvait lui être utile (enfin une personne respectueuse et qui consent à me donner des explications) et bien qu’il n’y ait pas d’utilité absolue (c’est plus du confort pour eux), j’acceptais pour leur faire plaisir.
Puis les heures qui ont suivies je fis tout mon possible pour dilater (montée des escaliers, etc).
La sage-femme vérifie et je suis presque à 7 de dilatation. Elle veut qu’on quitte la salle nature très intime et confortable pour aller en salle de naissance, ce dont je n’ai pas du tout envie. J’ai peur que ça bloque la progression du travail et je demande à rester encore un peu. Refus catégorique de la sage-femme qui m’ordonne de la suivre. Arrivée en salle naissance, elle m’interdit d’en sortir et de continuer à monter et descendre les escaliers. Elle veut que je monte sur la table, je refuse. Ma copine met une couverture par terre et je m’accroupis en me tenant au lit. La sage-femme me fixe d’un air toujours aussi désagréable et mes contractions ralentissent, le travail stagne. Elle s’éclipse sans aucune explication. Je sors dans le couloir et l’entend dire au gyneco qu’elle fait préparer le bloc pour la césarienne. Elle ne m’en aura même pas parler avant! Pourtant je vais bien et le monitoring montre que les bébés aussi vont bien.
Le gyneco revient, il n’est plus agressif et dit vouloir m’aider. Je vient de fissurer la poche des eaux. Il propose de finir de la percer et j’accepte. Je dilate à 8. Alors il me dit qu’il va essayer une manœuvre manuelle et sinon c’est la césarienne. Je demande pourquoi vu que le monito est bon, il ne me donne aucune raison mais exige que je fasse un choix entre les 2 options qu’il me donne. J’accepte la manœuvre mais je demande la péridurale ou un anesthésique, il refuse (pourtant il n’y avait pas urgence et l’anesthésiste avait dit qu’il pouvait venir à tout moment). Je lui dit qu’avec la péridurale si le travail ralentit il peut quand même utiliser de l’ocytocine puisqu’il l’a fait pour une autre patiente avec qui j’avais sympathisé, qui m’avait raconté son accouchement, et qui avait comme moi stagné à 7. La sage-femme me dit que ça ne me regarde pas ce qu’ils ont fait avec elle ( sauf qu’elle m’a tout écrit en detail!) et le gynécologue marmonne que moi c’est différent (pourquoi? je ne sais pas).
J’accepte donc la manœuvre. Deux sages-femmes m’écartent et me tiennent les jambes et lui plonge sa main profondément et tente d’écarter le col avec ses doigts. La douleur est atroce. Il me dit de pousser pendant les contractions, mais comment pousser alors qu’il enfonce son bras… c’est impossible et trop douloureux, surtout allongée sur le dos. Je lui crie d’arrêter. J’en suis à 9 de dilatation. Je lui redemande la péridurale pour réessayer mais il refuse.
Je me demande dans quelle mesure cette manœuvre n’était pas faite exprès pour que j’accepte la césarienne.
Je suis donc charcutée pour la deuxième fois. Mes bébés vont bien et je peux les allaiter de suite après avoir été recousue, mais la déception de n’avoir pas pu les mettre au monde naturellement est grande, et je suis mortifiée des moments si importants de la naissance qui ont été si tendus et stressants.
J’avais le sentiment que ça aurait pu se passer autrement, qu’il ne m’aurait fallu que du calme, de la bienveillance, de l’intimité pour y arriver. Plus tard le gynécologue me dira que la poche du deuxième jumeau bloquait le passage du premier. Si c’est vrai je ne peux me plaindre que de l’ambiance qui a régné.
Je me sens heureuse de ce que j’ai pu faire pendant cet accouchement. J’ai réussi à gérer sans péridurale les contractions jusqu’à dilatation quasi-complète. Mais je suis en colère contre ma sage-femme  qui a été vraiment nocive et m’a gâché ce moment. Je me demande si j’aurais réussi avec une autre équipe en acceptant une péridurale d’office, je ne le saurais jamais.
C’était à 41 ans sans doute mon dernier accouchement et raté encore une fois. Et si jamais je devais tomber  enceinte dans 3 ou 4 ans (très peu probable), j’ai un utérus ayant eu 2 césariennes et aucun gynécologue ne m’autorisera à tenter une voie basse. Cela veut donc dire que tout espoir de vivre ce moment naturellement est fichu.
J’ai vite mis de côté cet accouchement décevant et me suis consacrée à mes bébés.

#329 – Accouchement non respecté (37), 2013

14 Jan

Nous sommes le 23 avril 2013, il est 21h. Depuis hier, j’ai dépassé le terme officiel des 41 SA, et ce soir, enfin, une petite contraction vient pointer le bout de son nez !

Je n’ai pas peur finalement. J’ai tellement attendu que le soulagement de voir un petit travail démarrer l’emporte sur la peur.
J’ai tout préparé en amont. Bien sûr, la valise, le linge dans la voiture en cas d’inondation, etc … mais surtout : l’accouchement en lui-même : quels sont les gestes médicaux à éviter, quels conseils pour tenir sans anesthésie, pourquoi moi, femme, je suis complètement capable d’accoucher …
La clinique et la gynécologue de la clinique m’avaient fait bonne impression. Méthode de Gasquet, possibilité de dire ce que l’on souhaite. J’avais d’ailleurs bien discuté avec elle, et j’avais pu bien mentionner ce que je voulais et ce que je refusais.
C’est donc en confiance que le 24 avril, à minuit tout pile, je me rends accompagnée de mon mari à la maternité.
Premier coup de massue : comme c’est la nuit, c’est le gynécologue de garde qui va s’occuper de moi. Ce n’est pas ma gynécologue !!!
La sage-femme m’accueille et me place en salle de monitoring. C’est bien un début de travail ! Mes contractions m’inconfortent (le mot est faible) mais on me laisse seule dans cette salle de monitoring sur une table d’auscultation très étroite et inconfortable. Je gère comme je peux, mon mari ne sait pas trop où se mettre.
Enfin, la sage-femme revient et me fait passer en salle de naissance, avec un ballon. Tout est prêt pour la péridurale bien que je n’en veuille pas, mais c’est juste le protocole, que ce soit prêt au cas où.
Je souffle, je grogne, je chantonne un peu.
On me propose de percer la poche, je refuse.
Je continue de lâcher prise tranquillement.
Rien n’avance, donc j’accepte qu’on me perce la poche.
Les contractions me font vomir, maintenant. Mais non, toujours pas de péri, merci.
La sage-femme me propose des positions sur le ballon et sur le « lit-table ».
Quand soudain, ça pousse !! Je hurle !!
La sage-femme tamise la lumière et m’aide à m’installer sur le côté.
Jusque là, on dirait presque un accouchement respecté, non ? Mais ça va se corser ….
La sage-femme appelle le gynécologue de garde. Et oui, nous sommes en clinique, c’est le gynécologue qui gère les 5 dernières minutes (et touche le pactole)
Dès qu’il entre dans la pièce, c’est « mettez-vous sur le dos ». Dans un état second, j’obtempère, enfin, surtout je me laisse faire par les gens autour de moi (tient, il y a une troisième personne … ah oui, la puer). Je pousse, je lâche TOUT, mais cela ne satisfait pas le gynécologue. Je réclame de changer de position, j’ai envie de me mettre à 4 pattes, ou au moins sur le côté. On me dit NON. Et là, une douleur atroce me transperce. Il vient de mettre un coup de ciseaux ! Je n’ai pas d’anesthésie, ça me fait un mal de chien ! Mes contractions à côté, c’était de la rigolade. J’hurle encore plus fort qu’avant, mais là c’est de douleur.
Enfin, j’entend la sage-femme dire « regardez madame! », j’ouvre les yeux, et je vois un petit bébé suspendu dans les airs, qui atterrit sur ma poitrine. Un cri, des mouvements incontrôlés … je reconnais ces petits coups de pieds. Mon bébé ? J’ai un bébé ? C’est une petite fille ! Il est 5h du matin, le jour se lève. Et moi je suis maman.
Tout de suite, on m’enlève mon bébé. Il faut recoudre. Une anesthésie locale plutôt réussie, sauf pour un point. ça fait vraiment mal, cette aiguille qui me transperce, ce fil qui me traverse. Mais, selon le gynécologue « à côté de ce que vous venez de vivre » … il n’a vraiment rien compris aux femmes, lui.
Mon mari tenait mon bébé, mais il s’est senti mal. Plutôt que de me revenir sur moi, ma petite fille a atterri dans une couveuse. Et elle hurlait, là, toute seule, loin de la chaleur de sa mère. Et moi en train de me faire recoudre, et personne autour pour me la donner. Mon bébé !
Enfin, la puer’ a la présence d’esprit de la mettre sur ma poitrine.
Et là, le calme après la tempête. Nous sommes là, tous les trois, avec ce tout petit bébé. Et c’est la première tétée.
Anonyme. Département 37

Mon accouchement à domicile

14 Jan
Je pensais me rendre à la maternité et faire « comme tout le monde » avais-je répondu à la sage-femme qui nous accompagnait à une préparation à l’accouchement…
Et puis, une lecture : « Naissance à visage humain », m’a parlé…. moi qui ai un rapport particulier au corps… et j’ai commencé à me renseigner sur les accouchements physio sans péridurale, et puis  j’ai fini par en parler, de ce rêve d’ado de donner la vie en piscine… dans l’eau quoi…
Et, j’ai fait la rencontre d’un obstétricien et d’une sage-femme qui ont convaincu mon conjoint du risque aussi important voire moins important encouru par le fait d’accueillir notre petit Héloïse chez nous… (à condition d’une grossesse sans risque) et il a dit oui alors que j’étais toujours en questionnement du où ? et avec qui ? hôpital qui respecte le lien mère-enfant et favorise les accouchements physio. Mais les dés étaient jetés, si ma grossesse continuait à bien se dérouler; ce serait à la maison !
Et fin février, 37ème semaine, quand l’obstétricien m’a confirmé que pour lui c’était ok et bien voilà, c’était parti ! Préparation matérielle en route ! J’ai alors beaucoup lu sur la douleur de l’accouchement pour disposer de plusieurs outils : chant avec sons graves, l’accueil de la douleur (qui était très conceptuel) et points d’acupuncture. J’ai aussi réalisé des massage du périnée à l’huile d’olive, moi !!????
J’étais intimement convaincue que ma volonté (l’intellect’) de ne pas faire de péridurale contribuerait à une bonne gestion de la douleur.
Et le vendredi 3 Mars, alors qu’un ami était venu partager un repas avec nous, j’ai senti des contractions… différentes de celles de la grossesse… j’ai rien dit, convaincue que mon premier accouchement durerait des heures et des heures… j’ai simplement dit avoir mal au ventre, et j’ai pris mon ballon pour me détendre alors que nous prenions l’apéritif… Notre ami est parti tôt et puis j’étais comme obsédée par le fait d’aller dormir pour être en forme pour le vrai travail !
J’ai dormi, comme on peut dormir en fin de grossesse… et puis… à 5h du matin, les contractions m’empêchaient de dormir alors… j’ai pris un 1er long bain. J’en suis sortie et j’ai indiqué à mon conjoint que c’était le jour… A 7h, j’ai appelé l’équipe d’accoucheurs : un obstétricien et une sache-femme et je leur ai indiqué que les contractions étaient régulières mais pas rapprochées. Le temps d’annuler leurs rendez-vous, ils sont arrivés pour 11h. Ils m’ont trouvée détendue… et m’ont conseillée de continuer ainsi, limite de ne pas penser à l’accouchement, au stress généré par ces nouvelles douleurs. Ils m’ont demandé de penser qui pourrait venir boire un thé avec moi l’après-midi… je n’en revenais pas… moi qui intellectualise tout, je devais ne pas penser à ce qui se passe…. mais j’ai exécuté les recommandations et j’allais au jardin quand les contractions arrivaient… Mon couple d’amis n’en revenait pas de mon état d’esprit. Eux qui 2 mois auparavant avaient vécu un accouchement hyper-médicalisé. Et puis, à 17h quand l’équipe est revenue, la sage-femme me disait que j’avais tellement décroché de ce que je vivais que le travail n’avait plus avancé. Le nouveau mot d’ordre était : concentration et là, j’ai commencé à entrer dans cette fameuse « bulle ». Doucement, les contractions se rapprochaient. Les heures passaient. Mon conjoint a éteint les lumières et allumé un feu de cheminée, j’ai pris un 2ème bain mais à minuit : pas de poche perçée et pas d’ouverture conséquente… je fatiguais bien sûr, alors ils ont décidé de percer la poche et là… oh oui que les vraies contractions de travail arrivaient ! ! ! J’ai utilisé ballon, écharpe pour me suspendre mais sur le tapis, je n’étais pas inspirée par les positions sur le côté…. peut-être plus tard me disais-je…. J’ai pris un 3ème bain dans le noir et je me rappellerai toute ma vie de cette atmosphère. J’avais convié mon conjoint à me suivre dans mes sons graves pour limiter la douleur. On aurait cru un temple boudiste avec nos :  » Oooaaaah » en stéréo. Au sortir du bain, tout a pris une autre dimension, je commençais à être à cours d’idées pour gérer la douleur. Le sol ne me permettait toujours pas d’être à l’aise et j’ai  alors demandé à mon conjoint le massage des points d’acupuncture sur les mains seulement les contractions m’empêchaient d’être dedans… j’attrapais mon conjoint assis sur le lit par les épaules à l’arrivée de chacune d’elles et le serrai très fort tout en continuant mon chant boudhiste dont le son commençait à monter ! J’ai voulu dormir donc nous avons dormi l’un contre l’autre entre deux contractions. Et puis, le moment de la délivrance approchait. La sage-femme me propose la baignoire, je lui dis non à la surprise de mon conjoint,  me sentant trop fatiguée pour l’atteindre et puis… c’est si peu confortable !  J’ai essayé une chaise physio avec laquelle visiblement je poussais comme il fallait mais l’obstétricien m’a arrêtée car mon flux sanguin était trop concentré dans mon bas ventre et il craignait une hémorragie, je re-tente le sol mais définitivement non et puis mes représentations m’ont rattrapées certainement et c’est le lit qui m’a interpellée. C’est bien le seul regret de cet accouchement ! Ensuite, j’ai « poussé » comme on dit, sans bien savoir si c’était comme ça… j’ai d’abord poussé avec mes abdos, ce qui ne sert à rien lors d’un accouchement comme tout le monde peut se l’imaginer…. Les contractions ressemblaient à de fortes vagues si puissantes qu’elles généraient chez moi comme un vent de panique. J’avais peur, si peur de laisser cet enfant mourir dans ce passage… ça a duré longtemps (je n’ose même pas l’écrire car JAMAIS on m’aurait accordé ce temps en hôpital) jusqu’à ce que l’obstétricien me crie : c’est comme ça ! Là, ma peur s’en est allé et mon intellect (je dis intellect alors que c’était sensoriel… je crois que j’avais à nouveau réuni corps et esprit) cela m’a permis de me concentrer pour reproduire à l’identique ce que je venais de faire… la tête était sortie, je n’y croyais pas ! tellement pas que je poussais alors que je n’avais plus de contractions. Ma sage femme m’a alors dit : tu n’as pas compris ? c’est la contraction qui fait sortir le bébé ! Oui je le savais mais non je ne l’avais pas encore intégré ! comme on dit on apprend en faisant ou plutôt quand tout est fini et que l’expérience nous a tout appris !
Le reste du corps est donc sorti sans aucune sensation avec la contraction suivante. Et là, c’est la rencontre !  Ma fille me regardais droit dans les yeux comme si elle savait que j’étais sa mère…. incroyable ! elle était là, vivante, en bonne santé, j’étais comblée, encore sous le choc mais comblée !
Ce que cette expérience m’a appris c’est que devenir mère ce n’est pas que dans le conscient… et que mon corps, si j’apprends à l’écouter peut m’aider à vivre les choses telles que je souhaite les vivre.  Il m’en a fait la démonstration. Ce temps que m’a accordé cette équipe pour que je trouve le chemin de la vie avec ma fille n’a pas de prix ! Moi qui ai vécu un trauma corporel avait inconsciemment dissocié corps et esprit depuis toujours… et ce vécu m’a permis de vivre pour la première fois un moment ou corps et esprit m’ont permis la plus belle réalisation qu’il soit donné : donner la vie dans la douceur.
Mon conjoint m’a avoué le jour qui a suivie l’arrivée de notre fille qu’il me remercié de l’avoir accompagné dans cette voie de l’intime car être à trois à la maison les heures qui suivent une naissance sont des moments uniques d’intimité.
Merci H., L., M. et M. pour ce cadeau que vous m’avez fait d’être avec moi pendant ces « longues » heures….
Je tiens à préciser que ce récit ne correspond forcément pas à la réalité dans la mesure où j’étais en train d’être actrice de mon accouchement et que j’en suis ravie de cet accouchement donc il doit y avoir des déformations, veuillez m’en excuser d’avance !

Ma césarienne

13 Jan

Ma grenouillette est née le mardi 13 septembre et mon accouchement ne s’est pas passé comme prévu, et pourtant je l’ai très bien vécu. J’avais donc envie de partager mon expérience avec vous, me disant que ça ferait peut-être du bien à d’autres de raconter ce qu’il s’est passé et de voir que même si on doit gérer des « imprévus », l’accouchement et la césarienne en particulier peuvent rester une très belle expérience.

Ma pucinette était prévue pour le 9 septembre mais n’était pas vraiment décidée… pas de contractions, rien, même si mon col était ouvert à 3 cm… L’assistant de mon obstétricien me propose donc, lors de ma visite « à terme » de déclencher le travail, si ça me dit. On fixe donc la date au 13/09 au matin.

Je retourne faire une visite le 11/9, col toujours à 3cm, on me propose donc de passer le 12 au soir voir mon col pour éventuellement donner un comprimé pour la maturité de celui-ci…

On arrive donc le 12/9 à la maternité vers 21h30. La sage-femme pense que je n’ai pas besoin de comprimé et que je peux revenir le lendemain matin pour provoquer l’accouchement. Comme c’était assez compliqué pour nous niveau transports, je demande à passer la nuit là-bas quand même… Et j’ai été inspirée !!

Vers minuit, minuit et demi, je pense avoir mes premières vraies contractions et je commence à vomir aussi (ce qui m’étonne ! J’avais entendu parler des popos pendant l’accouchement mais jamais des vomis….).

La sage-femme me met sous monitoring et se rend compte qu’en effet, le travail à commencé!! Je pars donc en salle de travail (avec zhom) et la sage femme appelle l’anesthésiste pour ma péridurale (qui est installée vers 2h/2h30… entre temps j’ai revomi…)

Ensuite, bah on attend… je continue à vomir un peu… D’ailleurs, je fais très peur au zhom… il descend prendre un café et quand il revient, il me trouve sous masque à oxygène ! J’ai encore vomi, mais avec tous leurs câbles, bah j’ai pas eu le temps de bien me redresser et le cœur de bébé a eu des ratés… ils me passent en monitoring « interne »

Mon col est ouvert à 10 cm vers 7h30, ils appellent donc mon obstétricien et percent la poche des eaux. Bébé se présente bien la tête en bas (elle est bien positionnée depuis plusieurs semaines) mais le visage en avant… Je commence à pousser vers 8h30/9h (je sais plus trop ^^) mais comme elle vient le visage en 1er, ça prend plus de place, donc ils décident d’essayer de la retourner avec des forceps. Au bout d’un certain temps, mon obstétricien m’explique que rien n’y fait, elle bouge pas d’1 mm et donc, ils vont devoir la faire sortir par césarienne…

On me rechange de salle et on équipe mon chéri pour qu’il puisse venir aussi. Il est beaucoup plus stressé que moi ! Il faut dire que j’ai une légère malformation qui fait que j’ai déjà été opérée plein de fois et donc, ça me fait pas vraiment peur. Tout ce que je veux, c’est que mon bébé arrive rapidement pour qu’elle aille le mieux du monde.

Donc au final, ma fille est née à 11h12 par césarienne après plus de 10h de travail dont une partie avec forceps. Elle pesait à la naissance 3kg 765 pour 52.5 cm.

C’est évidemment pas du tout comme ça que j’avais envisagé mon accouchement. Ma grossesse ayant été parfaite (ou presque), je pensais que l’accouchement allait se passer très naturellement aussi. Enfin, au final, malgré mes 7 vomis (2 avant la péridurale, 3 pendant et 2 pendant ma césarienne ^^), le masque à oxygène, les forceps et la césarienne, je ne considère pas que mon accouchement s’est mal passé :p

Ma fille est née en bonne santé et je me suis remise très vite (je suis sortie de l’hôpital a J+4 malgré ma césarienne) et mon compagnon a assuré. L’équipe médicale était parfaite aussi, même si y avait du monde car hôpital universitaire, je me suis sentie bien encadrée et soutenue.

Après, c’est peut-être parce que j’ai l’habitude des blocs opératoires ou que je l’ai pressenti (j’avais demandé si on pouvait savoir avant si une césarienne serait nécessaire car j’ai a peu près la même morphologie que ma mère et elle a eu 2 césariennes) mais je ne considère pas qu’on m’a volé mon accouchement ou que j’aurais été plus émue si elle était née par voie basse…

Voilà, je lis souvent des témoignages de femmes qui se sentent mal de ne pas avoir pu accoucher par voie basse, qui vivent mal la césarienne et je voulais témoigner pour dire que pour moi, le chemin que prend bébé pour sortir est secondaire 🙂

– Jessica

#326 Accouchement de Willyam, 2011

8 Jan

Je n’ai jamais pris le temps de l’écrire, depuis 2 ans et demi quasiment, je me lance enfin pour avoir un souvenir de cette journée

Retour en arriere, on est le 3 aout 2011, en debut d’apres midi, je me rends à la maternité pour des contractions officiellement, la réalité c’est que j’en ai marre j’ai envie de savoir si ça bouge, si je peux avoir un decolement des membranes (je ne connais pas les risques encore, mais voyais juste les avantages). Je suis à 40 sa + 2 jours, ma DPA est pour le 8 août. Comme toutes mes DPA, mes filles j’avais une DPA pour le 8 mars 2006 et j’ai accouché jour J, ma deuxieme j’avais une DPA du 8 juin 2009 et j’ai accouchée le 3 juin a 40sa + 2 jours.

Donc vers 13/14h, devant la porte des urgences maternité, je mentionne des contractions et l’envie de voir si ça bouge, on m’installe en salle d’examen, un pipi dans un boccal, une montée sur la balance (je n’ai pris que 2.5 kilos pour toute ma grossesse, j’ai étais diagnostiqué DG diabete gestationel à tort et, du coup, le regime imposé m’a rendu service quand même). Puis monito, c’est parti pour 30 minutes, « Je reviens plus tard Madame ».

Mon mari de l’époque, le père de mon fils, est là, il s’assoit sur une chaise et commence à somnoler car il avait bosser ce matin assez tôt (4h-13h). Je me retrouve seule avec mon mensonge puisqu’aucune contractions sur le monito, ou si peu. Je parle à mon fils pour qu’il m’aide puisque son père m’abandonne, mais mon petit homme dort, je suppose. La sage femme revient me dit que tout va bien, j’ai un col ouvert à ⅔ cm, court et mou, ça devrait pas tarder mais c’est pas imminent. Je commence à avoir les larmes aux yeux, toute femme qui était dans ma situation peut comprendre ce sentiment que l’on ressens à ce moment, une déception, un faux depart, un immense vide, on se dit qu’on ne va jamais accoucher, on ne se sens plus capable de mettre ce bébé au monde sans l’autorisation d’accoucher de quelqu’un! si la sage femme a dit que c’était pas pour tout de suite alors ça ne l’est pas! c’est fou cette faculté d’oublier que seul notre corps décide.

Je lui demande si elle peut pas m’aider (je pensais à un décollement) car j’en peux plus vraiment, je me souviens même après 2 ans passé, la souffrance physique mais morale dans laquelle j’étais. Mon accouchement de la miss 2 s’est déroulé très rapidement, j’étais déjà en chambre pour hypertension, lorsque j’ai sonné la sage femme à 5h, elle m’a mis en salle d’accouchement et j’ai accouché à 5h32, du coup, après cet élément la sage-femme décide d’en parler au chef gynécologue de garde et de revenir me dire. Elle revient avec le sourire donc dans ma tête c’est bon ils me font le décollement et je vais accoucher ce soir ou demain. En fait, non, elle m’annonce tout sourire : « On vous passe en salle d’accouchement et on vous déclenche ». J’étais sous le choc, je n’ai pas su quoi dire, je suis restée bouche ouverte pendant quelques segonde, j’ai demandé la date du jour pour voir si ça m’allait (et faire semblant que je maitrisais encore quelque chose) puis j’ai dis : « oui d’accord ». La sage-femme m’a dit qu’au vu de la grosseur estimé de mon bébé, de mon précédent accouchement rapide, de mon col et de la distance de la maternité, c’était la meilleur solution (mais la meilleur solution pour qui ?).

Nous voilà donc en salle d’accouchement, il est 15h, sans aucune explication, je suis mise sur la table sur le dos, une perfusion dans le bras, un monitoring et hop c’est partit pour une première dose, pour voir si je le tolère et mon enfant aussi. On me dit qu’il faut qu’ils appellent l’anesthésiste pour me faire une péridurale; je la refuse je n’en veux pas, ce à quoi on me répond : « Mais madame c’est obligatoire avec un déclenchement ». Je tiens tête, je n’aurai PAS de péridurale, je m’en fous de leur obligation, on verra plus tard, si j’en ai besoin. De toute façon, je n’ai pas fais la prise de sang obligatoire au 8ème mois, donc ils ne peuvent pas avant un bilan complet ! toc !

Je ne ressens rien, on parle avec le père de bébé, on rigole, puis la position sur le dos me fait du mal, je demande à avoir un ballon. On me répond que c’est pas possible tout de suite que je dois attendre, puis on augmente le produit, on m’examine sans trop me demander si j’étais d’accord, hop « Vous êtes à 4 cm, madame, c’est bien ».

Je n’ai pas mal du tout mais je ressens que ça coince, donc décide de me lever toute seule et je reste debout à bouger le bassin. La sage-femme vient car elle ne captait plus le coeur de bébé, je lui demande de m’enlever ce monito ça fait plus d’une heure que je l’ai. « Mais madame on ne vous a pas dit ? Vous devez garder le monito tout le long de l’accouchement puisque vous avez decidé d’être déclenchée » … Heu là sur le coup je me suis sentie mal, moi j’ai rien décider du tout, je n’ai pas était informé du déroulement, si j’avais su, jamais je n’aurais dis oui, je le supporte déjà plus ce truc sur mon ventre ça me gêne. Je réclame un ballon et TOUT DE SUITE! 30 minutes après j’ai mon ballon.

On revient souvent me demander de me mettre sur la table pour des TV, je n’en refuse aucun, et chaque fois ça me sort de ma bulle, je mets un certains temps à me recentrer sur moi-même. Pourtant je n’ai toujours pas « mal », ça sert de plus en plus mais je respire bien pendant la contraction et ça va. Je rigole toujours autant avec mon ex d’ailleurs, ou je chante, car monsieur finit par s’endormir sur sa chaise à l’opposé de la salle. Je n’ai pas eu la chance d’avoir un papa présent mentalement, qui m’aide à être sur le ballon, ou me fait des massages. Je devais me contenter d’un père à moitié là, entre deux ronflements.

Vers 17h, on ne capte plus trop le rythme de bb dans cette position assise, donc on me demande de me remettre sur le dos. Je dis non, je vais tenir le capteur et faire attention, promis! J’ai envie de faire pipi je demande à aller au toilette, la sage-femme m’aide avec la perfusion, j’essaye de vider tout ça pour être tranquille pour la poussée et je me voyais pas faire ça devant mon ex-mari sur la table dans une bassine. Je suis de retour sur mon ballon.

19h30/20h on m’annonce un col à 6 cm qui n’évolue plus. La sage-femme me dit : « On fait quoi ? ». Une question fermée, je précise elle avait déjà dans sa tête sa réponse qu’elle justifie ensuite par un : « La poche n’aide pas à la dilatation, je pense qu’on devrait la rompre. » Je refuse, je n’ai pas de péridurale si on la rompte je vais sortir de ma bulle, il me sera difficle d’y revenir. La sage-femme me dit qu’elle me laisse 1 heure pour faire bouger les choses, elle me parle de césarienne si ça bouge pas (comment faire du chantage à une femme en plein travail).

J’essaye de faire des 8 sur mon ballon, je décide de retourner à la toilette pour voir si c’est pas ma vessie qui bloque les choses. En sortant, je tombe sur le chef gynécologue qui me voit et qui parle à une sage-femme comme si je n’étais pas en sa présence : « Pourquoi on ne donne pas un bassin à cette dame ? » Ce à quoi la sage-femme répond : « Madame B. ne souhaite pas et préfére aller à la toilette seule. » Et le gynécologue répond : « Oui mais c’est pas un hall de gare, si toutes les femmes sortent de leur bloc, on s’en sort pas » ….

21h, l’échéance tombe, je monte sur la table et le TV annonce un 6 toujours! J’en aurais pleuré, je suis paniquée, je demande : « Qu’est-ce que l’on doit faire ? » J’en viens à leur remettre mon accouchement entre les mains, je ne suis pas capable de faire ouvrir mon col, j’ai peur , je vois la césarienne planer au-dessus de ma tête. Elle me reparle de percer la poche des eaux, et j’accepte…. Elle perce, la poche de l’eau coule partout, et j’ai mal, vraiment mal, la douleur est immédiate, je supporte pas allongée, je décide d’aller sur mon ballon, la sage-femme peste car je mets de l’eau partout, et quand je leur demande :  » ça vous dérange que je salisse? Je passerais la serpillère après, c’est pas grave » elle répond : « Non, pas du tout c’est pour ne pas que vous glissiez » oui, c’est ça, bien sûr !

J’ai très très mal, j’arrive plus à entrer dans ma bulle, je m’en doutais et je m’en veux d’avoir dit oui! j’hurle, je demande si l’anesthésite est là car si jamais je veux la péridurale qu’il soit pas trop loin. On me dit qu’on l’apelle et qu’il sera là rapidement!

J’hurle que je veux la péridurale j’ai vraiment trop mal, 7/8 minutes ce sont passées depuis la ruptures des eaux, à chaques contractions ça pousse en bas tout seul, j’accompagne la poussée ça me soulage terriblement. La sage-femme revient me voir et me demande de monter sur la table pour faire un toucher vaginal. Je re-demande la péridurale et je vois l’anesthésiste qui arrive et demande où est le bilan sanguin, la sage-femme lui dit que je ne l’ai pas fait et il répond : « Ben oui, mais c’était obligatoire », la sage femme lui dit que je voulais pas de péridural donc je l’ai pas fait et il répond : « Maintenant elle en veut une et j’ai pas de bilan donc je pourrai pas, fallait qu’elle y pense avant ». La sage-femme en même temps m’examine et elle m’annonce une dilatation complete et un bébé engagé.

Elle prépare son matériel et moi je pousse comme j’en ai envie, je sens la tête de mon fils descendre et commencer a sortir, elle me demande de l’attendre mais je n’en ai pas envie, si mon fils veut sortir, il sort tout de suite. Elle revient enfin et n’a plus qu’à acceuillir mon fils sorti en douceur sans ordre de la sage-femme.

Mon fils faisait 4.770 kg pour 54 cm, et je n’ai eu ni déchirure, ni épisiotomie.

Pour moi cet accouchement n’a duré que 10 minutes, à partir du moment ou elle m’a percé la poche des eaux, sinon il n’était que douceur, j’ai tellement apprécié, j’ai hate d’avoir la chance de recommencer et cette fois, sans déclenchement, sans ordre, voir sans sage-femme.

– Aurélia