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#324 – Le prix à payer pour …

8 Jan
Voici le témoignage de mon accouchement, à Paris, qui m’a fait vivre l’enfer. Les conséquences de mon accouchement ont été longues et j’ignore combien de temps elles dureront. J’y pense encore douloureusement.
Merci de votre lecture.

Le 10 septembre 2013, lors de ma visite du 9ème mois, dans cette maternité parisienne qui se veut physiologique et naturelle, alors que, pour la première fois, on ne me fait pas le toucher vaginal systématique, dont j’apprends qu’il n’est en fait pas obligatoire, la sage-femme m’annonce que le bébé est encore haut, et me conseille de faire une séance d’acupuncture pour faire descendre le bébé et déclencher les contractions. L’acupuncture me va bien, j’en ai assez de dévoiler mon intimité à la ville entière, depuis plus de huit mois.

À peine sortie de la maternité, je prends rendez-vous pour le lendemain matin. J’arriverai chez l’acupuncteur après une nuit très courte suite à une longue insomnie.

Je passe toute la journée du 11 à sentir que quelque chose a bougé.

Le 11 à presque minuit, en me redressant pour aller me coucher parce que je suis extrêmement fatiguée de cette courte nuit et cette longue journée, je sens un liquide chaud couler entre mes jambes. Devant la tête que je fais, mon compagnon me demande, comme à chaque fois que je fais une drôle de tête depuis un mois : « Tu vas accoucher ? ». Cette fois-ci, je réponds que c’est bien possible. Je file aux toilettes et cela se confirme, j’ai perdu les eaux. Le liquide amniotique est clair.

Alors que je me dis que j’ai quatre heures devant moi avant de devoir partir, et que je vais en profiter pour dormir un peu, mon compagnon appelle la maternité, qui nous dit de venir immédiatement. Nous arrivons une heure et demie plus tard, après que j’aie assouvi ma petite lubie de soudainement me maquiller et vérifier mes valises.

À la maternité, on me place sur une table pour un monitoring après avoir vérifié ma dilatation : 1 doigt. Malheureusement, le bébé bouge beaucoup, il est très dur d’avoir un monitoring constant pendant 20 minutes. Il nous faudra deux heures et demie avant d’y parvenir. Je suis déjà épuisée.

On nous met dans une chambre dans les étages. Je ne sens pas les contractions et je m’endors aisément. À 7 heures du matin, de grosses contractions me réveillent. Je parviens malgré tout à me rendormir sur le petit bout de lit qu’il me reste – nous sommes deux sur un lit 1 place. À 11 heures, je me réveille pour de bon, avec toute la douleur des contractions. Je prends de l’huile de ricin pour accélérer l’accouchement, mais ça ne changera rien.

De 12h à 16h, mon compagnon et moi faisons des aller-retours dans les escaliers et le jardin de la maternité. Quand les contractions deviennent trop fortes, je vais prendre des douches chaudes qui me font oublier la douleur.

Vers 16h, les contractions sont vraiment rapprochées et douloureuses. J’appelle l’infirmière, qui confirmera le besoin de me faire redescendre en salle de naissance.

À nouveau, on me place pour un monitoring. Je dois rester allongée alors que seul le mouvement fait passer la douleur. Comme le bébé bouge toujours beaucoup, il faut encore longtemps avant d’en avoir un fiable. Je suis toujours à 1 doigt de dilatation.

J’explique à l’équipe que j’aimerais accoucher dans l’eau, que je n’ai pas le streptocoque B, et que l’eau chaude m’aide à gérer les contractions. Malheureusement, la salle de naissance avec la baignoire est occupée à ce moment-là, et l’équipe a un peu la flemme de me faire couler un bain dans une autre salle et de me transférer plus tard.

Après de longues minutes à insister, on me laisse finalement remonter dans ma chambre pour prendre une douche chaude.

La douche dure longtemps. Je redescends en salle de naissance à 19h, on me remet le monitoring. J’explique que je veux marcher. Qu’être statique est insupportable. Je demande le monitoring sans fil dont on m’a parlé pendant les séances de préparation à l’accouchement. On m’explique que les capteurs ont été balancés par erreur un mois plus tôt. Je ne tiens plus allongée. On me donne un ballon et très franchement ça ne change rien, je veux juste marcher.

On nous laisse marcher dans les couloirs entre les salles de naissance, et mon compagnon et moi déambulons pendant longtemps, en balançant nos hanches. Les sages-femmes nous surnomment « les danseurs ».

Malgré le mouvement, les contractions deviennent plus fortes et moins faciles à gérer. On veut me refaire un monitoring. Je fuis ces moments extrêmement douloureux qui disent toujours la même chose : tout va bien. Je ne sais par quel miracle, une sage-femme passera par ma chambre. Je lui explique à elle aussi que j’aimerais accoucher dans l’eau et qu’en attendant, j’ai mal, alors que l’eau chaude me fait du bien. Elle m’explique que les deux baignoires, qui ne sont pas des baignoires d’accouchement mais des baignoires de travail, sont libres depuis longtemps, et s’étonne que personne ne m’ait proposé de prendre un bain. Elle me fait couler un bain chaud et mon compagnon et moi nous retrouvons dans une petite pièce calme, à la lumière tamisée, où nous mettons notre musique et nos huiles essentielles à l’abri du corps médical. Ce moment est magique. Les contractions deviennent plus fortes mais mon ami me passe de l’eau sur le ventre quand elles viennent et je gère la douleur. Quand elles deviennent trop fortes, nous retournons marcher en balançant nos hanches, puis je reviens dans l’eau, puis nous remarchons, en alternant. Mais à un moment, je sens les contractions devenir vraiment plus douloureuses et plus intenses, et je vomis de douleur. À ce moment-là, je sens que je suis en train de m’épuiser, et que je vais peut-être devoir renoncer à mon rêve d’accoucher dans l’eau. J’annonce à mon ami que je vais demander un check-up, que si le travail a bien avancé, j’attendrai sans péridurale, et que sinon, je vais la demander.

Il est bientôt minuit et je suis à un doigt et demi. Je perds pied. Les sages-femmes me disent que c’est normal, mais je suis épuisée et je ne veux pas ne pas avoir la force de pousser mon bébé hors de moi. Ce que je crains plus que tout, c’est l’épisiotomie. Je la crains tellement que je l’ai fait noter dans mon dossier médical, et que j’ai annoncé à tout le monde que je préférais la déchirure. Alors, pour ne pas perdre cette force, je demande la péridurale. Tant pis pour l’accouchement dans l’eau, au moins je pourrai choisir ma position d’accouchement pour minimiser les risques de déchirure et d’épisiotomie, c’est dans la charte de cette maternité que l’on peut choisir sa position d’accouchement. L’anesthésiste vient me poser la péridurale. Il me pique la colonne vertébrale une douzaine de fois avant de mettre l’aiguille correctement, m’engueule parce que je me plains que cette aiguille me fait mal, et s’en va tout de suite après.

Quand la péridurale commence à faire effet, c’est le soulagement total. Je m’endors aussitôt. Malheureusement, la péridurale a ralenti le travail, on me propose de faire une séance d’acupuncture pour le relancer. La sage-femme acupunctrice viendra une heure et demie plus tard, et ça ne fonctionnera pas. On me rajoute de l’ocytocine dans la perfusion. Puis la douleur me réveille un peu plus tard, on me réinjecte une dose. Elle ne fait pas effet. Une deuxième dose ne fait pas effet non plus. Une troisième non plus. Épuisée, je me rendors entre chaque contraction, et je me réveille submergée par la douleur à chaque fois. Les sages-femmes vont voir l’anesthésiste, qui leur conseille d’augmenter les doses. Ça ne fonctionne toujours pas. De les rapprocher. Ça ne marche pas non plus.

Je finis par comprendre que la douleur est bel et bien réinstallée et que la péridurale ne fera plus effet. Je veux marcher, c’est la seule chose qui me fait du bien. Mais on me l’interdit, maintenant il faut un monitoring constant, on me propose le ballon qui ne fait toujours rien. J’arrive à m’échapper de temps en temps quand je vais faire pipi, et encore, je vois bien que ça fait chier l’équipe qui me propose à plusieurs reprises de me sonder alors que je suis parfaitement en état de marcher.

L’anesthésiste de garde change. Le nouvel anesthésiste comprend bien ma douleur, tente encore quelques injections de péridurale un peu plus fortes.

J’ai un répit d’une demi-heure. Je compte en profiter pour me reposer, mais impossible : l’équipe soignante a changé, et si les sages-femmes de nuit acceptaient que mon compagnon vienne les voir directement parce que la sonnette de mon lit ne marchait pas, ça n’est pas du goût de l’équipe de jour. Cette demi-heure de répit sans douleur, c’est précisément celle qu’ils choisiront pour envoyer un technicien pour réparer la sonnette de mon lit. On ouvre grand les rideaux, la chambre est remplie de lumière et de gens, impossible de me reposer.

Le bébé pousse sur mon rectum, je demande si c’est normal. On me dit que oui.

Il est 13h30. On m’explique que cela fait deux heures que je suis à dilatation complète. Je m’étonne de ne pas avoir été prévenue avant. Les sages-femmes me disent qu’il va falloir faire une manœuvre interne parce que le bébé « n’est pas dans le bon sens ». On ne me dira pas qu’il est en OS. Je dois être trop cruche pour comprendre, même si je connais l’intégralité des termes médicaux depuis mon arrivée – je suis bien renseignée.

L’anesthésiste revient. Il m’explique que ma péridurale a été posée n’importe comment, qu’elle est beaucoup trop haute et que c’est pour cela qu’elle ne peut pas faire effet. Il me dit qu’il veut la reposer, et faire en premier lieu une rachianesthésie puis laisser un cathéter pour la péridurale. Il me dit que cela peut couper le bloc moteur, mais ayant déjà eu une rachianesthésie pour une opération du genou, je sais que je peux gérer. J’accepte.

Je veux aller faire pipi. Je me lève, et je marche, certes avec l’aide de mon compagnon, l’infirmière derrière pousse la perfusion, mais je marche. À mi-chemin des toilettes, la sage-femme nous arrête : elle refuse que j’aille aux toilettes avec la rachianesthésie et préfère que je fasse pipi dans un pot. J’explique que je n’y arriverai pas, je suis pudique, je l’ai toujours été, j’ai besoin d’être dans une petite pièce fermée à clé pour pouvoir me laisser aller. Elle refuse, et propose qu’on vide la chambre. Je me retrouve seule sur mon lit d’accouchement, avec un pot sous les fesses, le sentiment que tout le monde peut entrer à n’importe quel moment, et bien sûr, je n’y arrive pas. « C’est pas grave, on va vous sonder. » Une humiliation nécessaire ?

On me donne le ballon pour que je me mette à quatre pattes pour voir si le bébé descend. Ça ne marche pas, je ne suis pas du tout à l’aise avec ce ballon qu’on essaie de me refourguer depuis le début. L’interne du service arrive pour la manœuvre interne, il a des mains gigantesques alors que la rachi commence à passer et que je n’ai pas encore eu de dose de péridurale. On m’en injecte une, mais j’ai peur. L’interne est un homme et ça me met mal à l’aise. Il me fait la blague la plus nulle de tous les temps : « Ah oui, j’ai vu votre dossier, vous êtes la patiente qui a fait préciser qu’elle n’aimait pas l’épisiotomie. Bon, ben du coup, je vous la fais tout de suite ? ».

Je n’ai pas beaucoup le sens de l’humour et cette fois-ci c’est trop. Je regarde les sages-femmes et je leur demande s’il est possible que la manœuvre interne soit exécutée par une femme.

La femme en question était déjà dans la salle, derrière moi, et prend très mal le fait que je refuse l’interne : « Ce n’est pas un homme ! C’est le DOCTEUR *** ! », comme si les médecins n’avaient pas de sexe.

Tout le service entre dans ma salle de naissance au moment de la manœuvre. Je suis à poil, avec un bébé dans le ventre, des contractions douloureuses, je vais prendre un avant-bras entier dans la chatte et en plus je suis sur la place publique ?!? J’explose, je hurle « On a besoin d’être 12 dans cette pièce ou quoi ? ». Les personnes inutiles repartent aussitôt, les autres se font discrètes et se collent au mur.

La manœuvre marche un peu mais pas totalement. La médecin commence à me parler sur un ton doucereux de césarienne. Je regarde le monitoring, et ma tension : tout le monde va bien. Je lui dis que je vais bien, que le bébé va bien, et qu’on peut attendre un peu de voir comment la manœuvre va continuer. Je lui dis que je voudrais éviter la césarienne, que la primo-infection du bébé doit se faire si possible par les bactéries « amies » du vagin de la mère et non les bactéries du milieu hospitalier. Elle me montre clairement qu’elle n’apprécie pas les arguments médicaux (« Je suis médecin, c’est moi qui sais, et vous, vous êtes là pour accoucher, pas pour réfléchir, d’accord ? Alors vous restez dans l’émotionnel là, l’hémisphère droit, et vous arrêtez avec le rationnel ! ») et me rétorque que si j’allaite, alors on s’en fout.

Elle insiste pour la césarienne « Ce n’est pas un échec, c’est juste une autre voie » et mon ami lui fait remarquer que « L’autre voie madame, on l’ouvre au scalpel ». Elle est agacée de notre insistance et déclare revenir une demi-heure plus tard. On m’installe sur le côté avec un pied dans l’étrier.

Là, je sais que j’ai une demi-heure pour que le bébé soit dans le bassin, car s’il est dans le bassin, elle ne pourra plus opérer.

Je suis devenue mon bassin, vraiment. J’ai fait des mantras, j’ai chanté, j’ai médité, j’ai visualisé.

28 minutes plus tard, la sage-femme entre dans la pièce, vérifie et m’annonce : « Le bébé est dans le bassin, et vous êtes vraiment grande-ouverte, il a toute la place de passer ».

2 minutes après, la médecin entre, et demande où j’en suis. La sage-femme lui dit que le bébé descend. Mauvaise nouvelle pour elle.

Soudainement, le besoin de pousser. Je me redresse.

La médecin m’appuie sur l’épaule. « – Je veux me redresser ».

« – Vous n’avez pas la force ».

Je lui dis que j’ai la force, que je veux me redresser, me mettre à quatre pattes ou accroupie. Elle me répond que je n’ai pas la force, qu’elle est médecin, qu’elle et l’équipe soignante savent mieux que moi, ils ont « une conscience plus générale » de mon état. J’insiste, elle me dit que ça suffit, qu’elle m’avait déjà dit d’arrêter de réfléchir. Elle explique que je me suis déjà mise à quatre pattes tout à l’heure, et que ça n’avait rien changé, comme si la situation avait quelque chose à voir. Comme elle voit que je ne lâche pas l’affaire, elle se tourne vers la sage-femme qui avait été si gentille avec moi depuis le début et me dit : « puisque vous ne voulez pas m’écouter moi, on va faire comme la sage-femme le dit : qu’en dites-vous, N. ? », comme si une sage-femme allait s’opposer à la cheffe de service…

J’arrête de lutter, je suis en position gynécologique, je me sens humiliée, vulnérable. Je pousse. Je pousse encore. Apparemment je pousse bien. Mais pour une raison que j’ignore, on décide de me faire faire un test pour savoir si je pousse mieux en soufflant ou en bloquant ma respiration. À partir de là, on m’ordonnera de respirer, bloquer, pousser, respirer, bloquer, pousser, alors que pousser est un besoin vital et que je sens bien mon corps capable d’y parvenir tout seul.

Le bébé s’arrête dans le bassin. Je veux me redresser, alors elle demande à l’infirmière de mettre ses coudes dans mon ventre « pour empêcher le bébé de remonter entre les contractions ». Super pour la détente progressive de mon périnée ! Elle veut prendre les forceps. Je refuse, je ne veux pas d’épisiotomie. Elle me dit que ça n’est pas obligatoire, encore moins avec la ventouse. J’accepte la ventouse parce qu’on m’avait dit que ça ne servait qu’à redresser la tête du bébé, et qu’il faisait le reste du travail tout seul.

Mais en fait, elle tire dessus. Je sens le bébé descendre incroyablement vite. Elle essaie de remettre un coup de ventouse, mais la ventouse lâche. Le bébé continue à descendre, je touche sa tête. Il est juste au bord.

Il ne sort pas. On me dit qu’il va falloir faire une épisiotomie. Je ne veux pas. On me dit qu’il le faut. Je refuse. La médecin insiste. Je pleure que je ne veux pas. Elle hurle que ça suffit. Je continue à dire que je ne veux pas, que je veux encore pousser. Je jette un œil aux constantes vitales du bébé, il va bien. Voyant que je refuse, ils tentent de pousser mon compagnon à me faire accepter. Ils lui font peur, lui font croire que le bébé va mal. Et lui se penche vers moi : « Cécile, il faut qu’il naisse ce bébé ».

La plus grande solitude du monde. Je pleure que je ne veux pas. Je veux me redresser. La sage-femme coupe.

J’attrape le bébé et le pose sur mon ventre. Je n’ai même pas regardé si c’était une fille ou un garçon. On vient de me découper.

Agpar à 10 : ce bébé va très bien. Il n’y avait pas d’urgence. On m’a coupée. Découpée. Comme un vulgaire bout de viande, je n’avais pas de consentement à donner. Sauf que l’épisiotomie est hémorragique.

Tout à coup on décide que le bébé respire mal et qu’il faut l’emmener se faire aspirer. En fait, il faut sortir le bébé et le papa parce que mon épisiotomie est hémorragique, qu’on m’a donc fait une délivrance artificielle, que j’ai fait une rupture placentaire et que je suis donc en train de faire une hémorragie de la délivrance. Et hop, une petite révision utérine, c’est cadeau. Cependant, je souffre sans savoir ce qui se passe, tout ceci je l’apprends à la lecture de mon dossier médical, des semaines plus tard.

On me recoud avec une injection mais je sens les points. Pendant qu’on me recoud je demande combien il y a de points. La sage-femme reste vague, prétextant qu’ « on ne peut pas vraiment compter comme ça ». Elle ne me regardera plus jamais dans les yeux. La médecin, ce monstre, me dit que cette épisiotomie est « toute petite ». Le lendemain je verrai les 13 points externes et les infirmières seront impressionnées par la « grande taille » de cette coupure. Pourquoi m’avoir menti sinon par sadisme ?

Et finalement, la sage-femme, avant que mon bébé ne revienne : « je vais vous faire un toucher rectal », parce que je n’avais pas été assez humiliée jusque là. Mon bébé revient avec son papa, on me le pose sur le ventre. Il tète goulument. Je n’arrive pas à saisir la magie de ce moment, on m’a découpée. Je voulais accoucher dans la position de mon choix et ne pas subir d’épisiotomie, mais on ne m’a pas laissé le choix.

Pendant que le papa remonte chercher des habits de bébé, on teste ma glycémie, je suis à 10. On m’explique que je ne vais pas avoir besoin de transfusion. Je m’étonne que cela soit même une option envisagée, personne ne m’avait dit que j’avais fait une hémorragie. Je le saurai quelques semaines plus tard en lisant mon dossier.

En sortant de la salle d’accouchement pour remonter dans la chambre, nous croisons la médecin. Elle vient nous voir et nous dit qu’elle a eu raison d’être sèche, qu’il le fallait. Pourquoi ? Toujours pas d’explication. Je suis censée accorder une confiance aveugle au corps médical sans même le remettre en question. Puis elle me dit : « une épisiotomie, c’est le prix à payer pour être une fille jeune et en bonne santé ». Le prix à payer, merci madame.

Nous montons dans la chambre et nous sommes dévastés. Je pleure pendant des jours et des jours. Je ne trouve aucune joie dans cette naissance, aucun bonheur. Je revis sans cesse la scène, j’imagine comment elle aurait pu se passer autrement, je rêve de vengeance, je me cloître dans mon incompréhension, j’interroge tout le monde et personne ne comprend. Mon compagnon est dévasté aussi. Il ne sait pas si je parviendrai à m’en relever. L’incompréhension entre nous est totale. Je lui en veux de m’avoir dit que je devais accepter de me faire découper. Il faudra tomber le troisième jour sur une puéricultrice merveilleuse pour que l’on nous écoute vraiment. Et des mois pour que mon compagnon m’explique qu’il m’a dit ça pour savoir quoi faire, pas pour écouter les médecins.

Je ne supporte pas les anti-inflammatoires. Alors je souffre de mon épisiotomie. Je peine à me lever, à m’asseoir, à m’allonger, à marcher. La douleur physique ajoute à la douleur morale.

Le quatrième jour, une infirmière me fait la morale parce qu’elle ne comprend pas bien pourquoi je me plains. « Une déchirure, ça, c’est traumatisant. Pas une épisiotomie ». Elle me dit que dans cette maternité, on ne fait des épisiotomies que quand c’est nécessaire, et « on n’en fait presque pas, on en fait que 25% ». Je lui demande si une femme sur quatre c’est « presque pas ». Je suis blessée qu’elle ne comprenne pas mon traumatisme, qu’elle nie ma douleur.

La cicatrice est grande, j’ai peur d’aller à la selle et que ça tire sur les fils. Je serai constipée pendant 4 semaines, et m’en tirerai avec des hémorroïdes que l’accouchement m’avait malgré tout épargnées.

Je quitte la maternité avec l’impression de quitter l’enfer. Malgré ça, je pense à l’accouchement tout le temps. Je pleure plusieurs fois par jour, je revis la scène en permanence. Chaque moment de solitude fait monter les larmes. Je ne comprends pas comment j’arriverai à dépasser ça un jour.

La cicatrice me fait mal pendant des semaines.

Je demande mon dossier médical. On me l’enverra en retard parce que la médecin a demandé à rajouter des annotations.

Mon compagnon et moi reprenons les rapports à tout juste six semaines. C’est atrocement douloureux.

Le lendemain, j’ai rendez-vous à la maternité pour la visite de suite de couches. La médecin sur laquelle je tombe ne trouve pas mon dossier. Elle part le chercher, ne le trouve pas, et va donc voir la médecin qui a assisté à mon accouchement. Elle revient confuse, me parle directement de mon épisiotomie alors que je n’ai toujours rien dit, et me déclare « vous savez, on avait vraiment besoin de vous la faire ». Je demande pourquoi, elle me répond que sinon, je risquais une déchirure. Je réponds que j’aurais préféré la déchirure, « ah non, vous ne pouvez pas préférer ça ». Puis je lui dis qu’on ne m’a pas parlé de déchirure pendant l’accouchement de toute façon. Un éclair de panique passe sur son visage. « – Ah bon, on vous a parlé de quoi ? », « -De rien, on m’a juste dit que le bébé devait naître ». Elle me dit que c’est vrai, que l’expulsion a duré 38 minutes, qu’à partir de 20 minutes c’est dangereux pour le bébé. Je suis étonnée d’apprendre ça, je ne l’ai jamais lu nulle part. Je lui dis que sa collègue m’a empêchée d’accoucher dans la position de mon choix, elle me répond que c’est normal, qu’on ne peut accoucher que sur le dos. Quand je lui rétorque que ça n’est pas du tout ce que l’on m’a appris pendant les séances de préparation à l’accouchement, ni la charte de la maternité qui l’emploie, elle invente carrément un bon gros mensonge et me dit qu’on peut se mettre dans la position qu’on veut pendant le travail, mais pas pendant l’expulsion. Comme cette médecin est la médecin-coordinatrice de la maternité, je sais que je ne pourrai même pas saisir la CRUQ de l’établissement. J’ai beau pleurer toutes les larmes de mon corps dans son bureau, elle ne me parlera pas de la dépression post-partum. Elle veut juste que je sorte de son bureau, et couvrir sa collègue.

La semaine suivante, je commence la rééducation du périnée. J’ai choisi une sage-femme libérale à côté de chez moi. Je lui explique mon accouchement. C’est une sage-femme de la vieille école, elle ne comprend pas que je puisse me plaindre d’une épisiotomie. « Moi j’en ai eu une pour tous mes accouchements, et ça va très bien. » Quand elle me demande si j’ai mal aux rapports et que je réponds que oui, elle rétorque « c’est dans la tête ».

Après 6 séances à souffrir le martyre (« votre périnée répond bien, mais la sonde vous permettra de voir votre score ! » Sympa les chocs électriques sur la cicatrice), je me rends compte que je souffre à l’entrée du vagin mais que je ne sens rien derrière. La sage-femme m’explique que l’épisiotomie m’a coupé les nerfs, que c’est normal, que parfois ça ne repousse pas « mais ce n’est pas très grave, ce n’est pas la partie sympa du vagin ». Déprimée, je vais voir ma gynécologue habituelle, celle qui a suivi ma grossesse jusqu’au septième mois. Je lui raconte mon accouchement et elle est navrée. Elle regarde ma cicatrice et me dit que certains fils à l’intérieur se sont mal résorbés, que j’ai une boule à l’entrée du vagin et que c’est cette boule qui est douloureuse. Elle m’annonce aussi que je fais une dépression post-partum. Pour la première fois, quelqu’un me dit que je ne vais pas bien, et que cet état n’est pas un état normal, et qu’il est possible d’en sortir. Elle m’envoie voir une sage-femme spécialisée dans les douleurs périnéales et un psychologue. La sage-femme diagnostique des névromes et me propose de les traiter par courant antalgique.

Nous sommes à trois mois de l’accouchement, et pour la première fois, j’ai l’impression que je vais aller mieux un jour, même si j’en doute souvent. Je pense toujours à l’accouchement tous les jours, je revis la scène, je pleure souvent.

Aujourd’hui, j’ai envie de me battre, de porter plainte contre cette femme, de prévenir les autres femmes enceintes. C’est peut-être un début.

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#273 Marjorie, en avril 2006 dans le 59

4 Mai
Ma grossesse s’est très bien déroulée, pas de signe de complications à l’horizon.
J’ai une hygiène de vie plutôt saine, ne fume pas, mange équilibré, pas de problème de santé et à l’époque je faisais du sport, bref : maman et bébé se portent à  merveille!
La veille de l’accouchement je sens comme de légers spasmes dans le ventre, comme j’étais impatiente d’accoucher et que je ne savais pas vraiment à quoi ça ressemble une contraction (primipare), je fonce à la maternité .
Là, on m’ausculte, me met dans une chambre avec perfusion+tensiomètre+monitoring, allongée sur le lit, j’attends. Des sages-femmes viennent m’ausculter régulièrement mais rien ne se passe. Je devais être à 2 cm je crois, bébé va bien. Je pense donc rentrer chez moi, à l’époque j’habitais à 10 minutes de l’hôpital. Surprise ont me garde en observation, par la suite je me demande si je n’ai pas servi de cobaye aux sages-femmes stagiaire car l’Hôpital  accueille de jeunes étudiants.
Enfin après avoir passé une nuit  avec le monitoring (donc presque pas dormi), je vois une sage-femme au petit matin (m’avait-on oubliée ?) qui me dit que le cœur de bébé va bien, mais par précaution ils vont me faire une échographie. A l’échographie bébé va bien mais elle décide  d’appeler une collègue toujours par précaution, que de précautions !? Celle-ci arrive, regarde l’écho, elles discutent entre elles et moi on ne me dit rien : Bonjour l’angoisse… Elles appellent une autre collègue et à 3 elles décident de déclencher l’accouchement car peut-être que j’ai perdu un peu de liquide amniotique sans m’en rendre compte. Je ne suis pas vraiment convaincue mais comme c’est décidé. A aucun moment on me demande si je suis d’accord pour un déclenchement (à 8 jours du terme estimé), comme j’avais confiance et que j’étais surtout complètement naïve, je me suis laissée guider.
 
A midi, on me pose une « languette »(on m’explique que c’est une espèce de tampon plat) pour déclencher l’accouchement. A 15h les vraies contractions arrivent, là je réalise qu’en fait c’est ça une contraction, c’est comme des douleurs très fortes d’une gastro ! Bref je douille a fond car les contractions liées à un déclenchement sont plus douloureuses et surtout je suis allongée avec une perfusion et donc impossible de me lever ! Toute l’après-midi j’ai super dégusté, personne ne m’a proposé un ballon, de prendre une douche, ni même de marcher pour me soulager. Juste plusieurs touchers vaginaux par différentes stagiaires ou autres sages-femmes. Puis vers 19 h, on m’annonce que le col est ouvert de 7 cm et que je peux me lever pour rejoindre la salle d’accouchement juste en face. Je me lève enfin et là agréable surprise: les contractions sont vraiment beaucoup plus supportables, je réalise que j’ai souffert tout ce temps alors qu’il suffisait que je marche.
Je suis verte, au point de même me demander si  je vais vraiment la  prendre cette péridurale (alors que je n’attendais que ça toute l’après-midi!!). 
 
Arrivée en salle d’accouchement, je m’assois sur le bord de la table car l’anesthésiste va arriver. Une jeune sage-femme  me rassure et se met devant moi, elle me fait poser délicatement ma tête entre sa poitrine pour que je fasse le dos rond, l’anesthésiste s’y reprend à 3 fois!
La péri posée, le monitoring réinstallé, le tensiomètre et la perf toujours là :  je m’allonge sur le dos, on m’attache (car sous péri on ne sent plus le bas de son corps) les jambes dans les étriers en position gynécologique. Après quelques minutes je ne sens plus RIEN. On me dit: « poussez à la contraction », et là je suis comme une idiote à me demander c’est quand la contraction?? Alors je pousse quand on me le dit car eux (environ 4 ou 5 personnes) peuvent voir sur leur écran (toujours grâce à ce bon vieux monito) quand est-ce que la contraction arrive.
Mais imaginez devoir serrer une pomme dans votre main le plus fort possible lorsque vous ne sentez plus votre main, et bien je vous garantis que vous ne la serrerez jamais aussi fort que sans l’anesthésie.
Résultat de la péri : l’accouchement est ralenti, comme bébé est trop long à sortir, il est en souffrance fœtale.
Madame on coupe: épisiotomie, forceps.
 Quelle frustration d’avoir souffert des contractions toute la journée pour, au final, ne pas sentir son enfant naître. 
Mon conjoint est resté prés de moi du début à la fin, un soutien  indispensable dans un moment pareil. Il a eu le « droit » de couper le cordon, sinon il est resté spectateur de la naissance de notre fille, tout comme moi!
Céleste est née un soir d’avril 2006 à 22h12,  24h après mon arrivée à l’hôpital. 
 
On me délivre enfin du monitoring et on me pose bébé sur le ventre, un instant hors du temps.
Elle pleure, je lui parle : silence… elle me regarde avec ces yeux noirs, droit dans les miens, je suis hypnotisée, c’est le coup de foudre.
Pas le temps de savourer cet instant trop court, on me la prend pour les soins: bébé hurle dans la pièce à côté, je me retiens de pleurer, les 10 minutes les plus longues de ma vie.
Pendant ce temps on me recoud, la sage-femme se pique le doigt. On me demande donc une prise de sang pour le test du SIDA. On me la fait immédiatement mais 5 ans après j’attends toujours le résultat de la prise de sang de la sage-femme? Elle ce n’est pas grave si elle me le refile??? 
 
On me rend enfin Céleste, avec du collyre orange plein les yeux, inconsolable. Je lui parle, la rassure comme je peux. Puis c’est la première tétée un peu maladroite mais tellement nécessaire pour réparer toutes ces blessures. Je ne le sais pas encore mais c’est le début d’une belle  histoire d’allaitement long ( 3ans1/2), peut-être nous fallait-il au moins se temps là pour nous en remettre?
 
 
 Les suites de couches:
–  je n’ai pas su marcher, m’asseoir normalement pendant au moins 15 jours tellement l’épisiotomie me faisait souffrir, une boucherie!
– 1 mois après l’accouchement, je me suis fait retirer  les fils qui ne s’étaient pas résorbés (a l’intérieur du vagin, coincés dans la chair) je vous laisse imaginer la partie de plaisir et ce malgré la petite toilette d’eau fraîche après chaque pipi, séchage avec serviette propre en tapotant doucement…
– jusqu’à 2 mois après l’accouchement, rapports sexuels impossible car mal+++ à cause de l’épisiotomie, une vraie mutilation, j’aurais préféré une déchirure!
-A cela s’ajoutent de fortes douleurs dans le bas du dos liées à la péridurale et la position gynécologique, j’ai mal tout le temps (assise, debout, couchée). Seul un Ostéopathe diplômé m’a soulagée 2 mois après l’accouchement. 7 ans après, j’ai toujours mal au sacrum lorsque je fais des efforts répétés et continue de me faire suivre par un ostéo.
 

#141 Anonyme, La Rochelle, 2012

23 Fév
Première étape : l’accouchement !!!
Bonjour,
A vrai dire, je n’ai pas réellement établi de projet de naissance, parce que la grossesse a été un moment de détresse terrible. A l’époque…. [j’ai écrit un article sur Questions philosophiques et psychologiques à propos de l’avortement.(https://www.facebook.com/photo.php?fbid=402185006493890&set=a.402184983160559.88499.126016494110744&type=3&theater) ]
Bref, je suis allée finalement jusqu’au bout de cette aventure, et j’ai à l’heure d’aujourd’hui un très beau petit garçon.
Je voulais cependant témoigner de mon accouchement et de la mise en place de l’allaitement.
J’ai été déclenchée un lundi matin, à 6h30. A 10 jours de la naissance naturelle.
(Avant d’être enceinte, je m’étais dit que si un jour je devais l’être, je souhaiterais un accouchement à la maison, ou dans une maison plus respectueuse de la naissance. Voire dans l’eau. )
Pour des raisons de santé, il ne m’a pas été possible (du moins je ne suis pas encore informée du contraire), d’accoucher autrement qu’en maternité. (Et à mon regret, cela ne le sera pas pour de futures grossesses, non plus).
A 22h 30, on m’a enfin acceptée en salle de travail….. ! une journée à déguster… avant d’avoir selon l’équipe soignante présente ce jour là assez de contractions rapprochées.
Personnellement je souhaitais éviter autant que possible la péridurale. J’ai passé une nuit terriblement douloureuse (deux malaises).
J’ai été déclenchée parce que l’année d’avant quelques mois avant de tomber enceinte, j’ai fait une embolie pulmonaire très grave, qui a bien failli me laisser sur le carreau. Alors même si cela m’a permis de voir la vie, encore, sous un angle différent, j’ai eu des séquelles de cet accident à partir de la date « anniversaire ». A l’époque enceinte de 6 mois 3/4. Et depuis cette date là, jusqu’ à quelques mois après l’accouchement, je n’arrivais plus à respirer correctement. Je l’ai vécu comme une menace, une angoisse vive…. !
Comment réussir à accoucher de mon enfant si je n’étais pas en mesure de respirer, de l’accompagner, …. comment allais-je m’en sortir ? Pour supporter les douleurs ? Pour supporter les contractions ? Aider mon enfant ?
J’avais prévenu l’équipe soignante. De ma crainte, de ma détresse que je ressentais de nouveau, de la peur de ne pas réussir à accoucher mon enfant, tant je me sentais menacée, tant j’avais peur de m’étouffer et de faire périr mon enfant.
j’avais changé de sage femme lors des dernières séances de préparation, parce que je ne me sentais pas écoutée, parce qu’elle m’oppressait encore plus. Parce qu’elle ne voulait pas entendre mon désespoir, ma peur de ne pas réussir à donner la vie…. parce que je m’étouffais, parce que je ne respirais plus. Parce que la sophrologie qu’elle me proposait ne tenait pas compte de cette difficulté véritable de respirer. Parce que sans doute elle était désemparée de ne pouvoir m’aider, et de ce fait, elle me disait que je ne faisais pas d’efforts, que j’étais trop sensible. Plusieurs séances ont fini en larmes, parce que si ! si ! si j’en faisais des efforts !!!
Au final, je ressortais des cours en colère, et encore plus étouffée. Je manquais d’air !
Pendant le travail de 22h 30 à 11h du matin le mardi, j’ai souffert de ce manque de compréhension, d’écoute, lorsque j’essayais d’expliquer ma difficulté à respirer, à tenir mes inspi et mes expi. Pourtant je les avais prévenu(e)s. Je me suis sentie ignorée, engueulée. Je n’avais qu’ une hâte, qu’on me change d’interlocutrice. Ce qui n’a malheureusement pas pu être fait. J’ai fais deux malaises pendant ce travail.
Puis on m’ a proposé la péri que j’ai accepté parce que en dépit de ma volonté de départ, je ne supportais plus souffrir, et ma respiration était telle que je n’arrivais pas à me soulager.
Dans ma vie de tous les jours, je suis suivie en psych, pour mon travail personnel. J’ai pris conscience de tout un tas de choses et notamment sur ma respiration chaotique . Ayant également un souci musculaire…. autant vous dire si j’ai été soulagée par la péri ;-)…. Du moins…. durant une heure….
Première péri : malaise… On recommence…. waouw….. deuxième : soulagement assez rapide…. mais on ne peut pas encore commencer…. à 12h…. seulement…. Et là ! INCROYABLE ! je ne sais pas comment….. mais d’après les infirmières je me suis dépatouillée comme une reine pour les contractions. Ma respiration était impeccable. Seulement on me demandait de refaire exactement la même chose, mais j’étais bien totalement incapable de reproduire quelque chose que je ne comprenais pas, que je n’arrivais pas du tout à contrôler. Mais j’ ai réussi…. Enfin je croyais…. Si si j’ y arrivais, mais y’ avait un truc qui clochait et qui d’après les infirmières ne dépendaient pas de moi, ni de ma volonté. J’avais demandé à mettre ma musique dans la salle d’accouchement, et cela avait été possible. Cela me relaxait. Et j’ai eu des compliments sur les choix musicaux…. au début cela allait…. et puis si au début du gros travail, vers midi  je ne sentais plus déjà trop la péri, je finis par ne plus la sentir du tout assez rapidement et de nouveau ce fut épouvantable. J’ai eu les ventouses, et les forceps sans avoir été prévenue.
Les forceps : comment décrire…. cet arrachement ? J’ai eu la sensation que l’on me déracinait. Qu’on me violentait. Qu’on m’extirpait mes membres, mes organes, l’un après l’autre. Dépouillée de mon moi, avec une telle violence…. ! Un tel acharnement….. Une fois, deux fois trois fois, et quatre fois….. !!! J’avais l’impression d’être un bout de bidoche que l’on torturait….
Au bout de la première , j’ai demandé ce que c’était, qu’est ce qu’il se passait ? On m’a laissé seule…. sans réponses…. j’ai demandé à ce que cela soit arrêté….. mais non…. j’ai entendu au bout de la troisième fois, on passe à la césarienne…. et la césarienne, je n’en voulais pas, je n’en voulais pas. je ne voulais pas d’une marque d’une empreinte sur mon corps de cette grosse synonyme de détresse. Et j’ai crié, NONNNNNNNNNN, et j’ai tout donné, tout absolument tout….. et mon enfant est sorti….. !
De là, je n’ai pu l’avoir qu’une toute petite seconde dans les bras, avant que l’on me l’enlève. Le père n’a pas pu couper le cordon, comme nous l’avions souhaité. Notre enfant avait le cordon autour du cou. Mon placenta ne sortait pas. J’ai fais une hémorragie, et eu une épisiotomie…. ( la marque finalement je n’ y ai pas échappé !)
J’aurais aimé avoir mon enfant de suite avec moi et pendant un long moment….. afin qu’il puisse trouver réconfort dans mes bras…. (hou je suis émue…)…mais je ne l’ai eu qu’ à 21h environ…. et lui, mon enfant est sorti à 15h27 !!!!!! avec une ribambelle de toubibs autour de moi….Entre 21h et 22h, on ne me laisse guère le choix…. On me met une téterelle sur un des seins, car notre bébé (On ne sait pas encore le prénom…) n’arrive pas à attraper mon mamelon ; M’enfin… elles ne nous ont pas laissé essayer longtemps…. !Vers 22 h, on nous a descendu…. ENFIN dans une vraie chambre….. Enfin, seule avec mon enfant, mon tout petit….. et le popa…Une première nuit un peu difficile….., mais soulagée de cet accouchement enfin fini…. ! Je me suis dit dans mon for intérieur…. «  hé bien j’attendrais un peu avant un deuxième….non remise de mes émotions….  ».Non vraiment pas remise de mes émotions…. D’ailleurs, mon fils a maintenant 6 mois et demi, et je garde en mémoire, encore cet épouvantable passage des forceps….Le lendemain, notre bébé part en néo-nat…. hélas durant quelques jours…. impossibilité de me déplacer même sur un fauteuil…. Je ne tenais ni assise, ni debout….j’étais très mal en point.

Du coup l’allaitement a été difficile à mettre en place, vous devez vous en douter !

Les lendemains de l’accouchement ont été pénibles sur bien des niveaux. C’était vraiment difficile de savoir mon bébé en néo nat. Je souffrais le « martyr » de l’épisiotomie, je ne me remettais pas de ces forceps….. De cette violence…. que je « devais » oublier avec mon petit bonhomme dans les bras.
Ma grossesse avait donc été épouvantablement éprouvante… Avec mon compagnon, cela ne fonctionnait pas, et j’étais mal à en avoir envie de mourir, d’être enceinte de quelqu’un qui m’écoeurait…Dès que ça allait mieux entre nous, j’étais la plus heureuse…. malheureusement cela ne durait pas…. et j’ai vécu de minuscules petits hauts, et des bas très violents, péniblement longs, infinis….Une grossesse comme je ne la souhaite à personne, pas même les pires cons… Je n’avais pas envie de mourir, non pire… Au départ, incapable de me résoudre à avorter quand il était encore temps…et encore après…Je souhaitais que le fœtus meure. Je l’ai souhaité tellement fort par moment, qu’aujourd’hui je culpabilise, et en ai peur !
La plupart du temps prostrée sur mon lit, immergée dans une détresse totale.
J’aime profondément la VIE, et l’Amour, et comment vous dire, je me sentais tellement inhumaine de ressentir de tels sentiments, envers l’être à l’intérieur de moi…, mais surtout envers moi, envers cet homme que je ne supportais plus et que je me refusais à quitter…. Bref, sans rentrer dans les détails de ce douloureux épisode de ma vie, il était nécessaire que je vous l’esquisse pour comprendre la suite….L’allaitement : je le souhaitais plus que tout ! Ma mère ne m’avait pas allaité, et j’ai toujours ressenti un manque, d’autant que mes frères l’ont été !
Quand mon petit est parti en néo-nat, il n’avait toujours pas de prénom ce qui n’a pas facilité l’histoire…, il a été nourri à la pipette, puis au biberon. On m’a dit pour me « soulager » de cette séparation, « ne vous inquiétez pas, vous pourrez tirer votre lait », moi qui voulait tant l’allaiter, lui donner mon sein… le nourrir, cet enfant ! Lui donner la vie, et continuer à lui donner la vie en le nourrissant ! Il fallait que je me console de ça ?? !! tirer mon lait ? Très glamour !!
Mais tirer mon lait a été dur. Je n’avais pas de lait, ça ne venait pas…ou trop peu…. Si bien qu’ils ont fini par lui donner des biberons. Je ne voyais pas mon fils, ne pouvant toujours pas me déplacer, excepté les deux derniers jours sur les cinq !
J’entendais dire, que si mon lait ne venait pas c’est que sans doute je n’avais pas vraiment envie de l’allaiter, ou quand lorsque nous avons essayé de mettre mon bébé au sein quand il est revenu de la néo nat, quand il pleurait, que cela signifiait qu’il ressentait ma véritable envie qui était de ne pas l’allaiter, et qu’il fallait que j’accepte finalement que je n’en avais pas réellement envie !
Bref, on ne m’entendait pas dans ce désir, et ce besoin d’ être au plus près de mon enfant, que cela revêtait une importance réelle. Que ce n’était nullement un caprice ou que sais je ? !!!Cependant, je continuais à tirer mon lait, à recueillir quelques gouttes, puis quelques ml…. A finir par le mélanger au lait artificiel. En parallèle, je m’essayais aux seins, avec les téterelles. Plusieurs des infirmières m’ont demandé pourquoi je m’évertuais à vouloir donner mon sein…Je leur donnais toujours la même réponse… cette importance pour moi de lui donner.
Et comme je n’ai pas ma langue dans ma poche, je ne me laissais pas faire… ! Je demandais de l’aide pour la mise au sein. Je doutais fortement de moi… ! Hélas durant ces treize jours passés à la maternité, je n’ai rencontré que deux trois personnes à l’écoute ; un stagiaire, un puériculteur et une infirmière.
Pourquoi on ne voulait pas m’entendre ?????Avec la fibromyalgie, j’en ai bavé sévère des conséquences de l’accouchement, du passage des forceps ! Et de l’épisio !! Et je ne m’en remettais pas. J’ai ainsi reçu mille et un petits pics du style « vous êtes douillette, on se remet en 4 jours d’une épisiotomie, madame… ! » « AH ! Ah bon….  ».
Je ne participais pas aux soins du bébé, incapable que j’étais de me lever !!! Le papa qui ne travaillait pas à l’époque restait avec moi durant le séjour. Et c’est lui qui s’occupait des soins de mon fils. Mais une nuit il a ûu partir d’urgence de la maternité à cause d’une suspicion de gastro.
Depuis cette fameuse nuit, je prenais le relais, tandis que je ne me sentais pas encore capable de me tenir debout….On considérait à tort que je devais savoir désormais les gestes de soins, que je n’avais pas encore prodigués depuis l’accouchement. Il fallait donc que j’insiste pour que l’on puisse me les montrer !
Epuisée par mon bout de chou qui ne trouvait pas le sommeil dans cette ambiance, par le stress ambiant, l’équipe désagréable, les tensions de mon couple, etc j’ai trouvé un jour une oreille plus attentive de la part d’un des puériculteur. Lui expliquant le pourquoi de mon stress, de mes craintes…
Je me suis retrouvée le lendemain avec une assistante sociale au derrière, et toute une équipe pluridisciplinaire soit disant pour m’aider….ça a été l’horreur… ! On me dissuadait de plus en plus l’arrêt de l’allaitement. On profitait de mon état de fatigue intense pour me poser des tas de questions sur ma vie passée…. Avant cela une infirmière a eu le toupet de me dire que je n’avais pas à me plaindre, car je ne savais pas ce qui se passait dans la chambre d’à côté, que j’avais un très beau garçon et que je devais être la plus heureuse des mamans. Sur ce, j’ai répondu qu’elle ne savait rien de ma vie, qu’elle ne se fiait qu’ aux apparences, qu’elle était loin de tout savoir, et que c’était stérile de faire des comparaisons sans les tenants et les aboutissants.Bref, je ne supportais plus d’être dans cette ambiance démoralisante. Je n’avais qu’une hâte sortir et rentrer chez moi. Mon fils ne reprenait pas son poids, et on ne voulait pas me faire sortir.
Quand je suis rentrée chez moi, j’ai pu reprendre des forces et de l’énergie.Quand bien même j’ai souffert d’un abcès à l’épisiotomie…. Durant un mois, je me suis assise sur une bouée. J’ai eu la force de me séparer de tout ce qui avait été mis en place par la maternité pour assurer le suivi du bébé et de ma santé psychologique….. (avec des associations x, y). Finalement suivie par ma psychanalyste, et suivant mon intuition de mère j’ai réussi à mener mon allaitement et à mettre en place une relation équilibrée, et saine avec mon fils.
A ses deux mois, mon fils tétait sans aucune téterelle.
Assez rapidement, d’autres soucis apparaissaient. Je ne comprenais pas pourquoi mon fils refusait de téter…. et j’ai failli abandonner, me disant que les infirmières avaient finalement sans doute eu raison… Qu’inconsciemment, au fond de moi, je ne souhaitais sans doute pas allaiter, et que je m’accrochais à une envie idiote. Mais j’ai compris que je faisais des réflexes d’éjections forts, et que mon fils n’avait pas du tout l’intention de cesser le sein. Cette compréhension de la situation m’ a permis de ne pas abandonner, et à l’heure actuelle mon fils est nourri aux seins exclusivement.
J’ai encore vécu un moment difficile, et depuis j’ai tendance à culpabiliser…. un médecin pédiatre-homéopathe m’a demandé de commencer l’introduction des solides, à l’âge de 4 mois et demi. Je ne le souhaitais pas et je n’en ai rien fait, et à 5 mois et une semaine, trouvant que mon fils n’avait passez pris en 20 jours m’a expliqué qu’en Afrique, les femmes qui allaitaient exclusivement jusqu’aux 6 mois de l’enfant, provoquaient chez leurs bébés des séquelles, et que certains d’entre eux mourraient d’être trop mal nutri. Je lui demandais pourquoi il me racontait cela, et il me disait que je risquais de malmener mon enfant, si je continuais à l’allaiter. Que mon lait n’était plus nourrissant… !!!
Je suis restée outrée. Tout le monde me dit que mon bébé est un beau bébé. Il a 6 mois et demi, fait 8kg. 69 cm. Très tonique, rieur, agréable à vivre…. !
C’est un merveilleux bébé. Je me dis que s’il avait faim, il me réclamerait encore ! Je continue de le nourrir à la demande, avec plaisir.Dernièrement, j’ai eu la chance de connaitre une ostéopathe qui m’a permis de « revivre la naissance ». Autant mon fils n’ a pas trop souffert de séquelles physique apparentes lors du passage des forceps, autant la force avec laquelle il a été arrachée de mon corps nous a traumatisé tous les deux. Mon fils n’arrive pas à dormir ailleurs que dans mes bras, ou tout près de moi. L’ostéopathe m’a expliqué qu’il devait revivre le traumatisme de l’abandon à chaque fois qu’il était séparé des bras de sa maman. Nous avons donc tenter de travailler une re-naissance.
Maintenu par la tête par l’osthéo, et par moi même au niveau des jambes, nous le maintenions dans une position similaire à celle qu’il avait dans l’utérus au moment de la poussée. Le but étant qu’il pousse sur ses jambes pour s’expulser de cette position. C’était très difficile pour moi de le voir pleurer, n’arrivant pas à comprendre dans quel sens ses jambes devaient pousser pour sortir de cette position difficile. Et au moment où il a réussi à pousser et sortir de cette position, l’émotion m’ a envahie. Et m’envahit encore. Il se libérait de lui même. Je l’ y aidais. prenant conscience de sa difficulté à sortir, et de mes fortes émotions. Je dois maintenant faire un travail…. rassembler ce que j’ai ressenti. Lui parler, lui exprimer ce que nous avons vécu. Je sens que je ne suis pas encore capable de mettre des mots sur ces souffrances. Je sens que je ne suis pas loin, qu’un jour nous serons vraiment libérés.Merci.

Si il y a une prochaine naissance, c’est sûr et certain, ce ne sera pas dans le même endroit !